Pape Conon (686-687)

Donné par le Liber Pontificalis pour fils d'un homme du Thraceseus (thème des Thracésiens), interprété comme un officier byzantin par Mann, Treccani et la NCE, éduqué en Sicile et fait prêtre à Rome, Conon gouverne l'Église d'octobre 686 au 21 septembre 687, comme candidat de compromis après l'affrontement entre clergé et armée romaine pour la succession de Jean V.

Ignispedia

Pape Conon (Cono) gouverne l'Église de Rome d'octobre 686 au 21 septembre 687 (consécration datée du 21 octobre par Mann, du 23 octobre par le Saint-Siège, Treccani et la New Catholic Encyclopedia : voir ci-dessous). Le Saint-Siège le présente comme le 83e pape de l'Église catholique, successeur de Jean V et prédécesseur de Serge I.[1]

Son pontificat dure à peine onze mois, mais il occupe une place singulière dans l'histoire de la papauté byzantine. Conon est élu au terme d'une crise ouverte : le clergé soutient Pierre l'archiprêtre, l'armée romaine favorise Théodore le prêtre ; le clergé attend devant les portes closes de la basilique constantinienne pendant que l'armée est rassemblée à Saint-Étienne. C'est un vieux prêtre romain à l'apparence angélique — fils, selon le Liber Pontificalis, d'un homme du Thraceseus, interprété comme un officier byzantin par Mann, Treccani et la NCE — qui finit par recueillir tous les suffrages comme candidat de compromis.[2][3]

Son origine illustre la composition réelle du clergé romain à la fin du VIIᵉ siècle. Le Liber Pontificalis le dit fils d'un homme du Thraceseus, éduqué en Sicile, et venu ensuite à Rome pour entrer dans le clergé.[4] Le terme Thraceseus ne désigne pas une région ethnique, mais une unité militaire impériale — le thème des Thracésiens (circonscription militaire byzantine), normalement stationné en Asie Mineure occidentale. La Sicile sert ensuite d'école avant Rome.[5][6]

Malgré l'âge, la maladie et la lourdeur des dossiers, Conon est le pape qui reçoit la divalis iussio de Justinien II annonçant la "récupération" des Actes du sixième concile œcuménique, qui obtient des allègements fiscaux sur les patrimoines romains de Lucanie et de Bruttium, et qui — selon la tradition hagiographique reprise par Mann — reçoit l'Irlandais Kilian et le charge de la mission en Franconie. Sa mort ouvre une sede vacante (siège vacant) contestée, dont sortira Serge I après une affaire de corruption mêlant l'archidiacre Pascal et l'exarque de Ravenne.[7][8][9][10]

« CONON, issu d'un père du Thraceseus, fut éduqué en Sicile ; venu ensuite à Rome et servant cette Église, il accéda à l'honneur du presbyterat. » — Liber Pontificalis, notice de Conon (« officier » : interprétation de Mann, de Treccani et de la NCE, le latin portant seulement patre Thraceseo)[11]

Pourquoi Conon compte-t-il ?

Le compromis qui sauve l'élection romaine

Conon est, dans l'histoire de la papauté byzantine, le pape de compromis par excellence. Avant lui, les vacances avaient été longues mais les élections, une fois ouvertes, se réglaient au Latran avec le clergé, le peuple et l'armée romaine. La mort de Jean V, le 2 août 686, déclenche au contraire une fracture verticale entre clergé et militia : chacun campe sur son candidat, chacun occupe physiquement un lieu de Rome.[12][13]

Que Conon — vieux prêtre, sans réseau politique connu, marqué par sa modestie — finisse par recueillir tous les suffrages dit deux choses. D'abord que la papauté du VIIᵉ siècle ne fonctionne pas seulement comme un siège juridique : elle dépend d'un consensus vivant entre le clergé du Latran et l'exercitus romain. Ensuite que ce consensus, quand il se brise, ne peut être reconstitué que par une figure que personne ne peut soupçonner de faction. Conon l'incarne précisément.

Un pape "Thracésien" et sicilien, devenu pape romain

L'historiographie ancienne aimait à parler d'une "papauté byzantine" : entre 678 et 752, les papes Agathon, Léon II, Benoît II, Jean V, Conon, Serge I, Jean VI, Jean VII, Constantin et Grégoire III sont presque tous d'origine orientale. Conon n'échappe pas à la formule, mais le Liber Pontificalis et Treccani la nuancent fortement.[14][15]

Son père est, selon l'interprétation de Mann, de Treccani et de la NCE, un officier byzantin, mais le mot "Thraceseus" renvoie à un thème militaire, pas à une nation. Sa formation se fait en Sicile, île byzantine qui a accueilli à plusieurs reprises des clercs orientaux fuyant les conquêtes musulmanes. Et c'est à Rome qu'il devient prêtre, après une longue carrière dans le presbyterat. Conon est donc oriental d'origine, sicilien de culture et romain par service — exactement comme Jean V, mais sans le rôle conciliaire qui avait préparé celui-ci à Constantinople III.

Un pontificat-charnière entre Jean V et Serge I

Conon ne marque l'histoire ni par un grand concile, ni par une œuvre doctrinale conservée. Mais il occupe une place charnière. Avant lui, la paix dyothélite (doctrine des deux volontés du Christ, divine et humaine) scellée à Constantinople III sous Agathon et Léon II est encore récente ; le ciel romano-byzantin paraît dégagé. Après lui, Serge I affrontera le concile in Trullo de 692 et la tentative de Justinien II de l'arrêter manu militari.[16][17]

Conon se tient juste à la frontière de ces deux mondes. Il reçoit l'une des dernières iussiones impériales franchement conciliantes de Justinien II et meurt avant que le bras impérial ne se durcisse contre Rome. Lire son pontificat, c'est voir la fenêtre se refermer.

Les sources principales

Tableau des témoins

La mémoire de Conon repose sur un petit nombre de sources, dont la valeur et la prudence d'usage varient considérablement. Le tableau suivant les classe par ordre d'autorité, depuis la fiche officielle du Saint-Siège jusqu'aux essais universitaires de référence, en indiquant pour chacune ce qu'elle apporte et les précautions d'emploi qu'elle impose.

SourceDateCe qu'elle apportePrudence
Saint-Siègeliste actuelle83e pape, dates 23.X.686 - 21.IX.687Notice officielle très brève, dit l'origine "inconnue"
Liber Pontificalisrédaction v. 687-700, éd. Duchesne 1886-1892Origine "Thraceseus" + Sicile, portrait moral, récit de l'élection (Pierre / Théodore / Saint-Étienne le Rond / Latran), affaire de Constantin de Syracuse, dons, ordinations, sépultureSource narrative principale, contemporaine ou quasi
Treccani / Paolo Bertolini2000Analyse historique : Thraceseus = thème militaire, naissance dans les années 620, élection-compromis, consécration solennelle le 23 octobre 686, divalis iussio du 17 février 687 puis divales iussiones fiscales (Lucanie-Bruttium, Sicile), affaire Constantin (sous-diacre de Syracuse) et arrestation, legs de 2160 solidi, succession contestéeMeilleure synthèse moderne accessible
Catholic Encyclopedia (H. Mann)1908Résumé biographique, élection compromis, consécration 21 octobre 686, mission de Kilian, Justinien II, mort 21 septembre 687Catholique, ancienne mais utile ; reprend la tradition de Kilian sans en discuter l'historicité
New Catholic Encyclopedia (R. E. Sullivan)moderne, via Encyclopedia.comPontificat 23 octobre 686 - 21 septembre 687, élection au Latran, confirmation par l'exarque de Ravenne, Constantin de Syracuse (diacre sicilien, cupidité et duplicité), bibliographie moderne (Caspar, O. Bertolini, Bréhier et Aigrain, Richards, Noble)Très courte mais précise sur le cadre canonique
Wikipédia FR/ENencyclopédie collaborativeRésumé moderne avec dates, mission de Kilian, contexte byzantinÀ recouper systématiquement avec les sources primaires
A. J. Ekonomou, Byzantine Rome and the Greek Popes2007Démographie du clergé romain de la fin du VIIᵉ siècle, papes orientauxEssai universitaire de référence pour le contexte

Le Saint-Siège : les bornes sûres

La fiche officielle du Vatican fixe le pontificat du 23 octobre 686 au 21 septembre 687.[18] Treccani retient la même date : Conon « venne consacrato solennemente il 23 ottobre 686 » ; la New Catholic Encyclopedia donne elle aussi « Oct. 23, 686 ».[19][20] Mann, dans la Catholic Encyclopedia (1908), ainsi que Wikipédia, retiennent au contraire le 21 octobre 686 : Conon « was consecrated (21 October, 686) after notice of his election had been sent to the Exarch of Ravenna, or after it had been confirmed by him ».[21] Le Liber Pontificalis, lui, ne donne aucune date : il indique seulement que la consécration eut lieu après notification à l'exarque de Ravenne, selon la coutume.[22] La fiche vaticane, prudente, indique l'origine comme « inconnue » — formule qui reflète la difficulté du Liber Pontificalis à situer géographiquement le terme Thraceseus.

Le Liber Pontificalis : un témoin proche

Page d'un manuscrit du Liber Pontificalis (1086-1100, nord de la France) avec la notice du pape Linus — Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, via Wikimedia Commons (domaine public). La notice de Conon clôt une continuation du Liber Pontificalis (dite Catalogus Cononianus).

Selon Duchesne, résumé par J. P. Kirsch (Catholic Encyclopedia, art. Liber Pontificalis), la première série de notices du Liber Pontificalis allait de saint Pierre à Félix IV (m. 530), compilée au plus tard sous Boniface II ; c'est une continuation qui s'achève avec Conon (m. 687) — d'où le résumé dit Catalogus Cononianus. L'Epitome Cononiana est un abrégé (dont un témoin à Paris, BnF lat. 2123), non une famille de manuscrits.[23] Cela donne au témoignage sur Conon une valeur particulière : il s'agit d'une mémoire romaine quasi contemporaine, pas d'un récit reconstitué après coup.

« Apparence angélique, vénérable chevelure blanche, parole vraie, âge avancé, âme simple, mœurs paisibles. » — Liber Pontificalis, portrait de Conon (in quo vere aspectus angelicus, veneranda canicies, sermo verus, provecta aetas, simplex animus, quieti mores)[24]

Le texte commence par l'origine et la formation, donne le portrait moral, raconte la rivalité entre Pierre et Théodore, décrit l'élection, mentionne la iussio de Justinien II, expose l'affaire du recteur sicilien Constantin, indique la maladie, les dons et la sépulture. C'est une charpente complète, sur laquelle reposent ensuite tous les commentaires modernes.[25]

Treccani : la clé d'interprétation

La notice de Paolo Bertolini dans l'Enciclopedia dei Papi (2000) est la meilleure synthèse moderne accessible. Elle évite deux écueils. D'abord, elle rappelle que "Thraceseus" est un terme militaire et institutionnel, non géographique : Conon n'est pas un "Thrace" au sens ethnique, son père sert dans le thème militaire des Thracésiens.[26] Ensuite, elle relit l'affaire de Constantin de Syracuse non pas comme une simple négligence administrative, mais comme la rupture d'une coutume romaine qui voulait que les recteurs des patrimoines soient choisis parmi les diacres ou sous-diacres de l'Église de Rome.[27]

Treccani publie aussi le détail de la divalis iussio du 17 février 687, ordre impérial qui annonce la "récupération" des Actes de Constantinople III ; peu après, d'autres ordres impériaux (divales iussiones) accordent des allègements fiscaux aux patrimoines de Lucanie, des Bruttii et de Sicile.[28]

Catholic Encyclopedia et New Catholic Encyclopedia

Horace K. Mann dans la Catholic Encyclopedia (1908) résume la tradition catholique antérieure à l'historiographie critique. Il retient l'élection-compromis, la consécration du 21 octobre 686, la mission de Kilian, les bonnes relations avec Justinien II et la mort le 21 septembre 687.[29] La notice est dévote mais factuelle, et reste très utilisée.

La New Catholic Encyclopedia (R. E. Sullivan, via Encyclopedia.com) ajoute le point canonique décisif : l'élection est confirmée par l'exarque de Ravenne, dans le cadre allégé par Constantin IV à Benoît II. C'est elle qui cite explicitement la bibliographie scientifique moderne : Caspar, O. Bertolini, Bréhier et Aigrain (t. 5 de Fliche et Martin), Richards, Noble.[30]

Limites des sources

Plusieurs zones d'ombre subsistent. Le Liber Pontificalis ne donne pas la date précise de naissance de Conon, simplement qu'il est âgé. Treccani la situe, avec beaucoup d'approximation, dans les années 620 (troisième décennie du VIIᵉ siècle) ; la date de 630 souvent reprise (Wikipédia) est sans source.[31][32] Le récit de Kilian, lui, n'apparaît pas dans le Liber Pontificalis : il vient des Passiones franques du VIIIᵉ-IXᵉ siècle, dont l'historicité est partiellement débattue — la New Catholic Encyclopedia tient le voyage à Rome et la rencontre avec Conon pour non historiques.[33]

Aucune lettre ou décret de Conon n'a été conservé sous son nom. Sa mémoire repose donc presque entièrement sur la notice du Liber Pontificalis, complétée par les sources hagiographiques franques et l'analyse byzantine moderne.

Avant le pontificat : un fils du Thraceseus

Le "Thraceseus" : un thème militaire, pas un peuple

L'incipit du Liber Pontificalis est piégeux. "Oriundus patre Thraceseo" peut se traduire littéralement par "issu d'un père thrace", mais Treccani et la philologie byzantine moderne sont catégoriques : Thraceseus renvoie au thème militaire des Thracésiens (Thrakēsiōn thema), unité issue à l'origine de troupes thraces transférées en Asie Mineure occidentale au VIIᵉ siècle, puis stabilisée comme circonscription militaire englobant l'antique Asie proconsulaire.[34]

Cela change beaucoup. Le père de Conon n'est pas un paysan ou un homme de tribu : c'est, dans l'interprétation retenue par Treccani (suivie par Mann et la NCE), un officier impérial, intégré à la machine militaire byzantine, susceptible d'être déplacé d'une frontière à l'autre selon les besoins de l'Empire. Treccani suppose que la famille s'est établie en Sicile à la suite d'une mutation de service du père.[35]

Cette lecture est centrale : pour Treccani, Thraceseus ne désigne pas une région d'origine, mais une unité militaire impériale. Le père de Conon est donc situé administrativement, pas ethniquement.[36]

Une formation sicilienne

Un pape entre l'Orient, la Sicile et Rome : carte explicative du parcours de Conon, de son père officier dans le thème des Thracésiens à sa carrière presbytérale romaine, en passant par la Sicile byzantine. — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La Sicile du VIIᵉ siècle est byzantine, mais elle est aussi un refuge. Après les conquêtes arabes du Levant, des clercs grecs et syriens s'y installent — afflux oriental documenté par l'essai d'Ekonomou sur la Rome byzantine.[37] Treccani ne nomme aucun empereur à ce propos : il indique seulement que la famille de Conon s'est établie dans l'île, peut-être à la suite d'une mutation de service du père, et que Conon y fit ses études, dans un milieu marqué par l'influence de la civilisation byzantine et l'action du pouvoir impérial.[38]

C'est dans ce milieu que le jeune Conon est éduqué. La langue grecque, la liturgie byzantine, la culture théologique orientale lui sont familières. Passé ensuite à Rome pour des motifs inconnus, il y complète sa formation et, entré dans le clergé romain, en parcourt tous les degrés jusqu'au presbytérat ; la New Catholic Encyclopedia précise qu'il entra au service de l'Église romaine dès son jeune âge.[39][40]

Le clergé romain : du presbyterat aux ordres pontificaux

Le Liber Pontificalis le dit simplement : Conon vient à Rome et, servant cette Église, accède à l'honneur du presbyterat.[41] Aucune mention d'archiprêtre, d'archidiacre ou de mission diplomatique : la trajectoire est silencieuse, presque monastique.

Plusieurs détails sont sous-entendus. D'abord, Conon ne devient pas prêtre par hasard : on l'admet au cursus clérical romain, qui suppose stabilité, formation, témoignage de vie. Ensuite, sa carrière au sein du presbyterat romain est longue — au point qu'à l'élection de 686, il apparaît comme un vieillard reconnu, mais sans charge supérieure (ni archiprêtre, ni archidiacre, ni diacre romain en mission). Sa modestie institutionnelle sera précisément ce qui permettra son élection.

L'historien Andrew J. Ekonomou étudie l'afflux de clercs orientaux dans la Rome de la fin du VIIᵉ siècle, contexte dans lequel la trajectoire de Conon s'inscrit sans exception : elle illustre la composition réelle de l'Église de Rome à cette époque.[42]

L'élection contestée d'octobre 686

La vacance après Jean V

La mort de Jean V, le 2 août 686, ouvre une vacance que le Liber Pontificalis mesure à deux mois et dix-huit jours.[43] La durée n'est pas exceptionnelle en soi : depuis la réforme obtenue par Benoît II auprès de Constantin IV, les délais administratifs liés à la confirmation impériale ont été réduits. Mais le retard de 686 n'est pas administratif : il est politique.

Les institutions romaines s'opposent alors ouvertement sur le nom du futur pape : Treccani y voit le premier affrontement entre les groupes de pouvoir qui se disputent la prédominance dans la ville, résolu par un compromis.[44] À partir de Conon, et plus encore à la mort de Conon, les élections pontificales rejoueront la même partition jusqu'à Serge I.

Le clergé pour Pierre l'archiprêtre, l'armée pour Théodore

Deux camps se forment, identifiés par le Liber Pontificalis avec netteté :

  • Le clergé soutient l'archiprêtre Pierre (Petrus archipresbyter), figure régulière du presbyterat romain, candidat naturel pour la succession régulière.[45]
  • L'armée romaine (exercitus) soutient le prêtre Théodore (Theodorus presbyter), candidat alternatif appuyé par les officiers de la militia.[46][47]

L'armée représente ainsi une voix indépendante de celle du clergé, et elle a appris à peser.[48]

FactionCandidatPosition romaineLieu d'occupation
ClergéPierre l'archiprêtreArchiprêtre du clergé romainDevant la basilique constantinienne (Saint-Jean-de-Latran)
Armée (exercitus)Théodore le prêtrePrêtre romainBasilique Saint-Étienne-le-Rond (Santo Stefano Rotondo)

Saint-Étienne-le-Rond contre Saint-Jean-de-Latran

L'élection contestée d'octobre 686 : schéma explicatif opposant le clergé (qui soutient l'archiprêtre Pierre devant Saint-Jean-de-Latran) à l'armée romaine (qui retranche le prêtre Théodore dans Saint-Étienne-le-Rond), avant le compromis Conon. — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le détail topographique est saisissant. Les militaires occupent la basilique Saint-Étienne-le-Rond (basilica beati Stephani protomartyris), monument circulaire du Cælius dont la consécration est attribuée au pape Simplicius (468-483), et bloquent l'accès au Latran.[49][50]

Le clergé reste donc à l'extérieur, devant les portes de la basilique constantinienne, c'est-à-dire devant Saint-Jean-de-Latran. Pour la première fois depuis longtemps, la cité de Pierre est physiquement coupée en deux. Le pape ne peut pas être consacré au Latran parce que le Latran est inaccessible.

« Un conflit considérable s'éleva entre les clercs et l'armée romaine. » — Liber Pontificalis, notice de Conon (traduction littérale de non minima contentio)[51]

Ce blocage architectural a une signification théologique : l'élection romaine du VIIᵉ siècle suppose le consensus visible de toutes les composantes de la cité. Tant que clergé et armée se font face en deux lieux différents, l'évêque de Rome ne peut pas naître.

Conon, candidat de compromis

La sortie de crise vient du clergé. Le Liber Pontificalis précise que les prêtres, après concertation, abandonnent Pierre et entrent unanimement dans le palais épiscopal du Latran pour élire un troisième nom.[52] Le texte enchaîne immédiatement sur le portrait moral du nouvel élu — déjà cité plus haut : apparence angélique, vénérable chevelure blanche, parole vraie, âge avancé, âme simple, mœurs paisibles.[53]

Conon est âgé (né dans les années 620 selon l'approximation de Treccani), modeste, sans cabale connue, et son origine orientale plaît à une partie de la militia tout en rassurant le clergé romain par son ancienneté presbytérale.[54][55]

« Son âge, sa vénérable apparence et la simplicité de son caractère décidèrent le clergé et l'armée de Rome, jusque-là en désaccord, à mettre de côté leurs candidats respectifs et à l'élire pape. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia, art. "Pope Conon", 1908[56]

Le militaire ne perd donc pas : son veto contre Pierre l'archiprêtre est entendu. Le clergé non plus : il garde la main sur le geste électoral, mais propose un nom acceptable à tous. La cité reformée se rallie autour de Conon.

Une élection ratifiée par l'exarque de Ravenne

La notice du Liber Pontificalis indique que la consécration eut lieu après notification à l'exarque de Ravenne, représentant l'empereur byzantin en Italie.[57] Mann précise que Conon fut consacré le 21 octobre 686, après que notification de son élection eut été envoyée à l'exarque de Ravenne, ou après qu'elle eut été confirmée par lui ; la New Catholic Encyclopedia retient le 23 octobre 686.[58][59]

La formule est précieuse. Depuis la réforme obtenue par Benoît II, l'élection pontificale n'attend plus la confirmation directe de Constantinople, mais l'autorité de l'exarque de Ravenne reste mobilisable comme garantie locale. L'élection de Conon démontre que ce circuit raccourci fonctionne : le siège de Pierre redevient pourvu en quelques semaines après le compromis, et non en plusieurs mois comme avant la réforme.

Conon et Justinien II

La divalis iussio du 17 février 687

Le 17 février 687, Justinien II envoie à Conon une divalis iussio (ordre impérial sacré, adressée à son prédécesseur Jean V) qui annonce la "récupération" des Actes du sixième concile œcuménique de Constantinople III. Treccani y lit la réaffirmation du rôle religieux de l'empereur comme gardien de l'orthodoxie doctrinale, chargé de conserver les Actes et de les faire observer.[60] Mann résume : l'empereur « l'informa qu'il avait retrouvé les Actes du sixième concile œcuménique, auxquels, écrivit-il, il entendait se conformer ».[61]

« Il était en faveur auprès du farouche empereur Justinien II, qui l'informa qu'il avait retrouvé les Actes du sixième concile œcuménique, auxquels, écrivit-il, il entendait se conformer ; Justinien remit aussi certaines taxes et redevances dues au fisc impérial par plusieurs patrimoines pontificaux. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia, art. "Pope Conon", 1908 (traduit de l'anglais)[62]

Le geste est doctrinalement significatif. Constantinople III, sous Constantin IV, avait condamné le monothélisme et défini deux volontés naturelles et deux opérations naturelles dans l'unique personne du Christ. Cette définition restait la base de la communion entre Rome et l'Orient. Le geste de Justinien II envers Conon manifeste donc — pour un temps — la continuité de cette paix doctrinale.

Treccani souligne toutefois que cette iussio est aussi une mise en scène politique. Justinien II est encore jeune (il a commencé à régner en 685, à seize ans) ; il cherche à affirmer son rôle de garant de la foi face à un siège romain provisoirement faible. Le ton conciliant ne durera pas longtemps.[63]

La récupération des Actes de Constantinople III

Le Liber Pontificalis rapporte que l'empereur signifiait au pape avoir retrouvé les Actes du saint sixième concile et les détenir auprès de lui (repperisse acta sanctae sexte synodi et apud se habere).[64] Selon Treccani, une assemblée de dignitaires ecclésiastiques et laïcs convoquée au palais impérial remit solennellement au souverain la copie officielle des Actes, après lecture publique et scellés apposés contre toute falsification, en le chargeant de les garder et de les faire observer ; la lettre visait à dissiper les préoccupations du Siège apostolique sur les intentions de Justinien II.[65]

Pour Rome, c'est un point pratique mais important : sans Actes officiellement reconnus, la condamnation du monothélisme peut être réinterprétée ou contestée par les milieux orientaux résistants. La iussio de 687 ferme — provisoirement — cette brèche.

Les allègements fiscaux en Lucanie et Bruttium

D'autres ordres impériaux (divales iussiones) portent des dispositions économiques très concrètes. Le Liber Pontificalis distingue : une remise de deux cents annonocapita (unités d'impôt) dus chaque année par les patrimoines de Bruttium (la Calabre) et de Lucanie (l'actuelle Basilicate), et un autre ordre (aliam iussionem) restituant aux colons du patrimoine de Sicile les serfs (familiae) retenus en gage par la milice pour les arriérés dus.[66] Treccani résume : diminution des unités d'impôt et des livraisons de blé à prix imposé (coemptiones) en Lucanie et dans les Bruttii, et libération des serfs séquestrés par les agents du fisc.[67] Mann généralise simplement à "plusieurs patrimoines pontificaux".[68]

L'enjeu n'est pas mineur. Les patrimoines de Lucanie et de Bruttium nourrissent une partie des diaconies romaines, des monastères et de la charité ordinaire de Rome. Treccani rappelle le précédent de 681 : Constantin IV avait déjà accordé des allègements à la Calabre et à la Sicile après les protestations d'Agathon.[69] L'enchaînement révèle une politique impériale stabilisée : l'Empire accepte de soulager les patrimoines de l'Église romaine, dans la mesure où Rome accepte la mise en scène de l'empereur orthodoxe.

Mesure de Justinien II envers CononSourceEffet pour Rome
Divalis iussio du 17 février 687 (Actes du concile)Treccani, Liber PontificalisReconnaissance impériale de Constantinople III
Remise de 200 annonocapita (Bruttium, Lucanie)Liber Pontificalis, TreccaniSoulagement des patrimoines sud-italiens
Autre iussio : restitution des familiae (Sicile)Liber Pontificalis, TreccaniLibération des colons retenus en gage

Une paix fragile avant le concile in Trullo

Cette détente ne dure pas. Justinien II convoquera en 692 un concile à Constantinople, dit in Trullo ou Quinisexte, qui prétend compléter les cinquième et sixième conciles œcuméniques par 102 canons disciplinaires. Plusieurs canons y contredisent l'usage romain (clergé marié, jeûne du samedi, représentation de l'agneau plutôt que du Christ humain). Rome refusera de signer, et Justinien II ordonnera l'arrestation de Serge I — opération qui échouera lamentablement avec la révolte des milices italiennes.[70][71]

Conon est mort avant cette confrontation. Mais c'est sous lui qu'on perçoit déjà la double face de Justinien II : conciliant le 17 février 687, autoritaire dans la décennie suivante.

L'affaire du patrimoine sicilien

Nomination de Constantin de Syracuse comme recteur

L'affaire du patrimoine sicilien : chaîne causale en quatre étapes — nomination de Constantin de Syracuse comme recteur, conflit avec ses subordonnés, arrestation par le juge byzantin de la province, ressentiment du clergé romain qui éclatera à la mort du pape. — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le Liber Pontificalis et Treccani racontent en détail cet épisode, l'un des plus discutés du pontificat. Conon nomme à la tête du patrimoine pontifical de Sicile un certain Constantin : diacre de l'Église de Syracuse selon le Liber Pontificalis (Constantinum, diaconum ecclesiae Syracusane), sous-diacre selon Treccani.[72][73] La New Catholic Encyclopedia rappelle que cette charge revenait traditionnellement à un membre de l'administration pontificale romaine.[74]

Pourquoi ce choix ? Le Liber Pontificalis précise qu'il se fit sans l'accord du clergé (absque consensu cleri), à l'instigation d'hommes mauvais (ex inmissione malorum hominum), au mépris des ecclésiastiques.[75] Treccani y voit une explication plus raisonnable : les liens restés vivants entre Conon et la Sicile, et le désir de montrer son ouverture au monde gréco-oriental.[76]

La transgression de la coutume romaine

Le clergé romain ne pardonne pas la nomination. Pour lui, le patrimoine sicilien est une réserve économique vitale de l'Église de Rome : nourriture, blé, cire, métaux liturgiques transitent par cette voie. Confier sa direction à un étranger au clergé romain affaiblit la chaîne de commandement et, surtout, ouvre la porte à des abus locaux que Rome ne maîtrise plus en temps réel.

Le Liber Pontificalis résume la décision en une formule sèche : Constantin, diacre de l'Église de Syracuse, devient recteur du patrimoine de Sicile, sans l'accord du clergé et à l'instigation d'hommes mauvais.[77] La concision même de la notice trahit la rupture : un homme du pays prend la direction d'un patrimoine que la pratique réservait à un Romain — Treccani précise que les recteurs se choisissaient parmi les diacres ou sous-diacres de l'Église de Rome.[78]

Les milieux du Latran jugèrent sévèrement ce choix, qui lésait aussi leurs intérêts matériels : ces charges étaient prestigieuses et lucratives. Le biographe s'en fait l'écho, rapportant que le pape agit « à l'instigation d'hommes mauvais ».[79][80]

Le scandale et l'arrestation par les autorités impériales

Sur place, Constantin — « homme pervers et retors » (homo perperus et tergiversutus) selon le biographe — entre vite en conflit avec ses subordonnés : s'ensuivent violences et désordres.[81][82] Les abus sont tels que les autorités byzantines interviennent : le juge de la province (iudex provinciae) place Constantin sous garde, puis l'envoie dans la capitale pour être jugé par l'empereur.[83] Treccani résume : arrêté et envoyé dans la capitale pour être déféré au tribunal impérial.[84] La New Catholic Encyclopedia parle de la cupidité et de la duplicité du recteur (greed and deception), dont furent victimes les cultivateurs siciliens des terres patrimoniales.[85]

L'épisode est révélateur. Ce n'est ni Rome, ni le clergé romain, qui sanctionne Constantin : c'est l'autorité civile impériale.

Ce que l'affaire dit du gouvernement pontifical

L'affaire de Constantin de Syracuse n'est pas seulement une bavure administrative. Le tableau suivant récapitule la chaîne des quatre acteurs en jeu, du pape malade au clergé romain humilié, en passant par le recteur sicilien et le juge byzantin de la province :

ActeurGesteProblèmeConséquence
CononNomme Constantin de Syracuse (diacre selon le LP, sous-diacre selon Treccani) au lieu d'un clerc romainNomination sans l'accord du clergé, à l'instigation d'hommes mauvaisRessentiment du clergé romain
ConstantinEntre en conflit avec ses subordonnés, violences et désordresCupidité et duplicité (NCE)Arrestation par le juge de la province
Juge de la province (iudex provinciae)Place le recteur sous garde et l'envoie à l'empereurSubstitution de l'autorité civile à l'autorité ecclésialeAffaiblissement de la juridiction romaine
Clergé romainSubit la nomination, n'a pas le moyen d'agirFaiblesse institutionnelle pendant la maladie du papeTension qui éclatera après la mort de Conon

Treccani conclut que cette nomination fut non seulement une grave erreur psychologique envers le clergé romain, mais aussi une mesure administrative malheureuse.[86]

Saint Kilian et la mission de Franconie

Le récit hagiographique : trois Irlandais à Rome

Saint Kilian de Würzburg, sculpture en bois (1910) de Heinz Schiestl d'après Tilman Riemenschneider (vers 1508-1510), collégiale Neumünster, Würzburg — photo Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0). Selon la tradition reprise par Mann (1908), Kilian aurait été sacré évêque par Conon ; la New Catholic Encyclopedia tient ce récit pour non historique.

Le Liber Pontificalis est silencieux sur la mission de Kilian. Le récit vient d'une tradition hagiographique franque, formalisée dans les Passiones dites Prima et Secunda de saint Kilian, et plus largement par la mémoire de l'évêché de Würzburg.[87]

Selon cette tradition, un moine irlandais nommé Kilian, accompagné de ses compagnons Colman (prêtre) et Totnan (diacre), vient à Rome pour solliciter du pape une mission d'évangélisation en Franconie orientale. Conon les reçoit, sacre Kilian évêque et charge les compagnons de la prédication — du moins selon Mann (1908), qui suit ici la Vita éditée par Canisius.[88][89]

Mann (1908) résume sobrement (traduit de l'anglais) :

« Il reçut les missionnaires irlandais, saint Kilian et ses compagnons ; il sacra Kilian évêque et le chargea, avec les autres, de prêcher la foi en Franconie. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia, art. "Pope Conon", 1908[90]

Conon consécrateur, Conon commettant

Pour Mann et la tradition catholique, cet épisode est exemplaire de la dimension missionnaire du pontificat romain au VIIᵉ siècle. Même affaibli, même de courte durée, un pape peut ordonner un évêque pour les marches encore mal évangélisées de l'Europe centrale. La consécration de Kilian inscrit la papauté dans le réseau missionnaire irlandais qui, depuis saint Colomban, parcourt le continent.

L'évêché de Würzburg fera plus tard de Kilian son patron : ses reliques y reposent et la translation solennelle de 752 fixe son culte. Le lien avec Conon devient alors un titre d'honneur pour l'Église de Franconie, qui se présente comme fondée sur mandat romain.[91]

Historicité débattue : entre Passio Prima et critique moderne

L'historicité du récit est discutée. Les arguments principaux du débat :

PositionArgumentsAuteurs
Kilian déjà évêque, rencontre non historiqueSelon la Passio la plus ancienne et la plus digne de foi, Kilian était déjà évêque en quittant l'Irlande ; « le récit de ce voyage et de sa rencontre avec le pape Conon est certainement non historique »New Catholic Encyclopedia (T. Ó Fiaich)
Facultés reçues de CononLa Passio ancienne, digne de foi, dit Kilian élevé à l'épiscopat avant de quitter son pays ; c'est de Conon, successeur de Jean V mort le 2 août 686, qu'il obtient ses facultés missionnairesCatholic Encyclopedia (1913), F. Lauchert, art. St. Kilian
Conon consécrateurConon reçoit Kilian et ses compagnons, sacre Kilian évêque et les charge de prêcher en FranconieMann (1908), d'après la Vita éditée par Canisius

A. Bigelmair date la Passio Prima de 752 et la tient pour historique, malgré des ajouts légendaires.[92] La mission de Kilian, Colman et Totnan en Franconie orientale est historique ; le détail du voyage à Rome et de la rencontre avec Conon doit être manié avec prudence, sans que la chronologie (mort de Jean V le 2 août 686, accueil par Conon dans les mois suivants) ait rien de fantaisiste.

Maladie, dons et mort

Une longue maladie qui paralyse le gouvernement

Le Liber Pontificalis précise que Conon, « très saint homme », fut retenu par une longue maladie, au point de pouvoir à peine accomplir les ordinations de prêtres (diutina infirmitate detentus ut etiam vix ordinationes sacerdotum explere potuisset).[93][94]

« Retenu par une longue maladie, au point de pouvoir à peine accomplir les ordinations des prêtres, il mourut. » — Liber Pontificalis, notice de Conon[95]

Ce détail humanise une fonction qu'on imagine trop souvent triomphale. Le pape Conon termine son pontificat fatigué, malade, soutenu par le clergé romain qui s'apprête déjà à régler — mal — sa succession.

Les 2160 solidi : trente livres d'or pour Rome

Comme ses prédécesseurs, Conon laisse à sa mort des dons importants au clergé romain, aux monastères des diaconies (monasteria diaconiae, établissements religieux romains voués aux œuvres caritatives et d'assistance) et aux gardiens des églises (mansionarii). Treccani indique la somme de 2160 solidi, soit trente livres d'or ; le Liber Pontificalis ne donne, lui, aucun montant.[96][97] Pour comparaison, Jean V avait laissé 1900 solidi un an plus tôt.[98]

Cette continuité matérielle est instructive. Au-delà des querelles d'élection, l'évêque de Rome reste redistributeur des ressources : la papauté du VIIᵉ siècle vit d'une économie de patrimoine, de diaconies, de monastères et de fondations. Donner à sa mort équivaut à honorer cette fonction de père commun de la cité.

Seize évêques ordonnés selon le Liber Pontificalis

Le Liber Pontificalis attribue à Conon l'ordination de seize évêques au cours de son court pontificat.[99] Le chiffre est élevé pour onze mois et témoigne d'une activité réelle, malgré la maladie. Ces ordinations concernent vraisemblablement diverses provinces ecclésiastiques d'Italie centrale et méridionale, où Rome exerce de facto sa juridiction métropolitaine.

C'est le Liber Pontificalis lui-même qui dit que, retenu par une longue maladie, Conon put à peine accomplir les ordinations de prêtres — non qu'elles n'auraient pu être achevées.[100]

La mort du 21 septembre 687 et la sépulture à Saint-Pierre

Conon meurt à Rome le 21 septembre 687, après une longue maladie — ce que confirme Mann.[101][102] Le Liber Pontificalis, seul, précise la sépulture auprès du bienheureux apôtre Pierre, dans l'ancienne basilique constantinienne du Vatican ; Mann ne parle pas de la sépulture.[103]

La date d'anniversaire — 21 septembre — n'a pas suscité de culte liturgique particulier. Contrairement à Léon II ou à Benoît II, Conon n'a pas été élevé sur les autels par la mémoire ultérieure. Son tombeau reste néanmoins une pierre de plus dans la mémoire pontificale romaine que rassemble la nécropole vaticane.

« Il fut enseveli auprès du bienheureux apôtre Pierre. » — Liber Pontificalis, notice de Conon[104]

La crise de succession et Serge I

Théodore l'archiprêtre contre Pascal l'archidiacre

À la mort de Conon, la crise éclate à nouveau, plus violente qu'en 686. Cette fois, deux clercs majeurs de la cité se présentent :

  • Théodore, archiprêtre (probablement le même que celui que l'armée avait soutenu un an plus tôt), candidat d'une grande partie du clergé.
  • Pascal, archidiacre, candidat plus ambitieux, qui ne recule pas devant la corruption pour s'assurer le siège.[105]

Les deux factions s'arment et occupent chacune une portion du palais du Latran, lieu épiscopal et administratif où réside le pape. Pour la première fois depuis longtemps, la résidence pontificale devient un champ de bataille en miniature.

La corruption de l'exarque Jean II Platyn

Solidus d'or de Justinien II, premier règne (685-695) — photo Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0). C'est l'étalon monétaire dans lequel se comptent l'or promis par Pascal à l'exarque Jean II Platyn et les 2160 solidi — trente livres d'or — légués par Conon selon Treccani (le Liber Pontificalis ne donne aucun montant).

L'archidiacre Pascal commet l'irréparable. Il promet de l'or à l'exarque de Ravenne, Jean II Platyn, pour obtenir son appui (promittens dationes, ut persona eius ad pontificatum eligeretur). L'exarque envoie à Rome des juges (iudices) pour appuyer en tout la candidature de l'archidiacre. La source principale est ici la notice de Serge du Liber Pontificalis (Duchesne, I, notice LXXXVI).[106]

C'est là que se révèle un trait fondamental du système byzantino-romain : la confirmation impériale ne crée pas le pape, elle ratifie l'élection. Quand l'élection elle-même est obstruée, l'exarque ne peut rien forcer.

Le compromis Serge I, consacré probablement le 15 décembre 687

Pour sortir de l'impasse, un groupe représentant les autorités civiles, les officiers de l'armée, le clergé et "d'autres citoyens" se rassemble au palais impérial du Palatin, élit le prêtre Serge comme candidat de compromis, puis prend d'assaut le Latran pour imposer aux deux rivaux d'accepter.[107]

Pascal, par ruse, fait mine d'accepter, mais continue de solliciter l'exarque. Celui-ci reconnaît finalement que Serge a été régulièrement élu — tout en exigeant néanmoins l'or promis. Serge I est consacré probablement le 15 décembre 687 — la Catholic Encyclopedia (1913) écrit prudemment « probably on 15 Dec. 687 », et le Liber Pontificalis ne donne lui-même aucune date pour cette ordination. Pascal sera plus tard enfermé dans un monastère sous l'accusation de sortilèges.[108]

Cette consécration clôt la séquence des élections contestées de 686-687.[109] À partir de Serge I, les élections romaines se déroulent dans un cadre plus stable, jusqu'au choc de 692 avec le concile in Trullo.

La fin de la "papauté byzantine" et l'horizon de Trullo

Le pontificat de Conon s'insère ainsi entre deux moments charnières. Avant : la paix dyothélite de Constantin IV, scellée par Constantinople III, reçue successivement par Agathon, Léon II, Benoît II, Jean V. Après : la rupture entre Justinien II et Serge I autour du concile in Trullo de 692, et l'inflexion plus dure de la politique impériale envers Rome.

Conon est le dernier pape qui voit encore la première séquence sans subir la seconde. Sa mort ouvre la séquence finale, plus tendue, dans laquelle la papauté byzantine va progressivement devenir une papauté impériale qui résiste, jusqu'à la rupture iconoclaste et à l'alliance carolingienne du VIIIᵉ siècle.

Héritage

Un pape "Thracésien", sicilien et romain

L'héritage de Conon n'est pas un grand traité, ni une réforme spectaculaire. Il est d'avoir incarné une figure : celle du vieillard étranger devenu romain, qui sauve une élection en train de basculer dans la guerre civile. Le fait que ce vieillard soit fils d'un homme du Thraceseus — interprété comme un officier byzantin par Mann, Treccani et la NCE —, formé en Sicile, prêtre à Rome, dit la catholicité concrète du clergé romain de cette époque.

L'apport oriental à la Rome de la fin du VIIᵉ siècle — Grecs, Syriens, Siciliens de culture grecque — est l'objet même de l'essai d'Andrew J. Ekonomou sur la Rome byzantine et les papes grecs (590-752) ; la trajectoire de Conon s'y inscrit sans exception.[110] Conon n'est donc pas une exception ethnique : il est représentatif d'une Église romaine où l'Orient pèse lourd. Sa modestie, sa « vénérable chevelure blanche », son « apparence angélique » deviennent, dans la rhétorique du Liber Pontificalis, le symbole d'une unité fragile et précieuse.[111]

La fragilité institutionnelle de la papauté du VIIᵉ siècle

Conon rappelle aussi, par défaut, la fragilité institutionnelle de la papauté de son temps. L'affaire de Constantin de Syracuse, la maladie du pape, les tensions du Latran avant et après lui : tout cela documente une Église romaine encore largement dépendante de la cohésion entre clergé, armée et exarchat.

Lire son pontificat, c'est comprendre que la grande architecture canonique de la papauté médiévale n'est pas encore en place. La primauté romaine est reconnue, la doctrine est claire, la liturgie latéranienne fonctionne — mais la mécanique électorale et administrative laisse place à des ruptures que seul un homme moralement crédible peut suturer.

Un dossier modeste mais charnière

Son pontificat ne laisse ni concile ni œuvre doctrinale conservée. Mais sans Conon, on ne comprend ni la sortie de la crise de 686, ni l'enchaînement qui mène à la double élection de 687, ni la position de Justinien II au seuil du concile in Trullo.

Comme Jean V, Conon est un pontificat secondaire dans l'imaginaire collectif catholique, mais c'est précisément un carrefour historique : un pape mineur en notoriété peut être une charnière majeure pour l'histoire de l'Église, et Conon l'illustre exactement.

Objections et réponses

"Conon n'a-t-il été qu'un compromis sans envergure ?"

La formule "candidat de compromis" peut donner l'impression d'un pape mineur, choisi par défaut. C'est en partie vrai pour les circonstances de l'élection, mais c'est faux pour la portée de ce choix. Le compromis de 686 permet de sortir d'une impasse qui aurait pu devenir durable : la figure de Conon suffit à reconstruire un consensus que ni Pierre l'archiprêtre, ni Théodore le prêtre n'avaient su construire.

"La mission de Kilian sous Conon est-elle historique ?"

L'historicité du voyage romain de Kilian est partiellement débattue. Le Liber Pontificalis n'en parle pas ; le récit vient des Passiones franques. La mission de Kilian, Colman et Totnan en Franconie orientale est historique, et la Passio Prima, datée vers 752 par A. Bigelmair, est tenue par lui pour historique malgré des ajouts légendaires. Mais le détail du voyage à Rome et de la rencontre avec Conon doit être manié avec prudence : la New Catholic Encyclopedia le tient pour certainement non historique, tandis que la Catholic Encyclopedia (1913) y voit l'obtention par Kilian de ses facultés missionnaires. La chronologie (mort de Jean V le 2 août 686, accueil par Conon dans les mois suivants) s'accorde exactement avec les pontificats connus, ce qui plaide pour une tradition non purement fictive.[112][113]

"Conon est-il vraiment un pape byzantin ?"

Reconstitution graphique de l'ancienne basilique constantinienne de Saint-Pierre par H. W. Brewer (1891) — Wikimedia Commons (domaine public). C'est dans cet édifice, élevé sur le tombeau de l'apôtre par Constantin, que Conon est enseveli le 21 septembre 687 selon le Liber Pontificalis : une sépulture romaine qui scelle son statut de pape de l'Église de Rome mieux qu'aucun titre.

L'étiquette "papauté byzantine" est commode pour désigner la période 678-752 où la plupart des papes sont d'origine orientale. Mais elle peut induire en erreur. Conon n'est ni un agent de Constantinople, ni un homme imposé par l'exarque : il est élu par le clergé romain, après abandon du candidat clérical Pierre, comme figure capable de rassembler la cité. Son origine orientale aide à comprendre sa compétence linguistique et culturelle, pas à le réduire à un instrument impérial. Il agit en pape de l'Église catholique, reçoit la iussio impériale avec respect mais sans servilité, et meurt à Rome après onze mois d'exercice. C'est un pape romain au sens plein, simplement venu de loin — et la basilique constantinienne de Saint-Pierre, où il repose, scelle ce statut romain mieux qu'aucun titre.

Le clergé romain de la fin du VIIᵉ siècle compte de nombreux Orientaux, mais la cohésion canonique reste latéranienne : les élections se font au Latran, les notifications passent par Ravenne, les sépultures se font auprès du tombeau de Pierre.[114] Conon n'a pas changé cette grammaire institutionnelle ; il l'a portée jusqu'à sa propre tombe.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle "Conone" : 83e pape de l'Église catholique, début du pontificat 23.X.686 (consécration solennelle), fin 21.IX.687, origine "inconnue" (Herkunft unbekannt). URL : https://www.vatican.va/content/vatican/de/holy-father/conone.html (contrôlé en ligne le 4 octobre 2026 : 83e pape, 23.X.686 – 21.IX.687, origine inconnue).

    1 18
  2. Liber Pontificalis, notice "Cono" (n° LXXXV dans la numérotation de Duchesne : Jean V est LXXXIIII, Serge LXXXVI), éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, Paris, 1886, pp. 368-370 (pagination vérifiée directement sur le scan Duchesne t. I via archive.org le 4 octobre 2026 : notice LXXXV de la p. 368 à la p. 370, suivie de Serge p. 371) ; trad. angl. R. Davis, The Book of Pontiffs, Liverpool, 1989, pp. 81-82 ; texte latin, éd. Duchesne, t. I, pp. 368-369 (repris via Fontistoriche, qui porte ici la coquille 'apus' pour 'apud') : "CONON, oriundus patre Thraceseo, edocatus apud Siciliam, postmodum Romam veniens eiusdem ecclesiae militans ad presbyterii honorem devenit" ; le mot « officier » ne vient pas du latin (qui porte seulement patre Thraceseo) : il rend l'interprétation de Mann (« an officer in the Thracesian troop »), de Treccani (« figlio di un ufficiale al servizio di Bisanzio ») et de la NCE (« his father was an officer ») ; Duchesne lui-même glose, dans ses notes explicatives, que le père « appartenait au corps d'armée qui portait ce nom » ; portrait moral ("in quo vere aspectus angelicus, veneranda canicies, sermo verus, provecta aetas, simplex animus, quieti mores") ; conflit clergé-armée (le clergé in Petrum archipresbiterum intendebat, l'armée in Theodorum presbiterum), clergé devant les portes de la basilique constantinienne gardées par des hommes de l'armée, armée réunie à Saint-Étienne, élection unanime au palais épiscopal du Latran, consécration après notification à l'exarque (sans date) ; divalis iussio (repperisse acta sanctae sexte synodi), remise de ducenta annonocapita (Bruttium, Lucanie) et aliam iussionem (restituantur familia, Sicile) ; affaire de Constantin de Syracuse, diaconum ecclesiae Syracusane nommé recteur absque consensu cleri, ex inmissione malorum hominum (homo perperus et tergiversutus), placé sous garde par le iudex provinciae et envoyé au jugement impérial ; ordination de seize évêques ; longue maladie (diutina infirmitate detentus ut etiam vix ordinationes sacerdotum explere potuisset) ; mort le 21 septembre 687, sépulture à Saint-Pierre ; legs en or (benedictionem in auro, sicuti praecessor eius Benedictus papa), sans montant. URL : https://fontistoriche.org/papa-conone/ (contrôlé en ligne le 4 octobre 2026 : Thraceseo, annonocapita, diutina infirmitate confirmés dans le texte latin).

    2 4 11 12 22 24 25 41 45 46 48 49 51 52 53 57 64 66 72 75 77 80 81 83 93 97 99 101 103 104 111 114
  3. Paolo Bertolini, "CONONE", Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000 : "Thraceseus" comme corps de l'armée impériale d'Asie Mineure et non région d'origine ; naissance dans les années 620 (troisième décennie du VIIᵉ siècle, avec beaucoup d'approximation) ; études en Sicile (famille peut-être transférée pour le service du père ; aucun empereur nommé) ; élection comme compromis entre clergé (archiprêtre Pierre) et exercitus (prêtre Théodore), armée concentrée sur le Cælius (Saint-Étienne-le-Rond) et gardes au Latran ; consécration solennelle le 23 octobre 686 ; divalis iussio de Justinien II datée du 17 février 687 (adressée à Jean V) : copie officielle des Actes remise à l'empereur après lecture publique et scellés, lettre visant à dissiper les préoccupations romaines et réaffirmant l'empereur comme gardien de l'orthodoxie ; puis divales iussiones : allègements (annonocapita, coemptiones) en Lucanie et dans les Bruttii, libération des serfs séquestrés en Sicile ; précédent de 681 (Constantin IV, Calabre et Sicile, après les protestations d'Agathon) ; nomination de Constantin, sous-diacre de Syracuse, comme recteur du patrimoine sicilien, en dérogation à la pratique (recteurs choisis parmi les diacres ou sous-diacres de Rome) ; homo perperus et tergiversutus, en conflit avec ses subordonnés, arrêté et envoyé dans la capitale pour le tribunal impérial ; longue maladie ; legs de 2160 solidi (30 livres d'or) aux clercs, monasteria diaconiae et mansionarii ; mort et sépulture à Saint-Pierre le 21 septembre 687 ; succession troublée (Pascal promettant de l'or à l'exarque). URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/conone_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/ (contrôlé en ligne le 4 octobre 2026 : consécration solennelle le 23 octobre 686, divalis iussio du 17 février 687, précédent de 681, 2 160 solidi = 30 livres d'or, promittens dationes confirmés dans le texte italien).

    3 5 7 13 14 17 19 26 27 28 31 34 35 36 38 39 44 47 50 54 60 63 65 67 69 71 73 76 78 79 82 84 86 96
  4. Horace K. Mann, "Pope Conon", The Catholic Encyclopedia, vol. 4, Robert Appleton Company, New York, 1908 ; transcription New Advent : fils, semble-t-il, d'un officier de la troupe thracésienne, éduqué en Sicile, ordonné prêtre à Rome ; original anglais sur l'élection : "His age, venerable appearance, and simple character caused the clergy and soldiery of Rome, who were in disagreement, to put aside their respective candidates and to elect him as pope" ; consécration 21 octobre 686 après notification à l'exarque de Ravenne (ou confirmation par lui) ; original anglais sur Kilian : "He received the Irish missionaries, St. Kilian and his companions, consecrated Kilian bishop, and commissioned him and the others to preach the Faith in Franconia" (d'après la Vita S. Kiliani éditée par Canisius, Lect. Antiquae, III, 175-180) ; Justinien II « l'informa qu'il avait retrouvé les Actes du sixième concile œcuménique, auxquels, écrivit-il, il entendait se conformer » et « remit certaines taxes et redevances dues au fisc impérial par plusieurs patrimoines pontificaux » (remitted certain taxes and dues owing to the imperial exchequer from several papal patrimonies) ; mort le 21 septembre 687 après une longue maladie ; aucune mention de la sépulture ; sources citées : Duchesne, Liber Pontificalis, I, 368 sq. URL : https://www.newadvent.org/cathen/04258a.htm (contrôlé en ligne le 4 octobre 2026 : consécration 21 octobre 686, Kilian sacré évêque, Actes retrouvés, taxes remises).

    6 8 21 29 56 58 61 62 68 88 90 102 113
  5. R. E. Sullivan, "Conon, Pope", New Catholic Encyclopedia, via Encyclopedia.com : pontificat Oct. 23, 686 to Sept. 21, 687 ; père officier d'un corps de l'armée impériale basé en Orient ; éducation sicilienne et entrée au service de l'Église romaine dès son jeune âge, jusqu'au presbytérat ; succession de Jean V : l'archiprêtre Pierre (clergé) contre le prêtre Théodore (choix de « l'armée », milice locale) ; Conon, prêtre déjà âgé, « of uncomplicated mind », comme compromis ; élection confirmée par l'exarque de Ravenne ; Justinien II informant Conon avoir retrouvé les Actes authentiques du VIᵉ concile et abaissant les taxes des patrimoines d'Italie méridionale, avec libération des dépendants siciliens retenus par les officiers impériaux ; maladie limitant la capacité administrative, y compris les ordinations ; nomination d'un diacre sicilien comme recteur du patrimoine de Sicile — charge revenant traditionnellement à un membre de l'administration pontificale — d'où ressentiment romain, aggravé par la cupidité et la duplicité du recteur envers les cultivateurs siciliens ; archidiacre Pascal soudoyant l'exarque pour s'assurer l'élection, d'où l'élection disputée tranchée en faveur de Serge I ; bibliographie : Duchesne, Le Liber Pontificalis (Paris 1955-1957) 1:368-370, trad. R. Davis, The Book of Pontiffs (Liverpool 1989) 81-82, Jaffé 1:243 ; E. Caspar, O. Bertolini, L. Bréhier et R. Aigrain (Histoire de l'Église de Fliche et Martin, t. 5, Paris 1947), J. Richards, T. F. X. Noble. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/conon-pope (contrôlé en ligne le 4 octobre 2026 : pontificat 23 oct. 686 – 21 sept. 687, confirmation par l'exarque, taxes abaissées, recteur sicilien — cupidité et duplicité —, Pascal soudoyant l'exarque ; bibliographie Caspar, O. Bertolini, Bréhier-Aigrain, Richards, Noble).

    9 20 30 40 55 59 74 85
  6. Liber Pontificalis, notice de Serge (n° LXXXVI dans la numérotation de Duchesne), éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, Paris, 1886, pp. 371-382 (pagination vérifiée directement sur le scan Duchesne t. I via archive.org le 4 octobre 2026 : en-têtes 371, 372, 374, 375, 376, 377, 379, 380, 381 et 382 sur la notice LXXXVI, suivie de Jean VI p. 383 ; texte latin contrôlé en ligne le 4 octobre 2026, via Fontistoriche) : à la mort de Conon, Rome se divise en deux parts — una pars elegit Theodorum archipresbiterum, alia vero Paschalem archidiaconum — Théodore tenant l'intérieur du Latran, Pascal l'extérieur ; conseil des premiers juges, de l'armée, du clergé et des citoyens au palais, élection de Serge, conduit de l'oratoire Saint-Césaire au Latran ; soumission de Théodore, résistance de Pascal, qui fait venir en secret l'exarque Jean Platyn (Iohannem patricium et exarchum cognomento Platyn) avec ses juges contre promesse d'or ; l'exarque, trouvant tous d'accord sur Serge, exige néanmoins l'or promis (auri libras) ; Serge ordonné pontife ; Pascal privé de l'archidiaconat pro aliquas incantationes... vel sortes, enfermé au monastère, mort impénitent cinq ans après (post quinquennium... inpenitens defunctus est) ; consécration datée du 15 décembre 687 par la datation reçue — la Catholic Encyclopedia (1913) écrit « probably on 15 Dec., 687 », et le Liber Pontificalis ne donne lui-même aucune date. Synthèses modernes : New Catholic Encyclopedia, « Sergius I, Pope, St. » (triple élection tranchée en décembre 687 en faveur de Serge, soumission de Théodore, Pascal mort en prison cinq ans plus tard impénitent, Jean Platyn exigeant l'or promis avant de permettre la consécration ; pontificat : 15 décembre 687 – 7 septembre 701 ; bibliographie : LP Duchesne I, Hefele, Mann, Fliche-Martin — contrôlé en ligne le 4 octobre 2026 ; URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/sergius-i-pope-st) ; Catholic Encyclopedia (1913), « Pope St. Sergius I » (Pascal offrant une grosse somme à l'exarque, Théodore élu par une autre faction, clergé et peuple écartant les deux au profit de Serge ; consécration probably on 15 Dec., 687 — contrôlé en ligne le 4 octobre 2026 ; URL : https://www.newadvent.org/cathen/13728b.htm) ; Treccani, Bertolini, notice Conone (Pascal archidiacre, promittens dationes, ut persona eius ad pontificatum eligeretur, exarque Giovanni Platyn, iudices envoyés à Rome — contrôlé en ligne le 4 octobre 2026).

    10 105 106 107 108 109
  7. Andrew J. Ekonomou, Byzantine Rome and the Greek Popes: Eastern Influences on Rome and the Papacy from Gregory the Great to Zacharias, A.D. 590-752, Lexington Books, Lanham (Maryland), 2007. Contexte : apport oriental à Rome et séquence des papes orientaux d'Agathon à Grégoire III. Le chiffre démographique relayé par Wikipédia anglophone (p. 247 : Syriens, Grecs et Gréco-Siciliens dépassant ensemble les Latins) n'a pu être vérifié dans le livre (aucun accès consultable en ligne, 4 octobre 2026) : chiffre retiré du corps, qui ne retient que le contexte général documenté par l'ouvrage.

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  8. Source principale : Liber Pontificalis, notice de Serge (Duchesne, t. I, notice LXXXVI) : Pascal promet de l'or à l'exarque (promittens dationes), l'exarque envoie ses juges à Rome, Serge est élu au Palatin puis imposé au Latran, l'exarque reconnaît l'élection régulière tout en exigeant l'or promis. Wikipédia, "Pope Sergius I" — section sur l'élection de 687 : à la mort de Conon, conflit entre l'archiprêtre Théodore et l'archidiacre Pascal ; or promis (non versé) à l'exarque de Ravenne Jean II Platyn par Pascal ; affrontement au palais du Latran ; compromis trouvé par un rassemblement d'autorités civiles, officiers militaires, clergé et citoyens au Palatin élisant Serge ; consécration de Serge I le 15 décembre 687 ; Pascal enfermé ultérieurement dans un monastère sous accusation de sortilèges ; cette élection clôt la dernière sede vacante contestée de la "papauté byzantine". URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Sergius_I.

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  9. Tradition manuscrite du Liber Pontificalis : selon Duchesne, résumé par J. P. Kirsch (Catholic Encyclopedia, art. Liber Pontificalis, New Advent), la première série de notices (saint Pierre - Félix IV, m. 530) fut compilée au plus tard sous Boniface II, et « il est certain qu'une continuation s'est achevée avec le pape Conon (m. 687) ; le résumé s'arrêtant à ce pape (Catalogus Cononianus) en est la preuve ». L'Epitome Cononiana est un abrégé (dont un témoin à Paris, BnF lat. 2123 — cote confirmée chez Duchesne, t. I, Introduction : « Abrégé cononien (K) : a = Parisinus 2123, s. IX », manuscrit sur parchemin du IXᵉ siècle, 156 feuillets, passé par Pithou et de Thou, aux côtés du second témoin véronais du IXᵉ siècle ; texte de Duchesne contrôlé via archive.org le 4 octobre 2026), non une famille de manuscrits. La mention de « deux manuscrits du IXᵉ siècle » ne figure pas chez Kirsch : mention retirée du corps (contrôle en ligne le 4 octobre 2026). URL : https://www.newadvent.org/cathen/09224a.htm.

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  10. Wikipédia (FR et EN), "Conon (pape)" / "Pope Conon" : date de naissance « 630 » donnée sans source (à remplacer par l'approximation de Treccani : années 620) ; clarifications sur l'origine "Thracesian Theme" et la Sicile (lien avec Constance II au conditionnel, non repris ici) ; mission de Kilian ; relations avec Justinien II ; sépulture à la basilique patriarcale Saint-Pierre ; succession par Serge I. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conon_(pape) et https://en.wikipedia.org/wiki/Pope_Conon.

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  11. Positions à distinguer. NCE (T. Ó Fiaich), "Kilian of Würzburg, St.", via Encyclopedia.com : selon la Passio la plus ancienne et la plus digne de foi, Kilian « was already a bishop when he left Ireland » ; « the account of this journey and of his meeting with Pope Conon is certainly unhistorical » ; A. Bigelmair date la Passio Prima de 752 et la tient pour historique malgré des ajouts légendaires. CE 1913 (F. Lauchert), "St. Kilian", via Wikisource : la Passio ancienne, digne de foi, dit Kilian élevé à l'épiscopat avant de quitter son pays ; parti avec onze compagnons, il gagne Würzburg puis va à Rome « to receive missionary faculties from the pope » ; Jean V, qu'il espérait trouver, étant mort (2 août 686), c'est de Conon qu'il obtient ses facultés. Mann (1908), seul, d'après la Vita éditée par Canisius : Conon sacre Kilian évêque. Translation des reliques en 752 à Würzburg. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/kilian-wurzburg-st et https://en.wikisource.org/wiki/Catholic_Encyclopedia_(1913)/St._Kilian.

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  12. Liber Pontificalis, notice de Jean V : durée du pontificat ("annum unum et dies novem") et vacance subséquente ("cessavit episcopatus mense duos dies decem et octo"). La date du 2 août 686 est donnée explicitement par Treccani (Bertolini, notice Conone : « scomparso Giovanni V (2 agosto 686) »). Voir l'article Ignispedia Pape Jean V (685-686).

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  13. Liber Pontificalis, notice de Conon, éd. Louis Duchesne, Le Liber pontificalis, t. I, Paris, 1886, pp. 368-370. Texte latin exact : « Qui sanctissimus vir diutina infirmitate detentus ut etiam vix ordinationes sacerdotum explere potuisset, obiit » — soit : retenu par une longue maladie, au point de pouvoir à peine accomplir les ordinations des prêtres, il mourut. C'est le Liber Pontificalis qui le dit, non la Catholic Encyclopedia (Mann ne commente pas les ordinations). URL : https://fontistoriche.org/papa-conone/.

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  14. Liber Pontificalis, notice de Jean V (texte latin contrôlé en ligne le 4 octobre 2026, via Fontistoriche) : dons de 1900 solidi au clergé et aux monastères (Hic dimisit omni clero, monasteriis diaconiae et mansionariis solidos MDCCCC). La même notice rattache au retour de Jean — alors diacre et légat d'Agathon — du VIᵉ concile des divales iussiones allégeant les annonocapita des patrimoines de Sicile et de Calabre et le coemptum du blé (necnon et alias divales iussiones relevans annonocapita patrimoniorum Siciliae et Calabriae... sed et coemptum frumenti), sous le « très clément prince » — Constantin IV, Justinien n'entrant en scène que plus loin dans la notice (Huius temporibus regnavit domnus Iustinianus Augustus defuncto patre). La datation à 681 et le rôle des protestations d'Agathon viennent de Treccani (Bertolini, notice Conone : « alleviamenti fiscali concessi nel 681 da Costantino IV ai Patrimoni della Chiesa romana in Calabria e in Sicilia in seguito alle vibrate proteste ed alle insistenze di papa Agatone », contrôlé en ligne le 4 octobre 2026). Voir l'article Ignispedia Pape Jean V (685-686).

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