Un synode, du grec σύνοδος (syn-odos, « chemin commun »), désigne dans la tradition chrétienne une assemblée d'évêques — parfois élargie à des prêtres, des diacres et des fidèles — réunis pour délibérer sur la foi, la discipline ou la mission de l'Église. Les premiers chrétiens en font usage dès le concile de Jérusalem raconté au chapitre 15 des Actes des Apôtres (vers 49). De cette assemblée naît la formule qui structurera deux millénaires de pratique synodale : « L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé… »[1]
Concile et synode sont d'abord deux mots pour la même chose : le latin concilium (« assemblée ») et le grec synodos (« chemin commun ») se traduisent l'un par l'autre dans les premiers siècles. La distinction technique vient plus tard et reste discutée dans la canonistique moderne. Aujourd'hui, « concile » désigne plutôt les assemblées œcuméniques (Nicée I, Trente, Vatican II) ou les conciles particuliers (plénier, provincial), tandis que « synode » désigne plutôt les assemblées diocésaines, patriarcales et le Synode des évêques créé par Paul VI en 1965.[2]
L'histoire des synodes est aussi celle d'une tension entre l'autorité du successeur de Pierre et la collégialité épiscopale. Des synodes africains du IIIᵉ siècle au conciliarisme de Constance (1414-1418), du synode permanent de Constantinople aux synodes diocésains tridentins, jusqu'au Synode sur la synodalité convoqué par François en 2021-2024, la même question revient : comment les évêques marchent-ils ensemble avec Pierre, et Pierre avec eux ? Cet article retrace cette histoire en évitant deux travers symétriques — la lecture maximaliste qui ferait du synode une autorité supérieure au pape, et la lecture minimaliste qui en ferait une simple procédure consultative sans portée ecclésiologique.
L'enjeu n'est pas seulement historique. Quand François affirme à Rome, le 17 octobre 2015, devant les évêques réunis pour les cinquante ans du Synode, que « le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l'Église du troisième millénaire »[3], il s'inscrit dans une tradition qui commence à Jérusalem, traverse Carthage, Nicée, Constantinople, Latran, Constance, Trente et Vatican II, et engage la vie ecclésiale des prochaines décennies.
Qu'est-ce qu'un synode dans la tradition catholique ?
Étymologie : « marcher ensemble »
Le mot grec σύνοδος (synodos) est formé de la préposition σύν (syn, « avec ») et du substantif ὁδός (hodos, « chemin », « voie », « route »). Sens premier : « chemin parcouru ensemble ». Sens dérivé : « rencontre », « assemblée », « réunion ». Dans la Grèce profane, le mot désigne aussi bien une conjonction d'astres qu'une réunion de citoyens.[4]
La tradition chrétienne reprend ce terme dès le IIᵉ siècle pour désigner les assemblées d'évêques. Eusèbe de Césarée rapporte ainsi, dans son Histoire ecclésiastique (livre V, chapitre 16), que les évêques d'Asie tinrent « des synodes et des assemblées d'évêques » pour discuter de la prophétie montaniste, vers 170-180. C'est l'une des plus anciennes attestations historiographiques du mot dans son sens ecclésial.[5]
Le latin concilium, formé de cum (« avec ») et calare (« appeler »), traduit le même réel : convoquer ensemble. Les Pères latins (Tertullien, Cyprien, Augustin) utilisent les deux mots indifféremment. Lorsque saint Cyprien de Carthage († 258) tient avec les évêques d'Afrique proconsulaire ses fameux conciles, réunis à intervalles réguliers, il parle aussi bien de concilium que de synodus.[6]
Synode et concile : équivalence ancienne, distinction moderne
Dans les premiers siècles, les deux mots sont interchangeables. Le synode de Nicée I (325) est aussi un concile ; le concile de Jérusalem (49) est aussi un synode. Cette équivalence se retrouve encore dans les actes des grands conciles œcuméniques anciens, qui s'appellent eux-mêmes hagia synodos (« le saint synode »).[7]
La distinction technique apparaît progressivement avec la codification du droit canonique. Au XXᵉ siècle, le Code de droit canonique de 1917 réserve le mot concilium aux assemblées plénières et provinciales (canons 281-291) et le mot synodus à l'assemblée diocésaine (canons 356-362).[8] Le Code de 1983 prolonge cette distinction en parlant de conciles particuliers (plénier, provincial) et de Synode des évêques (canons 342-348) et de synode diocésain (canons 460-468). En français contemporain, les deux mots restent souvent synonymes dans le langage courant, mais leur usage canonique est précisé.
« Le synode diocésain est la réunion des prêtres et des autres fidèles de l'Église particulière choisis pour apporter leur concours à l'Évêque diocésain pour le bien de la communauté diocésaine tout entière. » — Code de droit canonique 1983, canon 460[9]
Ce canon donne une définition normative qui éclaire toute la tradition : un synode n'est pas un parlement, ce n'est pas un vote majoritaire, c'est une assemblée d'évêques (et de collaborateurs) qui conseille et qui délibère sous l'autorité de celui qui préside, lequel reste le seul législateur dans le cas du synode diocésain (canon 466).[10]
Typologie : un mot, plusieurs réalités
L'Église catholique connaît aujourd'hui plusieurs sortes de synodes, héritées de strates historiques différentes :
| Type | Niveau | Code | Convocation | Fréquence prescrite |
|---|---|---|---|---|
| Concile œcuménique | Église universelle | CIC cc. 337-341 | Pontife romain | Aucune (21 dans l'histoire) |
| Concile plénier | Conférence épiscopale | CIC c. 439 | Conférence avec accord du Siège apostolique | Aucune obligation |
| Concile provincial | Province ecclésiastique | CIC c. 440 | Métropolite | Aucune obligation |
| Synode des évêques | Pontife romain | CIC cc. 342-348 | Pape | À l'appréciation du pape |
| Synode diocésain | Diocèse | CIC cc. 460-468 | Évêque diocésain | À l'appréciation de l'évêque |
| Synode patriarcal / saint-synode | Église orientale catholique ou orthodoxe | CCEO cc. 102-113 | Patriarche | Variable selon les Églises |
L'article suit l'ordre chronologique : du concile de Jérusalem (49) jusqu'au Synode sur la synodalité (2021-2024). On ne traite ici ni les conciles œcuméniques en détail — qui ont leurs propres articles — ni les synodes contestés contemporains comme le Synode sur l'Amazonie, qui sont traités à part.
Le concile de Jérusalem : modèle apostolique du synode chrétien
Une crise née de la mission aux païens
Vers les années 48-49, l'Église primitive traverse sa première crise majeure. À Antioche, des frères venus de Judée enseignent que les païens convertis « ne peuvent pas être sauvés s'ils ne se font circoncire selon la coutume de Moïse » (Ac 15, 1).[11] Paul et Barnabé contestent cette thèse. Pour trancher, l'Église d'Antioche les envoie à Jérusalem, vers les Apôtres et les Anciens.[12]
La crise n'est pas anecdotique. Si Paul perd, l'Évangile devient une secte juive et la mission aux nations se ferme. Si Paul gagne sans procédure, la communion entre Jérusalem et Antioche se rompt. Il faut une décision qui maintienne l'unité visible de l'Église au moment où elle s'étend hors des frontières d'Israël.[13]
Le déroulement : Pierre, Jacques, Paul, Barnabé et les anciens
Le récit des Actes (chapitre 15) présente une structure remarquable. Paul et Barnabé exposent « tout ce que Dieu avait fait avec eux » (Ac 15, 4). Des pharisiens devenus chrétiens demandent d'imposer la Loi mosaïque aux convertis. Après un long débat, Pierre prend la parole et rappelle que Dieu a déjà donné l'Esprit aux païens de Césarée sans circoncision (Ac 15, 7-11). Paul et Barnabé racontent ensuite les signes opérés parmi les nations. Jacques — qui préside l'Église de Jérusalem — formule alors la décision en s'appuyant sur le prophète Amos et propose la fameuse « clause de Jacques » : abstinence des viandes idolâtriques, du sang, des animaux étouffés et des unions illégitimes (Ac 15, 19-21).[14]
La décision est ensuite rédigée par les Apôtres, les Anciens et l'Église entière, scellée par une lettre et envoyée par Jude et Silas aux Églises de Syrie et de Cilicie. La phrase-matrice de toute la tradition synodale conclut cette lettre :
« L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d'autres obligations que celles-ci, qui s'imposent. » — Actes des Apôtres, 15, 28 (traduction officielle AELF)[15]
La traduction de la Vulgate, qui a façonné toute la tradition latine, fixait la formule sous une forme devenue proverbiale : « visum est Spiritui Sancto et nobis », « il a paru bon à l'Esprit-Saint et à nous ».[16] Cette double signature — l'Esprit Saint d'abord, l'Église ensuite — n'est pas une politesse rhétorique : c'est la définition même de ce qu'est un synode chrétien. Une assemblée ecclésiale qui décide n'est pas un parlement parmi d'autres ; elle se prétend, à des degrés divers, inhabitée par l'Esprit qui éclaire la décision sans annuler la responsabilité de ceux qui décident.
La réception patristique : modèle pour tous les conciles
Eusèbe de Césarée et les Pères des premiers siècles relisent toutes les assemblées chrétiennes à la lumière de ce premier modèle. Quand Carthage, Antioche, Rome ou Nicée se réunissent, ils estiment rejouer Jérusalem.[17] La phrase « il a paru bon à l'Esprit-Saint et à nous » figurera dans la conclusion de nombreux décrets synodaux et conciliaires, et le Document final du Synode sur la synodalité (2024) s'en réclame encore pour sceller le discernement ecclésial.[18]
Le modèle apostolique pose trois principes encore en vigueur :
- Une primauté présidente — la voix de Pierre intervient à un moment décisif et oriente l'issue.
- Une décision épiscopale collégiale — les Apôtres et les Anciens délibèrent et signent ensemble.
- Une réception ecclésiale — la lettre est rédigée « avec toute l'Église » (Ac 15, 22) et adressée aux Églises locales.
Toute la suite de l'histoire synodale catholique consistera à articuler ces trois principes dans des contextes successifs, sans en sacrifier aucun.
Les synodes des premiers siècles (IIᵉ – Vᵉ siècle)
Les premières assemblées épiscopales
Eusèbe rapporte, comme on l'a vu, que les évêques d'Asie tinrent dès la fin du IIᵉ siècle « des synodes et des assemblées » pour examiner la prophétie montaniste apparue en Phrygie vers 170.[19] À la même époque, le débat sur la date de Pâques (querelle quartodécimane) déclenche une série de synodes en Palestine, en Pont, en Gaule et à Rome. Ces assemblées ne sont pas encore très structurées, mais elles attestent une pratique déjà universelle : devant une question contestée, on appelle les évêques voisins à se prononcer collégialement.[20]
Les synodes africains de saint Cyprien
C'est en Afrique du Nord que la pratique se formalise le plus tôt. Saint Cyprien de Carthage († 258) préside, à partir de 251, des synodes annuels voire biennaux où se rassemblent les évêques de la province carthaginoise.[21] Ces synodes traitent la question du retour des lapsi (chrétiens tombés pendant la persécution), du baptême des hérétiques, de la discipline pénitentielle. Cyprien y formule une ecclésiologie restée célèbre : l'épiscopat est un, et chaque évêque en porte la responsabilité solidaire.
« Episcopatus unus est, cuius a singulis in solidum pars tenetur. » « L'épiscopat est un, et chaque évêque en porte sa part en solidarité. » — Saint Cyprien de Carthage, De catholicae ecclesiae unitate, chap. 5 (vers 251)[22]
Cette formule éclaire le sens premier des synodes. Si l'épiscopat est un seul corps, ses membres ne décident pas seuls : ils délibèrent ensemble. Un synode n'est pas une concession démocratique faite à l'évêque, c'est l'expression normale de la nature collégiale de l'épiscopat.
Le synode d'Elvire (vers 305-306) et ses 81 canons
Au tournant du IVᵉ siècle, l'Église d'Espagne convoque à Eliberis (l'actuelle Grenade) un synode régional réunissant dix-neuf évêques, accompagnés de prêtres de leurs Églises. Daté généralement de 305 ou 306, peu avant la paix de Constantin, ce synode promulgue 81 canons qui forment le plus ancien corpus canonique de l'Occident chrétien conservé.[23]
Les canons d'Elvire traitent de la discipline cléricale (continence des clercs majeurs, canon 33 souvent cité dans les débats actuels sur le célibat sacerdotal), des relations avec les juifs et les païens, du mariage, de la pénitence, des jeux et des spectacles. L'intérêt historique est considérable : Elvire montre qu'avant même la légalisation du christianisme, l'Église pratiquait déjà une législation synodale écrite et précise.[24]
Arles (314), premier concile convoqué par un empereur
Quelques années après le Tournant constantinien (Édit de Milan, 313), l'empereur Constantin convoque à Arles, le 1ᵉʳ août 314, des évêques venus de tout l'Occident pour traiter la crise donatiste qui déchire l'Afrique du Nord. C'est le premier concile convoqué par un empereur chrétien, préfiguration directe de Nicée I onze ans plus tard.[25]
Arles atteste un changement d'échelle : le synode passe de la province à un cadre quasi-universel occidental, et l'empereur acquiert un rôle dans la convocation et la sécurité des assemblées. Ce modèle constantinien marquera toute l'histoire synodale jusqu'à la fin du Moyen Âge — non sans tensions, comme le montrera plus tard la Querelle des Investitures.
De la province à l'Église universelle : Nicée I (325)
Le passage du synode provincial au synode œcuménique s'accomplit à Nicée en 325. Convoqué par Constantin — en présence des légats du pape saint Sylvestre Iᵉʳ, l'évêque Ossius de Cordoue, conseiller de l'empereur, y jouant un rôle de premier plan aux côtés des grands évêques d'Orient (Alexandrie, Antioche) —, Nicée I rassemble environ 318 évêques de tout l'empire pour répondre à l'arianisme et fixer la date de Pâques. La grande nouveauté n'est pas la procédure — déjà éprouvée à Carthage, Elvire, Arles — mais l'échelle. C'est désormais l'Église entière, latine et grecque, qui délibère ensemble.[26]
Nicée I crée aussi la terminologie technique que les conciles ultérieurs reprendront : symbole de foi, canons, anathèmes. Pour le présent article, retenons surtout ce point : tout concile œcuménique est aussi un synode, et le mot hagia synodos (« saint synode ») désigne couramment Nicée dans les sources grecques.[27] L'opposition rigoureuse synode / concile ne s'imposera qu'avec la canonistique latine moderne.
Le synode permanent de Constantinople (synodos endèmoussa)
Une institution byzantine unique
Au Vᵉ siècle apparaît à Constantinople une institution particulière : le synodos endèmoussa, littéralement « synode des évêques résidant » ou « synode permanent ». Il s'agit d'un synode composé des évêques de passage ou résidant temporairement dans la capitale impériale, présidé par le patriarche de Constantinople, et tenu de manière quasi-continue.[28]
Le terme est attesté dès le milieu du Vᵉ siècle dans les actes synodaux de Constantinople ; au concile de Chalcédoine (451), le canon 28 confirme la primauté honorifique de Constantinople « en raison de sa qualité de Nouvelle Rome ».[29] L'endèmoussa devient le principal organe de gouvernement du patriarcat œcuménique, distinct des conciles œcuméniques mais en activité permanente.
Rôle dans les controverses dogmatiques
Le synode permanent intervient dans la plupart des grandes controverses de l'Orient chrétien. Il juge les hérétiques, propose à l'empereur des candidats pour les sièges patriarcaux et métropolitains, examine les questions liturgiques et disciplinaires.[30] Il joue un rôle dans le procès du philosophe Jean Italos (1082) pour platonisme, dans les affaires de l'union de Florence (1439), dans les disputes hésychastes du XIVᵉ siècle (Grégoire Palamas).
Ce système marque toute l'ecclésiologie orientale. Là où la latinité développera la primauté pontificale comme principe unifiant ordinaire, l'Orient développera la synodalité patriarcale comme principe ordinaire de gouvernement, articulée à une primauté d'honneur du siège de Constantinople.
Héritage dans l'orthodoxie
L'endèmoussa survit aux invasions ottomanes (1453) et continue à fonctionner dans le patriarcat œcuménique sous tutelle musulmane. Elle inspire le Saint-Synode des Églises orthodoxes autocéphales (Constantinople, Antioche, Jérusalem, Russie, Roumanie, Bulgarie, Serbie, Géorgie, Grèce, etc.), où chaque patriarcat ou archevêché autocéphale est gouverné collégialement par un synode permanent présidé par le primat.[31] On retrouvera la même structure dans les Églises catholiques orientales unies à Rome, dont le Code des canons des Églises orientales (1990) règle aujourd'hui le fonctionnement (canons 102-113 sur le synode des évêques de l'Église patriarcale).
Synodes francs et carolingiens : l'Église impériale et ses assemblées
Synodes mérovingiens (VIᵉ – VIIᵉ siècle)
Après les invasions germaniques, les rois francs convoquent à leur tour des synodes nationaux. Le concile d'Orléans (511), convoqué par Clovis peu après son baptême, réunit trente-deux évêques de Gaule et adopte trente et un canons sur les rapports entre l'Église et le royaume franc.[32] Suivent les conciles d'Orléans (533, 538, 541, 549), de Tours (567), de Mâcon (581, 585), qui constituent une législation ecclésiale d'application territoriale.
Ces synodes mérovingiens présentent un trait original : le roi y joue un rôle actif, soit en convoquant l'assemblée, soit en confirmant ses canons par capitulaire. La distinction entre autorité ecclésiastique et autorité royale, encore peu marquée, prépare aussi les tensions ultérieures de la Querelle des Investitures.[33]
Synodes carolingiens et réforme de l'Église impériale
Sous Charlemagne et ses successeurs, la pratique synodale connaît un essor sans précédent. Le concile de Francfort (794) condamne l'adoptianisme espagnol et discute la réception du IIᵉ concile de Nicée (787) sur les images saintes. Les conciles d'Aix-la-Chapelle (816-817) réforment la vie monastique et canoniale. Charlemagne convoque des assemblées générales — generalia placita — où évêques, abbés et grands laïcs délibèrent ensemble sous présidence royale.[34]
L'apport carolingien est ambivalent. D'un côté, l'État impérial soutient une vaste réforme ecclésiale par voie synodale : liturgie romaine généralisée, école épiscopale renforcée, discipline cléricale resserrée. De l'autre, la dépendance du synode envers le pouvoir civil prépare les abus de l'investiture laïque qui domineront le Xᵉ siècle et déclencheront la réforme grégorienne.
La réforme grégorienne : les synodes romains au cœur de la réforme (XIᵉ siècle)
Le synode du Latran de 1059 : In nomine Domini
Au milieu du XIᵉ siècle, la papauté est sortie d'une longue période d'abaissement par l'action des empereurs ottoniens, puis par celle des réformateurs lorrains (Léon IX, Étienne IX). En avril 1059, le pape Nicolas II convoque au Latran un synode qui marque un tournant. Le décret In nomine Domini réserve l'élection pontificale aux cardinaux-évêques, à l'exclusion progressive de la noblesse romaine et du pouvoir impérial.[35]
Ce décret est l'acte de naissance du conclave moderne. Il libère la papauté des pressions politiques qui avaient produit, au siècle précédent, les pires scandales (« papauté pornocratique » des Xᵉ-XIᵉ siècles). Il manifeste aussi une conviction décisive : c'est par voie synodale, à Rome même, que doit se résoudre l'autorité de l'Église — non par la cour impériale.
Les synodes annuels de Grégoire VII (1075-1080)
Le pape saint Grégoire VII (1073-1085) systématise la pratique. Il tient à Rome, au Latran, des synodes annuels en Carême où sont prises les grandes décisions de la réforme grégorienne : interdiction de la simonie, condamnation du nicolaïsme (concubinage des clercs), interdiction de l'investiture laïque.[36]
Au synode de Carême 1075, Grégoire VII fait connaître son célèbre Dictatus papae (27 propositions sur la primauté pontificale), bien que la nature exacte de ce document soit débattue par les historiens.[37] Au synode de Carême 1076, il excommunie l'empereur Henri IV ; au synode de 1080, il l'excommunie à nouveau et reconnaît un anti-roi. La réforme grégorienne se fait donc largement par voie synodale romaine, et non d'abord par décret pontifical unilatéral. Le synode est l'instrument ordinaire de la papauté médiévale.
Synodes médiévaux et législation universelle
À partir du XIIᵉ siècle, les conciles du Latran (I 1123, II 1139, III 1179, IV 1215) prolongent cette pratique en l'élargissant à toute la chrétienté latine. Le concile de Latran IV (1215), sous Innocent III, est sans doute le sommet de cette dynamique : 71 canons, doctrine de la transsubstantiation, confession et communion annuelles obligatoires, lutte contre les hérésies cathare et vaudoise, organisation de la cinquième croisade (canon 71 Ad liberandam, départ fixé à 1217). C'est aussi à cette époque que se fixe la pratique des conciles provinciaux annuels, prescrits par Latran IV (canon 6, De conciliis provincialibus) aux métropolitains.[38]
L'idée maîtresse n'a pas changé depuis Jérusalem : la décision ecclésiale se prend en assemblée, sous l'autorité présidente, et engage tout le corps. Mais l'échelle a explosé : Rome est désormais le centre où converge toute la législation, et l'évêque diocésain devient le relais local d'une législation universelle qui descend du sommet.
Le conciliarisme et les synodes de la fin du Moyen Âge
La crise du Grand Schisme et le concile de Pise (1409)
Entre 1378 et 1417, l'Église latine vit un schisme inédit : deux, puis trois prétendants revendiquent simultanément le Siège de Pierre. À Rome, Avignon, puis dans la ligne pisane après 1409, les obédiences se disputent royaumes, universités, ordres religieux et fidèles. Ce Grand Schisme d'Occident crée une crise d'autorité qui appelle une solution synodale.[39]
Le concile de Pise (1409) tente de déposer les deux papes rivaux et d'élire un troisième. L'intention est bonne, le résultat catastrophique : les déposés refusent de céder, et Pise ajoute un troisième prétendant au lieu d'unifier la chrétienté. L'échec de Pise rend nécessaire un concile plus large, mieux préparé, et c'est ce que sera Constance.
Constance (1414-1418) et le décret Frequens
Convoqué à Constance par l'empereur Sigismond avec l'accord de Jean XXIII (ligne pisane), le concile (5 novembre 1414 - 22 avril 1418) résorbe le schisme par une combinaison de déposition (Jean XXIII, Benoît XIII), de renonciation (Grégoire XII, reconnu rétrospectivement comme légitime, reconvoque le concile le 4 juillet 1415 et abdique) et d'élection (Martin V, 11 novembre 1417). C'est aussi à Constance qu'est promulgué, à la 39ᵉ session du 9 octobre 1417, le célèbre décret Frequens.[40]
« La célébration fréquente des conciles généraux est un moyen privilégié de cultiver le champ du Seigneur, en éliminant les ronces, épines et chardons des hérésies, erreurs et schismes. » — Concile de Constance, décret Frequens, session 39, 9 octobre 1417[41]
Frequens prévoit un concile général cinq ans après Constance, puis sept ans après, puis tous les dix ans. L'intuition est simple : si les conciles avaient été plus fréquents, le Grand Schisme aurait été évité ou résolu plus tôt. Le décret traduit une confiance dans le rythme synodal comme antidote aux crises.
La tentation conciliariste et sa réception catholique
Constance promulgue aussi le décret Haec sancta (1415), qui affirme que le concile, représentant l'Église militante, tient son pouvoir immédiatement du Christ et que tout chrétien, fût-il pape, doit lui obéir dans ce qui concerne la foi, l'extinction du schisme et la réforme de l'Église.[42] Ce décret, lu dans les circonstances extrêmes du printemps 1415 (fuite de Jean XXIII), sera ensuite utilisé par les conciliaristes comme thèse générale de la supériorité du concile sur le pape — base théorique d'un quasi-synodalisme catholique.
La réception catholique ultérieure refuse cette lecture maximaliste. Comme le notait déjà la Catholic Encyclopedia de 1908, « les articles de la cinquième session [...] n'ont pas reçu de confirmation papale comme doctrine anti-pontificale ».[43] Martin V ratifie ce qui a été déterminé « conciliariter » dans le concile reconvoqué légitimement, sans entériner une doctrine conciliariste générale. Le concile suivant (Bâle-Ferrare-Florence, 1431-1445) connaît à son tour une dérive conciliariste à Bâle, désavouée par Eugène IV, et l'union de Florence (1439) restaure une lecture catholique de la primauté pontificale.
Le Vᵉ concile du Latran (1512-1517), puis surtout Vatican I (1869-1870) avec sa constitution dogmatique Pastor aeternus, fixent définitivement la lecture catholique : la primauté de juridiction du pontife romain est ordinaire et immédiate sur toute l'Église.[44] Constance reste un concile œcuménique reçu, mais lu comme un cas extraordinaire de sortie de crise, non comme un modèle constitutionnel ordinaire opposable à la primauté pontificale.
Le synode diocésain selon le concile de Trente
La crise pré-tridentine et la demande de réforme
À la veille du concile de Trente (1545-1563), la situation diocésaine de l'Église latine est très inégale. Beaucoup d'évêques résident peu dans leur diocèse, déléguent à des vicaires, ne tiennent pas de synode. Le manque de catéchèse, la prédication insuffisante, la formation médiocre des clercs, l'absentéisme épiscopal sont au cœur de la critique luthérienne. Trente fait le pari que la réforme catholique passe par la restauration vigoureuse du gouvernement diocésain — résidence, visite pastorale, séminaires, et synode diocésain régulier.[45]
La session XXIV (1563) : synode provincial triennal, synode diocésain annuel
À la 24ᵉ session du concile de Trente (11 novembre 1563), le décret de réforme prescrit, à son chapitre 2, la tenue régulière de synodes :
- Synode provincial tous les trois ans, présidé par le métropolitain ;
- Synode diocésain chaque année, présidé par l'évêque diocésain.[46]
Cette législation, reprise du droit médiéval (Latran IV) mais énergiquement réaffirmée, vise à redonner aux évêques un instrument ordinaire de gouvernement. Le synode diocésain devient l'occasion de promulguer les statuts diocésains, d'instruire le clergé, d'examiner les abus, de coordonner les pratiques pastorales.
Application réelle : un décalage durable
Dans les faits, l'application est très inégale. Au XVIIᵉ siècle, des évêques exemplaires comme saint Charles Borromée à Milan, saint François de Sales à Genève-Annecy, Bossuet à Meaux, tiennent effectivement des synodes diocésains réguliers. Mais dans beaucoup d'autres diocèses, la fréquence prescrite est rapidement abandonnée.[47]
Le Code de droit canonique de 1917 assouplira la prescription : synode diocésain tous les dix ans au lieu de chaque année. Le Code de 1983 ira plus loin encore en laissant la fréquence à l'appréciation de l'évêque. La pratique synodale diocésaine s'est donc considérablement raréfiée — moins par négligence que par adaptation à de nouvelles formes de consultation : conseil presbytéral, conseil pastoral diocésain, vicaires épiscopaux.
Du Code de 1917 au Code de 1983 : la codification moderne
Le Code de 1917 : trois types de synodes-conciles
Le Code de droit canonique de 1917 (CIC 17) systématise pour la première fois en un seul corpus latin l'ensemble du droit canonique. Il distingue clairement :
- Concile plénier (canons 281-282) : ensemble des Églises d'une nation ou région, convoqué par un délégué pontifical.
- Concile provincial (canons 283-291) : ensemble des Églises d'une province ecclésiastique, convoqué tous les vingt ans par le métropolitain.
- Synode diocésain (canons 356-362) : assemblée du clergé du diocèse, présidée par l'évêque, à tenir au moins tous les dix ans.[48]
Le CIC 17 réserve le mot synodus au seul cadre diocésain et le mot concilium aux cadres supra-diocésains. Cette terminologie sera maintenue par le Code de 1983, à une exception près : l'apparition du Synode des évêques réintroduit le mot synode au niveau universel.
Vatican II et la collégialité épiscopale
Le concile Vatican II (1962-1965) renouvelle la théologie de l'épiscopat. La constitution Lumen gentium (21 novembre 1964) enseigne que les évêques, « en union avec leur chef, le Pontife romain, et jamais sans lui », constituent un collège qui exerce ensemble le soin de l'Église universelle (LG 22).[49]
Cette doctrine de la collégialité épiscopale prépare directement la création du Synode des évêques. Si l'épiscopat est un collège, il doit pouvoir s'exprimer collégialement de manière régulière, sans qu'il soit nécessaire d'attendre un concile œcuménique (le précédent, Vatican I, avait laissé un siècle d'écart avant Vatican II). L'idée d'un organe synodal permanent consultant le pape entre deux conciles s'impose au cours de la dernière session de Vatican II.
Le CIC 1983 : architecture actuelle
Le Code de 1983, promulgué par Jean-Paul II le 25 janvier 1983, fixe l'architecture actuelle du droit synodal latin. Trois grands ensembles de canons :
- Synode des évêques (canons 342-348) — assemblée d'évêques choisis dans le monde entier, convoquée par le pape ;
- Conciles particuliers (canons 439-446) — conciles plénier (conférence épiscopale) et provincial (province ecclésiastique) ;
- Synode diocésain (canons 460-468) — assemblée du diocèse présidée par l'évêque.[50]
« Dans le synode diocésain l'Évêque diocésain est l'unique législateur, les autres membres du synode ne possédant que voix consultative ; lui-même signe seul les déclarations et les décrets du synode qui ne peuvent être publiés que par son autorité. » — Code de droit canonique 1983, canon 466[51]
Ce canon précise un point essentiel souvent mal compris du grand public : un synode catholique n'est pas un parlement. La délibération est large, la consultation peut être très étendue, mais le législateur reste unique — l'évêque dans le diocèse, le pape dans le Synode des évêques. La synodalité ne supprime pas la primauté ; elle la nourrit.
Le Synode des évêques (1965) : une institution née de Vatican II
Apostolica sollicitudo (15 septembre 1965)
Le 15 septembre 1965, deux mois avant la clôture de Vatican II, le pape Paul VI institue par le motu proprio Apostolica sollicitudo un nouvel organe ecclésial : le Synode des évêques (Synodus Episcoporum).[52] L'institution répond à une demande des Pères conciliaires souhaitant un organe stable de consultation collégiale entre Rome et l'épiscopat mondial.
Le texte définit le Synode comme :
« Un organisme ecclésiastique central ; représentatif de tout l'épiscopat catholique ; d'un caractère perpétuel ; d'une structure telle que sa fonction s'exercera d'une façon temporaire et occasionnelle. » — Paul VI, motu proprio Apostolica sollicitudo, 15 septembre 1965[53]
Quatre caractéristiques essentielles. Le Synode est central (à Rome, sous la présidence du pape), représentatif (évêques choisis dans toutes les régions du monde), perpétuel (institué pour durer), mais temporaire et occasionnel dans son exercice (il se réunit pour une session, pas en continu). C'est précisément ce qui le distingue d'un saint-synode orthodoxe permanent comme l'endèmoussa byzantine.
Le motu proprio précise la nature consultative du Synode :
« De par sa nature même, le Synode des Évêques a pour mission d'informer et de conseiller. » — Paul VI, Apostolica sollicitudo, II[54]
Le Synode n'a pas, en principe, de pouvoir délibératif — il propose au pape qui décide. C'est un point important pour comprendre les réformes ultérieures de François.
Les premières assemblées (1967-2018)
La première assemblée générale ordinaire se tient à Rome du 29 septembre au 29 octobre 1967, sur « la préservation et le renforcement de la foi catholique ». Suivent quinze assemblées ordinaires entre 1971 et 2018, sur des thèmes variés :
| N° | Année | Thème |
|---|---|---|
| Iʳᵉ | 1967 | Préservation et renforcement de la foi catholique |
| IIᵉ | 1971 | Sacerdoce ministériel et justice dans le monde |
| IIIᵉ | 1974 | L'évangélisation dans le monde moderne |
| IVᵉ | 1977 | La catéchèse en notre temps |
| Vᵉ | 1980 | La famille chrétienne |
| VIᵉ | 1983 | Réconciliation et pénitence dans la mission de l'Église |
| VIIᵉ | 1987 | Vocation et mission des laïcs |
| VIIIᵉ | 1990 | La formation des prêtres |
| IXᵉ | 1994 | La vie consacrée et sa mission |
| Xᵉ | 2001 | L'évêque, serviteur de l'Évangile de Jésus-Christ |
| XIᵉ | 2005 | L'Eucharistie : source et sommet de la vie et de la mission |
| XIIᵉ | 2008 | La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église |
| XIIIᵉ | 2012 | La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi |
| XIVᵉ | 2015 | La mission de la famille dans l'Église et dans le monde |
| XVᵉ | 2018 | Jeunesse, foi et discernement vocationnel |
À ces assemblées ordinaires s'ajoutent des assemblées extraordinaires (1969, 1985, 2014) et des assemblées spéciales consacrées à des régions du monde (synodes pour l'Afrique 1994 et 2009, pour l'Amérique 1997, pour l'Asie 1998, pour l'Océanie 1998, pour l'Europe 1999 et 2009, pour le Moyen-Orient 2010, pour l'Amazonie 2019).[55]
Chacune de ces assemblées produit un document de travail (Instrumentum laboris) puis transmet au pape des propositions (propositiones). Le pape rédige ensuite une exhortation apostolique post-synodale qui devient le document magistériel de référence. Ainsi : Evangelii nuntiandi (Paul VI, 1975) suit le synode de 1974 ; Catechesi tradendae (Jean-Paul II, 1979) suit celui de 1977 ; Familiaris consortio (1981) suit celui de 1980 ; Pastores dabo vobis (1992) suit celui de 1990 ; Verbum Domini (2010) suit celui de 2008 ; Amoris laetitia (2016) suit ceux de 2014-2015.
Force et limite du caractère consultatif
Pendant ses cinquante premières années, le Synode des évêques est resté strictement consultatif. Plusieurs voix, parmi lesquelles celle du cardinal Kasper et de certains canonistes, ont regretté que cette dimension consultative limite la portée collégiale réelle. D'autres, parmi lesquelles le cardinal Pell ou le cardinal Sarah, ont au contraire valorisé cette limite comme garantie de la primauté pontificale.[56] Le débat reste vif et explique en partie les choix de la réforme conduite par François à partir de 2018.
La réforme du Synode par François
Le discours du 17 octobre 2015
Le 17 octobre 2015, à la salle Paul VI, lors de la commémoration des cinquante ans du Synode des évêques, François prononce un discours qui restera comme le programme de sa pontificat sur ce point. Il y rappelle d'abord l'étymologie :
« Ce que le Seigneur nous demande, en un certain sens, est déjà pleinement contenu dans le mot "Synode". Marcher ensemble — Laïcs, Pasteurs, Évêque de Rome — est un concept facile à exprimer en paroles, mais pas si facile à mettre en pratique. » — François, Discours pour le 50ᵉ anniversaire du Synode des évêques, 17 octobre 2015[57]
Puis il formule l'orientation décisive :
« Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir même dans ses contradictions, exige de l'Église le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission. Le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l'Église du troisième millénaire. » — François, Discours pour le 50ᵉ anniversaire du Synode des évêques, 17 octobre 2015[58]
Il précise enfin ce que la synodalité signifie ecclésialement :
« Une Église synodale est une Église de l'écoute, avec la conscience qu'écouter "est plus qu'entendre". C'est une écoute réciproque dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre. » — François, Discours du 17 octobre 2015[59]
Cette parole n'introduit pas une nouveauté ecclésiologique étrangère à la tradition catholique : elle réactualise l'expérience de Jérusalem (Ac 15) — « il a paru bon à l'Esprit-Saint et à nous » — en y ajoutant une insistance moderne sur l'écoute mutuelle entre les degrés de la hiérarchie et avec les fidèles.
Episcopalis communio (15 septembre 2018)
Trois ans plus tard, jour pour jour cinquante-trois ans après Apostolica sollicitudo, François promulgue la constitution apostolique Episcopalis communio (15 septembre 2018), qui réforme structurellement le Synode des évêques.[60]
« La communion épiscopale (Episcopalis communio), avec Pierre et sous Pierre, se manifeste d'une manière particulière dans le Synode des Évêques qui, institué par Paul VI le 15 septembre 1965, constitue l'un des plus précieux héritages du Concile Vatican II. » — François, constitution Episcopalis communio, 15 septembre 2018, préambule[61]
Trois nouveautés principales :
- Trois phases formalisées : une phase préparatoire où le Peuple de Dieu est consulté dans les Églises particulières ; une phase de célébration où l'Assemblée délibère ; une phase de mise en œuvre où les conclusions sont reçues dans les Églises locales.
- Consultation systématique du Peuple de Dieu : prêtres, diacres, fidèles laïcs et personnes consacrées sont consultés à travers les conférences épiscopales et les Synodes des Églises orientales catholiques.
- Pouvoir délibératif possible : le pape peut, dans des cas précis, conférer un pouvoir délibératif à l'Assemblée. C'est un changement notable par rapport à Apostolica sollicitudo où le caractère consultatif était la règle absolue.
La constitution précise aussi un point dogmatique important : la synodalité comme « dimension constitutive de l'Église » — formule reprise à la Commission théologique internationale (2018) — n'est pas un système politique imposé à l'Église, c'est une manière catholique d'exister, articulée à la primauté de Pierre, non concurrente d'elle.[62]
Le Synode sur la synodalité (2021-2024)
Une démarche en trois phases inédite
Le 9-10 octobre 2021, François ouvre à Rome le Synode sur la synodalité, formellement intitulé « Pour une Église synodale : communion, participation, mission ». Pour la première fois, toute l'Église est invitée à participer, et pas seulement à recevoir un texte préparé. La structure suit Episcopalis communio :
- Phase diocésaine (2021-2022) : consultation des fidèles dans chaque diocèse à partir d'un Document préparatoire de septembre 2021 et d'un Vade-mecum pour les coordinateurs.
- Phase continentale (2022-2023) : sept assemblées continentales (Afrique, Océanie, Asie, Moyen-Orient, Europe, Amérique latine, Amérique du Nord) rédigent leurs synthèses.
- Phase universelle : deux sessions plénières à Rome, en octobre 2023 (4-29 octobre) et octobre 2024 (2-27 octobre), réunissant environ 360 participants, dont pour la première fois des laïcs avec droit de vote.[63]
Documents et document final
Plusieurs documents balisent le processus :
- Document préparatoire (7 septembre 2021).
- Document pour l'étape continentale — « Élargis l'espace de ta tente » (27 octobre 2022).
- Instrumentum laboris pour la première session (juin 2023) et pour la seconde session (juillet 2024).
- Rapport de synthèse de la première session (28 octobre 2023).
- Document final approuvé par l'assemblée le 26 octobre 2024, validé par les deux tiers requis pour chaque paragraphe.[64]
François a pris une décision inédite : au lieu de rédiger une exhortation apostolique post-synodale comme ses prédécesseurs, il a immédiatement approuvé le document final et l'a intégré à son magistère ordinaire dans sa note d'accompagnement datée du 24 novembre 2024 (solennité du Christ-Roi), rendue publique le 25 novembre. Ce geste vise à manifester que le fruit du synode n'est pas une matière première à reformuler par le pape, mais déjà un acte ecclésial reçu par lui en communion avec l'assemblée.[65]
Une réception encore en cours
Le Synode 2021-2024 fait l'objet de lectures très diverses, allant d'un enthousiasme pour la dimension participative à des critiques sur des points doctrinaux jugés ambigus. Trois points reviennent le plus souvent : la place des femmes dans le ministère ordonné, l'accueil des personnes homosexuelles et l'autorité magistérielle des conférences épiscopales. Sur chacun, l'état de la doctrine peut être rappelé simplement : sur l'ordination sacerdotale des femmes, Jean-Paul II a déclaré dans Ordinatio sacerdotalis (22 mai 1994) que l'Église n'a pas le pouvoir de la conférer, tandis que la question du diaconat féminin reste confiée à l'étude[66] ; les personnes homosexuelles doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse, en évitant toute discrimination injuste (Catéchisme, n° 2358-2359), et la déclaration Fiducia supplicans (18 décembre 2023) a précisé le cadre possible de bénédictions pastorales, sans changer la doctrine sur le mariage[67] ; sur les conférences épiscopales, le motu proprio Apostolos suos (21 mai 1998) en a fixé la nature théologique et juridique, et les propositions du document final visant à élargir leur rôle doctrinal restent à l'étude, sans changement du droit en vigueur[68]. Plusieurs articles spécialisés d'Ignispedia traitent en détail des points contestés. Pour la réception institutionnelle du Synode sur la synodalité dans son ensemble, plusieurs phases sont prévues : des groupes d'étude continuent leurs travaux après 2024, et une assemblée ecclésiale est annoncée pour octobre 2028.
Au-delà de ces débats, l'article retient un point structurel : pour la première fois dans l'histoire moderne du Synode des évêques, la consultation du Peuple de Dieu a été constituée comme phase ordinaire, et des laïcs ont voté aux côtés des évêques. Que cette innovation s'inscrive harmonieusement dans la grande tradition synodale de l'Église — Jérusalem, Carthage, Trente, Vatican II — ou qu'elle déforme certains équilibres, est précisément la question que les prochaines décennies devront discerner.
Synodalité dans les Églises orthodoxes et catholiques orientales
Saint-synode et synodalité orthodoxe
Comme on l'a vu plus haut, l'Orient byzantin a développé une synodalité patriarcale très forte. Aujourd'hui, chaque Église orthodoxe autocéphale est gouvernée par un Saint-Synode présidé par son primat (patriarche, archevêque). Le patriarcat œcuménique de Constantinople conserve une synodos endèmoussa en continuité directe avec la tradition byzantine.[69]
Le concile panorthodoxe de Crète (juin 2016) a tenté de réunir tous les patriarcats orthodoxes en assemblée commune. L'absence des patriarcats de Moscou, d'Antioche, de Bulgarie et de Géorgie a illustré la difficulté pratique d'exercer une synodalité universelle dans l'orthodoxie contemporaine — difficulté qui éclaire, par contraste, le rôle ordinaire de la primauté pontificale dans l'Église catholique.
Synodes des Églises catholiques orientales
Les Églises catholiques orientales unies à Rome (maronite, melkite, syriaque, copte, chaldéenne, arménienne, ukrainienne, etc.) conservent leur propre structure synodale. Le Code des canons des Églises orientales (CCEO, promulgué par Jean-Paul II le 18 octobre 1990) règle aux canons 102 à 113 le fonctionnement du synode des évêques de l'Église patriarcale, organe ordinaire du gouvernement patriarcal.[70]
Ces synodes orientaux élisent le patriarche, légifèrent pour leur Église particulière, et envoient leurs délégués aux Synodes des évêques romains. Ils manifestent que la synodalité forte n'est pas étrangère à la communion catholique, et qu'elle peut s'articuler avec la primauté pétrinienne sans la dissoudre.
Synodes dans le monde protestant
Le synode de Paris (1559) et le système presbytéral
Hors de la communion catholique, la Réforme protestante développe au XVIᵉ siècle son propre système synodal. Le premier synode national des Églises réformées de France se tient à Paris à la fin du mois de mai 1559, dans la rue des Marais-Saint-Germain (actuelle rue Visconti, 6ᵉ arrondissement), en pleine clandestinité sous le règne d'Henri II.[71] Présidé par François de Morel, il réunit une vingtaine de délégués, représentant environ 72 Églises locales. Il adopte une Confession de foi en 40 articles (révisée en 1571 sous le nom de Confession de La Rochelle) et une Discipline ecclésiastique qui structurera durablement le protestantisme français.
Ce synode introduit un système presbytéral-synodal original : la décision ecclésiale circule du Consistoire local au Synode provincial puis au Synode national, sans hiérarchie épiscopale. C'est un modèle parallèle à la catholicité — où l'absence de pape et d'évêque ne supprime pas la nécessité de structures collégiales. Jean Calvin théorisera ce système dans l'Institution chrétienne (1559) et l'organisera à Genève.
Synodes presbytériens, luthériens, anglicans
Le presbytérianisme écossais (John Knox, Book of Discipline 1560 ; Second Book of Discipline 1578) prolonge le modèle de Paris. Le luthéranisme allemand et scandinave développe des synodes territoriaux liés aux États protestants. L'anglicanisme crée son propre système : Convocations de Canterbury et York, devenues le Synode général en 1970 (en vertu du Synodical Government Measure de 1969).
Ces synodes protestants partagent une intuition commune : la décision ecclésiale doit être collégiale et discutée, non monarchique. Ils diffèrent toutefois fondamentalement du modèle catholique en ce qu'ils excluent par principe la primauté pontificale et le ministère épiscopal apostolique au sens où l'entend l'Église catholique. La synodalité protestante est horizontale ; la synodalité catholique est verticale-horizontale, articulée à une primauté.
Chronologie générale
- vers 49Concile de JérusalemActes 15 — modèle apostolique
Pierre, Jacques, Paul et Barnabé tranchent la question de la circoncision des païens. La formule « il a paru bon à l'Esprit-Saint et à nous » devient la matrice de toute la tradition synodale.[72]
- vers 170-180Synodes anti-montanistes d'Asiepremières attestations
Eusèbe rapporte les premières assemblées d'évêques face à la prophétie montaniste.[73]
- 251Synodes africains de CyprienCarthage
Cyprien institue des synodes annuels-biennaux pour traiter les lapsi et le baptême des hérétiques.[74]
- vers 305-306Synode d'Elvire81 canons
Premier corpus canonique de l'Occident chrétien conservé.[75]
- 1er août 314Synode d'Arlespremier concile convoqué par un empereur
- 325Nicée Ipassage au synode œcuménique
Le synode prend dimension universelle ; le mot hagia synodos désigne le concile entier.[77]
- Vᵉ siècleSynodos endèmoussa de Constantinoplesynode permanent oriental
Naissance de l'organe ordinaire de gouvernement patriarcal byzantin.[78]
- 13 avril 1059Synode du LatranIn nomine Domini
Nicolas II réserve l'élection pontificale aux cardinaux.[79]
- 1075-1080Synodes annuels de Grégoire VIIréforme grégorienne
Le synode romain devient l'instrument ordinaire de la papauté médiévale.[80]
- 1215Latran IVconciles provinciaux annuels
Innocent III prescrit la tenue annuelle des conciles provinciaux.[81]
- 9 octobre 1417Frequens à Constanceconciles réguliers
Le concile prescrit la tenue régulière de conciles généraux.[82]
- 11 novembre 1563Trente, session XXIVrestauration des synodes
Synode provincial triennal, synode diocésain annuel.[83]
- 1917Code de droit canoniquecodification
Distinction terminologique entre concile (plénier, provincial) et synode (diocésain).[84]
- 21 novembre 1964Lumen gentium 22-23collégialité épiscopale
Vatican II refonde la théologie de l'épiscopat comme collège.[85]
- 15 septembre 1965Apostolica sollicitudoSynode des évêques
- 25 janvier 1983Code de droit canoniquearchitecture actuelle
Synode des évêques, conciles particuliers, synode diocésain.[87]
- 17 octobre 2015Discours pour les 50 ans du Synodeprogramme de synodalité
François : « Le chemin de la synodalité est celui que Dieu attend de l'Église du troisième millénaire. »[88]
- 15 septembre 2018Episcopalis communioréforme structurelle
François réforme le Synode des évêques en trois phases.[89]
- 9-10 octobre 2021Ouverture du Synode sur la synodalitéphases diocésaine, continentale, universelle
François ouvre la consultation universelle de l'Église.[90]
- 26 octobre 2024Document finalapprobation immédiate par François
Le document final est approuvé par l'assemblée et reçu par le pape sans exhortation post-synodale.[91]
Que reste-t-il de cette histoire pour aujourd'hui ?
Une institution irréductible à un parlement
Le premier acquis de deux mille ans de pratique synodale est négatif et libère le débat contemporain : un synode catholique n'est pas un parlement. Il ne décide pas par majorité mathématique, il ne supprime pas l'autorité de celui qui préside, il ne transforme pas l'évêque diocésain ou le pape en simple porte-parole du sentiment majoritaire. Le canon 466 du CIC 1983 (« l'évêque diocésain est l'unique législateur ») prolonge la pratique de saint Cyprien, de Trente et de tous les synodes catholiques jusqu'à nos jours.[92] Ce point doit être maintenu fermement contre les lectures parlementaires modernes qui défigurent l'institution.
Une institution irréductible à une simple procédure consultative
Le deuxième acquis est tout aussi important : la synodalité n'est pas une politesse que la hiérarchie accorderait au peuple. C'est une dimension constitutive de l'Église, présente dès Jérusalem (Ac 15). Quand Paul VI institue le Synode des évêques, quand François consulte le Peuple de Dieu dans le Synode 2021-2024, ils ne créent pas une nouveauté ecclésiologique étrangère à la tradition : ils actualisent l'expérience de l'Église primitive dans des formes adaptées au monde moderne. La synodalité nourrit la primauté pontificale, elle ne la concurrence pas.[93]
Une articulation à recevoir
Reste l'essentiel — et le plus difficile. Comment articuler concrètement ces deux pôles ? L'histoire des conciliarismes (Constance, gallicanismes) montre les risques d'une synodalité qui se voudrait supérieure au pape. L'histoire des absolutismes papaux du XIXᵉ siècle montre, à l'inverse, les risques d'une primauté qui négligerait la consultation collégiale. La voie catholique, depuis Jérusalem jusqu'au Synode sur la synodalité, consiste à maintenir les deux ensemble — Pierre et les évêques, le pape et le Peuple de Dieu, l'autorité présidente et la délibération collégiale.
Cette articulation, François l'a résumée dans une phrase qui prolonge directement Lumen gentium 22-23 :
« Je suis persuadé que, dans une Église synodale, même l'exercice du primat pétrinien pourra recevoir une plus grande lumière. » — François, Discours pour le 50ᵉ anniversaire du Synode des évêques, 17 octobre 2015[94]
Le synode ne diminue pas le primat ; il l'éclaire. L'enjeu des prochaines décennies sera de vérifier dans la pratique ecclésiale ce que cette articulation produit concrètement, sans céder ni au sectarisme synodaliste ni au minimalisme antisynodal.
Pour aller plus loin
- Lire Le concile de Jérusalem (49) : article dédié au premier synode chrétien.
- Lire Concile de Nicée I (325) : premier concile œcuménique, modèle de la synodalité universelle.
- Lire Concile de Constance (1414-1418) : Grand Schisme, Frequens et tentation conciliariste.
- Lire Concile de Trente (1545-1563) : restauration tridentine du synode diocésain.
- Lire Concile Vatican II (1962-1965) : collégialité épiscopale et préparation du Synode des évêques.
- Lire Le Synode des évêques après Vatican II : étude détaillée des assemblées de 1967 à 2024.
- Lire Le Synode sur l'Amazonie a-t-il trahi la foi catholique ? : analyse critique d'un synode contesté.
- Lire Le Code de droit canonique de 1917 et Le Code de 1983 : codification du droit synodal.
- Lire Le Grand Schisme d'Occident : crise qui rend nécessaires Pise puis Constance.
- Lire La Réforme grégorienne : synodes romains de Grégoire VII.
- Lire L'Orthodoxie : synodalité patriarcale orientale.
- Lire Réponses au protestantisme : système presbytéral-synodal protestant.
Notes et références
Actes des Apôtres, chapitre 15, traduction officielle francophone AELF (Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones), aelf.org. Le verset 28 : « L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d'autres obligations que celles-ci, qui s'imposent. »
1 11 15 72Code de droit canonique (1983), livre II, IIᵉ partie — la distinction terminologique apparaît clairement dans le découpage : canons 342-348 (Synode des Évêques), canons 439-446 (conciles particuliers : plénier, provincial), canons 460-468 (synode diocésain). Textes officiels : vatican.va — CIC livre II, cc. 342-348, cc. 439-446, cc. 460-468.
2Pape François, Discours pour la commémoration du 50ᵉ anniversaire de l'institution du Synode des Évêques, salle Paul VI, 17 octobre 2015. Texte officiel : vatican.va.
3 57 58 59 88 94A. Bailly, Dictionnaire grec-français, Hachette, éd. 1935 puis 2020, entrée σύνοδος (synodos) : « réunion, assemblée », formé de σύν + ὁδός. Le sens premier de « chemin parcouru ensemble » se retrouve dans les composés patristiques.
4Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre V, chapitres 16 et 23, édition critique et traduction par Gustave Bardy, Sources Chrétiennes nos 41 (1955) et 31 (1952), Éditions du Cerf. Le chapitre 16 rapporte les synodes anti-montanistes d'Asie ; le chapitre 23 les synodes sur la date de Pâques.
5 17 19 73Saint Cyprien de Carthage, Epistola 67 et synodes africains rapportés dans son corpus épistolaire, édition de référence : Sancti Cypriani Episcopi Opera, CCSL 3-3F, Brepols. Sur la pratique synodale africaine au IIIᵉ siècle : J. Patout Burns, Cyprian the Bishop, Routledge, 2002.
6 21 74Norman P. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, p. 1-19 — actes et canons du Iᵉʳ concile de Nicée (325). Texte en ligne (EWTN) : ewtn.com.
7 27Codex Iuris Canonici (1917), promulgué par Benoît XV le 27 mai 1917, canons 281-291 (conciles plénier et provincial) et canons 356-362 (synode diocésain). Édition latine : Pii X et Benedicti XV PP. Maximorum, Codex Iuris Canonici, Typis Polyglottis Vaticanis, 1918.
8 48 84Code de droit canonique (1983), canon 460, texte officiel français : vatican.va — CIC livre II, cc. 460-468.
9Code de droit canonique (1983), canon 466, texte officiel français : vatican.va — CIC livre II, cc. 460-468.
10 51 92John P. Meier, A Marginal Jew: Rethinking the Historical Jesus, vol. 1, Doubleday, 1991, p. 372-433, pour la datation des étapes pauliniennes ; et Joseph Fitzmyer, The Acts of the Apostles, Anchor Yale Bible Commentary 31, Yale University Press, 1998, p. 538-571, sur Actes 15.
12Richard Bauckham, The Book of Acts in Its Palestinian Setting, Eerdmans, 1995, chap. 11 sur le concile de Jérusalem et le rôle de Jacques.
13Richard Bauckham, James: Wisdom of James, Disciple of Jesus the Sage, Routledge, 1999, p. 99-107 sur la « clause de Jacques » et son enracinement dans la tradition prophétique d'Amos.
14Vulgate (texte latin officiel de la Nova Vulgata, éditée par Jean-Paul II en 1979), Actus Apostolorum 15, 28 : « Visum est enim Spiritui Sancto et nobis nihil ultra imponere vobis oneris quam haec necessario », vatican.va — Nova Vulgata. La traduction française classique (Crampon, Segond, Liturgie pré-1969) rendait la formule : « il a paru bon à l'Esprit-Saint et à nous ».
16La formule « il a paru bon à l'Esprit-Saint et à nous » est reprise dans les conclusions de nombreux actes synodaux anciens et modernes ; voir par exemple le Document final du Synode sur la synodalité (26 octobre 2024), §81, qui scelle le discernement ecclésial par les mots : « L'Esprit-Saint et nous-même avons décidé » (Ac 15, 28). Texte officiel français : synod.va — Document final.
18Pierre Batiffol, L'Église naissante et le catholicisme, Gabalda, 1909 (rééd. Cerf 1971), chap. III-IV sur la pratique synodale primitive ; et Hubert Jedin, Storia del concilio di Trento, vol. 1, Morcelliana, 1949, pour la longue durée synodale.
20Saint Cyprien de Carthage, De catholicae ecclesiae unitate, chapitre 5, édition critique : Sancti Cypriani Episcopi Opera, CCSL 3, Brepols, 1972, p. 249-268. La formule « episcopatus unus est, cuius a singulis in solidum pars tenetur » est l'un des passages les plus cités de l'ecclésiologie latine ancienne.
22Concile d'Elvire (Eliberis, vers 305-306), 81 canons, étudiés notamment dans Charles J. Hefele, Histoire des conciles d'après les documents originaux, trad. fr. H. Leclercq, t. 1, Letouzey, 1907, p. 212-264 ; et Samuel Laeuchli, Power and Sexuality: The Emergence of Canon Law at the Synod of Elvira, Temple University Press, 1972.
23 75Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. 1, deuxième partie, Letouzey, 1907, p. 215-264, analyse canon par canon des 81 canons d'Elvire et discussion de leur datation.
24Concile d'Arles (1ᵉʳ août 314), actes édités dans Concilia Galliae a. 314 – a. 506, CCSL 148, Brepols, 1963. Sur le contexte constantinien : Hans A. Pohlsander, The Emperor Constantine, Routledge, 2004, p. 39-44.
25 76N. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, p. 1-19. Voir aussi Ramsay MacMullen, Voting About God in Early Church Councils, Yale University Press, 2006.
26 77Joseph N. Hajjar, Le synode permanent (synodos endèmousa) dans l'Église byzantine des origines au XIᵉ siècle, Orientalia Christiana Analecta n° 164, Pontificium Institutum Orientalium Studiorum, Rome, 1962. Référence majeure et inégalée sur l'institution.
28 78Concile de Chalcédoine (451), canon 28, qui confère à Constantinople des privilèges « en raison de sa qualité de Nouvelle Rome ». Texte dans N. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, p. 99-100. Le canon ne sera pas reçu par Rome dans sa pleine portée, mais il enracine institutionnellement la synodalité patriarcale orientale.
29Gilbert Dagron, Naissance d'une capitale. Constantinople et ses institutions de 330 à 451, PUF, 1974, et Empereur et prêtre. Étude sur le « césaropapisme » byzantin, Gallimard, 1996, pour la place du synode dans le gouvernement byzantin.
30Mgr Kallistos Ware, L'Orthodoxie. L'Église des sept conciles, Cerf-Sel de la Terre, 2002 (édition originale anglaise The Orthodox Church, 1963, révisée 1993).
31Concile d'Orléans (511), actes dans Concilia Galliae a. 511 – a. 695, CCSL 148A, Brepols, 1963. Analyse : Odette Pontal, Histoire des conciles mérovingiens, Cerf, 1989, p. 38-50.
32Odette Pontal, Histoire des conciles mérovingiens, Cerf, 1989, ensemble du volume sur les rapports entre conciles francs et royauté.
33Roger E. Reynolds, "Carolingian Reform Councils", dans The History of Canon Law in the Classical Period, 1140-1234, Catholic University of America Press, 2008 ; et Wilfried Hartmann, Die Synoden der Karolingerzeit im Frankenreich und in Italien, Schöningh, 1989.
34Synode du Latran de 1059, décret In nomine Domini (13 avril 1059), édité dans Monumenta Germaniae Historica, Constitutiones et acta publica imperatorum et regum, t. 1, n° 382, Hahn, Hanovre, 1893, p. 539-541. Analyse : Detlef Jasper, Das Papstwahldekret von 1059, Sigmaringen, 1986.
35 79Saint Grégoire VII, synodes annuels romains de Carême 1075, 1076, 1078, 1080. Sources : Das Register Gregors VII., éd. Erich Caspar, MGH Epistolae selectae, t. 2, Berlin, 1920-1923. Analyse : Cinzio Violante et Werner Goez (dir.), Studi gregoriani, Studi storici, plusieurs volumes.
36 80Dictatus papae, 27 propositions sur la primauté pontificale, conservées au registre de Grégoire VII, MGH Epp. sel. 2, II, 55a. Sur la nature exacte du document (mémorandum interne ? programme officiel ?), voir Karl Hofmann, Der Dictatus papae Gregors VII., Schöningh, 1933.
37Concile de Latran IV (1215), canon 6, De conciliis provincialibus. Texte dans N. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, p. 236. Le canon prescrit la tenue annuelle des conciles provinciaux et impose la visite pastorale annuelle aux évêques.
38 81Sur le Grand Schisme d'Occident, voir Hélène Millet, L'Église du Grand Schisme (1378-1417), Picard, 2009 ; et la notice James F. Loughlin, "Western Schism", The Catholic Encyclopedia, vol. 13, Robert Appleton Company, New York, 1912, New Advent : newadvent.org.
39Concile de Constance, décret Frequens, session 39, 9 octobre 1417. Texte dans N. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, Georgetown University Press, 1990, p. 438-442 ; et texte anglais reproduit par Medieval Sourcebook : pages.uoregon.edu.
40 82N. Tanner, Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1, p. 438. Texte original latin : « Frequens generalium conciliorum celebratio agri dominici praecipua cultura est… » Traduction française directe du latin.
41Concile de Constance, décret Haec sancta, sessions 4-5, printemps 1415. Texte dans N. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 1 (actes du concile de Constance). Décret de circonstance, non reçu comme doctrine générale — voir le corps de l'article. Sur sa réception catholique, voir notre article dédié Concile de Constance.
42James F. Loughlin, "Council of Constance", The Catholic Encyclopedia, vol. 4, Robert Appleton Company, New York, 1908, New Advent : newadvent.org, section sur la réception de Haec sancta.
43Concile Vatican I, constitution dogmatique Pastor aeternus, 18 juillet 1870, chapitres 3 (sur la primauté de juridiction) et 4 (sur l'infaillibilité pontificale). Texte dans Denzinger-Hünermann, §§3050-3075.
44Hubert Jedin, Histoire du concile de Trente, trad. fr. M. Grandclaudon, Desclée De Brouwer, 4 vol., 1965-1979 (édition originale italienne : Storia del concilio di Trento, Morcelliana, 1949-1981). Référence majeure sur le contexte tridentin.
45Concile de Trente, 24ᵉ session, 11 novembre 1563, décret De reformatione, chapitre 2. Texte dans N. Tanner (éd.), Decrees of the Ecumenical Councils, vol. 2, Georgetown University Press, 1990, p. 759-762.
46 83Sur l'application post-tridentine des synodes diocésains : A. Tallon, Le concile de Trente, Cerf, 2000 ; et John W. O'Malley, Trent: What Happened at the Council, Harvard University Press, 2013, p. 256-262.
47Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, 21 novembre 1964, §§22-23 sur le collège épiscopal et son chef. Texte officiel : vatican.va — Lumen gentium.
49 85Code de droit canonique (1983), promulgué par Jean-Paul II le 25 janvier 1983 par la constitution apostolique Sacrae disciplinae leges. Texte officiel français : vatican.va — CIC.
50 87Saint Paul VI, motu proprio Apostolica sollicitudo instituant le Synode des Évêques, 15 septembre 1965. Texte officiel français : vatican.va.
52 53 54 86Secrétariat général du Synode des évêques, site officiel synod.va : pages des assemblées générales ordinaires, extraordinaires et spéciales (1967-2024), pour les thèmes et les dates exactes.
55Sur le débat collégialité / primauté autour du caractère consultatif du Synode, voir notamment Walter Kasper, L'Église catholique. Son être, sa réalisation, sa mission, Cerf, 2014, chap. 7, et la position contraire de George Pell dans diverses interventions publiques (2014-2018).
56Pape François, constitution apostolique Episcopalis communio sur le Synode des Évêques, 15 septembre 2018. Texte officiel français : vatican.va.
60 61 89Commission théologique internationale, La synodalité dans la vie et la mission de l'Église, 2 mars 2018. Texte officiel : vatican.va. Le document fournit le cadre théologique repris par Episcopalis communio.
62 93Secrétariat général du Synode, dossier officiel du Synode sur la synodalité (2021-2024), synod.va. Documents principaux : Document préparatoire (7 septembre 2021), Vade-mecum (septembre 2021), Document pour l'étape continentale (27 octobre 2022), Instrumentum laboris 2023 et 2024.
63 90XVIᵉ Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, Document final — Pour une Église synodale : communion, participation, mission, 26 octobre 2024. Texte officiel français : synod.va — Document final.
64 91Pape François, note d'accompagnement au document final du Synode sur la synodalité, datée du 24 novembre 2024 (solennité du Christ-Roi) et publiée au Bulletin du Saint-Siège le 25 novembre 2024, intégrant le document au magistère ordinaire — fait inédit dans l'histoire post-conciliaire du Synode des évêques. Texte officiel italien : press.vatican.va — Bollettino 25/11/2024.
65Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis sur l'ordination sacerdotale réservée aux hommes, 22 mai 1994 : « l'Église n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes ». Texte officiel : vatican.va — Ordinatio sacerdotalis. La question du diaconat féminin, distincte, reste confiée à l'étude (commission d'étude et groupes de travail post-synodaux).
66Catéchisme de l'Église catholique, n° 2358-2359 : les personnes homosexuelles « doivent être accueillies avec respect, compassion et délicatesse » et « on évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste ». Texte officiel : vatican.va — CEC 2357-2359. La déclaration Fiducia supplicans du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (18 décembre 2023) a précisé le cadre de bénédictions pastorales non liturgiques, sans modifier la doctrine sur le mariage.
67Saint Jean-Paul II, motu proprio Apostolos suos sur la nature théologique et juridique des conférences des évêques, 21 mai 1998. Texte officiel : vatican.va — Apostolos suos.
68Sur le Saint-Synode du patriarcat œcuménique de Constantinople en continuité avec l'endèmoussa : Olivier Clément, L'Église orthodoxe, PUF, coll. « Que sais-je ? » n° 949, 2002 ; et l'article de Constantin G. Bonis, "Quelques notes sur le terme Synodos endèmousa", Revue des études byzantines, t. 19, 1961, p. 286-300.
69Code des canons des Églises orientales (CCEO), promulgué par Jean-Paul II par la constitution apostolique Sacri canones du 18 octobre 1990, canons 102-113 sur le synode des évêques de l'Église patriarcale (De Synodo Episcoporum Ecclesiae patriarchalis). Texte officiel latin : vatican.va — CCEO.
70Premier synode national des Églises réformées de France, Paris, fin mai 1559. La datation précise varie selon les sources : la chronologie la plus courante retient le 25-29 mai — le Musée protestant date la réunion du 25 mai 1559 — tandis que d'autres notices donnent le 23-27 mai ; J. A. Wylie, The History of Protestantism, vol. 2, livre 17, chap. 3, retient une ouverture le 25 mai, avec des députés venus de onze Églises nommées (Paris, Saint-Lô, Dieppe, Angers, Orléans, Tours, Poitiers, Saintes, Marennes, Châtellerault et Saint-Jean-d'Angély). Documents : Confession de foi des Églises réformées de France (1559), Discipline ecclésiastique. Études : Bernard Cottret, Calvin, Lattès, 1995 ; Hugues Daussy, Le parti huguenot. Chronique d'une désillusion (1557-1572), Droz, 2014 ; ressources en ligne du Musée protestant : museeprotestant.org.
71