À la charnière du IVe et du Ve siècle, alors que l'Église latine vit son âge d'or patristique — celui d'Ambroise, de Jérôme et bientôt d'Augustin —, une figure discrète mais centrale relie entre eux ces géants : saint Chromace d'Aquilée. Évêque d'une des plus prestigieuses cités de l'Empire, exégète pénétrant, pasteur attentif au peuple, il fut aussi l'ami fidèle, le conseiller et le bienfaiteur de presque tous les grands de son temps. Sans lui, la traduction latine de la Bible par Jérôme — la future Vulgate — n'aurait peut-être jamais vu le jour sous cette forme.
Chromace n'a pourtant longtemps été qu'un nom : ses œuvres, dispersées au fil des siècles, avaient été attribuées à d'autres — à Jean Chrysostome, à Ambroise, à Augustin, à Jérôme lui-même. Il a fallu attendre le XXe siècle et le patient travail des éditeurs pour rendre à ce Père de l'Église oublié sa voix propre : celle d'un prédicateur clair, chaleureux et profondément trinitaire, qui sut nourrir son peuple sans jamais sacrifier la rigueur de la foi. Cet article retrace le saint lui-même : son Église d'Aquilée, sa famille, son ascèse, son épiscopat, son rôle d'artisan de paix et de mécène des Pères, son œuvre, sa spiritualité et son culte.
Aquilée, une grande Église des origines
Aquilée, métropole de l'Adriatique
On ne comprend rien à Chromace si l'on ignore d'où il vient. Aquilée, fondée par Rome en 181 av. J.-C. à la pointe nord de l'Adriatique, était au IVe siècle l'une des cités les plus importantes de l'Empire : grand port, carrefour commercial vers l'Orient et les provinces danubiennes, résidence impériale occasionnelle. Son Église était, selon Benoît XVI, un « fervent centre de vie chrétienne »[1]. C'est dans cette métropole de la Regio X — Venetia et Histria que naît et que sert Chromace.
L'Église d'Aquilée comptait parmi les plus anciennes et les plus ferventes de l'Occident. La tradition la rattachait à la prédication de saint Marc l'Évangéliste, envoyé, disait-on, par Pierre avant d'aller fonder Alexandrie. Quand Chromace monte sur la chaire épiscopale, sa communauté possède déjà « une glorieuse histoire de fidélité à l'Evangile »[2] : martyrs des persécutions, vie liturgique riche, basilique ornée des célèbres mosaïques paléochrétiennes encore visibles aujourd'hui.
Une communauté éprouvée par l'arianisme
Le IVe siècle est celui des grandes batailles trinitaires. Après le concile de Nicée (325), l'arianisme — qui niait la pleine divinité du Fils — divisa profondément l'Empire et compta de puissants protecteurs jusque dans l'entourage impérial. Aquilée, par sa position stratégique entre Occident latin et provinces danubiennes infiltrées par l'arianisme, fut un poste avancé de la résistance nicéenne. C'est ce combat qui donnera au jeune Chromace son premier rôle public, au synode de 381.
Un fils d'Aquilée
Naissance et famille
Chromace naît à Aquilée, vers 335-345 — les sources ne permettent pas une date assurée, et les biographes hésitent entre une naissance « vers 335 » et « vers 345 »[3]. Son père meurt alors qu'il est encore enfant. Il est élevé par sa mère, ses frères et ses sœurs, dans un foyer profondément chrétien : toute la maisonnée vit dans la ferveur, et Jérôme, qui connut ce milieu, en gardera un souvenir admiratif, célébrant cette famille comme une véritable petite Église domestique[4].
« Le bienheureux Chromace et saint Eusèbe étaient frères par les liens du sang, tout autant que par l'identité de leurs idéaux. » — saint Jérôme, Lettre VIII, à propos de Chromace et de son frère Eusèbe[5].
Ce détail n'est pas anecdotique : il explique la double vocation de Chromace, à la fois ascète et homme d'Église. Dès sa jeunesse, il appartient au milieu spirituel le plus exigeant d'Aquilée.
Le cénacle ascétique d'Aquilée
Vers les années 370, Aquilée abrite un cercle d'amis unis par la passion de l'Écriture et de la vie ascétique. Jérôme lui-même, qui y séjourne, le comparera à un « chœur de bienheureux »[6]. On y trouve le futur Chromace, son frère Eusèbe, l'archidiacre Jovin, et surtout deux hommes dont les destins croiseront durablement le sien : Tyrannius Rufin (Rufin d'Aquilée), futur traducteur d'Origène, et Jérôme lui-même, le futur traducteur de la Bible.
Cette amitié de jeunesse est décisive. Rufin et Jérôme deviendront plus tard des adversaires acharnés dans la querelle origéniste ; Chromace, lié aux deux, s'efforcera toute sa vie de les réconcilier. La fraternité d'Aquilée fonde aussi son rôle futur de mécène : il connaît de l'intérieur le labeur du traducteur et de l'exégète, et il le soutiendra de toute son autorité épiscopale.
Le prêtre et le synode de 381
Le concile d'Aquilée contre l'arianisme
Chromace est d'abord prêtre d'Aquilée, sous l'épiscopat de Valérien[7]. En 381, Aquilée accueille un concile destiné à régler le cas de deux évêques illyriens soupçonnés d'arianisme, Palladius de Ratiaria et Secundianus de Singidunum. L'assemblée est dominée par la figure d'Ambroise de Milan, qui en mène les débats et obtient la condamnation des deux évêques.
Le prêtre Chromace y prend une part active comme expert et conseiller[8]. Ce synode est un tournant : il le révèle comme un théologien sûr, fidèle à Nicée, et l'inscrit durablement dans le cercle d'Ambroise, dont il recevra plus tard la consécration épiscopale.
« Il ne fait pas de doute que ce navire représente l'Église. » — Saint Chromace, Traités sur Matthieu XLII, 5[9]
Conseiller des grands
Loin d'être un évêque de province isolé, Chromace est inséré dans le réseau des grands pasteurs latins. Il encourage Ambroise à composer des ouvrages d'exégèse, et il sera l'un des destinataires privilégiés des travaux de Jérôme[10]. Sa réputation de science et de droiture en fait un point d'équilibre reconnu de l'épiscopat occidental.
L'évêque d'Aquilée (388-407)
Pasteur d'une Église rayonnante
À la mort de Valérien, Chromace est élu évêque d'Aquilée vers 388[11]. Il gouverne ce siège majeur pendant près de vingt ans. Sa prédication, conservée dans ses sermons, révèle un pasteur soucieux de nourrir concrètement son peuple : il parle une langue simple, imagée, accessible, sans jamais renoncer à la profondeur doctrinale. Benoît XVI a souligné que Chromace fut « un maître sage et un pasteur zélé »[12].
Le mécène des Pères
C'est ici que se joue le rôle historique le plus important de Chromace. Évêque riche, savant et généreux, il met son autorité et ses moyens au service de la grande entreprise de son siècle : rendre l'Écriture accessible à l'Occident latin.
Jérôme et la Vulgate
Chromace est l'un des principaux soutiens de saint Jérôme dans son colossal travail biblique. Il finance et encourage ses traductions, et Jérôme lui dédie en retour plusieurs de ses œuvres : les livres des Paralipomènes (Chroniques), Tobie, les livres de Salomon (Proverbes, Ecclésiaste, Cantique), et son commentaire sur la prophétie d'Habacuc[13]. Chromace l'a aussi aidé pour la révision et la traduction latine du texte biblique[14]. La postérité de la Vulgate — le texte latin de l'Église pendant plus de mille ans — doit donc beaucoup à ce mécène d'Aquilée.
Jérôme adresse nommément ses préfaces à son protecteur : ainsi la préface du livre de Tobie est dédiée aux évêques Chromace et Héliodore[15].
Rufin et le Symbole des Apôtres
Chromace est tout aussi proche de Rufin d'Aquilée, son ami de jeunesse. C'est à sa demande que Rufin traduit en latin l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée et la continue ; l'ouvrage lui est dédié[16]. Son célèbre Commentaire sur le Symbole des Apôtres (Commentarius in symbolum apostolorum), en revanche, fut composé à la demande d'un autre évêque, Laurent (Laurentius), en 404[17]. Par ces deux hommes, Chromace se trouve au cœur de la transmission du patrimoine grec à l'Occident latin.
L'artisan de paix dans la querelle origéniste
À la fin du IVe siècle, une violente controverse oppose les anciens amis d'Aquilée. Rufin traduit et défend partiellement Origène ; Jérôme dénonce avec véhémence les erreurs de l'Alexandrin. La rupture entre les deux hommes devient un scandale public.
Chromace adopte une position d'une grande sagesse pastorale. Rejetant lui-même les doctrines erronées d'Origène, il refuse pourtant de rompre la communion ecclésiale avec Rufin et travaille à apaiser le conflit[18]. La Catholic Encyclopedia note qu'il « maintint la communion ecclésiastique avec Rufin et l'amena à ne pas répondre à la dernière attaque de saint Jérôme »[19]. Dans une époque où les querelles théologiques tournaient vite à la guerre, Chromace incarne l'autorité qui cherche la vérité sans détruire la charité.
Le défenseur de Jean Chrysostome
Le même courage tranquille se manifeste dans l'affaire de saint Jean Chrysostome. Patriarche de Constantinople, Chrysostome est victime d'une cabale et déposé injustement au synode du Chêne (403), puis envoyé en exil. Persécuté, il en appelle à l'Occident.
Chromace prend résolument sa défense. Il écrit à l'empereur Honorius en faveur de l'évêque persécuté[20] et entretient avec lui une correspondance — Chrysostome lui-même compte Chromace parmi les évêques occidentaux qui plaident sa cause. Cette intervention situe Chromace dans le camp des défenseurs de la justice ecclésiale contre l'arbitraire du pouvoir, aux côtés du pape et des grands sièges d'Occident.
L'œuvre de Chromace
Les Traités sur Matthieu
L'œuvre principale de Chromace est constituée par ses Tractatus in Matthaeum, une série d'homélies-commentaires sur l'évangile de Matthieu. La tradition manuscrite en a conservé dix-sept traités (sur Mt 3, 15-17 et Mt 5 — 6, 24), auxquels s'ajoute une belle homélie sur les huit Béatitudes, comptée comme un dix-huitième traité[21]. Les recherches du XXe siècle en ont retrouvé d'autres : le corpus reconstitué dépasse aujourd'hui largement ce noyau ancien[22].
Chromace y pratique une exégèse typologique et pastorale : il lit l'Ancien Testament comme figure du Christ, applique l'Évangile à la vie concrète des fidèles, et déploie une riche théologie de l'Église et des sacrements. Son interprétation de la tempête apaisée — la barque comme figure de l'Église traversant les épreuves du monde — est restée célèbre.
Les Sermons
À côté des traités, on conserve une quarantaine de sermons (Sermones) prêchés à son peuple d'Aquilée[23]. Ils suivent souvent l'année liturgique et abordent les grands mystères : l'Avent et la préparation de la venue du Seigneur, la Trinité, l'Esprit Saint, la Vierge Marie, le baptême, l'eucharistie. Leur ton est chaleureux, leur langue accessible : Chromace prêche pour être compris et nourri, non pour briller.
Une redécouverte au XXe siècle
Le destin posthume de Chromace est singulier. Ses écrits, dispersés au fil des copies médiévales, furent peu à peu attribués à d'autres auteurs : à Jean Chrysostome (la ressemblance des deux noms, Chromatius et Chrysostomus, n'y est pas étrangère), à Ambroise, à Augustin, voire à Jérôme — celui-là même que Chromace avait tant aidé[24]. Pendant des siècles, l'évêque d'Aquilée fut ainsi presque effacé de la mémoire de l'Église.
Il a fallu le travail patient des érudits du XXe siècle pour lui restituer son œuvre. Le bénédictin Joseph Lemarié et Raymond Étaix, prêtre du diocèse de Lyon, identifièrent et publièrent, dans les années 1960-1970, de nombreux sermons et fragments retrouvés : les Sermons en édition bilingue latin-français dans la collection Sources Chrétiennes (n° 154, t. I, 1969 ; n° 164, t. II, 1971), puis l'ensemble de l'œuvre — Sermons et Traités sur Matthieu — dans le Corpus Christianorum, Series Latina (CCSL 9A, 1974, et son Supplementum, 1977)[25]. Cette redécouverte a permis à un pape, Benoît XVI, de consacrer en 2007 une catéchèse entière à ce Père longtemps oublié[26].
La spiritualité de Chromace
L'Église, barque et vêtement de l'Esprit
Le cœur de la spiritualité de Chromace est ecclésial. L'Église est pour lui la barque que rien ne peut engloutir, parce que le Christ y veille même quand il semble dormir[27]. Elle est aussi le vêtement précieux tissé par l'Esprit Saint, l'épouse sans tache. Chromace enseigne que l'unité de l'Église est l'œuvre de la Trinité elle-même, et que nul ne se sauve séparé du corps du Christ[28].
Marie, vierge évangélique
Chromace est un témoin précoce et ferme de la dévotion mariale latine. Commentant l'Évangile, il célèbre Marie comme la « vierge évangélique capable d'accueillir Dieu » et comme la « brebis immaculée et inviolée »[29]. Sa mariologie s'enracine dans la foi de l'Incarnation : Marie est honorée parce qu'elle a porté le Verbe fait chair.
« Marie est la vierge évangélique capable d'accueillir Dieu… la brebis immaculée et inviolée. » — Saint Chromace, Sermons XXIII, 3[30]
La prière et la confiance en la miséricorde
Pasteur des âmes, Chromace ramène toujours la doctrine à la prière confiante. Il exhorte son peuple à prier de tout son cœur, sans compter sur ses propres mérites mais sur la seule miséricorde de Dieu.
« Prions le Seigneur de tout notre cœur et de toute notre foi […] : qu'il ne regarde pas nos mérites, mais sa miséricorde. » — Saint Chromace, Sermons XVI, 4[31]
Cette confiance évangélique, qui place le salut du côté de la grâce et non de l'effort orgueilleux, rejoint l'intuition centrale de toute la spiritualité catholique de l'abandon : se reposer sur le cœur de Dieu plutôt que sur ses propres forces.
La Trinité et le Christ
Formé dans le combat anti-arien, Chromace est un théologien résolument nicéen. Il professe sans ambiguïté la pleine divinité du Fils et la consubstantialité des trois Personnes ; il insiste sur le rôle de l'Esprit Saint dans la vie de l'Église et l'âme du croyant. Sa prédication est constamment ramenée au mystère trinitaire, qu'il présente non comme une abstraction mais comme la source vivante de toute grâce.
Mort, reliques et culte
La fin d'un Père de l'Église
Chromace meurt vers 407 — la même année que son ami Jean Chrysostome[32]. Certains biographes situent ses dernières années dans le contexte troublé des invasions barbares qui menaçaient déjà l'Italie du Nord (Aquilée sera ravagée par Attila en 452), et évoquent un repli vers la lagune de Grado, refuge maritime d'Aquilée et futur siège patriarcal[33]. Les données précises manquent, mais sa mémoire resta vivace dans la région.
Fête et héritage
L'Église honore saint Chromace d'Aquilée comme Père de l'Église ; sa fête est fixée au 2 décembre[34]. Sa redécouverte au XXe siècle lui a rendu une place dans la mémoire chrétienne : on lit de nouveau ses sermons, on cite son exégèse, et le patriarcat moderne de Venise comme les Églises du Frioul vénèrent en lui l'un de leurs grands ancêtres spirituels.
L'héritage de Chromace est double. Comme auteur, il offre un témoignage de premier ordre sur la prédication, la liturgie et la catéchèse de l'Occident latin vers 400. Comme homme d'Église, il incarne une figure rare : celle du pasteur qui sait défendre la vérité sans rompre la charité, soutenir les savants sans chercher la gloire, et garder l'unité au milieu des querelles les plus dures.
Pourquoi lire saint Chromace aujourd'hui ?
À seize siècles de distance, Chromace garde une étonnante actualité. Il rappelle d'abord que la grandeur peut être discrète : il fut l'ami et le soutien des plus illustres, mais son nom s'effaça presque, et c'est justement dans ce service caché que se révèle sa sainteté. Il enseigne ensuite l'art de la paix dans les conflits : entre Jérôme et Rufin, il refusa de choisir la haine, et chercha jusqu'au bout à réconcilier des frères devenus ennemis. Il montre enfin que la vraie théologie nourrit le peuple : ses sermons ne séparent jamais la rigueur doctrinale de la tendresse pastorale.
C'est en ce sens que Benoît XVI, en consacrant sa catéchèse à ce Père retrouvé, a pu le présenter comme un évêque qui, au milieu des tempêtes de son siècle, ne cessa de tenir l'Église comme une barque sûre, les yeux fixés sur le Christ qui veille[35].
Pour aller plus loin
- Saint Jérôme — le traducteur de la Vulgate, ami de jeunesse de Chromace, dont l'évêque d'Aquilée fut le mécène et le destinataire de plusieurs préfaces.
- Saint Ambroise de Milan — le grand archevêque qui présida le synode d'Aquilée de 381 et dans le cercle duquel Chromace fut consacré.
- Saint Jean Chrysostome — le patriarche de Constantinople persécuté que Chromace défendit auprès de l'empereur Honorius.
- Saint Athanase d'Alexandrie — le champion de Nicée dont Chromace prolongea le combat anti-arien en Occident.
- Les Pères du désert — l'idéal ascétique qui inspira le cénacle d'Aquilée où se forma Chromace.
- Saint Marc l'Évangéliste — l'apôtre auquel la tradition rattachait la fondation de l'Église d'Aquilée.
Notes et références
Aquilée, colonie romaine fondée en 181 av. J.-C. à la pointe nord de l'Adriatique, fut un grand port et une résidence impériale occasionnelle. Benoît XVI, Audience générale du 5 décembre 2007 — Saint Chromace, évêque d'Aquilée, vatican.va, présente son Église comme un « fervent centre de vie chrétienne » de la Regio X — Venetia et Histria.
1Benoît XVI, Audience générale du 5 décembre 2007 — Saint Chromace, évêque d'Aquilée, vatican.va : « En 388, lorsque Chromace monta sur la chaire épiscopale de la ville, la communauté chrétienne locale avait déjà mûri une glorieuse histoire de fidélité à l'Evangile. » (citation reprise à l'identique du texte français officiel). Le pape consacre toute cette catéchèse à présenter Chromace comme un Père de l'Église redécouvert.
2 26 35Les sources ne donnent pas de date de naissance assurée. La Catholic Encyclopedia (« St. Chromatius », newadvent.org/cathen/03730a.htm) n'indique pas l'année ; Benoît XVI évoque une naissance « vers 345 » ; d'autres notices retiennent « vers 335 ». L'intervalle 335-345 couvre l'incertitude. Mort « vers 406-407 » selon la Catholic Encyclopedia.
3Saint Jérôme décrit ce foyer avec admiration dans sa Lettre VII : il y compare la mère de Chromace à la prophétesse Anne, ses deux sœurs aux vierges sages de la parabole évangélique, Chromace et son frère Eusèbe au jeune Samuel (Ep. VII : PL XXII, 341) ; et dans sa Lettre VIII : « Le bienheureux Chromace et saint Eusèbe étaient frères par les liens du sang, tout autant que par l'identité de leurs idéaux » (Ep. VIII : PL XXII, 342). Textes cités en français par Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007 (vatican.va), qui rappelle que Chromace, ayant perdu son père très tôt, fut élevé par sa mère, ses frères et ses sœurs dans un climat de grande piété.
4 5Saint Jérôme compare le cercle ascétique d'Aquilée, où il séjourna vers 370, à un « chœur de bienheureux » (chorus beatorum), tant la ferveur y était grande. Le groupe rassemblait notamment Chromace, son frère Eusèbe, l'archidiacre Jovin et Rufin d'Aquilée. Cf. Jérôme, Chronique / Lettres ; Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007.
6Chromace fut prêtre d'Aquilée sous l'évêque Valérien (épiscopat vers 369-387), auquel il succéda. Cf. Encyclopedia.com, « Chromatius of Aquileia, St. » ; Catholic Encyclopedia, « St. Chromatius ».
7Le synode d'Aquilée de 381, présidé par saint Ambroise, condamna les évêques illyriens Palladius de Ratiaria et Secundianus de Singidunum, accusés d'arianisme. Le prêtre Chromace y participa activement comme expert et conseiller. Cf. Encyclopedia.com, « Chromatius of Aquileia, St. » ; Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007.
8Saint Chromace, Tractatus in Matthaeum (Traités sur Matthieu) XLII, 5 : « Il ne fait pas de doute que ce navire représente l'Église. » Commentant la tempête apaisée, Chromace voit dans la barque ballottée la figure de l'Église traversant les épreuves du monde, sûre parce que le Christ y veille. Cité par Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007, vatican.va.
9 27Catholic Encyclopedia, « St. Chromatius » (newadvent.org/cathen/03730a.htm) : né à Aquilée, prêtre puis évêque vers 387-388 après la mort de Valérien ; en correspondance active avec saint Ambroise, saint Jérôme et Rufin ; il encouragea Ambroise à composer des ouvrages exégétiques et reçut plusieurs dédicaces de Jérôme ; tout en rejetant les erreurs d'Origène, il s'efforça de réconcilier Jérôme et Rufin ; il combattit vigoureusement l'arianisme dans son diocèse ; il soutint saint Jean Chrysostome persécuté en écrivant à l'empereur Honorius ; mort « vers 406-407 » ; fête le 2 décembre.
10 11 18 21Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007, présente Chromace comme « un maître sage et un pasteur zélé », attentif à nourrir son peuple par une prédication claire et chaleureuse.
12Saint Jérôme dédia à Chromace plusieurs de ses travaux bibliques : les livres des Paralipomènes (Chroniques), Tobie, les livres de Salomon (Proverbes, Ecclésiaste, Cantique) et son commentaire sur la prophétie d'Habacuc. La préface du livre de Tobie, adressée aux deux évêques, s'ouvre sur : « Chromatio et Heliodoro episcopis Hieronymus in Domino salutem » (Praefatio in Librum Tobiae, éd. R. Weber et R. Gryson, Biblia Sacra iuxta Vulgatam, Stuttgart). Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Chromatius » ; Encyclopedia.com, « Chromatius of Aquileia, St. » (« Jerome dedicated his Latin translation of the Book of Solomon to Chromatius »).
13 15Chromace aida Jérôme dans la révision et la traduction latine du texte biblique ; ce soutien matériel et moral fut l'un des appuis de l'entreprise qui aboutit à la Vulgate. Cf. Encyclopedia.com et la tradition des préfaces hiéronymiennes ; Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007.
14Rufin d'Aquilée dédia également à Chromace sa traduction latine et sa continuation de l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée. Cf. Encyclopedia.com, « Chromatius of Aquileia, St. » (« Rufinus dedicated his Church history continuation to him »).
16Le Commentarius in symbolum apostolorum (Commentaire sur le Symbole des Apôtres) de Rufin d'Aquilée s'ouvre sur une adresse à l'évêque Laurent (« Laurentius ») : c'est à sa demande — et non à celle de Chromace — que Rufin compose ce commentaire, daté de 404, l'un des témoins les plus précieux de la forme ancienne du Credo. Cf. Rufin, Commentarius in symbolum, prol. ; Encyclopedia.com, « Rufinus of Aquileia » (« At the invitation of a Bishop Laurentius in 404 »).
17Catholic Encyclopedia, « St. Chromatius » : Chromace « maintint la communion ecclésiastique avec Rufin et l'amena à ne pas répondre à la dernière attaque de saint Jérôme » (« he maintained ecclesiastical communion with Rufinus and induced him not to answer the last attack of St. Jerome »).
19Après la déposition injuste de saint Jean Chrysostome au synode du Chêne (403) et son exil, Chromace prit sa défense en écrivant à l'empereur Honorius en sa faveur. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Chromatius » ; Encyclopedia.com, « Chromatius of Aquileia, St. » (« Appealed to Emperor Honorius supporting St. John Chrysostom after his 403 deposition »).
20Le noyau ancien comptait dix-sept Tractatus in Matthaeum plus l'homélie sur les Béatitudes ; les recherches du XXe siècle (Lemarié, Étaix) ont retrouvé d'autres traités et fragments, portant le corpus reconstitué bien au-delà. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Chromatius » ; Encyclopedia.com (« Eight additional sermons on Matthew's Gospel », « fragment collections of Matthew commentary notes identified by J. Lemarié »).
22On conserve une quarantaine de Sermones de Chromace, en grande partie redécouverts et publiés au XXe siècle. Cf. Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007 ; Encyclopedia.com, « Chromatius of Aquileia, St. ».
23Les écrits de Chromace, dispersés dans la tradition manuscrite, furent souvent attribués à d'autres auteurs : à Jean Chrysostome (en partie à cause de la ressemblance des noms Chromatius / Chrysostomus), à Ambroise, à Augustin, voire à Jérôme. Cf. Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007, qui souligne précisément ce phénomène d'attribution erronée.
24Éditions critiques modernes : Chromace d'Aquilée, Sermons, t. I (SC 154, 1969) et t. II (SC 164, 1971), texte critique du bénédictin Joseph Lemarié, trad. Henri Tardif (Cerf) ; Chromatii Aquileiensis Opera (Sermons et Traités sur Matthieu), éd. Raymond Étaix, prêtre du diocèse de Lyon, et Joseph Lemarié, Brepols, Turnhout, 1974-1977 (CCSL 9A et Supplementum). Trad. anglaise : T. P. Scheck, Chromatius of Aquileia: Sermons and Tractates on Matthew (Ancient Christian Writers 75, Paulist Press).
25Chromace, théologien résolument nicéen formé dans le combat anti-arien, ramène constamment sa prédication au mystère trinitaire et à l'unité de l'Église qui en découle. Cf. Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007, vatican.va, qui présente cet enseignement de Chromace sur la Trinité et l'unité ecclésiale.
28Saint Chromace, Sermones XXIII, 3 : Marie est « la vierge évangélique capable d'accueillir Dieu » et « la brebis immaculée et inviolée ». Cité par Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007, vatican.va, comme témoignage de la mariologie précoce de l'Occident latin.
29 30Saint Chromace, Sermones XVI, 4 : la citation assemble deux moments de la même exhortation — entre les deux, l'évêque demande d'être libéré « de toute incursion des ennemis, de toute crainte des adversaires » (passage signalé par […]). Texte français officiel : Benoît XVI, Audience du 5 décembre 2007, vatican.va (qui renvoie à Sermo XVI, 4, Écrivains du cercle de saint Ambroise 3/1, p. 100-102). Édition critique des Sermons : Sources Chrétiennes 154 (t. I) et 164 (t. II).
31Chromace meurt « vers 406-407 », la même année que saint Jean Chrysostome (mort en 407). Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Chromatius » ; Encyclopedia.com, « Chromatius of Aquileia, St. ».
32La lagune de Grado servit de refuge maritime à Aquilée face aux invasions barbares (Alaric, puis Attila qui détruisit Aquilée en 452) et devint plus tard siège patriarcal. Certains biographes situent les dernières années ou la mort de Chromace dans ce contexte de menace, mais les données précises font défaut ; cette localisation reste incertaine.
33Saint Chromace d'Aquilée est honoré comme Père de l'Église ; sa fête liturgique est fixée au 2 décembre. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Chromatius » ; Encyclopedia.com, « Chromatius of Aquileia, St. ».
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