Quand une âme convertie tombe — péché véniel, faute volontaire répétée, manquement à une résolution sérieuse — son premier réflexe n'est presque jamais l'acte juste. C'est l'étonnement d'avoir pu tomber, puis le trouble anxieux d'avoir tant gâché, enfin le découragement silencieux qui finit par lui faire abandonner la course. Ces trois mouvements paraissent religieux : ils sont en réalité les trois visages d'un même amour-propre qui ne supporte pas de se voir misérable.
La tradition spirituelle catholique a élaboré, à partir de l'Écriture et des Pères, une pédagogie post-chute qui dénoue ces trois pièges au moment exact où ils se referment. Sa formulation la plus claire et la plus accessible reste celle du missionnaire Joseph Tissot (1840-1894), dont le mince volume L'art d'utiliser ses fautes — d'après saint François de Sales[1], paru en 1878 puis préfacé à Annecy en avril 1894, est devenu un classique de la vie spirituelle : Tissot y condense la doctrine du Docteur de l'Amour — surnommé par lui « docteur encourageant par excellence »[2] — et l'enrichit de saint Jean Chrysostome, sainte Thérèse d'Avila, de saint Claude de la Colombière et de témoins plus récents.
Le présent article expose, en suivant l'ordre exact des trois premiers chapitres de Tissot, comment l'humilité et la confiance — les deux racines jumelles du double abîme : d'un côté l'abîme de notre misère, que l'humilité regarde en face, de l'autre l'abîme de la miséricorde divine, où la confiance se jette — transforment chacun de ces trois mouvements défensifs en un acte d'amour. Ne pas s'étonner suppose l'humilité véritable. Ne pas se troubler suppose une humilité douce et amoureuse. Ne pas se décourager suppose une confiance qui résiste même à la vue de la chute la plus récente. Une dernière partie ouvre, à la suite de Tissot, sainte Thérèse de Lisieux et du Père d'Elbée, sur la doctrine positive : la chute elle-même peut, si on la traverse droitement, devenir un échelon sur l'échelle de l'amour.
La machine défensive de l'amour-propre
L'erreur d'optique fondamentale, signalée par tous les maîtres spirituels classiques, tient en une phrase : après la chute, c'est presque toujours l'amour-propre qui parle en premier — jamais l'amour de Dieu. Le repentir authentique vient ensuite, plus calme, plus simple, parfois en silence. Les trois mouvements explosifs qui surgissent dans la seconde même de la faute (« comment ai-je pu ? », « je n'y arriverai jamais », « Dieu doit m'avoir abandonné ») ne proviennent pas de l'Esprit Saint. Ils proviennent d'un moi blessé qui croyait pouvoir tenir debout par ses propres forces et qui, surpris de ne pas y être parvenu, se précipite vers le découragement comme on s'enferme dans une chambre pour pleurer.
Trois réactions, une racine
L'école salésienne, suivie par Tissot, identifie trois réactions distinctes mais reliées par une même cause :
| Réaction immédiate | Racine intérieure | Antidote spécifique |
|---|---|---|
| L'étonnement | Orgueil — méconnaissance pratique de sa faiblesse | Humilité véritable : se connaître en vérité |
| Le trouble | Amour-propre frustré de ne pas se voir parfait | Humilité douce et amoureuse |
| Le découragement | Défiance secrète envers la miséricorde divine | Confiance enracinée dans l'amour de Dieu |
Ce qu'il faut bien voir : aux yeux de l'âme novice, chacune de ces réactions a l'apparence d'une marque de sainteté. « Je suis stupéfait d'avoir cédé : c'est donc que j'aime profondément Dieu » ; « Je suis bouleversé : c'est donc que je prends mon mal au sérieux » ; « Je suis abattu : c'est donc que j'avais beaucoup espéré ». Ces interprétations sont fausses. Tissot l'écrit sans détour : ces trois mouvements ne sont pas de l'amour, mais « l'orgueil et l'amour-propre qui se troublent et s'inquiètent de nous voir imparfaits »[3]. La précision est décisive, parce qu'elle commande tout ce qui suit : tant qu'on prend l'amour-propre pour la voix du repentir, on ne sort jamais des trois pièges.
L'« humilité fausse » selon sainte Thérèse d'Avila
Un demi-siècle avant saint François de Sales, la grande mystique castillane avait déjà donné le critère discrétionnaire le plus sûr pour distinguer la vraie de la fausse humilité :
« Dans la vraie humilité, bien que l'âme se reconnaisse mauvaise et en soit peinée, cette peine n'est point accompagnée de trouble ni d'inquiétude ; elle ne cause ni obscurcissement dans l'esprit, ni aridité ; au contraire, elle console. L'âme alors s'afflige de ce qui a offensé Dieu, et, d'autre part, elle se dilate dans l'espérance de sa miséricorde. […] Mais dans l'humilité fausse que donne le démon, il n'y a de lumière pour aucun bien. Il semble que Dieu mette tout à feu et à sang. C'est une invention du démon des plus funestes, subtiles et dissimulées que je connaisse de lui. » — Sainte Thérèse d'Avila, Vie écrite par elle-même (Autobiographie), ch. XXX[4]
Le critère est simple et opérationnel : la vraie humilité console, la fausse humilité écrase. La première ouvre à la miséricorde, la seconde la dérobe. La première laisse la paix, la seconde la dévore. Quiconque, après une chute, sent monter une angoisse anxieuse, une amertume contre lui-même, un dégoût de la prière ou une honte qui éloigne des sacrements, peut tenir pour certain qu'il est sous l'action d'une humilité fausse — non de Dieu.
Pourquoi cette doctrine concerne tout le monde
Loin d'être une affaire de moniales scrupuleuses, cette pédagogie est d'usage universel. Tissot la destinait à tous ceux qui veulent « quelque chose de plus, que l'on ne fait point d'habitude, pour notre Dieu », c'est-à-dire à tous ceux qui ont pris la vie spirituelle au sérieux et qui, par là même, deviennent particulièrement exposés au piège du découragement après la chute. Le P. Jean-Nicolas Grou, s.j., cité par Tissot, l'exprimait ainsi :
« Souvent, les chutes qu'on fait viennent de la rapidité de la course, et de ce que l'ardeur qui nous emporte ne nous permet pas de prendre certaines précautions. Les âmes timides qui veulent toujours voir où elles mettent le pied, qui font constamment des détours pour éviter les faux pas, qui craignent si fort de se salir, n'avancent pas si vite que les autres, et la mort les surprend presque toujours au milieu de leur course. Ce ne sont pas ceux qui font le moins de fautes qui sont les plus saints, mais ceux qui ont plus de courage, de générosité, plus d'amour, qui font de plus grands efforts sur eux-mêmes, qui n'appréhendent pas de faire de faux pas, de tomber même et de se salir un peu, pourvu qu'ils avancent. » — P. Jean-Nicolas Grou, s.j. (1731-1803), cité par Tissot[5]
Saint Jean Chrysostome formulait la même intuition en langage militaire, à l'ouverture de son Exhortation à Théodore tombé :
« Tant qu'un soldat reste dans la mêlée, même s'il est blessé ou recule un peu, personne n'est assez dur ou assez ignorant des choses de la guerre pour lui en faire un grand crime. Ceux-là seuls ne sont jamais blessés qui ne combattent jamais. Ceux qui se lancent avec ardeur contre l'ennemi sont le plus souvent frappés. » — Saint Jean Chrysostome, Exhortation à Théodore tombé (Ad Theodorum lapsum), livre II, § 1[6]
La sainteté n'est pas l'absence de blessures : c'est la persévérance dans le combat.
Ne pas s'étonner de ses fautes
Le premier coup que reçoit l'âme après la chute, c'est l'étonnement. « Comment ai-je pu retomber là-dedans ? Moi, après tant de résolutions ? Moi, qui priais ce matin ? » Cette stupéfaction est universelle. Elle est aussi, selon saint François de Sales, l'indice d'une méconnaissance pratique de soi.
Le tourment de l'homme déchu
Tissot ouvre son tout premier chapitre par une analyse anthropologique en deux phrases dont chaque mot porte :
« C'est à la fois l'honneur et le tourment de l'homme déchu, de ne pouvoir s'habituer à sa misère. Prince dépossédé, déclassé par la faute de ses premiers parents, il conserve toujours au fond du cœur le sentiment de la noblesse de son origine, et de l'innocence qui devait être son apanage. À chacune de ses chutes, il a peine à retenir une exclamation de surprise, comme si un accident extraordinaire lui était arrivé. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 9[7]
L'étonnement n'est donc pas vide de sens : il garde la mémoire inconsciente de l'Éden, du prince que l'homme aurait dû être. Mais cette mémoire est piégeuse, parce qu'elle entretient l'illusion d'une force que la chute originelle a précisément ruinée. Tissot enchaîne aussitôt avec l'image biblique qui structure tout le chapitre : Samson. Dépouillé de sa force par la trahison de Dalila, le héros oublie sa nouvelle faiblesse et continue de se dresser face aux Philistins, « s'imaginant, comme par le passé, terrasser ses ennemis, oubliant que sa vigueur d'autrefois l'avait abandonné »[8]. C'est exactement ce que fait l'âme baptisée à chaque chute : elle oublie qu'elle n'est plus en Éden et s'étonne de tomber.
La connaissance pratique de la faiblesse humaine
L'humilité véritable ne se contente pas d'une connaissance théorique de cette faiblesse. La tradition l'appelle connaissance pratique — c'est-à-dire vécue, intégrée, jusqu'à devenir un réflexe. C'est ce que saint Bernard et l'école thomiste appelaient le deuxième degré d'humilité : non plus seulement savoir que l'on est misérable, mais s'accepter tel devant soi-même.
Saint François de Sales y revient sans cesse, avec une compassion sans limites pour la faiblesse humaine :
« Ô misère humaine ! misère humaine ! Oh ! que nous sommes environnés d'infirmités ! Et que pouvons-nous, de nous-mêmes, faire autre chose que des chutes ? » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. I, p. 9-10[9]
Et encore, dans une lettre de direction :
« Vous vivez avec mille imperfections : il est vrai, ma bonne sœur ; mais ne tâchez-vous pas d'heure à autre de les faire mourir en vous ? C'est chose certaine que tandis que nous sommes ici, environnés de ce corps si pesant et corruptible, il y a toujours en nous je ne sais quoi qui manque. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. I, p. 10[10]
Le saint évêque énonce ailleurs la règle dans toute son extension : « La règle étant générale que nul ne sera si saint en cette vie, qu'il ne soit sujet à commettre toujours quelque imperfection »[11]. La foi catholique enseigne en effet que la concupiscence — l'inclination désordonnée laissée par le péché originel — « demeure dans les baptisés afin qu'ils luttent », comme le formule le Catéchisme à la suite du Concile de Trente[12]. Aucun baptisé, hors la Vierge Marie par privilège, n'est exempt de péchés véniels au moins indélibérés — c'est le Concile de Trente lui-même qui l'a défini[13].
Saint François de Sales ajoute, avec son inimitable douceur :
« Ne pensons pas, tant que nous serons dans cette vie, de pouvoir vivre sans commettre des imperfections ; car il n'est pas possible, que nous soyons supérieurs ou inférieurs, puisque nous sommes tous hommes, et, par conséquent, avons tous besoin de croire à cette vérité comme très assurée, afin que nous ne nous étonnions pas de nous voir sujets à des imperfections. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. I, p. 11[14]
Et plus radicalement encore, sur la persistance même de l'amour-propre jusqu'à la mort :
« L'amour-propre peut être mortifié en nous, mais il ne meurt pourtant jamais ; ainsi, de temps en temps, et à diverses occasions, il produit des rejetons en nous, qui témoignent qu'encore qu'il soit coupé par le pied, il n'est pas déraciné. Il ne faut nullement s'étonner de trouver toujours chez nous l'amour-propre, car il n'en bouge pas. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. I, p. 11-12[15]
L'image est botanique et précise : couper l'arbre n'arrache pas la racine. La racine d'amour-propre reste enfouie jusqu'à la mort, et c'est elle qui produit les chutes — non pas un déchaînement extraordinaire de méchanceté, mais le bourgeonnement régulier d'une plante coupée mais vivace.
Les « incurables spirituels » de Bernières
L'image la plus saisissante vient d'un disciple de Bérulle, Jean de Bernières-Souvigny (1602-1659), auteur du Chrétien intérieur :
« Nous sommes des pauvres spirituels, à l'Hôpital des Incurables. » — Jean de Bernières-Souvigny, Le Chrétien intérieur, cité par Tissot, ch. I[16]
L'expression n'est pas pessimiste — c'est exactement l'inverse. Elle est libératrice. Accepter d'être pauvre, petit, et même incurable jusqu'à la mort, c'est s'épargner les déceptions perpétuelles d'un orgueil qui voudrait, après chaque confession, se voir enfin guéri. Bernières en tire la conséquence directe : « Se troubler et se décourager quand on est tombé dans le péché, c'est ne pas se connaître soi-même. »[17]
Saint François de Sales pousse l'image plus loin encore :
« Notre imperfection doit nous accompagner jusqu'au cercueil. Nous ne pouvons marcher sans toucher terre. Il ne faut pas s'y coucher ni s'y vautrer ; mais il ne faut pas penser voler ; car nous sommes de petits poussins qui n'avons pas encore nos ailes. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. I[18]
Et en synthèse, cette formule lapidaire :
« Si nous savions bien qui nous sommes, au lieu d'être ébahis de nous voir à terre, nous nous étonnerions de pouvoir demeurer debout. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. I[19]
C'est le retournement complet du regard : ce qui devrait nous étonner, ce n'est pas la chute — c'est la station debout, qui ne tient pas par nos forces mais par la grâce. Une fois ce renversement opéré, l'étonnement disparaît.
Les âmes ferventes ne sont pas dispensées
Une objection naturelle s'élève : « Si je me suis converti, si j'ai pris la résolution de tout donner à Dieu, mes chutes ne sont-elles pas plus graves, plus inexcusables ? Ne devraient-elles pas m'étonner davantage ? » La réponse des maîtres spirituels est unanimement non. Saint François de Sales se moque même, avec tendresse, du désir de devenir saint en trois mois :
« Il s'en trouve quelquefois qui n'espèrent rien de moins que d'être bientôt des saintes Thérèse, des saintes Catherine de Sienne ou de Gênes. Cela est bon ; mais dites-moi, combien de temps prenez-vous pour vous rendre tels ? — Trois mois, si possible. — Vous faites bien de dire : si possible, car autrement vous pourriez bien vous tromper. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. I[20]
Et sur la lenteur ordinaire de la purification :
« Saint Paul fut en un instant purifié d'une purification parfaite, comme le furent aussi sainte Catherine de Gênes, sainte Pélagie et quelques autres ; mais cette sorte de purification est totalement miraculeuse et extraordinaire dans l'ordre de la grâce, comme la résurrection des morts dans l'ordre de la nature. La purification ordinaire […] ne se fait que petit à petit, par progrès, à force de peine et de temps. […] La guérison qui se fait tout doucement, est toujours plus assurée. Les maladies du cœur, aussi bien que celles du corps, viennent à cheval et au galop, mais elles repartent à pied et à petits pas. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. I[21]
L'âme qui ne supporte pas la lenteur de son propre progrès s'étonne d'avancer si peu — donc s'étonne, donc se trouble, donc se décourage. L'humilité véritable accepte d'avancer à pied et à petits pas, parce qu'elle sait que la convalescence des passions prend des décennies, et que c'est précisément le temps qui rend la guérison plus assurée.
Une indulgence à étendre aux autres
Tissot tire de toute cette analyse une conséquence pratique : « Disons-le en passant, quelle indulgence on aurait pour ses frères, si l'on méditait ces pensées ! Comme l'on s'identifierait avec l'ineffable patience de Celui qui, avant d'investir ses apôtres du pouvoir de remettre les péchés, leur recommandait de pardonner non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois ! »[22] Cette indulgence n'est pas tiédeur. Elle ne renonce pas à détester le mal et à le réparer :
« Une chose est de ne point s'en étonner, une autre de ne pas les détester et réparer. Le laboureur ne s'étonne pas de voir les mauvaises herbes ravager son champ : en est-il moins diligent à les arracher ? » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 17[23]
Ne pas s'étonner n'autorise donc jamais le quiétisme. La résolution, la vigilance, l'effort restent entiers — mais ils ne sont plus secoués par la stupéfaction.
Ne pas se troubler à la vue de ses fautes
Après l'étonnement vient le trouble. L'âme s'examine, compte ses blessures avec effroi, repasse mentalement les détails de la chute, voudrait que les cicatrices se referment dans la seconde. Ce trouble paraît religieux. Il est, en réalité, le premier signe que l'amour-propre a pris la parole.
Deux tristesses selon saint Paul
L'analyse remonte à saint Paul :
« La tristesse selon Dieu produit un repentir salutaire qu'on ne regrette pas ; la tristesse du monde, elle, produit la mort. » — Saint Paul, Deuxième épître aux Corinthiens 7, 10[24]
Saint François de Sales reprend cette distinction et la précise par une étonnante statistique spirituelle : la tristesse mauvaise engendre six effets nocifs, la tristesse bonne seulement deux effets bons.
| Tristesse selon Dieu — 2 fruits | Tristesse du monde — 6 fruits |
|---|---|
| Miséricorde · Pénitence | Angoisse · Paresse · Indignation · Jalousie · Envie · Impatience |
Le déséquilibre est calculé : il dit la dangerosité disproportionnée de la mauvaise tristesse, qui se déguise volontiers en bonne. Tissot prolonge la mise en garde : « le démon fait tous ses efforts pour engendrer cette mauvaise tristesse, et, afin de réussir à décourager l'âme et à la désespérer, il essaie d'abord de la troubler »[25]. Le trouble n'est donc pas une étape neutre : c'est l'antichambre du désespoir.
Saint François de Sales en donne une description quasi clinique :
« La mauvaise tristesse trouble l'âme, la remplit d'inquiétude, donne des craintes désordonnées, dégoûte de l'oraison, assoupit et accable le cerveau, prive l'âme de conseil, de résolution, de jugement et de courage, et abat les forces. Bref, elle est comme un dur hiver qui fauche toute la beauté de la terre, et engourdit les animaux ; car elle ôte toute suavité à l'âme, et la rend presque paralytique et toutes ses facultés impuissantes. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. II[26]
Le tableau n'est pas exagéré : un directeur spirituel reconnaît dans ces lignes la plupart des descriptions que lui font les âmes scrupuleuses.
L'oiseau pris dans le filet
L'une des images les plus connues de saint François de Sales décrit avec finesse le mécanisme aggravant du trouble :
« Qu'est-ce qui fait que les oiseaux et autres animaux demeurent pris dans les filets, sinon qu'y étant entrés, ils se débattent et remuent d'une façon désordonnée pour en sortir rapidement et, ce faisant, ils s'empêtrent d'autant plus ? Étant tombés dans les filets de quelques imperfections, nous n'en sortirons pas par l'inquiétude ; au contraire, nous nous empêtrerons davantage. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. II[27]
Et la formule qui résume toute la doctrine :
« Rien ne conserve plus nos tares que l'inquiétude et l'empressement de les ôter. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. II[28]
Le déplaisir de la faute doit être paisible, le repentir serein, jamais agité. La paix avec soi-même n'est pas indulgence pour le péché : c'est la condition même de sa correction efficace. Tissot insiste : pendant que l'âme troublée se débat, « le pas se ralentit. On ne court plus, on marche à peine, on se traîne, mécontent de soi et presque de Dieu lui-même, sans confiance dans la prière, sans autre disposition que la peur dans la réception des sacrements »[29]. Et de chute en trouble, de trouble en nouvelle chute, l'âme finit par s'installer dans une torpeur quasi sans remède.
L'amour-propre, seule source du trouble
Saint François de Sales touche ici à la racine. Le trouble qui suit la chute n'est jamais l'œuvre de l'amour de Dieu : c'est l'œuvre de l'amour-propre blessé.
« Il ne faut pas se confondre avec tristesse et inquiétude : c'est l'amour-propre qui donne ces confusions-là, parce que nous sommes tristes de n'être pas parfaits, non tant pour l'amour de Dieu que pour l'amour de nous-mêmes. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. II[30]
Le P. Jean-Joseph Allemand (1772-1836), fondateur d'œuvres pour la jeunesse marseillaise, ajoutait :
« S'humilier de ses misères, c'est une chose bonne que peu de personnes comprennent ; mais s'inquiéter et se dépiter est une chose que tout le monde connaît et qui est mauvaise, parce que dans cette espèce d'inquiétude et de dépit, l'amour-propre a toujours la plus grande part. » — P. Jean-Joseph Allemand, cité par Tissot[31]
Le bienheureux Frédéric Ozanam (1813-1853), fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, dégage avec une lucidité de laïc la typologie devenue classique des deux orgueils :
« Il y a deux sortes d'orgueil : celui qui est content de soi, c'est le plus commun et le moins dangereux ; et celui qui est mécontent de soi parce qu'il attend beaucoup de lui-même et qu'il est trompé dans son attente. Cette seconde espèce est bien plus raffinée et dangereuse. » — Bx Frédéric Ozanam, cité par Tissot[32]
Tout le scrupule est dans ces deux phrases. La fausse humilité du mécontent de soi est en réalité un orgueil masqué qui attendait beaucoup de lui-même et qui ne supporte pas d'être trompé dans son attente. Le remède est de cesser d'attendre de soi ce que seul Dieu peut donner.
Se mettre en colère contre sa colère
Un cas typique du trouble : on se met en colère, puis on se met en colère d'avoir été en colère. Cette colère seconde enferme l'âme dans un cercle vicieux.
« Ils font une grande faute ceux qui, s'étant mis en colère, se fâchent de s'être mis en colère ; car, ainsi, ils tiennent leur cœur trempé dans la colère ; et même s'il semble que la seconde colère ruine la première, cependant elle sert d'ouverture et de passage pour une nouvelle colère, à la première occasion qui s'en présentera. Outre que ces colères, dépits et amertumes que l'on a contre soi-même, tendent à l'orgueil et n'ont d'autre origine que l'amour-propre qui se trouble et s'inquiète de nous voir imparfaits. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. II[33]
Le principe est généralisable : se troubler d'avoir été troublé, se décourager d'avoir été découragé, s'humilier d'avoir manqué d'humilité — autant de spirales qui éloignent au lieu de rapprocher. La règle pratique est limpide : « Ne vous troublez point d'avoir été troublée, ne vous ébranlez point d'avoir été ébranlée, ne vous inquiétez point d'avoir été inquiétée par ces passions fâcheuses ; mais reprenez votre cœur et remettez-le doucement entre les mains de Notre-Seigneur. »[34]
Une humilité douce et amoureuse
La formule synthétique de saint François de Sales est l'une de celles qu'il faut connaître par cœur :
« Ayez un grand soin de ne point vous troubler lorsque vous aurez fait quelque faute, mais humiliez-vous dès que possible devant Dieu, et que ce soit d'une humilité douce et amoureuse qui vous porte à la confiance de recourir immédiatement à sa bonté, sûr qu'elle vous aidera pour vous amender. Quand il vous arrivera de faire des fautes, quelles qu'elles soient, demandez-en pardon tout doucement à Notre-Seigneur, en lui disant que vous êtes sûre qu'il vous aime bien et qu'il vous pardonnera. Et cela toujours simplement et doucement. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. II[35]
L'humilité douce et amoureuse — par opposition à l'humilité dure, aigre, chagrine — voilà la pierre de touche. Si l'humilité ne porte pas à la confiance, elle n'est pas vraie. Si elle conduit à la mélancolie, à l'évitement des sacrements ou au scrupule, elle est un déguisement de l'orgueil. La vraie humilité se précipite vers la miséricorde.
Le regard du bon larron
Le Père d'Elbée a donné de cette doctrine, au XXᵉ siècle, l'une de ses formulations les plus accessibles :
« Quand vous vous voyez misérables après une infidélité, une défaillance qui vous a humiliés, si vous jetez un regard vers Jésus, le regard du bon larron, croyez-vous que vous ne serez pas purifiés en un moment, en une seconde, […] ? À condition que vous ayez l'humilité, la confiance et le désir du ciel du bon larron. Jésus n'a besoin que de votre humilité et de votre confiance pour faire en vous des merveilles de purification, des merveilles de sanctification. Et votre confiance sera en proportion de votre humilité parce que c'est dans la mesure où l'on sent le besoin de Jésus que l'on a recours à lui, et l'on sent ce besoin dans la mesure où l'on réalise justement son indignité. » — P. Jean d'Elbée, Croire à l'Amour[36]
L'analyse est exacte : la confiance grandit en proportion de l'humilité, parce que l'âme se tourne vers le Sauveur dans la mesure exacte où elle se sait perdue. C'est pourquoi l'humilité douce fait gagner du temps : elle évite l'examen anxieux, replace immédiatement l'âme devant le Cœur miséricordieux, et obtient le pardon avec une rapidité que le trouble interdit.
Ne pas se décourager de ses fautes
L'étape la plus dangereuse vient ensuite. Si l'âme reste sous l'emprise du trouble, le démon a partie gagnée : il l'amène au découragement, qui est, selon la tradition unanime, son objectif final. Tissot ouvre son chapitre III par une formule choc qui résume tout : notre salut aurait, dit-il en se réclamant de saint Jean Chrysostome, deux ennemis mortels — la présomption dans l'innocence et le désespoir après la chute —, le second étant de beaucoup le plus terrible.[37]
L'ennemi suprême : le désespoir après la chute
Saint Jean Chrysostome, rappelle Tissot, ne se lassait pas d'exhorter ses auditeurs à ne jamais désespérer : le désespoir après la chute est, avec la présomption qui précède la faute, l'un des deux grands ennemis du salut — et de beaucoup le plus terrible.[38]
Et Tissot ajoute, avec une gravité de pasteur : « L'immense majorité des chutes non réparées qui ont fait scandale dans l'Église, la plupart de celles que seuls les anges de paix connaissent et pleurent, proviennent du découragement. Sans lui, avec un repentir confiant, rien n'eût été perdu. Mais après une faute, qui souvent n'a été qu'une surprise, le démon du désespoir s'est insinué dans l'âme troublée à la faveur de mille arguments tous plus décourageants les uns que les autres. »[39]
La parole d'or du Père Roothaan
Tissot ouvre son chapitre III par une anecdote presque cinématographique qui mérite d'être citée intégralement :
« Un pieux ecclésiastique faisait sa retraite sous la direction du Père Roothaan. Au milieu des exercices, l'illustre jésuite fut subitement rappelé à Rome, où bientôt il devait être élu Général de sa Compagnie. Déjà il avait pris congé de ses frères et s'était mis en route, quand soudain, revenant sur ses pas, il entre dans la chambre du retraitant : "Monsieur l'abbé, lui dit-il, j'allais oublier une recommandation d'une grande importance : Quoi qu'il arrive, ne vous découragez jamais, jamais !" » — P. Jan Roothaan, s.j., anecdote rapportée par Tissot, ch. III, p. 35[40]
Le P. Jan Roothaan (1785-1853) fut effectivement élu préposé général de la Compagnie de Jésus en 1829 et le resta jusqu'à sa mort. Tissot tient la formule pour le condensé spirituel le plus précieux qu'on puisse offrir à une âme en route — « Parole d'or ! à combien d'âmes il faudrait la redire ! »[41]
François de Sales, « docteur encourageant » du XVIIᵉ siècle
Tissot souligne une providence historique : la Sagesse divine a fait vivre et écrire saint François de Sales au moment précis où allaient éclore les désespérantes doctrines jansénistes, et l'a fait couronner Docteur de l'Église universelle dans l'un des siècles les plus abattus[42].
« On peut défier les lecteurs de saint François de Sales de rien découvrir en lui qui puisse permettre au plus grand pécheur un seul instant d'abattement. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 39[43]
Le P. Frederick William Faber, oratorien anglais converti du XIXᵉ siècle, lui faisait écho :
« La plus douce de toutes les suaves doctrines que saint François de Sales, divinement inspiré, nous a enseignées, est celle qui a pour objet le point de vue auquel nous devons nous placer pour bien juger de nos fautes. » — P. F.W. Faber, Growth in Holiness (1855), cité par Tissot, ch. III[44]
Les deux racines symétriques du découragement
Tissot identifie avec une psychologie spirituelle remarquable les deux racines simultanées du découragement — un diagnostic d'une rare précision :
« Pourquoi se décourage-t-on ? C'est qu'on exagère sa faiblesse, ou qu'on méconnaît la miséricorde divine, et le plus souvent pour les deux motifs réunis. C'est là, soit dit en passant, un phénomène étrange, et pourtant trop commun. Le pécheur est tombé pour avoir méconnu sa faiblesse, et s'être exagéré la miséricorde de Dieu. Après sa chute, ces deux sentiments renaissent en sens inverse. La conscience de sa faiblesse prend des proportions démesurées, enveloppe l'âme d'un manteau de tristesse et de confusion qui l'écrase ; et le Dieu que tout à l'heure on offensait librement, dans la présomption d'un facile pardon, Dieu maintenant apparaît comme un inexorable vengeur. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 41-42[45]
L'inversion symétrique est un grand classique de la vie spirituelle : présomption avant la chute, désespoir après. Le remède est exactement inverse : humilité avant la chute (pour ne pas tomber par excès de confiance dans ses propres forces), confiance après (pour ne pas désespérer par excès de défiance dans la miséricorde de Dieu).
Le démon désespère d'une âme confiante
Le saint Claude de la Colombière (1641-1682), jésuite, directeur de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial — béatifié en 1929, canonisé le 31 mai 1992 par Jean-Paul II —, formulait à une dirigée ce conseil radical, presque audacieux :
« Voilà le plus grand mal qui puisse arriver à une créature. Quand on peut se défendre de ce mal, il n'y a rien qu'on ne puisse tourner à bien, et dont il ne soit aisé de tirer de grands avantages. Tout le mal que vous avez fait n'est rien, en comparaison de celui que vous faites en manquant de confiance. Espérez donc jusqu'au bout, je vous le commande en vertu du pouvoir que vous m'avez donné sur vous-même. Si vous m'obéissez sur ce point, je réponds de votre conversion. » — Saint Claude de la Colombière, Retraite spirituelle, cité par Tissot, ch. III, p. 38[46]
« Je réponds de votre conversion » : un directeur spirituel se porte garant — devant Dieu — de la conversion d'une dirigée, à la seule condition qu'elle obéisse sur ce point précis : ne jamais cesser d'espérer. Le Christ a dit à Marcel Van la même chose, en langage plus tendre :
« Même le démon doit désespérer d'une âme en qui se trouve encore le mot « confiance ». » — Jésus à Marcel Van, Colloques[47]
C'est pourquoi le démon attaque la confiance avant tout. Il sait que tant qu'une âme garde un fil de confiance — même mince, même fragile, même rongé — il ne peut pas la conduire à sa perte.
La pédagogie du recommencement
Loin de minimiser la gravité du péché, saint François de Sales re-encourage avec énergie :
« Ô Dieu, il faut plutôt mourir que d'offenser Notre-Seigneur sciemment et délibérément ; mais quand nous tombons, il faut tout perdre plutôt que le courage, l'espérance et la résolution. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. III[48]
Et cette formule sur le recommencement quotidien :
« Je suis bien aise que vous recommenciez tous les jours : il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle, que de toujours recommencer, et ne jamais penser avoir assez fait. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. II[49]
Cette pédagogie du recommencement a été reprise au XXᵉ siècle par le pape François, dans son tout premier Angelus après son élection :
« Dieu ne se lasse jamais de pardonner. C'est nous qui nous lassons de demander pardon. Mais Lui ne se lasse pas de pardonner. » — Pape François, Angelus, dimanche 17 mars 2013[50]
Tissot avait écrit la même chose en d'autres mots : « Ce n'est pas Lui qui se lasse, c'est nous qui nous lassons de regarder notre laideur. »[51] Et il ajoutait, contre la tentation persistante de mettre des limites à la patience divine : « C'est une sorte de blasphème de dire cela, parce que c'est mettre des limites à une Miséricorde qui n'en a pas. C'est douter de la patience, de l'indulgence, de la mansuétude inlassables de Jésus. »[52]
Crainte ET espérance : Paphnuce et sainte Thaïs
L'histoire édifiante de sainte Thaïs, courtisane convertie au IVᵉ siècle, recueillie dans la Vie des Pères du désert, illustre l'équilibre parfait des deux racines. Ayant demandé conseil à saint Paphnuce, elle reçut cette réponse :
« Crains, mais espère ! Crains, de peur que tu ne deviennes superbe et orgueilleuse ; mais espère, de peur que tu ne tombes dans le désespoir et le découragement. » — Saint Paphnuce à sainte Thaïs, Vies des Pères du désert[53]
Saint François de Sales en tirait la synthèse :
« Car la crainte et l'espérance ne doivent pas aller l'une sans l'autre, d'autant que si la crainte n'est pas accompagnée de l'espérance, elle n'est pas crainte, mais désespoir, et l'espérance, sans la crainte, est présomption. Il faut donc par la confiance mêlée avec la crainte, remplir ces vallées de découragement, qui viennent de la connaissance des péchés que nous avons commis. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. III[54]
La crainte correspond au premier abîme — l'humilité, la connaissance de soi, la conscience pratique de sa fragilité. L'espérance correspond au second — la confiance, la connaissance de l'amour infini de Dieu. Aucune des deux ne tient debout sans l'autre. C'est exactement cette correspondance que la tradition appelle le double abîme, dont l'étude détaillée est faite dans un article voisin.
Comment se reprendre concrètement après une chute
Toute la doctrine précédente trouve son aboutissement dans une pédagogie du relèvement très précise, que saint François de Sales détaillait à l'usage de ses dirigées. C'est la séquence-type, encore enseignée aujourd'hui par les directeurs spirituels formés à l'école salésienne.
La séquence-type de l'Introduction à la vie dévote
Le texte fondateur figure dans l'Introduction à la vie dévote (1609), IIIᵉ partie, chapitre 9 — « De la patience » :
« Relevez votre cœur, quand il tombera, tout doucement, vous humiliant beaucoup devant Dieu pour la connaissance de votre misère, sans nullement vous étonner de votre chute, puisque ce n'est pas chose étonnante que l'infirmité soit infirme, et la faiblesse faible, et la misère chétive. Détestez néanmoins de toutes vos forces l'offense que Dieu a reçue, et avec un grand courage et confiance en sa miséricorde, remettez-vous dans le chemin de la vertu que vous aviez abandonné. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. 9[55]
Cinq actes se succèdent en une seule respiration : (1) relever doucement, (2) s'humilier devant Dieu, (3) ne pas s'étonner, (4) détester l'offense faite à Dieu, (5) reprendre le chemin avec courage et confiance. Aucune place pour le trouble, le ressassement ou la mélancolie. La séquence est si rapide qu'elle tient en quelques secondes.
Ailleurs, le saint évêque donne la même séquence sous une forme presque familière :
« S'il vous arrive quelque acte de chagrin, ne vous en épouvantez point, ne vous mettez nullement en peine ; mais l'ayant reconnu, humiliez-vous doucement devant Dieu et tâchez de remettre votre esprit dans la suavité. Dites à votre âme : « Eh bien ! nous avons fait un faux pas ; allons maintenant tout doucement, et prenons garde à nous. » Et toutes les fois et aussi souvent que vous tomberez, faites-en de même. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. II[56]
Ce dialogue intérieur n'est pas un truc de méthode : c'est un véritable acte théologal. Parler à son âme, c'est tenir devant Dieu la responsabilité de la conduire ; refuser la précipitation, c'est refuser l'amour-propre ; reprendre la marche, c'est croire à la miséricorde.
Le repentir comme un père envers un enfant
L'image la plus parlante reste celle du père qui corrige son enfant — non par colère, mais par tendresse :
« Comme les remontrances d'un père, faites doucement et cordialement, ont bien plus de pouvoir sur un enfant pour le corriger que les colères, ainsi, quand notre cœur aura fait quelque faute, si nous le reprenons avec douceur et calme, ayant plus de compassion de lui que de passion contre lui, l'encourageant à l'amendement, le repentir qu'il en concevra sera bien plus profond et pénétrant qu'un repentir dépiteux et houleux. » — Saint François de Sales, cité par Tissot, ch. II[57]
Le saint évêque va jusqu'à donner la réplique qu'il ne faut pas se tenir à soi-même : « N'es-tu pas misérable et abominable, qu'après tant de résolutions tu t'es laissé emporter par la vanité ? Meurs de honte ! Ne lève plus les yeux vers le ciel, aveugle, impudent, traître et déloyal à Dieu ! » — voilà le ton qu'il interdit. Et la réplique juste : « Eh bien ! mon pauvre cœur, nous voilà tombés dans la fosse dans laquelle nous avions tant résolu d'échapper. Ah ! relevons-nous, et quittons-la pour jamais ; réclamons la miséricorde de Dieu et espérons qu'elle nous assistera pour désormais être plus fermes, et remettons-nous au chemin de l'humilité. Courage ! Soyons désormais davantage sur nos gardes. Dieu nous aidera ! »[58] Le contraste pédagogique est complet.
Quand le repentir doit être doux, quand il peut être ferme
Une nuance importante : la douceur n'est pas tiédeur. Pour les âmes qui ne réagissent pas assez à la douce correction, saint François de Sales autorise un ton plus dur — mais toujours à condition de finir dans la paix :
« Si néanmoins quelqu'un pense que son cœur ne puisse être assez ému par cette douce correction, il pourra employer le reproche, et une répréhension dure et forte pour l'exciter à un profond repentir, pourvu qu'après avoir rudement corrigé son cœur, il finisse par un réconfort, terminant tout son regret par une douce et saine confiance en Dieu. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. 9[59]
Le critère est invariable : on ne reste jamais dans le tourment. On peut traverser un orage de regret, mais on ne s'y installe pas. Saint François de Sales prend pour modèle le psalmiste : « Pourquoi es-tu triste, ô mon âme ? et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, car je le bénirai encore comme le salut de ma face et mon vrai Dieu ! »[60] L'âme se reprend, se gronde brièvement, et termine par un acte d'espérance.
Patience principalement avec soi-même
La formule la plus douce du saint évêque — celle qu'on inscrirait volontiers au-dessus du bureau d'un directeur spirituel — est probablement celle-ci :
« Ayez patience avec tous, mais principalement avec vous-même : je veux dire que vous ne vous troubliez point de vos imperfections, et que vous ayez toujours le courage de vous en relever. » — Saint François de Sales, cité par Tissot[61]
La patience avec soi-même n'est pas une indulgence morale : c'est une vertu théologale appliquée à la durée. Elle suppose la foi (croire que Dieu agit lentement), l'espérance (attendre la guérison sans l'arracher), la charité (s'aimer soi-même comme Dieu nous aime). Sans cette patience-là, la charité envers les autres devient bientôt impossible — on transfère sur le prochain l'impatience qu'on refuse de s'avouer à soi-même.
La chute, échelon de l'amour
Tissot ne s'arrête pas à la doctrine défensive. Dans la seconde partie de son livre (que cet article ne couvre que par anticipation), il développe la doctrine positive : la chute, traversée droitement, peut devenir un degré sur l'échelle de l'amour. Cette intuition, reprise et amplifiée par sainte Thérèse de Lisieux, le Père d'Elbée et plusieurs mystiques contemporains, est l'aboutissement spirituel de tout ce qui précède.
« Aime-moi tel que tu es »
Un texte anonyme, devenu célèbre dans la spiritualité francophone du XXᵉ siècle, met dans la bouche de Dieu cette parole bouleversante. Son origine exacte n'est pas établie — la datation parfois avancée (« bulletin de spiritualité monastique, 1940 ») n'a pu être rattachée à aucun bulletin nommément identifiable, en bibliothèque comme en ligne — et l'attribution à saint Augustin, parfois avancée, est apocryphe[62] :
« Je connais ta misère, les combats et les tribulations de ton âme ; la faiblesse et les infirmités de ton corps ; je sais ta lâcheté, tes péchés, tes défaillances ; je te dis quand même : Donne-moi ton cœur, aime-moi tel que tu es. Si tu attends d'être un ange pour te livrer à l'amour, tu ne m'aimeras jamais. Même si tu retombes souvent dans ces fautes que tu voudras ne jamais connaître, même si tu es lâche dans la pratique de la vertu, je ne te permets pas de ne pas m'aimer. Aime-moi tel que tu es. » — Texte anonyme du XXᵉ siècle, dit « Aime-moi tel que tu es »[63]
Et plus loin :
« Cela seul qui pourrait me blesser le cœur, ce serait de te voir douter et manquer de confiance. […] N'attends pas d'être un saint pour te livrer à l'Amour, sinon tu n'aimeras jamais. » — Même texte anonyme[64]
Cette parole — qui résume vingt siècles d'enseignement chrétien sur la miséricorde — renverse la logique du mérite. Dieu n'attend pas que l'on soit parfait pour aimer ; il aime au moment même de la misère, à la condition d'une seule chose : qu'on ne doute pas de cet amour.
De misère en misère, de miséricorde en miséricorde
Le Père Jean du Cœur de Jésus d'Elbée (1892-1982), prêtre de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (Picpus) dont il fut le supérieur général de 1938 à 1958, et grand prédicateur de retraites, exprime cette dialectique dans la formule peut-être la plus condensée de la spiritualité française du XXᵉ siècle :
« Même la chute, si on la regrette, fortifie, puisque Jésus tire le bien du mal. Allez à lui comme à la source d'eau vive, autant de fois qu'il est nécessaire, vous relevant chaque fois plus humble et chaque fois plus débordant d'amour confiant. Si chaque faute est une occasion pour vous de baiser, avec repentir et confiance, la plaie de son Cœur, chaque faute devient un échelon pour monter dans l'Amour. De misère en misère, on va de miséricorde en miséricorde. » — P. Jean d'Elbée, Croire à l'Amour, ch. III[65]
C'est exactement l'intuition de la « petite voie » de sainte Thérèse de Lisieux : la confiance ne se mérite pas, elle se reçoit ; elle est d'autant plus grande que l'âme est plus consciente de son indigence. La sainte de Lisieux écrivait dans son Manuscrit B : « On doit tout attendre du bon Dieu, comme un petit enfant attend tout de son père ; il ne s'inquiète de rien. »[66]
La promesse à sœur Josefa Menendez
Le vendredi 20 octobre 1922, à Poitiers, sœur Josefa Menendez (1890-1923), religieuse espagnole du Sacré-Cœur, reçoit cette parole du Christ :
« Je suis tout Amour et Je ne puis traiter sévèrement les âmes que J'aime tant ! […] Peu M'importent leurs misères. Ce que Je veux leur faire savoir, c'est que Je les aime avec plus de tendresse encore si, après leurs faiblesses et leurs chutes, elles se jettent humblement dans mon Cœur : alors, Je leur pardonne… et Je les aime toujours ! » — Jésus à sœur Josefa Menendez, vendredi 20 octobre 1922[67]
La promesse est claire : la chute, suivie d'un acte d'humble confiance, augmente l'amour que le Cœur de Jésus porte à l'âme. Ce n'est pas le péché qui est aimé — c'est la pauvreté qui se laisse aimer.
Le néant comme ancre de la confiance
À la même époque, le jeune Vietnamien Marcel Van (1928-1959), rédemptoriste, reçoit du Christ une parole équivalente, sous forme de dialogue familier :
« Petit frère, ta faiblesse n'est pas disparue pour autant ; elle demeurera en toi jusqu'au moment où tu recevras de moi le premier baiser de ta vie. Petit frère, souviens-toi toujours que tu es une âme vraiment pauvre et indigente. Ne te trouble pas de tes faiblesses, comme te l'a dit ta sœur Thérèse et comme je te l'ai dit moi-même plusieurs fois. C'est en connaissant ton néant que ta confiance en moi pourra être vraiment ferme. » — Jésus à Marcel Van, Colloques, §§ 652-653[68]
Le mot est exact : c'est par la connaissance du néant que la confiance devient ferme. Tant que l'âme se croit encore capable, sa confiance reste partiellement de la présomption. Quand l'âme se sait incapable, elle se jette purement, et la confiance se solidifie. Cette logique paradoxale est au cœur de la doctrine du double abîme — plus l'humilité descend, plus la confiance peut monter.
La vénérable Marthe Robin la formulait ainsi, dans les « Conseils » placés en tête de son Journal :
« L'humilité appelle la confiance. Plus l'humilité descend, plus la confiance monte, plus l'âme s'élève à l'amour. » — Vénérable Marthe Robin, Journal, « Conseils pour avancer dans la voie de la perfection », n° 12[69]
Synthèse — la liberté du double abîme
L'humilité et la confiance ne suppriment donc pas la chute. Elles la transfigurent. Ce qui aurait pu être un obstacle devient l'occasion d'un acte d'amour plus humble, plus pur, plus vrai. Et de misère en misère, l'âme avance, comme l'écrivait d'Elbée, de miséricorde en miséricorde.
Cette doctrine est, pour les âmes scrupuleuses, perfectionnistes ou facilement abattues, un baume véritable. Elle ne supprime pas l'effort ascétique — au contraire, elle le rend possible en libérant l'âme du poids paralysant des examens méticuleux et des tristesses spirituelles. Elle s'adresse en particulier à ceux qui :
- s'examinent avec sévérité après chaque journée ;
- repassent en boucle leurs fautes anciennes ;
- doutent d'être véritablement pardonnés malgré l'absolution ;
- ressentent leur lenteur dans la vie spirituelle comme une honte ;
- ont peur des sacrements plus qu'ils ne les désirent ;
- font de leurs imperfections une preuve d'éloignement de Dieu.
À tous ceux-là, saint François de Sales redit avec patience — et l'on peut presque entendre sa voix — qu'il faut avoir patience avec soi-même. À tous ceux-là, sainte Thérèse de Lisieux redit que la confiance est la grande grâce de cette époque. À tous ceux-là, le Christ lui-même redit, par la voix de Josefa Menendez :
« Je ne veux pas dire qu'une âme soit libérée de ses défauts et de ses misères, par le fait même que Je la choisis. Cette âme peut tomber et tombera plus d'une fois encore, mais si elle s'humilie, si elle reconnaît son rien, si elle essaie de réparer sa faute par de petits actes de générosité et d'amour, si elle se confie et s'abandonne de nouveau à mon Cœur… elle Me donne plus de gloire et peut faire plus de bien aux âmes que si elle n'était pas tombée. Peu M'importent la misère et la faiblesse, ce que Je demande à mes âmes, c'est l'amour ! » — Jésus à sœur Josefa Menendez[70]
L'humilité véritable n'est pas l'écrasement du moi : c'est sa mise en vérité. La confiance véritable n'est pas la facilité de l'âme tiède : c'est la certitude que Dieu est plus grand. Ensemble, elles donnent à l'âme cette liberté intérieure que saint Paul appelle la liberté des enfants de Dieu — la seule liberté qui ne se brise jamais, parce qu'elle ne tient pas à la perfection acquise mais à l'amour reçu.
Approfondir dans Via Divina — Cet article correspond au cours bonus n° 22 du module 3 (« les racines de la vie spirituelle : le double abîme ») de la formation gratuite Via Divina. Pour entendre le développement intégral, avec lecture continue des textes de saint François de Sales et de Joseph Tissot et exercices pratiques, suivre la formation : ouvrir Via Divina.
Pour aller plus loin
- Le double abîme : humilité et confiance — la structure générale de la vie intérieure dans la tradition spirituelle catholique.
- La connaissance du néant de l'homme, qui produit l'humilité — le premier abîme, en regard du présent article.
- La connaissance de l'amour de Dieu, qui produit la confiance — le second abîme.
- La nécessité de l'humilité et le danger de l'orgueil — la doctrine fondamentale du premier abîme.
- Utiliser nos péchés pour augmenter notre humilité et notre confiance — la doctrine positive de Tissot (cours 23), prolongement direct de cet article.
- L'amour infini de Dieu — Sacré-Cœur et Divine Miséricorde — la révélation contemporaine du même message.
Notes et références
Joseph Tissot, m.s.f.s. (1840-1894), L'art d'utiliser ses fautes — d'après saint François de Sales, 1ʳᵉ éd. 1878 ; éd. préfacée à Annecy en avril 1894 ; édition citée ici : Le Laurier, Paris, 8ᵉ éd. 2008, 160 p. ISBN 978-2-86495-237-4. L'ouvrage est signé « Joseph Tissot, Missionnaire de Saint François de Sales » (Annecy, 1er vendredi d'avril 1894 — seize ans après la première parution, comme l'auteur l'écrit lui-même ; la présentation Le Laurier rappelle : « Depuis sa publication en 1878… ») et les catalogues de bibliothèques l'enregistrent sous « Tissot, Joseph, 1840-1894 » — à ne pas confondre avec son homonyme le philosophe Claude-Joseph Tissot (1801-1876), traducteur de Kant. Tissot était Missionnaire de Saint-François-de-Sales (congrégation fondée à Annecy en 1838).
1J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 38-39. Tissot reprend là une intuition courante à la fin du XIXᵉ siècle dans la spiritualité francophone, qui voit en saint François de Sales un correctif providentiel aux desséchements jansénistes du XVIIᵉ siècle.
2 43J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 25-28 — la section consacrée à l'amour-propre comme racine commune des trois mauvais mouvements (étonnement, trouble, découragement) est l'un des passages les plus pénétrants du livre.
3Sainte Thérèse d'Avila, Vie écrite par elle-même (Vida, Autobiographie, rédigée 1562-1565), ch. XXX — dans la numérotation de l'édition citée (le découpage des chapitres varie selon les éditions et traductions) — le chapitre « De la différence qui se rencontre entre la vraie et la fausse humilité ». Formulation française citée d'après J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, Le Laurier, Paris, 8ᵉ éd. 2008, ch. II, p. 25 (qui renvoie en note : « Vie écrite par elle-même, XXX ») ; collationnée au texte du ch. XXX de la Vie (même doctrine, mêmes marques — inquiétude, trouble, obscurcissement — et même finale sur l'artifice du démon : cf. Œuvres très complètes de sainte Thérèse, Migne, Paris, 1840, t. I, p. 475-477). Édition moderne de référence : Œuvres complètes, trad. des Carmélites de Paris, Cerf-DDB, Paris, 1995.
4P. Jean-Nicolas Grou, s.j. (1731-1803), Manuel des âmes intérieures, posthume, 1815 ; nombreuses rééditions chez Casterman et Téqui. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 15.
5Saint Jean Chrysostome, Exhortation à Théodore tombé (Ad Theodorum lapsum), livre II, § 1 (ouverture) — l'ouvrage relève de la Patrologie grecque, vol. 47 (livre I : col. 277-308 ; livre II : col. 309-316), et non du vol. 49 des Homélies sur la pénitence. Passage vérifié au texte (trad. angl. W. R. W. Stephens, in NPNF, 1ʳᵉ série, t. 9). Tissot (ch. I, n. 24) renvoie par mégarde à « Ad Theod. laps. I, 1 » : le passage ouvre bien le livre II — comme le passage jumeau du lion qu'il cite plus loin avec le renvoi exact « Lib. II, n° 1 ». Formulation corroborée mot à mot par le cours 22 de la formation Via Divina. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I.
6J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 9 — ouverture du livre.
7Livre des Juges 16, 19-20 — la trahison de Dalila et la perte de la force de Samson. Saint François de Sales utilise cette image dans plusieurs lettres de direction. Citation et image reprises par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 9.
8Saint François de Sales, Œuvres complètes, édition critique d'Annecy en 27 volumes (1892-1964), tome XIX, p. 301. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 9-10.
9Saint François de Sales, Lettres, in Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 10.
10Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 10.
11Catéchisme de l'Église catholique, § 1264 sur la persistance de la concupiscence après le baptême : « Dans le baptisé demeurent certaines conséquences temporelles du péché […] des faiblesses du caractère, etc., ainsi qu'une inclination au péché que la Tradition appelle la concupiscence, ou métaphoriquement « le foyer du péché » (fomes peccati). » Voir aussi Concile de Trente, Décret sur le péché originel, session V (1546), canon 5 (Denzinger 1515).
12Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, canon 23 (Denzinger 1573) : « … posse in tota vita peccata omnia, etiam venialia, vitare, nisi ex speciali Dei privilegio, quemadmodum de beata Virgine tenet Ecclesia : anathema sit » (« … pouvoir éviter durant toute sa vie tous les péchés, même véniels, sauf par un privilège spécial de Dieu, comme l'Église le tient de la bienheureuse Vierge : qu'il soit anathème » — le canon frappe d'anathème qui nie cette impossibilité).
13Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 11.
14Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 11-12.
15Jean de Bernières-Souvigny (1602-1659), Le Chrétien intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir les chrétiens avec Jésus-Christ, posthume, 1660. Réédition critique par Daniel Vidal, Jérôme Millon, Grenoble, 2009. L'image de l'« Hôpital des Incurables » revient à plusieurs reprises dans son œuvre. Citation reprise par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I.
16J. de Bernières-Souvigny, Le Chrétien intérieur. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I.
17Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I.
18Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I.
19Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV (dialogue de direction). Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I.
20Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. La comparaison de la guérison spirituelle avec une convalescence physique est récurrente chez le saint évêque. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I.
21J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 17. La référence évangélique est Matthieu 18, 22.
22J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I, p. 17.
232 Co 7, 10 (Bible de Jérusalem, éd. Cerf, 1998). Saint François de Sales cite ce verset en tête de ses développements sur la mauvaise tristesse.
24J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 19-20. Tissot suit ici de très près l'enseignement salésien sur la stratégie du démon qui passe par le trouble pour conduire au désespoir.
25Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 20.
26Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIX. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II.
27Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIII. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II.
28J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II — descriptions cliniques de l'âme troublée que la peur paralyse au seuil des sacrements.
29Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II.
30P. Jean-Joseph Allemand (1772-1836), fondateur de l'Œuvre de la Jeunesse de Marseille (1799). Cité dans L. Charvet, Vie du Vénérable Père Allemand, Marseille, 1834. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 25-26.
31Bx Frédéric Ozanam (1813-1853), Lettres, t. III, lettre à sa femme Amélie, vers 1850. Édition critique : Lettres de Frédéric Ozanam, éd. Beauchesne, Paris, 1925-1992 (5 tomes). Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 26.
32Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II.
33Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II.
34Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV, p. 374. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 25.
35P. Jean du Cœur de Jésus d'Elbée (1892-1982), prêtre de la Congrégation des Sacrés-Cœurs (Picpus), supérieur général de 1938 à 1958, Croire à l'Amour — Retraite de vie intérieure, 1ʳᵉ éd. Téqui, Paris, 1968 ; 9ᵉ éd. Téqui 2007, ISBN 978-2-7403-1379-4. Citation : ch. III (« La Confiance (II) »), p. 59-60 de l'édition Téqui.
36J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 35 (ouverture du chapitre, après l'anecdote Roothaan). Tissot place cette formule sous l'autorité de saint Jean Chrysostome (Homélies sur la pénitence, homélie I) ; le passage exact n'ayant pu être retrouvé dans les textes chrysostomiens consultables, elle est rendue ici en paraphrase, comme glose de Tissot.
37 38J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 36.
39P. Jan Roothaan, s.j. (Amsterdam, 23 novembre 1785 – Rome, 8 mai 1853), 21ᵉ préposé général de la Compagnie de Jésus (1829-1853). Anecdote rapportée par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, Le Laurier, Paris, 8ᵉ éd. 2008, ch. III, p. 35 (ouverture du chapitre : texte vérifié mot à mot) — source secondaire : aucune parole directe de Roothaan, c'est Tissot qui tient la formule pour « parole d'or » (même page).
40J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 35 — commentaire d'ouverture sur l'anecdote du P. Roothaan.
41J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 38. Tissot reprend ici, sans les nommer, des arguments classiques sur l'opposition entre la spiritualité salésienne (1ʳᵉ moitié du XVIIᵉ s.) et le jansénisme (à partir de l'Augustinus de Jansénius, posthume 1640).
42F. W. Faber, c.o. (1814-1863), Growth in Holiness or The Progress of the Spiritual Life, Londres, 1855 ; trad. fr. Progrès de l'âme dans la vie spirituelle, Téqui, Paris, 1888. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 39.
44J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 41-42 — l'analyse de la double inversion entre présomption avant la chute et désespoir après la chute est l'un des passages les plus pénétrants du livre.
45Saint Claude de la Colombière, s.j. (1641-1682), Retraite spirituelle, éd. originale posthume, Lyon, 1684. Édition critique : Œuvres complètes, éd. Guitton, Paris, 1957. Béatifié le 16 juin 1929 par Pie XI, canonisé le 31 mai 1992 par Jean-Paul II. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 38.
46Serviteur de Dieu Frère Marcel Van, c.ss.r. (1928-1959), Colloques avec Jésus, Marie et Thérèse de l'Enfant-Jésus, § 648, entrée « 9 Mère 1946 » — « Même le démon doit désespérer d'une âme en qui se trouve encore le mot “confiance”… », texte vérifié mot à mot sur Œuvres complètes — Marcel Van, t. 2, Colloques, trad. P. Antonio Boucher, c.ss.r., Amis de Van Éditions, Versailles, 2022, p. 346 (même traducteur que l'édition de référence : vol. 2, Colloques, Téqui, Paris, 2001). La cause de béatification de Marcel Van a été ouverte le 26 mars 1997 dans le diocèse de Belley-Ars.
47Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III, p. 39.
48Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 22.
49Pape François, Angelus du dimanche 17 mars 2013, place Saint-Pierre, première grande déclaration publique du pontificat, six jours après l'élection. Texte intégral en français sur vatican.va.
50J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III — fin du chapitre.
51J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III. Tissot reformule l'avertissement traditionnel contre le péché contre l'Esprit Saint sous la forme du désespoir : mettre des bornes à la miséricorde, c'est nier la miséricorde même.
52Tradition rapportée notamment dans les Vies des Pères du désert (Vita Patrum), et reprise par saint François de Sales dans ses conférences spirituelles. Sainte Thaïs (IVᵉ siècle) est fêtée le 8 octobre. Sa Vie a été romancée par Anatole France (Thaïs, 1890) — version littéraire à distinguer soigneusement de la tradition hagiographique.
53Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. III — conclusion du chapitre sur l'équilibre crainte/espérance.
54Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. 9 (« De la patience »). Édition princeps : Lyon, 1609. Édition critique : Œuvres, éd. d'Annecy, t. III. Édition moderne accessible : éd. Le Seuil, coll. Sagesses, Paris, 1978 ; éd. Saint-Paul, Versailles, 2004. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. I et III.
55Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 33.
56Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. 9 — paragraphe central sur la correction du cœur. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II.
57Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. 9 — texte central sur la correction « par voie de compassion ». Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II.
58Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, IIIᵉ partie, ch. 9. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 33-34.
59Psaume 42 (41), v. 6 et 12 (Bible Liturgique, AELF, 2013). Saint François de Sales cite cette antienne intérieure du psalmiste comme modèle du dialogue intérieur après la chute.
60Saint François de Sales, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, ch. II, p. 22.
61Texte anonyme du XXᵉ siècle, largement diffusé dans la spiritualité francophone, d'origine exacte non établie : la datation parfois avancée (« bulletin de spiritualité monastique, 1940 ») n'a pu être rattachée à aucun bulletin nommément identifié, en bibliothèque comme en ligne. L'attribution à saint Augustin est apocryphe : le texte ne figure dans aucune édition critique des Soliloques, Confessions, Lettres ou Sermons augustiniens, et son style français contemporain trahit immédiatement une rédaction du XXᵉ siècle. Sur l'apocryphe, voir notamment les notes des éditions critiques des œuvres d'Augustin (Bibliothèque Augustinienne, Études Augustiniennes) et la base de données PsAugustinus (Patricia Stoop).
62Texte anonyme d'origine exacte non établie (voir note précédente). Le texte a été diffusé largement dans le monde francophone à partir des années 1960-1970 ; on le retrouve dans plusieurs recueils de prières paroissiaux et diocésains (Cambrai, Mont-de-Marsan), ainsi que dans des éditions des Ursulines de l'Union romaine.
63Suite du même texte anonyme (origine exacte non établie, voir notes précédentes). La fin du texte insiste sur le fait que le seul vrai péché serait de manquer de confiance — formulation typiquement thérésienne du XXᵉ siècle.
64P. Jean du Cœur de Jésus d'Elbée (1892-1982), prêtre de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (Picpus), supérieur général de 1938 à 1958 († 1982 ; aucune cause de béatification ouverte à sa mémoire dans les sources consultées). Croire à l'Amour — Retraite de vie intérieure, 1ʳᵉ éd. Téqui, Paris, 1968 ; 9ᵉ éd. Téqui, 2007. Citation : ch. III (« La Confiance (II) »), p. 93-94 de l'édition Téqui (le ch. VII est « L'Apostolat »). L'ouvrage est l'un des grands best-sellers spirituels français du XXᵉ siècle, traduit dans plusieurs langues.
65Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit B (composé en septembre 1896, dédié à sœur Marie du Sacré-Cœur), folio 3 r°-v°. Édition critique : Œuvres complètes, Cerf-DDB, Paris, 1992. La « petite voie » de confiance est l'aboutissement de la doctrine du double abîme dans la spiritualité moderne.
66Servante de Dieu Sœur Josefa Menendez (Madrid, 4 février 1890 – Poitiers, 29 décembre 1923), religieuse espagnole de la Société du Sacré-Cœur (couvent des Feuillants, Poitiers), morte à 33 ans ; cause de béatification ouverte le 26 novembre 1948. Un Appel à l'Amour — Le message du Cœur de Jésus au monde et sa messagère, Nouvelle édition, Œuvre du Sacré-Cœur, Les Feuillants, Poitiers (texte approuvé à Toulouse, janvier 1944 : Nihil obstat J. Fournier, s.j., Imprimatur † Jules Saliège). Message du vendredi 20 octobre 1922 (« Le vendredi 20 octobre, vers sept heures du soir… » ; « Ainsi s'inscrivaient en ce 20 octobre 1922 les premières lignes du Message d'Amour »), Iʳᵉ partie, « Appels aux âmes choisies », p. 237 de l'édition consultée — texte vérifié mot à mot (le […] couvre le milieu du passage). Formulation corroborée par le cours 22 de la formation Via Divina.
67Serviteur de Dieu Frère Marcel Van, c.ss.r. (Ngăm Giáo, Viêt Nam, 15 mars 1928 – camp de Yên Bình, 10 juillet 1959), frère rédemptoriste vietnamien, mort en camp d'internement à 31 ans ; cause de béatification ouverte le 26 mars 1997 dans le diocèse de Belley-Ars. Colloques avec Jésus, Marie et Thérèse de l'Enfant-Jésus, entrée « 10 Mère 1946 » (« Service à table »), §§ 651-653 — le passage cité (« …premier baiser de ta vie… C'est en connaissant ton néant… ») occupe les §§ 652-653, texte vérifié mot à mot sur Œuvres complètes — Marcel Van, t. 2, Colloques, trad. P. Antonio Boucher, c.ss.r., Amis de Van Éditions, Versailles, 2022, pp. 348-349 (même traducteur que l'éd. Téqui, Paris, 2001, citée ici). Le mois calendaire n'est pas établi par l'édition (datation « Mère 1946 », entre les entrées de mai et celles de juin 1946) : la mention « juin 1946 » est retirée. Formulation corroborée par le cours 22 de la formation Via Divina.
68Vénérable Marthe Robin (1902-1981), Journal, « Conseils pour avancer dans la voie de la perfection », n° 12 — section liminaire non datée, en tête des cahiers, et non l'entrée du 4 janvier 1930 (cette entrée-là : « Être toujours joyeux est une excellente pénitence… », ne contient pas la maxime). Texte vérifié mot à mot sur l'édition numérique du Foyer de Charité (martherobin.com). Déclarée vénérable le 7 novembre 2014 par le pape François (décret sur l'héroïcité des vertus). Texte conservé aux archives de la Maison Sainte-Thérèse, Châteauneuf-de-Galaure. Version numérique disponible sur le site officiel martherobin.com.
69Sœur Josefa Menendez, Un Appel à l'Amour (même édition que la note précédente) : message du 20 octobre 1922, Iʳᵉ partie, « Appels aux âmes choisies », pp. 237-238 de l'édition consultée — la p. 237 finit sur « …que si elle n'était pas tombée », la p. 238 enchaîne « Peu M'importent la misère et la faiblesse… ». Passage repris dans la synthèse « Le message de l'Amour », p. 550 (avec renvois datés, dont « (3) 20 octobre 1922 »). Texte vérifié mot à mot.
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