Utiliser nos péchés pour augmenter notre humilité et notre confiance

Dans la tradition spirituelle catholique, la chute peut servir à grandir : s'humilier par la connaissance de sa misère, aimer cette misère reconnue, accroître sa confiance en la miséricorde. La doctrine paradoxale de saint François de Sales, condensée par Joseph Tissot.

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Dans la tradition spirituelle catholique, les péchés eux-mêmes peuvent être utilisés pour grandir dans la sainteté. La doctrine, paradoxale, n'invite jamais à pécher : elle apprend à transformer la chute, une fois survenue, en outil de croissance. La synthèse classique est celle de saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église, recueillie deux siècles plus tard par Joseph Tissot (1840-1894), missionnaire de Saint-François-de-Sales, dans L'art d'utiliser ses fautes — d'après saint François de Sales, paru en 1878 puis préfacé à Annecy en avril 1894[1].

L'enseignement déploie trois mouvements et un sacrement. D'abord : utiliser ses fautes pour s'humilier par la connaissance pratique de sa misère. Ensuite : utiliser ses fautes pour aimer cette misère reconnue — non par complaisance, mais pour exalter Dieu. Enfin : utiliser ses fautes pour accroître la confiance en la miséricorde divine. Le sacrement de la Réconciliation condense les trois : on s'y humilie par l'aveu, on y reconnaît sa misère, on y reçoit l'absolution comme un torrent de miséricorde.

🔴 Avertissement préalable. Cette doctrine ne minimise jamais la gravité du péché et n'autorise jamais à pécher délibérément. Elle suppose la haine vive du péché et le combat sérieux contre lui — sans quoi elle bascule dans le quiétisme. Sa profondeur tient à un équilibre exact : détester la faute, embrasser ses fruits cachés. L'article jumeau Humilité et confiance : changer de regard sur nos péchés avait posé la juste réaction quand la chute survient (ne pas s'étonner, ne pas se troubler, ne pas se décourager) ; celui-ci pose l'étape suivante : utiliser activement la chute pour grandir.

Utiliser nos péchés pour gagner en humilité par la connaissance de notre misère

Humilité, humus, humiliations

Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève, docteur de l'Église depuis 1877. Gravure conservée au Metropolitan Museum of Art et diffusée sur Wikimedia Commons. La doctrine de l'utilisation spirituelle des fautes traverse toute son œuvre, des lettres de direction aux Entretiens spirituels de la Visitation.

Le mot humilité vient du latin humus, la terre. L'humble est l'homme qui a les pieds sur la terre, qui se tient à sa place. Mais l'humus évoque aussi le sol qu'on foule : il n'y a pas d'humilité, en pratique, sans humiliations effectives. Le pape François l'a rappelé à plusieurs reprises : on ne devient humble qu'en passant par l'humiliation[2].

La formule, abrupte, vaut un double avertissement. D'abord : on ne devient pas humble en lisant des traités d'humilité ; on le devient en supportant des humiliations effectives. Ensuite : une humiliation reçue ne produit l'humilité que si la volonté y consent. Subie avec rancœur, elle nourrit l'orgueil de la vengeance ; acceptée dans la foi, elle creuse la terre intérieure et laisse Dieu y planter sa racine.

Saint François de Sales avait formulé l'enjeu en un dialogue saisissant, repris par Tissot :

« Je vous dis que vous serez fidèle si vous êtes humble. — Mais serai-je humble ? — Oui, si vous le voulez. — Mais je le veux. — Vous l'êtes donc. — Mais je sens bien que je ne le suis pas. — Tant mieux ! car cela sert à l'être plus assurément. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XIX[3]

Le sentiment de ne pas être humble est déjà un degré d'humilité, à condition d'y consentir. C'est exactement le mécanisme que la chute déclenche : elle arrache l'illusion que nous nous faisons de nous-mêmes.

La chute comme moyen : « tout concourt au bien »

Notre ego veut être le meilleur, réussir, paraître parfait. Les pires humiliations que ce moi orgueilleux puisse recevoir sont nos propres fautes. Bien comprise, la chute frappe l'orgueil exactement là où il vit. Le verset central est de saint Paul :

« Nous savons d'ailleurs que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. » — Saint Paul, Épître aux Romains 8, 28[4]

Tissot, glosant saint Paul dans l'esprit de la tradition augustinienne, résume ce profit d'une formule : oui, tout — omnia, imo ipsi lapsus in peccata — même les chutes, parce qu'on peut s'en relever plus humble, plus vigilant et plus fervent[5]. Et saint François de Sales reprend, avec l'audace qui le caractérise :

« Il n'est besoin, pour vivre constamment en dévotion, que d'établir de fortes et excellentes maximes en son esprit. La première que je souhaite au vôtre, c'est celle de saint Paul : Tout revient au bien de ceux qui aiment Dieu (Rm 8, 28). Et, à la vérité, puisque Dieu peut et sait tirer le bien du mal, pour qui fera-t-il cela sinon pour ceux qui sans réserve se sont donnés à Lui ? Oui, même les péchés (dont Dieu, par sa bonté, nous préserve) sont réduits par la divine Providence au bien de ceux qui sont à lui. Jamais David n'eût été si comblé d'humilité, s'il n'eût péché. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XVIII[6]

La conclusion est nette : Dieu ne veut jamais le péché, mais il en obtient parfois, à travers la conversion qui le suit, le fruit qu'on n'aurait pas obtenu d'une vertu trop sûre d'elle-même. C'est l'image inversée de l'O felix culpa chanté à la veillée pascale[7] : non pas célébrer le péché, mais célébrer la puissance d'amour qui transfigure ses ruines.

Le fumier qui féconde : l'image de saint Bernard

L'image patristique fixée par saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), abbé cistercien, traverse toute la littérature spirituelle :

« Le fumier n'est qu'une corruption et une pourriture, et cependant le laboureur et le jardinier, comme l'observe saint Bernard, s'en servent pour faire porter à la terre des fruits plus beaux et plus abondants. De même Dieu se sert de nos fautes pour faire produire à notre âme de nombreux fruits de vertus. » — Saint Bernard de Clairvaux, formule rapportée par Tissot[8]

L'image est physique et brutale : le péché est de la pourriture — Bernard ne minimise rien — mais sous la main du jardinier divin, cette pourriture devient l'humus qui féconde. Saint Jean Chrysostome appliquait la même logique aux ruses du démon : « Souvent le diable lui-même nous est d'une grande utilité ; il faut seulement le faire servir à notre avantage. Le gain qu'il nous procurera sera inappréciable. »[9]

Joseph Tissot, condensant la tradition, écrit :

« Nos péchés, sans rien perdre de leur laideur et de leur malice, peuvent, si nous le voulons, tourner à notre avantage spirituel. Évidemment cet avantage ne viendra pas des péchés eux-mêmes, mais de la miséricorde de Dieu et de la grâce du Christ qui sait faire servir nos iniquités à sa bonté et nos faiblesses à notre salut. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I[10]

La condition est marquée d'emblée : si nous le voulons. Le mécanisme n'a rien d'automatique. Une chute laissée sans conversion endurcit ; une chute accueillie dans la lumière de Dieu féconde.

L'orgueil, racine méconnue de toutes nos chutes

La tradition est unanime : l'orgueil est le péché capital, racine de tous les autres. Saint Thomas d'Aquin le qualifie de principium omnis peccati, en référence à Si 10, 14[11]. Saint Augustin écrivait déjà : « L'orgueil enfante tous les vices, comme la charité enfante toutes les vertus »[12]. Saint François de Sales le tenait pour « par nature, le pire de tous les péchés, plus grave que l'infidélité, le désespoir, l'homicide, la luxure »[13]. C'est précisément pour cela qu'il est si difficile à déloger : il se nourrit de nos vertus mêmes.

« L'orgueil se nourrit souvent de nos vertus elles-mêmes, et cherche à confisquer à son profit, pour s'en engraisser, les dons de Dieu les plus exquis. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I[14]

Plus encore :

« Contre un tel ennemi d'une vertu si indispensable, nul ne saurait être assez armé, et puisqu'il ne nous est pas donné de le tuer en cette vie, au moins devons-nous exploiter avidement tous les moyens de l'affaiblir et de neutraliser ses attaques. Or, parmi ces moyens, un des plus efficaces nous est précisément fourni par nos fautes. Nos péchés, si hideux soient-ils, peuvent se transformer en une masse toute-puissante contre l'orgueil et devenir ainsi l'occasion de notre salut et de notre perfection. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I[15]

La logique est imparable. Puisque l'orgueil est une méconnaissance de la misère, toute expérience qui remet la misère sous les yeux frappe l'orgueil à sa racine. Or rien ne nous met devant notre misère aussi efficacement qu'une chute concrète. Tissot a un mot saisissant : « nos fautes démolissent pièce par pièce l'échafaudage imaginaire de nos propres forces »[16].

Les trois verges du Bon Pasteur, selon Paolo Segneri

Les trois verges par lesquelles, selon Paolo Segneri (1673), le Bon Pasteur humilie ses brebis pour leur bien : l'adversité (correction), la tentation (épreuve) et la permission du péché (indignation). Infographie originale Ignispedia.

Le jésuite italien Paolo Segneri (1624-1694), célèbre prédicateur et missionnaire, est l'un des grands maîtres spirituels du Seicento italien. Sa Manna dell'anima (1673), recueil de méditations quotidiennes, fut traduite dans toute l'Europe catholique. Dans la méditation du 20 juin, il distingue trois moyens par lesquels Dieu humilie ses brebis :

« Le Bon Pasteur use avec ses brebis de trois espèces de verges : l'une est la verge de la correction, ce sont les adversités ; l'autre est une verge de la preuve, ce sont les tentations ; la troisième est une verge d'indignation, c'est la permission des péchés. Sous chacune des trois, l'homme est forcé de reconnaître son néant et de s'humilier ; mais il ne le fait jamais mieux que sous la dernière : car c'est là, dans l'expérience de ses chutes, qu'il voit réellement sa misère. » — Paolo Segneri, s.j., Manna dell'anima, méditation du 20 juin[17]

La progression est rigoureuse. L'adversité (maladie, deuil, échec) éprouve la patience ; la tentation éprouve la fidélité ; la permission du péché, elle, ne laisse plus aucune issue à l'illusion. Et Tissot précise, lisant Segneri : « cette verge est si salutaire que Dieu n'hésite pas à l'employer avec ses meilleurs amis. Comme leur humilité trouve, dans leurs vertus mêmes, un plus redoutable écueil, il les laisse quelquefois tomber dans les imperfections, ou bien il permet que leurs anciennes inclinations perverses relèvent soudain la tête, afin de leur apprendre, par l'expérience de leur fragilité, à ne point compter sur leurs propres forces »[18].

Saint François de Sales écrivait exactement la même chose au seuil de sa direction spirituelle :

« Notre-Seigneur permet qu'en ces petites rencontres, nous soyons vaincus afin que nous nous humilions, et que nous sachions que, si nous avons surmonté certaines grandes tentations, ce n'a pas été par nos forces, mais par l'assistance de la divine bonté. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XVIII[19]

L'expérience est familière : on tient bon dans une grande tentation, on s'effondre dans un détail. C'est un cadeau caché. La grande tentation aurait pu nous faire croire que nous étions forts par nous-mêmes ; le détail nous rappelle la vérité.

Sainte Thérèse d'Avila : « l'humilité est vérité »

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), réformatrice du Carmel, première femme proclamée docteur de l'Église par Paul VI en 1970. Sa définition de l'humilité — « marcher dans la vérité » — est devenue le pivot de toute la spiritualité postérieure.

La grande mystique castillane avait fixé deux siècles avant Tissot la définition décisive : l'humilité n'est pas modestie de façade, mais consentement à la réalité.

« Je me demandais un jour pour quelle raison Notre-Seigneur était si ami de la vertu d'humilité. C'est parce que Dieu est la suprême Vérité, et que l'humilité consiste à marcher selon la vérité. Or c'est une très haute vérité que de nous-mêmes nous n'avons rien de bon, mais plutôt la misère et le néant. Quiconque ne le comprend pas marche dans le mensonge ; mais plus on le comprend, plus on se rend agréable à la souveraine Vérité, parce que l'on marche dans ses sentiers. » — Sainte Thérèse d'Avila, Le Château intérieur, VIᵉˢ demeures, ch. 10[20]

La conséquence pratique est immédiate. Si Dieu nous voit fragiles et que nous nous voyons forts, nous ne marchons pas dans la vérité. Le seul moyen de marcher dans la vérité est soit d'avoir une lumière surnaturelle qui nous fasse voir notre néant directement (ce qui est rare), soit d'en faire l'expérience par les faits — par nos chutes mêmes. La chute, accueillie ainsi, n'est pas un échec spirituel : c'est une lumière.

« Cette connaissance de notre néant ne doit pas nous troubler, mais nous adoucir, humilier et abaisser. C'est l'amour-propre qui fait que nous nous impatientons de nous voir pauvres et misérables. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XII[21]

La pédagogie est exactement inverse de celle qu'attend l'amour-propre. L'amour-propre voudrait s'effondrer ; la sainteté demande de rendre grâce d'avoir vu sa misère, parce que cette vue est l'entrée dans la vérité.

Pourquoi Dieu permet même les péchés honteux

La doctrine est si forte qu'elle vaut, selon les docteurs, même pour les fautes graves. Tissot, citant explicitement la Catena aurea de saint Thomas, écrit :

« La doctrine de notre saint, comme celle des autres docteurs, ne s'applique pas seulement à des fautes légères. Saint Isidore et saint Thomas affirment que parfois, en punition de l'orgueil, Dieu permet des chutes grossières dans des péchés honteux. Ces péchés sont moins graves que l'orgueil, disent-ils, et la divine miséricorde s'en sert pour effrayer, secouer et ramener l'âme orgueilleuse. Tel un habile médecin qui, dans le but de guérir une infirmité plus sérieuse, abandonne son malade aux étreintes d'un mal plus douloureux peut-être, mais moins dangereux. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I[22]

L'argument est purement théologique : entre deux maux, Dieu permet le moindre. Or l'orgueil, en tant que refus radical de Dieu, est un mal plus profond que la luxure ou la colère, qui restent, le plus souvent, des cédés de faiblesse. Une chute honteuse, en brisant la fierté, peut être moins ravageuse pour l'âme qu'une vertu sans fissure mais sans humilité.

Louis Veuillot (1813-1883), polémiste catholique du XIXᵉ siècle, formulait l'idée avec une concision admirable :

« C'est une grâce accordée à la misère de l'homme qu'il tombe quelquefois, lorsque des pas plus affermis pouvaient le porter aux funestes sommets de l'orgueil. » — Louis Veuillot[23]

Saint Jean Chrysostome écrivait la même chose seize siècles plus tôt :

« Quelquefois, Dieu permet que les péchés d'âmes nobles et grandes soient connus. Il se glissait chez elles des intentions de vanité. Le Seigneur, par le moyen de leurs fautes, veut les dépouiller de cette gloire populaire pour laquelle ils ont bravé toutes sortes de dangers, et la leur montrant éphémère comme la fleur des champs, il les amène à se consacrer à lui sans réserve, et à le considérer comme l'unique fin de toutes leurs actions. » — Saint Jean Chrysostome, Exhortation à Stagirius, livre I[24]

Et plus radicalement encore, dans son De compunctione :

« Pour nous, ces remèdes [méditations sur l'humilité] sont insuffisants. Pour triompher de notre orgueil, il faut une autre force, laquelle ? La multitude de nos péchés, et la perversité de notre conscience qui, après nous avoir enfoncés dans mille turpitudes, ose encore nous laisser enorgueillis. » — Saint Jean Chrysostome, De compunctione, livre II[25]

Ces formules, lues vite, peuvent choquer. Elles affirment seulement que l'orgueil est un mal si profond que l'humiliation d'une chute peut être, médicalement parlant, le moindre mal. Le chirurgien qui ouvre la chair pour sauver l'organe ne célèbre pas la plaie ; il l'inflige parce que rien d'autre ne sauverait.

David, Pierre, Élie : la grande tradition biblique de la chute féconde

L'Écriture offre les exemples canoniques. David, après avoir conquis Israël, tombe dans l'adultère avec Bethsabée et fait tuer Urie le Hittite (2 S 11)[26]. Repentant après la confrontation prophétique de Nathan, il compose le Miserere (Ps 50/51) qui restera la prière universelle du pécheur converti. Saint François de Sales en tire ce trait incomparable : « jamais David n'eût été si comblé d'humilité, s'il n'eût péché »[27].

Saint Pierre repentant, José de Ribera (1625-1630), musée du Prado, Madrid. L'iconographie classique du chef des Apôtres après son reniement résume la doctrine de la chute féconde.

Saint Pierre est l'archétype de l'homme spirituel qui doit tomber pour devenir capable de paître le troupeau. Trois fois il a juré qu'il ne renierait pas — trois fois il a renié (Lc 22, 54-62)[28]. C'est précisément ce triple effondrement que le Ressuscité prendra comme matière à le réinvestir : « Pierre, m'aimes-tu ? » — trois fois la question, trois fois la profession, et la promesse pastorale (Jn 21, 15-17)[29]. Tissot le note :

« Dieu a permis la faute de Pierre, la colonne de l'Église, le port de la foi, le docteur de l'univers, pour lui apprendre à traiter les autres avec miséricorde ; et, par une permission divine aussi, Élie tombe, afin de se revêtir tout entier du manteau de la charité et de devenir indulgent comme son Seigneur. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I[30]

Marie-Madeleine, à l'inverse, est l'exception. « En un instant », dit saint François de Sales, « d'un égout d'eau de corruption, [elle fut] changée en une source d'eau de perfection »[31]. Sa conversion est immédiate, radicale, sans rechute. Mais c'est l'exception : Pierre, le prince des Apôtres, suit la voie commune des âmes qui doivent trébucher pour apprendre.

« Salomon dit que la servante qui devient soudainement maîtresse est insupportable. Il y aurait grand danger que l'âme, qui a servi longuement à ses propres passions, ne devînt orgueilleuse et vaine, si, subitement, elle en devenait parfaitement maîtresse. Il faut que, petit à petit et pied à pied, nous acquérions cette maîtrise, pour la conquête de laquelle les saints et les saintes ont employé plusieurs dizaines d'années. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XII[32]

Le remède pratique : se rappeler ses péchés contre la vanité

Quand l'orgueil monte, le remède concret recommandé par la tradition salésienne est la mémoire active des péchés passés. Mgr Jean-Pierre Rey (1770-1842), successeur lointain de saint François de Sales sur le siège épiscopal d'Annecy, le formulait pour lui-même :

« Je me ferai, du souvenir de mes chutes passées, un livre intime que j'intitulerai Remède contre l'orgueil, et j'en relirai les pages ; elles respireront l'odeur de mon néant et empoisonneront le ver de mon orgueil. » — Mgr Jean-Pierre Rey, évêque d'Annecy[33]

Le procédé est simple : lorsque l'orgueil monte, se rappeler explicitement ce qu'on est capable de faire quand la grâce ne soutient plus la volonté. Non pour ressasser — Dieu a déjà pardonné — mais pour garder les pieds dans l'humus. C'est une thérapie : un antidote naturel à la pensée « je suis quelqu'un de bien ».

L'idée se prolonge dans une révélation reçue par sainte Gertrude la Grande (1256-vers 1302), moniale cistercienne de Helfta, dans son Héraut de l'amour divin. Comblée de grâces mystiques exceptionnelles, elle s'inquiétait des défauts qui demeuraient en elle. Le Christ lui répondit :

« Ces défauts, dont se plaint ma bien-aimée, lui sont très profitables. Je répands tous les jours dans son âme une telle abondance de grâces, que je dois, pour la préserver des atteintes de la vanité, en cacher plusieurs à ses yeux sous le nuage de ces légers manquements. Le fumier féconde la terre : le sentiment qu'une âme a de son infirmité fait germer en elle la reconnaissance, et à chaque fois qu'elle s'humilie de ses fautes, je lui donne une grâce qui les détruit ; je change peu à peu les défauts en vertus, et l'âme se surprendra un jour dans une lumière sans ombre. » — Sainte Gertrude la Grande, Le Héraut de l'amour divin[34]

La parole est extraordinairement révélatrice. Dieu, pour préserver une âme privilégiée du danger qu'elle court à raison même de l'abondance de ses grâces, lui laisse quelques défauts visibles. Ces défauts deviennent eux-mêmes la matière à pratiquer l'humilité, et chaque acte d'humilité reçoit en retour la grâce qui détruit le défaut.

L'indulgence pour les fautes des autres

Un effet collatéral mérite d'être souligné : qui s'est vu pécher devient incapable de juger sévèrement le prochain. Saint François de Sales le notait :

« L'humilité fait que nous ne nous troublons pas de nos imperfections, nous souvenant de celles d'autrui ; car, pourquoi serions-nous plus parfaits que les autres ? Elle fait aussi que nous ne nous troublons point de celles d'autrui, nous souvenant des nôtres ; car pourquoi trouverions-nous étrange que les autres aient des imperfections, puisque nous en avons bien ? » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XII[35]

Sainte Marie-Madeleine de Pazzi (1566-1607), carmélite de Florence, canonisée en 1669. Sa parole sur la « prison perpétuelle » illustre la lucidité salésienne sur la fragilité personnelle, prise comme principe d'indulgence envers le prochain.

Sainte Marie-Madeleine de Pazzi, carmélite florentine (1566-1607), allait jusqu'à dire :

« Si Dieu ne m'avait enfermée dans un cloître, j'aurais fini mes jours dans une prison perpétuelle, ou sous la hache du bourreau. » — Sainte Marie-Madeleine de Pazzi[36]

Cette parole, en apparence excessive, est exactement la lucidité qui sauve. Ce n'est pas une dépréciation morbide : c'est la conviction calme qu'en dehors de la grâce préservante, tout péché m'est possible. Conséquence pratique : aucun pécheur ne m'est étranger. La tradition salésienne fixe deux phrases qu'on peut graver dans l'esprit :

« Il n'est pas de péché possible à un homme, dont je ne puisse me souiller moi-même. »[37]

« Nous sommes tous faibles, mais tiens-toi pour le plus fragile de tous. »[38]

L'humilité gagnée par nos péchés engendre la miséricorde envers les pécheurs. C'est le grand secret pastoral des saints confesseurs.

Un exercice pratique : demander la grâce de se voir tel qu'on est

Au fil de cette logique, un exercice est très efficace pour qui veut avancer. Dans un temps de prière, demander explicitement au Seigneur la grâce de connaître ses propres péchés — non pour s'écraser, mais pour entrer dans la gratitude de ce qu'il nous a donné gratuitement. Une formule simple, qui peut être adaptée :

« Seigneur, donne-moi la grâce de mieux voir tous mes péchés pour connaître vraiment qui je suis sans toi. Que cette lumière sur mes péchés puisse briser mon orgueil et faire s'écrouler l'image que j'essaie de me donner. Que je puisse comprendre que tu m'aimes tel que je suis et que je n'ai pas à avoir peur de me regarder en vérité, avec toute ma faiblesse. »

C'est une prière paradoxale : on demande la lumière de Dieu sur ses propres ombres, sachant que cette lumière n'écrase jamais — elle libère. Comme le disait Jésus à la mystique française Gabrielle Bossis : « Ne diminue pas tes dons, pense seulement que tous viennent de Moi »[39]. La vraie humilité s'accompagne d'une grande gratitude : tout ce qu'on a de bon vient gratuitement de Dieu ; tout ce qu'on a de honteux vient de soi.

Utiliser nos péchés pour aimer notre misère

L'étape suivante est plus délicate. Reconnaître sa misère est une chose ; l'aimer en est une autre. Saint François de Sales pose pourtant l'exigence à très haut degré.

Le sommet de l'humilité selon François de Sales

« Le plus haut point de l'humilité consiste à non seulement reconnaître volontairement notre misère, mais à l'aimer et à s'y complaire, et non point par manque de courage et de générosité, mais pour exalter d'autant plus la divine Majesté et estimer beaucoup plus le prochain en comparaison de nous-mêmes. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. X[40]

L'expression « aimer sa misère » est forte. Elle ne signifie évidemment pas aimer le péché. Elle signifie aimer la condition d'humilité que cette misère nous apporte. La motivation est strictement théocentrique : exalter Dieu. Plus on s'estime petit, plus on voit grand celui qui daigne nous aimer. C'est la logique de Marie dans le Magnificat : « Le Tout-Puissant fit pour moi des merveilles… il s'est penché sur son humble servante » (Lc 1, 48-49). Plus l'âme s'éprouve « servante », plus elle s'émerveille du « regard ».

Sainte Marie-Madeleine de Pazzi redoublait :

« L'humilité n'est autre chose qu'une continuelle connaissance de notre néant, et une continuelle jouissance au milieu de tout ce qui nous procure le mépris de nous-même. » — Sainte Marie-Madeleine de Pazzi[41]

Et saint François de Sales, dans une formule limite que les directeurs commentent depuis quatre siècles :

« S'il était possible que nous puissions être aussi agréables à Dieu étant imparfaits comme étant parfaits, nous devrions désirer être sans perfection afin de nourrir en nous, par ce moyen, la très sainte humilité. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XIV[42]

Le saint évêque n'enseigne pas que l'imperfection est en soi désirable. Il enseigne — par une hypothèse irréalisable — que si l'imperfection était égale à la perfection devant Dieu, l'humilité serait un motif suffisant de la préférer. Autrement dit : aux yeux de Dieu, ce n'est pas la propreté de l'âme qui compte au premier chef, mais l'humilité de la créature.

« Consentir à n'être rien » : la voix mystique moderne

Cette doctrine du XVIIᵉ siècle a été massivement confirmée par les mystiques des XIXᵉ et XXᵉ siècles. À la mystique française Marie de la Trinité (1903-1980), dominicaine séculière, Jésus parle des âmes « qui consentent à n'être rien »[43] : la condition est précise — non « se prendre pour rien » par fausse humilité, mais « consentir » à ce que l'on est : créature, fragile, totalement dépendante.

Luisa Piccarreta (1865-1947), mystique italienne de Corato (Pouilles). Les paroles de Jésus sur le déversement de la grâce dans le vide du néant créé confirment, trois siècles après François de Sales, la doctrine salésienne de l'utilisation des misères.

À Luisa Piccarreta (1865-1947), mystique italienne de Corato, Jésus le dit dans des termes très développés :

« Pour que Je puisse déverser mes grâces dans ton cœur, il est nécessaire que tu te convainques que, par toi-même, tu n'es capable de rien. Je comble de mes dons et de mes grâces les âmes qui hésitent à s'attribuer à elles-mêmes les bons effets de leurs travaux faits avec ma Grâce. Je les regarde avec beaucoup d'approbation. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1[44]

Et :

« Souviens-toi que Je suis généreux et que Je verse des torrents de grâces sur les âmes qui reconnaissent leur néant, qui n'usurpent rien pour elles-mêmes, et qui comprennent que tout s'accomplit par le moyen de ma grâce. […] Je ne peux pas entrer dans les cœurs qui sont enfumés par l'orgueil et qui sont si boursouflés d'eux-mêmes qu'ils n'ont pas de place pour Moi. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1[45]

À Marcel Van, rédemptoriste vietnamien (1928-1959), Jésus tient un langage très familier mais d'une fermeté identique :

« Marcel, il faut que tu saches que tu n'as pas encore la moindre vertu. […] Et, à parler franchement, chez toi c'est le vide complet ; on ne trouve absolument rien qui représente quelque beauté. Mais il ne faut pas t'en attrister, tu entends ? Regarde la fleur, ta sœur Thérèse ; elle a reconnu qu'elle ne possédait rien mais en réalité elle possédait tout parce que, ne possédant rien, elle a tout obtenu. » — Jésus à Marcel Van, Colloques[46]

Et plus loin :

« Oui, c'est bien comme tu dis, petit frère, il n'y a qu'en ces moments de fatigue que je puisse te faire voir tes faiblesses et t'apprendre que vraiment tu n'as pas un atome de vertu. Petit frère, vois par là combien tu es faible. Qu'il te suffise de te livrer à moi et de mettre toute ta confiance en moi seul. » — Jésus à Marcel Van, Colloques[47]

À Léandre Lachance, mystique laïc canadien (1934-2020), Jésus dit la même chose dans un autre registre :

« Ce que J'aime, c'est que tu acceptes de reconnaître [ta faiblesse]. C'est en ce moment et en ce moment SEULEMENT que Je peux agir en toi ; donne-Moi toujours ta faiblesse ; c'est alors SEULEMENT que Je peux agir en plénitude en toi et à travers toi. Toi, par toi-même, tu n'es rien, rien, rien. Moi, Je suis tout, tout, tout ! Reconnais ce que tu es et reconnais ce que Je Suis. » — Jésus à Léandre Lachance, Aux bien-aimés du Père[48]

Ces voix, reçues par des mystiques sans aucun lien doctrinal entre eux, confirment exactement ce que l'évêque de Genève enseignait à ses dirigées de la Visitation. L'écho biblique est saint Paul :

« Ma grâce te suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. C'est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. » — Saint Paul, 2ᵉ épître aux Corinthiens 12, 9[49]

Aimer l'abjection sans aimer le péché : la distinction décisive

Le cinquième degré d'humilité, dans la classification de saint François de Sales, est précisément cet amour de l'abjection[50]. Mais l'évêque de Genève prend une infinie précaution pour qu'on ne confonde pas avec l'amour du péché lui-même :

« Si je me suis emporté par colère ou par dissolution à dire des paroles indécentes, et dont Dieu et le prochain sont offensés, je me repentirai vivement et serai extrêmement peiné de l'offense, que je m'efforcerai de réparer le mieux qu'il me sera possible ; mais je ne laisserai pas d'agréer le mépris qu'il m'en arrive ; et si l'un pouvait se séparer de l'autre, je rejetterais ardemment le péché et garderais humblement l'abjection. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XIV[51]

La distinction est essentielle. Deux réalités naissent de la même faute : (1) l'offense à Dieu — qu'il faut détester et réparer ; (2) l'abjection extérieure (le mépris des autres, l'humiliation publique, la déconsidération) — qu'on peut accueillir avec joie comme un remède à l'orgueil. Si l'on pouvait les séparer, le saint évêque garderait l'humiliation et jetterait le péché.

« Néanmoins, ma fille, prenez bien garde à ce que je m'en vais vous dire : encore que nous aimions l'abjection qui s'ensuit du mal, il ne faut pas pourtant négliger de remédier au mal. Je ferai ce que je pourrai pour ne pas avoir l'ulcère au visage, mais si je l'ai, j'en aimerai l'abjection. En matière de péché, il faut encore plus fortement tenir à cette règle. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XIV[52]

Tout est dit. Détester le péché ; aimer ce que la faute produit incidemment, l'humilité.

Le trésor caché de la chute selon Jean de Bernières

Jean de Bernières-Souvigny (1602-1659), trésorier de France à Caen, laïc et grand spirituel d'inspiration berullienne. Auteur du Chrétien intérieur, il fonda l'Hermitage de Caen, foyer des spirituels du XVIIᵉ siècle français. Illustration originale.

Jean de Bernières-Souvigny (1602-1659), trésorier de France à Caen, laïc et grand spirituel d'inspiration berullienne, auteur du Chrétien intérieur, a formulé l'intuition avec une intensité particulière :

« Si une âme est misérable par sa chute, l'abjection qui lui revient est un trésor qui l'enrichit. Mais ceci est caché à la plupart des hommes, qui ne connaissent pas ce bonheur. Ils sont pauvres et cependant ils ont un trésor dans la pauvreté même ; mais, hélas ! ils ne le possèdent pas, parce qu'ils ne savent pas l'y chercher. » — Jean de Bernières-Souvigny, Le Chrétien intérieur[53]

Une éminente religieuse de la Visitation, citée par Tissot, prolongeait :

« Nos fautes constituent une part importante de notre richesse spirituelle. L'amour pour l'humilité qu'elles nous enseignent est le fil essentiel de cette richesse. Si l'on essaie de tisser sans ce fil, tout finira par s'effondrer. […] Nos fautes nous sont si avantageuses que tout ce que le manque de force de notre volonté ne nous fait pas opérer, le fruit que nous retirons de nos fautes l'opère et fait notre avancement. La vie est une suite de chutes, après lesquelles nous devons aussitôt nous relever en coupant court et en disant : Je ne le ferai plus. […] On peut regagner par l'humilité ce qu'on a perdu par lâcheté. » — Religieuse de la Visitation, citée par Tissot[54]

La formule est saisissante : regagner par l'humilité ce qu'on a perdu par lâcheté. La faute n'est pas annulée — elle laisse une dette — mais le mouvement d'humilité qui suit peut excéder, qualitativement, la valeur perdue.

Devant les autres : ne pas dissimuler ses chutes

Jean de Bernières lui-même appliquait ce principe à un emportement public qu'il déplora amèrement, dans une lettre adressée à un ami :

« Vous savez, vous connaissez mon dernier emportement et vous en avez été témoin. Ma consolation est que cette faute m'est arrivée en la présence de mes amis qui, ainsi, connaîtront ce que je suis. J'ai un grand déplaisir d'avoir déplu à Dieu, étant infidèle à ses grâces. Mais ma joie est dans mon humiliation que j'agrée. Le bonheur d'être avili dans l'esprit des autres est grand, et quelque chose de bien doux pour ceux qui veulent réparer l'injure faite à Dieu. Être fortement convaincu qu'on est un pur néant, très fragile, c'est le profit qu'il faut tirer de nos imperfections. » — Jean de Bernières-Souvigny, lettre à un ami[55]

Saint François de Sales recommandait même de ne pas chercher à dissimuler ses imperfections devant ses sœurs :

« Je voudrais, pour ce qui regarde nos défauts, que nous ne nous efforcions pas de les couvrir : car du fait de ne pas les laisser voir dehors, ils n'en sont pas meilleurs. Les sœurs ne croiront pas pour cela que vous n'en ayez point, et vos imperfections seront peut-être plus dangereuses que si elles étaient découvertes, et vous causent de la confusion. Il ne faut donc pas s'étonner ni se décourager quand nous commettons des imperfections devant nos sœurs ; au contraire, il faut être bien joyeuses d'être reconnues pour telles que nous sommes. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XII[56]

Saint Claude la Colombière, jésuite, directeur de sainte Marguerite-Marie, le résumait :

« Heureuses misères dont le sentiment me porte à rougir devant Dieu et à m'abaisser devant les hommes. Si vous m'êtes nécessaires, je ne voudrais pas vous changer pour les mérites et les vertus des autres. J'aime mieux être tel qu'il faut que je sois pour être humble. » — Saint Claude la Colombière, s.j., Retraite spirituelle[57]

Garde-fous : haïr le péché, ne pas céder au quiétisme

L'avertissement est constant dans toute l'œuvre salésienne :

« Si je vous dis cela, ce n'est certes pas pour que nous péchions, mais pour que nous ayons des sentiments d'humilité. Les fautes sont toujours des fautes. Mais elles nous mettent dans un état de confusion et de retour à Dieu qui nous fait grand bien. » — Saint François de Sales (paraphrase rapportée par Tissot)[58]

Et plus systématiquement, contre toute dérive quiétiste : il faut toujours combattre le péché. La doctrine d'utilisation des fautes n'est pas un permis de tomber ; elle est un antidote contre le découragement une fois la chute déjà arrivée. Saint François de Sales insistait, à la fin de l'Introduction à la vie dévote :

« Ô Dieu, il faut plutôt mourir que d'offenser Notre-Seigneur sciemment et délibérément ; mais quand nous tombons, il faut tout perdre plutôt que le courage, l'espérance et la résolution. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XIV[59]

C'est l'équilibre exact : haïr le péché à mort, ne jamais désespérer du pécheur — fût-il soi-même. Saint François de Sales ajoutait que l'amour de la misère n'est pas une vertu de débutant : elle doit accompagner le chrétien à tous les âges spirituels.

« Voyez-vous, cette petite vertu de l'amour de notre misère ne doit jamais s'éloigner d'un pas de notre cœur, parce que nous en avons besoin à tout moment, si avancés que nous soyons dans la perfection, d'autant que nos passions renaissent, quelquefois après que nous avons vécu longtemps face à Dieu et après avoir fait de grands progrès dans la perfection. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XII[60]

Une image humble close la section :

« Il y a certaines matières qui en apparence salissent les habits et qui néanmoins servent à ôter les taches. C'est l'usage que font les justes de leurs péchés, tout en les détestant. Ils s'en servent pour purifier leur âme de l'orgueil qui est le plus grand de leurs péchés. » — Saint François de Sales, Œuvres[61]

Utiliser nos péchés pour accroître notre confiance en la miséricorde

Le troisième usage est le plus paradoxal et le plus consolant. Non seulement nos péchés peuvent nous humilier, non seulement nous pouvons en aimer l'humiliation — mais nous pouvons les utiliser pour renforcer notre confiance en l'amour de Dieu.

« À cause de ton nom, Seigneur, pardonne ma faute, car elle est grande »

David, le roi-pécheur du Ps 50/51, est devenu le modèle de la chute féconde — « Jamais David n'eût été si comblé d'humilité, s'il n'eût péché » (François de Sales). Illustration originale.

Tout commence par un verset stupéfiant du psaume 24 (Vulgate ; numérotation hébraïque 25) :

« À cause de ton nom, Seigneur, pardonne ma faute : car elle est grande. » — Le psalmiste, Psaume 24, 11[62]

La logique humaine attendrait : pardonne-moi parce que ma faute est petite, ou parce que je m'en repens, ou parce que je le mérite. David, au contraire, fonde sa demande sur la grandeur même de sa faute. Pourquoi ? Parce qu'il sait que la miséricorde divine se mesure à la misère qu'elle vient combler. Tissot, citant Segneri, l'explique par une métaphore piquante :

« David savait que l'énormité du péché est un motif, pour la divine Bonté, de l'exterminer plus volontiers, et il s'adressait à cette même Bonté en lui disant : Énorme est mon péché, afin de la déterminer à purifier entièrement son âme. C'est ainsi que le vigneron, qui voit sa vigne ravagée par un sanglier, décrit sous les couleurs les plus horribles la férocité et la force de cet animal, devant le chasseur, dans le but de l'encourager davantage à le poursuivre et à le tuer. » — Paolo Segneri, cité par Tissot[63]

David ne minimise pas sa faute, il l'aggrave devant Dieu — non pour s'autoflageller, mais pour exciter la miséricorde à porter un coup mortel à un mal aussi grand.

Pourquoi Dieu pardonne d'autant plus volontiers

L'argument théologique est rigoureusement raisonné. Dieu hait directement le péché ; il ne hait jamais le pécheur sinon par contrecoup. Pour exterminer le péché, il doit donc, dans le temps, attendre la conversion du pécheur. Plus le péché est grave, plus son éradication réjouit Dieu — car c'est un plus grand mal qu'il fait disparaître.

« Dieu a le péché en si grande horreur, que, afin de l'arracher des cœurs, non seulement il s'est humilié jusqu'à la mort, revêtu d'une chair mortelle, mais encore aujourd'hui, glorieux dans le ciel, il s'humilie jusqu'à se faire suppliant. […] Précisément parce que la haine divine s'attaque directement à la faute et seulement indirectement, à cause de la faute, au pécheur, Dieu use de tant d'industries, s'humilie avec tant d'amour, afin de séparer le péché du pécheur, et d'anéantir celui-là en sauvant celui-ci. » — Paolo Segneri, cité par Tissot[64]

D'où la formule fulgurante de Mère Marie de Sales Chappuis (1793-1875), supérieure visitandine de Troyes, dite « la bonne Mère », inspiratrice du Père Brisson, fondateur des Oblats de Saint-François-de-Sales :

« Il est le Dieu des misérables. Chaque fois que nous lui offrons une faute à réparer, nous lui redonnons le titre de Sauveur. » — Mère Marie de Sales Chappuis, citée par Tissot[65]

Dieu n'a évidemment besoin de rien — il est l'Être absolument suffisant. Mais la miséricorde est un attribut qui ne se manifeste que là où il y a misère. En lui offrant nos fautes à réparer, nous lui offrons la matière sur laquelle s'exerce sa joie spécifique : sauver.

Le trône de la miséricorde, c'est notre misère

Le double mouvement salésien : plus la misère reconnue s'abaisse, plus la miséricorde divine est libre de descendre. Infographie originale Ignispedia.

L'image rejoint l'iconographie classique. Un trône est le lieu où le souverain manifeste son pouvoir. Le pouvoir spécifique de Dieu est la miséricorde ; le trône où il manifeste ce pouvoir est donc la misère humaine. Saint François de Sales, dans une de ses formules les plus connues :

« J'ai coutume de dire que le trône de la miséricorde de Dieu, c'est notre misère. Plus notre misère sera grande, plus nous devons avoir une grande confiance. » — Saint François de Sales, Œuvres, t. XVII[66]

Et ailleurs, à une dirigée scrupuleuse, le saint évêque file la métaphore maternelle :

« Que Dieu vous regarde avec amour, vous n'avez nul sujet d'en douter, car il voit amoureusement les plus horribles pécheurs du monde, pour peu de vrai désir qu'ils aient de se convertir. […] Nos imperfections ne doivent pas nous plaire ; mais elles ne doivent pas nous étonner ni décourager ; nous devons vraiment en retirer soumission, humilité et défiance de nous-mêmes, mais non pas découragement ni affliction du cœur, ni beaucoup moins défiance de l'amour de Dieu envers nous. Dieu n'aime pas nos imperfections et péchés véniels, mais il nous aime malgré eux. Ainsi, de même que la faiblesse et l'infirmité de l'enfant déplaisent à la mère, et pourtant elle ne cesse pas pour cela de l'aimer, mais l'aime tendrement avec compassion ; de même, bien que Dieu n'aime pas nos imperfections et péchés véniels, il ne cesse pas de nous aimer tendrement. » — Saint François de Sales, lettre à une dirigée scrupuleuse[67]

Pour son propre compte, le saint évêque appliquait crânement la doctrine :

« Je ne sais pas comment je suis fait, je me sens misérable, mais je ne m'en trouble point, et quelquefois même j'en suis joyeux, pensant que je suis une vraie bonne charge pour la miséricorde de Dieu. » — Saint François de Sales à sainte Jeanne de Chantal[68]

L'audace de la formule — « une bonne charge pour la miséricorde de Dieu » — résume toute la doctrine : la misère personnelle n'est pas un obstacle à la sainteté ; elle est, paradoxalement, la matière première sur laquelle Dieu déploie son chef-d'œuvre.

Glorifier Dieu en faisant éclater sa miséricorde : la prière de saint Claude la Colombière

Saint Claude la Colombière s.j. (1641-1682), directeur spirituel de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial (1675-1676), canonisé en 1992. Sa Retraite spirituelle recommandait une confiance presque audacieuse, fondée sur la miséricorde elle-même.

L'application la plus célèbre de cette doctrine est une prière écrite par saint Claude la Colombière, jésuite, directeur spirituel de sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Monial. Au lieu de prier avec timidité après une faute, le saint propose au pécheur de prendre l'initiative de glorifier Dieu par sa miséricorde même :

« Seigneur, me voici pour exercer votre admirable miséricorde et pour la faire éclater en présence du ciel et de la terre. Les autres vous glorifient en faisant voir quelle est la force de votre grâce par leur fidélité et leur constance, combien vous êtes doux et libéral envers ceux qui vous sont fidèles. Pour moi je vous glorifierai en faisant connaître combien vous êtes bon envers les pécheurs et que votre miséricorde est au-dessus de toute malice, que rien n'est capable de l'épuiser, que nulle chute, quelque honteuse et criminelle qu'elle soit, ne doit porter un pécheur au désespoir du pardon. Je vous ai grièvement offensé, ô mon aimable Rédempteur ; mais ce serait bien encore pis, si je vous faisais cet horrible outrage de penser que vous n'êtes pas assez bon pour me pardonner. C'est en vain que votre ennemi et le mien me tend tous les jours de nouveaux pièges. Il me fera tout perdre plutôt que l'espérance que j'ai en votre miséricorde. Quand je serais retombé cent fois et que mes crimes seraient cent fois plus horribles qu'ils ne sont, j'espérerais encore en vous. Ainsi soit-il. » — Saint Claude la Colombière, s.j., Retraite spirituelle[69]

La prière est extraordinaire à plusieurs titres. (1) Elle ne minimise pas le péché : « grièvement offensé », « crimes », « honteuse et criminelle ». (2) Elle qualifie d'« horrible outrage » la tentation de désespérer — déclarer Dieu incapable de pardonner est, pour saint Claude, un mal pire que le péché initial. (3) Elle se projette dans une rechute imaginaire (« cent fois »), pour neutraliser à l'avance toute reprise du découragement. C'est une vraie thérapeutique : on pré-arme l'âme contre la désespérance future.

Mendiants à la porte du temple : montrer ses plaies

L'image mendiante revient à plusieurs reprises chez François de Sales :

« Glorifiez-vous de n'être rien ; soyez-en bien aise puisque votre misère est l'objet de la bonté de Dieu pour exercer sa miséricorde. Parmi les mendiants, ceux qui sont les plus misérables, et dont les plaies sont les plus grandes et effroyables, se tiennent pour les meilleurs mendiants, et plus aptes à obtenir l'aumône. Nous ne sommes que des mendiants : les plus misérables sont de meilleure condition ; la miséricorde de Dieu les regarde volontiers. » — Saint François de Sales, Œuvres[70]

L'image est sociologiquement exacte de son époque : au seuil des églises de la Savoie du XVIIᵉ siècle, les mendiants qui exposaient leurs plaies les plus visibles recevaient le plus d'aumônes. Le bon mendiant, c'est celui qui montre sa plaie. La transposition spirituelle est immédiate : ne dissimulons pas notre misère devant Dieu ; montrons-la — c'est sur elle qu'il versera l'aumône de sa miséricorde.

« Humilions-nous, je vous en supplie, et ne montrons que nos plaies et misères à la porte du temple de la pitié divine ; mais souvenez-vous de les montrer avec joie, vous consolant d'être toute vide, afin que Notre-Seigneur vous remplisse de son royaume. » — Saint François de Sales, Œuvres[71]

Et plus loin :

« Certes, nos misères et nos faiblesses, pour grandes qu'elles soient, ne doivent pas nous décourager, mais doivent nous humilier et nous faire jeter dans les bras de la divine miséricorde, qui sera d'autant plus glorifiée en nous, que nos misères sont grandes, si nous nous en relevons : ce que nous devons espérer faire, avec la grâce de Notre-Seigneur. » — Saint François de Sales, Œuvres[72]

Le médecin divin et la maladie du pécheur

Le vénérable Alexandre de Saint-François (1607-1685), carme déchaux français, prolongeait la même intuition en filant la métaphore médicale :

« Donc, mon âme, de ce que tu te reconnais malade, de grâce, ne redoute point d'aller chez le médecin. Au contraire, vas-y avec d'autant plus de confiance que c'est pour toi, pour venir à toi qu'il s'est élancé de son lit nuptial, qu'il a marché à pas de géant depuis les sommets du ciel (Ps 18, 6). Il est venu te délivrer de la maladie du péché, car il savait que le médecin est nécessaire aux malades, et non aux bien-portants (Mt 9, 12). Folie funeste des pécheurs qui puisent des motifs pour fuir le médecin dans ce qui leur devrait donner plus de confiance d'aller à lui ! Insensé celui qui a peur de trouver un adversaire indigné dans celui qui est venu le guérir ! » — Vénérable Alexandre de Saint-François, ocd[73]

Joseph Tissot rejoint le même registre :

« La joie et l'honneur que donne au médecin le malade qui lui confie ses plaies et les chances de sa guérison, le pécheur les procure au divin Samaritain, en lui offrant ses fautes à guérir. Si Dieu a été offensé par la faute, le Sauveur est glorifié par le pardon qui la détruit. Vraiment, il semblerait, à voir les faveurs dont il inonde les prodigues revenus à lui, qu'il veuille les remercier de lui avoir donné l'occasion d'assouvir les désirs et les besoins de sa clémence. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. III[74]

Voix concordantes des mystiques du Sacré-Cœur

Toutes les grandes mystiques du Sacré-Cœur disent la même chose en variant les images. Sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), visitandine de Paray-le-Monial, canonisée par Benoît XV en 1920 :

« Le Cœur de Jésus est le trône de la miséricorde, où les plus misérables sont les mieux reçus, pourvu que l'amour les accompagne dans l'abîme de leurs misères. » — Sainte Marguerite-Marie Alacoque[75]

Le Père Joseph Varin (1769-1850), restaurateur de la Compagnie de Jésus en France et co-fondateur (avec sainte Madeleine-Sophie Barat) de la Société du Sacré-Cœur :

« Depuis la venue de Notre-Seigneur, la confiance doit être la vertu des pauvres pécheurs. » — P. Joseph Varin, s.j.[76]

Mère Marie de Sales Chappuis :

« Quand, à chacune de nos respirations, nous tomberions en quelque faute, si, autant de fois, on se redonne à Dieu pour recommencer à bien faire, les chutes ne nuisent pas. Le Seigneur regarde moins les fautes que le profit que nous en tirons, si nous les utilisons pour nous abaisser devant lui, et nous rendre petites, humbles et douces. » — Mère Marie de Sales Chappuis[77]

Et Jésus à sœur Josefa Menendez (1890-1923), religieuse espagnole du Sacré-Cœur morte au couvent des Feuillants à Poitiers à 33 ans, dans son Appel à l'Amour :

« Si l'on savait le tort que l'on fait à Dieu en doutant de sa divine bonté ! Quelque grands, énormes, nombreux que soient les péchés de mes créatures, je suis toujours prêt, non seulement à les pardonner, mais à les oublier, pourvu que les pécheurs reviennent à moi. […] Je fais mes plus beaux chefs-d'œuvre avec les sujets les plus misérables, pourvu qu'ils me laissent faire. » — Jésus à sœur Josefa Menendez, Un Appel à l'Amour[78]

La parole — « mes plus beaux chefs-d'œuvre avec les sujets les plus misérables » — est exactement la doctrine salésienne, exprimée par la voix mystique trois siècles plus tard.

La confession, sacrement du double abîme

La confession concentre le double abîme : l'âme s'abaisse par l'aveu ; Dieu la relève par l'absolution. Examen — Aveu — Absolution — Pénitence. Infographie originale Ignispedia.

L'application sacramentelle de toute cette doctrine est évidente : le sacrement de pénitence — ou de Réconciliation, ou de confession — est, dans la grande tradition spirituelle, le sacrement du double abîme. Il humilie radicalement (on étale son péché devant Dieu, devant le prêtre, devant le Sang du Christ) et il exalte radicalement la miséricorde (le pardon est total, immédiat, gratuit, recommençable indéfiniment).

Pourquoi la confession humilie en même temps qu'elle relève

Tout, dans le rite, est conçu pour creuser les deux abîmes en même temps. Première phase : l'examen de conscience. On regarde ses péchés en face, sans rien fuir. C'est la connaissance pratique de la misère. Deuxième phase : l'aveu vocal devant un autre homme — le prêtre représentant le Christ. C'est l'humiliation, au moins privée, qui fait baisser l'orgueil. Troisième phase : l'absolution. C'est la miséricorde qui descend sous une parole sacramentelle infaillible. Quatrième phase : la pénitence, qui répare et engage la conversion.

Le Catéchisme de l'Église catholique le formule ainsi :

« Ceux qui s'approchent du sacrement de Pénitence obtiennent de la miséricorde de Dieu le pardon de l'offense faite à Lui et, en même temps, ils se réconcilient avec l'Église que leur péché a blessée et qui travaille à leur conversion par la charité, l'exemple et la prière. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1422[79]

Jésus disait explicitement à sœur Josefa Menendez :

« Tu dois apprendre à dire ce qui t'humilie le plus et de la manière qui te coûte le plus. » — Jésus à sœur Josefa Menendez[80]

Et plus radicalement, à une autre mystique italienne, sœur Benigna-Consolata Ferrero (1885-1916), visitandine de Como :

« Si j'ai des prédilections, elles sont pour l'âme qui s'abaisse le plus dans une confession humiliante. J'aime davantage une âme plus humble, bien qu'elle ait été plus coupable, qu'une âme moins humble qui n'aurait pas perdu son innocence. » — Jésus à sœur Benigna-Consolata Ferrero[81]

L'affirmation est saisissante : l'humilité, dans le sacrement, peut compenser plus qu'effacer une plus grande culpabilité. Non que Dieu favorise le péché — il abomine le péché — mais il favorise les âmes humbles, et la confession humiliante est l'un des actes d'humilité les plus puissants de la vie chrétienne.

Le plus grand plaisir de Dieu, selon le saint Curé d'Ars

Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars de 1818 à 1859, canonisé en 1925, déclaré patron des curés du monde catholique par Pie XI en 1929. Confesseur infatigable, il passait jusqu'à 18 heures par jour au confessionnal.

Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars de 1818 à 1859, est resté dans l'histoire de l'Église comme l'un des plus grands confesseurs. Il passait jusqu'à dix-huit heures par jour au confessionnal, recevant des pénitents venus de toute la France et au-delà. Sa parole sur le sacrement est devenue classique :

« Le plus grand plaisir de Dieu est de nous pardonner. Le Bon Dieu aura plutôt pardonné à un pécheur repentant qu'une mère n'aura retiré du feu son enfant. Dans le sacrement de pénitence, il nous fait part de sa Miséricorde jusqu'à l'infini. Le Bon Dieu, au moment de l'absolution, jette nos péchés par-derrière ses épaules. Il les oublie, il les anéantit ; ils ne réapparaîtront jamais. » — Saint Jean-Marie Vianney, Pensées[82]

L'image — « par-derrière ses épaules » — est tirée du prophète Isaïe : « Tu as rejeté derrière toi tous mes péchés » (Is 38, 17). La promesse est radicale : non pas simplement le pardon, mais l'oubli divin, l'anéantissement du péché en tant que tel.

La joie du Père : « plus grand l'homme aura été dans le péché… »

Jésus à sœur Josefa Menendez condense la parabole du fils prodigue (Lc 15, 11-32) en une formule structurellement renversante :

« Quand mes fils, abandonnant mon royaume, se sont faits enfants du diable, s'ils reviennent au Père, le Père a une grande joie et leur fait sentir la délectation supérieure. […] Plus grand l'homme aura été dans le péché, plus grand il pourra être aussi dans l'autre abîme. » — Jésus à sœur Josefa Menendez, Un Appel à l'Amour[83]

C'est exactement la parabole prise comme méthode spirituelle : le fils aîné, resté à la maison, ne connaît pas la joie du retour ; le cadet, qui revient de loin, est saisi par une compréhension de l'amour paternel que l'aîné ne soupçonne pas.

Conseil pratique : la confession fréquente

La tradition spirituelle catholique recommande la confession régulière — au moins une fois par mois pour les fidèles engagés dans une vie chrétienne sérieuse. Saint François de Sales le proposait dans l'Introduction à la vie dévote, parmi les moyens ordinaires de progresser dans la vie dévote[84].

L'argument n'est pas qu'il faille collectionner les confessions, comme un comptable son livre. L'argument est qu'il ne faut pas attendre les grandes chutes pour aller. La confession régulière sur les imperfections quotidiennes (impatiences, manquements à la charité, paresse, médisance, distractions volontaires dans la prière) entretient deux choses : (1) une connaissance fine de soi-même ; (2) un contact régulier avec la grâce sacramentelle. Pour qui hésite après une chute grave, la parole de Jésus aux mystiques évoquées plus haut suffit : le Cœur de Dieu court au-devant du pécheur, et le retour réjouit le Père au-delà de tout ce qu'on peut imaginer.

L'abîme et la hauteur — la conclusion mystique

Sainte Angèle de Foligno (1248-1309), tertiaire franciscaine de l'Ombrie, déclarée sainte par canonisation équipollente par le pape François le 9 octobre 2013. Sa formule sur le double abîme — néant créé et immensité divine — clôt la doctrine.

Tissot conclut sa IIᵉ partie par une formule qui résume toute la doctrine :

« Par la connaissance de ses vides et de ses fautes qu'elle acquiert par cette humilité, l'âme est purgée de l'orgueil et purgée des démons. Plus l'âme est affligée, dépouillée et humiliée profondément, plus elle conquiert, avec la pureté, l'aptitude des hauteurs. L'élévation dont elle devient capable se mesure à la profondeur de l'abîme où elle a ses racines et ses fondations. » — Joseph Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, conclusion de la IIᵉ partie[85]

L'image est verticale et symétrique. La hauteur d'une plante se mesure à la profondeur de ses racines ; la hauteur d'une cathédrale à la profondeur de ses fondations. La sainteté d'une âme se mesure à la profondeur de son humilité — et donc, à l'usage qu'elle fait de ses propres misères pour creuser cette humilité.

Sainte Angèle de Foligno : « Abîmez-vous dans l'abîme »

Sainte Angèle de Foligno (1248-1309), tertiaire franciscaine de l'Ombrie, formule l'intuition en termes mystiques :

« Je désire, je désire, j'ai faim et soif, mes enfants ; j'ai faim et soif que vous vous abîmiez dans l'abîme, que vous vous engloutissiez dans la profondeur de votre néant et dans la hauteur de l'immensité divine. » — Sainte Angèle de Foligno, Le Livre des visions[86]

La double profondeur est posée. Profondeur du néant (abîme inférieur) : connaissance pratique, par expérience, de ce que nous sommes sans Dieu. Profondeur de l'immensité divine (abîme supérieur) : connaissance, par grâce, de ce que Dieu est et de ce qu'il fait pour nous. Plus l'âme descend dans le premier, plus elle peut s'élever dans le second.

Saint François de Sales clôt par une parole qu'il aimait répéter aux scrupuleuses :

« Haïssez donc vos imperfections parce qu'elles sont des imperfections, mais aimez-les parce qu'elles vous font voir votre rien et votre néant, et qu'elles sont sujettes à l'exercice et à la perfection de la vertu et miséricorde de Dieu. » — Saint François de Sales, Œuvres[87]

C'est exactement l'équilibre que cherche l'âme adulte : haïr le péché, parce qu'il offense Dieu ; aimer ce qu'il révèle, parce que cette révélation est le chemin direct vers le Royaume.

Synthèse : la liberté retrouvée

La doctrine d'utilisation des péchés produit, chez ceux qui la pratiquent vraiment, une liberté intérieure caractéristique. Liberté à l'égard de soi-même : on ne se déteste plus, parce qu'on ne s'aime plus pour son apparente perfection mais parce qu'on s'accepte aimé de Dieu. Liberté à l'égard du regard d'autrui : on ne cache plus ses chutes, parce qu'elles ne sont plus une menace pour l'identité. Liberté à l'égard du démon : il ne peut plus exploiter le découragement, parce que toute chute, désormais, est susceptible d'être convertie en humilité et en confiance.

Cette liberté n'est pas l'insouciance ; c'est la paix. Et cette paix, dans l'expérience constante des saints, est l'air respirable de la vie chrétienne adulte. Saint Paul le résumait en une phrase :

« Je me glorifierai en mes infirmités, afin que la vertu de mon Sauveur habite en moi. » — Saint Paul, 2ᵉ épître aux Corinthiens 12, 9[88]

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Pour aller plus loin

Notes et références

  1. J. Tissot, m.s.f.s., L'art d'utiliser ses fautes — d'après saint François de Sales, 1ʳᵉ éd. 1878 ; éd. préfacée à Annecy en avril 1894 ; édition couramment citée : Le Laurier, Paris, 8ᵉ éd. 2008, 160 p., ISBN 978-2-86495-237-4. La IIᵉ partie (« Le côté positif ») comprend trois chapitres : utiliser ses fautes pour s'humilier par la connaissance de sa misère (ch. I), pour aimer sa misère (ch. II), pour accroître sa confiance en la miséricorde de Dieu (ch. III). Joseph Tissot (1840-1894) était missionnaire de Saint-François-de-Sales (congrégation d'Annecy fondée en 1838 par le P. Pierre-Joseph Mermier).

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  2. Pape François, méditation matinale en la chapelle de la Domus Sanctae Marthae, « There is no humility without humiliation », vendredi 7 février 2020 : « One cannot be "humble without humiliation" » ; texte officiel anglais sur vatican.va (méditations quotidiennes, année 2020), repris dans L'Osservatore Romano, éd. hebdomadaire anglaise, n° 12, 20 mars 2020. Le pape avait déjà enseigné « there is no true humility without humiliation » dans la méditation du 29 janvier 2018 sur l'humiliation du roi David. La formule française antérieurement citée sous la date du 7 avril 2014 n'est vérifiable sur vatican.va sous aucune date de 2014, et aucun relais à sainte Bernadette Soubirous n'a pu être sourcé : la datation et l'attribution sont donc retirées et remplacées par cette paraphrase adossée aux textes vérifiés.

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  3. Saint François de Sales, lettre MDCLXXXIX à la Mère Geneviève de Saint-Bernard (Geneviève Acarie, prieure du carmel de Chartres), Annecy, juillet-août 1620 (datation des éditrices), Œuvres, éd. critique d'Annecy (27 vol., Annecy, 1892-1932), t. XIX, p. 300-301 : « Et je vous dis que vous seres fidele si vous estes humble. Mays seray je humble ? Ouy, si vous voules. Mays je le veux. Vous l'estes donq. Mais je sens bien que je ne la suis pas. Tant mieux, car cela sert a l'estre plus asseurement. » Cité par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I.

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  4. Saint Paul, Épître aux Romains 8, 28 : « Nous savons d'ailleurs que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein » (Bible de Jérusalem, Cerf, Paris, éd. 2000). Verset clé de toute la doctrine providentielle ; voir Catéchisme de l'Église catholique, § 312, sur la conversion du mal en bien.

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  5. Formule de J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I (trad. anglaise E. McMahon, The Art of Profiting by Our Faults, New York, 1889 : « yes, even their falls, omnia, imo ipsi lapsus in peccata; for we can rise from them more humble, more vigilant, and more fervent; nam ex casu humiliores, cautiores et ferventiores resurgunt »). Tissot la présente comme le résumé augustinien de Rm 8, 28, mais la triade latine n'a pu être localisée verbatim dans aucune œuvre de saint Augustin : elle reprend la formule fixée par saint Thomas d'Aquin, « plerumque poenitentes cautiores, humiliores et ferventiores resurgunt » (Somme théologique, Iʳᵉ partie, q. 20, a. 4). Le fond augustinien, lui, est certain : saint Augustin, Enchiridion de la foi, de l'espérance et de la charité, XI (Patrologia Latina 40) : « Neque enim omnipotens Deus, cum summe bonus sit, ullo modo sineret mali aliquid esse in operibus suis, nisi usque adeo esset omnipotens et bonus, ut bene faceret et de malo » (« Dieu, étant souverainement bon, ne permettrait nullement qu'aucun mal existât dans ses œuvres, s'il n'était assez puissant et bon pour faire que du mal lui-même il sortît quelque bien »).

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  6. Saint François de Sales, lettre MCDXX à Mme de la Baume (Catherine de la Croix de Chevrières), Annecy, 30 avril 1618 (datation des éditrices, d'après la lettre à la Mère de Chantal du même jour), Œuvres, éd. critique d'Annecy (27 vol., Annecy, 1892-1932), t. XVIII, p. 209 : « Jamais David n'eust esté si comblé d'humilité s'il n'eust peché, ni Magdeleine si amoureuse de son Sauveur s'il ne luy eust remis tant de pechés... » Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I.

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  7. Exsultet romain, hymne de la veillée pascale, attribué à saint Ambroise (IVᵉ siècle), texte officiel actuel dans le Missel romain (1970/2002). Voir G. Fontaine, Histoire de l'Exsultet, Cerf, Paris, 1986. L'expression O felix culpa quae talem ac tantum meruit habere Redemptorem reste le sommet liturgique de la conversion du mal en bien.

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  8. Formule attribuée à saint Bernard de Clairvaux par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I (trad. anglaise E. McMahon, The Art of Profiting by Our Faults, New York, 1889 : « Manure is only rottenness and corruption, and yet the laborer, the gardener, as St. Bernard observes, use it to bring forth from the earth richer and more abundant fruits. In like manner, God makes our faults serve to produce more numerous fruits of virtue »). L'opus exact n'a pu être localisé dans les œuvres éditées de Bernard (ni les lettres à Oger, ni les Sermons sur le Cantique) : la référence antérieure « Epistola 82 Ad Ogerium, PL 182, 204 » est retirée, et la seconde moitié de la citation (« et sa bonté, qui sait toujours se servir... »), absente du texte de Tissot, est supprimée en attendant sa source.

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  9. Saint Jean Chrysostome, Homélies au peuple d'Antioche (387), Patrologia Graeca 49, 15-222. Citation reproduite par Tissot, IIᵉ partie, ch. I.

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  10. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I, ouverture.

    10
  11. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIᵃ-IIᵃᵉ q. 162 a. 6-7 : « superbia ponitur principium omnis peccati », en référence à Si 10, 14 : « L'orgueil est le commencement de tout péché. » Voir aussi Iᵃ-IIᵃᵉ q. 84 a. 2.

    11
  12. Saint Augustin, De civitate Dei, XIV, 13. Formule classique : « superbia parit omnia vitia, ut caritas omnes virtutes ».

    12
  13. Saint François de Sales, paraphrase tirée de la classification thomiste de l'orgueil comme péché par excellence, constante dans son œuvre. Voir G. Jeanguenin, Les vertus dépoussiérées par saint François de Sales, Téqui, Paris, 2013, ch. sur l'humilité.

    13
  14. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I.

    14
  15. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I.

    15
  16. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I.

    16
  17. Paolo Segneri, s.j. (1624-1694), Manna dell'anima ovvero esercizio facile insieme e fruttuoso per chi desidera in qualche modo attendere all'orazione, 1ʳᵉ éd. Florence, 1673. Recueil de méditations pour chaque jour de l'année. La méditation du 20 juin porte sur les trois verges du Bon Pasteur. Référence donnée par Tissot, IIᵉ partie, ch. I, note 22.

    17
  18. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I.

    18
  19. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XVIII, p. 184. Cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. I.

    19
  20. Sainte Thérèse d'Avila, Le Château intérieur (1577), VIᵉˢ demeures, ch. 10, § 7. Traduction des Carmélites de Paris, Œuvres complètes, Cerf, Paris, 1995. Édition critique espagnole : Obras completas, Madrid, BAC, 1962. La formule « l'humilité est vérité » est l'une des plus reprises par la spiritualité catholique postérieure.

    20
  21. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XII, p. 203. Cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. I.

    21
  22. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I. Tissot cite explicitement la Catena aurea de saint Thomas d'Aquin (commentaire sur 2 Co 12, 7-9) et saint Isidore de Séville.

    22
  23. Louis Veuillot (1813-1883), polémiste catholique, directeur du journal L'Univers. Citation reproduite par J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I.

    23
  24. Saint Jean Chrysostome, Ad Stagyrium a daemone vexatum (vers 380-381), livre I, ch. 9, Patrologia Graeca 47, 423-494.

    24
  25. Saint Jean Chrysostome, De compunctione, livre II, ch. 9, Patrologia Graeca 47, 393-422.

    25
  26. 2ᵉ Livre de Samuel, ch. 11. Récit canonique de l'adultère de David et du meurtre indirect d'Urie le Hittite. Le Miserere (Ps 50/51) est composé en réponse à la confrontation prophétique de Nathan (2 S 12).

    26
  27. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XVIII, p. 209. Voir note [^fs-david] supra.

    27
  28. Évangile selon saint Luc, 22, 54-62 (récit canonique du reniement, narré aussi en Mt 26, 69-75, Mc 14, 66-72, Jn 18, 15-27).

    28
  29. Évangile selon saint Jean, 21, 15-17. La triple question du Ressuscité à Pierre — « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » — et l'investiture pastorale : « Pais mes agneaux », « Pais mes brebis ».

    29
  30. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I. La référence à Élie renvoie au récit de 1 R 19 : prophète épuisé sous le genêt, demandant la mort, relevé par l'ange et reconduit à l'Horeb.

    30
  31. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XII, p. 19. Sur la conversion immédiate de Marie-Madeleine, opposée au cheminement de saint Pierre.

    31
  32. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XII, p. 19. L'image de la servante devenue maîtresse vient de Pr 30, 21-23.

    32
  33. Mgr Jean-Pierre Rey (1770-1842), évêque d'Annecy de 1832 à 1842 (65ᵉ évêque du diocèse). Lettre citée par Tissot, IIᵉ partie, ch. I.

    33
  34. Sainte Gertrude la Grande (1256-vers 1302), moniale cistercienne de Helfta (Saxe), Le Héraut de l'amour divin (Legatus divinae pietatis), édition critique : Sources Chrétiennes 139, 143, 255, 331, Cerf, Paris, 1968-1986. Citation reproduite par Tissot.

    34
  35. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XII, p. 205. Cité par Tissot.

    35
  36. Sainte Marie-Madeleine de Pazzi, O.Carm. (1566-1607), carmélite de l'Antique Observance du monastère Santa Maria degli Angeli de Florence, canonisée en 1669 par Clément IX. Anecdote rapportée par Tissot et largement diffusée dans la tradition carmélitaine post-thérésienne.

    36
  37. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I. Aphorisme fixé par la tradition salésienne, utilisé comme exercice de mémoire spirituelle.

    37
  38. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. I. Sentence d'inspiration thomisienne, dans la lignée de la doctrine de l'humilité comme condition de toute vertu.

    38
  39. Gabrielle Bossis (1874-1950), comédienne et mystique française, Lui et moi, éd. originale 1948 ; rééd. Téqui, Paris, 2004, 5 vol. Imprimatur diocésain de Nantes.

    39
  40. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. X, p. 342. Cité par Tissot, en ouverture du ch. II de la IIᵉ partie.

    40
  41. Sainte Marie-Madeleine de Pazzi, citée par Tissot. L'expression « continuelle jouissance au milieu de tout ce qui nous procure le mépris de nous-même » est devenue classique dans la spiritualité carmélitaine post-thérésienne.

    41
  42. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XIV, p. 281. Cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. II. Hypothèse contre-factuelle : si la perfection et l'imperfection étaient à parité d'agrément devant Dieu, l'humilité justifierait de préférer la seconde.

    42
  43. Marie de la Trinité (Louise-Marie-Aimée Salvan, 1903-1980), dominicaine séculière, mystique française. La formule « les âmes qui consentent à n'être rien » revient à plusieurs reprises dans son Carnet de notes, éd. de Mauléon, Paris, 2009 (publication posthume).

    43
  44. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1, Éditions Résiac (176 p.), p. 8. Sur le statut doctrinal de l'œuvre, voir R. P. J. Iannuzzi, Le Don de la vie dans la Divine Volonté dans les écrits de Luisa Piccarreta, thèse doctorale, Université Pontificale Grégorienne, Rome, 2012.

    44
  45. Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1, Éditions Résiac, p. 3.

    45
  46. Marcel Van, c.ss.r. (1928-1959), Colloques avec Jésus, paragraphe daté 1946-1947. Édition de référence : Œuvres complètes, t. 2, Colloques, P. Antonio Boucher c.ss.r. (éd.), Téqui, Paris, 2001. Cause de béatification ouverte le 17 juillet 1997 (diocèse de Belley-Ars), serviteur de Dieu déclaré le 10 août 2017.

    46
  47. Marcel Van, Colloques, même volume, dialogue daté des dernières années de sa vie en prison communiste au Vietnam (1955-1959).

    47
  48. Léandre Lachance (1934-2020), mystique laïc québécois, Aux bien-aimés du Père, t. 1-4, Éditions Saint-François, Sherbrooke, 1995-2009. Imprimatur du diocèse de Sherbrooke.

    48
  49. Saint Paul, 2ᵉ épître aux Corinthiens 12, 9 (Bible de Jérusalem). Verset central de la spiritualité de l'humilité chez Paul, succédant à la mention de l'« écharde dans la chair » (12, 7).

    49
  50. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. IX, p. 124 sq. ; voir aussi Introduction à la vie dévote (1609), IIIᵉ partie, ch. 5-6. La classification des degrés varie selon les passages ; l'amour de l'abjection est en général donné comme le degré le plus élevé.

    50
  51. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XIV, p. 236. Cité par Tissot.

    51
  52. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XIV. Cité par Tissot. L'image de l'ulcère au visage articule la distinction entre le mal qu'il faut combattre et l'humiliation qui en résulte, qu'on peut accueillir.

    52
  53. Jean de Bernières-Souvigny (1602-1659), Le Chrétien intérieur ou la conformité intérieure que doivent avoir les chrétiens avec Jésus-Christ, posthume, Paris, 1660. Réédition critique par Daniel Vidal, Jérôme Millon, Grenoble, 2009. Jean de Bernières, trésorier de France à Caen, fonda l'Hermitage de Caen, foyer des spirituels berulliens du XVIIᵉ siècle français. Cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. II.

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  54. Religieuse anonyme de la Visitation, citation reproduite par Tissot, IIᵉ partie, ch. II. Formule typique de la tradition orale des monastères visitandins.

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  55. Jean de Bernières-Souvigny, lettre citée par Tissot, IIᵉ partie, ch. II.

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  56. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XII, p. 19. Cité par Tissot.

    56
  57. Saint Claude la Colombière, s.j. (1641-1682), Retraite spirituelle, posthume, Lyon, 1684. Éd. critique : Œuvres complètes du Bx Claude la Colombière, Bellecour, Lyon, 2004 (4 vol.). Canonisé par saint Jean-Paul II le 31 mai 1992.

    57
  58. Saint François de Sales, paraphrase reprise par Tissot, IIᵉ partie, ch. II. La formule originale est typiquement salésienne : « il faut haïr le péché parce que Dieu est offensé, et l'on doit néanmoins aimer l'humiliation que l'on en retire, en tant qu'elle nous abaisse devant Dieu. »

    58
  59. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XIV. Cité par Tissot dans la Iʳᵉ partie, ch. III.

    59
  60. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XII. Cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. II.

    60
  61. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy. Cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. II.

    61
  62. Psaume 24, 11 (numérotation hébraïque 25, 11) : « Propter nomen tuum, Domine, propitiaberis peccato meo : multum est enim » (Vulgate). Bible de Jérusalem : « Pour l'honneur de ton nom, Yahvé, pardonne mes torts, ils sont grands. »

    62
  63. Paolo Segneri, Manna dell'anima, cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. III. L'image du vigneron et du sanglier illustre la stratégie rhétorique de David dans le psaume 24/25.

    63
  64. Paolo Segneri, Manna dell'anima, cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. III. La subtilité théologique classique : Dieu hait directement le péché et seulement indirectement le pécheur ; il s'industrie à séparer le péché du pécheur pour sauver le second en détruisant le premier.

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  65. Mère Marie de Sales Chappuis (1793-1875), supérieure visitandine du monastère de la Visitation de Troyes (1838-1875), inspiratrice du Père Louis Brisson, fondateur des Oblats et Oblates de Saint-François-de-Sales. Déclarée vénérable par Léon XIII en 1897. Citée par Tissot, IIᵉ partie, ch. III.

    65
  66. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XVII. Citation centrale de toute la spiritualité salésienne, reprise dans d'innombrables conférences spirituelles de la Visitation.

    66
  67. Saint François de Sales, lettre à une dirigée scrupuleuse, Œuvres, éd. Annecy. Voir aussi Lettres spirituelles, Cerf, Paris, 2011.

    67
  68. Saint François de Sales à sainte Jeanne de Chantal, Œuvres, éd. Annecy, t. XVII. Lettre du saint évêque à sa correspondante spirituelle, cofondatrice de la Visitation Sainte-Marie.

    68
  69. Saint Claude la Colombière, s.j., Retraite spirituelle, éd. originale posthume, Lyon, 1684. Éd. de référence : Œuvres complètes du Bx Claude la Colombière, Bellecour, Lyon, 2004 (4 vol.). Saint Claude fut directeur spirituel de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial (1675-1676), confirmant les apparitions du Sacré-Cœur. Canonisé par saint Jean-Paul II le 31 mai 1992.

    69
  70. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy. L'image du mendiant qui expose ses plaies pour mieux obtenir l'aumône revient dans plusieurs lettres et conférences.

    70
  71. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy. Cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. III.

    71
  72. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy, t. XII. Cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. III.

    72
  73. Vénérable Alexandre de Saint-François (1607-1685), carme déchaux français, frère convers du couvent de Paris. Cause de béatification introduite ; déclaré vénérable. Citation reproduite par Tissot, IIᵉ partie, ch. III.

    73
  74. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, IIᵉ partie, ch. III. L'image du Samaritain renvoie à Lc 10, 25-37.

    74
  75. Sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690), visitandine de Paray-le-Monial, voyante du Sacré-Cœur, canonisée par Benoît XV le 13 mai 1920. Vie et œuvres, éd. Pichon, Paris, 1928, 2 vol.

    75
  76. P. Joseph Varin, s.j. (1769-1850), restaurateur de la Compagnie de Jésus en France au début du XIXᵉ siècle, co-fondateur (avec sainte Madeleine-Sophie Barat) de la Société du Sacré-Cœur. Cité par Tissot, IIᵉ partie, ch. III.

    76
  77. Mère Marie de Sales Chappuis, citée par Tissot. Voir note [^chappuis-sauveur].

    77
  78. Sœur Josefa Menendez (1890-1923), religieuse espagnole du Sacré-Cœur, morte au couvent des Feuillants à Poitiers à 33 ans. Un Appel à l'Amour — Message du Cœur de Jésus au monde, éd. établie par Mgr Charrière, Apostolat de la Prière, Toulouse, 1944 ; nombreuses rééditions Téqui, Paris. Imprimatur diocésain. Déclarée Servante de Dieu.

    78
  79. Catéchisme de l'Église catholique, § 1422, dans la section Le sacrement de Pénitence et de Réconciliation (§§ 1422-1498). Texte officiel sur vatican.va. Sur la double dimension du sacrement (humilier et exalter la miséricorde), voir aussi §§ 1450-1460.

    79
  80. Jésus à sœur Josefa Menendez, Un Appel à l'Amour. Voir note [^josefa-chefs-doeuvre].

    80
  81. Sœur Benigna-Consolata Ferrero (1885-1916), visitandine du monastère de Como, morte à 30 ans. Voir G. Boccardo, Vie de sœur Benigna-Consolata Ferrero, t. I, Œuvre de propagande du Sacré-Cœur, 1929, p. 129.

    81
  82. Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars de 1818 à 1859, canonisé en 1925, déclaré patron des curés du monde catholique par Pie XI en 1929. Pensées choisies recueillies par l'abbé Alfred Monnin, Le Curé d'Ars, sa vie et ses œuvres, Paris, 1864 (nombreuses rééditions). Voir aussi F. Trochu, Le Curé d'Ars saint Jean-Marie Vianney, Lyon, 1925.

    82
  83. Jésus à sœur Josefa Menendez, Un Appel à l'Amour. Voir note [^josefa-chefs-doeuvre]. La parabole sous-jacente est celle du fils prodigue (Lc 15, 11-32).

    83
  84. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote (1609), IIᵉ partie, ch. 19. Le saint évêque recommande la confession au moins une fois par semaine pour les âmes avancées, et au moins une fois par mois pour les fidèles ordinaires.

    84
  85. J. Tissot, L'art d'utiliser ses fautes, conclusion de la IIᵉ partie. Le passage condense la doctrine du double abîme : la hauteur de l'élévation se mesure à la profondeur de l'humilité.

    85
  86. Sainte Angèle de Foligno, tertiaire franciscaine, Le Livre des visions et instructions de la bienheureuse Angèle de Foligno (texte composé sous sa dictée par son confesseur Frère Arnaud entre 1292 et 1296). Édition critique : L. Thier, A. Calufetti (éd.), Il Libro della Beata Angela da Foligno, Quaracchi-Grottaferrata, 1985. Traduction française : Ernest Hello (1868), reprise chez Seuil, Paris, 1992. Sainte Angèle a été proclamée sainte par canonisation équipollente par le pape François le 9 octobre 2013.

    86
  87. Saint François de Sales, Œuvres, éd. Annecy. Cité par Tissot en conclusion de la IIᵉ partie.

    87
  88. Saint Paul, 2ᵉ épître aux Corinthiens 12, 9. Voir note [^paul-2co12] supra.

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