Pape Benoît III (855-858)

Pape de 855 à 858, Benoît III gouverne Rome après une élection violemment contestée par l'antipape Anastase, accueille le jeune Alfred le Grand, et son nom suffit à enterrer la légende de la papesse Jeanne.

Ignispedia

Pape Benoît III (Benedictus III) gouverne l'Église de Rome du 29 septembre 855 au 17 avril 858. Le Saint-Siège le présente comme le 104e pape de l'Église catholique, né à Rome, fils d'un certain Pierre, successeur immédiat de Léon IV et prédécesseur de Nicolas Ier.[1] Sa biographie est dominée par trois faits : une élection violemment contestée par l'antipape Anastase avec l'appui des légats impériaux, un pontificat court mais densément documenté par des lettres aux Francs et aux orientaux, et un rôle décisif involontaire comme témoin chronologique : son nom suffit à faire tomber la légende médiévale de la papesse Jeanne, que des chroniqueurs du XIIIᵉ siècle prétendront avoir glissée entre Léon IV et lui.

Le Liber Pontificalis présente Benoît III comme un Romain savant et ascétique, formé au Latran sous Grégoire IV, élevé au sous-diaconat, puis fait cardinal-prêtre du titre de San Callisto par Léon IV.[2] Quand Léon IV meurt le 17 juillet 855, le clergé et le peuple romains se tournent d'abord vers un certain Adrien — qui refuse — puis vers Benoît, déjà connu pour sa douceur, sa science et sa vie réglée. Le récit suivant, transmis par le Liber Pontificalis, par Treccani et par la Catholic Encyclopedia, est l'un des dossiers d'élection contestée les mieux conservés du IXᵉ siècle.[3] [4]

« Le clergé et le peuple romain élurent à l'unanimité Benoît, cardinal-prêtre du titre de Saint-Calliste, pour gouverner le Siège apostolique. » — Liber Pontificalis, notice de Benoît III[5]

Le pontificat de Benoît III est donc bref — deux ans et demi — mais il occupe une place de carrefour : il pacifie Rome après la violence de septembre 855, restaure les sanctuaires touchés par le sac sarrasin de 846 et le feu de 847, accueille le pèlerinage anglais d'Æthelwulf et d'Alfred, écrit aux conciles francs, tient la balance égale entre le patriarche Ignace et Grégoire de Syracuse en refusant toute déposition sans examen romain, et meurt assez vite pour laisser à Nicolas Ier une Église romaine aux prises avec les prémices orientales qui deviendront, sous Photius — intronisé fin 858, après sa mort —, le schisme photien.

Pourquoi Benoît III compte-t-il ?

Un pape de transition entre Léon IV et Nicolas Ier

Le pape Léon IV (847-855), prédécesseur immédiat de Benoît III, bâtisseur de la Cité Léonine après le sac sarrasin de 846. Gravure d'après Artaud de Montor. Domaine public, Wikimedia Commons.

Benoît III appartient à une génération particulière : celle qui hérite de la Rome reconstruite par Léon IV après le sac sarrasin de la basilique vaticane en 846, et qui prépare le pontificat magistériel de Nicolas Ier le Grand. Léon IV a édifié la civitas Leoniana, ce mur enveloppant Saint-Pierre, et a fortifié Ostie ; Nicolas Ier opposera le poids romain au césaropapisme byzantin et aux divorces carolingiens. Entre eux deux, Benoît III est tenu de continuer la reconstruction matérielle, la diplomatie franque et le gouvernement liturgique sans encore disposer du prestige doctrinal de son successeur.[6]

Le résultat est un pontificat moins éclatant que ceux qui l'encadrent, mais plus important qu'il n'y paraît. C'est sous lui que Rome teste, pour la première fois après 846, sa capacité à recevoir un grand pèlerin occidental — le roi de Wessex — et à dialoguer avec le patriarcat de Constantinople au moment précis où s'amorcent les tensions qui deviendront, sous Photius, la crise photienne.

Le pape contre lequel s'écrasera la légende de la papesse Jeanne

Quelques siècles plus tard, des chroniqueurs dominicains — Jean de Mailly vers 1255, puis Martin de Troppau dans la troisième recension de sa chronique (1265-1277) — inséreront entre Léon IV et Benoît III une figure inventée :[7] la « papesse Jeanne », une femme déguisée en homme qui aurait régné deux ans et demi avant de mourir en couches.[8] Le récit deviendra l'un des plus populaires de la culture médiévale tardive, puis l'un des bois secs préférés de l'anticatholicisme classique.

La défaite historique de cette légende ne tient pas seulement à des arguments théologiques : elle tient au dossier chronologique de Benoît III lui-même. Les sources contemporaines, les monnaies, la diplomatie carolingienne et la mémoire byzantine convergent sur un point matériel : il n'y a pas d'espace dans le calendrier entre Léon IV († 17 juillet 855) et la consécration de Benoît III (29 septembre 855) : dès le 7 octobre 855, Benoît confirme les privilèges de l'abbaye de Corbie, et Hincmar de Reims rapporte que le messager envoyé à Léon IV, ayant appris sa mort en chemin, remit sa pétition à Benoît III, qui la jugea (Hincmar, lettre 40, PL CXXVI, 85).[9] Les monnaies romaines associant Benoît III à l'empereur Lothaire Iᵉʳ — mort le 29 septembre 855[10] — vont dans le même sens sans prouver rien à elles seules : décrites par Garampi (De nummo argenteo Benedicti III, Rome, 1749), elles s'ajoutent à un faisceau convergent qui rend toute insertion d'une papesse pendant deux ans mécaniquement impossible.[11] [12]

Un pape doux face à la violence d'État

Le troisième intérêt de Benoît III est spirituel. Confronté à une prise armée du Latran par l'antipape Anastase et les missi impériaux, dépouillé de son siège, enfermé dans une chambre de palais, exposé publiquement comme déposé, il sera rétabli quatre jours plus tard par la résistance populaire — et, immédiatement après, traitera son rival avec une mansuétude inhabituelle. Le Liber Pontificalis note qu'Anastase est laissé en vie, conservé en communion laïque, et qu'aucune représaille de sang n'est exercée.[13] [14]

Cette douceur fait de Benoît III une figure pastorale précieuse à un moment où la papauté apprend à survivre aux interventions armées des partis politiques romains et carolingiens.

La crise de septembre 855

La mort de Léon IV et la première élection

Léon IV meurt à Rome le 17 juillet 855.[15] [16] Son pontificat avait été marqué par deux réussites majeures : la défense maritime contre les Sarrasins, qui avaient pillé Saint-Pierre en 846, et la construction de la Cité Léonine, ce mur d'enceinte protégeant la basilique vaticane et le quartier des pèlerins. À sa mort, Rome n'a plus la peur immédiate de la razzia musulmane, mais elle reste prise entre les partis carolingiens romains — favorables soit à Lothaire et à son fils Louis II, soit à Charles le Chauve — et les vieilles familles aristocratiques de la cité.

Le premier choix du clergé et du peuple est, selon l'Oxford Dictionary of Popes, un certain Adrien — cardinal-prêtre du titre de Saint-Marc, le futur Adrien II —, qui refuse l'honneur.[17] Le second choix est alors Benoît, cardinal-prêtre de Saint-Calliste, déjà repéré par Léon IV pour sa science et son ascèse. L'élection est unanime selon le biographe officiel ; les rivalités sourdes ne sont pas niables, mais elles ne suffisent pas à mettre en cause la légitimité de Benoît.[18]

Le rôle d'Arsène d'Orte et des légats

Conformément à l'usage carolingien, les Romains envoient des légats à l'empereur Louis II — fils de Lothaire Iᵉʳ et coempereur — pour obtenir la confirmation impériale du décret d'élection. C'est ici que se noue le drame. Treccani rappelle que les missi imperiali envoyés à l'empereur sont les comtes Adalbert et Bernard, et que les légats romains sont infiltrés par les partisans de l'évêque Arsène d'Orte, un des chefs les plus autoritaires du parti pro-impérial à Rome — et, par-dessus tout, l'oncle d'Anastase.[19]

Arsène les persuade de trahir Benoît et de plaider auprès de l'empereur en faveur d'Anastase. La Catholic Encyclopedia résume crûment :

« Les légats trahirent la mission qui leur était confiée et se laissèrent gagner par l'ambitieux cardinal Anastase, qui avait été excommunié. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia, art. Pope Benedict III[20]

Gagnés à leur tour, les missi impériaux s'efforceront d'imposer Anastase à l'Église romaine.

Anastase n'est pas un inconnu. Ancien cardinal-prêtre du titre de San Marcello, neveu d'Arsène d'Orte, il avait été excommunié en 850 par un synode romain pour avoir fui Rome, puis anathématisé et déposé en 853 par un autre synode sous Léon IV. C'est donc un clerc canoniquement déchu, doté d'un appui familial à Orte et d'un réseau pro-impérial à Rome.[21]

L'attaque du Latran et l'emprisonnement de Benoît III

Le 20 septembre 855, Anastase pénètre dans la Cité Léonine avec les troupes impériales. Treccani date précisément l'événement : « Le 20 septembre, l'accès à la Cité Léonine fut forcé. »[22] Le palais du Latran tombe ; selon le récit du biographe pontifical repris par Treccani, les hommes d'Anastase font disparaître les inscriptions et images commémorant les conciles de 853 aux portes de Saint-Pierre, et des images saintes — jusqu'à celles du Christ et de la Vierge — sont mises en pièces et brûlées ; et Benoît III, dépossédé, est enfermé dans une chambre du palais où les clercs avaient l'habitude de se réunir.[23]

« Benoît fut insulté et emprisonné. La plupart du clergé et du peuple, cependant, lui restèrent fidèles, et les missi durent céder. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia[24]

La scène n'est pas une simple querelle ecclésiale. Elle est une mise sous tutelle politique : l'empereur — ou plutôt, ses légats convaincus à tort — veut imposer le candidat de la famille d'Orte. Une chronique notée par le Liber Pontificalis parle d'irruption armée dans le palais épiscopal et de violences faites au pape légitime.[25]

La résistance romaine au titulus Émilienne

Pendant quatre jours, la résistance s'organise. Selon Treccani, le clergé et le peuple romains se rassemblent au titulus Émilienne, l'ancienne église dite des Quatre-Saints-Couronnés (SS. Quattro Coronati), à mi-chemin entre le Latran et le Colisée. Trois jours de jeûne, une pression publique constante et un soulèvement populaire en faveur du pape légitime contraignent les missi à changer de position.[26]

Le 24 septembre 855, les légats impériaux abandonnent Anastase, libèrent Benoît III et expulsent l'antipape sans mort ni proscription sanglante.[27] Le dimanche 29 septembre 855, Benoît III est consacré à Saint-Pierre, vraisemblablement par les évêques suburbicaires, conformément à l'usage romain (la Catholic Encyclopedia retient « le 29 septembre ou le 6 octobre 855 »).[28]

Septembre 855 : la crise de l'antipape Anastase, depuis la mort de Léon IV jusqu'à la consécration de Benoît III à Saint-Pierre. Infographie originale Ignispedia.

« Le dimanche suivant, le 29 septembre 855, Benoît fut enfin consacré à Saint-Pierre. » — Ottorino Bertolini, Enciclopedia dei Papi, art. Benedetto III[29]

Le synode et la mansuétude de Benoît III

Un synode romain condamne aussitôt Anastase et le dépose canoniquement. Mais Benoît III refuse d'exiger une peine corporelle ou une exécution. La sentence est laïcisante — Anastase perd ses fonctions cléricales — mais elle reste personnellement clémente : selon le Liber Pontificalis et la Catholic Encyclopedia, l'antipape est admis à la communion laïque, c'est-à-dire qu'il peut continuer à recevoir l'Eucharistie comme un fidèle ordinaire.[30] [31]

« Bien que son rival fût condamné par un synode, Benoît l'admit à la communion laïque. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia[32]

Cette mesure n'est pas une faiblesse. Elle est cohérente avec la théologie romaine ancienne, qui distingue le jugement disciplinaire du jugement de l'âme. Et elle s'avérera, à long terme, providentielle : Anastase, qui survivra jusqu'en 879 environ, sera réhabilité par Nicolas Ier comme conseiller, puis nommé bibliothécaire du Saint-Siège par Adrien II, et deviendra l'un des plus grands traducteurs grec-latin de son siècle, indispensable au dialogue avec Byzance.[33] La douceur de Benoît III, en évitant la peine de sang ou l'exil définitif, a laissé à l'Église la possibilité d'utiliser ensuite les talents d'un homme dangereux.

Le contexte : Rome après le sac sarrasin et la Cité Léonine

Une ville encore traumatisée par 846

Pour comprendre Benoît III, il faut se souvenir que Rome a été pillée par les Sarrasins le 23 août 846. Les marins arabes remontent le Tibre, prennent d'assaut Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-Murs, mettent à sac la confession de l'Apôtre, profanent l'autel et emportent l'argenterie sacrée. Léon IV reprend en main la défense maritime, fortifie Ostie, organise la victoire navale de 849 et entoure le Vatican d'une muraille, la civitas Leoniana.[34]

Quand Benoît III est élu en 855, cette muraille existe depuis moins de trois ans. Saint-Pierre est encore convalescent ; certaines églises pillées en 846 ou endommagées par l'incendie de 847 — qui détruisit le quartier saxon — n'ont pas été pleinement restaurées. Le programme de Benoît sera donc, dès les premiers mois, de reprendre l'œuvre de reconstruction sacrée de son prédécesseur.

Une chrétienté politiquement fragmentée

Le contexte politique est non moins lourd. Lothaire Iᵉʳ, fils de Louis le Pieux et empereur d'Occident depuis 840, meurt le 29 septembre 855 — le jour même de la consécration de Benoît III —, après s'être retiré gravement malade à l'abbaye de Prüm le 23 septembre.[35] Son empire éclate aussitôt entre ses trois fils : Louis II garde l'Italie et le titre impérial, Lothaire II reçoit la Lotharingie, Charles reçoit la Provence. À l'ouest, Charles le Chauve règne sur la Francie occidentale ; à l'est, Louis le Germanique règne sur la Francie orientale.

Le pape doit composer avec ce jeu à cinq Carolingiens : il intervient dans les querelles de succession, refuse de laisser un parti écraser l'autre, et oblige les évêques à respecter la communion ecclésiale par-dessus les frontières politiques. C'est dans ce cadre qu'il faudra lire la correspondance survivante de Benoît III.

Une Église d'Orient déjà nerveuse

Enfin, à Constantinople, le patriarche Ignace vient d'accéder au trône (847), poussé par le parti des moines stoudites et par la régente Théodora. Il s'oppose vivement à plusieurs évêques byzantins, dont Grégoire Asbestas, métropolite de Syracuse, qu'il dépose et qu'il refuse de communier. C'est l'amorce de ce qui deviendra, sous Photius (858) et plus encore sous Photius restauré (877), le schisme photien — premier grand affrontement direct entre la papauté romaine et le patriarcat constantinopolitain.[36]

Sous Benoît III, ce conflit n'est encore qu'un petit nuage. Mais il va contraindre le pape à formuler, pour la première fois après Léon IV, la doctrine romaine de la primauté appliquée aux causes majeures d'Orient.

Les actes du pontificat

Restaurer les basiliques romaines

Le Liber Pontificalis, comme toutes les biographies pontificales du IXᵉ siècle, consacre une part importante de la notice de Benoît III à ses dons aux églises romaines et à ses travaux de restauration. Selon le résumé qu'en fait Treccani, on lui doit notamment :

Église romaineTravaux attribués à Benoît III
Basilique vaticane (Saint-Pierre)Couverture de la nef centrale du transept
Sainte-Marie-MajeureRestauration du baptistère
Sainte-Marie-in-TrasteverePortique, baptistère, sacristie, abside ornée de mosaïques
Schola Anglorum (quartier saxon, près de Saint-Pierre)Restauration complète après l'incendie de 847
Plusieurs tituli romains (anciennes églises paroissiales titulaires)Dons d'argenterie, de tentures liturgiques, de lectionnaires

Source : Treccani, art. Benedetto III.[37]

Ces travaux ne sont pas seulement décoratifs. Dans la théologie liturgique romaine, rebâtir un baptistère, c'est rebâtir la porte de l'Église ; restaurer une abside, c'est rebâtir le lieu de la Présence eucharistique ; équiper un lectionnaire d'argent, c'est rebâtir la chaire de la Parole. Benoît III continue ainsi, à son échelle, l'œuvre matérielle de Léon IV : refaire de Rome une cité liturgiquement intacte après les violences du milieu du siècle.

Reconstituer le lectionnaire perdu

Le détail le plus émouvant que rapporte la documentation concerne le lectionnaire perdu que Benoît III fait recopier et orner.[38] Cet ouvrage contient « les textes de saint Paul, des autres apôtres et des prophètes » — c'est-à-dire l'épistolier liturgique utilisé chaque jour à la messe romaine. Sa couverture est dotée de « tables d'argent d'une facture admirable ».

Là encore, le geste est théologique : restituer à l'Église romaine la continuité de la lecture publique des Écritures, dans des conditions matérielles dignes du mystère célébré.

Accueillir Æthelwulf de Wessex et le futur Alfred le Grand

Rome carolingienne en 855 : repères topographiques pour situer l'accueil d'Æthelwulf et du jeune Alfred dans la Schola Anglorum, près de Saint-Pierre. Infographie originale Ignispedia.

Le pèlerinage le plus célèbre du pontificat est celui du roi Æthelwulf de Wessex, qui arrive à Rome au printemps 855 — avant la mort de Léon IV — accompagné de son très jeune fils Alfred, le futur Alfred le Grand, alors âgé de cinq ou six ans, et d'une grande suite. Il y reste une année entière, à cheval donc sur les pontificats de Léon IV et de Benoît III.[39] [40] [41]

Les présents que le roi remet à la Chaire de Pierre sont rapportés par le Liber Pontificalis (notice de Benoît III, § XXXIV) et par les Annales de Saint-Bertin : une couronne d'or de quatre livres, deux calices d'or, une épée à monture d'or, quatre coupes d'argent doré, deux tuniques de soie, deux voiles tissés d'or, ainsi que des distributions d'or au clergé et d'argent au peuple romain.[42] [43]

La restauration de la Schola Anglorum, ce quartier saxon proche de Saint-Pierre où séjournent les pèlerins anglais, et que l'incendie de 847 avait détruit, est l'œuvre de Benoît III, qui la mène à son terme.[44] Les largesses d'Æthelwulf — dons précieux à Saint-Pierre, or et argent distribués au clergé et au peuple romain — accompagnent plus largement ce relèvement de Rome : à la demande du pape, le roi accepte qu'un contribution stable du trésor anglo-saxon soutienne durablement l'Église romaine, premier pas vers ce que l'on rapprochera du denier de Saint-Pierre.[45]

« Benoît reçut le roi Æthelwulf de Wessex et son fils Alfred ; il compléta la restauration de la Schola Anglorum, détruite par l'incendie de 847. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia[46]

Au retour, Æthelwulf passe par la cour de Charles le Chauve et, le 1ᵉʳ octobre 856, épouse Judith de Francie, scellant l'alliance carolingienne-anglo-saxonne.[47] Mais le souvenir romain du jeune Alfred — élevé par un roi catholique, en présence du Siège apostolique — laissera des traces durables dans le futur grand roi d'Angleterre, traducteur de saint Grégoire le Grand.

Régler les conflits francs : Hubert, Ingeltrude, Soissons

Benoît III reçoit en moins de trois ans un nombre considérable de demandes franques. La documentation conservée — environ une dizaine de lettres regroupées par Jaffé dans ses Regesta Pontificum Romanorum — couvre plusieurs dossiers.[48]

DateActe de Benoît IIIDestinataire / objet
7 octobre 855Confirmation des privilèges de l'abbaye de Corbie (sous l'abbé Odon)Abbaye de Corbie
7 octobre 855Confirmation des actes du concile de Soissons (853) sur l'évêque HincmarHincmar de Reims
857Lettre menaçant d'excommunication le subdiacre Hubert, frère de la reine TheutbergaÉvêques de Provence
857Sommation contre Ingeltrude lui ordonnant de quitter la cour de Lothaire IILothaire II
11 mai 857Confirmation des biens de Saint-Denis en AngleterreAbbaye de Saint-Denis
23 octobre 857Confirmation des privilèges de l'abbaye de FuldaAbbaye de Fulda
30 mars 858Concession du pallium à Vitale, patriarche de GradoPatriarcat de Grado
855-858Réponses canoniques à Ratald, évêque de Strasbourg, et à Salomon de ConstanceSur les peines canoniques

Source : Treccani, Enciclopedia dei Papi.[49]

Le dossier Hubert est révélateur. Frère de la reine Theutberga — épouse de Lothaire II —, Hubert avait obtenu de manière irrégulière l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune (Suisse actuelle) et pillait des monastères voisins. Benoît III écrit aux évêques provençaux pour exiger sa déposition et menace d'excommunication.[50] [51] Le subdiacre brigand ne tombera qu'en 864, sous Nicolas Ier, mais la procédure aura été engagée par Benoît.

Le dossier Ingeltrude, concubine notoire dans l'entourage carolingien, anticipe les grandes affaires matrimoniales que Nicolas Ier instruira ensuite contre Lothaire II au sujet de son répudiation de Theutberga.

Enfin, la confirmation du concile de Soissons (853) valide officiellement la position d'Hincmar de Reims contre les clercs déposés par l'archevêque précédent Ebbon. C'est une décision capitale pour la stabilité de l'épiscopat franc.[52]

Refuser le fait accompli à Constantinople

L'affaire orientale la plus importante du pontificat est celle de Grégoire Asbestas, métropolite de Syracuse, déposé par le patriarche Ignace dès son accession au trône constantinopolitain en 847.[53] Grégoire fait appel à Rome. Le patriarche Ignace adresse à Benoît III une lettre dorée et un évangile relié d'or, portés par le moine Lazare, demandant la confirmation pure et simple de sa sentence.

Benoît III refuse de ratifier la déposition sans instruction. Il réclame que la cause soit jugée à Rome ou que les preuves complètes lui soient produites — réaffirmant ainsi la doctrine ancienne, codifiée notamment par le pape Gélase Iᵉʳ, selon laquelle la papauté est la dernière instance d'appel pour les causes majeures de l'épiscopat universel.[54] [55]

« Benoît refusa de confirmer la déposition de Grégoire de Syracuse sans examen des preuves ; le jugement devait être instruit à Rome. » — Treccani, Enciclopedia dei Papi, art. Benedetto III[56]

Sous Nicolas Ier, cette même affaire débouchera sur le grand bras-de-fer avec Photius, dont Grégoire Asbestas sera l'un des principaux soutiens. Mais le principe romain — « pas de déposition d'un métropolite sans procès canonique vérifié à Rome » — est déjà posé par Benoît III.

La papesse Jeanne : pourquoi Benoît III suffit à enterrer la légende

Comment naît la légende au XIIIᵉ siècle

La « papesse Jeanne » dans la Chronique de Nuremberg d'Hartmann Schedel (1493). Une légende dominicaine du XIIIᵉ siècle, popularisée par la xylographie de la fin du XVᵉ siècle, que le pontificat documenté de Benoît III rend chronologiquement impossible. Domaine public, Wikimedia Commons.

Aucune source contemporaine de Benoît III ne mentionne une papesse. Les premières mentions surgissent quatre siècles plus tard, dans le monde dominicain :

  • Jean de Mailly, Chronica universalis Mettensis, vers 1255 : récit d'une papesse anonyme, sans nom, placée vers 1099 — pas encore au IXᵉ siècle (texte : MGH, Scriptores 24, p. 514, éd. Waitz).[57]
  • Étienne de Bourbon, De septem donis Spiritus Sancti, vers 1260 : reprise du récit de Jean de Mailly.
  • Martin de Troppau (Martinus Polonus), Chronicon pontificum et imperatorum, troisième recension, entre 1265 et 1277 (Martin meurt en 1278) : version définitive et la plus diffusée. La papesse est nommée Jean Anglicus de Mayence ; elle est placée entre Léon IV et Benoît III ; elle aurait régné « deux ans, sept mois et quatre jours » ; elle serait morte en couches en se rendant du Vatican au Latran, entre le Colisée et Saint-Clément (texte : MGH, Scriptores 22, p. 428, éd. Weiland).[58] [59]

L'histoire devient un lieu commun à la fin du Moyen Âge. Elle est reprise par Boccace, par les sermonnaires gallicans, par les chroniqueurs allemands, puis par toute la polémique anti-romaine du XVIᵉ siècle.

Pourquoi la chronologie ne laisse aucun espace

C'est ici que la documentation de Benoît III devient décisive. Léon IV meurt le 17 juillet 855. Benoît III est consacré le 29 septembre 855. Entre les deux : soixante-quatorze jours.[60] [61]

Or la légende exige un règne de deux ans, sept mois et quatre jours pour la « papesse Jeanne ». Mécaniquement, c'est impossible : il faudrait que Léon IV soit mort vers 853 — ce qui est démenti par les Annales franques et par la correspondance hincmarienne — ou que Benoît III ait été consacré vers 858 — ce qui est démenti par sa propre correspondance datée de 855-858.

« La légende n'a guère besoin aujourd'hui d'une réfutation minutieuse : non seulement il n'existe aucune preuve contemporaine d'une femme pape à aucune des dates proposées pour son règne, mais les faits connus des périodes respectives rendent impossible de l'y insérer. » — J. N. D. Kelly, The Oxford Dictionary of Popes[62]

Pourquoi les monnaies suffisent à clore le dossier

Denier d'argent de l'empereur Lothaire Iᵉʳ (840-855). Des monnaies romaines portant conjointement le nom de Benoît III et celui de Lothaire Iᵉʳ — mort le 29 septembre 855 — vont dans le même sens que les sources écrites : Benoît succède immédiatement à Léon IV, sans place pour une « papesse » intermédiaire. Photo PHGCOM, Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0).

À l'argument chronologique s'ajoute un indice matériel : il existe des monnaies romaines portant conjointement le nom de Benoît III et celui de l'empereur Lothaire Iᵉʳ, décrites par Garampi (De nummo argenteo Benedicti III, Rome, 1749). Or Lothaire Iᵉʳ meurt le 29 septembre 855 — le jour même de la consécration de Benoît III —, après s'être retiré au monastère de Prüm le 23 septembre. Toute monnaie associant les deux noms a donc été frappée à la toute fin du règne de Lothaire, c'est-à-dire au moment précis où Benoît succède à Léon IV : un indice convergent, non une preuve isolée.[63] [64]

Cela signifie deux choses. D'abord, que Benoît III était reconnu comme pape légitime avant le 29 septembre 855 — donc dès l'expulsion d'Anastase le 24 septembre, voire dès son élection unanime de fin août / début septembre. Ensuite, que la documentation physique (monnaies datables et conservées dans les médailliers européens) exclut tout règne intermédiaire.

« L'une de ses monnaies prouve qu'il n'y eut pas de papesse Jeanne entre Léon IV et lui. » — Horace K. Mann, Catholic Encyclopedia, art. Pope Benedict III (formulation de 1907, à entendre comme un indice convergent — et non comme une preuve à elle seule)[65]

Pourquoi le silence contemporain est assourdissant

À ces preuves matérielles s'ajoute un silence éloquent.

  • Hincmar de Reims adresse une pétition à Léon IV ; en cours de route, son messager apprend la mort de Léon et remet la pétition à Benoît III directement, qui la juge (Hincmar, lettre 40 à Nicolas Iᵉʳ, PL CXXVI, 85). Aucune papesse n'apparaît dans cette procédure : la succession est immédiate.[66] [67]
  • Anastase le Bibliothécaire — à qui une partie de la tradition historiographique attribue la continuation du Liber Pontificalis pour les pontificats voisins (Nicolas Ier, Adrien II)[68] — et qui a été lui-même l'antipape de 855, ne mentionne jamais aucune papesse. Or il avait toutes les raisons de le faire, par hostilité au parti opposé, si la chose avait été réelle.
  • Côté byzantin non plus, aucune source contemporaine — pas même dans le Constantinople de Photius, pourtant en rupture ouverte avec Rome après son intronisation fin 858 — n'insère une papesse entre Léon IV et Benoît III : le silence est général, en Orient comme en Occident.[69]
  • Aucun chroniqueur byzantin, aucun annaliste franc, aucune source musulmane (les Sarrasins savaient pourtant beaucoup de Rome), aucun document copte, syriaque ou arménien ne mentionne la moindre papesse.

Comment les catholiques et les protestants se rejoignent sur la réfutation

Le dossier est rare : il a été clos non seulement par les apologètes catholiques, mais aussi par les meilleurs érudits protestants.

  • Côté catholique, vers 1600-1601, le buste siennois inscrit Johannes VIII, Femina ex Anglia est transformé et remplacé par une figure masculine (le pape Zacharie) ; les synthèses modernes rapportent à 1601 une déclaration de Clément VIII écartant la légende, sans qu'un acte pontifical formel (bulle, bref ou décret) soit identifié dans les sources consultées.[70] Florimond de Raemond, jurisconsulte bordelais, publie en 1587 son Erreur populaire de la papesse Jane, qui démonte la légende par critique textuelle humaniste. Au XVIIᵉ siècle, l'historien Cesare Baronio, dans ses Annales Ecclesiastici, traite la légende comme une fable.
  • Côté protestant, le ministre calviniste David Blondel publie en 1647, à Amsterdam chez Blaeu, son Familier esclaircissement de la question si une Femme a esté assise au Siege Papal de Rome entre Leon IV, & Benoist III (titre cité dans son orthographe d'origine), où il démontre l'impossibilité de la papesse par les sources mêmes du IXᵉ siècle.[71]

Le consensus actuel est unanime, comme le résume l'Oxford Dictionary of Popes : la papesse Jeanne est une fiction médiévale, datable au XIIIᵉ siècle, rendue impossible par le pontificat documenté de Benoît III. Que la démonstration la plus serrée soit venue d'un érudit protestant comme Blondel — sans complaisance pour Rome — en dit long : ce n'est pas une apologie confessionnelle, c'est un constat de critique historique.

Pourquoi cela n'a rien d'embarrassant pour l'Église

L'épisode est intéressant à plus d'un titre. D'abord, parce qu'il montre la résistance de l'imaginaire populaire : la légende a séduit pendant trois siècles, alors même qu'aucune source ne la portait. Ensuite, parce qu'il montre la rigueur critique de l'Église catholique : ce sont des catholiques qui les premiers ont réfuté la fable, par souci de vérité historique, bien avant qu'elle ne devienne un cliché anti-romain. Enfin, parce qu'il montre que la vraie histoire de Benoît III est, en elle-même, suffisamment dense pour rendre toute fiction surnuméraire inutile.

Questions disputées

Anastase était-il un seul homme ?

« Le cardinal Anastase arrache le manteau pontifical des épaules de Benoît III » — gravure de Vinzenz Katzler (vers 1868) figurant la prise de force du Latran, le 20 septembre 855. Domaine public, Wikimedia Commons.

La Catholic Encyclopedia mentionne une controverse historiographique entre Hergenröther (qui identifie l'antipape de 855 et le bibliothécaire d'Adrien II comme la même personne) et Langen (qui en fait deux personnes différentes).[72] Le consensus moderne, suivi par Wikipédia, Treccani et l'Oxford Dictionary, retient l'identification : Anastase le Bibliothécaire, l'antipape de 855, et le grand traducteur grec-latin sous Nicolas Ier et Adrien II sont la même personne, neveu d'Arsène d'Orte, formé au grec par des moines orientaux, ancien cardinal-prêtre de San Marcello.[73]

Cette identification renforce la mansuétude prêtée à Benoît III : c'est en n'exécutant pas, en n'exilant pas définitivement Anastase, que la papauté s'est offert quelques années plus tard l'un de ses meilleurs serviteurs orientalistes.

La date exacte de la mort de Benoît III

La très grande majorité des sources — fiche officielle du Saint-Siège, Catholic Encyclopedia, Encyclopedia.com, Oxford Dictionary of Popes, Wikipédia — datent la mort de Benoît III du 17 avril 858.[74] [75] [76] La notice italienne de Treccani propose, dans une formulation isolée, la date du 7 avril 858, après le départ de Louis II de Rome.[77] La divergence est mineure et probablement liée à un calcul de calendrier liturgique ; la date canonique de référence demeure le 17 avril 858, retenue par le Saint-Siège.

Benoît III a-t-il été un grand pape ?

Si l'on entend par « grand pape » un législateur magistériel comparable à Léon Iᵉʳ ou à Nicolas Ier, la réponse est non : Benoît III n'a ni promulgué de grand décret dogmatique ni livré une bataille universelle. Si l'on entend un pape qui a assumé le quotidien d'un siège meurtri, restauré ses basiliques, soutenu sa diplomatie, accueilli ses pèlerins et préservé sa primauté en Orient, la réponse devient nettement positive.

L'historien qui le mesure à l'échelle de son siècle voit en lui un pape de transition forte : il a stabilisé la papauté après une élection violentée, transmis intacts à Nicolas Ier les dossiers carolingiens, et planté la première borne romaine du futur conflit photien. Sa douceur a permis l'utilisation ultérieure d'Anastase ; sa fermeté a maintenu le principe romain de l'appel ; sa piété a refait les baptistères romains.

Chronologie

DateÉvénementSource principale
17 juillet 855Mort de Léon IVLiber Pontificalis, Treccani
Été 855Élection de Benoît III (après refus d'Adrien)Liber Pontificalis, Kelly (Oxford Dictionary of Popes)
17 juillet — septembre 855Mission des légats romains à l'empereur Louis II ; trahison par Arsène d'OrteTreccani
19-20 septembre 855Anastase et les missi impériaux pénètrent dans la Cité Léonine et prennent le LatranTreccani
20-24 septembre 855Benoît III emprisonné ; résistance romaine au titulus Émilienne (SS. Quattro Coronati)Treccani
23 septembre 855Retrait de l'empereur Lothaire Iᵉʳ à l'abbaye de Prüm ; partage de l'empireAnnales franques
24 septembre 855Retournement des missi impériaux ; libération de Benoît III ; expulsion d'AnastaseTreccani
29 septembre 855Mort de l'empereur Lothaire Iᵉʳ à Prüm (le jour de la consécration de Benoît III)Annales franques
29 septembre 855Consécration de Benoît III à Saint-PierreSaint-Siège, Treccani, Liber Pontificalis
Automne 855Synode romain : condamnation d'Anastase, admission à la communion laïqueLiber Pontificalis, Catholic Encyclopedia
7 octobre 855Privilège pour l'abbaye de Corbie ; lettre à Hincmar de Reims (Soissons)Jaffé, Regesta
855-856Séjour d'Æthelwulf de Wessex et du jeune Alfred à Rome ; restauration de la Schola AnglorumAnnales Bertiniani
1ᵉʳ octobre 856Æthelwulf épouse Judith de Francie chez Charles le ChauveAnnales Bertiniani
857Lettres aux évêques de Provence contre le subdiacre Hubert ; sommation à IngeltrudeTreccani, Encyclopedia.com
11 mai 857Confirmation des biens de Saint-Denis en AngleterreTreccani
23 octobre 857Confirmation des privilèges de FuldaTreccani
30 mars 858Pallium accordé à Vitale, patriarche de GradoTreccani
17 avril 858Mort de Benoît III ; sépulture ante fores beati PetriSaint-Siège, Catholic Encyclopedia
Avril 858Élection de Nicolas IerLiber Pontificalis, suite

Mort et sépulture

Une mort au moment où la crise photienne s'annonce

Benoît III meurt le 17 avril 858, après moins de trente-deux mois de pontificat.[78] [79] Les sources ne mentionnent pas de cause précise. Le contexte est tendu : à Constantinople, Ignace subira sa propre déposition en novembre 858, et Photius sera consacré patriarche en quelques jours, à partir de l'état laïc. La grande crise photienne va éclater avant que la papauté n'ait eu le temps de se réorganiser.

C'est Nicolas Ier — élu peu après et consacré le 24 avril 858 — qui héritera de cette crise, et qui en fera l'occasion de l'un des plus grands pontificats du IXᵉ siècle. Mais c'est Benoît III qui a, sans le savoir, planté la première borne, en refusant à Ignace la confirmation automatique de la déposition de Grégoire de Syracuse.

Une sépulture aux portes de Saint-Pierre

Benoît III est enseveli devant la principale porte de la basilique vaticane — ante fores beati Petri.[80] [81] Selon la chronique relayée par Treccani, le corps de Benoît est porté à dos d'hommes du Latran à la basilique du prince des apôtres par les diacres, et Nicolas place lui-même de ses propres mains les restes mortels dans la tombe préparée ante fores beati Petri.[82]

Cette translation manuelle, du Latran à Saint-Pierre, par le futur Nicolas Ier en personne, n'est pas anecdotique. Elle dit la continuité de l'amitié sacerdotale entre les deux papes : Nicolas — « ami très cher » et « très fidèle conseiller » de Benoît selon Bertolini — place lui-même la dépouille de son prédécesseur dans la tombe préparée.[83]

« Nicolas, de ses propres mains, plaça les restes mortels du défunt dans la tombe préparée devant les portes du bienheureux Pierre. » — Ottorino Bertolini, Enciclopedia dei Papi, art. Benedetto III[84]

Réception et héritage

Un pape oublié, sauf comme témoin chronologique

Dans la mémoire populaire, Benoît III est aujourd'hui surtout « le pape qui prouve que la papesse Jeanne n'a pas existé ». Cette réduction est à la fois injuste et révélatrice. Injuste, parce qu'elle masque la densité réelle de son pontificat : restaurations basilicales, diplomatie franque, défense de la primauté romaine. Révélatrice, parce qu'elle souligne le poids historiographique que prend, à long terme, un dossier patiemment documenté : monnaies, lettres datées, sources contemporaines.

L'Église catholique a, paradoxalement, profité de la légende de la papesse Jeanne : en obligeant ses historiens à argumenter point par point, elle leur a permis de redocumenter en détail un pontificat que le silence des chroniqueurs antérieurs aurait laissé dans la pénombre.

Une charnière vers Nicolas Ier le Grand

Le pape Nicolas Ier le Grand (858-867), successeur immédiat de Benoît III, qui plaça de ses propres mains la dépouille de son prédécesseur devant les portes de Saint-Pierre. Gravure d'après Artaud de Montor. Domaine public, Wikimedia Commons.

Plus profondément, Benoît III prépare deux gestes que Nicolas Ier portera à leur ampleur historique.

Le premier est la défense de la primauté romaine. En refusant la confirmation automatique de la déposition de Grégoire de Syracuse, Benoît III réaffirme un principe ancien : la cause d'un métropolite ne peut être close par le seul patriarche oriental. Nicolas Ier reprendra ce principe sur un terrain bien plus vaste, contre Photius.

Le second est la vigilance morale dans les affaires carolingiennes. En refusant Hubert et Ingeltrude, en confirmant Hincmar à Soissons, Benoît III donne le ton d'une papauté qui sait intervenir dans la discipline des cours franques. Nicolas Ier portera cette vigilance jusqu'au refus de reconnaître le divorce de Lothaire II et au célèbre conflit avec l'archevêque Gunther de Cologne.

Sans Benoît III, Nicolas Ier n'aurait pas eu la table dressée à laquelle il s'est assis.

Une douceur qui désarme la mémoire

Enfin, Benoît III laisse à la spiritualité catholique un petit récit de douceur pastorale : un pape battu, emprisonné, humilié quatre jours durant ; un antipape persécuteur ; et la décision de laisser vivre le persécuteur, de l'admettre à la communion laïque, de lui rendre possible une future fidélité. Cette douceur trouvera, vingt ans plus tard, sa preuve historique dans le service d'Anastase comme bibliothécaire du Saint-Siège.

La tradition spirituelle reconnaît dans ce choix l'écho d'une parole du Christ, modèle de tout gouvernement pastoral :

« Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur. » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu 11, 29[85]

Synthèse

Benoît III n'est ni un pape doctrinal majeur ni un grand prince spirituel. Il est un pape de mois cruciaux : trente-deux mois qui voient l'attaque armée du Latran par un antipape, la résistance romaine au titulus Émilienne, la mansuétude envers un rival, l'accueil d'un roi anglais avec son fils futur Alfred le Grand, la restauration des basiliques romaines, la confirmation de Hincmar, le refus du fait accompli à Constantinople, et la mort discrète à Saint-Pierre.

Sa place dans l'histoire ne se mesure ni à la longueur du pontificat ni à la masse des décrets : elle se mesure à la densité des dossiers traités et à la continuité qu'il maintient entre Léon IV et Nicolas Ier. Et, par un retour ironique de l'histoire, son nom est devenu, dans la mémoire collective, le plus efficace argument chronologique contre l'une des fables les plus tenaces du Moyen Âge tardif.

Pour aller plus loin

Articles connexes

Sources principales

  • Saint-Siège, fiche officielle Benedict III, liste des souverains pontifes : 104e pape, 29 septembre 855 - 17 avril 858, né à Rome.
  • Liber Pontificalis, notice de Benoît III, éd. Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis, t. II, Paris, 1892, pp. 140-150 ; trad. Raymond Davis, The Lives of the Ninth-Century Popes (Liber Pontificalis), Liverpool University Press, Translated Texts for Historians vol. 20, 1995.
  • Ottorino Bertolini, art. Benedetto III, Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000.
  • Horace K. Mann, art. Pope Benedict III, The Catholic Encyclopedia, vol. 2, Robert Appleton Company, 1907 ; transcription New Advent.
  • Philippe Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, 2ᵉ éd. Wattenbach-Loewenfeld, Leipzig, 1885-1888, t. I, nos 2663-2673 (lettres et actes de Benoît III ; les nos 2674 et suivants relèvent de Nicolas Iᵉʳ).
  • MGH Epistolae, Epistolae Karolini Aevi, t. V (lettres pontificales du IXᵉ siècle).
  • Migne, Patrologia Latina, t. CXV (Epistolae Benedicti III) et t. CXXIX (Anastase Bibliothécaire).
  • J. N. D. Kelly, The Oxford Dictionary of Popes, Oxford University Press, 1986 ; pour la mise au point sur la papesse Jeanne.
  • Carolyn M. Edwards, Valerie R. Hotchkiss, The Myth of Pope Joan, Columbia University Press, 2001 (étude critique de la légende).
  • Annales Bertiniani, éd. MGH Scriptores rerum Germanicarum, Hanovre, 1883 (pour Æthelwulf et la diplomatie franque).

Notes et sources

Notes et références

  1. Saint-Siège, fiche officielle Benedict III, consultée le 4 juin 2026 : 104e pape, début du pontificat le 29.IX.855, fin le 17.IV.858, naissance à Rome. URL : https://www.vatican.va/content/vatican/en/holy-father/benedetto-iii.html

    1 60 74 78
  2. Liber Pontificalis, notice CVI. Benedict III, éd. Louis Duchesne, Le Liber Pontificalis, t. II, Paris, 1892, pp. 140-150 ; trad. anglaise Raymond Davis, The Lives of the Ninth-Century Popes (Liber Pontificalis), Liverpool University Press, Translated Texts for Historians vol. 20, 1995. La notice décrit l'élection unanime, l'attaque d'Anastase, l'emprisonnement de Benoît, le synode condamnant Anastase, les restaurations basilicales, la mort et la sépulture ante fores beati Petri. Les dons d'Æthelwulf (couronne de quatre livres, vaisselle d'or et d'argent, épée, étoffes, distributions au clergé et au peuple) : t. II, p. 148, § XXXIV (Huius temporibus rex Saxonum…). Texte original latin : « Eligitur a clero et populo Romano unanimiter Benedictus presbyter cardinalis tituli sancti Calisti, qui Sanctam Sedem regeret. »

    2 5 13 15 25 30 40 42 61 68
  3. Ottorino Bertolini, art. Benedetto III, Enciclopedia dei Papi, Istituto dell'Enciclopedia Italiana Treccani, 2000. La notice détaille l'origine romaine, la formation au Latran sous Grégoire IV, le cardinalat de San Callisto sous Léon IV, le rôle d'Arsène d'Orte, des comtes Adalbert et Bernard, l'attaque du 20 septembre 855, l'emprisonnement, la résistance au titulus Émilienne (SS. Quattro Coronati), la consécration du 29 septembre, les restaurations basilicales, le lectionnaire reconstitué, les lettres aux Francs, la confrontation avec Ignace de Constantinople sur Grégoire de Syracuse, la mort et la translation par Nicolas Ier. Textes originaux italiens cités : « La domenica seguente, 29 settembre 855 … B. fu finalmente consacrato in S. Pietro » ; « con le proprie mani ne compose i resti mortali nella tomba preparata "ante fores beati Petri" ». Treccani place la mort de Benoît III au 7 avril 858 (« Ludovico II era appena partito da Roma quando B. (il 7 aprile) venne a morte »), variante isolée par rapport au 17 avril retenu par le Saint-Siège, la Catholic Encyclopedia et l'Oxford Dictionary of Popes. URL : https://www.treccani.it/enciclopedia/benedetto-iii_%28Enciclopedia-dei-Papi%29/

    3 6 14 18 19 22 23 26 27 29 36 37 38 45 49 50 53 54 56 77 81 82 83 84
  4. Horace K. Mann, art. Pope Benedict III, The Catholic Encyclopedia, vol. 2, Robert Appleton Company, 1907 ; transcription New Advent. Donne : père Pierre, formation romaine, élection contestée, trahison des légats, emprisonnement, libération, synode condamnant Anastase, admission à la communion laïque, restauration de la Schola Anglorum après l'incendie de 847, visite d'Æthelwulf et d'Alfred, mansuétude, monnaies prouvant l'absence d'une papesse Jeanne, sépulture devant la porte principale de Saint-Pierre. Textes originaux anglais cités : « the legates betrayed their trust and allowed themselves to be influenced in favour of the ambitious and excommunicated Cardinal Anastasius » ; « Benedict was insulted and imprisoned. Most of the clergy and people, however, remained true to him, and the missi had to yield » ; « though his rival was condemned by a synod, he admitted him to lay communion » ; « He was visited by the Ango-Saxon King Ethelwulf with his famous son Alfred, and completed the restoration of the Schola Anglorum, destroyed by fire in 847 » ; « One of his coins proves there was no Pope Joan between Leo IV and himself. » (formulation de 1907, à lire comme un indice convergent au sein du faisceau documentaire — cf. corps : « sans prouver rien à elles seules » — et non comme une preuve isolée). URL : https://www.newadvent.org/cathen/02427e.htm

    4 11 16 20 24 28 31 32 44 46 63 65 75 79 80
  5. Thomas F. X. Noble, Why Pope Joan?, The Catholic Historical Review, vol. 99, n° 2 (2013), pp. 219-238. Date la Chronique universelle de Metz de Jean de Mailly d'« around 1255 » (Universal Metz Chronicle, written around 1255) et les trois recensions de Martin de Troppau de « between 1265 and 1277 » ; renvoie aux textes MGH, Scriptores 24, p. 514 (éd. Waitz, Historiae mettensis Monumenta Varia) pour Jean de Mailly et Scriptores 22, p. 428 (éd. Weiland, Chronicon Pontificum et Imperatorum) pour Martinus Polonus ; confirme, d'après Raymond Davis (The Lives of the Ninth-Century Popes, Liverpool, 1995, pp. 111 et 167), la mort de Léon IV le 17 juillet 855 et l'élection de Benoît III le 29 septembre de la même année, sans intervalle où insérer une papesse.

    7 57 59
  6. J. N. D. Kelly, The Oxford Dictionary of Popes, Oxford University Press, 1986 (rééd. 2010 avec Michael Walsh). L'article Benedict III rapporte le premier choix du clergé et du peuple porté sur Adrien, cardinal-prêtre de Saint-Marc, et son refus. Sur la papesse Jeanne (notice Joan, pp. 329-330), Kelly écrit : « Scarcely needs painstaking refutation today, for not only is there no contemporary evidence for a female Pope at any of the dates suggested for her reign, but the known facts of the respective periods make it impossible to fit one in. » Note les premières mentions chez Jean de Mailly (vers 1255), Étienne de Bourbon et Martin de Troppau (troisième recension, 1265-1277). Souligne la continuité chronologique stricte Léon IV († 17 juillet 855) → Benoît III (consacré 29 septembre 855), la preuve numismatique des monnaies communes à Benoît III et à Lothaire Iᵉʳ († 29 septembre 855), le témoignage d'Hincmar de Reims qui adresse à Benoît III la pétition destinée initialement à Léon IV, le silence général des sources contemporaines orientales comme occidentales, qui n'insèrent aucune papesse entre Léon IV et Benoît III, et la réfutation décisive du calviniste David Blondel (Familier esclaircissement de la question si une Femme a esté assise au Siege Papal de Rome entre Leon IV, & Benoist III, Amsterdam, Blaeu, 1647 — titre cité dans son orthographe d'origine).

    8 12 17 58 62 67 69 71
  7. Johann Peter Kirsch, art. Popess Joan, The Catholic Encyclopedia, Robert Appleton Company, 1910 ; transcription New Advent. Situe la Chronique universelle de Metz « vers 1250 » et donne le dossier décisif : élection de Benoît III aussitôt après la mort de Léon IV, monnaies communes à Benoît III et à Lothaire, charte du 7 octobre 855 pour l'abbaye de Corbie, et témoignage d'Hincmar de Reims (lettre 40, PL CXXVI, 85) dont le messager, envoyé à Léon IV, remit sa pétition à Benoît III. Textes originaux anglais cités : « Coins exist which bear both the image of Benedict III and of Emperor Lothair, who died 28 September, 855; therefore Benedict must have been recognized as pope before the last-mentioned date » ; « On 7 October, 855, Benedict III issued a charter for the Abbey of Corvey » ; « Hincmar, Archbishop of Reims, informed Nicholas I that a messenger whom he had sent to Leo IV learned on his way of the death of this pope, and therefore handed his petition to Benedict III, who decided it (Hincmar, ep. xl in P.L., CXXVI, 85) » [la transcription New Advent porte par coquille « CXXXVI » ; les œuvres d'Hincmar de Reims occupent les t. CXXV-CXXVI de la Patrologia Latina ; la transcription révisée (catholic.com) donne « CXXVI, 85 »]. Deux leçons anciennes de Kirsch à corriger : il écrit « Abbey of Corvey », mais l'acte du 7 octobre 855 est pour Corbie l'ancienne (Jaffé, n° 2663 : Corbeiensis, in dioec. Ambianensi, sous l'abbé Odon ; Treccani : original sur papyrus conservé à Amiens) — confusion entre Corbeia et Corbeia nova (Corvey, Saxe) ; et il date la mort de Lothaire du « 28 September », leçon du texte de Prudence contre le 29 septembre retenu (cf. note [^lothaire-mort]). URL : https://www.newadvent.org/cathen/08407a.htm

    9 66
  8. Encyclopædia Britannica, art. Lothar I, et Annales Bertiniani (éd. G. Waitz, MGH Scriptores rerum Germanicarum, Hanovre, 1883, s.a. 855, pp. 45-46). L'empereur Lothaire Iᵉʳ, gravement malade, partage son empire entre ses trois fils, se retire à l'abbaye de Prüm le 23 septembre 855, y reçoit l'habit monastique, et y meurt six jours plus tard, le 29 septembre 855 — le jour même de la consécration de Benoît III à Saint-Pierre. Cette date du 29 septembre est celle retenue par Britannica, l'Encyclopedia.com et la tradition annalistique franque ; la leçon « 28 septembre » (reprise par Kirsch en 1910) vient du texte même de Prudence de Troyes, qui écrit « quarto Kalendarum Octobrium », là où d'autres manuscrits portent « tertio » (29 septembre) — voir la note de Waitz ad loc. URL : https://www.britannica.com/biography/Lothar-I

    10 35 64
  9. Catholic Encyclopedia, art. Anastasius Bibliothecarius, vol. 16, transcription New Advent. Donne : neveu d'Arsène d'Orte ; excommunication par le synode romain de 850 ; anathématisation et déposition par le synode de 853 sous Léon IV ; élection comme antipape en 855 par le parti impérial ; réhabilitation par Nicolas Ier ; nomination comme bibliothécaire de l'Église romaine par Adrien II ; mort vers 879. URL : https://www.newadvent.org/cathen/16002b.htm

    21 33 72
  10. Britannica, art. Pope Leo IV, consultée le 4 juin 2026. Détaille : le sac sarrasin de Saint-Pierre et Saint-Paul-hors-les-Murs en 846 ; la victoire navale d'Ostie en 849 ; la construction de la civitas Leoniana enveloppant le Vatican ; la restauration des basiliques pillées ; la mort de Léon IV le 17 juillet 855. URL : https://www.britannica.com/biography/Saint-Leo-IV

    34
  11. Annales Bertiniani (Annales de Saint-Bertin, Prudence de Troyes), s.a. 855 (pp. 44-46) et 856 (p. 47), éd. G. Waitz, MGH Scriptores rerum Germanicarum, Hanovre, 1883 : accueil par Charles le Chauve d'Æthelwulf « Romam properantem », séjour romain à cheval sur les pontificats de Léon IV et de Benoît III, puis fiançailles en juillet 856 (« mense Iulio desponsatam ») et mariage « Kalendis Octobribus in Vermaria palatio » (1ᵉʳ octobre 856, palais de Verberie) avec Judith, fille de Charles le Chauve, Hincmar de Reims posant le diadème royal sur la mariée ; même année 855 : mort de Lothaire à Prüm (voir note [^lothaire-mort]).

    39 43 47
  12. Wikipédia (en), art. Æthelwulf, King of Wessex, consultée le 4 juin 2026 — synthèse de recoupement : départ pour Rome au printemps 855 avec le jeune Alfred et une grande suite ; séjour d'un an à Rome ; inventaire des offrandes ; mariage avec Judith de Francie le 1ᵉʳ octobre 856 à Verberie. Le détail est attesté par les sources primaires : Liber Pontificalis, notice de Benoît III, éd. Duchesne, t. II, p. 148, § XXXIV (trad. Davis) pour les offrandes d'Æthelwulf ; Annales Bertiniani, s.a. 855 (pp. 44-46) et 856 (p. 47), pour le pèlerinage, le séjour romain et le mariage Kalendis Octobribus in Vermaria palatio ; Dictionary of National Biography, art. Ethelwulf, pour le séjour d'un an à Rome et les fiançailles de juillet 856. URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Æthelwulf,_King_of_Wessex

    41
  13. Philippe Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum ab condita Ecclesia ad annum post Christum natum MCXCVIII, 2ᵉ éd. par S. Loewenfeld, F. Kaltenbrunner et P. Ewald, Leipzig, 1885-1888, t. I, nos 2663-2673 (les nos 2674 et suivants relèvent déjà de Nicolas Iᵉʳ). Recense l'ensemble des lettres conservées de Benoît III : privilège du 7 octobre 855 à l'abbaye de Corbie — n° 2663, Corbeiensis (in dioec. Ambianensi), sous l'abbé Odon : il s'agit de Corbie l'ancienne (Picardie), non de Corvey/Corbeia nova (Saxe) —, lettre à Hincmar de Reims (n° 2664, Soissons), lettres aux évêques bretons, à Ratald, évêque de Strasbourg, et à Salomon de Constance (Treccani atteste ces deux lettres « ai vescovi Rataldo di Strasburgo e Salomone di Costanza »), aux évêques de Provence sur Hubert, sur Ingeltrude à la cour de Lothaire II, à l'abbaye de Saint-Denis pour ses biens d'Angleterre, à l'abbaye de Fulda, et au patriarcat de Grado pour le pallium de Vitale.

    48
  14. Benedict III, Pope, dans New Catholic Encyclopedia, version en ligne Encyclopedia.com, consultée le 4 juin 2026. Précise le rôle disciplinaire de Benoît III à l'égard du subdiacre Hubert (frère de la reine Theutberga) et d'Ingeltrude à la cour de Lothaire II, la confirmation des actes du concile de Soissons 853 à la demande d'Hincmar de Reims, et le refus de ratifier la déposition de Grégoire de Syracuse par le patriarche Ignace sans examen préalable. URL : https://www.encyclopedia.com/religion/encyclopedias-almanacs-transcripts-and-maps/benedict-iii-pope

    51 52 55 76
  15. Le récit du buste siennois inscrit Johannes VIII, Femina ex Anglia (série des papes du Duomo de Sienne, vers 1400), de sa transformation et de son remplacement par une figure masculine (le pape Zacharie), ainsi que d'une déclaration de Clément VIII écartant la légende en 1601, est celui des synthèses secondaires modernes (art. Pope Joan, avec renvoi à Stanford 1999 et à Kelly, Oxford Dictionary of Popes) ; aucun acte pontifical formel (bulle, bref, décret) n'y est cité comme source de la déclaration.

    70
  16. Wikipédia (en), art. Anastasius Bibliothecarius, consultée le 4 juin 2026 : dates v. 810-878, neveu d'Arsène d'Orte, formation au grec par des moines orientaux, traducteur des actes du IIᵉ concile de Nicée et du IVᵉ concile de Constantinople, abbé de Sainte-Marie-in-Trastevere sous Nicolas Ier, bibliothécaire sous Adrien II. Données recoupées par Treccani, Enciclopedia dei Papi, art. Antipapa Anastasio Bibliotecario (antipape de 855, activité littéraire et charge de bibliothécaire), par la Catholic Encyclopedia, art. Anastasius Bibliothecarius (neveu d'Arsène d'Orte, antipape de 855, réhabilité par Nicolas Ier, bibliothécaire sous Adrien II, mort vers 879), et par Kelly, Oxford Dictionary of Popes (notice Benedict III et dossier de 855). URL : https://en.wikipedia.org/wiki/Anastasius_Bibliothecarius

    73
  17. Évangile selon saint Matthieu, 11, 29. Texte de la Vulgate : « Discite a me, quia mitis sum et humilis corde. » Le Christ y présente la douceur (mansuetudo) comme une vertu d'imitation directe ; la tradition patristique et médiévale en fait la qualité propre du bon pasteur, à laquelle l'historiographie rattache la clémence de Benoît III envers l'antipape Anastase.

    85