Quand un prêtre verse de l'eau sur un front en disant « Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit », deux choses se produisent en même temps : un geste (l'eau qui coule) et une parole (l'invocation de la Trinité). Ni le geste seul, ni la parole seule ne suffisent : c'est leur union qui fait le sacrement. La théologie catholique nomme ces deux composantes la matière et la forme. La matière, c'est la chose sensible — l'eau, l'huile, le pain et le vin, l'imposition des mains ; la forme, ce sont les paroles essentielles qui disent ce que ce geste accomplit.
Cette distinction n'est pas un raffinement d'école. Elle commande la question la plus pratique qui soit : « Ce sacrement a-t-il vraiment eu lieu ? » Le concile de Florence l'a formulée en 1439 avec une netteté qui n'a jamais été dépassée : tout sacrement requiert « des choses qui en sont comme la matière, des paroles qui en sont comme la forme, et la personne du ministre » — et « si l'un de ces constituants manque, le sacrement n'est pas accompli »[1]. En 2020 encore, Rome a déclaré invalides des milliers de baptêmes conférés avec la formule « Nous te baptisons » au lieu de « Je te baptise » : un seul mot de la forme changé, et le sacrement ne « tenait » plus[2].
Cet article expose ce que l'Église entend par matière et forme : d'où vient cette grammaire, ce qu'elle signifie sacrement par sacrement, ce qui revient à l'institution du Christ et ce que l'Église a pu déterminer elle-même, et pourquoi cette distinction touche à la validité. Pour la notion générale de sacrement, voir Qu'est-ce qu'un sacrement ? ; pour les questions voisines de validité et d'intention, voir La validité des sacrements et L'intention du ministre.
Qu'appelle-t-on « matière » et « forme » d'un sacrement ?
Avant tout débat technique, il faut entendre l'intuition très simple que cette distinction protège : un sacrement n'est ni un pur rite extérieur, ni une grâce invisible sans signe — c'est un signe sensible qui fait ce qu'il signifie.
Le sacrement, un « signe sensible » de la grâce
Le Catéchisme de l'Église catholique définit les sacrements comme « des signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l'Église, par lesquels la vie divine nous est dispensée »[3]. Le mot décisif est signe : un sacrement passe par quelque chose que l'on peut voir, toucher, entendre. Cela tient à ce qu'est l'homme.
« L'homme étant un être à la fois corporel et spirituel, exprime et perçoit les réalités spirituelles à travers des signes et des symboles matériels. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1146[4]
Dieu épouse cette condition. Plutôt que de communiquer sa grâce par une illumination purement intérieure, il l'attache à des gestes et à des éléments du monde : « laver et oindre, rompre le pain et partager la coupe peuvent exprimer la présence sanctifiante de Dieu »[5]. Depuis la Pentecôte, « c'est à travers les signes sacramentels de son Église que l'Esprit Saint œuvre la sanctification »[6]. La matière et la forme sont précisément les deux pièces qui composent ce signe.
L'intuition de saint Augustin : « la parole rejoint l'élément »
La formule fondatrice ne vient pas d'Aristote mais de saint Augustin. Commentant Jn 15, 3 (« Déjà vous êtes purs à cause de la parole… ») dans son traité sur l'évangile de Jean, il livre le principe que toute la théologie sacramentelle reprendra :
« La parole rejoint l'élément matériel, et cela devient un sacrement. » — Saint Augustin, Commentaire sur l'évangile de saint Jean, traité 80, 3[7]
Tout est déjà là. Il y a un « élément » (en latin elementum : l'eau, l'huile, le pain) ; il y a une « parole » (verbum : la formule prononcée) ; et c'est leur rencontre qui constitue le sacrement. L'eau seule lave le corps ; mais quand la parole du Christ s'y joint, le geste devient porteur de la vie divine. Augustin ne dit pas : l'eau symbolise, ni la parole explique ; il dit que de l'union des deux « naît » une réalité nouvelle — le sacrement. Le Catéchisme cite encore cette phrase comme la clé du baptême[8].
Le vocabulaire scolastique : matière et forme
Au XIIᵉ et au XIIIᵉ siècle, les théologiens de l'École ont donné à l'intuition augustinienne un vocabulaire emprunté à la philosophie d'Aristote : le couple matière et forme.
« Les choses comme matière, les paroles comme forme »
Dans la physique aristotélicienne, tout être sensible résulte de l'union d'une matière (ce dont une chose est faite, indéterminé en soi) et d'une forme (ce qui la détermine, lui donne son être propre). Une même cire reçoit telle ou telle empreinte : la cire est la matière, l'empreinte est la forme. Saint Thomas d'Aquin applique exactement ce schéma au sacrement :
« Dans les sacrements, les paroles tiennent lieu de forme, et les choses sensibles tiennent lieu de matière. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, question 60, article 7[9]
L'eau du baptême, prise seule, est indéterminée : on peut s'en laver, étancher sa soif, arroser un jardin. Ce sont les paroles — « Je te baptise au nom du Père… » — qui déterminent ce que ce versement d'eau signifie et opère : non un bain ordinaire, mais la régénération. La parole joue à l'égard du geste le rôle que la forme joue à l'égard de la matière : elle le précise, le qualifie, lui donne son sens sacramentel. C'est pourquoi Thomas tient que des paroles déterminées sont requises : changer la formule, c'est risquer de changer la chose signifiée[10].
Pourquoi ce vocabulaire aristotélicien ?
On objecte parfois que plaquer Aristote sur les sacrements serait une « contamination » philosophique du donné révélé. C'est inexact. Les théologiens médiévaux n'ont pas déduit les sacrements d'Aristote ; ils ont décrit, avec les mots les plus précis dont ils disposaient, une structure déjà présente chez Augustin et dans la pratique de l'Église. Le couple matière/forme n'ajoute rien à la foi : il nomme ce que l'Église faisait depuis les Apôtres — joindre un geste et une parole. Sa fécondité est pédagogique et juridique : il permet de dire avec rigueur ce qui est essentiel à chaque sacrement, et donc de discerner quand un sacrement est validement accompli. Le magistère a fini par adopter ce vocabulaire dans ses propres définitions, à commencer par le concile de Florence.
Matière éloignée et matière prochaine
La théologie classique affine encore la notion de matière par une distinction utile. On appelle :
| Terme | Définition | Exemple (baptême) | Exemple (eucharistie) |
|---|---|---|---|
| Matière éloignée | La chose sensible elle-même, l'élément brut | L'eau vraie et naturelle | Le pain de froment et le vin de la vigne |
| Matière prochaine | L'usage que l'on en fait, le geste posé avec cet élément | L'ablution : le versement (ou l'immersion) de l'eau | Les paroles de la consécration appliquées au pain et au vin |
| Forme | Les paroles essentielles qui déterminent le signe | « Je te baptise au nom du Père… » | « Ceci est mon corps… Ceci est mon sang… » |
Cette distinction explique pourquoi l'eau dans un bénitier n'est pas un baptême : il manque la matière prochaine (le versement appliqué à une personne) et la forme. Le sacrement n'existe que dans l'acte où la chose, le geste et la parole se rejoignent sur un sujet apte à le recevoir. Pour les cas-limites de validité, voir La validité des sacrements.
Pourquoi un geste et une parole ? La logique du signe
On pourrait demander : pourquoi Dieu n'a-t-il pas sauvé l'homme par une grâce purement intérieure ? Pourquoi ce détour par de l'eau, de l'huile, du pain ? La réponse n'est pas un caprice rituel : elle tient à la nature de l'homme et à la logique du signe.
L'homme, être de corps et d'esprit
L'homme n'est pas un pur esprit emprisonné dans un corps : il est une unité de corps et d'âme. Il connaît les réalités invisibles à travers le sensible. Saint Thomas le note dès le début de son traité des sacrements : « il convient à la sagesse divine de pourvoir à chaque chose selon son mode » ; or l'homme acquiert sa connaissance à partir des choses sensibles[11]. Il était donc « convenable » que la grâce spirituelle lui soit donnée sous des signes sensibles[12]. Le sacrement respecte la condition humaine : il parle à l'âme par le corps.
La parole détermine le sens du geste
Mais un geste, à lui seul, reste ambigu. Verser de l'eau peut signifier laver, rafraîchir, noyer, accueillir. Une onction peut consacrer un roi, soigner un malade, parfumer un mort. C'est la parole qui lève l'ambiguïté et fixe la signification. Saint Thomas le note : les paroles sont requises « pour compléter la signification » du sacrement, car « le sacrement signifie principalement par les paroles » qui déterminent ce que le geste sensible veut dire[13].
« Indissociables en tant que signes et enseignement, la parole et l'action liturgiques le sont aussi en tant que réalisant ce qu'ils signifient. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1155[14]
Voilà pourquoi la matière sans la forme ne fait pas le sacrement, et la forme sans la matière non plus. « Il faut que la Parole de Dieu et la réponse de foi accompagnent et vivifient ces actions »[15] : les « actions liturgiques signifient ce que la Parole de Dieu exprime ». Le geste donne la matérialité ; la parole donne le sens ; ensemble, ils donnent la grâce.
« Réalisant ce qu'ils signifient » : signe efficace, non symbole vide
Il faut ici écarter un contresens protestant ancien, condamné par le concile de Trente : les sacrements ne seraient que des « signes extérieurs » destinés à « nourrir la foi », des marques de profession qui distinguent les croyants. Trente répond par l'anathème :
« Si quelqu'un dit que les sacrements de la Loi nouvelle ne contiennent pas la grâce qu'ils signifient, ou qu'ils ne confèrent pas cette grâce elle-même à ceux qui n'y mettent pas d'obstacle […] : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session VII, canon 6 sur les sacrements en général[16]
Le signe sacramentel réalise ce qu'il signifie. L'eau qui signifie la purification purifie réellement l'âme ; le pain qui signifie la nourriture nourrit réellement de la vie divine. C'est ce que la tradition appelle agir ex opere operato — « par le fait même que l'action est accomplie »[17], en vertu de l'œuvre du Christ, « indépendamment de la sainteté personnelle du ministre »[18]. La matière et la forme ne sont donc pas un décor : elles sont l'instrument par lequel le Christ agit. Sur ce point, voir aussi La licéité des sacrements.
Le grand texte : le concile de Florence (1439)
Si l'on cherche le passage magistériel où la doctrine de la matière et de la forme est exposée le plus clairement pour tous les sacrements à la fois, c'est au concile de Florence qu'il faut aller — précisément à son décret pour les Arméniens.
- IVᵉ-Vᵉ siècleSaint Augustin
« Accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum » : la parole rejoint l'élément, et cela devient un sacrement. L'intuition fondatrice, avant tout vocabulaire technique.
- XIIᵉ-XIIIᵉ siècleLa scolastique
Hugues de Saint-Victor, Pierre Lombard, puis Alexandre de Halès et saint Thomas d'Aquin appliquent au sacrement le couple aristotélicien matière / forme.
- 1439Concile de Florence
Le décret pour les Arméniens (Exsultate Deo) fixe officiellement la formule : tout sacrement est accompli par « la matière, la forme et le ministre », et donne la matière et la forme des sept.
- 1547Concile de Trente
Session VII : canons sur les sacrements en général. Confirme les sept sacrements, l'ex opere operato, l'intention requise et l'intangibilité des rites approuvés.
- 1947Pie XII, Sacramentum Ordinis
Le pape détermine la matière (imposition des mains) et la forme de l'ordre, là où Florence parlait de la « tradition des instruments » : preuve que l'Église peut préciser ce que le Christ n'a institué que dans sa substance.
- 2020Note doctrinale de la CDF
Le baptême conféré avec « Nous te baptisons » est déclaré invalide : la forme appartient au Christ, le ministre ne peut la modifier de son propre chef.
Le décret pour les Arméniens
En 1439, le concile de Florence travaille à l'union des Églises orientales avec Rome. Pour instruire les Arméniens, il rédige « sous la très brève formule » d'un décret un résumé de la doctrine catholique des sacrements[19]. Ce décret, daté du 22 novembre 1439, n'est pas une définition solennelle de chaque point ; c'est une synthèse d'instruction, mais d'une autorité considérable, reprise depuis dans tous les manuels et dans le Catéchisme romain. Il commence par poser qu'il y a « sept » sacrements de la Loi nouvelle, qui « contiennent la grâce et la confèrent à ceux qui les reçoivent comme il convient »[20].
« Trois constituants : matière, forme, ministre »
Vient alors la phrase qui structure toute la suite — le cœur de notre sujet :
« Tous ces sacrements sont accomplis par trois constituants : des choses qui en sont comme la matière, des paroles qui en sont comme la forme, et la personne du ministre qui confère le sacrement avec l'intention de faire ce que fait l'Église. Si l'un de ces constituants manque, le sacrement n'est pas accompli. » — Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439)[21]
Trois choses, donc, et non deux. La matière (res, les choses) ; la forme (verba, les paroles) ; et le ministre agissant « avec l'intention de faire ce que fait l'Église ». Ce troisième constituant — l'intention — fait l'objet d'un article propre : voir L'intention du ministre. Mais la clause finale vaut pour les trois : « Si l'un de ces constituants manque, le sacrement n'est pas accompli. » C'est la charte de la validité : un sacrement n'est pas une cérémonie plus ou moins réussie, c'est un acte qui a lieu ou n'a pas lieu. La matière et la forme en sont deux des trois conditions nécessaires.
La matière et la forme des sept sacrements
Le décret applique aussitôt sa grille à chacun des sept sacrements. Le tableau suivant reprend très exactement ce que dit Florence en 1439 — étant entendu que, sur quelques points (l'ordre surtout), l'Église a précisé ou réformé la matière prochaine par la suite (voir plus bas).
| Sacrement | Matière (selon Florence, 1439) | Forme (selon Florence, 1439) | Article dédié |
|---|---|---|---|
| Baptême | « L'eau vraie et naturelle », froide ou chaude | « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit » | le-bapteme |
| Confirmation | Le « chrême fait d'huile » et de baume, béni par l'évêque | « Je te signe du signe de la croix et te confirme par le chrême du salut… » | la-confirmation |
| Eucharistie | Le « pain de froment » et le « vin de la vigne » (avec un peu d'eau) | « Les paroles du Sauveur » de la consécration | leucharistie |
| Pénitence | Les « actes du pénitent » : contrition, confession, satisfaction | « Les paroles de l'absolution » : « Moi, je t'absous » | la-confession |
| Onction des malades | L'« huile d'olive bénite par l'évêque » | « Par cette onction… que le Seigneur te pardonne… » | lonction-des-malades |
| Ordre | La « tradition des instruments » (Florence) — aujourd'hui : l'imposition des mains (Pie XII) | La prière consécratoire qui détermine le geste | lordre |
| Mariage | Le « consentement mutuel exprimé de vive voix » (à la fois matière et forme) | — (les époux échangent le consentement) | le-mariage |
Sources : décret pour les Arméniens, DS 1314 (baptême)[22], DS 1317 (confirmation)[23], DS 1320-1321 (eucharistie)[24], DS 1323 (pénitence)[25], DS 1324 (onction)[26], DS 1326 (ordre)[27], DS 1327 (mariage)[28].
Une synthèse, non un verrou définitif
Il faut lire ce décret pour ce qu'il est : un magnifique résumé pédagogique, non une définition figée de chaque détail rituel. Florence a fixé la structure (matière + forme + ministre) de manière durable ; mais sur tel ou tel élément matériel — en particulier pour l'ordre — l'Église conservait le pouvoir de préciser ce que le Christ avait institué de façon seulement substantielle. C'est exactement ce que fera Pie XII en 1947. Cette souplesse n'est pas une faiblesse du décret : elle découle de la distinction, capitale, entre ce que le Christ a institué et ce que l'Église a déterminé.
La matière et la forme, sacrement par sacrement
Chaque sacrement a son article dédié, où la matière et la forme sont développées en détail. On en donne ici la vue d'ensemble, pour faire apparaître la logique commune : un élément qui parle de lui-même, une parole qui en fixe le sens.
Le baptême : l'eau et la formule trinitaire
La matière du baptême est « l'eau vraie et naturelle » — peu importe qu'elle soit « froide ou chaude »[29]. La forme, dans l'Église latine, est : « Je te baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » L'eau dit la purification et la mort-renaissance ; la formule dit au nom de qui et pour quoi cette eau est versée. Trente a défini contre les réformateurs que l'eau y est « chose nécessaire » et qu'on ne peut entendre Jn 3, 5 au sens d'une simple métaphore[30]. Pour le détail, voir Le baptême.
La confirmation : le saint chrême et l'invocation de l'Esprit
La matière est le saint chrême — huile d'olive mêlée de baume, consacrée par l'évêque —, « qui signifie la lumière de la conscience » et « l'odeur de la bonne réputation »[31]. La forme exprime le don de l'Esprit pour la force du témoignage. L'onction sur le front « où est le siège de la pudeur » signifie que le confirmé « ne rougisse pas de confesser le nom du Christ »[32]. Voir La confirmation.
L'eucharistie : le pain, le vin et les paroles du Christ
La matière est le « pain de froment » et le « vin de la vigne », auquel on mêle un peu d'eau[33]. La forme, ce sont « les paroles du Sauveur » de la consécration, car « le prêtre effectue ce sacrement en parlant en la personne du Christ » : « par la vertu de ces paroles la substance du pain se change en corps du Christ et celle du vin en son sang »[34]. Ici, la forme n'opère pas seulement une signification : elle opère la transsubstantiation. Voir L'Eucharistie.
La pénitence : les actes du pénitent et « Je t'absous »
Le sacrement de pénitence offre le cas le plus original : sa « matière » n'est pas une chose extérieure mais les actes du pénitent — contrition, confession, satisfaction[35]. Sa forme, ce sont « les paroles de l'absolution » prononcées par le prêtre : « Moi, je t'absous. » L'effet est « l'absolution des péchés »[36]. Voir La confession.
L'onction des malades : l'huile bénite et la prière de pardon
La matière est « l'huile d'olive bénite par l'évêque »[37] ; la forme est la prière qui demande, à chaque onction des sens, que « le Seigneur te pardonne toutes les fautes » commises par la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher[38]. Le sacrement « guérit l'esprit et, pour autant que cela est utile à l'âme, celui aussi du corps »[39], conformément à l'épître de saint Jacques (Jc 5, 14-15). Voir L'onction des malades.
L'ordre : l'imposition des mains et la prière consécratoire
Florence donnait pour matière de l'ordre la « tradition des instruments » — la remise du calice et de la patène pour la prêtrise[40]. Mais c'est précisément ce point que Pie XII a réformé en 1947 (voir ci-dessous) : la matière essentielle est désormais l'imposition des mains de l'évêque, et la forme la prière consécratoire qui en détermine le sens. Voir Le sacrement de l'ordre et Le ministre ordinaire et extraordinaire.
Le mariage : le consentement, à la fois matière et forme
Le mariage est le cas-limite. Sa « cause efficiente », dit Florence, « est régulièrement le consentement mutuel exprimé de vive voix »[41]. Ici, les époux sont les ministres l'un de l'autre, et leur consentement est à la fois ce qui est offert (matière) et ce qui le formule (forme). Le prêtre n'est pas le ministre du sacrement mais le témoin qualifié de l'Église. Voir Le mariage.
Ce que le Christ a institué, ce que l'Église a déterminé
Une question délicate se pose : la matière et la forme de chaque sacrement viennent-elles directement du Christ, dans tous leurs détails, ou l'Église a-t-elle pu les préciser ? La réponse catholique distingue soigneusement deux niveaux.
Une institution divine, dans sa substance
Les sept sacrements ont tous été institués par le Christ lui-même : Trente l'a défini contre ceux qui voudraient en compter plus ou moins de sept, ou en faire de simples institutions ecclésiastiques[42]. C'est le Christ qui a voulu un sacrement de régénération par l'eau, un sacrement de son Corps et de son Sang sous le pain et le vin, un sacrement de réconciliation. La substance des sacrements — le fait qu'ils existent, qu'ils requièrent tel type d'élément et tel type de parole — relève de l'institution divine, que l'Église « ne peut changer ».
Le degré de détermination varie selon les sacrements
Mais le Christ n'a pas toujours fixé tous les détails de la matière et de la forme. Pour certains sacrements, l'Évangile rapporte des paroles précises (« Faites ceci en mémoire de moi » ; « Baptisez-les au nom du Père… »). Pour d'autres, le Christ a institué le sacrement « dans sa substance » en laissant à l'Église le soin de déterminer le signe concret. La théologie classique parle ici d'une institution « in genere » (quant au genre) plutôt que « in specie » (quant à l'espèce précise). C'est ce qui rend compte des variantes légitimes entre l'Orient et l'Occident, et des précisions apportées au fil des siècles. Mais l'Église ne touche jamais à « ce qui regarde la substance des sacrements » : ce principe, hérité de Trente, borne strictement son pouvoir[43].
Pie XII et la matière de l'ordre (1947)
Le cas le plus net est celui de l'ordre. Pendant des siècles, à la suite de Florence, beaucoup tenaient la « tradition des instruments » (remise du calice et de la patène) pour la matière essentielle du sacerdoce. Pie XII a tranché le débat dans la constitution apostolique Sacramentum Ordinis du 30 novembre 1947 :
« La matière, et l'unique matière, des saints Ordres du diaconat, de la prêtrise et de l'épiscopat est l'imposition des mains ; et la forme, l'unique forme, sont les paroles qui déterminent l'application de cette matière, lesquelles signifient de façon univoque les effets sacramentels — à savoir le pouvoir d'Ordre et la grâce du Saint-Esprit. » — Pie XII, constitution apostolique Sacramentum Ordinis (1947)[44]
Comment le pape pouvait-il « corriger » Florence ? Parce que la « tradition des instruments », expliquait-il, n'avait pas été instituée par le Christ comme matière du sacrement, mais introduite par l'Église ; ce que l'Église a établi, l'Église peut le modifier[45]. En revanche, l'imposition des mains — geste attesté dès les Actes des Apôtres — appartient à la substance voulue par le Christ. La leçon est limpide : l'Église peut déterminer ou réformer la matière prochaine quand elle relève de son institution, jamais la substance instituée par le Christ.
Florence dépassé sur un point disciplinaire, non doctrinal
Cet épisode n'est nullement une contradiction du magistère par lui-même. Florence avait décrit l'usage rituel de son temps ; Pie XII a défini ce qui, dans cet usage, était essentiel et ce qui était une addition ecclésiastique. La structure matière/forme posée par Florence reste entièrement valable ; seul a été précisé quel geste, pour l'ordre, constitue la matière essentielle. C'est un développement homogène, non une rupture — exactement le type de clarification que la distinction matière/forme rend possible.
Quand le sacrement est-il « accompli » ? Matière, forme et validité
On arrive ici à l'enjeu le plus concret. Parce que la matière et la forme constituent le sacrement, les altérer met en jeu sa validité — c'est-à-dire le fait même qu'il ait lieu. C'est un point grave, car il ne s'agit pas d'esthétique liturgique mais du salut : un baptême invalide laisse une âme non baptisée ; une consécration invalide laisse du pain.
« Si l'un de ces constituants manque… »
La règle est celle de Florence : « Si l'un de ces constituants manque, le sacrement n'est pas accompli. »[46] Encore faut-il distinguer. Toute imperfection ne rend pas un sacrement invalide : on peut commettre des fautes de rubrique, employer une eau peu propre, prononcer la formule avec un accent — le sacrement « tient » tant que la matière essentielle et la forme essentielle sont respectées. La validité ne se joue que sur le noyau : la vraie chose, les vraies paroles, l'intention requise. Cela ne signifie pas que le ministre soit libre à l'égard du rite : Trente frappe d'anathème quiconque prétendrait que « les rites reçus et approuvés de l'Église catholique […] peuvent être méprisés ou omis sans péché, au gré des ministres, ou changés en d'autres nouveaux par tout pasteur des Églises »[47]. Mais une faute contre le rite n'équivaut pas à une atteinte au noyau : il faut distinguer ce qui rend le sacrement illicite de ce qui le rend invalide. Sur cette frontière, voir La validité des sacrements et, pour la différence entre valide et permis, La licéité des sacrements.
Altérer la forme : le cas de la formule baptismale (2020)
L'exemple le plus retentissant est récent. Des prêtres, pour souligner que toute la communauté accueille l'enfant, avaient pris l'habitude de baptiser en disant « Nous te baptisons au nom du Père… » au lieu de « Je te baptise… ». En 2020, la Congrégation pour la doctrine de la foi a répondu à deux questions :
Première question : « Le baptême conféré avec la formule "Nous te baptisons au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit" est-il valide ? » — Réponse : « Négatif. » Seconde question : « Les personnes pour qui le baptême a été célébré avec cette formule doivent-elles être baptisées de façon absolue ? » — Réponse : « Affirmatif. » — Congrégation pour la doctrine de la foi, Responsum, 24 juin 2020[48]
Pourquoi « Je » et non « Nous »
La raison touche au cœur de la théologie sacramentelle. Quand le ministre dit « Je te baptise », ce « je » n'est pas d'abord le sien : c'est le Christ qui baptise par lui. Le Catéchisme l'affirme déjà : les sacrements « sont efficaces parce qu'en eux le Christ lui-même est à l'œuvre : c'est Lui qui baptise, c'est Lui qui agit dans ses sacrements »[49]. La note doctrinale l'explique :
« Quand le ministre dit "Je te baptise…", il ne parle pas comme un fonctionnaire qui exécute un rôle qui lui a été confié, mais il met en acte ministériellement le signe-présence du Christ, qui agit dans son Corps pour donner sa grâce. » — Congrégation pour la doctrine de la foi, note doctrinale (2020)[50]
Substituer « nous » déplace le sujet de l'acte : ce n'est plus le Christ agissant dans son ministre, mais l'assemblée qui se donnerait à elle-même le sacrement. La forme ne signifie plus la même chose — et puisque la forme détermine le sacrement, le sacrement n'est plus accompli. La note rappelle le principe de Vatican II : « nul, même prêtre, ne peut de son propre chef ajouter, retrancher ou changer quoi que ce soit en matière liturgique »[51]. La forme appartient au Christ et à l'Église, jamais au goût du ministre.
Défaut de forme : Léon XIII et les ordinations anglicanes (1896)
Un autre cas, plus ancien, montre la même logique à l'œuvre dans le sacrement de l'ordre. En 1896, examinant la validité des ordinations conférées selon le rituel anglican réformé du XVIᵉ siècle, Léon XIII les déclara « absolument nulles et entièrement vaines »[52] dans la lettre apostolique Apostolicae curae. Le motif invoqué était double : un défaut de forme et un défaut d'intention. Les réformateurs avaient retranché du rite d'ordination toute expression du pouvoir de « consacrer et offrir » le vrai Corps et le vrai Sang du Christ ; la forme ne signifiait donc plus le sacerdoce sacrificiel que l'Église entend conférer. Privée de cette signification, la forme ne pouvait produire ce qu'elle ne disait plus. Le cas illustre que la forme n'est pas une formule magique : elle doit signifier de façon univoque l'effet sacramentel — exactement ce que Pie XII redira en 1947.
Le troisième constituant : l'intention
Ces deux cas — « Nous te baptisons » et les ordinations anglicanes — mêlent toujours la question de la forme à celle de l'intention, le troisième constituant de Florence. Matière, forme et intention forment un tout : un sacrement n'est accompli que si les trois sont réunis. Trente le redit en propre : « Si quelqu'un dit que chez les ministres […] l'intention n'est pas requise de faire au moins ce que fait l'Église : qu'il soit anathème. »[53] Pour ce volet, voir L'intention du ministre.
Saint Thomas d'Aquin et la théologie du signe
Pour comprendre pourquoi l'Église attache tant d'importance à ces deux composantes, on revient toujours à la synthèse de saint Thomas, qui a donné à la distinction matière/forme sa justification la plus profonde.
Pourquoi des choses sensibles ?
Thomas pose d'abord que des choses sensibles sont requises pour le sacrement, « car la connaissance humaine prend son point de départ dans les choses sensibles »[54]. Dieu ne méprise pas la matière qu'il a créée : il s'en sert pour élever l'homme. Les sacrements « n'abolissent pas, mais purifient et intègrent toute la richesse des signes et des symboles du cosmos »[55]. L'eau, l'huile, le pain — éléments les plus simples de la vie humaine — deviennent les véhicules de la grâce divine.
Pourquoi des paroles déterminées ?
Thomas demande ensuite pourquoi des paroles, et des paroles déterminées, sont nécessaires. Sa réponse est précisément le texte cité plus haut : « dans les sacrements, les paroles tiennent lieu de forme, et les choses sensibles tiennent lieu de matière »[56]. Or « de même que la forme détermine la matière » dans les choses naturelles, « de même la signification des paroles est déterminée » à l'égard du geste sensible. Une parole vague laisserait le signe ambigu ; une parole précise le fixe. C'est pourquoi l'Église veille jalousement sur les formules sacramentelles : elles ne sont pas interchangeables.
Le sacrement, signe qui remémore, démontre et annonce
Enfin, Thomas montre que le signe sacramentel ouvre sur les trois dimensions du temps du salut. Le Catéchisme le cite :
« Le sacrement est le signe qui remémore ce qui a précédé, à savoir la passion du Christ ; qui met en évidence ce qui s'opère en nous par la passion du Christ, à savoir la grâce ; qui pronostique, je veux dire qui annonce à l'avance la Gloire à venir. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, question 60, article 3[57]
La matière et la forme ne sont donc pas de simples conditions juridiques de validité : elles composent un signe dense, qui rappelle la Croix, donne la grâce présente et promet le Ciel. Toute la richesse du sacrement passe par ce geste pauvre et cette parole brève.
Lire sa propre vie sacramentelle
On pourrait croire que la distinction matière/forme n'intéresse que les canonistes. Elle ouvre en réalité une contemplation. Car elle dit que Dieu a voulu sauver l'homme par des choses : un peu d'eau, une goutte d'huile, un morceau de pain. Le ciel se donne sous le sensible.
Sous le geste pauvre, le don immense
Saint Ambroise, montrant au néophyte d'où vient la puissance de l'eau baptismale, l'arrache à toute lecture magique :
« Vois où tu es baptisé, d'où vient le baptême, sinon de la croix du Christ, de la mort du Christ. Là est tout le mystère : il a souffert pour toi. C'est en lui que tu es racheté, c'est en lui que tu es sauvé. » — Saint Ambroise de Milan, Sur les sacrements, II, 6[58]
La matière sensible n'agit pas par elle-même : elle agit parce que la parole du Christ s'y joint, et parce que toute la grâce de la Croix s'y déverse. Ce que le fidèle reçoit sous un signe modeste, c'est le fruit infini de la Passion. « La parole rejoint l'élément, et cela devient un sacrement » : chaque fois, un peu de matière du monde est saisi par le Verbe et chargé de Dieu.
La gratitude pour les « signes sensibles »
Comprendre la matière et la forme, c'est donc apprendre à regarder les sacrements autrement : non comme des rites à exécuter, mais comme la condescendance d'un Dieu qui se met à la portée de notre chair. Il aurait pu nous sauver par une grâce muette ; il a choisi de nous parler, de nous laver, de nous oindre, de nous nourrir. La précision même que l'Église met à garder les formules — « Je te baptise » et non « Nous te baptisons » — n'est pas une rigidité : c'est le soin jaloux d'une mère qui veille à ce que, sous le signe, ce soit toujours le Christ lui-même qui agisse, et non l'invention des hommes.
Pour aller plus loin
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- Qu'est-ce qu'un sacrement ? — la définition générale, dont matière et forme sont une pièce
- La validité des sacrements — quand un sacrement « tient » vraiment
- La licéité des sacrements — la différence entre valide et permis
- L'intention du ministre — le troisième constituant de Florence
- Le caractère sacramentel — la marque indélébile du baptême, de la confirmation et de l'ordre
- Le ministre ordinaire et extraordinaire — qui peut conférer chaque sacrement
- Les sept sacrements : Le baptême · La confirmation · L'Eucharistie · La confession · L'onction des malades · L'ordre · Le mariage
Sources primaires citées
- Concile de Florence, bulle Exsultate Deo, décret pour les Arméniens, 22 novembre 1439 (DS 1310-1327).
- Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), Canons sur les sacrements en général (DS 1601-1613).
- Catéchisme de l'Église catholique, §§ 1113-1134 et 1145-1162.
- Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, III, question 60 (Des sacrements en général).
- Pie XII, constitution apostolique Sacramentum Ordinis, 30 novembre 1947.
- Léon XIII, lettre apostolique Apostolicae curae, 13 septembre 1896.
- Congrégation pour la doctrine de la foi, Responsum et note doctrinale sur la formule du baptême, 24 juin 2020.
Notes et références
Concile de Florence (œcuménique), bulle d'union avec les Arméniens Exsultate Deo, décret pour les Arméniens, 22 novembre 1439 — DS 1312 (Denzinger-Hünermann, Enchiridion Symbolorum) : « Tous ces sacrements sont accomplis par trois constituants : des choses qui en sont comme la matière, des paroles qui en sont comme la forme, et la personne du ministre qui confère le sacrement avec l'intention de faire ce que fait l'Église. Si l'un de ces constituants manque, le sacrement n'est pas accompli. »
1 21 46Congrégation pour la doctrine de la foi, Responsum ad propositum dubium sur la validité du baptême conféré avec la formule « Nous te baptisons au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », 24 juin 2020 (approuvé par le pape François le 8 juin 2020). Question 1 : validité d'un tel baptême ? → « Négatif » ; question 2 : faut-il rebaptiser in forma absoluta ? → « Affirmatif ».
2 48Catéchisme de l'Église catholique, § 1131 : « Les sacrements sont des signes efficaces de la grâce, institués par le Christ et confiés à l'Église, par lesquels la vie divine nous est dispensée. Les rites visibles sous lesquels les sacrements sont célébrés signifient et réalisent les grâces propres de chaque sacrement. »
3Catéchisme de l'Église catholique, § 1146 : signes du monde des hommes ; « l'homme étant un être à la fois corporel et spirituel, exprime et perçoit les réalités spirituelles à travers des signes et des symboles matériels. »
4Catéchisme de l'Église catholique, § 1148 : les réalités sensibles (laver, oindre, rompre le pain, partager la coupe) peuvent « exprimer la présence sanctifiante de Dieu et la gratitude de l'homme devant son Créateur. »
5Catéchisme de l'Église catholique, § 1152 : signes sacramentels ; depuis la Pentecôte, « c'est à travers les signes sacramentels de son Église que l'Esprit Saint œuvre la sanctification » ; les sacrements « purifient et intègrent toute la richesse des signes et des symboles du cosmos et de la vie sociale. »
6 55Saint Augustin, Commentaire sur l'évangile de saint Jean (In Iohannis Evangelium tractatus), traité 80, 3 : « Accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum » — « La parole rejoint l'élément matériel, et cela devient un sacrement » ; cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1228.
7 8Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ, q. 60, a. 7 : « in sacramentis verba se habent per modum formae, res autem sensibiles per modum materiae » — « dans les sacrements, les paroles tiennent lieu de forme, et les choses sensibles tiennent lieu de matière » ; de là l'exigence de paroles déterminées, la forme déterminant le signe comme la forme détermine la matière.
9 10 56Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ, q. 60, a. 4 : des choses sensibles sont requises pour les sacrements, « car la connaissance humaine prend son point de départ dans les choses sensibles » ; il convient que la grâce spirituelle soit donnée à l'homme sous des signes sensibles, selon son mode de connaissance.
11 12 54Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ, q. 60, a. 6 : des paroles sont requises dans les sacrements pour parfaire leur signification, car la parole ajoutée à l'élément sensible précise et arrête ce que ce signe veut dire (cf. S. Augustin, In Io. ev. 80, 3, cité au corps de l'article) ; la parole opère « non parce qu'elle est prononcée, mais parce qu'elle est crue » en sa signification.
13Catéchisme de l'Église catholique, § 1155 : « Indissociables en tant que signes et enseignement, la parole et l'action liturgiques le sont aussi en tant que réalisant ce qu'ils signifient. »
14Catéchisme de l'Église catholique, § 1153 : une célébration sacramentelle s'exprime « à travers des actions et des paroles » ; « il faut que la Parole de Dieu et la réponse de foi accompagnent et vivifient ces actions » ; « les actions liturgiques signifient ce que la Parole de Dieu exprime. »
15Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), Canons sur les sacrements en général, canon 6 — DS 1606 : anathème contre celui qui dit que les sacrements de la Loi nouvelle « ne contiennent pas la grâce qu'ils signifient ou qu'ils ne confèrent pas cette grâce », comme s'ils n'étaient que « des signes extérieurs » et des « marques de profession chrétienne. »
16Catéchisme de l'Église catholique, § 1128 : les sacrements agissent « ex opere operato » (« par le fait même que l'action est accomplie »), « en vertu de l'œuvre salvifique du Christ » ; « le sacrement n'est pas réalisé par la justice de l'homme qui le donne ou le reçoit, mais par la puissance de Dieu » (S. Thomas d'A., s. th. 3, 68, 8), « indépendamment de la sainteté personnelle du ministre. »
17 18Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1310 : « les sacrements de la nouvelle Loi sont au nombre de sept » ; à la différence de ceux de l'ancienne Loi, qui n'étaient « que la figure » de la grâce, « les nôtres contiennent la grâce et la confèrent à ceux qui les reçoivent comme il convient. »
19 20Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1314 : « La matière de ce sacrement [le baptême] est l'eau vraie et naturelle, et il n'importe pas qu'elle soit froide ou chaude. Sa forme est : "moi je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit." »
22 29Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1317 : la matière de la confirmation est « le chrême fait d'huile, qui signifie la lumière de la conscience, et de baume, qui signifie l'odeur de la bonne réputation, béni par l'évêque » ; la forme : « Je te signe du signe de la croix et te confirme par le chrême du salut au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »
23 31Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1320 : « Le troisième sacrement est l'eucharistie, dont la matière est le pain de froment et le vin de la vigne, auquel avant la consécration doit être mêlé un tout petit peu d'eau. »
24 33Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1323 : la matière de la pénitence « en quelque sorte » est constituée par les actes du pénitent — contrition, confession, satisfaction ; la forme « ce sont les paroles de l'absolution que prononce le prêtre quand il dit : "Moi je t'absous" » ; l'effet est « l'absolution des péchés. »
25 35 36Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1324 : « Le cinquième sacrement est l'extrême-onction dont la matière est l'huile d'olive bénite par l'évêque » ; la forme : « Par cette onction et sa miséricorde pleine de pitié, que le Seigneur te pardonne toutes les fautes que tu as commises par la vue » (et de même pour chaque sens).
26 37 38Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1326 : « Le sixième est le sacrement de l'ordre dont la matière est ce par transmission de quoi est conféré l'ordre. Par exemple la prêtrise est transmise par l'acte de tendre le calice avec le vin et la patène avec le pain » (tradition des instruments) ; ministre ordinaire : l'évêque. Sur ce point, voir la réforme de Pie XII (1947).
27 40Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1327 : « Le septième est le sacrement du mariage […]. La cause efficiente du mariage est régulièrement le consentement mutuel exprimé de vive voix par des paroles » ; triple bien du mariage : enfants, fidélité, indissolubilité (Ep 5, 32).
28 41Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), Canons sur le sacrement de baptême, canon 2 — DS 1615 : anathème contre celui qui dirait que « l'eau vraie et naturelle n'est pas chose nécessaire pour le baptême » et détournerait Jn 3, 5 au sens d'une métaphore.
30Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1318-1319 : le ministre ordinaire de la confirmation est l'évêque ; l'onction sur le front, « où est le siège de la pudeur », signifie que le confirmé « ne rougisse pas de confesser le nom du Christ et surtout sa croix. »
32Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1321 : « La forme de ce sacrement, ce sont les paroles du Sauveur […]. Car le prêtre effectue ce sacrement en parlant en la personne du Christ. En effet, par la vertu de ces paroles, la substance du pain se change en corps du Christ et celle du vin en son sang. »
34Concile de Florence, décret pour les Arméniens (1439) — DS 1325 : le ministre de l'onction est le prêtre ; son effet est « la guérison de l'esprit et, pour autant que cela est utile à l'âme, celle aussi du corps » ; fondement scripturaire en Jc 5, 14-15.
39Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), Canons sur les sacrements en général, canon 1 — DS 1601 : anathème contre celui qui dit que les sacrements de la Loi nouvelle « n'ont pas été tous institués par Jésus Christ notre Seigneur », ou qu'il y en a plus ou moins que sept (baptême, confirmation, eucharistie, pénitence, extrême-onction, ordre, mariage).
42Concile de Trente, session XXI (16 juillet 1562), Doctrine sur la communion sous les deux espèces, ch. 2 — DS 1728 : « dans l'administration des sacrements il y eut toujours dans l'Église le pouvoir de décider ou de modifier, la substance de ces sacrements étant sauve, ce qu'elle jugerait mieux convenir à l'utilité de ceux qui les reçoivent et au respect des sacrements eux-mêmes ». C'est ce principe (salva sacramentorum substantia) que Pie XII applique en 1947 à la matière de l'ordre.
43Pie XII, constitution apostolique Sacramentum Ordinis, 30 novembre 1947 : « la matière, et l'unique matière, des saints Ordres du diaconat, de la prêtrise et de l'épiscopat est l'imposition des mains ; et la forme, l'unique forme, sont les paroles qui déterminent l'application de cette matière », paroles signifiant « de façon univoque » les effets sacramentels. Le pape précise que la « tradition des instruments » (cf. Florence, DS 1326) n'avait pas été instituée par le Christ comme matière du sacrement, mais introduite par l'Église, qui pouvait donc la modifier.
44 45Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), Canons sur les sacrements en général, canon 13 — DS 1613 : anathème contre celui qui dit que « les rites reçus et approuvés de l'Église catholique, en usage dans l'administration solennelle des sacrements, peuvent être méprisés ou omis sans péché, au gré des ministres, ou changés en d'autres nouveaux par tout pasteur des Églises. »
47Catéchisme de l'Église catholique, § 1127 : « Célébrés dignement dans la foi, les sacrements confèrent la grâce qu'ils signifient. Ils sont efficaces parce qu'en eux le Christ lui-même est à l'œuvre : c'est Lui qui baptise, c'est Lui qui agit dans ses sacrements afin de communiquer la grâce que le sacrement signifie. »
49Congrégation pour la doctrine de la foi, Note doctrinale sur la modification de la formule sacramentelle du baptême, 24 juin 2020 : « Quand le ministre dit "Je te baptise…", il ne parle pas comme un fonctionnaire qui exécute un rôle qui lui a été confié, mais il met en acte ministériellement le signe-présence du Christ, qui agit dans son Corps pour donner sa grâce. »
50Congrégation pour la doctrine de la foi, note doctrinale (2020), citant le concile Vatican II, constitution Sacrosanctum Concilium, n° 22 § 3 : « nul autre, même prêtre, ne peut, de sa propre initiative, ajouter, retrancher ou changer quoi que ce soit en matière liturgique. »
51Léon XIII, lettre apostolique Apostolicae curae et caritatis, 13 septembre 1896 : les ordinations conférées selon le rite anglican réformé sont déclarées « absolument nulles et entièrement vaines » (irritas prorsus fuisse et esse omninoque nullas), pour défaut de forme — la suppression de toute mention du pouvoir de consacrer et d'offrir le sacrifice eucharistique — et défaut d'intention.
52Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), Canons sur les sacrements en général, canon 11 — DS 1611 : « Si quelqu'un dit que chez les ministres, alors qu'ils réalisent et confèrent les sacrements, l'intention n'est pas requise de faire au moins ce que fait l'Église : qu'il soit anathème. »
53Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ, q. 60, a. 3 : « Le sacrement est le signe qui remémore ce qui a précédé, à savoir la passion du Christ ; qui met en évidence ce qui s'opère en nous par la passion du Christ, à savoir la grâce ; qui pronostique, je veux dire qui annonce à l'avance la Gloire à venir » ; cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1130.
57Saint Ambroise de Milan, Sur les sacrements (De sacramentis), II, 6 (PL 16, 425C) : « Vois où tu es baptisé, d'où vient le baptême, sinon de la croix du Christ, de la mort du Christ. Là est tout le mystère : il a souffert pour toi. C'est en lui que tu es racheté, c'est en lui que tu es sauvé » ; cité par le Catéchisme de l'Église catholique, § 1225.
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