Pape Jean VII (705-707)

Pape grec, fils du dignitaire byzantin Plato, Jean VII gouverne Rome de 705 à 707. Il renvoie sans signer les actes du concile in Trullo de Justinien II, obtient d'Aripert II la restitution des Alpes Cottiennes et laisse un programme marial sans équivalent à Saint-Pierre et Santa Maria Antiqua.

Ignispedia

Pape Jean VII (Ioannes VII, en grec Ἰωάννης) gouverne l'Église de Rome du 1er mars 705 au 18 octobre 707. Le Saint-Siège le présente comme le 86e pape de l'Église catholique, d'origine grecque, successeur de Jean VI et prédécesseur de Sisinnius.[1]

Son pontificat dure deux ans et sept mois, mais il concentre quelques-uns des dossiers les plus délicats du début du VIIIe siècle : la réception manquée du concile in Trullo (concile disciplinaire tenu à Constantinople en 691-692) envoyé par Justinien II, la restitution des Alpes Cottiennes négociée avec le roi lombard Aripert II, et surtout un programme artistique sans équivalent — l'oratoire marial de l'ancienne basilique Saint-Pierre, les fresques conservées de Santa Maria Antiqua au Forum romain, la restauration du monastère de Subiaco ravagé par les Lombards en 601.[2][3][4][5]

Le biographe de Jean VII dans le Liber Pontificalis dresse de lui un portrait contrasté : savant, éloquent et pieux, mais aussi timide — humana fragilitate timidus, « timide par fragilité humaine » — face aux actes du concile in Trullo, dit Quinisexte (assemblée disciplinaire réunie à Constantinople en 691-692 pour compléter les cinquième et sixième conciles œcuméniques), que Justinien II lui demandait de ratifier.[6] Ce reproche, qui pèsera sur sa postérité, est celui du seul biographe ; encore faut-il distinguer ce qui relève d'une prudence canonique légitime dans un dossier doctrinalement non clos.

« Mais lui, timide par fragilité humaine, les adressa au prince par les susdits métropolites, sans y apporter aucune correction. » — Liber Pontificalis, notice de Jean VII (Duchesne, t. I, p. 386)[7]

Ses successeurs immédiats, Sisinnius puis Constantin, hériteront du dossier byzantin et devront, eux, affronter directement la politique religieuse de Justinien II rétabli au pouvoir. Mais c'est sous Jean VII que se joue une étape décisive, que l'on peut résumer ainsi : Rome ne ratifie pas, Rome ne condamne pas, Rome temporise — et, selon la lecture interprétative proposée notamment par la New Catholic Encyclopedia et par l'historien Andrew Ekonomou, cette temporisation, malgré la mauvaise opinion du biographe, aurait préservé la liberté du Siège apostolique.[8][9]

Pourquoi Jean VII compte-t-il ?

Le pape du Palatin

Le Palatin — Jean VII installe brièvement le centre pratique de son gouvernement sur l'ancien lieu du pouvoir impérial. Photo Wikimedia Commons.

Jean VII installe le centre pratique de son gouvernement au Palatin plutôt qu'au Latran.[10][11] Le geste n'est pas administratif au sens moderne ; il est symbolique. En établissant un palais épiscopal sur l'ancien Palatium des Césars, transformé depuis Maurice en résidence du vicaire de l'exarque byzantin, Jean VII signifie que l'autorité pontificale habite désormais le lieu où l'on attendait l'autorité impériale.[12]

Cette installation s'explique par sa biographie. Son père Plato avait été chargé de la cura Palatii urbis Romae, c'est-à-dire de la restauration du palais impérial du Palatin.[13] Jean a grandi à l'ombre de cette charge. Devenu pape, il reprend le lieu non pour mimer l'Empire, mais pour ancrer la papauté dans un point fort de Rome.

Un Grec de Calabre, fils d'un dignitaire byzantin

Le Liber Pontificalis le dit Grec et fils de Plato.[14] La tradition postérieure, reprise par plusieurs notices encyclopédiques, situe sa naissance vers 650 à Rossano, en Calabre byzantine.[15] Cette précision n'est pas garantie par les sources contemporaines ; ce qui est sûr est plus simple : Jean appartient à la diaspora grecque de l'Italie byzantine, fortement présente à Rome depuis le VIIe siècle.

Treccani souligne que les clercs orientaux ne sont pas mécaniquement des agents de Constantinople. Ils servent l'Église romaine, maîtrisent le grec — langue obligatoire pour traiter avec l'Empire dans les controverses doctrinales — et participent à la catholicité concrète d'une Église qui doit alors parler aux deux moitiés du monde chrétien.[16]

Entre Justinien II et Aripert II

Le pontificat de Jean VII s'inscrit dans une géographie politique précise. À l'est, Justinien II, surnommé Rhinotmètos (« le nez coupé », pour la mutilation subie lors de sa déposition en 695), vient d'être restauré en 705 avec l'aide de Tervel, roi des Bulgares, après dix ans d'exil. Il revient à Constantinople avec une politique brutale et une volonté de revanche, y compris contre Rome qui avait résisté au concile in Trullo sous Serge I.[17][18][19]

À l'ouest, Aripert II, roi des Lombards (701-712), est paradoxalement un interlocuteur plus pacifique que l'empereur byzantin. Il restitue à l'Église romaine les patrimoines des Alpes Cottiennes, confisqués depuis la conquête lombarde de Rotari soixante ans plus tôt.[20][21][22]

Cette inversion est capitale : l'empereur chrétien fait pression sur Rome pour obtenir une signature, tandis que le roi lombard lui restitue un patrimoine confisqué soixante ans plus tôt.[23][24] Jean VII vit ce renversement sans le théoriser ; ses successeurs en tireront les conséquences politiques.

Les sources principales

Tableau des témoins

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siègeliste actuelle86e pape, dates 1.III.705 — 18.X.707, origine grecqueNotice officielle très brève
Liber Pontificalistradition romaine, éd. DuchesneOrigine grecque, père Plato, recteur de la Via Appia, élection, mosaïques de Saint-Pierre, fresques, restitution des Alpes Cottiennes par Aripert II, renvoi sans signature des actes in Trullo, dix-neuf évêques ordonnés, mort, sépulture, anglo-saxonsSource narrative principale, sévère sur la "fragilité humaine" de Jean VII
Treccani / Luigi Andrea Berto2000Analyse de la famille de Plato, contexte byzantin, dossier artistique de Santa Maria Antiqua et de l'oratoire de Saint-Pierre, programme iconographique, fragments de mosaïque conservésMeilleure synthèse moderne accessible
Catholic Encyclopedia / New Advent1911Résumé biographique, in Trullo, Subiaco, Alpes Cottiennes, anglo-saxons, mort, sépultureBrève, mais utile et catholique
New Catholic Encyclopediamoderne, via Encyclopedia.comTrois grands chantiers (Saint-Pierre, Sainte-Eugénie, Santa Maria Antiqua), in Trullo, deux portraits contemporainsTrès courte mais précise
Bède, De temporum rationevers 725Mention de l'oratoire marial de Jean VII à Saint-Pierre, transmission anglo-saxonneTradition anglaise reçue à distance
Per Jonas Nordhagen1968Étude monumentale des fresques de Santa Maria Antiqua sous Jean VIIRéférence scientifique sur l'art
Ann Van Dijk2001 ; 2006Cycle pétrinien et marial de l'oratoire (Dumbarton Oaks Papers 55, 2001) ; fragments conservés relus à travers Grimaldi (Word & Image, 2006)[25][26]Référence sur l'oratoire détruit en 1609
Dessins Grimaldi / TasselliXVIIe siècleRestitutions visuelles de l'oratoire avant sa démolition lors du chantier de la basilique moderneSources iconographiques de seconde main

Le Saint-Siège : les bornes sûres

La fiche officielle du Vatican fixe les bornes : début du pontificat le 1er mars 705, fin le 18 octobre 707, origine grecque.[27] Le titre canonique est donc : Pape Jean VII (705-707).

Le Liber Pontificalis donne une durée de deux ans, sept mois et dix-sept jours, puis une vacance d'environ trois mois après sa mort, avant l'élection de Sisinnius.[28]

Le Liber Pontificalis : un portrait sévère

La notice du Liber Pontificalis est centrale. Elle s'ouvre par l'origine grecque, le père Plato, et un portrait moral nuancé : Jean est savant, éloquent, instruit, mais timide.[29] Cette dernière qualification est rare dans le Liber Pontificalis, qui préfère d'ordinaire les portraits laudatifs. Elle annonce l'épisode du concile in Trullo, vrai pivot du jugement biographique.

« Jean, de nation grecque, fils de Plato. » — Liber Pontificalis, ouverture de la notice de Jean VII[30]

Le même texte donne la charpente du pontificat : élection au Latran, construction de l'oratoire marial à Saint-Pierre, fresques de Santa Maria Antiqua, restauration de Subiaco, renvoi sans signature des actes du in Trullo, restitution des Alpes Cottiennes par Aripert II, dix-neuf évêques ordonnés, sépulture dans l'oratoire marial.[31]

Treccani : la clé d'interprétation

La notice de Luigi Andrea Berto, parue dans l'Enciclopedia dei Papi de l'Istituto Treccani en 2000, est précieuse parce qu'elle replace Jean VII dans son cadre byzantin, romain et artistique à la fois. Elle évite deux lectures fausses : la lecture "grecque" qui voudrait que Jean VII soit un agent de Constantinople — démentie par son refus de signer les actes du in Trullo — et la lecture purement décorative qui sous-estimerait la puissance théologique de son programme iconographique.[32]

Berto insiste sur la cohérence du programme : l'oratoire marial de Saint-Pierre, les fresques de Santa Maria Antiqua, les commandes pour Sainte-Marie-du-Trastevere et pour le palais du Palatin convergent vers une affirmation visuelle de l'autorité romaine dans un moment où celle-ci est doctrinalement pressée par l'Empire.

Les sources artistiques : Grimaldi, Tasselli, Nordhagen, Van Dijk

L'oratoire marial de Saint-Pierre est détruit en 1609 lors de la construction de la basilique moderne. Avant la démolition, le chanoine Giacomo Grimaldi et le peintre Domenico Tasselli en font des dessins et des descriptions précises. Ces documents — conservés à la Bibliothèque vaticane — sont aujourd'hui la principale source de reconstitution.[33]

Au XXe siècle, le norvégien Per Jonas Nordhagen publie une étude monumentale des fresques de Santa Maria Antiqua sous Jean VII (1968). Plus récemment, Ann Van Dijk a reconstitué le cycle pétrinien et marial de l'oratoire de Saint-Pierre.[34][35]

Avant le pontificat : le fils de Plato

Plato curopalate du Palais impérial

Le Liber Pontificalis présente Jean VII comme le fils de Plato, sans préciser sa charge : Plato portait le titre de curopalate, c'est-à-dire de haut dignitaire byzantin préposé au palais impérial. C'est l'épitaphe que Jean VII fera lui-même dédier à ses parents, et qui sera conservée jusqu'au XVe siècle dans l'église Sainte-Anastasie au pied du Palatin, qui révèle l'essentiel : Plato avait reçu la responsabilité de la cura Palatii urbis Romae, la restauration du Palais impérial de Rome.[36][37]

Au VIIe siècle, le titre exact relève des fonctions administratives byzantines confiées par l'exarque de Ravenne à des hauts fonctionnaires de Rome. Plato n'est pas un empereur en miniature ; il est un gestionnaire du patrimoine impérial à Rome, ce qui suppose à la fois une fortune personnelle, une compétence administrative et une proximité réelle avec le pouvoir byzantin.[38]

Plato meurt en 686 — l'épitaphe que Jean VII fit graver pour ses parents à Sainte-Anastasie précise le 7 novembre — ; sa femme Blatta meurt l'année suivante, en 687. Jean les fait enterrer à Sainte-Anastasie, près du Palatin. La qualité littéraire de cette épitaphe révèle la culture du milieu familial.[39]

Calabre, Rossano et l'hypothèse Cassiodore

Selon une tradition rapportée par plusieurs notices modernes, la famille de Plato serait originaire de Rossano, en Calabre byzantine, et Jean VII aurait pu naître dans cette région vers 650.[40] L'hypothèse est cohérente avec le double caractère gréco-italien de l'aristocratie administrative du sud byzantin, mais aucune source primaire ne la confirme directement.

L'article ne doit donc pas en faire un fait acquis. Ce qui est sûr est suffisant : Jean est culturellement grec, romain par son éducation et son service, et appartient à un milieu aristocratique cultivé qui lit, qui écrit, qui commande des œuvres d'art et qui sert l'Église.

Recteur du patrimoine de la Via Appia

En 687, Jean est attesté comme recteur du patrimoine de la Via Appia.[41] La charge est concrète : l'Église romaine possède de vastes biens fonciers le long de l'Appienne, qui nourrissent ses clercs, ses pauvres et ses diaconies. Le recteur en gère les revenus, les fermages, les contestations.

Cette fonction administrative explique en partie le ton sévère du Liber Pontificalis sur sa "timidité" : un homme de patrimoine, formé à la prudence administrative, n'est pas spontanément un canoniste audacieux. Mais c'est aussi un homme qui sait organiser, financer, restaurer — qualités qui rendront possible la générosité artistique de son pontificat.

Une formation orientale au service de Rome

Plato, le Palatin et le jeune Jean — de la charge palatine de son père à son propre gouvernement pontifical. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Treccani note que Jean VII maîtrisait le grec autant que le latin.[42] Cette double compétence est précieuse à un moment où les controverses doctrinales avec Constantinople se mènent en grec. Jean comprend les actes du in Trullo, lit les canons, mesure ce qu'ils impliquent pour la discipline romaine — et c'est précisément cette compétence qui rend son refus de les signer d'autant plus significatif. Il sait ce qu'il refuse.

L'élection au Latran (1er mars 705)

Une transition rapide après Jean VI

Jean VI meurt le 11 janvier 705. La vacance dure environ sept semaines avant l'élection de Jean VII le 1er mars.[43][44] Cette relative rapidité est le fruit indirect de la réforme obtenue par Benoît II de Constantin IV vingt ans plus tôt : la confirmation impériale de l'élection pontificale n'est plus systématiquement attendue depuis Constantinople.

Le contexte byzantin de Justinien II restauré

L'élection de Jean VII tombe exactement au moment où Justinien II vient d'être restauré sur le trône de Constantinople après dix ans d'exil. L'empereur arrive en septembre 705 ; quelques mois plus tard, il enverra ses émissaires à Rome avec les actes du in Trullo.[45] Le nouveau pape n'a donc pas le temps de s'installer paisiblement : la pression byzantine arrive presque immédiatement.

Le Liber Pontificalis note que l'élection se déroule selon la coutume, sans préciser de tension électorale particulière. Jean VII est consacré dans la basilique Saint-Pierre et installé au Latran — avant de transférer, peu après, le siège pratique de son gouvernement au Palatin.[46]

Jean VII et le concile in Trullo

Le Quinisexte : un concile sans Rome

Le concile in Trullo, dit aussi Quinisexte parce qu'il complète les disciplines des cinquième et sixième conciles œcuméniques, s'est réuni à Constantinople en 691-692 sous Justinien II, dans la salle du Palais impérial appelée Troullos (la coupole). Il a promulgué 102 canons disciplinaires dont plusieurs s'opposent directement aux usages romains : célibat ecclésiastique, jeûnes, représentations iconographiques, autorité du patriarche de Constantinople.[47]

Aucun légat romain n'avait reçu mandat pour souscrire aux canons. Serge I avait refusé de signer, rejetant les actes comme invalides — eos ut invalidos respuit atque abiecit, « il les rejeta comme invalides et les repoussa », au point de choisir, dit son biographe, plutôt la mort que le consentement.[48] Justinien II avait alors envoyé son spathaire Zacharias pour arrêter Serge à Rome ; la milice de Ravenne s'était soulevée et avait protégé le pape.[49][50][51]

L'envoi des actes par Justinien II en 706

Restauré sur le trône en 705, Justinien II reprend le dossier. Selon le Liber Pontificalis, il fait copier les actes du in Trullo et envoie à Rome deux métropolites porteurs des canons. La lettre impériale demande au pape de réunir un synode et d'indiquer lesquels des cent deux canons seraient acceptables et lesquels devraient être corrigés.[52][53]

L'occasion est ambiguë. Justinien II semble offrir une procédure régulière : examen romain, retour critique, dialogue. Mais le contexte impose la méfiance. L'empereur vient de mutiler et déposer le patriarche Callinikos pour le remplacer par Cyrus ; il a fait massacrer ses opposants ; il vient d'envoyer une expédition en Crimée pour se venger des Khersoniens.[54] Un pape qui ratifierait, même partiellement, les actes du in Trullo engagerait Rome dans une procédure dont il ne contrôlerait pas la suite.

Humana fragilitate timidus : la critique du biographe

Jean VII fait un choix discret : il renvoie les actes sans aucune correction, par les mêmes métropolites qui les avaient apportés. Il ne signe pas, il ne condamne pas, il ne convoque pas de synode. Le Liber Pontificalis — rédigé par un contemporain ou un proche — porte sur ce geste un jugement sévère :

« Mais lui, timide par fragilité humaine, les adressa au prince par les susdits métropolites, sans y apporter aucune correction. » — Liber Pontificalis, notice de Jean VII (Duchesne, t. I, p. 386)[55]

Le mot humana fragilitate est cinglant. Il s'oppose au courage de Serge I, qui avait osé écrire que les actes étaient sans autorité. La biographie suggère que Jean a eu peur, qu'il a préféré la prudence administrative à la franchise canonique, et que cette timidité doctrinale a manqué à sa charge.

Une prudence ou une lâcheté ? Lecture catholique de l'épisode

L'article catholique ne doit pas reproduire mécaniquement le jugement du biographe. Plusieurs raisons invitent à le nuancer.

Premièrement, Jean VII n'a rien ratifié. Le contenu canonique du in Trullo — célibat, jeûnes du samedi, représentation symbolique du Christ, autorité accordée à Constantinople sur Rome — n'a jamais été reçu à Rome. Le silence de Jean VII n'est pas une signature implicite : il est un refus poli. Renvoyer un texte sans aucune correction, c'est aussi refuser de le faire sien. Aucune décrétale, aucun canon n'a été émis pour intégrer le in Trullo à la discipline romaine.

Deuxièmement, la situation politique était dramatique. Justinien II avait montré, dès sa restauration, qu'il pouvait faire massacrer, mutiler, exiler. Une condamnation explicite des actes aurait probablement déclenché une expédition impériale ou une nouvelle tentative d'arrestation du pape. La prudence de Jean VII a peut-être préservé Rome d'une crise immédiate.

Troisièmement, la New Catholic Encyclopedia note que ce geste pouvait signifier que la question canonique n'était plus ouverte : en ne corrigeant rien et en ne signant rien, Jean rejetait implicitement la prétention impériale à imposer une réception romaine — lecture consonante avec l'analyse d'Andrew Ekonomou sur les papes grecs face à Byzance.[56][57]

Quatrièmement, le geste préparait la suite : sous Constantin, successeur de Sisinnius, la rencontre de Nicomédie en 711 verra Justinien II se prosterner devant le pape et lui baiser les pieds[58] ; mais la teneur exacte des entretiens sur le in Trullo est inconnue, et aucune réception romaine des actes n'est attestée.[59] Si Jean VII avait fermé brutalement la porte, cette rencontre n'aurait peut-être pas été possible.

L'article doit donc dire honnêtement deux choses : la critique du Liber Pontificalis est compréhensible — un pape plus combatif eût dénoncé plus clairement les canons offensants. Mais le résultat objectif est protecteur : rien n'a été reçu, rien n'a engagé Rome. La temporisation de Jean VII a permis de tenir la position de Serge I sans déclencher la crise frontale qui pendait.

Position du papeEffet immédiatEffet à long terme
Signer les actes (hypothèse non choisie)Apaiser Justinien IIEngager Rome sur une discipline orientale contestée
Rejeter explicitement les actes (Serge I)Provoquer une expédition impérialeRisque d'arrestation et de schisme
Renvoyer sans correction (Jean VII)Éviter l'affrontement immédiatLaisser à Constantin un dossier ouvert : rencontre de Nicomédie (711), teneur inconnue, sans réception romaine attestée

Le pape des Lombards : la paix retrouvée

Faroald II de Spolète et le monastère de Farfa

Le pontificat de Jean VII s'inscrit dans un moment rare : la paix relative avec le royaume lombard. Le duc Faroald II de Spolète sollicite du pape — et, selon la notice Treccani, obtient — la confirmation des biens du monastère Sainte-Marie de Farfa, restauré au début du VIIIe siècle par l'abbé Thomas de Maurienne après une longue désertion.[60] L'acte pontifical invoqué à l'appui est toutefois d'authenticité discutée, et sa datation précise (parfois donnée au 30 juin 705) n'a pu être recoupée ici : elle n'est donc pas reprise en l'état, en attendant une vérification sur Costambeys et les archives de Farfa.[61][62]

Le geste est doublement significatif. Spolète est officiellement lombard, donc en principe ennemi de Rome ; et pourtant Faroald se tourne vers le pape pour valider la propriété d'un monastère sur son territoire. La papauté apparaît comme autorité de référence morale et juridique dans toute l'Italie, par-dessus la frontière politique entre Byzance et les Lombards.

Aripert II et la restitution des Alpes Cottiennes

Le geste lombard le plus important du pontificat est celui d'Aripert II, roi des Lombards. Soixante ans plus tôt, le roi Rotari avait confisqué les patrimoines des Alpes Cottiennes appartenant à l'Église romaine. Aripert II les restitue par un diplôme rédigé en lettres d'or, envoyé à Rome.[63][64][65]

Le Liber Pontificalis note cet acte avec une satisfaction visible :

« De son temps, Aripert, roi des Lombards, rétablit au propre droit du bienheureux Pierre, prince des apôtres, la donation du patrimoine des Alpes Cottiennes, rédigée en lettres d'or. » — Liber Pontificalis, notice de Jean VII (Duchesne, t. I, p. 385)[66]

La portée n'est pas seulement patrimoniale. Aripert II reconnaît, dans son geste, le droit ancien de l'Église romaine sur des territoires alpins traversés par les Lombards depuis des générations. Cette reconnaissance prépare le langage juridique qui sera celui de Grégoire II quelques décennies plus tard, lorsque la papauté commencera à construire son patrimoine en autonomie politique vis-à-vis de Byzance.

Une géographie inversée

ActeurGesteCadre juridique
Empereur byzantin Justinien IIEnvoi des actes in Trullo à signerPression conciliaire et politique
Duc lombard Faroald II de SpolèteConfirmation des biens de FarfaReconnaissance de l'autorité morale du pape
Roi lombard Aripert IIRestitution des Alpes CottiennesReconnaissance du droit ancien de Rome
Pape Jean VIIRenvoi des actes ; oratoire marial ; restaurationsAffirmation visuelle et silencieuse de la primauté

Le tableau dit l'essentiel : sous Jean VII, l'empereur exige et le roi barbare restitue. Cette inversion n'est pas anecdotique ; elle annonce le basculement politique du VIIIe siècle.

Le pape bâtisseur : architecture et déplacement du gouvernement

Le palais épiscopal sur le Palatin

L'acte de gouvernement le plus visible de Jean VII est l'installation de la résidence papale au Palatin. Le Liber Pontificalis note qu'il fit construire un palais épiscopal super eandem ecclesiam, "au-dessus de cette même église" — c'est-à-dire au-dessus de Santa Maria Antiqua au Forum, sur le Palatin, où il finit d'ailleurs ses jours.[67][68]

Le geste a été lu de plusieurs façons. Pour certains, il s'agissait simplement d'occuper un espace impérial déserté ; pour d'autres, il s'agissait d'affirmer l'autorité pontificale au cœur de l'ancien pouvoir romain.[69] L'historiographie récente penche pour une lecture mixte : Jean VII tire profit de l'expérience administrative de sa famille au Palatin, mais il donne aussi à la papauté un point d'ancrage prestigieux dans une ville où la basilique du Latran reste périphérique par rapport au Forum.

Le geste ne dura pas. Après sa mort, ses successeurs revinrent au Latran. Mais l'épisode reste un indice précieux de la manière dont Jean VII pense l'autorité romaine — par les lieux, par les images, par la mémoire, plus que par la décrétale.

La restauration du monastère de Subiaco

Subiaco — Jean VII restaure le monastère bénédictin après un siècle d'abandon causé par les ravages lombards. Photo Wikimedia Commons.

L'historien Horace Mann attribue à Jean VII la restauration du monastère de Subiaco, fondé par saint Benoît au VIe siècle, détruit par les Lombards en 601 et abandonné depuis plus de cent ans : le pape restaure les bâtiments et y envoie l'abbé Étienne pour y faire reprendre la vie monastique.[70]

Cette restauration est plus qu'un geste de piété personnelle. Au moment où la paix avec les Lombards permet le retour, Jean VII signale par son acte que la vie bénédictine peut reprendre dans le berceau même où elle est née. La continuité avec saint Benoît se trouve réaffirmée, et Subiaco devient l'un des points où la spiritualité monastique du VIIIe siècle se reconstruira.

Sainte-Eugénie, les catacombes de Damase, Marcellin et Marc

Le pontificat est aussi marqué par de plus petites restaurations : la basilique de Sainte-Eugénie sur la Via Latina, les catacombes des saints Marcellin et Marc, et celles du pape saint Damase.[71][72] Ces interventions n'ont pas l'éclat des grandes mosaïques, mais elles montrent un pape attentif à la mémoire matérielle de l'Église romaine — tombes des martyrs, sanctuaires anciens, lieux de culte des premières générations.

ChantierLieuType d'interventionFonction
Oratoire marialAncienne basilique Saint-PierreConstruction et mosaïquesSépulture pontificale, dévotion mariale
Santa Maria AntiquaForum romainFresques absidiale et latéralesProgramme romain anti-monothélite
Palais épiscopalPalatinConstructionRésidence papale temporaire
SubiacoMonts SimbruinsRestauration des bâtimentsReprise de la vie bénédictine
Sainte-EugénieVia LatinaRestaurationCulte des martyrs
Catacombes de Damase, Marcellin et MarcRomeRéparationsMémoire des premiers chrétiens

Le pape iconographe : un programme marial sans précédent

L'oratoire de la Vierge à l'ancienne basilique Saint-Pierre

L'œuvre la plus ambitieuse de Jean VII est la construction d'un oratoire dédié à la Vierge Marie dans l'ancienne basilique Saint-Pierre, à l'extrémité orientale de la nef nord.[73][74] L'oratoire est richement décoré de mosaïques que le pape destine à abriter son propre tombeau.

Le programme iconographique est exceptionnel. Il comprend :

  • une grande Vierge en majesté, Theotokos trônant, dont un fragment monumental est aujourd'hui conservé à la basilique San Marco de Florence ;[75]
  • un cycle christologique complet : Annonciation, Visitation, Nativité, Présentation, Baptême du Seigneur, Transfiguration, Crucifixion, Anastasis, Pentecôte ;
  • un cycle pétrinien consacré à saint Pierre : prédication à Jérusalem, à Antioche, à Rome, combat contre Simon le Magicien et martyre — Pierre y est représenté à une échelle disproportionnée par rapport aux fidèles agenouillés, manière visuelle d'affirmer la primauté pétrinienne.[76]

Le cycle pétrinien : Jérusalem, Antioche, Rome

Le choix de représenter explicitement la prédication de Pierre à Jérusalem, Antioche et Rome n'est pas neutre. Au moment où Constantinople prétend organiser la discipline universelle de l'Église par le in Trullo, l'oratoire de Saint-Pierre rappelle visuellement les trois sièges pétriniens : Jérusalem où Pierre prêcha le premier, Antioche dont il fut le premier évêque, et Rome où il mourut martyr et où repose son corps.

C'est une théologie en image : Pierre est tout entier dans son successeur de Rome, et nulle assemblée constantinopolitaine ne peut prétendre se substituer à lui. L'ironie historique veut que cette affirmation visuelle accompagne la "timidité" doctrinale dénoncée par le Liber Pontificalis. Jean VII n'a peut-être pas écrit la décrétale qui condamnait le in Trullo ; mais il a construit le mur qui le récusait.

« L'oratoire de Jean VII présentait Pierre prêchant à Jérusalem, à Antioche et à Rome, une affirmation visuelle de la primauté romaine au moment même où Constantinople prétendait l'éclipser. » — paraphrase du programme reconstitué par Ann Van Dijk[77]

Le portrait du pape vivant et le nimbe carré

Le pape Jean VII est représenté dans l'oratoire lui-même, agenouillé aux pieds de la Vierge, portant la maquette de l'édifice qu'il a fait construire. Il compte parmi les premiers papes à se faire représenter en donateur dans une mosaïque vaticane.[78][79][80]

Surtout, son portrait porte un nimbe carré (nimbus quadratus), signe convenu dans l'iconographie romaine pour désigner un personnage encore vivant au moment où l'image a été exécutée, par opposition au nimbe circulaire des saints, des anges et des défunts.[81] Jean VII se met donc en scène de son vivant, comme commanditaire et témoin, dans un programme qui culmine avec la Vierge et avec Pierre.

Cette mise en scène n'est pas un signe d'orgueil. Elle est une affirmation d'autorité : c'est le pape vivant, et non un saint canonisé, qui parle dans la mosaïque. Et il parle pour défendre la foi romaine.

La Madonna della Clemenza à Sainte-Marie-du-Trastevere

Madonna della Clemenza — icône mariale de Santa Maria in Trastevere, avec un pape donateur minuscule agenouillé aux pieds de la Vierge. Photo Wikimedia Commons.

À la même époque, une grande icône en encaustique sur bois orne la basilique Santa Maria in Trastevere : la Madonna della Clemenza. La Vierge y trône en Basilissa, parée des insignes impériaux byzantins, et un pape minuscule est agenouillé à ses pieds : probablement Jean VII lui-même, qui en serait alors le commanditaire.[82]

L'icône (environ 164 × 116 cm) compte parmi les plus anciennes icônes mariales conservées en Occident, mais sa datation reste contestée (VIe-IXe siècle). Son attribution à une commande de Jean VII — fondée notamment sur la ressemblance du costume de la Vierge avec celui de ses autres programmes romains — est l'hypothèse jugée la plus probable par l'étude universitaire de référence, sans être certaine.[83]

Les fresques de Santa Maria Antiqua au Forum

Santa Maria Antiqua — fresques de l'époque de Jean VII, avec scènes de la vie du Christ et apôtres en médaillons. Photo Wikimedia Commons.

À Santa Maria Antiqua, ancienne église palatine établie dans une salle de l'ancien palais impérial du Forum, Jean VII fait peindre un programme monumental dont une grande partie subsiste aujourd'hui — c'est l'ensemble pictural italien le mieux conservé du début du VIIIe siècle.[84]

Le programme comporte une Crucifixion absidiale monumentale et des cycles de saints, papes et Pères de l'Église. La présence de quatre papes — Jean VII lui-même, Léon II, un autre pape (souvent identifié à Léon le Grand) et Martin I — tenant des rouleaux où l'on a lu des références aux décrets anti-monothélites est interprétée par plusieurs historiens comme une revendication visuelle de l'orthodoxie romaine dans la crise des deux volontés du Christ.[85] J.-M. Sansterre conteste l'idée d'une réponse mécanique au canon 82 du in Trullo (qui interdisait la représentation du Christ sous forme d'agneau) ; il insiste plutôt sur la continuité doctrinale affichée entre Latran (649) et le programme de Jean VII.[86]

Le programme iconographique de Jean VII — oratoire marial, cycle pétrinien, Santa Maria Antiqua, Madonna della Clemenza et portrait vivant au nimbe carré. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Per Jonas Nordhagen, dans son étude monumentale de 1968, a montré la cohérence stylistique du programme : un atelier formé à la fois aux conventions byzantines et romaines, qui peint en partant du haut vers le bas, avec des tuniques fluides et des visages animés.[87]

Réforme des clercs anglo-saxons

Les pèlerins anglo-saxons à Rome

Au début du VIIIe siècle, Rome attire un grand nombre de pèlerins, clercs et moines anglo-saxons. La ville est le terme du peregrinatio ad limina apostolorum — pèlerinage aux seuils des apôtres Pierre et Paul. Plusieurs séjournent longuement dans la ville, certains s'y fixent.

Un fragment de lettre pontificale aux évêques anglais, traditionnellement rattaché à Jean VII, rapporte que le pape a remarqué l'usage répandu, chez ces clercs anglo-saxons résidant à Rome, de porter l'habit séculier plutôt que la tenue ecclésiastique.[88][89] L'usage scandalisait les Romains et brouillait l'identité des clercs. L'attribution à Jean VII reste toutefois discutée : Haddan et Stubbs datent ce fragment de 704, soit le règne de Jean VI, et Mansi conjecture qu'il vise les clercs venus à Rome dans l'entourage de Wilfrid.[90]

L'abandon de l'habit séculier

Selon l'attribution traditionnelle à Jean VII, le pape intervient : d'après ce fragment, il "persuada" les clercs anglo-saxons d'abandonner cet usage et d'adopter la tenue ecclésiastique, puis écrit en Angleterre pour recommander la même réforme aux clercs restés dans leur patrie.[91][92]

Ce geste est mineur dans la chronique des grands actes pontificaux, mais il révèle une autre face de Jean VII : un pape pastoral, attentif à la discipline concrète, qui se soucie de la cohérence de la vie cléricale.

La transmission par Bède

L'épisode est connu en Angleterre. Bède le Vénérable, dans son De temporum ratione écrit vers 725, mentionne explicitement l'oratoire marial que Jean VII a construit à Saint-Pierre.[93] La continuité anglo-romaine de la mémoire des papes du début du VIIIe siècle passe en partie par lui. Le souvenir de Jean VII est ainsi sauvé en Angleterre, à travers le canal du monachisme bénédictin, en même temps que la papauté commence à se tourner durablement vers le nord.

Gouvernement, ordinations et mort

Dix-neuf évêques en deux ans

Le Liber Pontificalis attribue à Jean VII l'ordination de dix-neuf évêques au cours de son pontificat — la notice ne mentionne aucune ordination de prêtres ni de diacres.[94] Le chiffre est élevé pour un pontificat de deux ans et sept mois. Il révèle un pape administrativement actif, malgré la "timidité" reprochée sur le dossier byzantin.

Le Liber Pontificalis le présente comme savant et éloquent — Vir eruditissimus et facundus in eloquentia.[95] Ces qualifications ne sont pas conventionnelles : elles signalent un pape de culture, capable de rédiger lui-même les inscriptions de ses œuvres et de composer les épitaphes de ses parents.[96]

La mort le 18 octobre 707

Jean VII meurt dans son palais du Palatin le 18 octobre 707. Le Liber Pontificalis ne précise pas la cause ; les notices modernes évoquent une fin probablement liée à l'âge ou à la maladie, sans drame politique connu.[97][98] L'âge supposé — environ 57 ans s'il était né vers 650 — reste une hypothèse.

La sépulture dans la chapelle de la Vierge

Jean VII est enterré exactement là où il l'avait voulu : dans l'oratoire marial qu'il avait fait construire à l'ancienne basilique Saint-Pierre.[99] Le geste est rare : selon la seule synthèse moderne qui l'affirme ici (Treccani, Berto), il serait le premier pape à se faire inhumer dans un oratoire construit expressément pour lui, accolé à la basilique pétrinienne.[100]

Le geste lie à perpétuité son nom à la Vierge, à Pierre et à la basilique vaticane. Quand le chantier de la basilique moderne, sous Paul V, démolit l'oratoire en 1609, on transfère ses ossements dans la nouvelle basilique, et plusieurs fragments de ses mosaïques sont conservés à San Marco de Florence, à Santa Maria in Cosmedin et dans les Grottes vaticanes.[101]

Sisinnius et Constantin : la succession

La mort de Jean VII ouvre une vacance d'environ trois mois. Son successeur, Sisinnius (Syrien), est élu et consacré le 15 janvier 708. Il meurt vingt jours plus tard. Lui succède Constantin, qui se rendra en personne à Nicomédie en 710-711 pour rencontrer Justinien II — rencontre dont la teneur exacte est inconnue et qui ne se solde par aucune réception romaine attestée des actes du in Trullo.[102]

L'enchaînement Jean VII → Sisinnius → Constantin est instructif : ce que Jean n'a pas voulu trancher est resté ouvert sous Constantin — reçu avec les honneurs à Nicomédie en 711, sans réception romaine attestée des actes —, puis la mort violente de Justinien II la même année a éteint le dossier.[103]

Héritage

Un pape de transition culturelle

Jean VII appartient à une série de papes grecs ou syriens qui marquent la fin du VIIe et le début du VIIIe siècle : Léon II, Conon, Serge I, Jean VI, Jean VII, Sisinnius, Constantin. Cette série n'est pas une "captivité byzantine" de la papauté ; elle est l'expression de la catholicité concrète d'une Église qui, à un moment où l'Orient est blessé par les conquêtes musulmanes, intègre dans son gouvernement des clercs cultivés venus de partout.

Jean VII est, dans cette série, le pape le plus visuellement ambitieux. Aucun autre n'a laissé un programme iconographique comparable — oratoire marial, fresques palatines, icône en majesté, portrait au nimbe carré.

Un défi pour la lecture catholique : le silence est-il faiblesse ?

L'épisode du in Trullo reste un point délicat. Le Liber Pontificalis parle de "fragilité humaine" ; les historiens parlent de "passivité"; les commentateurs modernes parlent de "prudence". Une lecture catholique honnête doit dire ceci :

  • rien n'a été reçu ; aucun canon du in Trullo contraire à la discipline romaine n'est entré dans la tradition latine ;
  • rien n'a été condamné explicitement ; Jean VII n'a pas anathématisé le concile, ce qui aurait été inutile et dangereux ;
  • la position de Serge I a été préservée ; Rome a tenu, même par un silence, ce qu'elle avait affirmé verbalement sous le pontificat précédent.

Le silence de Jean VII n'est pas idéal. Un pape plus combatif aurait peut-être écrit une réponse claire. Mais le résultat objectif est conforme à l'orthodoxie : la liberté du Siège apostolique de ne pas ratifier un concile auquel il n'avait pas pris part demeure entière.

Un témoin du culte marial romain

Le programme marial de Jean VII — oratoire de Saint-Pierre, Madonna della Clemenza, fresques de Santa Maria Antiqua, restauration de Subiaco — fait de lui l'un des fondateurs de la dévotion mariale romaine médiévale. Sainte-Marie-Majeure existait déjà depuis Sixte III ; mais Jean VII multiplie les lieux où l'image de la Vierge est honorée, et il crée un précédent : un pape peut se prosterner publiquement aux pieds de la Mère de Dieu dans une œuvre destinée à durer.

Cette dimension n'est pas anecdotique pour un site comme Ignispedia, qui défend la mariologie catholique. Jean VII anticipe, à sa manière, des gestes que feront plus tard les papes médiévaux et modernes : confier à la Vierge la mémoire du pontificat, se mettre humblement à ses pieds, faire de la basilique vaticane un lieu marial autant que pétrinien.

Une leçon pour lire les pontificats "intermédiaires"

Jean VII appartient au sous-arbre "Nos autres articles" d'Ignispedia. Ce n'est pas un pape de premier rang dans la mémoire commune ; il n'a ni concile à son nom, ni grande encyclique, ni martyre éclatant. Mais son dossier éclaire une loi importante de l'histoire de la papauté : un pontificat "secondaire" peut être un carrefour où se jouent simultanément la résistance doctrinale, l'affirmation visuelle, la diplomatie avec les royaumes barbares et la culture liturgique.

Sans Jean VII, on comprendrait mal comment la papauté du début du VIIIe siècle a survécu à la pression byzantine sans céder doctrinalement, comment elle a noué les premiers liens pacifiques avec les Lombards, et comment elle a inventé un langage visuel qui prendra toute sa force au siècle suivant.

Objections et réponses

"Jean VII a-t-il trahi la foi en renvoyant les actes ?"

Non. Renvoyer les actes du in Trullo sans aucune correction n'est pas une signature. C'est précisément un refus de signer. Le contenu canonique du concile n'a jamais été reçu à Rome, et la position romaine — les actes rejetés comme invalides, selon la formule du biographe de Serge I — est demeurée intacte. La critique du Liber Pontificalis porte sur le style de la réponse, pas sur son fond.[104][105][106]

"Pourquoi son culte n'a-t-il pas été développé ?"

Parce que la postérité a retenu l'épisode de la "fragilité humaine" plutôt que les œuvres mariales et la restitution des Alpes Cottiennes. Jean VII n'a pas été canonisé. Mais l'absence de culte officiel ne dit rien de son orthodoxie : elle dit seulement que son pontificat n'a pas produit l'éclat narratif qui aurait permis une canonisation médiévale.

"Faut-il y voir un pape byzantin au sens politique ?"

Non. Jean VII est culturellement grec, mais politiquement romain. Il a refusé de ratifier le concile imposé par Constantinople, il a négocié avec un roi lombard, il a fait peindre un programme iconographique exaltant Pierre et la Vierge à Rome, et il a déplacé le centre de son gouvernement au Palatin — pas à Ravenne, pas à Constantinople. Treccani insiste sur cette nuance : la catholicité linguistique des papes orientaux du VIIe-VIIIe siècle n'a jamais signifié leur dépendance politique envers l'Empire.[107]

"Le déplacement au Palatin n'est-il qu'un caprice familial ?"

Le geste a une racine biographique — Plato y avait administré le Palais impérial — mais il a aussi une signification publique. En installant un palais épiscopal au Palatin, Jean VII signifie que la papauté n'est étrangère à aucun lieu de Rome. Le retour de ses successeurs au Latran montre que le déplacement n'a pas été durable ; il reste néanmoins un indice fort de la conscience que Jean VII avait de l'autorité visible de son siège.

Pour aller plus loin

  • Pape Jean VI — prédécesseur immédiat de Jean VII, lui aussi grec, élu peu de mois après l'effondrement du premier règne de Justinien II.
  • Pape Sisinnius — successeur immédiat de Jean VII, syrien, mort vingt jours après son élection.
  • Pape Constantin — successeur de Sisinnius, qui rencontrera Justinien II à Nicomédie en 710-711 : entretiens à la teneur inconnue, sans réception romaine attestée des actes du in Trullo.
  • Pape saint Serge I — premier pape à avoir refusé de signer les actes du in Trullo, dont Jean VII reprend la position en silence.
  • Concile de Constantinople III (680-681) — sixième concile œcuménique, condamnation du monothélisme, dont la réception romaine a été assurée par les papes précédant Jean VII.
  • Le monothélisme — hérésie christologique combattue par le programme iconographique de Santa Maria Antiqua sous Jean VII.
  • Sanctuaire de Subiaco — monastère bénédictin restauré par Jean VII après un siècle d'abandon.
  • L'ancienne basilique Saint-Pierre — basilique où Jean VII fait construire l'oratoire marial qui deviendra sa sépulture, démolie en 1609.

Notes et sources

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle "Ioannes VII" : 86e pape de l'Église catholique, début du pontificat 1.III.705, fin 18.X.707, origine grecque. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/giovanni-vii.html.

    1 27
  2. Luigi Andrea Berto, "GIOVANNI VII", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, Rome, 2000 (notice lue intégralement) : origine grecque, mère Blatta, père Platon membre de l'administration byzantine chargé de la cura Palatii urbis Romae (restauration de l'ancien palais impérial du Palatin, devenu la résidence du lieutenant de l'exarque), épitaphe familiale dédiée par Jean VII à ses parents et conservée à Sainte-Anastasie jusqu'au XVe siècle, qui fixe la mort de Platon au 7 novembre 686 et celle de Blatta à l'année suivante (« suo padre morì il 7 novembre 686, la madre invece spirò l'anno successivo »), recteur du patrimoine de la Via Appia en 687 (« nel 687 G. aveva l'incarico di rettore del Patrimonio della via Appia »), élection au Latran le 1er mars 705, bons rapports avec les Lombards (Faroald II de Spolète et Farfa ; diplôme d'Aripert II restituant les Alpes Cottiennes, conquises par « Rotari circa sessant'anni prima » lors de la conquête de la Ligurie), pression de Justinien II restauré en 705 (Callinikos déposé et aveuglé, envoi des actes du Quinisexte avec demande de synode romain — « Non abbiamo a disposizione i risultati di questo sinodo »), renvoi des actes sans correction blâmé par le biographe, programme de Santa Maria Antiqua (Crucifixion, débat Sansterre sur le canon 82, quatre papes et quatre Pères aux rouleaux du Latran de 649), oratoire marial de Saint-Pierre et sa sépulture — « fu il primo a farsi inumare in un oratorio costruito appositamente » —, nouveau palais sur le Palatin (présenté comme probable), Sainte-Eugénie, cimetières de Marcellin, Marc et Damase, mort le 18 octobre 707 — avec une réserve : Berto écrit « G. ordinò diciotto vescovi » (dix-huit), lecture normalisée non retenue ici : le texte Duchesne porte numero XVIIII, rendu « 19 bishops » par Davis. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/giovanni-vii_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/.

    2 11 12 13 16 17 20 23 32 36 38 39 41 42 44 45 49 53 54 60 63 68 69 71 76 78 84 85 86 100 105 107
  3. Liber Pontificalis, notice "Ioannes VII", éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis. Texte, introduction et commentaire, t. I, Paris, 1886, p. 385-387 ; texte latin : origine grecque, père Platon, durée ann. II mens. VII dies XVII (p. 385), formation et qualités (Vir eruditissimus et facundus in eloquentia, p. 385), construction de l'oratoire marial à Saint-Pierre, fresques et ambon de Santa Maria Antiqua, palais épiscopal du Palatin (p. 385 : super eandem ecclesiam episcopium… illicque… vitam finivit), Sainte-Eugénie et cimetières de Marcellin, Marc et Damase (p. 385), restitution des Alpes Cottiennes par Aripert II (p. 385), venue de Justinien II par la Bulgarie avec Tervel (p. 385 : per loca Vulgariae cum Terveli), envoi des actes du in Trullo par Justinien II et renvoi sans correction par Jean VII (pp. 385-386), dix-neuf évêques ordonnés (p. 386 : numero XVIIII) sans mention de prêtres ni de diacres, sépulture dans l'oratoire marial (variantes p. 386 ; sub die XV kal. nov., indictione VI). La notice ne mentionne ni la charge de recteur de la Via Appia (connue par l'épitaphe familiale, voir Treccani), ni Subiaco, ni les clercs anglo-saxons (connus par la lettre fragmentaire, voir note Mann). Originaux latins cités dans le corps, d'après la leçon Duchesne (t. I) : « Iohannes, natione Grecus, de patre Platone » (ouverture de la notice, p. 385) ; « Sed hic, humana fragilitate timidus, hos nequaquam emendans per suprafatos metropolitas direxit ad principem » (renvoi des actes du Quinisexte, p. 386 : « timidus », non « perterritus » ; « hos nequaquam emendans… direxit », non « sine ulla emendatione remisit ») ; « Huius temporibus Aripertus rex Langobardorum donationem patrimonii Alpium Cutiarum […] in litteris aureis exaratam iuri proprio beati apostolorum principis Petri reformavit » (restitution des Alpes Cottiennes, p. 385 : diplôme « rédigé en lettres d'or », non « lame d'or »).

    3 6 7 10 14 18 28 29 30 31 43 46 52 55 65 66 67 79 94 95 96 97 99 104
  4. Horace Mann, "Pope John VII", The Catholic Encyclopedia, vol. 8, Robert Appleton Company, New York, 1911 ; transcription New Advent : pontificat du 1er mars 705 au 18 octobre 707, fils de Plato et Blatta, recteur du patrimoine sur la Via Appia avant le pontificat, restauration de Santa Maria Antiqua et de Sainte-Eugénie, oratoire marial à Saint-Pierre, restitution par Aripert II des Alpes Cottiennes, anglo-saxons en habit séculier et lettre à l'Angleterre, humana fragilitate au sujet des actes du Quinisexte, mort dans le palais du Palatin, sépulture dans l'oratoire qu'il avait construit. URL : https://www.newadvent.org/cathen/08423b.htm.

    4 21 24 64 72 89 92 98
  5. Horace K. Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. I, 2e partie (Londres, 1902), pp. 109-123 : élection le 1er mars 705, Grec de famille illustre, Blatta et Plato (« high office of Cura Palatii »), épitaphe de Sainte-Anastasie encore visible au XVe siècle, recteur du patrimoine de la Via Appia en 687, citation du Liber Pontificalis « Vir eruditissimus, et facundus eloquentia… sed humana fragilitate timidus », Justinien II Rhinotmetus (« Slit-nosed »), Tervel roi des Bulgares, Callinikos aveuglé et envoyé à Rome, envoi des tomes en 706 ou début 707 par deux métropolites, renvoi sans note (« timid through human frailty »), « Post quae non diu in hac vita duravit », ravages de Rothari (Fredegar, Paul Diacre), restitution datée de 707 (Herman Contractus), citation de Bède (De sex aetatibus, à l'an 708) sur Aripert et la donation « aureis scriptam litteris », fragment de lettre aux évêques anglais sur l'habit séculier (« Apostolica sententia usque adeo sedis praevaluit, ut voluntarie omnes Anglorum clerici… laicalem habitum deponentes, talares tunicas induerent », Jaffé, Regest., n° 2145 ; texte ap. Baluze, Miscellanea, t. I, p. 400) — avec réserve de datation à 704 (Haddan et Stubbs, III, 264), soit le règne de Jean VI —, Farfa (Faroald, 30 juin 705 ; authenticité discutée), Subiaco « destroyed by the Lombards (601)… restored by this Pope, who sent thither the abbot Stephen », oratoire de 706 et Bède (« admirable workmanship »), inscription du « serviteur de Marie », palais près de Santa Maria Antiqua (« there he lived and died »), mort en 707 et sépulture devant l'autel de la chapelle Notre-Dame.

    5 19 37 61 70 88 90 91
  6. New Catholic Encyclopedia, notice "John VII, Pope", via Encyclopedia.com : pontificat du 1er mars 705 au 18 octobre 707, famille grecque, père Plato curopalate, restauration de Saint-Pierre, Sainte-Eugénie et Santa Maria Antiqua, restitution des Alpes Cottiennes par Aribert II, envoi des canons du Quinisexte par Justinien II vers 706 et renvoi sans correction, deux portraits contemporains conservés (mosaïque des Grottes vaticanes et fresque de Santa Maria Antiqua). URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/john-vii-pope.

    8 22 56
  7. Andrew J. Ekonomou, Byzantine Rome and the Greek Popes: Eastern Influences on Rome and the Papacy from Gregory the Great to Zacharias, AD 590-752, Lexington Books, Lanham, 2007 : étude d'ensemble des rapports entre la papauté et Byzance, consonante avec la lecture d'une temporisation romaine qui préserve le Siège apostolique ; et Rosamond McKitterick, « The papacy and Byzantium in the seventh- and early eighth-century sections of the Liber Pontificalis », Papers of the British School at Rome 84 (2016), p. 241-273 : analyse du ton et de la structure de la notice de Jean VII (Vie 88), qui reprend le renvoi des actes « sans aucune correction ». URL générale : https://www.cambridge.org/core/journals/papers-of-the-british-school-at-rome/.

    9 57
  8. Popehistory.com, notice "Pope John VII", consultable en ligne : datation traditionnelle de la naissance vers 650 à Rossano (Calabre), père Plato officier byzantin chargé du Palatin, mère Blatta, élection comme 86e pape le 1er mars 705, mort le 18 octobre 707, succession Sisinnius après une vacance d'environ trois mois — avec une réserve : ses « 15 bishops, nine priests, and two deacons » (le site écrit même « beacons ») contredisent le texte critique du Liber Pontificalis (Duchesne, t. I, p. 386 : episcopos per diversa loca numero XVIIII, soit dix-neuf évêques, sans prêtres ni diacres) et la traduction Davis (« 19 bishops ») ; chiffres non retenus. La datation de la naissance à Rossano est traditionnelle mais non confirmée par les sources contemporaines. URL : https://popehistory.com/popes/pope-john-vii/.

    15 40
  9. Ann Van Dijk, « Jerusalem, Antioch, Rome, and Constantinople: The Peter Cycle in the Oratory of Pope John VII (705-707) », Dumbarton Oaks Papers 55 (2001), p. 305-328 (JSTOR stable 1291823 ; reprend la thèse de doctorat « The Oratory of Pope John VII (705-707) in Old St Peter's », Johns Hopkins University, 1995) : reconstitution du cycle pétrinien de l'oratoire marial (prédication de Pierre à Jérusalem, Antioche et Rome) à partir des dessins Grimaldi (XVIIe siècle). Le portrait du donateur agenouillé offrant la maquette et le fragment de la Vierge conservé à San Marco de Florence relèvent de la reconstitution d'ensemble, voir la note Ballardini-Pogliani ci-dessous. URL : https://www.jstor.org/stable/1291823.

    25 35 73 77
  10. Ann Van Dijk, « Reading medieval mosaics in the seventeenth century: the preserved fragments from Pope John VII's oratory in Old St Peter's », Word & Image 22 (2006), p. 285-291 (DOI : 10.1080/02666286.2006.10435758) : les fragments de mosaïque conservés de l'oratoire, relus à travers les copies et descriptions de Grimaldi.

    26
  11. Antonella Ballardini et Paola Pogliani, « A reconstruction of the oratory of John VII (705-7) », chapitre 10 dans Rosamond McKitterick (éd.), Old Saint Peter's, Rome, Cambridge University Press, 2013, p. 190-213 : sources de la reconstitution (Grimaldi, Tasselli), démolition de l'oratoire en septembre 1609 lors du chantier paulinien, fragments de mosaïque conservés (Florence, Sainte-Marie-Majeure, Santa Maria in Cosmedin, Grottes vaticanes), inscription dédicatoire de Jean VII. URL : https://www.cambridge.org/core/books/old-saint-peters-rome/.

    33 74 75 80 101
  12. Per Jonas Nordhagen, The Frescoes of John VII (A.D. 705-707) in S. Maria Antiqua in Rome, Acta ad archaeologiam et artium historiam pertinentia 3, L'Erma di Bretschneider, Rome, 1968 : étude monumentale de référence sur les fresques commandées par Jean VII à Santa Maria Antiqua, datation, technique de pose du plâtre par bandes horizontales du haut vers le bas avec trous de boulin, identification des saints, papes et Pères de l'Église, style hellénistico-romain. URL : https://search.worldcat.org/title/frescoes-of-john-vii-ad-705-707-in-s-maria-antiqua-in-rome/oclc/491400797.

    34 87
  13. Encyclopædia Britannica, "Quinisext Council" : concile in Trullo réuni à Constantinople en 691-692 sous Justinien II, 102 canons disciplinaires complétant les conciles V et VI, plusieurs canons opposés aux usages romains (célibat, jeûnes, représentation iconographique du Christ sous forme d'agneau interdite par le canon 82), refus de signature par le pape Serge I. Les détails du refus romain sont documentés au plus près par le Liber Pontificalis (voir note Serge I). URL : https://www.britannica.com/event/Quinisext-Council.

    47 50
  14. Liber Pontificalis, notice « Sergius », éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis. Texte, introduction et commentaire, t. I, Paris, 1886, pp. 373-374 : refus de souscrire (penitus… non adquievit), actes rejetés comme invalides (eos ut invalidos respuit atque abiecit, eligens ante mori quam novitatum erroribus consentire), envoi du protospathaire Zacharias pour déporter le pape, puis soulèvement de la milice de Ravenne, du duché de Pentapole et des régions voisines.

    48 51 106
  15. « Pope Constantine », The Catholic Encyclopedia (transcription New Advent) : traversée à Nicomédie à la demande de Justinien II, réception avec les plus grands honneurs — « prostrating himself before him and kissing his feet » ; « Exactly what passed between them on the subject of the Quinisext Council is not known » (avec l'hypothèse prudente d'une approbation conditionnelle des canons non contraires à la foi et aux mœurs). Retour de Constantin à Rome en octobre 711, puis déposition de Justinien II par Philippicus Bardanes. URL : https://www.newadvent.org/cathen/04294b.htm.

    58 59 102 103
  16. Marios Costambeys, Power and Patronage in Early Medieval Italy: Local Society, Italian Politics and the Abbey of Farfa, c. 700-900, Cambridge University Press, Cambridge, 2007 : étude de référence sur les archives et les possessions de Farfa au VIIIe siècle, à consulter pour trancher l'authenticité et la datation de l'acte pontifical invoqué pour Faroald II de Spolète — vérification non effectuée ici.

    62
  17. John Osborne, "The Portrait of Pope Leo IV in San Clemente, Rome: a Re-examination of the so-called 'Square' Nimbus in Medieval Art", Papers of the British School at Rome 47 (1979), p. 58-65 : étude générale sur le sens du nimbus quadratus (personnage vivant au moment de l'exécution, par opposition au nimbe circulaire des saints et défunts), à partir du portrait du pape Léon IV à San Clemente — elle ne statue pas sur une primauté de Jean VII. Sur le portrait de donateur de Jean VII dans l'oratoire de Saint-Pierre (pape agenouillé portant la maquette de l'édifice), voir Ballardini et Pogliani, chapitre 10 (2013).

    81
  18. Madonna della Clemenza, Santa Maria in Trastevere : icône en encaustique sur bois, environ 164 × 116 cm, Vierge en Basilissa dans les vêtements impériaux byzantins, pape minuscule agenouillé aux pieds de la Vierge. Datation contestée (VIe-IXe siècle) ; l'attribution à une commande de Jean VII est l'hypothèse jugée la plus probable — d'après les détails iconographiques, notamment la ressemblance du costume de la Vierge avec celui de ses autres commandes romaines — sans être certaine. Référence académique : Cynthia J. Matos, The Icon of the Madonna della Clemenza: Patronage, Placement, Purpose (mémoire de M.A., Florida State University, 2005, dépôt FSU, sous la direction de Michael A. Hahn), qui retient Jean VII comme le commanditaire le plus vraisemblable — d'après la ressemblance du costume de Marie avec ses autres commandes romaines ; sur le contexte des icônes mariales romaines et le fragment de la Vierge de l'oratoire conservé à San Marco de Florence, voir Hans Belting, Likeness and Presence: A History of the Image before the Era of Art, University of Chicago Press, 1994.

    82 83
  19. Bède le Vénérable, De temporum ratione (vers 725), chapitre 66 (Grande Chronique) : succession de Jean VI par « un autre Jean » qui bâtit l'oratoire de la sainte Mère de Dieu, « of the most beautiful workmanship », dans l'église Saint-Pierre, puis restitution par le roi Aripert des biens des Alpes Cottiennes (trad. Wallis, The Reckoning of Time ; teneur confirmée par les citations directes de Mann, voir note Mann). L'épisode des clercs anglo-saxons en habit séculier n'est attesté, lui, que par le fragment de lettre pontificale aux évêques anglais (voir note Mann), non par le Liber Pontificalis. La connaissance anglaise du programme romain de Jean VII passe en partie par les pèlerins bénédictins formés au monachisme romain.

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