Le Code de droit canonique de 1983 (Codex Iuris Canonici)

Le Code de droit canonique de 1983 est la loi universelle de l'Église latine actuellement en vigueur, promulguée par saint Jean-Paul II pour traduire en langage juridique l'ecclésiologie de Vatican II.

Ignispedia

Le Code de droit canonique de 1983, en latin Codex Iuris Canonici, est la loi universelle de l'Église latine actuellement en vigueur. Annoncé par saint Jean XXIII le 25 janvier 1959 en même temps que le concile Vatican II, élaboré pendant une vingtaine d'années par une commission pontificale instituée en 1963, il est promulgué par saint Jean-Paul II le 25 janvier 1983 — vingt-quatre ans jour pour jour après l'annonce — par la constitution apostolique Sacrae Disciplinae Leges. Il entre en vigueur le 27 novembre 1983, premier dimanche de l'Avent, abrogeant le Code pio-bénédictin de 1917.[1][2]

Ses 1 752 canons, répartis en sept livres, reprennent la technique de codification inaugurée en 1917 — articles brefs, numérotés, abstraits — mais en réorganisent profondément l'architecture pour traduire en langage juridique l'ecclésiologie de communion du concile Vatican II : le De Populo Dei (« Le Peuple de Dieu ») devient le Livre II, à la place du De personis (« Des personnes ») qui plaçait au centre les seuls clercs.[3][4]

Le Code n'est pas un acte isolé. Sept ans après sa promulgation, Jean-Paul II en fit la pièce centrale d'un ensemble plus vaste : dans la constitution apostolique Sacri Canones du 18 octobre 1990, qui promulgue le Code des canons des Églises orientales (CCEO), il présenta ensemble le Code latin de 1983, la constitution Pastor Bonus (1988) sur la Curie romaine — « adjointe aux deux Codes » — et le nouveau Code oriental, comme les pièces complémentaires d'un même ordonnancement canonique de l'Église universelle.[5] Depuis, la pièce curiale a changé : Pastor Bonus a été intégralement abrogée et remplacée par la constitution apostolique Praedicate Evangelium du pape François, promulguée le 19 mars 2022 et entrée en vigueur le 5 juin 2022.[6]

Loin d'être un monument figé, le Code est régulièrement retouché. La réforme la plus visible est la refonte intégrale de son Livre VI — le droit pénal — par la constitution apostolique Pascite Gregem Dei du pape François, datée du 23 mai 2021 (publiée le 1er juin) et entrée en vigueur le 8 décembre suivant. Loin d'une décision improvisée en 2021, cette refonte était un chantier ouvert sous Benoît XVI — qui donna dès 2007 mandat au Conseil pontifical pour les Textes législatifs d'en engager l'étude, poursuivie pendant plus de dix ans (commission formelle en septembre 2009, premier schéma soumis aux conférences épiscopales en 2011) avant d'aboutir sous François.[7] Le Code de 1983 est donc, plus qu'un texte figé, un droit vivant : la charte juridique d'une Église qui se réforme sans se renier.[8]

Pourquoi un nouveau code après seulement soixante-six ans ?

L'annonce surprise de Jean XXIII (25 janvier 1959)

Saint Jean XXIII (Angelo Roncalli, 1881-1963) annonça simultanément, le 25 janvier 1959, la convocation de Vatican II et la révision du Code de droit canonique. Wikimedia Commons.

À peine trois mois après son élection, Jean XXIII réunit le 25 janvier 1959 les dix-sept cardinaux présents à Rome, dans la salle capitulaire de l'abbaye Saint-Paul-hors-les-Murs, en clôture de l'octave de prière pour l'unité des chrétiens.[9] Devant une assemblée restreinte, il annonça, à la lettre de l'allocution, une double célébration qui prit tout le monde de court : un synode du diocèse de Rome et un concile œcuménique — ce sera Vatican II —, dont la célébration, précise-t-il aussitôt, « conduira heureusement à l'aggiornamento souhaité et attendu du Code de droit canonique ». L'« aggiornamento » du Code est donc présenté par Jean XXIII comme le fruit attendu des deux assemblées, et non comme une troisième annonce autonome.[10][11]

L'allocution prononcée ce jour-là précise clairement la portée de ces projets :

« Nous prononçons devant vous, certes en tremblant un peu d'émotion, mais en même temps avec une humble résolution de propos, le nom et la proposition de la double célébration : d'un Synode diocésain pour la Ville, et d'un Concile œcuménique pour l'Église universelle. […] Elles conduiront heureusement à l'aggiornamento souhaité et attendu du Code de droit canonique. » — Jean XXIII, allocution Questa festiva ricorrenza, salle capitulaire de l'abbaye Saint-Paul-hors-les-Murs, 25 janvier 1959 (traduction Ignispedia de l'italien)[12]

L'ordre des projets est significatif. Pour Jean XXIII, le Code ne devait pas précéder le concile — il devait le suivre. La révision du droit canonique ne serait pas un acte technique isolé, mais la traduction juridique d'un nouveau regard de l'Église sur elle-même, que le concile aurait formulé.[13][14]

Une longue attente : du concile au Code

La basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome. C'est là que Jean XXIII annonça, le 25 janvier 1959, la convocation de Vatican II et la révision du Code de 1917. Wikimedia Commons.

Le concile dura quatre sessions automnales, de l'11 octobre 1962 à la clôture du 8 décembre 1965, et produisit seize documents, dont quatre constitutions majeures : Sacrosanctum Concilium (liturgie), Lumen Gentium (Église), Dei Verbum (Révélation), Gaudium et Spes (Église dans le monde de ce temps).[15] Quand le Code de 1917 commença d'être effectivement réécrit, c'est sur ces constitutions — surtout Lumen Gentium — que les canonistes durent désormais s'appuyer.

Mais pourquoi attendre vingt-quatre ans entre l'annonce et la promulgation ? La réponse tient en trois mots : continuité, refonte, consultation. Continuité, parce qu'il s'agissait moins d'inventer un droit que de refondre l'existant — la plupart des canons de 1917 sont passés, retouchés, dans le Code de 1983. Refonte, parce que les principes ecclésiologiques nouveaux (peuple de Dieu, collégialité, communion) ne pouvaient pas être plaqués sur l'ancienne architecture sans la repenser. Consultation, parce que la commission soumit ses schémas à tous les épiscopats du monde, à plusieurs reprises, exactement comme Gasparri l'avait fait en 1912-1914.[16][17]

Une autre raison, plus profonde, justifiait l'attente : il ne fallait pas que le Code soit promulgué tant qu'il n'aurait pas véritablement digéré l'ecclésiologie conciliaire, sous peine de figer prématurément le travail théologique en cours. Le motu proprio Causas matrimoniales (1971) de Paul VI montra d'ailleurs que des réformes urgentes — par exemple en matière de procédure de nullité matrimoniale — pouvaient être anticipées par des lois particulières, sans attendre le Code lui-même.[18]

La commission pontificale et le travail de refonte (1963-1981)

La Pontificia Commissio (28 mars 1963)

Le cardinal Pericle Felici (1911-1982), secrétaire général de Vatican II, pro-président de la commission de révision du Code en 1967 puis président jusqu'à sa mort en mars 1982. Wikimedia Commons, Araldica Vaticana.

Le 28 mars 1963, Jean XXIII institua officiellement la Pontificia Commissio Codici Iuris Canonici Recognoscendo — la « Commission pontificale pour la révision du Code de droit canonique ». Présidée d'abord par le cardinal Pietro Ciriaci (1885-1966) puis, après la mort de celui-ci, par le cardinal Pericle Felici (1911-1982) — ancien secrétaire général du concile —, elle comportait un noyau dur de canonistes et fut élargie au fil des années à des évêques, des religieux, des laïcs et des observateurs des Églises orientales.[19][20]

Quand Felici mourut en mars 1982, à un an de la promulgation, il fut remplacé à la tête de la commission par le cardinal vénézuélien Rosalio José Castillo Lara (1922-2007), salésien, qui en avait été le secrétaire et qui mena le projet à son terme.[21]

Les Principia (1967) : dix principes directeurs

Avant d'écrire un seul canon, la commission demanda d'abord à toute l'Église : « Sur quels principes voulez-vous que nous travaillions ? » En 1967, elle publia donc, sous le titre Principia quae Codicis Iuris Canonici recognitionem dirigant, dix principes directeurs qui furent soumis au synode des évêques d'octobre 1967, lequel les approuva à une écrasante majorité.[22][23]

Ces dix principes balisent toute la révision. Les voici au complet, dans l'ordre du document (Communicationes 1 (1969), pp. 77-85) :

PrincipeIdée centrale
1. Caractère juridique du CodeLe Code reste un texte juridique au sens propre, pas un manuel théologique ; mais il doit traduire l'ecclésiologie conciliaire.
2. Coordination du for interne et du for externeNe pas couper le fidèle en deux mondes : coordonner le for de la conscience et le for externe, notamment en matière de peines et de pénitence.
3. « Caractère pastoral »Le droit doit servir le bien des âmes ; certaines normes purement disciplinaires anciennes peuvent être supprimées.
4. Dispenses des évêques diocésainsPermettre aux évêques diocésains, pour des raisons pastorales, de dispenser des lois universelles dans les cas particuliers (cf. canons 87-91 du Code).
5. SubsidiaritéTout ce qui peut être décidé au niveau local (conférence épiscopale, diocèse) ne doit pas l'être à Rome.
6. Distinguer for interne et for externeLe for de la conscience n'est pas justiciable par le droit canonique au même titre que le for externe.
7. Protection des droits subjectifsLe Code reconnaît et garantit les droits fondamentaux des fidèles, clercs comme laïcs.
8. Procédure administrativeCréation d'une vraie procédure administrative pour protéger les fidèles contre l'arbitraire.
9. Distribution territoriale ordonnéeAffermissement du gouvernement diocésain et des conférences épiscopales.
10. Droit pénalMaintien d'un droit pénal canonique, mais réformé, avec une présomption d'innocence et des peines proportionnées.

Ces principes — surtout le 5, le 7 et le 8 — distinguent fondamentalement le Code de 1983 de son ancêtre de 1917, qui restait davantage centré sur l'autorité hiérarchique et moins sur les droits des fidèles. L'Église des fidèles est devenue le sujet du droit, et non plus seulement son objet.[24]

Onze coetus et des milliers de canonistes

La commission travailla en onze groupes de travail spécialisés (coetus studiorum) couvrant chacun un domaine : norme générale, peuple de Dieu, magistère, sacrements, biens temporels, sanctions, procès, etc. Chaque groupe rassemblait une dizaine de consulteurs choisis dans le monde entier — évêques, professeurs de droit canonique, juges de la Rote romaine, secrétaires de dicastères.[25]

L'œuvre fut considérable. À Rome, le secrétariat — où Mgr Willy Onclin (1905-1989), professeur à Louvain, servait comme secrétaire adjoint — centralisa les schemata (projets de canons) et les retravailla à de nombreuses reprises à la lumière des observations reçues.[26]

Une consultation universelle (1972-1982)

Comme en 1912, la commission soumit ses schémas à l'épiscopat universel, aux facultés ecclésiastiques de droit canon, aux supérieurs majeurs des instituts religieux et aux dicastères de la Curie. La consultation se déroula par vagues, sur une décennie :

  1. 1972-1973
    Premiers schémas partiels

    Schema de procedura administrativa (1972, 16 p.) puis Schema de sanctionibus (1973, 31 p.), soumis aux observations extérieures.

  2. 1975-1977
    Schémas sacramentaires et livres du Code

    Schema de sacramentis (1975, 96 p.), puis en 1977 les schémas des normes générales, du Peuple de Dieu, de la fonction d'enseignement, des lieux et temps sacrés, des biens temporels et des procès, soumis pour observations.

  3. 1980
    Schema Codicis

    Premier projet intégré de tout le Code (Schema Codicis, Libreria Editrice Vaticana, 1980, 382 p.), établi d'après les observations reçues.

  4. 20-29 octobre 1981
    Session plénière

    Examen du schéma de 1980 en session plénière de la commission (Congregatio Plenaria), dont les actes paraîtront en 1991 (637 p.).

  5. 22 avril 1982
    Présentation à Jean-Paul II

    Le pro-président Castillo Lara remet officiellement à Jean-Paul II le Schema novissimum (Typis Polyglottis Vaticanis, 1982, 308 p.), texte définitif du projet de Code.

  6. 25 janvier 1983
    Promulgation

    Jean-Paul II promulgue le Code par Sacrae Disciplinae Leges — 24 ans jour pour jour après l'annonce de Jean XXIII.

Les animadversiones — observations envoyées par les évêques, les conférences épiscopales, les facultés et les religieux du monde entier — se comptent par milliers : la Relatio de 1981 qui en fait la synthèse compte à elle seule 358 pages, reprise dans Communicationes 14-16 (1982-1984). Chacune fut classée, analysée et, pour beaucoup, intégrée. Ce travail de discernement est sans doute la consultation juridique la plus large jamais menée dans l'histoire de l'Église.[27][28]

La promulgation du 25 janvier 1983

Sacrae Disciplinae Leges

Saint Jean-Paul II (Karol Wojtyła, 1920-2005) promulgua le Code de 1983 par la constitution apostolique Sacrae Disciplinae Leges, le 25 janvier 1983. Wikimedia Commons.

Le 25 janvier 1983 — date soigneusement choisie en raison de son symbolisme : c'était à la fois la fête de la conversion de saint Paul et le vingt-quatrième anniversaire jour pour jour de l'annonce de Jean XXIII — Jean-Paul II promulgua le nouveau Code par la constitution apostolique Sacrae Disciplinae Leges.[29]

Le texte est court mais d'une portée immense. Il rappelle la genèse du Code, la décision de Jean XXIII, le rôle du concile, le travail de la commission. Puis il situe juridiquement la portée de l'acte :

« C'est pourquoi, en vertu de l'autorité suprême dont je suis investi, par cette Constitution destinée à valoir à l'avenir, je promulgue le présent Code, tel qu'il a été ordonné et révisé. J'ordonne qu'il ait force de loi pour toute l'Église latine à partir du premier dimanche de l'Avent de cette année 1983. » — Jean-Paul II, constitution apostolique Sacrae Disciplinae Leges, 25 janvier 1983 (traduction française)[30]

Le choix du premier dimanche de l'Avent comme date d'entrée en vigueur fait écho à celui du dimanche de la Pentecôte par Benoît XV en 1918 : un commencement liturgique pour un commencement juridique. L'Avent est l'attente du Christ, le temps de la conversion ; il dit que le droit canonique n'a pas d'autre fin que de préparer l'âme à la venue du Seigneur.[31]

Le Code comme prolongement du concile

L'apport conceptuel central de Sacrae Disciplinae Leges est de présenter le Code comme le prolongement juridique de Vatican II. La formule la plus citée est celle-ci :

« Ce nouveau Code pourrait être compris comme un grand effort pour traduire en langage canonique cette même doctrine, c'est-à-dire l'ecclésiologie conciliaire. Et si l'on ne peut transposer parfaitement dans le langage canonique l'image de l'Église décrite par la doctrine du Concile, néanmoins, à cette image, le Code doit toujours se référer comme à son modèle primordial, dont il doit exprimer, autant qu'il est possible, par sa nature même, les lignes. » — Jean-Paul II, constitution apostolique Sacrae Disciplinae Leges, 25 janvier 1983 (traduction française)[32]

L'idée est neuve, et elle a une conséquence pratique : le Code de 1983 ne peut pas se comprendre seul. Il a besoin d'être lu avec les textes de Vatican II ; et certains canons (par exemple le canon 204 § 1, qui définit qui est christifidelis — un fidèle du Christ) sont des paraphrases presque textuelles de passages conciliaires (Lumen Gentium, n. 31).[33][34]

Cinq finalités du droit canonique

La même constitution énonce les cinq finalités que doit servir le nouveau Code dans la vie de l'Église, dans une page restée célèbre :

« Le Code apparaît donc comme un complément nécessaire de l'enseignement du Concile […]. Le but du Code n'est en aucune façon de remplacer la foi, la grâce, les charismes et surtout la charité dans la vie de l'Église ou des fidèles. Au contraire, il a plutôt pour but de créer dans la société ecclésiale un tel ordre que, donnant la première place à l'amour, à la grâce, aux charismes, il facilite en même temps leur développement organique dans la vie tant de la société ecclésiale que de chacun des fidèles. » — Jean-Paul II, constitution apostolique Sacrae Disciplinae Leges, 25 janvier 1983 (traduction française)[35]

L'ordre des priorités est exact : grâce d'abord, droit ensuite. C'est la grande différence avec la tentation d'un juridisme qui prendrait le droit pour une fin en soi. Le Code n'a de sens que comme serviteur de la communion ecclésiale.

Architecture : les sept livres

Du plan romain (1917) au plan trinitaire (1983)

Le Code de 1917 — 2 414 canons en cinq livres —, héritier du juriste romain Gaius (personae / res / actiones), structurait ses trois livres centraux autour des trois axes classiques de la jurisprudence romaine : personnes (Livre II, De personis), choses (Livre III, De rebus), actions (Livre IV, De processibus), encadrés par les normes générales (Livre I) et le droit pénal (Livre V, De delictis et poenis). Le Code de 1983 abandonne ce plan latin pour un schéma plus théologique, articulé autour des trois fonctions du Christ (tria munera Christi) : sanctifier (munus sanctificandi), enseigner (munus docendi), gouverner (munus regendi) — fonctions confiées à toute l'Église, et exercées de manière particulière par la hiérarchie. C'est l'ecclésiologie de Lumen Gentium qui inspire ce plan.[36][37]

Les sept livres en un coup d'œil

Voici comment se répartissent les 1 752 canons du Code de 1983 :

LivreTitre latinObjetCanons
IDe normis generalibusNormes générales : lois ecclésiastiques, coutumes, décrets, actes administratifs, prescription, computation du temps.1-203
IIDe Populo DeiLe Peuple de Dieu : les fidèles (laïcs, clercs, religieux), la constitution hiérarchique de l'Église (pape, évêques, conférences épiscopales, paroisses), les instituts de vie consacrée.204-746
IIIDe Ecclesiae munere docendiLa fonction d'enseignement : ministère de la Parole, prédication, catéchèse, éducation catholique, médias, missions.747-833
IVDe Ecclesiae munere sanctificandiLa fonction de sanctification : les sacrements (baptême, confirmation, eucharistie, pénitence, onction des malades, ordre, mariage), les sacramentaux, la liturgie des heures, les funérailles, le culte des saints.834-1253
VDe bonis Ecclesiae temporalibusLes biens temporels de l'Église : acquisition, administration, contrats, fondations pieuses.1254-1310
VIDe sanctionibus in EcclesiaLes sanctions dans l'Église : droit pénal canonique (délits, peines, censures, procédures pénales).1311-1399
VIIDe processibusLes procès : tribunaux, procédures contentieuses, causes de nullité matrimoniale, causes des saints, procédures administratives.1400-1752

Plusieurs déplacements sont significatifs. Le Livre II (De Populo Dei) place les fidèles — et non plus seulement les clercs — au cœur du Code, en commençant par les droits et devoirs communs à tous les baptisés (canons 208-223). Le Livre III détache la fonction d'enseignement, autrefois dispersée dans le De rebus de 1917, pour en faire un livre entier — signe que la Parole et la catéchèse ne sont pas une « chose » parmi d'autres. Le Livre IV rassemble tout le droit sacramentaire et liturgique. Le Livre VII, enfin, centralise toutes les procédures judiciaires.[38]

1 752 canons : moins, et autrement

Le Code de 1983 compte 1 752 canons, contre 2 414 dans le Code de 1917. La diminution apparente — environ 28 % — ne signifie pas un appauvrissement. Beaucoup de canons anciens, qui décrivaient minutieusement des situations désormais traitées dans des lois particulières (statuts des conférences épiscopales, Pastor Bonus pour la Curie, Universi Dominici Gregis pour le conclave), ont été retirés. À l'inverse, des matières absentes du Code de 1917 (droits fondamentaux des fidèles, structures de communion, conférences épiscopales) y trouvent place.[39][40]

Une révolution ecclésiologique sans rupture

Le canon 204 : qui est sujet du droit canonique ?

Le canon 204 § 1 ouvre le Livre II. Il définit avec précision qui est christifidelis — fidèle du Christ —, et il le fait dans des termes empruntés à Lumen Gentium :

« Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu'incorporés au Christ par le baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, faits participants à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l'Église pour qu'elle l'accomplisse dans le monde. » — Codex Iuris Canonici (1983), canon 204 § 1[41]

Ce canon est une révolution silencieuse. Le sujet premier du droit canonique n'est plus le clerc, c'est le fidèle, baptisé, dont les laïcs forment l'immense majorité. C'est sur cette base que le Code énonce ensuite une liste de droits et devoirs communs à tous les fidèles (canons 208-223) qui n'avaient aucun équivalent en 1917, et où l'on trouve par exemple le devoir d'annoncer le message du salut, le droit à recevoir les sacrements ou la liberté de fonder des associations.[42][43]

La place des laïcs : canons 224-231

L'aula conciliaire de la basilique Saint-Pierre durant Vatican II (1962-1965). C'est l'ecclésiologie du concile qui inspire le Code de 1983. Photographie de Lothar Wolleh, Wikimedia Commons.

Les canons 224 à 231 (Livre II, partie I, titre II) traitent spécifiquement des laïcs, et inversent l'ancien tropisme clérical du Code de 1917, qui parlait presque exclusivement des clercs. Le canon 225 § 2 reconnaît expressément la mission des laïcs dans l'ordre temporel :

« Chacun selon sa propre condition, ils sont aussi tenus au devoir particulier d'imprégner d'esprit évangélique et de parfaire l'ordre temporel, et de rendre ainsi témoignage au Christ, spécialement dans la gestion de cet ordre et dans l'accomplissement des charges séculières. » — Codex Iuris Canonici (1983), canon 225 § 2[44]

Le canon 230 § 2, surtout, ouvre aux laïcs des fonctions liturgiques (lecteur, acolyte) longtemps réservées aux clercs ou aux clercs en formation, en cohérence avec la réforme liturgique de Vatican II. Pendant longtemps, le canon 230 § 1 a réservé les ministères institués de lecteur et d'acolyte aux seuls hommes ; cette restriction a été levée par le pape François par le motu proprio Spiritus Domini du 10 janvier 2021, qui les ouvre désormais aussi aux femmes.[45]

La synodalité et la collégialité : canons 336-348

Le Livre II consacre toute une partie à la structure hiérarchique de l'Église, qui n'apparaissait pas comme telle en 1917 : le pape (canons 330-335), le Collège des évêques (canons 336-341) — concept directement issu de Lumen Gentium n. 22 —, le Synode des évêques (canons 342-348) institué par Paul VI en 1965, les conférences épiscopales (canons 447-459).[46][47]

Le canon 336 énonce le statut juridique du Collège des évêques :

« Le Collège des Évêques dont le chef est le Pontife Suprême et dont les Évêques sont les membres en vertu de la consécration sacramentelle et par la communion hiérarchique entre le chef et les membres du Collège, et dans lequel se perpétue le corps apostolique, est lui aussi en union avec son chef et jamais sans lui, sujet du pouvoir suprême et plénier sur l'Église tout entière. » — Codex Iuris Canonici (1983), canon 336[48]

L'expression « avec son chef et jamais sans lui » est cruciale. Elle dit la collégialité au sens catholique : les évêques ne forment pas une démocratie qui exercerait sur l'Église un pouvoir indépendant du pape, mais un véritable collège dont la tête est le successeur de Pierre. Le canon 336 est l'une des grandes formulations juridiques de l'ecclésiologie de communion. C'est l'écho exact, en langage canonique, de Lumen Gentium n. 22.[49]

Le canon 1055 : une nouvelle définition du mariage

Le mariage chrétien occupe une place importante dans le Livre IV (canons 1055-1165), avec une définition d'ouverture qui résume toute la doctrine catholique :

« L'alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonné par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement. » — Codex Iuris Canonici (1983), canon 1055 § 1[50]

Ce canon condense en une phrase la doctrine catholique du mariage : alliance (et non contrat seulement), entre un homme et une femme (donc nécessairement hétérosexuel), tournée vers les deux fins inséparables (bien des conjoints et procréation), et — entre baptisés — sacrement du Christ. C'est sur cette base que le Code organise tout le droit matrimonial : empêchements (canons 1083-1094), consentement (1095-1107), forme canonique (1108-1123), nullité (procès du Livre VII).[51]

Salus animarum suprema lex : le canon 1752

Le tout dernier canon du Code, le canon 1752, conclut le Livre VII en réaffirmant la fin ultime du droit canonique :

« Dans les causes de transfert, les dispositions du can. 1747 seront appliquées, en observant l'équité canonique et sans perdre de vue le salut des âmes qui doit toujours être dans l'Église la loi suprême. » — Codex Iuris Canonici (1983), canon 1752[52]

L'expression latine salus animarum suprema lex — « le salut des âmes est la loi suprême » — ne désigne pas une norme de plus parmi d'autres : c'est la clé d'interprétation de tout le Code. Tous les autres canons, jusqu'au plus technique, sont ordonnés à cette fin. C'est aussi un garde-fou contre toute lecture juridiste du droit canonique : le droit n'est pas la fin, l'âme l'est.[53]

Le canon 1404 : Prima Sedes a nemine iudicatur

L'un des très rares canons du Code de 1917 repris textuellement dans celui de 1983 est l'ancien canon 1556, devenu canon 1404 :

« Le Premier Siège n'est jugé par personne. » — Codex Iuris Canonici (1983), canon 1404[54]

Ce principe — Prima Sedes a nemine iudicatur — pose qu'il n'existe aucune juridiction supérieure au pontife romain. La reprise mot pour mot manifeste la continuité dogmatique entre les deux codes : la primauté du pape, définie par Vatican I (Pastor aeternus, 1870) et confirmée par Vatican II (Lumen Gentium, n. 22), reste un point fixe.[55][56]

Le droit pénal : trois grandes réformes

Le Livre VI initial (1983)

Le Livre VI du Code de 1983 (canons 1311-1399) avait conservé l'architecture pénale du Code de 1917 en l'allégeant. Mais cette modération posa rapidement un problème : nombre de canons devenaient si vagues, ou si discrétionnaires, qu'ils décourageaient l'usage du droit pénal canonique. Dans certains cas — notamment celui des abus sexuels sur mineurs —, des évêques préférèrent traiter les affaires par voie administrative interne plutôt que de poursuivre les coupables comme la procédure pénale l'exigeait.[57][58]

Sacramentorum sanctitatis tutela (2001/2010)

Pour faire face à l'urgence des abus, Jean-Paul II promulgua dès le 30 avril 2001 le motu proprio Sacramentorum sanctitatis tutela, qui réservait à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) une liste de délits les plus graves (delicta graviora) : abus sur mineurs, profanation de l'eucharistie, violation du secret confessionnel, etc. Le texte fut profondément retouché par Benoît XVI le 21 mai 2010, après l'éclatement de plusieurs scandales internationaux.[59]

Benoît XVI (Joseph Ratzinger, 1927-2022). En 2010, il réforma en profondeur Sacramentorum sanctitatis tutela pour mieux traiter les delicta graviora. Wikimedia Commons.

Parmi les nouveautés de la version 2010 : extension de la prescription à vingt ans (et possibilité de dérogation pour la CDF), inclusion des images pédopornographiques (delicta graviora visant, dans la version 2010, les mineurs de moins de 14 ans — seuil relevé à moins de 18 ans par un rescrit du pape François en décembre 2019), et possibilité d'un procès administratif accéléré. Benoît XVI prit ainsi des mesures qui allaient préparer la grande réforme pénale de 2021.[60]

Vos estis lux mundi (2019, révisé en 2023)

Le pape François (Jorge Mario Bergoglio, 1936-2025). Promulgateur de Vos estis lux mundi (2019) et de Pascite Gregem Dei (2021), il a profondément refondu le droit pénal canonique. Wikimedia Commons.

Le 9 mai 2019, le pape François promulgua le motu proprio Vos estis lux mundi, qui impose à tous les prêtres et religieux l'obligation de signaler à leur ordinaire les cas connus d'abus sexuels et les négligences de leurs supérieurs. Le texte étend la définition des délits aux abus sur personnes vulnérables (adultes en situation de fragilité) et organise les enquêtes sur les évêques eux-mêmes, soumis au métropolite ou à un évêque délégué par le Saint-Siège.[61]

Une révision de mars 2023 a étendu la portée du texte aux fidèles laïcs occupant des fonctions de responsabilité dans l'Église (modérateurs d'associations internationales, par exemple), reconnaissant que des abus de pouvoir spirituel peuvent se produire en dehors du strict cadre clérical.[62]

Pascite Gregem Dei (23 mai 2021)

La grande refonte du droit pénal canonique vient de la constitution apostolique Pascite Gregem Dei — « Faites paître le troupeau de Dieu », allusion à 1 Pierre 5, 2 — constitution datée du 23 mai 2021, jour de Pentecôte, et publiée le 1er juin 2021. Elle abrogeait l'ensemble du Livre VI du Code et le remplaçait par un nouveau Livre VI entré en vigueur le 8 décembre 2021. C'est, depuis 1983, la modification la plus importante apportée au Code.[63]

Dans la constitution apostolique de promulgation, François exprime ainsi le sens de la réforme :

« Dans le passé, le manque de perception du rapport intime existant dans l'Église entre l'exercice de la charité et le recours — lorsque les circonstances et la justice l'exigent — à la discipline sanctionnatrice a causé beaucoup de dommages. Cette façon de penser — l'expérience l'enseigne — risque de conduire à vivre avec des comportements contraires à la discipline des mœurs, auxquels ne suffisent pas comme remède les seules exhortations ou suggestions. […] C'est pourquoi l'application des peines devient nécessaire de la part des Pasteurs et des Supérieurs. […] En effet, la charité exige que les Pasteurs recourent au système pénal toutes les fois qu'il le faut […] » — Pape François, constitution apostolique Pascite Gregem Dei, datée du 23 mai 2021 (traduction française de l'original italien)[64]

L'idée est forte : ne pas punir un coupable par fausse charité, c'est trahir la véritable charité. La nouvelle version du Livre VI clarifie de nombreux délits, allonge des prescriptions, élargit le catalogue des sanctions, ajoute des délits inédits (tentative d'ordination des femmes, abus sexuels sur personnes vulnérables, abus économiques graves), et précise les procédures pour rendre la procédure pénale moins discrétionnaire et plus protectrice à la fois des victimes et des accusés.[65][66]

Le Code et le CCEO (1990) : deux codes pour une seule Église

Saint Jean-Paul II à Cracovie en juin 1983, l'année même de la promulgation du Code. Le pape polonais complétera l'œuvre par le Code des canons des Églises orientales en 1990. Wikimedia Commons.

Le canon 1 du Code de 1983 reprend, modernisé, celui de 1917 : il limite expressément la portée du Code à l'Église latine. Les Églises catholiques de rite oriental — chaldéens, maronites, melkites, ukrainiens, coptes, syro-malabares, syro-malankares, éthiopiens, etc. — relèvent d'un droit propre.[67]

Pour combler la lacune que laissait le Code latin, Jean-Paul II promulgua le 18 octobre 1990 le Codex Canonum Ecclesiarum Orientalium (CCEO), entré en vigueur le 1ᵉʳ octobre 1991. Le CCEO comporte 1 546 canons structurés différemment du Code latin, parce qu'il doit rendre compte de la grande diversité des traditions orientales : celles des vingt-trois Églises orientales catholiques de droit propre — vingt-deux au temps de la promulgation, rejointes en 2015 par l'Église érythréenne érigée par François — qui forment ensemble, avec l'Église latine, les vingt-quatre Églises particulières de la communion catholique.[68][69][70]

Le pape présentait alors les deux codes, avec la constitution apostolique Pastor Bonus sur la Curie romaine (1988) — depuis remplacée par Praedicate Evangelium (2022) —, comme un seul corps de droit pontifical :

« Le Code des canons des Églises orientales, qui paraît aujourd'hui, doit être regardé comme le complément nouveau du magistère proposé par le concile Vatican II, par lequel l'ordonnancement canonique de l'Église universelle se trouve enfin achevé, après le Code de droit canonique de l'Église latine promulgué en 1983 et la constitution apostolique sur la Curie romaine de 1988, adjointe aux deux Codes. » — Jean-Paul II, constitution apostolique Sacri Canones, 18 octobre 1990 (traduction Ignispedia du latin)[71]

La distinction n'est donc pas une division : c'est la respiration normale d'une Église catholique qui assume sa diversité légitime dans l'unité de la foi. La célèbre formule de Orientalium Ecclesiarum (Vatican II, 1964) — « la sainte Mère l'Église […] tient en très haute considération les institutions, les rites liturgiques, les traditions ecclésiastiques et la discipline de la vie chrétienne des Églises orientales » — trouve dans le CCEO sa concrétisation juridique.[72]

Que faut-il penser du Code de 1983 ?

Comme pour le Code de 1917, des objections sérieuses ont été élevées contre le Code de 1983. Les ignorer serait infidèle ; les regarder de face permet d'en mesurer la vraie portée.

Objection — « Le Code ne traduit pas vraiment l'ecclésiologie de Vatican II »

L'objection la plus articulée est venue de théologiens et de canonistes qui jugent que la traduction juridique de Lumen Gentium est restée timide : l'Église comme peuple de Dieu se trouve placée dans le Livre II, mais la structure hiérarchique reprend très largement celle de 1917 ; le canon 129 § 2, qui paraît limiter la participation des laïcs à l'exercice du pouvoir de gouvernement (potestas regiminis, encore appelé pouvoir de juridiction) à une coopération, semble en retrait par rapport à certaines orientations conciliaires. D'autres critiques viennent de catholiques qui voudraient au contraire une centralisation plus marquée.[73][74]

Réponse. Aucun Code ne peut épuiser une ecclésiologie. Mais celui de 1983 fait, en droit, un saut considérable : il ouvre un livre sur le peuple de Dieu (et non plus sur les clercs), garantit pour la première fois des droits fondamentaux aux fidèles, institue juridiquement le Synode des évêques et les conférences épiscopales, et reconnaît la diversité des charismes. La distance entre l'ecclésiologie conciliaire et son expression canonique n'est pas un échec : elle est la marque d'un droit qui se sait serviteur d'une vie qui le dépasse. Et la révision continue (motu proprios François 2017-2024, refonte du Livre VI en 2021) montre que cette traduction se poursuit.

Objection — « Le droit pénal a été affaibli, d'où la crise des abus »

Une critique fréquente, surtout après 2010, reproche au Code de 1983 d'avoir trop assoupli le droit pénal de 1917, ce qui aurait empêché les évêques de poursuivre énergiquement les abus sexuels.

Réponse. L'objection a une part de vrai, et le Saint-Siège lui-même l'a reconnu : c'est précisément pour cela que François a refondu le Livre VI en 2021 par Pascite Gregem Dei, et que les motu proprios Sacramentorum sanctitatis tutela (2001/2010) et Vos estis lux mundi (2019/2023) ont rétabli un cadre pénal robuste. Mais le défaut principal de la première version du Livre VI n'était pas tant juridique que culturel : trop de pasteurs ont jugé, à tort, qu'agir avec miséricorde dictait de ne pas sanctionner, ou qu'il fallait éviter le scandale public. La réforme de 2021 corrige les deux versants : la lettre du droit, et l'attitude pastorale. Loin d'être une défaillance de la codification, cette correction confirme que le Code de 1983 est un droit vivant, capable de se réformer sans renier ses fondements.

Objection — « Le canon 1055 sur le mariage est trop restrictif »

Certains contestent la définition du mariage canon 1055 — alliance hétérosexuelle indissoluble ordonnée au bien des conjoints et à la procréation — en demandant l'ouverture de l'Église à d'autres unions, ou un assouplissement de l'indissolubilité.

Réponse. Le canon 1055 ne fait que reformuler en langage canonique la doctrine catholique du mariage, fondée sur Matthieu 19, 6 (« Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas ») et confirmée par tous les conciles depuis Trente. Elle ne dépend donc pas de l'autorité du Code, mais de la révélation. Sacrae Disciplinae Leges est explicite : le Code n'a pas pour mission de modifier la doctrine, mais d'en organiser l'expression juridique. Vouloir réformer le canon 1055 sans toucher au dogme du mariage serait un contresens sur ce qu'est un code.[75][76]

Que reste-t-il à faire avec le Code aujourd'hui ?

Le Code de 1983 n'est ni un appareil opprimant, ni un cadre obsolète. C'est, en pratique, le livre que doit ouvrir un évêque qui prend possession d'un diocèse, un curé qui célèbre un mariage, un religieux qui prononce ses vœux, un juge ecclésiastique qui instruit une cause, ou un fidèle qui s'estime lésé par une décision administrative et veut recourir. C'est aussi le livre que doit citer un théologien qui veut articuler doctrine et discipline.

Pour le lecteur catholique non spécialiste, le Code reste accessible si l'on en accepte trois clés de lecture.

D'abord, lire avec Vatican II. Le Code n'est pleinement intelligible qu'à la lumière des constitutions conciliaires, surtout Lumen Gentium et Sacrosanctum Concilium. Lire le canon 204 sans Lumen Gentium n. 31, c'est lire un signe sans connaître la chose signifiée.

Ensuite, lire comme une grammaire, non comme un règlement. Le Code donne le vocabulaire, la syntaxe et les conjugaisons du droit ecclésial ; il n'épuise pas la vie ecclésiale, comme une grammaire n'épuise pas la littérature. Le canon 1752 — salus animarum suprema lex — invite explicitement le lecteur à toujours rapporter la lettre du droit au bien réel des âmes.

Enfin, lire avec confiance. Le Code est l'œuvre de près de vingt ans de travail collégial impliquant des milliers d'évêques, de canonistes, de religieux et de laïcs, sous l'autorité directe de saint Jean-Paul II. Il n'est pas une astuce administrative, mais un acte solennel de gouvernement de l'Église.

Le Code de droit canonique de 1983, héritier du Code pio-bénédictin et serviteur de l'ecclésiologie conciliaire, demeure pour quarante ans encore — et peut-être bien davantage — la charte juridique de la communion catholique latine, dans l'attente paisible d'une nouvelle révision qu'aucun pape n'a encore annoncée.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Jean-Paul II, constitution apostolique Sacrae Disciplinae Leges, 25 janvier 1983, promulguant le Code de droit canonique ; textes latin, italien et anglais sur vatican.va. Passage original latin : « Immo, certo quodam modo, novus hic Codex concipi potest veluti magnus nisus transferendi in sermonem canonisticum hanc ipsam doctrinam, ecclesiologiam scilicet conciliarem. Quod si fieri nequit, ut imago Ecclesiae per doctrinam Concilii descripta perfecte in linguam canonisticam convertatur, nihilominus ad hanc ipsam imaginem semper Codex est referendus tamquam ad primarium exemplum, cuius lineamenta is in se, quantum fieri potest, suapte natura exprimere debet. » Les citations françaises de cette constitution dans le présent article en sont la traduction Ignispedia, fidèle au latin de vatican.va.

    1 3 14 17 29 30 31 32 33 35 75
  2. « Canon law — The Codex Iuris Canonici, 1983 », Encyclopædia Britannica (article Canon law), qui détaille la genèse du Code de 1983 : annonce de Jean XXIII en 1959, commission de révision de 1963, consultation des évêques et facultés, promulgation par Jean-Paul II en 1983, structure en sept livres et 1752 canons.

    2 13 19 23 25 39
  3. Codex Iuris Canonici (1983). Texte latin : édition typique, Libreria Editrice Vaticana, Rome, 1983. Traduction française : traduction officielle du Saint-Siège (par la Société internationale de droit canonique, avec les facultés de droit canonique de l'Université Saint-Paul d'Ottawa et de l'Institut catholique de Paris) ; textes latin, français et anglais disponibles sur vatican.va. Toutes les citations de canons du présent article (204 § 1, 225 § 2, 336, 1055 § 1, 1404, 1752) ont été revérifiées au caractère près sur le texte français de vatican.va en octobre 2026.

    4 34 36 38 40 42 46
  4. Jean-Paul II, constitution apostolique Sacri Canones, 18 octobre 1990, promulguant le Codex Canonum Ecclesiarum Orientalium (CCEO), entré en vigueur le 1ᵉʳ octobre 1991 ; AAS 82 (1990), pp. 1033-1044 (le passage associant les trois textes, pp. 1038-1039) ; texte latin sur vatican.va. Le texte y présente ensemble le Code latin de 1983, la constitution sur la Curie de 1988 (« quae utrique Codici adiungitur ») et le nouveau Code oriental ; la citation française de l'article en est la traduction Ignispedia.

    5 68 71
  5. Pape François, constitution apostolique Praedicate Evangelium sur la Curie romaine et son service à l'Église dans le monde, promulguée le 19 mars 2022 (solennité de saint Joseph) et entrée en vigueur le 5 juin 2022 (solennité de la Pentecôte), abrogeant et remplaçant intégralement Pastor Bonus (1988) ; texte officiel sur vatican.va.

    6
  6. Genèse longue de la réforme du Livre VI : François, Pascite Gregem Dei (texte officiel italien sur vatican.va) : « Benedetto XVI, mio venerato Predecessore, nel 2007, diede mandato al Pontificio Consiglio per i Testi Legislativi di avviare lo studio per una revisione della normativa penale contenuta nel Codice del 1983 » ; Mgr Juan Ignacio Arrieta, secrétaire du Conseil pontifical pour les Textes législatifs, entretien Omnes, 1ᵉʳ juin 2021 : commission formelle en septembre 2009, groupe d'étude en 2011, premier schéma envoyé la même année aux conférences épiscopales, dicastères, facultés et experts. Passages originaux italiens : « L'osservanza della disciplina penale è doverosa per l'intero Popolo di Dio » ; « Invero la carità richiede che i Pastori ricorrano al sistema penale tutte le volte che occorra » (en français : « En effet, la charité exige que les Pasteurs recourent au système pénal toutes les fois qu'il le faut »).

    7
  7. Pape François, constitution apostolique Pascite Gregem Dei, datée du 23 mai 2021 et publiée le 1ᵉʳ juin 2021 (nouveau Livre VI du Code de droit canonique, entré en vigueur le 8 décembre 2021) ; texte original italien sur vatican.va — la citation de l'article en est la traduction Ignispedia, contrôlée mot à mot sur ce texte italien (les […] signalent des coupes).

    8 57 63 64 65
  8. Dix-sept cardinaux présents dans la salle capitulaire : EWTN Vatican (« He addressed seventeen Cardinals in the Basilica of St. Paul-Outside-the-Walls ») ; Catholic Letters, 25 janvier 2024 (« the stunned silence of the 17 cardinals present in the chapter room of the Saint-Paul hors-les-murs abbey »).

    9
  9. Jean XXIII, allocution Questa festiva ricorrenza prononcée dans la salle capitulaire de l'abbaye Saint-Paul-hors-les-Murs le 25 janvier 1959, annonçant simultanément un synode du diocèse de Rome, un concile œcuménique (Vatican II) et la révision du Code de droit canonique. Texte italien original dans Acta Apostolicae Sedis, vol. 51 (1959), pp. 65-69 : « Pronunciamo innanzi a voi, certo tremando un poco di commozione, ma insieme con umile risolutezza di proposito, il nome e la proposta della duplice celebrazione : di un Sinodo Diocesano per l'Urbe, e di un Concilio Ecumenico per la Chiesa universale. […] Esse condurranno felicemente all'auspicato e atteso aggiornamento del Codice di Diritto Canonico […] » La citation française de l'article en est la traduction Ignispedia, contrôlée mot à mot sur ce texte italien (le […] signale une coupe dans le développement intermédiaire).

    10 12
  10. Acta Apostolicae Sedis (AAS), vol. 51 (1959), pp. 65-69 — texte officiel de l'allocution de Jean XXIII annonçant la révision du Code et le concile Vatican II.

    11
  11. Pour l'histoire générale de Vatican II, voir Giuseppe Alberigo (dir.), Storia del Concilio Vaticano II, 5 vol., Bologne, Il Mulino / Peeters, 1995-2001 — référence académique standard, traduite en français au Cerf.

    15
  12. Entre 1912 et 1914, un premier schéma du futur Code de 1917 fut envoyé aux évêques du monde entier pour observations : Jesuit Sources Digital, « The 1917 Codex Iuris Canonici: Archival Sources for Canon Law Teaching at the Gregorian University » (« Between 1912 and 1914, a first draft was sent to bishops around the world for comment ») ; de même « 1917 Code of Canon Law » (« The 1912 text was sent out to all Latin bishops and superiors general for their comment »).

    16
  13. Paul VI, motu proprio Causas matrimoniales, 28 mars 1971 — réforme provisoire de la procédure des causes de nullité matrimoniale en attendant le nouveau Code ; texte dans AAS 63 (1971), pp. 441-446.

    18
  14. Commission instituée le 28 mars 1963 sous la présidence du cardinal Pietro Ciriaci (1885-1966, décédé le 30 décembre 1966) : Communicationes, vol. 1 (1969), p. 5. Pericle Felici (1ᵉʳ août 1911 – 22 mars 1982), secrétaire général du concile Vatican II (1962-1965), nommé pro-président de la commission le 21 février 1967 puis président le 30 juin 1967 ; mort en fonction en mars 1982, voir L'Osservatore Romano, 23 mars 1982.

    20
  15. Rosalio José Castillo Lara (4 septembre 1922 – 16 octobre 2007), salésien vénézuélien, secrétaire de la commission de révision dès le 20 février 1975, puis pro-président après la mort de Felici : c'est à ce titre qu'il remit à Jean-Paul II le Schema novissimum le 22 avril 1982 (discours du pro-président, Communicationes, vol. 15 (1983), pp. 27-29) ; créé cardinal en 1985. Voir notices du Saint-Siège et du Dicastère pour les Textes législatifs.

    21
  16. Principia quae Codicis Iuris Canonici recognitionem dirigant, principes directeurs de la révision du Code, approuvés à l'écrasante majorité par le synode des évêques d'octobre 1967 ; texte dans Communicationes, vol. 1 (1969), pp. 77-85 (avec Relatio, pp. 86-91, réponses aux observations, pp. 92-98, et vote, pp. 99-100). Présentation détaillée des dix principes : Jiří Kašný, « The Principles to Guide Revision of the Code of Canon Law », Studia Theologica VI (2004).

    22 24
  17. Mgr Willy Onclin (1905-1989) — professeur à la faculté de droit canonique de Louvain, jamais cardinal — nommé secrétaire adjoint de la commission de révision le 17 novembre 1965, l'un des artisans principaux du Code de 1983. Voir Communicationes, vol. 1 (1969), pp. 15-28 (liste des consulteurs) et pp. 38-42 (session solennelle du 20 novembre 1965) ; chaire annuelle « Msgr. W. Onclin » de la faculté de Louvain ; hommage dans Studia Canonica, vol. 24 (1990), pp. 5-12.

    26 28
  18. Communicationes, bulletin officiel de la Pontificia Commissio Codici Iuris Canonici Recognoscendo (1969-1983), édité par le Saint-Siège, qui documente toute la genèse du Code. Références exactes : institution de la commission, vol. 1 (1969), p. 5 ; schéma des sanctions soumis en 1973, vol. 5 (1973), pp. 195-196 ; schéma des procès, vol. 8 (1976), p. 183 ; synthèse des observations (Relatio, 1981, 358 p.), vol. 14-16 (1982-1984). Schémas imprimés : Schema Codicis, Libreria Editrice Vaticana, 1980, 382 p. ; Schema novissimum, Typis Polyglottis Vaticanis, 1982, 308 p. ; actes de la session plénière des 20-29 octobre 1981, Typis Polyglottis Vaticanis, 1991, 637 p.

    27
  19. Walter Kasper, L'Église catholique. Son être, sa réalisation, sa mission, Cerf, Paris, 2014 (trad. fr. de Katholische Kirche, Herder, 2011) — analyse de l'ecclésiologie post-conciliaire et de sa traduction canonique.

    37 73
  20. Codex Iuris Canonici (1983), canon 204 § 1 : définition des christifideles (fidèles du Christ) en termes empruntés à Lumen Gentium n. 31. C'est le canon d'ouverture du Livre II et la pierre angulaire de tout le Code.

    41
  21. Codex Iuris Canonici (1983), canons 208-223 : droits et devoirs communs à tous les fidèles, innovation majeure par rapport au Code de 1917 ; canon 208 énonce l'égalité fondamentale de tous les baptisés en dignité et action ; canons 209-223 détaillent les droits subjectifs.

    43
  22. Codex Iuris Canonici (1983), canon 225 § 2 : obligation particulière des laïcs d'imprégner d'esprit évangélique l'ordre temporel, dans la ligne du décret conciliaire Apostolicam Actuositatem.

    44
  23. Pape François, motu proprio Spiritus Domini, 10 janvier 2021, modifiant le canon 230 § 1 du Code de droit canonique en supprimant la limitation aux seuls hommes pour les ministères institués de lecteur et d'acolyte ; texte officiel sur vatican.va.

    45
  24. Vatican II, constitution dogmatique Lumen Gentium, n. 22, 21 novembre 1964 — fondement doctrinal du Collège des évêques ; reprise littérale par le canon 336 du Code.

    47 49
  25. Codex Iuris Canonici (1983), canon 336 : statut du Collège des évêques comme sujet de la pleine et suprême autorité sur l'Église entière, « avec son chef et jamais sans lui ».

    48
  26. Codex Iuris Canonici (1983), canon 1055 § 1 : définition canonique du mariage comme alliance entre un homme et une femme ordonnée au bien des conjoints ainsi qu'à la génération et à l'éducation des enfants, élevée par le Christ à la dignité de sacrement entre baptisés.

    50 51 76
  27. Codex Iuris Canonici (1983), canon 1752 : dernier canon du Code, qui clôt le Livre VII en rappelant que le salut des âmes (salus animarum) doit toujours être dans l'Église la loi suprême — clé d'interprétation de tout le Code.

    52 53
  28. Codex Iuris Canonici (1983), canon 1404 : « Prima Sedes a nemine iudicatur » — reprise textuelle de l'ancien canon 1556 du Code de 1917, expression juridique de la primauté du pontife romain.

    54 56
  29. Vatican I, constitution dogmatique Pastor aeternus, 18 juillet 1870 — définition dogmatique de la primauté de juridiction et de l'infaillibilité du pontife romain.

    55
  30. Pape François, motu proprio Vos estis lux mundi, 9 mai 2019, instituant l'obligation pour les clercs et religieux de signaler les cas d'abus sexuels et organisant les enquêtes sur les évêques (entrée en vigueur le 1ᵉʳ juin 2019, ad experimentum pour trois ans) ; texte sur vatican.va.

    58 61
  31. Jean-Paul II, motu proprio Sacramentorum sanctitatis tutela, 30 avril 2001, réservant à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi les delicta graviora (sacrements et morale) ; texte révisé par Benoît XVI le 21 mai 2010 (Normae de gravioribus delictis) avec extension de la prescription à vingt ans et inclusion des images pédopornographiques (mineurs de moins de 14 ans). Rescrit du pape François du 17 décembre 2019 (rescriptum ex audientia, Bollettino du 17.12.2019) relevant ce seuil à moins de dix-huit ans.

    59 60
  32. Pape François, motu proprio Vos estis lux mundi, version révisée du 25 mars 2023 — étend la portée du texte aux laïcs en responsabilité ecclésiale et à des modérateurs d'associations internationales de fidèles.

    62
  33. Dicastère pour les Textes Législatifs, communiqué de presse et notes explicatives sur le nouveau Livre VI du Code de droit canonique, juin 2021 ; pour une présentation académique, voir John Beal (éd.), New Commentary on the Code of Canon Law, Paulist Press, New York, édition révisée 2022.

    66
  34. Codex Iuris Canonici (1983), canon 1 : le Code n'oblige que l'Église latine ; les fidèles des Églises catholiques orientales relèvent d'un droit propre.

    67
  35. Codex Canonum Ecclesiarum Orientalium (CCEO), 1990, texte officiel latin et traductions, Libreria Editrice Vaticana ; 1546 canons applicables aux vingt-trois Églises orientales catholiques de droit propre (vingt-deux en 1990, vingt-trois depuis l'érection de l'Église érythréenne en 2015).

    69
  36. Pape François, érection de l'Église métropolitaine sui iuris d'Érythrée (métropole d'Asmara et trois éparchies suffragantes), séparée de l'Église éthiopienne, le 19 janvier 2015 ; voir Bollettino Rinunce e nomine du 19.01.2015 et l'Annuario Pontificio. L'Église catholique compte dès lors vingt-quatre Églises particulières sui iuris : l'Église latine et vingt-trois Églises orientales.

    70
  37. Vatican II, décret Orientalium Ecclesiarum, 21 novembre 1964, sur les Églises catholiques orientales — texte fondateur de la reconnaissance officielle de la diversité des traditions liturgiques et disciplinaires dans l'unique Église catholique.

    72
  38. Winfried Aymans et Klaus Mörsdorf, Kanonisches Recht. Lehrbuch aufgrund des Codex Iuris Canonici, 3 vol., Paderborn, Schöningh, 1991-2007 — manuel allemand de référence sur le droit canonique post-1983, écrit par des commentateurs ayant participé à la révision.

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