Le caractère sacramentel

Trois sacrements ne se redonnent jamais — le baptême, la confirmation et l'ordre — parce qu'ils impriment dans l'âme un « caractère », une marque spirituelle indélébile. Ce qu'est ce sceau, d'où vient la doctrine (d'Augustin à Trente), comment il diffère de la grâce, et pourquoi il fait de tout chrétien un participant du sacerdoce du Christ.

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Trois sacrements ne se redonnent jamais. On ne se fait pas baptiser deux fois ; on ne se fait pas confirmer deux fois ; on n'ordonne pas deux fois le même homme prêtre. Pour les quatre autres — l'eucharistie, la pénitence, l'onction des malades, le mariage —, la répétition est au contraire normale, et parfois nécessaire. Pourquoi cette différence ? La réponse de l'Église tient en un mot : le caractère sacramentel. Le baptême, la confirmation et l'ordre impriment dans l'âme une marque qui ne s'efface jamais — et c'est parce que cette marque demeure qu'il serait vain, et même contradictoire, de la réimprimer.

Le Catéchisme de l'Église catholique le définit ainsi : ces trois sacrements « confèrent, en plus de la grâce, un caractère sacramentel ou “sceau” par lequel le chrétien participe au sacerdoce du Christ » ; cette configuration « est indélébile, elle demeure pour toujours dans le chrétien »[1]. Le mot n'est pas une métaphore vague : il désigne une réalité spirituelle précise, définie comme dogme par le concile de Trente, élaborée par saint Augustin contre les donatistes, et analysée avec une rigueur inégalée par saint Thomas d'Aquin.

Cet article répond à trois questions : qu'est-ce que le caractère, d'où vient cette doctrine, et à quoi sert-il ? Pour la définition générale du sacrement, on se reportera à Qu'est-ce qu'un sacrement ? ; pour la question voisine mais distincte de savoir si un sacrement « a eu lieu », à La validité des sacrements ; et pour le détail de chaque sacrement, aux articles spécialisés signalés en chemin.

Qu'est-ce que le caractère sacramentel ?

Un « sceau » imprimé dans l'âme

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Le caractère est, selon le mot même du concile de Trente, « un certain signe spirituel et indélébile » imprimé dans l'âme[2]. Il faut entendre chaque terme. C'est un signe : il marque celui qui le porte et le distingue. Il est spirituel : il n'affecte pas le corps, mais l'âme, et n'a donc rien d'une cicatrice ni d'un tatouage. Il est indélébile : une fois imprimé, rien ne peut l'effacer — ni le temps, ni l'oubli, ni l'apostasie, ni le péché le plus grave.

Le Catéchisme précise la portée de cette marque pour le baptisé :

« Le Baptême scelle le chrétien d'une marque spirituelle indélébile (character) de son appartenance au Christ. Cette marque n'est effacée par aucun péché, même si le péché empêche le Baptême de porter des fruits de salut. Donné une fois pour toutes, le Baptême ne peut pas être réitéré. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1272[3]

Tout est là en germe. Le caractère n'est pas la sainteté ; il n'est pas la grâce ; il est une appartenance scellée. Un baptisé peut renier sa foi, tomber dans le péché, vivre comme un athée pendant cinquante ans : il reste, ontologiquement, un baptisé. La marque demeure, « même si le péché empêche le Baptême de porter des fruits de salut ». C'est précisément cette permanence qui fonde la non-réitération.

Caractère, sceau, marque : le vocabulaire d'une même réalité

Le mot latin character vient du grec kharaktêr, qui désigne l'instrument à graver, puis l'empreinte qu'il laisse : la marque frappée sur une monnaie, le sceau imprimé dans la cire. La tradition grecque parle plus volontiers de sphragis, le « sceau ». Le Catéchisme relie explicitement ces images à la doctrine du caractère :

« Parce qu'elle indique l'effet indélébile de l'Onction de l'Esprit Saint dans les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l'Ordre, l'image du sceau (sphragis) a été utilisée dans certaines traditions théologiques pour exprimer le “caractère” ineffaçable imprimé par ces trois sacrements qui ne peuvent être réitérés. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 698[4]

Cette image du sceau n'est pas une invention médiévale : elle est biblique. Saint Paul écrit aux Corinthiens que Dieu « nous a marqués de son sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l'Esprit » (2 Co 1, 22), et il exhorte les Éphésiens à ne pas attrister « l'Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption » (Ep 4, 30)[5]. Le sceau est à la fois une propriété (l'objet scellé appartient à celui dont il porte la marque) et une protection (le sceau du roi rend l'objet inviolable). Les deux sens passent dans la doctrine du caractère : marqué du sceau du Christ, le chrétien lui appartient et se trouve placé sous sa garde.

Trois sacrements, et trois seulement

L'Église n'attribue le caractère qu'à trois des sept sacrements : le baptême, la confirmation et l'ordre. Les quatre autres — eucharistie, pénitence, onction des malades, mariage — n'impriment pas de caractère, et c'est pourquoi ils peuvent être reçus plusieurs fois. Le concile de Florence l'a formulé d'une phrase nette :

« Parmi ces sacrements il y en a trois — le baptême, la confirmation et l'ordre — qui impriment dans l'âme un caractère, c'est-à-dire un certain signe spirituel qui distingue de tous les autres, indélébile. C'est pourquoi ils ne sont pas réitérés dans la même personne. Les quatre autres n'impriment pas de caractère et admettent la réitération. » — Concile de Florence, décret pour les Arméniens Exsultate Deo (1439)[6]

Ce partage n'est pas arbitraire. Les trois sacrements à caractère sont précisément ceux qui établissent le chrétien dans un état stable au sein du peuple de Dieu et lui confèrent une part déterminée du sacerdoce du Christ : ils ne donnent pas seulement une grâce, ils assignent une place et une fonction durables dans le culte de l'Église. On verra plus bas pourquoi cette logique exclut les quatre autres sacrements.

D'où vient cette doctrine ? Du baptistère donatiste au concile de Trente

La doctrine du caractère n'est pas tombée du ciel toute formée. Elle a mûri au feu d'une crise concrète : la question de savoir s'il fallait rebaptiser ceux qui avaient été baptisés en dehors de la communion catholique, ou par des ministres indignes.

Le problème : faut-il rebaptiser ?

Au IIIᵉ siècle déjà, saint Cyprien de Carthage soutenait que le baptême conféré par des hérétiques était nul, et qu'il fallait donc rebaptiser les convertis. Au IVᵉ et au début du Vᵉ siècle, les donatistes d'Afrique du Nord radicalisèrent la thèse : pour eux, la validité d'un sacrement dépendait de la sainteté du ministre ; un évêque indigne ne pouvait rien transmettre, et les sacrements reçus de « traîtres » devaient être refaits. La question n'était pas théorique : elle déchirait l'Église africaine et menaçait de faire dépendre le salut des fidèles de la vertu — toujours incertaine — de leurs ministres.

Saint Augustin et le « caractère du Seigneur »

Sandro Botticelli, Saint Augustin, 1480, église Ognissanti, Florence. Wikimedia Commons / Web Gallery of Art, domaine public.

C'est saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone, qui apporta la réponse décisive en forgeant la distinction qui fonde toute la doctrine : il faut distinguer ce que le sacrement imprime une fois pour toutes de ce qu'il fait fructifier selon les dispositions du sujet. Le baptême donné validement imprime le sceau du Christ — le Dominicus character — même quand il est reçu hors de l'Église ou des mains d'un pécheur ; ce sceau est valide, il ne se répète pas. Mais il ne profite au salut que lorsque le baptisé revient à la charité de l'Église. Le Catéchisme recueille l'expression augustinienne :

« Le “sceau du Seigneur” (Dominicus character) est le sceau dont l'Esprit Saint nous a marqués “pour le jour de la rédemption”. “Le Baptême, en effet, est le sceau de la vie éternelle.” Le fidèle qui aura “gardé le sceau” jusqu'au bout […] pourra mourir “marqué du signe de la foi”. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1274[7]

L'image du soldat marqué

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Pour rendre la chose tangible, Augustin recourt à une image empruntée à la Rome de son temps : la marque militaire. Le soldat romain recevait, en s'engageant, une marque (la nota militaris) qui le désignait comme appartenant à l'armée de l'empereur. S'il désertait, il gardait cette marque ; on ne la lui réimprimait pas s'il revenait, mais on la reconnaissait — et tant qu'il restait déserteur, elle témoignait contre lui. Ainsi du baptisé : sa marque demeure dans l'apostasie, non pour son salut, mais comme un appel et un reproche, jusqu'à ce qu'il rentre au service de son vrai Roi.

Saint Thomas d'Aquin reprendra exactement cette comparaison pour expliquer la nature du caractère :

« Le caractère est proprement un sceau qui désigne une chose ordonnée à une fin déterminée : ainsi, c'est par un caractère que le denier est désigné pour servir au commerce, et les soldats sont marqués d'un caractère qui les députe au service militaire. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63, a. 3[8]

Le génie d'Augustin fut de fonder ainsi, contre le donatisme, l'objectivité du sacrement : sa validité ne dépend pas de la sainteté du ministre, et son sceau, une fois imprimé, ne se reprend pas. Cette intuition deviendra, des siècles plus tard, un dogme défini.

Florence (1439), puis Trente (1547) : la définition dogmatique

Le concile de Florence, dans son décret pour les Arméniens Exsultate Deo (22 novembre 1439), fut le premier à énoncer officiellement, dans un acte conciliaire, la liste des trois sacrements à caractère et la raison de leur non-réitération (DS 1313, cité plus haut). Mais c'est le concile de Trente, face à la Réforme protestante qui rejetait la notion même de caractère, qui en fit un dogme par un canon solennel :

« Si quelqu'un dit que, dans les trois sacrements — à savoir le baptême, la confirmation et l'ordre —, n'est pas imprimé dans l'âme un caractère, c'est-à-dire un certain signe spirituel et indélébile, en raison duquel ils ne peuvent être réitérés : qu'il soit anathème. » — Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), canon 9[9]

Pour le sacrement de l'ordre, le même concile reviendra à la charge en sa session XXIII (15 juillet 1563), frappant d'anathème quiconque nierait que l'ordination imprime un caractère ou prétendrait « que celui qui est devenu prêtre une fois pour toutes peut redevenir laïc »[10]. Vatican II, enfin, intégrera pleinement la doctrine du caractère dans sa théologie du peuple de Dieu et des ministères (Lumen gentium), et le Catéchisme de 1992 en fera la synthèse.

  1. vers 255-258
    La querelle du rebaptême

    Saint Cyprien de Carthage soutient que le baptême des hérétiques est nul et qu'il faut rebaptiser les convertis. Le pape Étienne Iᵉʳ s'y oppose : on ne rebaptise pas. Le débat reste ouvert.

  2. vers 400-411
    Saint Augustin contre les donatistes

    Face aux donatistes qui font dépendre la validité du sacrement de la sainteté du ministre, Augustin distingue le sceau imprimé (le Dominicus character), valide et non réitérable, de la grâce qui ne fructifie que dans la charité de l'Église.

  3. vers 1150
    La scolastique élabore la notion

    Pierre Lombard, puis surtout saint Thomas d'Aquin (Somme théologique, IIIᵃ q. 63), précisent la nature du caractère : une puissance spirituelle qui fait participer au sacerdoce du Christ.

  4. 22 novembre 1439
    Le concile de Florence énonce la doctrine

    Le décret Exsultate Deo déclare officiellement que trois sacrements — baptême, confirmation, ordre — impriment un caractère indélébile et ne sont pas réitérés (DS 1313).

  5. 3 mars 1547
    Le concile de Trente définit le dogme

    Contre la Réforme, le canon 9 de la session VII définit comme dogme l'impression d'un caractère indélébile par les trois sacrements (DS 1609).

  6. 15 juillet 1563
    Trente confirme pour l'ordre

    La session XXIII définit que l'ordination imprime un caractère et qu'un prêtre validement ordonné ne peut redevenir laïc au sens strict (DS 1767/1774).

La nature du caractère selon saint Thomas d'Aquin

La définition conciliaire dit ce que fait le caractère (il scelle, il distingue, il rend non réitérable) ; saint Thomas d'Aquin, dans la question 63 de la troisième partie de la Somme théologique, cherche ce qu'il est. Son analyse reste la référence de toute la théologie sacramentaire.

Ni passion ni habitus : une « puissance spirituelle »

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Thomas commence par éliminer les fausses pistes. Le caractère n'est pas une passion, c'est-à-dire une impression fugitive, car « la passion disparaît vite, alors que le caractère est indélébile ». Il n'est pas davantage un habitus — une disposition acquise, comme une vertu ou un vice —, car un habitus est toujours orienté au bien ou au mal, tandis que du caractère « certains en usent bien, d'autres mal ». Reste une seule catégorie :

« Il n'est pas un habitus, car il n'est pas d'habitus qui soit indéterminé au bien ou au mal ; or le caractère est indéterminé, car certains en usent bien, d'autres mal […]. Il reste donc que le caractère est une puissance. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63, a. 2[11]

Le caractère est donc une puissance spirituelle : non une grâce qui rend bon, mais une capacité, un pouvoir ordonné à des actes précis du culte chrétien. C'est ce qui explique qu'un prêtre indigne consacre validement — « puisque, en fin de compte, c'est le Christ qui agit et opère le salut à travers le ministre ordonné, l'indignité de celui-ci n'empêche pas le Christ d'agir »[12] — ou qu'un baptisé pécheur reste réellement membre du Corps du Christ : la puissance est là, même quand la sainteté manque.

Une participation au sacerdoce du Christ

À quoi cette puissance est-elle ordonnée ? Au culte de Dieu, dont le seul prêtre véritable est le Christ. Le caractère configure donc celui qui le reçoit au Christ-Prêtre et lui fait part de son sacerdoce :

« Le caractère sacramentel est spécialement caractère du Christ, au sacerdoce de qui les fidèles sont configurés selon les caractères sacramentels ; et ceux-ci ne sont pas autre chose que des sortes de participations du sacerdoce du Christ, qui découlent du Christ même. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63, a. 3[13]

C'est la clé de toute la doctrine, et le Catéchisme la reprend mot pour mot : par le caractère, « le chrétien participe au sacerdoce du Christ »[14]. Le baptisé reçoit une part du sacerdoce commun ; l'ordonné, une part du sacerdoce ministériel. Dans les deux cas, il s'agit d'une configuration au Christ qui habilite à des actes sacrés — offrir, célébrer, consacrer, témoigner — au nom et dans la puissance du Christ lui-même.

Où réside le caractère ? Dans la puissance où réside la foi

Thomas pousse l'analyse jusqu'à demander dans quelle faculté de l'âme le caractère est imprimé. Sa réponse : non dans l'essence de l'âme (qui est le sujet de la grâce), ni dans la volonté, mais dans la puissance connaissante de l'âme — l'intelligence —, là précisément où réside la foi :

« Le caractère est ordonné au culte divin, lequel est une protestation de foi par des signes extérieurs. Il faut donc que le caractère soit dans cette puissance connaissante de l'âme où réside la foi. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63, a. 4, ad 3[15]

Le caractère est ainsi lié à la profession publique de la foi : il habilite le chrétien à confesser le Christ par le culte, à poser les actes visibles par lesquels la foi de l'Église s'exprime et se transmet.

Pourquoi il est indélébile

Reste la propriété la plus frappante : l'indélébilité. Thomas l'établit (q. 63, a. 5) à partir de la fin même du caractère. Le caractère fait participer au sacerdoce du Christ ; or « le sacerdoce du Christ est éternel » (cf. He 7, 24). Une participation à une réalité éternelle ne saurait être temporaire : la marque reçue épouse la stabilité de ce dont elle est l'empreinte. Le caractère est indélébile non parce qu'il serait, en lui-même, plus solide que la grâce, mais parce qu'il configure à un sacerdoce qui ne passe pas[16]. C'est pourquoi il demeure dans le ciel comme en enfer, dans le saint comme dans le damné — sujet sur lequel on reviendra.

Caractère et grâce : deux dons à ne pas confondre

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L'erreur la plus commune consiste à confondre le caractère avec la grâce sanctifiante. Or l'Église les distingue soigneusement : un même sacrement (le baptême, par exemple) donne les deux, mais ils n'ont ni la même nature, ni le même sort.

Le caractère demeure quand la grâce est perdue

La grâce sanctifiante est la vie divine elle-même dans l'âme ; elle est perdue par le péché mortel et retrouvée par la pénitence. Le caractère, lui, ne se perd jamais. Un baptisé en état de péché mortel a perdu la grâce de son baptême, mais il garde le caractère baptismal : il reste un membre du Christ, blessé mais marqué. C'est même ce qui rend possible son retour : parce que le sceau demeure, l'absolution peut réanimer le baptême sans le refaire. Le Catéchisme l'exprime à propos de la confirmation comme du baptême : la marque « n'est effacée par aucun péché, même si le péché empêche [le sacrement] de porter des fruits de salut »[17].

Saint Thomas avait noté cette différence avec netteté : le caractère est ordonné à la grâce « comme à une fin ultérieure », mais il n'est pas la grâce ; il en est plutôt « une disposition » permanente[18]. On peut résumer le rapport des deux dons :

Le caractère sacramentelLa grâce sanctifiante
NatureUne puissance spirituelle, un sceauLa vie divine dans l'âme
Sujet dans l'âmeLa puissance connaissante (où réside la foi)L'essence de l'âme
Se perd-il par le péché ?JamaisOui, par le péché mortel
Se retrouve-t-il ?Sans objet : il n'est jamais perduOui, par la pénitence
Peut-il être réitéré ?Non : le sacrement ne se redonne pas—
Sacrements concernésBaptême, confirmation, ordreTous les sacrements (chacun selon sa grâce propre)
Demeure-t-il dans l'éternité ?Oui, chez le sauvé comme chez le damnéSeulement chez les sauvés (devenue gloire)

La conséquence : la non-réitération

De cette permanence découle directement la non-réitération des trois sacrements à caractère. Réitérer un baptême, une confirmation ou une ordination n'aurait aucun sens : la marque étant déjà là et ineffaçable, un second sacrement ne pourrait rien imprimer de plus. Le concile de Trente lie d'ailleurs explicitement les deux choses : c'est « en raison » du caractère que ces sacrements « ne peuvent être réitérés »[19]. C'est aussi pourquoi, en cas de doute sérieux sur la validité d'un premier baptême, l'Église ne rebaptise pas purement et simplement, mais confère le sacrement sous condition — précisément pour ne pas réitérer une marque peut-être déjà imprimée (voir La validité des sacrements).

Les trois caractères : baptême, confirmation, ordre

Si les trois sacrements impriment tous un caractère, ce n'est pas le même caractère. Chacun configure au Christ selon un mode propre et habilite à des actes différents du culte chrétien.

Le caractère baptismal : membre du Christ, sacerdoce commun

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Le baptême incorpore au Christ et à l'Église. Son caractère consacre le baptisé au culte chrétien et lui confère le sacerdoce commun des fidèles :

« Incorporés à l'Église par le Baptême, les fidèles ont reçu le caractère sacramentel qui les consacre pour le culte religieux chrétien. Le sceau baptismal rend capable et engage les chrétiens à servir Dieu dans une participation vivante à la sainte Liturgie de l'Église et à exercer leur sacerdoce baptismal par le témoignage d'une vie sainte et d'une charité efficace. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1273[20]

Le caractère baptismal n'est donc pas un simple « certificat » d'entrée : il habilite réellement à poser des actes de culte, à recevoir les autres sacrements, à participer activement à la liturgie. C'est lui qui fait du moindre fidèle un membre du peuple sacerdotal. C'est aussi ce caractère qui « consacre le baptisé au culte de la religion chrétienne » et qui fait que « le Baptême ne peut pas être réitéré »[21]. Sur le sacrement lui-même, voir Le baptême.

Le caractère de la confirmation : le sceau de l'Esprit, la force du témoin

La confirmation, achèvement du baptême, imprime à son tour un caractère :

« La Confirmation imprime dans l'âme une marque spirituelle indélébile, le “caractère”, qui est le signe de ce que Jésus-Christ a marqué un chrétien du sceau de son Esprit en le revêtant de la force d'en haut pour qu'il soit son témoin. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1304[22]

Ce caractère « perfectionne le sacerdoce commun des fidèles, reçu dans le Baptême », et donne au confirmé « la puissance de confesser la foi du Christ publiquement, et comme en vertu d'une charge » — quasi ex officio, selon le mot de saint Thomas[23]. Le baptême fait naître à la vie chrétienne ; la confirmation, comme une croissance, conduit à l'âge adulte de la foi et confère la mission publique du témoin. Comme le baptême, elle « imprime dans l'âme du chrétien un signe spirituel ou caractère indélébile ; c'est pourquoi on ne peut recevoir ce sacrement qu'une seule fois dans la vie »[24]. Sur le sacrement lui-même, voir La confirmation.

Le caractère de l'ordre : configuré au Christ-Tête, agir in persona Christi

Le caractère de l'ordre est d'un autre ordre encore : il ne perfectionne pas le sacerdoce commun, il confère le sacerdoce ministériel, qui « diffère essentiellement » du premier (voir plus bas). Il configure l'ordonné au Christ en tant que Tête de son Corps :

« Le sacerdoce des prêtres […] est conféré au moyen du sacrement particulier qui, par l'onction du Saint-Esprit, les marque d'un caractère spécial, et les configure ainsi au Christ Prêtre pour les rendre capables d'agir au nom du Christ Tête en personne (in persona Christi Capitis). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1563[25]

Ce sacrement « configure au Christ par une grâce spéciale de l'Esprit Saint, en vue de servir d'instrument du Christ pour son Église »[26]. Le caractère qu'il imprime habilite à poser les actes que nul autre ne peut poser : consacrer l'eucharistie, absoudre les péchés, ordonner (pour l'évêque). Comme les deux autres, « cette participation à la fonction du Christ est accordée une fois pour toutes » et « il ne peut pas être réitéré ni être conféré temporairement »[27]. Sur le sacrement lui-même, voir Le sacrement de l'ordre.

SacrementConfiguration au ChristSacerdoceHabilite à
BaptêmeMembre du Christ, enfant de DieuSacerdoce commun (reçu)Recevoir les sacrements, participer à la liturgie, offrir sa vie en culte spirituel
ConfirmationTémoin scellé de l'EspritSacerdoce commun (perfectionné)Confesser publiquement la foi, « comme en vertu d'une charge »
OrdreConfiguré au Christ-TêteSacerdoce ministérielAgir in persona Christi : consacrer, absoudre, gouverner

Pourquoi pas les quatre autres sacrements ?

Si le caractère est si précieux, pourquoi l'eucharistie, la pénitence, l'onction et le mariage n'en impriment-ils pas ? Parce qu'ils ne fixent pas le chrétien dans un état stable ni ne lui confèrent une part déterminée et permanente du sacerdoce du Christ. La pénitence restaure une grâce perdue ; l'onction fortifie le malade ; l'eucharistie nourrit et unit ; le mariage sanctifie une alliance — mais aucun n'assigne au sujet une nouvelle fonction durable dans le culte qui exigerait un sceau définitif. Ils répondent à des besoins qui se renouvellent ; il est donc normal qu'ils se renouvellent. Le caractère, au contraire, marque ce qui ne se redonne pas parce qu'il s'agit d'un commencement irréversible : on n'entre qu'une fois dans le Christ, on n'est scellé qu'une fois de l'Esprit, on n'est configuré qu'une fois au Christ-Tête. Saint Thomas range d'ailleurs explicitement la pénitence, l'eucharistie, l'extrême-onction et le mariage parmi les sacrements « qui n'impriment pas de caractère »[28].

Ce que le caractère produit : les trois fonctions selon le Catéchisme (§ 1121)

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Le Catéchisme résume en une phrase dense les trois fonctions du caractère. Il demeure pour toujours dans le chrétien :

« …comme disposition positive pour la grâce, comme promesse et garantie de la protection divine et comme vocation au culte divin et au service de l'Église. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1121[29]

Trois fonctions, donc, qu'il faut déplier.

Disposition positive pour la grâce

Le caractère n'est pas la grâce, mais il dispose à elle de façon permanente. Il est comme un réceptacle toujours prêt, une ouverture stable vers la vie divine. C'est pourquoi le baptisé qui a perdu la grâce peut la recouvrer : la disposition demeure, prête à recevoir de nouveau. Le caractère est ainsi le fondement durable sur lequel la grâce peut revenir et croître, là où une âme sans baptême devrait d'abord recevoir le sacrement.

Promesse et garantie de la protection divine

Le sceau du Christ est une protection. Comme le sceau royal rendait inviolable l'objet qu'il marquait, le caractère place le chrétien sous la garde de Dieu. C'est le sens du sceau eschatologique de l'Apocalypse — les serviteurs de Dieu marqués au front pour être préservés dans la grande épreuve (Ap 7, 2-3) —, que le Catéchisme relie expressément au sceau de l'Esprit : il marque « l'appartenance totale au Christ, la mise à son service pour toujours, mais aussi la promesse de la protection divine dans la grande épreuve eschatologique »[30].

Vocation au culte divin et au service de l'Église

Enfin, le caractère est une vocation : il appelle et habilite au culte de Dieu et au service de l'Église. Il ne se contente pas de marquer ; il mobilise. Le baptisé est appelé à offrir sa vie en culte spirituel et à témoigner ; le confirmé, à confesser publiquement la foi ; l'ordonné, à servir le peuple de Dieu par l'enseignement, le culte et le gouvernement (les trois munera : docendi, liturgicum, regendi)[31]. Le caractère est donc tourné vers l'action : il est moins une décoration qu'une charge, moins un privilège qu'une mission.

Conséquences et questions fréquentes

« Prêtre un jour, prêtre toujours »

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C'est l'application la plus connue. Un prêtre peut, pour de graves motifs, être « réduit à l'état laïc » — l'expression canonique exacte est qu'il est « renvoyé de l'état clérical » — et libéré des obligations de son ordination. Mais cela ne défait pas le caractère :

« Un sujet validement ordonné peut, certes, pour de graves motifs, être déchargé des obligations et des fonctions liées à l'ordination ou être interdit de les exercer, mais il ne peut plus redevenir laïc au sens strict, car le caractère imprimé par l'ordination l'est pour toujours. La vocation et la mission reçues au jour de son ordination le marquent d'une façon permanente. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1583[32]

Conséquence concrète : un prêtre laïcisé qui, dans un cas d'urgence, absoudrait un mourant en danger de mort, le ferait validement et licitement, car le pouvoir d'ordre demeure en lui et l'Église accorde à tout prêtre, en péril de mort, la faculté d'absoudre[33] — même si, hors de ce cas, l'exercice lui en est interdit. Le caractère ne se range pas au vestiaire.

Un baptisé devenu athée garde-t-il le caractère ?

Oui. C'était précisément l'enjeu de la controverse donatiste. Celui qui a été validement baptisé garde le caractère même s'il renie sa foi, se déclare athée ou demande à être « débaptisé ». L'effacement d'un nom sur un registre paroissial est un acte administratif ; il ne touche pas la marque spirituelle. Le Catéchisme est formel : la marque baptismale « n'est effacée par aucun péché »[34]. C'est pourquoi un tel apostat qui reviendrait à la foi ne serait jamais rebaptisé : on l'accueillerait par la pénitence, non par un nouveau baptême.

Le caractère dans l'éternité : gloire ou reproche

Puisque le caractère est indélébile, il subsiste après la mort, dans les sauvés comme dans les damnés. Mais il n'y produit pas le même effet. Chez les bienheureux, il devient une gloire : le signe achevé de leur configuration au Christ, l'éclat de leur sacerdoce accompli. Chez les damnés, il demeure comme un reproche : la marque de l'appartenance qu'ils ont reniée, le sceau d'une vocation trahie. Le sceau ne sauve pas par lui-même — il faut « garder le sceau » jusqu'au bout, dit Augustin[35] —, mais il témoigne pour l'éternité de ce à quoi le chrétien fut appelé.

Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel : une différence d'essence

Le caractère éclaire enfin une distinction souvent mal comprise. Le baptisé et le prêtre participent l'un et l'autre au sacerdoce du Christ — mais pas de la même manière. Vatican II, repris par le Catéchisme, l'affirme nettement :

« Le sacerdoce ministériel ou hiérarchique des évêques et des prêtres, et le sacerdoce commun de tous les fidèles, bien que “l'un et l'autre, chacun selon son mode propre, participent de l'unique sacerdoce du Christ”, diffèrent cependant essentiellement, tout en étant “ordonnés l'un à l'autre”. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1547, citant Lumen gentium, n° 10[36]

La différence n'est pas seulement de degré (comme si le prêtre était « plus » sacerdotal que le fidèle), mais d'essence : le sacerdoce ministériel confère un pouvoir sacré pour le service des fidèles, ordonné au déploiement de la grâce baptismale de tous[37]. Deux caractères distincts, deux participations distinctes au même et unique sacerdoce du Christ.

Une marque pour le jour de la rédemption

Au-delà des distinctions techniques, le caractère dit une chose simple et bouleversante : Dieu marque ceux qui sont à lui. Le baptisé n'appartient plus à lui-même ; il porte, gravé dans son âme, le sceau du Christ. Cette appartenance ne dépend pas de ses humeurs, de ses chutes ni même de sa fidélité : elle est antérieure à tout cela, comme un amour qui précède la réponse. Quand l'Église refuse de rebaptiser, ce n'est pas par rigidité administrative ; c'est parce qu'elle sait qu'un don de Dieu ne se reprend pas.

De cette marque découle une vocation. Le caractère n'est pas une assurance de salut — on peut le porter et se perdre —, mais il est un appel permanent au culte, c'est-à-dire à rendre à Dieu ce qui lui est dû. Le baptisé est consacré pour adorer, le confirmé pour témoigner, l'ordonné pour offrir le sacrifice. Toute une vie spirituelle tient dans la fidélité à ce sceau : « garder le sceau » jusqu'au bout, faire fructifier la marque reçue, laisser le caractère devenir gloire et non reproche. Saint Paul l'avait dit d'un mot : nous avons été « marqués du sceau de l'Esprit Saint pour le jour de la rédemption » (Ep 4, 30). Le caractère est cette promesse inscrite dans l'âme — et l'invitation, chaque jour renouvelée, à vivre à la hauteur de ce que Dieu y a gravé.

Pour aller plus loin

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Sources primaires citées

  • Concile de Florence, décret pour les Arméniens Exsultate Deo, 22 novembre 1439 (DS 1313).
  • Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), Canons sur les sacrements en général, canon 9 (DS 1609).
  • Concile de Trente, session XXIII (15 juillet 1563), Canons sur le sacrement de l'ordre, canon 4 (DS 1767/1774).
  • Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63 (le caractère sacramentel), a. 2-5, et q. 72, a. 5.
  • Saint Augustin, « Dominicus character » (lettre 98, 5 ; cf. Contra epistulam Parmeniani), cité par le Catéchisme, § 1274.
  • Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, n° 10 ; décret Presbyterorum ordinis, n° 2.
  • Catéchisme de l'Église catholique (1992), §§ 698, 1121, 1272-1274, 1280, 1296, 1304-1305, 1317, 1547, 1563, 1581-1584, 1592.

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 1121 : « Les trois sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l'Ordre confèrent, en plus de la grâce, un caractère sacramentel ou “sceau” par lequel le chrétien participe au sacerdoce du Christ et fait partie de l'Église selon des états et des fonctions diverses. Cette configuration au Christ et à l'Église, réalisée par l'Esprit, est indélébile (Cc. Trente : DS 1609), elle demeure pour toujours dans le chrétien comme disposition positive pour la grâce, comme promesse et garantie de la protection divine et comme vocation au culte divin et au service de l'Église. Ces sacrements ne peuvent donc jamais être réitérés. »

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  2. Concile de Trente, session VII (3 mars 1547), Canons sur les sacrements en général, canon 9 — DS 1609. Latin : « Si quis dixerit, in tribus sacramentis, baptismo scilicet, confirmatione et ordine, non imprimi characterem in anima, hoc est signum quoddam spirituale et indelebile, unde ea iterari non possunt : anathema sit. » — « Si quelqu'un dit que, dans les trois sacrements — à savoir le baptême, la confirmation et l'ordre —, n'est pas imprimé dans l'âme un caractère, c'est-à-dire un certain signe spirituel et indélébile, en raison duquel ils ne peuvent être réitérés : qu'il soit anathème. »

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  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 1272 : « Incorporé au Christ par le Baptême, le baptisé est configuré au Christ (cf. Rm 8, 29). Le Baptême scelle le chrétien d'une marque spirituelle indélébile (“character”) de son appartenance au Christ. Cette marque n'est effacée par aucun péché, même si le péché empêche le Baptême de porter des fruits de salut (cf. DS 1609-1619). Donné une fois pour toutes, le Baptême ne peut pas être réitéré. »

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  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 698 : « Le sceau est un symbole proche de celui de l'Onction. […] Parce qu'elle indique l'effet indélébile de l'Onction de l'Esprit Saint dans les sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l'Ordre, l'image du sceau (sphragis) a été utilisée dans certaines traditions théologiques pour exprimer le “caractère” ineffaçable imprimé par ces trois sacrements qui ne peuvent être réitérés. »

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  5. Catéchisme de l'Église catholique, § 1296 : « Le chrétien […] est marqué d'un sceau : “Celui qui nous affermit avec vous dans le Christ et qui nous a donné l'onction, c'est Dieu, Lui qui nous a marqués de son sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l'Esprit” (2 Co 1, 22 ; cf. Ep 1, 13 ; 4, 30). Ce sceau de l'Esprit Saint marque l'appartenance totale au Christ, la mise à son service pour toujours, mais aussi la promesse de la protection divine dans la grande épreuve eschatologique (cf. Ap 7, 2-3 ; 9, 4 ; Ez 9, 4-6). »

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  6. Concile de Florence (œcuménique), bulle d'union avec les Arméniens Exsultate Deo, décret pour les Arméniens, 22 novembre 1439 — DS 1313 (Denzinger, Enchiridion Symbolorum, éd. fr.) : « Parmi ces sacrements il y en a trois — le baptême, la confirmation et l'ordre — qui impriment dans l'âme un caractère, c'est-à-dire un certain signe spirituel qui distingue de tous les autres, indélébile. C'est pourquoi ils ne sont pas réitérés dans la même personne. Les quatre autres n'impriment pas de caractère et admettent la réitération. »

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  7. Catéchisme de l'Église catholique, § 1274 : « Le “sceau du Seigneur” (“Dominicus character” : S. Augustin, ep. 98, 5 : PL 33, 362) est le sceau dont l'Esprit Saint nous a marqués “pour le jour de la rédemption” (Ep 4, 30 ; cf. Ep 1, 13-14 ; 2 Co 1, 21-22). “Le Baptême, en effet, est le sceau de la vie éternelle” (S. Irénée, dem. 3). Le fidèle qui aura “gardé le sceau” jusqu'au bout […] pourra mourir “marqué du signe de la foi”. »

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  8. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63, a. 3 : « Le caractère est proprement un sceau qui désigne une chose ordonnée à une fin déterminée : ainsi, c'est par un caractère que le denier est désigné pour servir au commerce, et les soldats sont marqués d'un caractère qui les députe au service militaire. […] Le caractère sacramentel est spécialement caractère du Christ, au sacerdoce de qui les fidèles sont configurés selon les caractères sacramentels ; et ceux-ci ne sont pas autre chose que des sortes de participations du sacerdoce du Christ, qui découlent du Christ même. »

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  9. Concile de Trente, session XXIII (15 juillet 1563), Canons sur le sacrement de l'ordre, canon 4 — DS 1767 (numéroté DS 1774 dans certaines éditions fr.) : « Si quelqu'un dit que l'Esprit Saint n'est pas donné par la sainte ordination […] ou que l'ordination n'imprime pas un caractère ; ou que celui qui est devenu prêtre une fois pour toutes peut redevenir laïc : qu'il soit anathème. »

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  10. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63, a. 2 : le caractère n'est ni une passion (« la passion disparaît vite, alors que le caractère est indélébile ») ni un habitus (« il n'est pas d'habitus qui soit indéterminé au bien ou au mal ; or le caractère est indéterminé, car certains en usent bien, d'autres mal ») — « il reste donc que le caractère est une puissance ». L'article 1 précise qu'il dispose à la grâce, ordonné à elle « comme à une fin ultérieure ».

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  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 1584 : « Puisque en fin de compte c'est le Christ qui agit et opère le salut à travers le ministre ordonné, l'indignité de celui-ci n'empêche pas le Christ d'agir » (cf. Cc. Trente : DS 1612) ; la citation de saint Augustin y est rapportée : « Quant au ministre orgueilleux, il est à ranger avec le diable. Le don du Christ n'en est pas pour autant profané. »

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  12. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63, a. 4, ad 3 : « Le caractère est ordonné au culte divin, lequel est une protestation de foi par des signes extérieurs. Il faut donc que le caractère soit dans cette puissance connaissante de l'âme où réside la foi. » (Le caractère réside dans les puissances de l'âme, non dans son essence, sujet de la grâce.)

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  13. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63, a. 5 : le caractère est indélébile parce qu'il est une participation au sacerdoce du Christ, lequel « demeure éternellement » (cf. He 7, 24) ; la marque épouse la stabilité de ce dont elle est l'empreinte. C'est pourquoi le caractère subsiste chez les bienheureux comme chez les damnés.

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  14. Catéchisme de l'Église catholique, § 1273 : « Incorporés à l'Église par le Baptême, les fidèles ont reçu le caractère sacramentel qui les consacre pour le culte religieux chrétien (cf. LG 11). Le sceau baptismal rend capable et engage les chrétiens à servir Dieu dans une participation vivante à la sainte Liturgie de l'Église et à exercer leur sacerdoce baptismal par le témoignage d'une vie sainte et d'une charité efficace (cf. LG 10). »

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  15. Catéchisme de l'Église catholique, § 1280 : « Le Baptême imprime dans l'âme un signe spirituel indélébile, le caractère, qui consacre le baptisé au culte de la religion chrétienne. En raison du caractère le Baptême ne peut pas être réitéré » (cf. DS 1609 et 1624).

    21
  16. Catéchisme de l'Église catholique, § 1304 : « Comme le Baptême dont elle est l'achèvement, la Confirmation est donnée une seule fois. La Confirmation imprime en effet dans l'âme une marque spirituelle indélébile, le “caractère” (cf. DS 1609), qui est le signe de ce que Jésus-Christ a marqué un chrétien du sceau de son Esprit en le revêtant de la force d'en haut pour qu'il soit son témoin (cf. Lc 24, 48-49). »

    22
  17. Catéchisme de l'Église catholique, § 1305 : « Le “caractère” perfectionne le sacerdoce commun des fidèles, reçu dans le Baptême, et “le confirmé reçoit la puissance de confesser la foi du Christ publiquement, et comme en vertu d'une charge (quasi ex officio)” (S. Thomas d'A., s. th. 3, 72, 5, ad 2). »

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  18. Catéchisme de l'Église catholique, § 1317 : « La Confirmation, comme le Baptême, imprime dans l'âme du chrétien un signe spirituel ou caractère indélébile ; c'est pourquoi on ne peut recevoir ce sacrement qu'une seule fois dans la vie. »

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  19. Catéchisme de l'Église catholique, § 1563, citant le concile Vatican II, Presbyterorum ordinis, n° 2 : le sacerdoce des prêtres « est cependant conféré au moyen du sacrement particulier qui, par l'onction du Saint-Esprit, les marque d'un caractère spécial, et les configure ainsi au Christ Prêtre pour les rendre capables d'agir au nom du Christ Tête en personne. »

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  20. Catéchisme de l'Église catholique, § 1581 : « Ce sacrement configure au Christ par une grâce spéciale de l'Esprit Saint, en vue de servir d'instrument du Christ pour son Église. Par l'ordination l'on est habilité à agir comme représentant du Christ, Tête de l'Église, dans sa triple fonction de prêtre, prophète et roi. »

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  21. Catéchisme de l'Église catholique, § 1582 : « Comme dans le cas du Baptême et de la Confirmation, cette participation à la fonction du Christ est accordée une fois pour toutes. Le sacrement de l'Ordre confère, lui aussi, un caractère spirituel indélébile et il ne peut pas être réitéré ni être conféré temporairement » (cf. Cc. Trente : DS 1767 ; LG 21 ; 28 ; 29 ; PO 2).

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  22. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIIᵃ pars, q. 63, a. 6 et q. 65, a. 1 : seuls le baptême, la confirmation et l'ordre impriment un caractère, parce qu'ils députent à des actes durables du culte chrétien ; la pénitence, l'eucharistie, l'extrême-onction et le mariage n'impriment pas de caractère et peuvent être réitérés.

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  23. Catéchisme de l'Église catholique, § 1592 : « Le sacerdoce ministériel diffère essentiellement du sacerdoce commun des fidèles parce qu'il confère un pouvoir sacré pour le service des fidèles. Les ministres ordonnés exercent leur service auprès du peuple de Dieu par l'enseignement (munus docendi), le culte divin (munus liturgicum) et par le gouvernement pastoral (munus regendi). »

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  24. Catéchisme de l'Église catholique, § 1583 : « Un sujet validement ordonné peut, certes, pour de graves motifs, être déchargé des obligations et des fonctions liées à l'ordination ou être interdit de les exercer (cf. CIC, can. 290-293 ; 1336 ; 1338), mais il ne peut plus redevenir laïc au sens strict (cf. Cc. Trente : DS 1774), car le caractère imprimé par l'ordination l'est pour toujours. La vocation et la mission reçues au jour de son ordination le marquent d'une façon permanente. »

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  25. Code de droit canonique (1983), canon 976 : « Tout prêtre, même dépourvu de la faculté d'entendre les confessions, absout validement et licitement de tout genre de censures et de péchés tout pénitent qui se trouve en danger de mort, même en présence d'un prêtre approuvé. » Application directe de l'indélébilité du caractère de l'ordre : le pouvoir d'absoudre demeure radicalement dans le prêtre laïcisé et redevient actif dans ce cas.

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  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 1547, citant le concile Vatican II, Lumen gentium, n° 10 : « Le sacerdoce ministériel ou hiérarchique des évêques et des prêtres, et le sacerdoce commun de tous les fidèles, bien que “l'un et l'autre, chacun selon son mode propre, participent de l'unique sacerdoce du Christ”, diffèrent cependant essentiellement, tout en étant “ordonnés l'un à l'autre”. »

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