L'Église catholique est-elle homophobe ? La question est l'une des plus inflammables du débat public contemporain, et elle mérite une réponse rigoureuse plutôt qu'un slogan. En France, près de 4 800 infractions anti-LGBT+ ont été enregistrées en 2024[1] ; dans ce contexte, aucune institution, y compris l'Église, ne peut esquiver l'examen de sa responsabilité morale. Mais l'examen honnête exige de commencer par une distinction que le débat contemporain efface souvent.
Le mot homophobie peut désigner deux choses radicalement différentes. La première : la haine, le mépris, la violence ou l'humiliation à l'égard des personnes homosexuelles en tant que personnes. La seconde : le refus d'approuver moralement les actes homosexuels, le mariage entre personnes de même sexe, ou l'équivalence juridique de toutes les formes d'union. Ces deux choses ne sont pas identiques. Confondre les deux rend impossible tout débat honnête — et c'est précisément ce que cet article veut démêler.
La position catholique est claire sur les deux points, mais elle est souvent caricaturée sur l'un comme sur l'autre. D'un côté, des catholiques ont effectivement blessé, humilié ou rejeté des personnes homosexuelles — et cela est contraire à la doctrine de l'Église elle-même. De l'autre, l'Église maintient depuis deux mille ans une doctrine morale sur la sexualité qui ne peut être réduite à de la haine sans contresens.
Ce dossier examine les sources primaires, les arguments philosophiques, l'histoire, les défaillances pastorales réelles et la position officielle de l'Église — avec la rigueur que mérite un sujet où la précision est une forme de charité.
Deux définitions du mot « homophobie » : pourquoi la distinction est fondamentale
L'homophobie comme haine et violence contre des personnes
L'acception première et la plus forte du mot « homophobie » désigne une hostilité affective ou agressive envers des personnes en raison de leur orientation sexuelle. Cette hostilité peut prendre des formes légères (moqueries, stigmatisation, exclusion sociale) ou graves (violences physiques, harcèlement, meurtres). Les données statistiques disponibles montrent que ce phénomène est réel et persistant.
En France, le bilan 2024 du service statistique du ministère de l'Intérieur (chiffres publiés en 2025) recensait 4 800 infractions à caractère anti-LGBT+ en une seule année[2]. Le rapport annuel de SOS Homophobie 2024 (données 2023) recensait 266 témoignages d'agressions physiques et 500 cas de transphobie, contre 227 l'année précédente — une comparaison que l'association elle-même invite à manier avec prudence, sa méthodologie de comptage ayant changé[3]. Ces victimes sont des personnes réelles, et leur souffrance est réelle.
Face à ce constat, la position catholique officielle est sans ambiguïté. La Lettre aux évêques sur la pastorale à l'égard des personnes homosexuelles de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (1986) — document souvent présenté comme sévère — contient un passage explicite à ce sujet :
« Il faut fermement déplorer que les personnes homosexuelles aient été et soient encore l'objet d'expressions malveillantes et de gestes violents. Pareilles réactions, où qu'elles apparaissent, méritent la condamnation des pasteurs de l'Église. Elles manifestent un manque de respect pour les autres qui lèse les principes élémentaires sur lesquels se fonde une juste convivialité civile. La dignité propre de toute personne doit toujours être respectée dans les paroles, dans les actions et dans les législations. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Homosexualitatis problema, 1er octobre 1986, § 10[4]
Ce texte est signé par le cardinal Joseph Ratzinger, celui-là même qui sera perçu par beaucoup comme le plus sévère des préfets de la CDF. Il condamne clairement toute violence et tout mépris envers les personnes homosexuelles, sans restriction ni condition.
L'homophobie comme refus d'approbation morale ou juridique
La seconde acception est bien différente. Dans l'usage militant contemporain, qualifier quelqu'un d'« homophobe » peut signifier simplement qu'il refuse d'approuver les actes homosexuels comme moralement équivalents aux actes conjugaux hétérosexuels, ou qu'il s'oppose à la reconnaissance juridique du mariage entre personnes de même sexe. Dans cette acception, la quasi-totalité de la tradition catholique — ainsi que d'autres traditions religieuses et philosophiques — serait « homophobe ».
Ce glissement sémantique est problématique pour deux raisons. D'abord, il empêche toute discussion sur les arguments : dire qu'une position est de la haine ne réfute pas cette position, cela la délégitimise sans l'examiner. Ensuite, il place sous le même label moral des comportements aussi différents que frapper une personne gay dans la rue et enseigner que le mariage est l'union d'un homme et d'une femme.
La question pertinente est donc : l'enseignement catholique sur la sexualité et le mariage est-il de la haine déguisée, ou s'appuie-t-il sur des arguments philosophiques et théologiques qui méritent d'être examinés sérieusement ? C'est à cette question que le reste de cet article est consacré.
Pourquoi la distinction change tout
Si l'on emploie « homophobe » dans son sens fort (haine, violence, mépris de la personne), la réponse catholique est que c'est contraire à la doctrine catholique elle-même. Si l'on emploie le terme dans son sens militant (refus d'approbation morale ou juridique), la réponse est que l'Église maintient une doctrine argumentée depuis deux mille ans, et qu'elle mérite d'être discutée avec des arguments et non avec des labels.
Ce n'est pas un jeu de mots : c'est la condition d'un dialogue intellectuellement honnête. L'enjeu n'est pas seulement catholique — c'est l'enjeu de toute société qui veut distinguer la condamnation d'un comportement du mépris d'une personne.
La doctrine catholique : la triple distinction personne-inclination-acte
La dignité inviolable de toute personne homosexuelle
Le Catéchisme de l'Église catholique (1992) est le texte doctrinal de référence. Son paragraphe 2358 est souvent cité à moitié — le premier verset, sur les actes — mais le second, sur les personnes, est tout aussi normatif et tout aussi contraignant :
« Un nombre non négligeable d'hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d'entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la croix du Seigneur les difficultés qu'elles peuvent rencontrer du fait de leur condition. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2358[5]
Ce texte est une norme catholique, pas une recommandation optionnelle. Un catholique qui humilie, exclut, se moque ou rejette une personne homosexuelle agit contre le Catéchisme de l'Église qu'il prétend défendre. Ce point n'est pas secondaire : il est constitutif de la position catholique.
L'inclination homosexuelle : une épreuve sans culpabilité
Le même Catéchisme précise que la tendance homosexuelle en elle-même n'est pas un péché. Elle est décrite comme une « épreuve » — terme qui suppose souffrance et non faute. Le CEC ne dit pas que la personne homosexuelle est coupable d'être attirée par des personnes du même sexe.
Cette nuance est importante dans la pastorale. Beaucoup de jeunes catholiques qui découvrent une attraction homosexuelle vivent dans la terreur d'être automatiquement en état de péché. Ce n'est pas ce qu'enseigne l'Église. L'attraction n'est pas choisie ; elle n'est pas un péché. Ce que la morale catholique juge, c'est l'acte libre[6].
La Persona humana (1975) avait déjà établi cette distinction : l'attraction homosexuelle peut être « définitivement telle en raison d'une sorte d'instinct inné ou d'une constitution pathologique jugée incurable » — dans ce cas, la personne ne porte pas la culpabilité de son orientation[7].
Le jugement moral sur les actes homosexuels
C'est ici que la doctrine catholique entre en tension avec la culture contemporaine. Le CEC § 2357 est explicite :
« L'homosexualité désigne les relations entre des hommes ou des femmes qui éprouvent une attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des personnes du même sexe. Elle revêt des formes très variables à travers les siècles et les cultures. Sa genèse psychique reste largement inexpliquée. S'appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves (cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10), la Tradition a toujours déclaré que "les actes d'homosexualité sont intrinsèquement désordonnés". Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l'acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d'une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d'approbation en aucun cas. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2357[8]
Ce jugement repose sur trois types d'arguments que l'article analysera successivement : l'Écriture sainte et la Tradition, la loi naturelle, et la théologie du corps. Il n'est pas présenté comme une aversion émotionnelle, mais comme une conclusion doctrinale argumentée.
L'appel universel à la chasteté
Le CEC § 2359 formule la conséquence pastorale :
« Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d'une amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2359[9]
Un point décisif : ce n'est pas un appel exclusivement adressé aux personnes homosexuelles. La chasteté est une exigence universelle dans la doctrine catholique, définie comme « l'intégration réussie de la sexualité dans la personne »[10]. Elle s'impose différemment selon l'état de vie — mariage, célibat consacré, vie ordinaire de laïc —, mais elle s'impose à tous. Un homme hétérosexuel non marié est appelé à la même continence sexuelle qu'une femme homosexuelle. Cette logique est cohérente même si elle est difficile à vivre.
Les fondements de la doctrine : loi naturelle, Écriture et Tradition
La loi naturelle selon Thomas d'Aquin
L'argument catholique sur la sexualité ne repose pas seulement sur la Bible. Il repose sur une philosophie de la loi naturelle : l'idée que la raison humaine peut identifier, à partir de l'observation de la nature et de la structure de l'être humain, des fins inscrites dans les choses. Thomas d'Aquin a développé ce cadre avec une précision technique que ses adversaires modernes négligent souvent.
Dans la Somme théologique, Thomas traite des « vices contre nature » dans la question 154 de la Secunda Secundae. Il identifie comme tel tout acte sexuel qui contredit la fin naturelle de la sexualité humaine : la reproduction dans le cadre d'une union stable. Il range dans cette catégorie l'homosexualité, qu'il appelle — selon la terminologie médiévale — le « vice de Sodome »[11].
Sa justification n'est pas simplement « c'est dégoûtant » ou « la Bible le dit ». Elle est métaphysique : la sexualité humaine a une fin naturelle inscrite dans la structure même des corps et dans la logique de la procréation. Toute déviation de cette fin constitue une désorientation — pas nécessairement la plus grave des fautes morales, mais une faute réelle[12].
Thomas cite à ce sujet saint Augustin dans un passage devenu classique :
« Les turpitudes contre nature doivent être partout et toujours détestées et punies, comme celles des habitants de Sodome. Quand même tous les peuples imiteraient Sodome, ils tomberaient tous sous le coup de la même culpabilité, en vertu de la loi divine qui n'a pas fait les hommes pour user ainsi d'eux-mêmes. » — Saint Augustin, Confessions, livre III, ch. 8, cité par Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, II-II, q. 154, a. 12[13]
Il est important de souligner ce que cet argument ne dit pas : il ne dit pas que les personnes homosexuelles sont des monstres ou des êtres inférieurs. Il dit que certains actes — y compris de nombreux actes hétérosexuels — contredisent la fin naturelle de la sexualité. L'argument de la loi naturelle est en principe accessible à la raison sans la foi, ce qui lui confère une portée philosophique au-delà du seul cercle catholique.
Des philosophes contemporains non-croyants ont pris cet argument au sérieux. John Finnis, philosophe du droit à l'Université de Notre-Dame, l'a défendu dans « Law, Morality and Sexual Orientation » (1994) en termes purement philosophiques, sans appel à la révélation[14]. C'est sur les prémisses métaphysiques de cet argument que porte le débat philosophique — pas sur une accusation de haine.
Les textes scripturaires et leur interprétation catholique
L'Écriture sainte est l'autre pilier de la doctrine catholique. Plusieurs textes sont cités habituellement.
Genèse 19 : le péché de Sodome
La destruction de Sodome (Gn 19, 1-29) est souvent lue comme une condamnation divine de l'homosexualité. Certains exégètes modernes contestent cette lecture, arguant que le péché de Sodome était principalement le manque d'hospitalité et la violence, non l'homosexualité comme telle[15]. Cette lecture a été proposée notamment par John Boswell dans Christianity, Social Tolerance, and Homosexuality (1980)[16].
La position catholique prend en compte cette nuance exégétique mais maintient que ce seul texte est loin d'être le fondement principal de la doctrine. D'autres textes sont plus explicites.
Lévitique 18 et 20 : la loi de sainteté
Le Lévitique condamne explicitement : « Tu ne te coucheras pas avec un homme comme on se couche avec une femme : c'est une abomination » (Lv 18, 22)[17]. La seconde occurrence prévoit une peine capitale (Lv 20, 13).
Les exégètes libéraux objectent que ce texte appartient au code de la sainteté lévitique, dont beaucoup de prescriptions — interdictions alimentaires, règles de pureté rituelle — ne sont plus observées par les chrétiens[18]. Pourquoi garder celle-ci et pas les autres ?
La réponse catholique est que l'interdiction de l'homosexualité masculine dans le Lévitique appartient à la loi morale naturelle que le Lévitique codifie, non à la loi cérémonielle qui pouvait être abolie. C'est une question herméneutique sérieuse, qui mérite d'être posée honnêtement : la tradition chrétienne a toujours distingué ces deux types de loi dans l'Ancien Testament[19].
Romains 1 : l'argument paulinien
Le texte le plus important est sans doute l'épître aux Romains, où Paul développe l'argument de la loi naturelle en termes philosophiques grec-hellenistiques :
« C'est pourquoi Dieu les a livrés, dans les convoitises de leurs cœurs, à l'impureté, au point de se déshonorer eux-mêmes entre eux, eux qui ont remplacé la vérité de Dieu par le mensonge, vénéré et servi la créature au lieu du Créateur... Voilà pourquoi Dieu les a livrés à des passions avilissantes : leurs femmes ont remplacé des relations naturelles par des relations contre nature ; de même les hommes, laissant les relations naturelles avec la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, commettant l'infamie d'homme à homme, recevant en eux-mêmes le salaire qui convenait à leur égarement. » — Saint Paul, Lettre aux Romains, 1, 24-27 (Bible de Jérusalem)[20]
Paul n'est pas ici dans un cadre juridique lévitique mais dans une argumentation philosophique sur ce qui est « conforme à la nature » (kata phusin) ou « contre la nature » (para phusin). Ces expressions correspondent précisément aux catégories de la philosophie stoïcienne, que Paul mobilise pour s'adresser à des lecteurs grecs. L'argument est donc accessible à des non-Juifs, ce qui confirme que Paul le comprend comme un argument de loi naturelle[21].
1 Corinthiens 6 : les exclus du Royaume
Paul énumère des conduites incompatibles avec le Royaume de Dieu : « ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés (malakoi), ni les sodomites (arsenokoitai), ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les injurieux, ni les rapaces n'hériteront du Royaume de Dieu » (1 Co 6, 9-10)[22].
Les mots grecs malakoi et arsenokoitai ont fait l'objet de nombreuses controverses exégétiques. Certains scholars (comme Robin Scroggs dans The New Testament and Homosexuality, 1983) les limitent aux relations pédérastiques ou à la prostitution masculine, et non à toute relation entre hommes adultes consentants[23]. La réponse catholique, et celle de nombreux exégètes conservateurs, est que arsenokoitai reprend directement les mots du Lévitique dans la Septante (arsena koiten), et qu'il désigne donc toute relation sexuelle entre hommes, pas seulement la pédérastie[24].
La discussion exégétique est réelle. Ce que l'on peut dire honnêtement : les textes bibliques pertinents ont été lus de manière constante comme condamnant les actes homosexuels par toute la Tradition chrétienne — catholique, orthodoxe et protestante — pendant dix-neuf siècles. Les lectures alternatives sont récentes (années 1970-1990) : une partie de l'exégèse contemporaine les propose, sans remettre en cause la constance de la lecture traditionnelle rappelée ci-dessus.
Le Magistère de 1975 à 2023 : une continuité argumentée
Le Magistère catholique a produit sur ce sujet plusieurs documents importants depuis cinquante ans. Ils forment un corpus cohérent, même si le ton pastoral a évolué.
| Document | Date | Auteur | Apport principal |
|---|---|---|---|
| Persona humana | 29 déc. 1975 | CDF | Distinction tendance/acte ; actes « intrinsèquement désordonnés » |
| Homosexualitatis problema | 1er oct. 1986 | CDF / Ratzinger | Condamnation des violences ; confirmation doctrinale ; responsabilité pastorale |
| Catéchisme de l'Église catholique | 1992 | Jean-Paul II | §§ 2357-2359 : synthèse doctrinale normative |
| Veritatis splendor | 6 août 1993 | Jean-Paul II | Actes intrinsèquement mauvais ; rôle de la raison en morale |
| Considérations sur les unions homosexuelles | 3 juin 2003 | CDF | Opposition à la légalisation civile du mariage gay |
| Amoris laetitia | 19 mars 2016 | François | Accent sur l'accueil des familles ; §§ 250-251 |
| Fiducia supplicans | 18 déc. 2023 | DDF / François | Bénédictions pastorales non-liturgiques |
La Persona humana (1975) avait formulé le premier cadre doctrinal systématique après le Concile Vatican II. Elle distinguait entre homosexuels « dont la tendance vient d'une fausse éducation, d'un manque de développement sexuel normal, d'habitudes contractées, de mauvais exemples » et ceux dont l'orientation semble « définitive »[25]. Cette distinction est pastoralement importante.
La Homosexualitatis problema (1986) précise que même si la tendance n'est pas en soi un péché, elle est « objectivement désordonnée » parce qu'elle oriente vers des actes intrinsèquement mauvais. C'est une position plus sévère que la Persona humana sur ce point — mais elle contient aussi la condamnation la plus claire des violences envers les personnes homosexuelles dans tout le corpus magistériel[26].
L'histoire : l'Église a-t-elle alimenté la persécution des homosexuels ?
La distinction entre loi ecclésiale et loi civile médiévale
Une accusation récurrente est que l'Église catholique aurait été à l'origine des lois pénales contre l'homosexualité dans les États chrétiens médiévaux. La réalité historique est plus nuancée.
Les lois pénales médiévales les plus sévères contre la sodomie — incluant parfois la peine de mort — émanaient des pouvoirs civils, pas de l'autorité ecclésiastique. Selon l'analyse de James Brundage, dans le for ecclésiastique, les sanctions pour les actes homosexuels relevaient des pénitences, comme pour d'autres fautes morales graves, plutôt que des peines corporelles[27]. La répression sanguinaire relevait de la législation civile et de la logique des États chrétiens médiévaux — qui n'est pas identique à la doctrine catholique.
L'historien John Boswell, dans Christianity, Social Tolerance, and Homosexuality (1980), a avancé la thèse controversée que les premières sociétés chrétiennes étaient en fait relativement tolérantes envers l'homosexualité, et que la répression sévère était un phénomène tardif, apparu notamment aux XIIIe et XIVe siècles sous la pression de facteurs sociaux complexes[28]. Cette thèse est contestée par d'autres historiens, qui montrent une condamnation morale constante dès les premiers siècles[29]. Mais même les historiens qui critiquent Boswell ne font pas de l'Église médiévale l'instigatrice directe des persécutions civiles.
L'Inquisition et les actes homosexuels
L'Inquisition s'est parfois préoccupée de la sodomie, mais cela était loin d'être sa mission première. L'Inquisition espagnole avait compétence sur la sodomie depuis 1524 dans certains territoires — non parce que c'était une question de foi, mais parce que le clergé était inclus dans sa juridiction[30]. Les historiens estiment que les peines prononcées par l'Inquisition — galères, fouet — étaient en réalité souvent moins sévères que celles des tribunaux civils de la même époque, qui pouvaient condamner à mort[31].
Ce n'est pas une défense de l'Inquisition dans son ensemble, dont les méthodes sont condamnables sur bien des points. C'est simplement la vérité historique, qui interdit de faire de l'Église l'unique responsable de la persécution des homosexuels dans l'histoire occidentale.
Les déclarations officielles contre toute violence
La position officielle de l'Église contre toute violence envers les personnes homosexuelles est constante depuis au moins 1986 (HP § 10). Elle a été réaffirmée à de nombreuses reprises.
Le pape François, dans de nombreuses interviews et discours, a condamné explicitement les lois qui criminalisent l'homosexualité dans certains pays. En janvier 2023, il déclarait à l'agence Associated Press :
« Le fait d'être homosexuel n'est pas un crime. Ce n'est pas un crime. Oui, mais c'est un péché. Mais distinguons d'abord entre un péché et un crime. C'est aussi un péché de manquer de charité les uns envers les autres. [...] Ces évêques doivent passer par un processus de conversion et appliquer de la tendresse, s'il vous plaît, comme Dieu en a pour chacun de nous. » — Pape François, entretien accordé à l'agence Associated Press le 24 janvier 2023 au Vatican (dépêche de Nicole Winfield publiée le 25 janvier 2023)[32]
Il distinguait clairement entre la doctrine morale catholique sur les actes et le droit à l'existence et à la dignité des personnes — sans rien céder de la doctrine, mais sans rien céder non plus à la criminalisation civile.
Cette position n'est pas une nouveauté de François : elle est inscrite dans le corpus depuis 1986. Mais son insistance à la rendre publique et explicite traduit une conscience pastorale que l'institution avait parfois négligé de manifester avec la même vigueur.
Les défaillances pastorales réelles : quand des catholiques trahissent l'Évangile
Des paroles et des actes blessants
Les catholiques — clercs et laïcs — ont parfois tenu sur l'homosexualité des propos qui ne relevaient pas de la doctrine mais du mépris. Des sermons qui présentaient les personnes homosexuelles comme des monstres moraux, des blagues en milieu catholique, des attitudes d'exclusion familiale au nom de la foi, des communications publiques qui mêlaient enseignement moral et hostilité de ton : tout cela est réel, documenté et contraire à l'Évangile.
Des études menées dans plusieurs pays protestants et catholiques ont montré une corrélation entre l'environnement religieux hostile et les troubles psychologiques chez les jeunes personnes homosexuelles[33]. Une étude publiée dans la revue Pediatrics (2009) par Caitlin Ryan et al. montrait que les jeunes LGBT rejetés par leurs familles pour des raisons incluant la religion étaient 8,4 fois plus susceptibles de tenter de se suicider que ceux dont la famille était plus accueillante[34]. Ces données ne constituent pas un argument contre la doctrine catholique, mais elles constituent un argument absolument impérieux pour une pastorale catholique qui accueille vraiment les personnes.
La distinction est décisive : l'Église peut maintenir sa doctrine morale tout en refusant que cette doctrine soit présentée ou vécue comme une source de honte toxique, d'exclusion ou de désespoir. Le CEC § 2358 n'est pas une option pastorale — c'est une norme. Les catholiques qui causent de la honte ou du désespoir chez une personne homosexuelle ne suivent pas l'Église : ils la trahissent.
La honte toxique contre la vérité libératrice
Il faut distinguer deux formes de confrontation avec la doctrine catholique sur la sexualité. La première est la confrontation à une vérité qui peut coûter quelque chose — et qui peut, avec le temps, libérer. La seconde est la confrontation à une honte imposée de l'extérieur, sans amitié, sans accompagnement, sans chemin.
Le CEC lui-même reconnaît que la situation des personnes homosexuelles est « une épreuve »[35]. Il ne dit pas que c'est une punition, ni un signe de malédiction, ni une marque d'infériorité morale. L'usage du mot « épreuve » suppose une dignité préservée, un chemin possible, une grâce accessible.
Une pastorale catholique fidèle à l'Évangile ne peut pas se résumer à interdire. Elle doit proposer une communauté, une amitié, un accompagnement réel, et une prière qui prend au sérieux la souffrance de ceux qui vivent une attraction homosexuelle dans le cadre de la doctrine catholique. Plusieurs communautés et mouvements tentent de répondre à ce défi : le mouvement Courage (fondé en 1980 par le Père John Harvey aux États-Unis), ou encore certaines communautés du Chemin Neuf[36].
La position de l'Église sur ses propres défaillances
Le Magistère lui-même a reconnu que la pastorale n'a pas toujours été à la hauteur. Le Synode sur la famille (2014-2015), qui a préparé Amoris laetitia, a explicitement reconnu que l'Église avait parfois manqué d'accueil et d'accompagnement envers les personnes homosexuelles. François a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité d'une pastorale qui ne réduise pas les personnes à leur orientation ou à leur situation[37].
Au cœur d'Amoris laetitia, le texte signé par François rappelle l'exigence évangélique de respect :
« L'Église fait sienne l'attitude du Seigneur Jésus qui, dans un amour sans limite, s'est offert pour chaque personne sans exceptions. Avec les Père synodaux, j'ai pris en considération la situation des familles qui vivent l'expérience d'avoir en leur sein des personnes manifestant une tendance homosexuelle, une expérience loin d'être facile tant pour les parents que pour les enfants. C'est pourquoi, nous désirons d'abord et avant tout réaffirmer que chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, avec le soin d'éviter "toute marque de discrimination injuste" et particulièrement toute forme d'agression et de violence. Il s'agit, au contraire, d'assurer un accompagnement respectueux des familles, afin que leurs membres qui manifestent une tendance homosexuelle puissent bénéficier de l'aide nécessaire pour comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu dans leur vie. » — François, exhortation apostolique Amoris laetitia, § 250 (19 mars 2016)[38]
Cette autocritique n'est pas une contradiction avec la doctrine — c'est la doctrine appliquée honnêtement. Une Église qui prêche la miséricorde et pratique le mépris se contredit elle-même.
Le débat philosophique central : peut-on ne pas approuver sans rejeter ?
L'amour qui dit « non »
La culture contemporaine tend à identifier amour et approbation : « si tu m'aimes, tu acceptes ce que je suis, y compris mes choix ». La tradition catholique — et plus largement la tradition philosophique et parentale — défend une position différente : l'amour peut refuser un acte ou un comportement tout en affirmant la dignité de la personne.
Un parent qui empêche son enfant de prendre de la drogue n'exprime pas du mépris pour l'enfant — il exprime une forme d'amour difficile. Un médecin qui dit à son patient qu'il doit changer de mode de vie ne le méprise pas. Un confesseur qui rappelle la doctrine ne hait pas le pénitent.
Benoît XVI a formulé cette logique avec une clarté particulière dans son encyclique Caritas in veritate :
« L'amour dans la vérité (Caritas in veritate), dont Jésus s'est fait le témoin dans sa vie terrestre et surtout par sa mort et sa résurrection, est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l'humanité tout entière. [...] Dépourvu de vérité, l'amour bascule dans le sentimentalisme. L'amour devient une coque vide susceptible d'être arbitrairement remplie. » — Benoît XVI, encyclique Caritas in veritate, 29 juin 2009, § 1 et § 3[39]
Cet argument ne prouve pas que la doctrine catholique sur la sexualité soit correcte. Il prouve seulement que le simple fait de ne pas approuver n'est pas en soi de la haine. La question de la vérité de la doctrine est distincte de la question de l'hostilité envers les personnes.
La chasteté catholique : une exigence pour tous
Un argument souvent sous-estimé dans le débat est celui de la cohérence interne de la morale sexuelle catholique. L'Église ne dit pas aux seules personnes homosexuelles de renoncer aux rapports sexuels hors mariage. Elle le dit à tous.
Un prêtre catholique est appelé au célibat. Un homme hétérosexuel célibataire est appelé à l'abstinence sexuelle. Des fiancés sont appelés à la chasteté avant le mariage. Une épouse est appelée à la fidélité conjugale absolue. Des veufs et veuves sont appelés à la continence si leur vocation est le célibat après la mort du conjoint.
La doctrine catholique sur la chasteté s'applique universellement, pas spécifiquement aux homosexuels. Elle exige de tous une maîtrise de la sexualité orientée vers la vérité du don conjugal ou la consécration à Dieu. Cette cohérence ne rend pas l'enseignement facile à vivre — mais elle montre qu'il ne cible pas spécifiquement une catégorie de personnes.
« La charité est la forme de toutes les vertus. Sous son influence, la chasteté apparaît comme une école de don de la personne. La maîtrise de soi est ordonnée au don de soi. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2346[40]
Le mariage comme institution naturelle : l'argument philosophique
L'opposition catholique au mariage homosexuel ne repose pas seulement sur la Bible ou sur l'autorité du Magistère. Elle repose sur une philosophie du mariage comme institution naturelle ayant une structure propre.
Le mariage, dans la tradition catholique et dans une longue tradition philosophique indépendante, est compris comme l'union exclusive, stable, fidèle et ouverte à la vie d'un homme et d'une femme. Cette définition n'est pas arbitraire : elle articule ensemble le don des personnes, la différence sexuelle et la procréation potentielle dans une institution sociale unique.
La Déclaration sur les unions homosexuelles (CDF, 2003) argumente que les unions homosexuelles ne peuvent pas être assimilées au mariage non parce que les partenaires valent moins, mais parce que l'union ne possède pas la structure qui fait du mariage ce qu'il est — notamment la complémentarité sexuelle et l'ouverture à la vie[41]. Cet argument peut être contesté philosophiquement — et il l'est — mais il n'est pas un argument de haine. C'est un argument de définition.
« Au cours des débats sur la dignité et la mission de la famille, les Pères synodaux ont fait remarquer qu'en ce qui concerne le "projet d'assimiler au mariage les unions entre personnes homosexuelles, il n'y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille". » — François, exhortation apostolique Amoris laetitia, § 251 (19 mars 2016)[42]
Fiducia supplicans (2023) : une controverse révélatrice
Ce que le document dit réellement
En décembre 2023, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié la déclaration Fiducia supplicans, approuvée par le pape François, qui autorise — sous certaines conditions précises — des bénédictions pastorales non liturgiques de personnes en situations irrégulières, y compris des personnes formant des couples homosexuels[43].
Le texte prend soin de préciser ce que ces bénédictions ne sont pas : elles portent sur les personnes qui demandent la grâce de Dieu, et non sur leurs unions ; elles ne valent ni approbation de l'union ni équivalent du mariage, et ne doivent créer aucune confusion avec la bénédiction propre au sacrement du mariage[44]. Le § 31 l'énonce ainsi : « il est possible de bénir les couples en situation irrégulière et les couples de même sexe, sous une forme qui ne doit pas être fixée rituellement par les autorités ecclésiales, afin de ne pas créer de confusion avec la bénédiction propre au sacrement du mariage »[45].
Le document distingue soigneusement la bénédiction liturgique — qui suppose une disposition de vie conforme à la doctrine de l'Église — et la bénédiction pastorale spontanée, qui peut être accordée à n'importe quelle personne qui demande la grâce de Dieu, quelle que soit sa situation[46].
Les réactions adverses des deux côtés
La controverse autour de Fiducia supplicans est instructive : le document a été critiqué simultanément par deux camps opposés.
D'un côté, les évêques d'Afrique et de Madagascar, réunis au sein du Symposium des Conférences Épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SECAM), ont déclaré ne pas juger opportun d'appliquer le document dans leur contexte culturel, arguant qu'il créerait une confusion entre bénédiction et approbation[47]. Des cardinaux et théologiens conservateurs ont estimé que le document, même avec toutes ses précautions, constituait un changement de cap pastoral dangereux.
De l'autre côté, des militants catholiques progressistes ont lu le document comme une quasi-reconnaissance des couples homosexuels, et ont parfois utilisé la cérémonie de « bénédiction » dans des formes qui ressemblaient à des mariages — ce que le texte interdit explicitement[48].
Ces deux lectures adverses illustrent la difficulté du sujet : l'Église cherche à maintenir la distinction entre accueil des personnes et approbation des actes, et cette distinction est rejetée par les deux camps, pour des raisons opposées.
L'interprétation correcte
L'interprétation correcte de Fiducia supplicans est celle du document lui-même : on peut bénir des personnes qui demandent la grâce de Dieu, sans approuver leur mode de vie. Cette logique est cohérente avec la pratique catholique séculaire — un prêtre bénit des soldats avant la bataille sans approuver toutes les guerres ; il bénit des vignerons sans approuver l'alcoolisme ; il bénit des politiciens sans approuver leur programme.
La bénédiction catholique est une prière pour que Dieu agisse dans la vie d'une personne — pas une certification que cette personne est dans l'ordre moral parfait. Cette distinction est saine théologiquement. Sa mise en œuvre pastorale reste délicate.
Les accusations les plus sérieuses : réponses honnêtes
Objection 1 — « L'Église a causé des suicides chez des jeunes LGBT »
Formulation forte : Des études montrent une corrélation entre l'environnement religieux hostile et les taux de suicide ou de tentatives de suicide chez les jeunes personnes homosexuelles. L'Église serait donc responsable de morts réelles.
Réponse : La corrélation est réelle et grave. Elle ne prouve pas que la doctrine catholique cause ces suicides, mais elle prouve que certaines formes de transmission de cette doctrine dans des familles ou des communautés religieuses spécifiques peuvent être dévastatrices[49]. La distinction est décisive.
Une doctrine qui dit « cette personne a une dignité inviolable et est appelée à la sainteté » ne provoque pas des suicides. Des parents qui rejettent leur enfant homosexuel en invoquant cette doctrine la trahissent — et causent le désastre. La réponse catholique correcte à ces données n'est pas d'abandonner la doctrine, mais d'exiger avec force que son application soit radicalement différente : accueil, accompagnement, amour inconditionnel de la personne.
Objection 2 — « L'Église condamne quelque chose d'inné, non choisi »
Formulation forte : Si l'orientation homosexuelle n'est pas choisie (et toutes les données disponibles suggèrent qu'elle ne l'est pas), condamner les actes qui en découlent est arbitraire et cruel. C'est comme punir quelqu'un pour sa couleur de peau.
Réponse : L'Église ne condamne pas l'orientation — elle ne la qualifie pas de péché. Elle condamne certains actes. La distinction entre orientation et acte est précisément le fondement du § 2358 qui interdit la discrimination[50].
Par ailleurs, l'analogie avec la couleur de peau est inexacte : la couleur de peau n'est pas un comportement, alors que les actes sexuels le sont. L'Église fait aussi des jugements moraux sur des comportements nés de penchants innés ou très profonds chez les hétérosexuels — l'adultère, la polygamie, la pornographie — sans que cela soit considéré comme une persécution de ceux qui ont ces penchants.
La question philosophique est : la doctrine catholique sur la sexualité est-elle vraie ou fausse ? Si elle est fausse, il faut l'argumenter. Si elle est vraie, le fait qu'elle soit difficile à vivre ne la rend pas cruelle — pas plus que la prohibition de l'adultère ne serait cruelle envers quelqu'un qui aurait une forte tendance à l'infidélité.
Objection 3 — « L'Église s'oppose à l'égalité civile des homosexuels »
Formulation forte : En s'opposant au mariage civil homosexuel et aux droits des couples de même sexe, l'Église impose sa morale religieuse à l'ensemble de la société, y compris aux non-catholiques.
Réponse : L'Église ne s'oppose pas à tous les droits civils des personnes homosexuelles. La CDF (2003) distingue elle-même différentes situations : certaines protections légales contre la discrimination peuvent être légitimes[51]. Ce que l'Église oppose, c'est l'assimilation des unions homosexuelles au mariage — et elle le fait avec des arguments de loi naturelle, pas seulement de théologie révélée.
La question de savoir si ces arguments doivent gouverner le droit civil dans une société pluraliste est une question politique légitime. Des catholiques eux-mêmes sont divisés sur la méthode. Mais l'expression publique d'une position dans le débat démocratique n'est pas de l'homophobie — c'est de la participation civique.
Objection 4 — « Des évêques et prélats ont tenu des propos haineux »
Formulation forte : Certains membres de la hiérarchie catholique ont prononcé des déclarations qui présentaient les homosexuels comme une menace, les comparant à des pédophiles ou des pervertis. C'est une forme d'homophobie institutionnelle.
Réponse : C'est vrai, et c'est grave. Des déclarations de ce type ont été faites par des membres de l'Église et elles violent la doctrine catholique elle-même sur le respect dû à toute personne. Elles méritent d'être condamnées, et elles ont été condamnées par le Magistère officiel.
Cela ne prouve pas que la doctrine officielle soit haineuse — cela prouve que certains représentants de l'Église ont trahi cette doctrine. Une institution est jugée sur sa doctrine officielle et ses actes institutionnels, pas uniquement sur les déclarations de ses membres les plus excessifs. L'argument vaut dans les deux sens : on ne peut pas juger l'Église entière sur les déclarations de ses membres les plus bienveillants si on ne le fait pas aussi sur celles de ses membres les plus durs.
Pour aller plus loin
- L'Église est-elle contre la sexualité ? — le cadre complet de la morale sexuelle catholique, au-delà du seul sujet de l'homosexualité.
- La crise des abus dans l'Église catholique — quand la trahison de l'Évangile a des conséquences institutionnelles.
- L'Église est-elle misogyne ? — même type de question sur la dignité des femmes.
- Le mal et la souffrance — la question philosophique de la souffrance dans la création.
- Hors de l'Église point de salut — doctrine difficile et interprétation correcte.
Notes et références
Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), ministère de l'Intérieur : 4 800 infractions à caractère anti-LGBT+ enregistrées par la police et la gendarmerie en 2024, soit +5 % sur un an — chiffres de l'année 2024 publiés en mai 2025. Base 2023 : 4 560 infractions (+13 % sur un an), chiffre rapporté par Reuters le 16 mai 2024 d'après les données du ministère de l'Intérieur.
1 2SOS Homophobie, Rapport sur les LGBTIphobies 2024, Paris, mai 2024 (données 2023) : 266 témoignages d'agressions physiques, soit 11 % des cas rapportés — principalement des coups et blessures (72 %) —, chapitre « Agressions physiques », p. 29 ; 500 cas de transphobie rapportés en 2023, chapitre « Transphobie », p. 52, contre 227 en 2022 (Rapport sur les LGBTIphobies 2023, données 2022, chap. « Transphobie », pp. 53-54) — l'association précise elle-même que la comparaison entre années est délicate, l'abandon des notions de cas « principaux » et « secondaires » « ne permet pas de procéder à une comparaison fidèle avec les années précédentes » (conclusion, p. 176).
3Congrégation pour la Doctrine de la Foi (Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet), Lettre aux évêques de l'Église catholique sur la pastorale à l'égard des personnes homosexuelles (Homosexualitatis problema), 1er octobre 1986, § 10. Texte intégral disponible sur vatican.va.
4 26Catéchisme de l'Église catholique (Jean-Paul II, 1992), § 2358.
5 35 50CDF, Homosexualitatis problema, § 3 : « Bien qu'elle ne soit pas en elle-même un péché, l'inclination particulière de la personne homosexuelle constitue néanmoins une tendance, plus ou moins forte, vers un comportement intrinsèquement mauvais du point de vue moral. C'est la raison pour laquelle l'inclination elle-même doit être considérée comme objectivement désordonnée. »
6Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Persona humana sur certaines questions d'éthique sexuelle, 29 décembre 1975, § 8. Le texte distingue les homosexuels « transitoires » et les homosexuels dont l'inclination semble « définitive en raison d'une sorte d'instinct inné ou d'une constitution pathologique jugée incurable ».
7 25Catéchisme de l'Église catholique (Jean-Paul II, 1992), § 2357.
8Catéchisme de l'Église catholique (Jean-Paul II, 1992), § 2359.
9Catéchisme de l'Église catholique, § 2337 : « La chasteté signifie l'intégration réussie de la sexualité dans la personne et par là l'unité intérieure de l'homme dans son être corporel et spirituel. »
10Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, II-II, q. 154, a. 11 : classification du « vice contra naturam », incluant la sodomie (union entre hommes). Édition disponible dans la collection des Opera Omnia, Rome, Commissio Leonina, 1888-1906.
11Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, II-II, q. 154, a. 12 : hiérarchie de gravité des péchés de luxure ; le vice contre nature est placé au plus haut de la liste parce qu'il contredit l'ordre naturel voulu par Dieu.
12Saint Augustin, Confessions, livre III, ch. 8, § 15. Texte cité par Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, II-II, q. 154, a. 12, ad 1.
13John Finnis, « Law, Morality and Sexual Orientation », Notre Dame Law Review, vol. 69, n° 5, 1994, pp. 1049-1076. Finnis y défend la position selon laquelle aucun acte sexuel homosexuel ne peut réaliser le « bien humain » du mariage, indépendamment de toute référence à la théologie révélée.
14John Boswell, Christianity, Social Tolerance, and Homosexuality, Chicago University Press, 1980, pp. 92-97. Boswell soutient que le péché de Sodome était le manque d'hospitalité (cf. Ez 16, 49-50 : « orgueil, voracité, insouciance tranquille » — aucune mention de sexualité). Cette lecture est défendue aussi par des exégètes comme Derrick Bailey, Homosexuality and the Western Christian Tradition, Longmans, 1955.
15John Boswell, Christianity, Social Tolerance, and Homosexuality: Gay People in Western Europe from the Beginning of the Christian Era to the Fourteenth Century, Chicago University Press, 1980. Ouvrage controversé, qui a reçu l'American Book Award d'histoire en 1981 mais a été critiqué par de nombreux historiens sur ses méthodes.
16 28Lévitique 18, 22 (Bible de Jérusalem, éd. Cerf, Paris, 2002).
17Sur le débat herméneutique, voir Daniel Helminiak, What the Bible Really Says About Homosexuality, Alamo Square Press, 2000, pp. 45-72. Pour la réponse catholique traditionnelle : Robert Gagnon, The Bible and Homosexual Practice, Abingdon Press, 2001, pp. 131-142.
18Thomas d'Aquin distingue la lex moralis, la lex ceremonialis et la lex iudicialis dans la loi mosaïque (Summa Theologiae, I-II, q. 99, a. 2-4). La loi morale — dont relève l'interdiction de l'homosexualité — est permanente et accessible à la raison naturelle.
19Lettre aux Romains, 1, 24-27 (Bible de Jérusalem, Cerf, 2002). Le texte grec utilise para phusin (contre la nature, v. 26) — expression qui renvoie à la catégorie stoïcienne de l'ordre naturel.
20Sur la structure argumentative de Rm 1 : Richard Hays, The Moral Vision of the New Testament, HarperSanFrancisco, 1996, pp. 383-389. Hays, théologien protestant réformé, conclut que Paul condamne les relations homosexuelles en général, pas seulement dans leur forme abusive.
211 Corinthiens 6, 9-10 (Bible de Jérusalem, Cerf, 2002). Les termes grecs sont malakoi (« efféminés », parfois traduit « prostitués ») et arsenokoitai (littéralement : « ceux qui couchent avec des mâles »).
22Robin Scroggs, The New Testament and Homosexuality, Fortress Press, 1983, pp. 101-121. Scroggs soutient que Paul vise la pédérastie (rapports entre adultes et adolescents), non les relations consenties entre adultes.
23Robert Gagnon, The Bible and Homosexual Practice, Abingdon Press, 2001, pp. 306-332 : analyse de l'étymologie d'arsenokoitai comme dérivé direct de arsena et koiten dans la Septante de Lévitique 18, 22 et 20, 13. Ce terme semble avoir été forgé par Paul lui-même à partir de la Septante.
24James Brundage, Law, Sex, and Christian Society in Medieval Europe, Chicago University Press, 1987, pp. 212-226, 398-419. Brundage analyse le droit canonique médiéval sur la sodomie : pénitences, pas peines corporelles, dans le for ecclésiastique.
27Mark D. Jordan, The Invention of Sodomy in Christian Theology, Chicago University Press, 1997. Jordan montre que la catégorie de « sodomie » comme péché spécifiquement défini émerge au XIe siècle, notamment avec Pierre Damien.
29Henry Kamen, The Spanish Inquisition: A Historical Revision, Yale University Press, 4e éd., 2014, pp. 265-271. Kamen analyse la compétence de l'Inquisition espagnole sur la sodomie à partir de 1524 dans certains territoires de la Couronne d'Aragon.
30Henry Charles Lea, A History of the Inquisition of Spain, vol. IV, Macmillan, 1907, pp. 361-371. Lea, historien anticlérical, reconnaît que les peines ecclésiastiques pour sodomie étaient souvent moins sévères que les peines civiles contemporaines.
31Pape François, entretien accordé à l'agence Associated Press — entretien réalisé le mardi 24 janvier 2023 au Vatican, dépêche de Nicole Winfield publiée le 25 janvier 2023 : « Le fait d'être homosexuel n'est pas un crime. Ce n'est pas un crime. Oui, mais c'est un péché. Mais distinguons d'abord entre un péché et un crime. » Le pape distinguait explicitement la doctrine morale catholique et les lois civiles criminalisant l'homosexualité dans certains pays, qu'il qualifiait d'injustes.
32Caitlin Ryan, David Huebner, Rafael Diaz, Jorge Sanchez, « Family Rejection as a Predictor of Negative Health Outcomes in White and Latino Lesbian, Gay, and Bisexual Young Adults », Pediatrics, vol. 123, n° 1, janvier 2009, pp. 346-352. L'étude portait sur 224 jeunes adultes lesbiennes, gays et bisexuels blancs et latinos, âgés de 21 à 25 ans. Le rejet familial, incluant des motivations religieuses, était associé à un risque 8,4× plus élevé de tentatives de suicide.
33 34 49Mouvement Courage, fondé en 1980 par le Père John Harvey aux États-Unis, reconnu par le Saint-Siège. Le mouvement accompagne des personnes qui souhaitent vivre selon la doctrine catholique sur la chasteté tout en vivant une attraction homosexuelle. Site : couragerc.org.
36Synode des évêques sur la famille (XIV assemblée générale ordinaire, Rome, 4-25 octobre 2015), Relatio finalis, § 76, repris dans Amoris laetitia, § 250 : chaque personne, indépendamment de sa tendance sexuelle, doit être respectée dans sa dignité et accueillie avec respect, en évitant toute marque de discrimination injuste ainsi que toute forme d'agression et de violence.
37François, exhortation apostolique Amoris laetitia, 19 mars 2016, § 250. Texte intégral sur vatican.va.
38Benoît XVI, encyclique Caritas in veritate, 29 juin 2009, §§ 1 et 3. Texte intégral sur vatican.va.
39Catéchisme de l'Église catholique, § 2346.
40CDF, Considérations, 2003, § 4 : « Il n'y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille. »
41François, exhortation apostolique Amoris laetitia, 19 mars 2016, § 251.
42Dicastère pour la Doctrine de la Foi (Cardinal Víctor Manuel Fernández, Préfet), Déclaration Fiducia supplicans sur le sens pastoral des bénédictions, 18 décembre 2023, approuvée par le pape François. URL : vatican.va.
43DDF, Fiducia supplicans, § 31.
44 45DDF, Fiducia supplicans, § 28 : distinction entre bénédictions liturgiques et bénédictions pastorales spontanées.
46Symposium des Conférences Épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SECAM), synthèse du cardinal Fridolin Ambongo Besungu, président du SECAM, 11 janvier 2024 : « No blessing for homosexual couples in the African Churches » — les évêques africains ne jugent pas opportun de bénir les unions homosexuelles en Afrique, car cela causerait confusion et irait à l'encontre des cultures locales, tout en réaffirmant leur communion avec le pape François ; synthèse ayant reçu l'accord du pape et du préfet du DDF.
47DDF, Fiducia supplicans, § 38 : « C'est pourquoi il ne faut ni promouvoir ni prévoir un rituel de bénédiction des couples en situation irrégulière, mais il ne faut pas non plus empêcher ou interdire la proximité de l'Église avec toute situation où l'on recherche l'aide de Dieu au moyen d'une simple bénédiction. » Le § 39 donne l'interdit explicite : une bénédiction demandée par un couple en situation irrégulière ou de même sexe « ne sera jamais accomplie en même temps que les rites civils d'union, ni même en relation avec eux. Ni non plus avec des vêtements, des gestes ou des paroles propres au mariage. »
48Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, 3 juin 2003 (approuvée par Jean-Paul II le 28 mars 2003), §§ 4-11. URL : vatican.va.
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