La migration — le fait, pour des personnes ou des peuples entiers, de quitter leur terre pour s'établir ailleurs — est l'un des grands faits sociaux de notre époque : on comptait en 2020 environ 281 millions de migrants internationaux dans le monde, soit près de 3,6 % de l'humanité[1]. La doctrine sociale de l'Église ne le traite pas comme un cinquième principe à côté de la dignité de la personne, du bien commun, de la subsidiarité et de la solidarité, mais comme un « signe des temps » : un phénomène ambivalent, porteur de souffrances et de promesses, qu'il faut lire à la lumière de ces quatre principes pour y discerner ce que Dieu demande[2].
Le regard de l'Église sur la migration s'organise autour d'un double principe, constamment réaffirmé depuis Pie XII : d'un côté, « le droit », pour tout homme, « moyennant des motifs valables, de se rendre à l'étranger et de s'y fixer »[3] ; de l'autre, le droit et le devoir des États de réguler l'immigration en vue du bien commun[4]. Contrairement à une caricature répandue, l'Église ne prône donc ni les frontières ouvertes ni le repli xénophobe : sa doctrine est plus exigeante que ces deux slogans, car elle tient ensemble la dignité du migrant, la responsabilité des nations riches et le bien commun des sociétés d'accueil.
Cette doctrine est aussi enracinée dans l'histoire du salut. Le peuple d'Israël se définit comme un peuple d'anciens esclaves et d'étrangers ; le Christ lui-même, enfant, fut un réfugié en Égypte[5] ; et l'Église se reconnaît dans la figure du peuple de Dieu en marche, « étranger et voyageur » sur la terre vers la patrie céleste[6]. La migration n'est donc pas pour elle un sujet extérieur : elle touche à ce qu'elle est.
Cet article traite la migration comme phénomène et comme thème de la doctrine sociale : sa typologie, le développement du magistère sur plus d'un siècle, le double principe et ses fondements, les devoirs réciproques, son articulation avec les quatre principes permanents et sa lecture spirituelle. Le débat concret sur la politique migratoire — faut-il accueillir, jusqu'où, à quelles conditions ? — est développé dans l'article Que dit l'Église sur l'immigration ? ; la dimension biblique de l'hospitalité est reprise dans L'accueil de l'étranger.
La migration, un « signe des temps »
Avant de juger, la doctrine sociale cherche à comprendre. Le mot « migration » recouvre des réalités très différentes, qu'il faut distinguer pour ne pas raisonner faux. Confondre un ingénieur expatrié, un réfugié fuyant la guerre et un débouté du droit d'asile conduit à des conclusions injustes dans les deux sens.
Émigrer, immigrer, fuir : de quoi parle-t-on ?
La migration désigne tout déplacement durable d'une personne hors de son lieu de vie habituel. On parle d'émigration du point de vue du pays de départ, d'immigration du point de vue du pays d'arrivée : ce sont les deux faces d'un même mouvement. Mais le statut moral et juridique varie selon la cause du départ.
- Le migrant économique quitte volontairement son pays pour chercher du travail ou de meilleures conditions de vie.
- Le réfugié fuit une persécution ou un danger grave (guerre, violence, catastrophe) : son départ n'est pas vraiment libre, et le droit international lui reconnaît une protection particulière.
- Le déplacé interne a dû fuir, mais sans franchir de frontière : il reste dans son pays.
- Le demandeur d'asile sollicite officiellement la protection d'un État, dans l'attente d'une décision sur son statut.
L'Église refuse de réduire toute migration à l'une de ces figures. Elle rappelle qu'un réfugié n'est pas un délinquant, mais aussi qu'un État a le droit de vérifier la réalité des situations ; et que la confusion volontaire des catégories — pour ouvrir tout grand ou pour tout fermer — trahit la justice[7].
Un phénomène ancien devenu planétaire
Les migrations ont toujours existé : invasions, colonisations, grandes famines, déportations, diasporas. Ce qui est nouveau, c'est leur ampleur, leur vitesse et leur caractère mondial, intimement liés à la mondialisation des échanges, des communications et des inégalités. Jamais autant d'êtres humains n'ont été simultanément en mouvement, et jamais l'écart de richesse entre régions du globe — moteur premier des départs — n'a été aussi visible et aussi immédiatement connu de tous[8].
Pourquoi l'Église se saisit du sujet
Pour l'Église, lire un fait social comme un « signe des temps », c'est y chercher un appel de Dieu. Le concile Vatican II demande aux chrétiens de « scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l'Évangile »[9]. L'instruction Erga Migrantes Caritas Christi (2004) applique exactement ce regard à la migration : elle y voit à la fois une épreuve (déracinement, exploitation, souffrance des familles) et une chance (rencontre des peuples, nouvelle évangélisation, élargissement de la fraternité)[10]. C'est pourquoi la migration n'est pas seulement, pour elle, un problème de gestion : c'est un lieu où se joue la qualité morale d'une civilisation.
Cent trente ans de magistère sur les migrations
La sollicitude de l'Église pour les migrants n'est pas une nouveauté du XXIᵉ siècle. Elle s'est construite progressivement, depuis l'industrialisation et les grandes émigrations européennes du XIXᵉ siècle jusqu'aux crises migratoires contemporaines, formant un corps de doctrine cohérent que les papes successifs ont approfondi sans jamais se contredire.
- 1887-1905Scalabrini et la pastorale des migrants
Mgr Jean-Baptiste Scalabrini, évêque de Plaisance, fonde des congrégations dédiées aux émigrés italiens.
- 1914Journée du migrant (Benoît XV)
Le 6 décembre 1914, sous Benoît XV, la Congrégation consistoriale demande aux évêques d'Italie une quête annuelle pour les émigrés italiens, à une fête fixe : c'est l'origine de la Journée du migrant, préparée par saint Pie X (motu proprio Iam pridem, 19 mars 1914). Étendue aux réfugiés en 2004, célébrée en janvier (2ᵉ dimanche après l'Épiphanie depuis 2005) jusqu'en 2018, elle est fixée depuis 2019 au dernier dimanche de septembre.
- 1952Exsul Familia (Pie XII)
Constitution apostolique sur la pastorale des migrants, appelée « Magna Carta » des migrants : la Sainte Famille en exil, archétype de toute famille de réfugiés.
- 1963Pacem in Terris (Jean XXIII)
Proclamation solennelle du « droit d'émigrer » comme droit humain fondé sur l'unité de la famille humaine (n° 25).
- 1965-1971Vatican II et Octogesima Adveniens
Gaudium et Spes dénonce la condition précaire des travailleurs émigrés ; Paul VI réclame une « charte » de leurs droits (Octogesima Adveniens 17).
- 1981Laborem Exercens (Jean-Paul II)
L'émigration pour le travail est un « mal nécessaire » ; affirmation du « droit de ne pas émigrer » — pouvoir vivre dignement chez soi.
- 2004Erga Migrantes Caritas Christi
Instruction-cadre du Conseil pontifical pour les migrants : la migration, « signe des temps », droits et devoirs réciproques.
- 2009Caritas in Veritate (Benoît XVI)
La migration, « phénomène social caractéristique de notre époque » ; tout migrant est une personne aux droits inaliénables (n° 62).
- 2013-2020François : Lampedusa, les quatre verbes, Fratelli Tutti
Dénonciation de la « mondialisation de l'indifférence » (2013) ; accueillir, protéger, promouvoir, intégrer (Fratelli Tutti 129).
- 2025Léon XIV
Continuité : droit des États à réguler les frontières, responsabilité des pays riches, dignité de tout migrant.
Scalabrini et les origines pastorales
À la fin du XIXᵉ siècle, des millions d'Européens — Italiens, Irlandais, Polonais — émigrent vers les Amériques dans des conditions misérables. Saint Jean-Baptiste Scalabrini (1839-1905), évêque de Plaisance, est l'un des premiers à organiser une pastorale spécifique : il fonde en 1887 les Missionnaires de saint Charles (scalabriniens), bientôt suivis d'une branche féminine, pour accompagner les émigrés « où qu'ils aillent et quelle que soit leur origine »[11]. En 1912, saint Pie X crée à Rome, auprès de la Congrégation consistoriale, un bureau pour le soin spirituel des émigrés (motu proprio Cum omnes catholicos, 15 août 1912), ancêtre du futur Conseil pontifical[12]. La doctrine sociale des migrations naît ainsi d'abord d'une charité concrète, avant de se formuler en principes.
Pie XII : Exsul Familia, la « Magna Carta » des migrants (1952)
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'Europe compte des millions de personnes déplacées. Le 1ᵉʳ août 1952, Pie XII promulgue la constitution apostolique Exsul Familia Nazarethana — « la famille exilée de Nazareth » — premier grand document magistériel entièrement consacré aux migrants, et qu'on a appelé leur « Magna Carta »[13]. Le titre dit déjà l'essentiel : la Sainte Famille fuyant en Égypte devient l'archétype de toute famille de réfugiés, et le Christ lui-même se fait solidaire de l'exilé. Reprenant Rerum Novarum, Pie XII fonde le droit d'émigrer sur la destination universelle des biens de la terre : Dieu a destiné les biens créés à tous les hommes, et nul ne peut être enfermé dans la misère par les seules frontières que les hommes ont tracées[14].
Jean XXIII : le droit d'émigrer proclamé (1963)
C'est Jean XXIII qui, dans l'encyclique Pacem in Terris (11 avril 1963), érige pour la première fois le droit d'émigrer en droit humain solennellement énoncé, au cœur d'un catalogue des droits de la personne :
« Tout homme a droit à la liberté de mouvement et de séjour à l'intérieur de la communauté politique dont il est citoyen ; il a aussi le droit, moyennant des motifs valables, de se rendre à l'étranger et de s'y fixer. Jamais l'appartenance à telle ou telle communauté politique ne saurait empêcher qui que ce soit d'être […] citoyen de cette communauté universelle où tous les hommes sont rassemblés par des liens communs. » — Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, 11 avril 1963, n° 25[15]
Le fondement est clair : par-delà sa citoyenneté, tout homme appartient à l'unique famille humaine. Ce droit n'est pourtant pas inconditionnel — Jean XXIII parle de « motifs valables » — et il appelle, en retour, la coopération internationale pour que les hommes n'aient pas à s'exiler dans la souffrance[16].
De Vatican II à Jean-Paul II : le travail et le « droit de ne pas émigrer »
Le concile Vatican II, dans Gaudium et Spes (1965), reconnaît la nécessité économique des migrations mais dénonce la condition précaire des travailleurs émigrés, trop souvent traités en simple main-d'œuvre[17]. Paul VI, dans Octogesima Adveniens (14 mai 1971), va plus loin : il faut « dépasser une attitude étroitement nationaliste » envers les émigrés et leur reconnaître une véritable charte de droits — droit d'émigrer, intégration, promotion professionnelle, logement décent, regroupement familial[18].
Jean-Paul II apporte une nuance décisive. Dans Laborem Exercens (1981), il qualifie l'émigration pour le travail de « mal nécessaire » : nécessaire parce qu'elle peut être un bien réel, mais un mal en ce qu'elle arrache l'homme à sa terre, à sa langue, à sa famille[19]. De là naît une affirmation qui rééquilibre toute la doctrine — le droit de ne pas émigrer :
« Édifier des conditions concrètes de paix, en ce qui concerne les migrants et les réfugiés, signifie s'engager sérieusement à préserver avant tout le droit à ne pas émigrer, c'est-à-dire à vivre dans la paix et la dignité dans sa propre patrie. » — Saint Jean-Paul II, Message pour la 90ᵉ Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2004, Migrations dans une vision de paix, 15 décembre 2003, § 3[20]
Ce renversement est capital : la meilleure politique migratoire est celle qui rend la migration non nécessaire, en s'attaquant à ses causes — guerre, misère, injustice, mauvaise gouvernance.
Erga Migrantes (2004) et Caritas in Veritate (2009)
En 2004, le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants publie, avec l'approbation de Jean-Paul II, l'instruction Erga Migrantes Caritas Christi (« La charité du Christ envers les migrants »), véritable code pastoral qui relit tout le phénomène à la lumière de la Révélation et organise l'accueil ecclésial des migrants[21]. Cinq ans plus tard, Benoît XVI consacre à la question un développement majeur de son encyclique sociale Caritas in Veritate (2009) :
« Tout migrant est une personne humaine qui, en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toute circonstance. » — Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 62[22]
Benoît XVI y voit un « phénomène social caractéristique de notre époque » qui exige une coopération internationale forte et prévoyante ; il rappelle que les travailleurs étrangers ne sont « ni une marchandise ni une simple force de travail », et que leur travail enrichit autant le pays d'accueil que, par leurs envois d'argent, leur pays d'origine[23].
Le double principe : droit de migrer et droit des États de réguler
Tout l'enseignement de l'Église sur la migration tient dans l'équilibre de deux droits qu'il ne faut jamais séparer. Les isoler produit les deux idéologies que l'Église refuse : l'utopie sans-frontières d'un côté, le repli égoïste de l'autre.
Le droit d'émigrer et son fondement
Le premier versant est le droit de la personne. Parce que la terre et ses biens sont destinés par Dieu à tous les hommes — c'est le principe de la destination universelle des biens —, personne ne peut être condamné à mourir de faim ou de violence là où il est né au seul motif qu'il y est né. Quand sa survie ou sa dignité l'exigent, l'homme a donc le droit de partir chercher ailleurs ce que sa patrie lui refuse[24]. Ce droit découle directement de la dignité de la personne humaine, antérieure à toute frontière.
Le devoir d'accueil « autant que faire se peut »
À ce droit correspond, pour les nations qui le peuvent, un devoir d'accueil — mais un devoir mesuré, et non absolu. Le Catéchisme l'énonce avec une précision remarquable :
« Les nations mieux pourvues sont tenues d'accueillir autant que faire se peut l'étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu'il ne peut trouver dans son pays d'origine. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2241[25]
L'expression « autant que faire se peut » (en latin quoad fieri potest) est décisive : le devoir d'accueil est réel et obligatoire, mais proportionné aux capacités de la nation d'accueil. Il n'impose pas l'illimité.
Le droit et le devoir des États de réguler
Le second versant est le droit-devoir des États. Le même paragraphe du Catéchisme poursuit aussitôt :
« Les autorités politiques peuvent, en vue du bien commun dont elles ont la charge, subordonner l'exercice du droit d'immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l'égard du pays d'adoption. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2241[26]
Le Compendium de la doctrine sociale précise le cadre de cette régulation : des flux migratoires réglés selon des critères d'équité et d'équilibre, des immigrés accueillis en tant que personnes et aidés à s'intégrer avec leurs familles, et le respect du droit au regroupement familial[27]. L'Église ne prône donc pas les frontières ouvertes. Le pape Léon XIV, élu en mai 2025, l'a rappelé explicitement lors de la conférence de presse du 23 avril 2026, en réponse à une question sur l'immigration : « Personnellement, je crois qu'un État a le droit d'établir des règles à ses frontières. Je ne dis pas que tout le monde doit entrer sans ordre, créant parfois [...] des situations plus injustes que celles qu'ils ont laissées derrière eux. » — tout en interrogeant aussitôt les pays riches : « Que faisons-nous [...] pour changer la situation dans les pays les plus pauvres ? », rappelant que les migrants sont des personnes qui « méritent le respect qui revient à tout être humain en raison de sa dignité »[28].
C'est sur ce point précis — jusqu'où réguler, à quelles conditions, comment arbitrer ? — que se situe le débat politique, développé dans l'article Que dit l'Église sur l'immigration ?. Retenons ici le principe : la régulation est légitime, mais elle est ordonnée au bien commun, jamais à l'égoïsme national.
Le « droit de ne pas émigrer » et les causes profondes
Entre ces deux droits, la doctrine récente met en avant un troisième terme, qui les dépasse tous deux : le droit de ne pas devoir émigrer. Le pape François en a fait l'un des axes de Fratelli Tutti (2020) :
« Le droit de ne pas émigrer, c'est-à-dire d'être en mesure de rester dans sa propre terre, doit être réaffirmé. » — Pape François, Fratelli Tutti, 3 octobre 2020, n° 38[29]
Personne ne devrait être contraint de fuir. La première justice envers les migrants est donc de combattre les causes qui les jettent sur les routes : guerres, persécutions, misère, corruption, dégradation de l'environnement. C'est le lien profond de la migration avec la paix, le développement et l'écologie intégrale.
Les devoirs réciproques : migrants et sociétés d'accueil
La doctrine sociale ne distribue pas des droits à sens unique. Elle décrit une relation d'obligations mutuelles, où chacun — migrant et société d'accueil — a des devoirs envers l'autre. C'est ce qui la distingue d'un simple plaidoyer.
Les devoirs du migrant
Le Catéchisme est tout aussi net sur les devoirs de l'immigré que sur ceux des nations :
« L'immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel du pays qui l'accueille, d'obéir à ses lois et de contribuer à ses charges. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2241[30]
Trois devoirs précis, donc : la reconnaissance envers le patrimoine matériel et spirituel du pays d'accueil (sa culture, sa foi, ses institutions), l'obéissance aux lois, et la contribution aux charges communes (travail, impôts, participation). Erga Migrantes parle d'une contribution « responsable et loyale » au développement du pays d'installation[31]. L'intégration n'est pas une faveur que l'on accorde au migrant : c'est aussi une exigence morale qui pèse sur lui.
Les devoirs de la société d'accueil
Réciproquement, la société d'accueil doit plus que tolérer : elle doit reconnaître dans le migrant une personne, non une menace ni une marchandise. Cela implique des conditions de travail justes (cf. le salaire juste), le respect de la dignité, la protection contre l'exploitation et la traite, l'accès aux droits fondamentaux et le souci de la famille du migrant, notamment par le regroupement familial[32]. La pire injustice serait d'utiliser une main-d'œuvre immigrée tout en lui refusant les droits attachés à sa personne.
L'intégration, un processus à double sens
L'intégration véritable n'est ni l'assimilation qui efface toute différence, ni le multiculturalisme de juxtaposition qui crée des sociétés parallèles. François la décrit comme un « processus à double sens » : le migrant respecte et adopte la culture qui l'accueille, et la société d'accueil s'enrichit de ce que le migrant apporte, dans un échange ordonné au bien commun[33]. C'est une œuvre de patience qui engage les deux parties.
La migration et les quatre principes de la doctrine sociale
Si la migration n'est pas elle-même un principe, elle est un terrain d'application privilégié des quatre principes permanents de la doctrine sociale, qui s'éclairent mutuellement quand on les applique à elle.
La dignité de la personne interdit de réduire jamais le migrant à un numéro, à un coût ou à une menace : il est « une personne humaine qui possède des droits fondamentaux inaliénables »[34]. Le bien commun, appliqué à la migration, prend une dimension universelle : il ne s'arrête pas aux frontières d'une nation, car il existe aussi un bien commun de la famille humaine tout entière[35]. La subsidiarité rappelle que l'accueil n'est pas qu'affaire d'États : il mobilise d'abord les familles, les paroisses, les associations, les collectivités locales — tout le tissu des corps intermédiaires, plus proches et souvent plus humains. Enfin la solidarité traduit la conviction que « nous sommes tous vraiment responsables de tous »[36] : l'interdépendance mondiale, qui fait circuler marchandises et capitaux, doit aussi engendrer une responsabilité envers les personnes qu'elle déplace.
C'est l'articulation de ces principes qui produit l'équilibre catholique : sans dignité, la régulation devient inhumaine ; sans bien commun, l'accueil devient irresponsable ; sans subsidiarité, tout repose sur un État impuissant ; sans solidarité, chacun se replie sur soi.
Les quatre verbes de François : accueillir, protéger, promouvoir, intégrer
Le pape François, dont le pontificat a fait de la migration une priorité — du cri de Lampedusa contre la « mondialisation de l'indifférence » (8 juillet 2013) jusqu'à Fratelli Tutti —, a résumé la réponse chrétienne en quatre verbes devenus la grille pastorale de référence :
« Notre réponse commune pourrait s'articuler autour de quatre verbes fondés sur les principes de la doctrine de l'Église : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. » — Pape François, Message pour la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2018, repris en Fratelli Tutti n° 129[37]
- Accueillir : ouvrir des voies sûres et légales, élargir les possibilités d'entrée régulière plutôt que de laisser prospérer les filières clandestines.
- Protéger : défendre les droits et la dignité des migrants, en particulier des plus vulnérables, contre l'exploitation et la traite des êtres humains.
- Promouvoir : favoriser le développement intégral de la personne du migrant et de sa communauté, dans le pays d'accueil comme dans le pays d'origine.
- Intégrer : permettre une participation pleine et réciproque à la vie de la société, dans le respect mutuel.
Ces verbes ne sont pas un programme politique précis — l'Église n'en propose pas — mais des orientations morales que chaque société est invitée à traduire prudemment selon ses moyens, ce qui renvoie de nouveau à la prudence politique développée dans Que dit l'Église sur l'immigration ? et à la charité politique.
Objections fréquentes et réponses
La position de l'Église est souvent caricaturée, de droite comme de gauche. Trois objections reviennent constamment ; les examiner permet de mesurer combien la doctrine réelle est plus équilibrée que ses imitations.
« L'Église veut les frontières ouvertes »
C'est l'objection la plus répandue — et la plus fausse. On vient de le voir : le Catéchisme reconnaît explicitement le droit des États à « subordonner l'exercice du droit d'immigration à diverses conditions juridiques » en vue du bien commun[38], et le pape Léon XIV affirme qu'un État « a le droit d'établir des règles à ses frontières »[39]. L'Église ne demande pas l'abolition des frontières : elle demande qu'elles soient gérées avec justice et humanité, au service de la personne et du bien commun, et non par peur ou par calcul.
« Accueillir tout le monde, est-ce réaliste ? »
L'Église ne demande pas non plus d'« accueillir tout le monde ». La formule « autant que faire se peut » du Catéchisme inscrit explicitement la proportion au cœur du devoir d'accueil[40] : la régulation des flux selon des critères d'équité et d'équilibre est une condition de la dignité de l'accueil[41]. La charité n'abolit pas la prudence politique : elle l'exige.
« Et l'identité chrétienne de l'Europe ? »
L'inquiétude pour l'héritage chrétien est légitime, mais la réponse de l'Église n'est pas le repli. D'une part, elle rappelle que le devoir du migrant inclut le respect du patrimoine spirituel du pays d'accueil[42] : l'intégration suppose qu'on n'efface pas l'âme chrétienne d'une nation. D'autre part, elle observe que l'accueil des migrants peut raviver la foi dans des sociétés sécularisées, et que la meilleure défense d'une identité chrétienne n'est pas la fermeture, mais le témoignage d'une charité vécue[43]. La peur n'a jamais évangélisé personne.
La migration à la lumière de la foi : le peuple de Dieu en marche
Au-delà de l'analyse sociale, la migration touche le cœur de la foi chrétienne. La Bible tout entière est traversée par des figures de migrants : Abraham appelé à quitter son pays[44], Israël esclave puis étranger en Égypte, le peuple en marche au désert vers la Terre promise, l'exil à Babylone. C'est sur cette mémoire que se fonde le commandement répété d'aimer l'étranger : « Aimez donc l'immigré, car au pays d'Égypte vous étiez des immigrés »[45]. Cette dimension d'hospitalité biblique est développée dans l'article L'accueil de l'étranger.
Le Christ lui-même a connu l'exil : enfant, il dut fuir avec Marie et Joseph la persécution d'Hérode[46] — c'est tout le sens du titre Exsul Familia choisi par Pie XII. Et l'Église se comprend elle-même comme un peuple en pèlerinage, sans demeure permanente ici-bas :
« Car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir. » — Épître aux Hébreux 13, 14[47]
Tout chrétien est, en ce sens, un homo viator, un voyageur vers la patrie céleste. Le migrant qui frappe à notre porte est ainsi, mystérieusement, une image de notre propre condition — et le Christ a prévenu que c'est en lui qu'il se présente : « J'étais un étranger, et vous m'avez accueilli »[48].
Cette vérité trouve son sommet dans la spiritualité de la Divine Volonté transmise à Luisa Piccarreta (1865-1947) : l'âme qui vit dans le Fiat divin n'agit jamais pour elle seule, mais « au nom de tous », embrassant dans l'unique Volonté de Dieu tous les hommes, sédentaires et exilés. La fraternité que la doctrine sociale appelle de ses vœux dans l'ordre des structures trouve là sa racine intérieure : la communion de tous dans l'unique Volonté du Père[49].
Pour aller plus loin
- Que dit l'Église sur l'immigration ? — le débat pratique sur la politique migratoire, « ni laxiste ni xénophobe ».
- L'accueil de l'étranger — la dimension biblique et spirituelle de l'hospitalité.
- La dignité de la personne humaine — le fondement : on accueille des personnes, jamais une masse.
- Le bien commun — la fin à laquelle la régulation des migrations est ordonnée.
- La destination universelle des biens — le fondement du droit d'émigrer.
- La solidarité — l'interdépendance mondiale à transformer en responsabilité.
- La subsidiarité — le rôle des familles, paroisses et corps intermédiaires dans l'accueil.
- La mondialisation — l'arrière-plan du phénomène migratoire contemporain.
- La pauvreté — l'une des causes premières des départs forcés.
- La paix et l'écologie intégrale — combattre les racines de la migration contrainte.
Notes et références
Organisation internationale pour les migrations (OIM), État de la migration dans le monde 2022 (World Migration Report), Genève : le nombre de migrants internationaux est passé de 84 millions en 1970 à 281 millions en 2020, soit une progression de 2,3 % à 3,6 % de la population mondiale ; 96,4 % des habitants de la planète résident dans leur pays de naissance. Chiffre vérifié sur worldmigrationreport.iom.int.
1Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, Erga Migrantes Caritas Christi, 3 mai 2004, n° 1, 14 : la migration lue comme un « signe des temps » particulièrement important, « un défi à relever et à mettre en valeur en vue de la construction d'une humanité renouvelée ». Texte officiel sur vatican.va.
2 10Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, 11 avril 1963, n° 25 : « Tout homme […] a le droit, moyennant des motifs valables, de se rendre à l'étranger et de s'y fixer. » Texte officiel français, vatican.va.
3Catéchisme de l'Église catholique, § 2241 : les autorités politiques peuvent, « en vue du bien commun dont elles ont la charge, subordonner l'exercice du droit d'immigration à diverses conditions juridiques ». Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.
4Évangile selon saint Matthieu 2, 13-15, traduction liturgique officielle (AELF) : la fuite en Égypte de la Sainte Famille pour échapper à Hérode.
5Épître aux Hébreux 11, 13, traduction liturgique officielle (AELF, aelf.org) : « C'est dans la foi, sans avoir connu la réalisation des promesses, qu'ils sont tous morts ; mais ils l'avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. »
6Erga Migrantes Caritas Christi, instruction du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants, 3 mai 2004, partie II : distinction pastorale des catégories de migrants (migrants économiques, réfugiés, demandeurs d'asile, déplacés, étudiants, marins, nomades) et appel à ne pas les confondre. Texte officiel sur vatican.va.
7Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 62 : la migration comme « phénomène social caractéristique de notre époque », lié à la mondialisation et aux écarts de développement.
8Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n° 4 : « scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l'Évangile ».
9Sur saint Jean-Baptiste Scalabrini (1839-1905), évêque de Plaisance, fondateur en 1887 des Missionnaires de saint Charles (scalabriniens) pour la pastorale des émigrés ; béatifié le 9 novembre 1997 par saint Jean-Paul II, canonisé sans miracle requis par le pape François le 9 octobre 2022, proclamé « père des migrants ». Dates vérifiées (Vatican News, 9 octobre 2022 ; nominis.cef.fr).
11Sur l'origine de la Journée du migrant et le bureau romain de 1912 : saint Pie X, motu proprio Cum omnes catholicos du 15 août 1912, créant auprès de la Congrégation consistoriale un bureau « de spirituali emigrantium cura » (Acta Apostolicae Sedis 4, 1912, p. 526-527 : https://www.vatican.va/archive/aas/documents/AAS-04-1912-ocr.pdf) ; motu proprio Iam pridem du 19 mars 1914 fondant à Rome un collège de prêtres pour les émigrés italiens (AAS 6, 1914, p. 173-176 : https://www.vatican.va/archive/aas/documents/AAS-06-1914-ocr.pdf) ; lettre circulaire de la Sacrée Congrégation consistoriale aux évêques d'Italie du 6 décembre 1914, écrite sous Benoît XV — saint Pie X étant mort le 20 août 1914 (AAS 6, 1914, p. 423) — demandant une quête annuelle pour les émigrés italiens, à une fête fixe (AAS 6, 1914, p. 699-701) : c'est l'origine de la Journée du migrant, étendue aux réfugiés en 2004 ; pape François, Angélus du 14 janvier 2018 annonçant la Journée au deuxième dimanche de septembre (105ᵉ Journée le 8 septembre 2019 : https://www.vatican.va/content/francesco/fr/angelus/2018/documents/papa-francesco_angelus_20180114.html) ; déclaration du directeur de la Salle de presse du 20 novembre 2018 fixant la Journée au dernier dimanche de septembre, « su richiesta di varie Conferenze Episcopali » (105ᵉ Journée le 29 septembre 2019 : https://press.vatican.va/content/salastampa/it/bollettino/pubblico/2018/11/20/0857/01854.html).
12Vénérable Pie XII, Exsul Familia Nazarethana, constitution apostolique du 1ᵉʳ août 1952 : premier grand document magistériel sur la pastorale des migrants, appelée « Magna Carta » des migrants. Texte sur vatican.va (versions latine et traductions).
13Exsul Familia, 1952 : le droit d'émigrer y est rattaché, dans la ligne de Rerum Novarum (Léon XIII, 1891), à la destination universelle des biens de la création. La Sainte Famille fuyant en Égypte (Mt 2) y est présentée comme l'archétype et le modèle de toute famille de réfugiés.
14Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, 11 avril 1963, n° 25. Citation intégrale du droit de circulation, d'émigration et de résidence, fondé sur l'appartenance de tout homme à l'unique « communauté universelle ». Texte officiel français, vatican.va.
15Saint Jean XXIII, Pacem in Terris, 11 avril 1963, n° 101-102 : le capital doit aller à la rencontre du travail plutôt que l'inverse, pour permettre aux travailleurs d'améliorer leur condition sans quitter leur milieu natal ; n° 103 sur la sollicitude envers les réfugiés politiques. Texte officiel français, vatican.va.
16Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 7 décembre 1965, n° 66 : dénonciation des conditions précaires faites aux travailleurs émigrés, qui doivent être traités comme des personnes et non comme de simples instruments de production. Numéro vérifié (doctrine-sociale-catholique.fr, dossier « Migrations »).
17Saint Paul VI, Octogesima Adveniens, 14 mai 1971, n° 17 : sur la condition précaire des travailleurs émigrés ; appel à « dépasser une attitude étroitement nationaliste » et à leur reconnaître une charte assurant le droit d'émigrer, l'intégration, la promotion professionnelle et le logement décent.
18Saint Jean-Paul II, Laborem Exercens, 14 septembre 1981, n° 23 : l'émigration pour le travail comme « mal nécessaire » ; l'homme a le droit de quitter sa patrie pour des motifs valables comme d'y revenir. Numéro vérifié (doctrine-sociale-catholique.fr, dossier « Migrations »).
19Saint Jean-Paul II, Message pour la 90ᵉ Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2004, Migrations dans une vision de paix, 15 décembre 2003, § 3. Texte officiel français sur vatican.va. Ce principe est ensuite intégré à l'instruction Erga Migrantes Caritas Christi (2004).
20Erga Migrantes Caritas Christi, instruction du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, approuvée par Jean-Paul II le 1ᵉʳ mai 2004, datée du 3 mai 2004. Relit le phénomène migratoire à la lumière de la Révélation et organise la pastorale d'accueil. Texte sur vatican.va.
21Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 62 : « Tout migrant est une personne humaine qui, en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toute circonstance. » Texte officiel français, vatican.va.
22Benoît XVI, Caritas in Veritate, n° 62 : les travailleurs étrangers ne doivent pas être considérés « comme une marchandise ou comme une simple force de travail » ; leur travail bénéficie au pays d'accueil comme, par leurs envois de fonds, à leur pays d'origine. Appel à une politique de coopération internationale « forte et prévoyante ».
23Catéchisme de l'Église catholique, § 2241 : fondement du droit d'émigrer en quête « de la sécurité et des ressources vitales » que l'on ne peut trouver dans son pays d'origine, en lien avec la destination universelle des biens (§ 2402-2403).
24Catéchisme de l'Église catholique, § 2241 : « Les nations mieux pourvues sont tenues d'accueillir autant que faire se peut l'étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu'il ne peut trouver dans son pays d'origine. »
25Catéchisme de l'Église catholique, § 2241 : « Les autorités politiques peuvent, en vue du bien commun dont elles ont la charge, subordonner l'exercice du droit d'immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l'égard du pays d'adoption. »
26Conseil pontifical Justice et Paix, Compendium de la doctrine sociale de l'Église, Libreria Editrice Vaticana, 2004, n° 298 : « La réglementation des flux migratoires selon des critères d'équité et d'équilibre est une des conditions indispensables pour obtenir que les insertions adviennent avec les garanties requises par la dignité de la personne humaine. Les immigrés doivent être accueillis en tant que personnes et aidés, avec leurs familles, à s'intégrer dans la vie sociale » ; « le droit au regroupement familial doit être respecté et favorisé ». Texte officiel français sur vatican.va.
27 41Pape Léon XIV, réponse à la journaliste Eva Fernández (Radio Cope), conférence de presse dans l'avion du retour du voyage apostolique en Algérie, au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale, 23 avril 2026 : « Personnellement, je crois qu'un État a le droit d'établir des règles à ses frontières. Je ne dis pas que tout le monde doit entrer sans ordre, créant parfois [...] des situations plus injustes que celles qu'ils ont laissées derrière eux » ; et sur la responsabilité des pays riches : « Que faisons-nous [...] pour changer la situation dans les pays les plus pauvres ? ». Texte officiel français sur vatican.va (Discours, Léon XIV, avril 2026, « 20260423-guinea-volo-ritorno »).
28Pape François, Fratelli Tutti, 3 octobre 2020, n° 38 : « le droit de ne pas émigrer, c'est-à-dire d'être en mesure de rester dans sa propre terre, doit être réaffirmé ». Texte officiel français, vatican.va.
29Catéchisme de l'Église catholique, § 2241 : « L'immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel du pays qui l'accueille, d'obéir à ses lois et de contribuer à ses charges. »
30Erga Migrantes Caritas Christi, instruction du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants, 3 mai 2004 : l'émigration comporte droits et devoirs ; au droit d'émigrer correspond le devoir de l'immigré d'apporter une contribution responsable et loyale au développement du pays où il s'installe. Texte officiel sur vatican.va.
31Saint Paul VI, Octogesima Adveniens, 14 mai 1971, n° 17, sur le regroupement familial, le logement décent et la promotion professionnelle des travailleurs émigrés. Voir aussi Catéchisme, § 2211, sur le devoir de la société de favoriser la famille.
32Pape François, Fratelli Tutti, 3 octobre 2020, n° 129-132 : le migrant est appelé à s'intégrer en préservant son identité culturelle et religieuse, dans des sociétés « ouvertes aux différences » et invitées à « les promouvoir dans un esprit de fraternité humaine » (n° 129) ; principe de pleine citoyenneté fondée sur l'égalité des droits et des devoirs (n° 130) ; appel à une gouvernance mondiale des migrations dépassant la simple gestion des urgences (n° 132). Texte officiel français, vatican.va.
33Benoît XVI, Caritas in Veritate, 29 juin 2009, n° 62, repris ici pour l'application du principe de dignité au migrant.
34Compendium de la doctrine sociale de l'Église, 2004, n° 298, et, sur le bien commun universel de la famille humaine, n° 165 ; cf. Gaudium et Spes n° 26 et Pacem in Terris n° 132-141.
35Saint Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987, n° 38 : la solidarité comme « détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun », « parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous ».
36Pape François, Message pour la 104ᵉ Journée mondiale du Migrant et du Réfugié 2018 (daté du 15 août 2017), thème « Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer les migrants et les réfugiés » ; repris en Fratelli Tutti, 3 octobre 2020, n° 129 : « Notre réponse […] pourrait s'articuler autour de quatre verbes ». Textes officiels sur vatican.va.
37Catéchisme de l'Église catholique, § 2241, sur le droit des autorités politiques de subordonner l'immigration à des conditions juridiques en vue du bien commun.
38Pape Léon XIV, conférence de presse dans l'avion du retour du voyage apostolique en Afrique, 23 avril 2026 : « Personnellement, je crois qu'un État a le droit d'établir des règles à ses frontières. » Texte officiel français sur vatican.va (cf. [^leon-xiv]).
39Catéchisme de l'Église catholique, § 2241 : la formule « autant que faire se peut » inscrit la proportion et la mesure au cœur du devoir d'accueil.
40Catéchisme de l'Église catholique, § 2241 : devoir de l'immigré de respecter « le patrimoine matériel et spirituel » du pays d'accueil.
42Pape Léon XIV, Message pour la 111ᵉ Journée mondiale du Migrant et du Réfugié — « Migrants, missionnaires d'espérance », 25 juillet 2025, célébré le 4-5 octobre 2025 lors du Jubilé des migrants : les migrants et réfugiés catholiques, « par leur enthousiasme spirituel et leur vitalité, [...] peuvent contribuer à revitaliser des communautés ecclésiales figées et alourdies, où le désert spirituel avance ». Texte officiel français sur vatican.va.
43Genèse 12, 1, traduction liturgique officielle (AELF) : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. » L'appel d'Abraham, premier grand « migrant » de la foi.
44Deutéronome 10, 18-19, traduction liturgique officielle (AELF, aelf.org) : « C'est lui qui rend justice à l'orphelin et à la veuve, qui aime l'immigré, et qui lui donne nourriture et vêtement. Aimez donc l'immigré, car au pays d'Égypte vous étiez des immigrés. »
45Évangile selon saint Matthieu 2, 13-15, traduction liturgique officielle (AELF) : la fuite en Égypte ; le Christ enfant, réfugié, fonde la compassion de l'Église envers tout exilé.
46Épître aux Hébreux 13, 14, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car nous n'avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous cherchons celle qui est à venir. »
47Évangile selon saint Matthieu 25, 35, traduction liturgique officielle (AELF) : « J'étais un étranger, et vous m'avez accueilli » ; le Christ s'identifie à l'étranger accueilli ou rejeté (Mt 25, 31-46).
48L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 12, 20 février 1919 (12-86) : les âmes qui vivent dans la Volonté divine « peuvent rendre Gloire, Honneur, Adoration et Amour au nom de tous ».
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