Les multiplications de vivres forment, dans la tradition chrétienne, une catégorie de prodiges où une quantité de nourriture ou de boisson insuffisante se révèle, sans apport extérieur constaté, suffisante et parfois surabondante pour un nombre de personnes que rien ne laissait prévoir. Le modèle en est la multiplication des pains accomplie par Jésus dans le désert : le seul de ses miracles que les quatre évangélistes rapportent chacun à leur manière[1]. De ce sommet évangélique découle, à travers vingt siècles, un courant continu de récits attribués à des saints, des bienheureux ou de simples serviteurs de Dieu — au point que l'érudit anglais Herbert Thurston, pourtant peu enclin à la complaisance, renonça à seulement les recenser tous, jugeant la tâche « sans fin »[2].
Le sujet appelle une double exigence. D'une part, la richesse même du corpus — des fioretti franciscains du Moyen Âge aux témoignages recueillis en 1979 dans les faubourgs d'El Paso — interdit de le traiter comme une curiosité marginale : deux servantes ou serviteurs de Dieu seulement ont vu une multiplication de nourriture retenue comme miracle officiel de béatification ou de canonisation, ce qui donne à ces deux dossiers un poids doctrinal rare[3]. D'autre part, aucun de ces récits n'a jamais fait l'objet d'un contrôle médical ou scientifique comparable à ceux que connaît Lourdes : la pauvreté des témoins, la nature même du phénomène et le refus explicite de certains enquêteurs de « transformer en laboratoire » des communautés vivantes expliquent cette absence, sans l'excuser d'un revers de main[4]. Cet article expose le modèle biblique, propose une typologie qui distingue la multiplication proprement dite de phénomènes voisins, traverse huit siècles de cas hagiographiques les mieux attestés, puis s'arrête longuement sur le dossier contemporain le plus riche : celui du Lord's Ranch, à la frontière d'El Paso et de Juárez, où le théologien marial René Laurentin a recueilli entre 1975 et 1984 six relations écrites et datées de multiplications de nourriture[5].
Le miracle originel : la multiplication des pains dans les Évangiles
Un quadruple récit, unique dans le Nouveau Testament
Le soir venu, sur une rive déserte du lac de Tibériade, les disciples pressent Jésus de renvoyer la foule qui l'a suivi afin qu'elle aille s'acheter de quoi manger dans les villages voisins. Le texte de Matthieu rapporte la réponse de Jésus et le prodige qui suit :
« Mais Jésus leur dit : "Il n'est pas besoin qu'elles y aillent ; donnez-leur vous-mêmes à manger." "Mais, lui disent-ils, nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons." Il dit : "Apportez-les-moi ici." Et, ayant donné l'ordre de faire étendre les foules sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, bénit, puis, rompant les pains, il les donna aux disciples, qui les donnèrent aux foules. Tous mangèrent et furent rassasiés, et l'on emporta le reste des morceaux : douze pleins couffins ! Or ceux qui mangèrent étaient environ cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. » — Matthieu 14, 15-21[6]
Joachim Bouflet, dans le chapitre qu'il consacre à ce dossier, souligne un fait de composition rarement relevé : ce miracle est « le seul miracle de Jésus qui ait les honneurs d'un quadruple récit », puisque Matthieu, Marc, Luc et Jean le rapportent chacun, avec des détails propres[7]. Marc et Matthieu connaissent même un second épisode, pour quatre mille personnes cette fois (Mc 8, 1-10 ; Mt 15, 32-39), ce qui porte à six le nombre de récits synoptiques et johanniques du même type de prodige. Pour Bouflet, cette insistance quadruple interdit de traiter le fait comme un détail secondaire de la prédication galiléenne : « s'il est un événement historique attesté parmi les données évangéliques sur l'activité surnaturelle de Jésus, c'est bien celui-ci »[8]. L'impact sur les témoins fut d'ailleurs si vif que la foule voulut, selon Jean, « enlever Jésus pour le faire roi » (Jn 6, 15) — réaction que le Christ prévient aussitôt en se retirant seul dans la montagne.
De la manne à la cruche d'huile : l'arrière-plan vétérotestamentaire
Le geste de Jésus ne surgit pas du néant. Il prend place dans une longue tradition biblique où Dieu nourrit son peuple au-delà de ses réserves visibles. Au désert du Sinaï, la manne tombe chaque matin pour nourrir Israël pendant quarante ans (Ex 16). Dans le cycle des prophètes Élie et Élisée, la farine de la veuve de Sarepta « ne s'épuisa point » durant toute la famine (1 R 17, 7-16), et Élisée multiplie vingt pains d'orge pour cent hommes, avec des restes — préfiguration directe, dans la lecture chrétienne traditionnelle, du miracle évangélique (2 R 4, 42-44). Cette continuité entre l'Ancien et le Nouveau Testament n'est pas un rapprochement artificiel des exégètes modernes : elle structure la mémoire liturgique de l'Église, qui associe depuis les Pères la multiplication des pains à la manne du désert et à l'huile inépuisable des prophètes comme trois figures d'un même don.
Un signe ordonné à l'Eucharistie
Le Catéchisme de l'Église catholique relie explicitement ce prodige au mystère eucharistique : les miracles de la multiplication des pains, en préfigurant la surabondance du pain unique qu'est le Corps du Christ, « annoncent l'Eucharistie »[9]. Bouflet reprend la même intuition en des termes presque identiques : « Le miracle de la multiplication des pains par Jésus, qui donne aux foules affamées un aliment pour les corps, préfigure et annonce l'eucharistie qui, inépuisablement et jusqu'à la consommation des siècles, donnera aux âmes le pain de la vie éternelle »[10]. C'est la clé de lecture de tout le dossier qui suit : une multiplication de vivres, dans la tradition catholique, n'est jamais un prodige gratuit destiné à impressionner ; elle pointe vers un Dieu qui nourrit son peuple, aujourd'hui comme au désert, et qui a voulu que ce don culmine dans le pain rompu de chaque messe.
Une typologie nécessaire : multiplier n'est pas conserver, ni restaurer, ni ressusciter
La littérature hagiographique regroupe sous le mot commode de « multiplication » des phénomènes en réalité distincts, que la rigueur encyclopédique impose de séparer avant d'examiner les cas eux-mêmes. Une multiplication proprement dite suppose un stock initial — même approximatif — qui s'accroît sans apport extérieur constaté, jusqu'à dépasser ce que ce stock pouvait raisonnablement fournir. Elle se distingue d'au moins quatre phénomènes voisins que le même corpus hagiographique rapporte fréquemment :
- la conservation extraordinaire, où une denrée se maintient anormalement longtemps sans se corrompre, sans pour autant augmenter en quantité : ainsi du morceau de pain multiplié par saint Jérôme Émilien pour soixante personnes lors d'un hiver de neige, dont l'un des bénéficiaires, Martino Martinello, conserva un fragment plus de vingt-cinq ans sans qu'il se corrompe ni se dessèche, le distribuant plus tard, devenu prêtre, à des malades qui en retirèrent parfois une guérison[11] ;
- la restauration, où un produit endommagé ou consommé retrouve son état initial sans augmentation de volume — catégorie dans laquelle Bouflet range, dans les pages qui suivent immédiatement le grand chapitre sur la multiplication, plusieurs récits d'œufs cassés reconstitués ou d'olives redevenues comestibles[12] ;
- la résurrection d'aliments ou d'animaux, radicalement distincte puisqu'elle suppose la mort effective du sujet : le corpus napolitain rassemblé autour de Fra Egidio da San Giuseppe (1729-1812) rapporte ainsi, sur la foi de dépositions au procès de béatification, la résurrection de sardines et d'anguilles mortes, puis, en 1808 ou 1809, celle d'une génisse dépecée par un boucher — un dossier riche mais qui appartient à une autre catégorie que la nôtre et mériterait un traitement séparé[13] ;
- la fructification accélérée, où des végétaux mûrissent ou fleurissent hors saison sans qu'aucun stock compté n'ait été multiplié : raisins et melons chez Giuseppe Giraldi, artichauts mûrs dans le jardin de Natalina Sebastianelli après la prière de Diego Oddi[14].
Entre ces catégories, les frontières ne sont pas toujours nettes — Bouflet lui-même classe le cas de Jérôme Émilien dans une sous-section consacrée à la conservation du pain tout en y décrivant une multiplication authentique de trois pains pour soixante convives, signe que certains dossiers combinent plusieurs phénomènes dans un même récit[15]. Un cas mérite une mention à part parce qu'il illustre la difficulté du discernement sans qu'on puisse trancher fermement : les religieuses de Maria Maddalena dell'Incarnazione, privées de vivres, affirment avoir trouvé un jour un nombre d'œufs bien supérieur au nécessaire dans un poulailler qu'elles avaient constaté vide le matin même, pour une communauté alors composée de trente-huit sœurs — sans qu'aucun inventaire initial n'ait été protocolé, ce qui rapproche ce cas d'une provision providentielle plus que d'une multiplication démontrée au sens strict[16]. Cette typologie, gardée en tête, permet de lire les cas qui suivent sans les amalgamer.
Deux mille ans de fioretti : de la famille franciscaine aux thaumaturges modernes
Guy de Cortone et les pionniers franciscains
C'est chez les premiers disciples de saint François d'Assise que le motif de la multiplication des vivres devient, selon Bouflet, « un des lieux communs de la littérature hagiographique »[17]. Le bienheureux Guy de Cortone (✝ 1245), l'un des tout premiers compagnons du Poverello, en offre l'exemple fondateur : une grande famine frappait la région lorsqu'une pauvre femme vint le supplier de l'aider, alors qu'il ne lui restait qu'une poignée de farine au fond d'un sac.
« Ayant prié le Seigneur, frère Guy traça un signe de croix sur le sac, qui se trouva aussitôt rempli à craquer de farine. Chose plus merveilleuse, le contenu du sac ne s'épuisa pas durant quatre mois, jusqu'à l'époque de la moisson. » — Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, p. 218[18]
Bouflet lui-même, dans un aveu d'historien qui refuse à la fois la crédulité et le rejet a priori, commente : « Telle est la legenda, qui nous semble incroyable. Est-ce pour autant qu'elle n'est pas vraie ? »[19] La formule résume assez bien la ligne de crête qu'il tient sur tout ce dossier. Dans la génération suivante, frère Jorge de Calzado (✝ 1583), compagnon de saint Pierre d'Alcántara, se fait « spécialiste de la multiplication des pains » en période de disette, faisant apparaître d'un signe de croix des miches chaudes dans une huche vide[20]. Au couvent espagnol de Gandía, Pascual de la Plaza (✝ 1644), disciple du bienheureux Andrés Hibernón, multiplie pains et huile avec, note Bouflet, « une aisance déconcertante »[21].
Un cas mixte : multiplication et conservation chez saint Jérôme Émilien
Lors d'un hiver particulièrement neigeux à La Valletta, les chemins vers Somasca et San Martino devenaient impraticables. L'établissement fondé par saint Jérôme Émilien (Girolamo Miani) abritait alors soixante personnes et ne possédait plus que trois pains. Le saint se retira pour prier, puis les distribua lui-même :
« Entre ses mains, les pains se multiplient, si bien que chacun en a un entier et qu'il peut en avoir en surplus. » — Joachim Bouflet, op. cit., p. 343, citant Bernardino Lavallière, San Girolamo Emiliani, Padre degli orfani e dei poveri, Sienne, Edizioni Cantagalli, 1994, p. 115-117[22]
Le récit ajoute un détail rarement rapporté avec cette précision : l'un des bénéficiaires, Martino Martinello, conserva un fragment de ce pain « pendant plus de 25 ans, sans qu'il se corrompe ni se dessèche », et le distribua, devenu prêtre, « jusqu'à épuisement à quelques malades, qui en recevront parfois la guérison, toujours un soulagement notable »[23]. Ce dossier illustre exactement la frontière conceptuelle décrite plus haut : une multiplication immédiate, suivie d'une conservation extraordinaire du reliquat, deux phénomènes distincts que le récit associe sans les confondre.
La théologie « au bon usage des miracles » : Bernardo da Offida et la besace vide
Au couvent de Fermo, le frère quêteur Bernardo da Offida (1604-1694) revient un soir les mains vides, alors que le cuisinier n'a plus rien pour le souper :
« Il avait une petite provision : un pain réservé de la veille et un flacon de vin. "Ayons confiance, dit-il au cuisinier, et prenons ce que le bon Dieu nous donne." Il se mit lui-même à diviser ce pain en morceaux qui formaient chacun à peine une bouchée, et à verser dans la coupe de chaque religieux une quantité minuscule de son vin. [...] Dieu cependant allait opérer dans ce modeste réfectoire une grande merveille [...] : les coupes se trouvèrent remplies et le pain fut multiplié de telle sorte qu'il fallut en recueillir les restes. » — Joachim Bouflet, op. cit., p. 221, citant R. P. Constant, op. cit., p. 166[24]
Bouflet rattache ce récit au miracle de Cana autant qu'à celui du désert, tout en précisant honnêtement que le mécanisme n'est pas identique — il ne s'agit pas d'une transformation d'eau en vin, mais d'un double accroissement de pain et de vin déjà présents[25]. Ce type de récit, où la foi précède le miracle plutôt que de le constater après coup, traverse tout le corpus franciscain et capucin des XVIIe et XVIIIe siècles : Diego José de Cádiz (1743-1801) distribuant des pains à une population entière d'Ubrique ravagée par la disette de 1772[26], ou le capucin sarde Ignazio da Uconi faisant apporter par deux « messagers du ciel » des corbeilles de pain lors d'une disette, un miracle attesté par le jeune clerc qui l'accompagnait et qui, ayant dérobé quelques croûtons dans l'armoire du vieux moine, y trouve ensuite « un beau pain et un plat de poissons frits, si chauds qu'on ne pouvait les tenir à la main »[27].
Le magistère examine le dossier : Prospero Lambertini et le De Beatificatione
Le traitement le plus important que la tradition catholique ait réservé à ce type de prodige avant l'époque contemporaine est celui de Prospero Lambertini — le futur pape Benoît XIV —, dans son grand traité sur les procédures de béatification et de canonisation. Bouflet le présente comme « le très critique Prospero Lambertini », dont l'œuvre demeure la référence canonique du discernement ecclésial en la matière :
« Le très critique Prospero Lambertini a étudié avec rigueur nombre de cas, consacrant au sujet un chapitre de son traité De Beatificatione (Livre IV, 1re partie, ch. XXIII) : il reconnaît pleinement le caractère surnaturel de ces multiplications lorsque les précautions indispensables sont prises contre les erreurs, défauts d'observation, etc. Il cite lui-même nombre de cas où de tels incidents sont formellement qualifiés de miraculeux dans les bulles de canonisation de saints très connus. Il mentionne en particulier sainte Claire d'Assise, saint Richard de Chichester, sainte Thérèse d'Avila, sainte Françoise Romaine, sainte Marie-Madeleine de Pazzi, saint Pie V, etc. » — Joachim Bouflet, op. cit., p. 219-220, citant Herbert Thurston, Les Phénomènes du mysticisme, p. 468-469[28]
René Laurentin, dans son propre livre sur El Paso, retrouve indépendamment la même source et confirme la même liste : « Benoît XIV [...] consacre un chapitre à cette question [...]. Tout en insistant sur les précautions indispensables à prendre avant d'accepter de tels faits, il mentionne quantité de Bulles de canonisations où ils ont été reconnus après enquête »[29]. Ce recoupement, entre deux auteurs qui travaillent chacun de leur côté sur un corpus différent (l'un compilant des vies de saints, l'autre menant une enquête de terrain), donne une solidité particulière à ce jalon doctrinal : dès le XVIIIe siècle, l'Église possédait des critères explicites — précautions contre l'erreur d'observation, contre la fraude, examen des témoignages — pour discerner une multiplication de vivres authentique d'une légende pieuse. C'est très exactement la même méthode que reprendra, deux siècles et demi plus tard, René Laurentin face aux témoins d'El Paso.
André-Hubert Fournet et Angiolo Paoli : deux dossiers de procès de béatification
Deux cas viennent, chacun à sa manière, du cœur même de la procédure canonique. Saint André-Hubert Fournet (1752-1834), fondateur des Filles de la Croix, obtint pour ses religieuses la même grâce que Guy de Cortone cinq siècles plus tôt. Une déposition recueillie pour son procès de béatification rapporte le récit d'une religieuse témoin :
« Le Serviteur de Dieu grimpa au grenier [...]. Il tourna autour de deux petits tas de grain, l'un de blé, l'autre d'orge. [...] les tas étaient très petits. [...] J'allai chaque jour au grenier pour y prendre le grain nécessaire, et, pendant deux mois et demi — en d'autres termes depuis le mois de juillet jusqu'à la mi-septembre — je tirai mes vivres journaliers de ces deux petits tas, sans y voir aucun signe de diminution. » — Summarium super dubio an sit signando commissio Introductionis causæ Servi Dei Andreæ Huberti Fournet, Rome, Poliglotta Vaticana, 1977, p. 177-178, déposition de sœur Bartholomé, citée par Joachim Bouflet, op. cit., p. 245[30]
Le même dossier canonique rapporte un second prodige, où une pesée effectuée a posteriori confirme une augmentation improbable de la farine, à la stupéfaction de la religieuse dépensière qui « pu voir ce qu'il faisait par le trou de la serrure » pendant que le saint priait au grenier[31].
Le père carme Angiolo Paoli (1642-1720), quant à lui, tenait un compte précis lors de ses distributions aux pauvres de Rome. Un jour, il se présente avec cinquante-deux miches entières et quatre demi-pains, que son disciple Don Giovanni Santinelli a lui-même comptés :
« Ils descendirent, firent aligner les pauvres, les comptèrent : il y en avait 284. Alors Santinelli demanda : "Comment ferons-nous, Père, pour donner à chaque homme et chaque femme un pain, et un demi aux enfants ?" [...] La distribution terminée, chacun des 284 pauvres avait eu son pain. "À quel four, Père, demanda alors Santinelli, vous approvisionnez-vous, et quel est ce boulanger qui multiplie pour vous les pains ?" — "Au four de la Providence", répondit le Père Angiolo. » — Giorgio Papasogli et Giovanni Verrienti, Un apostolo sociale, Padre Angiolo Paoli, Milan, Editrice Ancora, 1952, p. 92, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 248-249[32]
Ce dossier a ceci de précieux qu'il donne, avant même le récit du miracle, un chiffre exact de la quantité initiale (52 miches et 4 demi-pains) et un chiffre exact du nombre de bénéficiaires (284 pauvres alignés et comptés), deux données que la plupart des récits hagiographiques antérieurs ne fournissent qu'approximativement.
Saint Jean Bosco : le cas le mieux attesté de l'hagiographie moderne
Quinze pains pour trois cents garçons
Un matin, à l'Oratoire de Turin, un employé prévient Don Bosco qu'il ne reste presque plus de pain pour les jeunes de la maison — plus d'une centaine d'entre eux — et que le boulanger, impayé, refuse toute avance. Don Bosco ne s'en émeut pas : « Mettez dans la corbeille ce que vous avez pu réunir ; le reste, le bon Dieu l'enverra. Je viens à l'instant faire, moi-même, la distribution. » Un enfant présent, le jeune François Dalmazzo, le suit et compte les pains :
« L'enfant se plaça donc derrière Don Bosco, et compta, avec soin, les petits pains contenus dans la corbeille. Il y en avait quinze. Or, 300 gaillards attendaient leur déjeuner [...]. Le défilé commence. Chacun passe à son rang, et reçoit son petit pain. [...] Le dernier servi, le jeune Dalmazzo compte ce qui restait au fond de la corbeille : quinze petits pains, juste. » — A. Auffray, Un grand éducateur, saint Jean Bosco (1815-1888), Paris, Emmanuel Vitte, 1929, p. 291-292, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 256[33]
Ce témoin n'est pas un anonyme de passage : Bouflet précise que « l'enfant devenu prêtre fut plus tard le premier curé de la paroisse salésienne du Sacré-Cœur à Rome, et mourut supérieur du grand séminaire de Catanzaro, toujours salésien »[34]. Un François Dalmazzo — sans qu'on puisse établir avec certitude s'il s'agit du même enfant ou d'un homonyme, la coïncidence des noms n'étant pas rare dans les biographies salésiennes — apparaît aussi, sous la plume d'un autre biographe de Don Bosco, dans un second récit rapporté cette fois par Herbert Thurston : en 1860, prévenu au confessionnal qu'il n'y a « pas de quoi déjeuner » pour trois cents jeunes gens avec « à peine 15 à 20 pains », Don Bosco distribue lui-même la nourriture pendant que l'enfant, placé juste derrière lui, observe : « À ma grande surprise, je voyais toujours la même quantité de pains [...] bien que personne n'eût apporté d'autres pains, et que le panier n'eût pas été changé »PLACEHOLDER___P42_PLACEHOLDER__. Deux biographies distinctes de Don Bosco — celle de Giovanni Battista Lemoyne, relayée par Thurston puis par Laurentin, et celle d'Amedeo Auffray, relayée par Bouflet — rapportent ainsi, autour du même témoin nommé, deux récits voisins de multiplication du pain. Rien ne permet de trancher s'il s'agit d'un seul souvenir d'enfance dédoublé par la transmission biographique, ou de deux prodiges distincts vécus à des moments différents par le même enfant devenu, l'un comme l'autre le suggèrent, un témoin privilégié de la sainteté salésienne.
Six cents hosties pour un seul ciboire presque vide
Le second prodige attribué à Don Bosco appartient à une catégorie beaucoup plus rare dans les annales de la sainteté : la multiplication des hosties consacrées. Le jour de la Nativité de la Vierge, environ six cents enfants sont réunis pour la messe et la communion. Par distraction, le sacristain a oublié de préparer un second ciboire :
« L'unique ciboire que renfermait le tabernacle était presque vide : 15 à 20 hosties au plus. [...] Au moment de la communion, quand Don Bosco, découvrant le ciboire, s'aperçut du malheur, un air de désolation couvrit son visage. Navré de ne pouvoir communier tous ses petits, il leva les yeux au ciel dans une muette supplication, et descendit distribuer l'Eucharistie aux premiers enfants agenouillés. Mais à ceux-ci d'autres succédèrent, et d'autres encore ; les tables de communiants remplaçaient les tables et le ciboire ne s'épuisait pas. Quand Don Bosco remonta à l'autel, tous ses petits avaient communié, et l'Eucharistie demeurait encore au fond du vase sacré. Le sacristain n'y comprenait plus rien. » — A. Auffray, op. cit., p. 293, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 258[35]
Bouflet, qui n'est pourtant pas économe de réserves critiques dans ce chapitre, qualifie ce cas de « peut-être le seul cas moderne solidement attesté » de multiplication eucharistique[36]. La formule mérite d'être pesée : elle ne vient pas d'un défenseur inconditionnel du merveilleux, mais d'un historien qui, dans les pages qui suivent immédiatement ce récit, démasque sans ménagement plusieurs allégations concurrentes de multiplications d'hosties.
Quand la ressemblance devient soupçon : les fausses multiplications d'hosties
La rareté et la force du cas de Don Bosco donnent d'autant plus de poids à la mise en garde que Bouflet formule aussitôt après : ce type de prodige, précisément parce qu'il touche au mystère le plus sacré de la foi catholique, a suscité depuis les années 1970 plusieurs imitations frauduleuses, dans le contexte de prétendues apparitions mariales non reconnues.
« D'autres cas récents de multiplications d'hosties par des candidats aux honneurs des autels ont été signalés ça et là, mais ils ne semblent pas aussi bien documentés. Surtout, ils souffrent depuis quelques années de plagiats qui, de plus en plus, sont allégués dans le contexte, tout à fait différent, de prétendues mariophanies. Ainsi, dans les années 1972-75, les fidèles de la Madone des Roses de San Damiano [...] faisaient état [...] de multiplications d'hosties en faveur des nombreux pèlerins qui assistaient à la messe dominicale du curé Don Pellacani. Il est évident que, dans la situation de désobéissance à l'évêque où se trouvaient ces pèlerins [...], le Seigneur n'a certainement pas accompli de miracle ! Non plus qu'à La Ladeira, au Portugal, à la même époque, où la fausse stigmatisée Maria da Conceição Mendes affirmait bénéficier, malgré l'excommunication qui la frappait, de communions miraculeuses. Non plus qu'à Medjugorje, comme d'aucuns ont tenté de le faire croire, avant de renoncer à colporter semblables sornettes, ou à Manduria, où la pauvre Debora Moscioguri serait, de l'avis de l'évêque du lieu, la victime de ses illusions et des prestiges de l'Ennemi. » — Joachim Bouflet, op. cit., p. 258-259[37]
Ce passage mérite d'être lu avec précision, car il ne dit pas ce qu'on pourrait croire à une lecture rapide : Bouflet ne met nullement en doute les apparitions de Notre-Dame de Medjugorje elles-mêmes — reçues comme authentiques par Ignispedia et dotées depuis le Nihil obstat du Dicastère pour la Doctrine de la Foi du 19 septembre 2024 d'une reconnaissance pastorale — mais rejette spécifiquement une rumeur périphérique de multiplication d'hosties qu'il attribue à des faussaires ayant tenté d'exploiter la notoriété du sanctuaire. Trois cas sont en revanche nommément désignés comme frauduleux dans leur ensemble, chacun frappé d'une sanction ou d'une désobéissance ecclésiale explicite : San Damiano (désobéissance publique à l'évêque), La Ladeira (excommunication de la voyante) et Manduria (jugement épiscopal défavorable). Cette page illustre à elle seule la méthode que ce dossier tout entier appelle : accueillir la possibilité du prodige sans jamais renoncer au discernement, et savoir nommer une fraude quand les faits l'établissent.
L'Église juge : les deux seuls cas retenus dans une procédure de canonisation
Parmi les centaines de récits que compile l'hagiographie, deux seulement ont franchi le seuil le plus exigeant que connaisse l'Église catholique : celui d'un miracle officiellement examiné, contesté par un advocatus diaboli de fait — la Congrégation elle-même —, puis retenu comme preuve pour une béatification ou une canonisation. Bouflet le souligne avec une prudence de bon aloi : « Ce sont, à ma connaissance, les seuls cas où le caractère miraculeux de la multiplication de vivres a été reconnu dans le cadre des procédures de béatification et canonisation des serviteurs de Dieu »[38].
Sainte Germaine Cousin et le blé de Bourges (hiver 1845-1846)
Au couvent des Sœurs du Bon-Pasteur de Bourges, durant l'hiver exceptionnellement rigoureux de 1845-1846, la farine s'épuise rapidement alors qu'il faut nourrir cent seize personnes. La supérieure, mère Marie de Sainte-Euphrasie Pelletier — future canonisée elle-même en 1940 —, se voue à la vénérable Germaine Cousin et invite ses religieuses, préposées à la boulangerie, à réduire volontairement la quantité de farine utilisée à chaque fournée, en confiant le reste à l'intercession de la petite sainte :
« La première fournée, faite de huit paniers seulement, produisit 20 grands pains, pesant de 20 à 22 livres chacun. La seconde cuisson fut encore plus merveilleuse : en pétrissant la pâte, elle gonfla à tel point qu'elle déborda du pétrin en quelques instants. [...] Dans le grenier du couvent, il y avait une provision de farine qui pouvait tenir deux mois, tout au plus, en la ménageant avec soin. Après quelques semaines, les sœurs remarquèrent que le niveau avait baissé, mais sans proportion avec la quantité consommée. "Souhaitant", dirent-elles, "surprendre la petite Sainte en flagrant délit", au début de février, elles commencèrent à mesurer le blé. Après une quinzaine de jours, elles refirent l'opération. La farine avait exactement le même poids que deux semaines plus tôt, en dépit de deux boulanges [...]. De novembre 1845 à février 1846, sainte Germaine avait pratiqué toutes les formes de multiplication de pain et de farine. » — Blessed Mary of Ste Euphrasia Pelletier, Londres, Burns, Oates & Washbourne, 1933, p. 253-254, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 259-261[39]
Ce dossier présente un trait rare dans tout le corpus : une tentative délibérée de contrôle par les religieuses elles-mêmes, qui pèsent le stock de farine à deux reprises espacées de quinze jours, précisément dans l'intention de vérifier — de « surprendre en flagrant délit » — le phénomène dont elles étaient bénéficiaires. Le résultat (un poids inchangé malgré deux fournées entre les deux pesées) constitue l'embryon d'un protocole de vérification spontané, mené sept décennies avant que Bernadette Soubirous ne conduise l'Église à organiser le Bureau médical de Lourdes.
Juan Macías et le riz de Ribera del Fresno (25 janvier 1949)
Le second cas se situe à la croisée de deux continents et de trois siècles. Juan Macías (1585-1645), frère dominicain convers, avait passé l'essentiel de sa vie religieuse au Pérou, où il mourut et fut béatifié en 1837. C'est pourtant en Espagne, à Ribera del Fresno, son village natal où il demeurait vénéré comme « le bienheureux » et considéré comme le saint patron local, que se produisit le miracle retenu pour sa canonisation, trois cent quatre ans après sa mort :
« Dans la soirée du 25 janvier 1949, la cuisinière découvrit qu'elle n'avait assez de riz et de viande (750 g de chaque) que pour le repas des enfants, mais que les pauvres ne pourraient être nourris. La cuisinière implora alors "le bienheureux" et se rendit à sa cuisine. Soudain, elle vit que le riz bouillant débordait de la casserole [...]. Pendant quatre heures elle se tint devant son fourneau tandis que la casserole originale continuait à produire du riz. [...] À la fin de la soirée, il y avait plus qu'assez de riz et de viande pour nourrir les 59 enfants, avec encore du surplus pour les pauvres. En tout 22 personnes attestèrent la miraculeuse multiplication de la nourriture. Et bien que celle-ci eût cuit pendant des heures, la dernière cuillerée de riz était aussi fraîche que la première. [...] Heureusement pour la cause certains des convives conservèrent un peu de riz, qui fut examiné par la congrégation onze ans plus tard. Les consulteurs ne purent trouver aucune explication naturelle à cet extraordinaire phénomène. » — Kenneth L. Woodward, Comment l'Église fait les saints, Paris, Grasset, 1992, p. 223-224, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 261-262[40]
Ce dossier ajoute au cas de sainte Germaine Cousin un élément que celui-ci n'offrait pas : la conservation matérielle d'un échantillon du produit multiplié, examiné onze ans plus tard par les consulteurs scientifiques de la Congrégation, qui ne purent lui trouver d'explication naturelle. Vingt-deux témoins nommément identifiés, un délai d'examen scientifique inhabituellement long, et l'association à un second miracle médical classique pour emporter la canonisation de 1975 : ce cas reste, avec celui de sainte Germaine Cousin, l'un des deux seuls jalons où l'autorité ecclésiastique la plus exigeante — celle qui statue sur les miracles requis pour la sainteté canonisée — a formellement reconnu le caractère surnaturel d'une multiplication de nourriture.
| Cas | Lieu et date | Quantité initiale | Bénéficiaires | Contrôle | Reconnaissance |
|---|---|---|---|---|---|
| Sainte Germaine Cousin | Bourges, hiver 1845-1846 | Farine réduite à 8 paniers par fournée (sur 12 habituels) | 116 personnes en communauté | Double pesée à quinze jours d'intervalle | Miracle retenu pour la canonisation (1867) |
| Juan Macías | Ribera del Fresno, 25 janvier 1949 | 750 g de riz et 750 g de viande | 59 enfants d'un orphelinat, plus des pauvres | Échantillon examiné 11 ans après par la Congrégation | Miracle retenu pour la canonisation (1975) |
El Paso (1972-1984) : le dossier contemporain le plus documenté
Aucun des quatre passages de minage qui ont nourri cet article n'a permis de trouver, en dehors du corpus franciscain et italien des XVIIe-XIXe siècles, un second dossier contemporain aussi richement attesté que celui du Lord's Ranch, à la frontière d'El Paso (Texas) et de Juárez (Mexique). C'est le théologien marial français René Laurentin — auteur par ailleurs d'ouvrages de référence sur Lourdes et sur plusieurs apparitions mariales contemporaines — qui a mené l'enquête sur place, en juillet 1979, puis publié ses conclusions dans Miracle à El Paso ? (1981), avant de revenir sur le sujet dans El Paso, le miracle continue (1988)[41].
Un prêtre, un ranch, un peuple de chiffonniers
Le père Rick Thomas, jésuite américain né le 1er mars 1928 à Seffner, en Floride, est nommé le 31 mai 1964 directeur du Our Lady's Youth Center (OLYC) à El Paso[42]. À partir de 1969, il anime dans ce quartier frontalier un groupe de prière du Renouveau charismatique, dont l'activité inquiète un temps l'évêché — une suspension des réunions lui est signifiée le 27 septembre 1972, levée peu après à la faveur de la guérison inopinée d'une femme du nom de Lorenza. Le prêtre fonde en 1974 le Lord's Ranch — littéralement le « ranch du Seigneur » — puis, en août 1975, la Lord's Food Bank, une banque alimentaire destinée aux chiffonniers du Dump de Juárez, qui vivent de la récupération sur une décharge à ciel ouvert et se sont organisés en coopérative, la SOCOSEMA[43].
Noël 1972 : le jambon et les tamales
Tout commence, selon le récit que Rick Thomas lui-même transmet à Laurentin, par une lecture d'Évangile prise au sérieux à la lettre. Réunis en groupe de prière, les membres du groupe charismatique tombent sur ce passage de Luc :
« Quand tu donnes un dîner, n'invite pas tes amis, tes frères ou tes parents, ou de riches voisins qui t'inviteront à leur tour, car tu aurais ta récompense. Mais, quand tu donnes une fête, invite les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles. » — Luc 14, 12-13, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 252, d'après René Laurentin, Miracle à El Paso ?, Desclée De Brouwer, 1981, p. 5[44]
« Cela, nous ne l'avons jamais fait, et nous avons à le faire », conclut le groupe. Ils décident d'inviter à un repas de Noël les pauvres de Juárez — ce qui suppose, de part et d'autre du Río Grande, une trêve entre deux syndicats rivaux de chiffonniers alors en conflit ouvert, « la loi du talion » régnant jusque-là entre eux. Le repas a lieu :
« Le repas eut donc lieu, le jour de Noël (de 11 h à 16 h 30), grâce à la trêve obtenue. Mais les convives vinrent deux fois plus nombreux que prévu : 300 au lieu de 120. Et pourtant, rien ne manqua. Chacun reçut un bon morceau de jambon. Les provisions non consommées restaient abondantes, et les convives furent invités à les emporter. » — René Laurentin, Miracle à El Paso ?, Desclée De Brouwer, 1981, p. 5[45]
Sept ans plus tard, lors de son enquête de terrain, Laurentin interroge directement Guillermina Villalva, secrétaire générale de la SOCOSEMA, athée jusqu'à quelques années avant ces faits, qui a personnellement assisté au repas :
« Guillermina était au fameux repas de Noël 1972. Elle se rappelle Luis, qui coupait indéfiniment des tranches dans l'unique jambon. — Un jambon, normalement, cela fait combien de tranches ? — Environ 50. — Vous êtes-vous rendue compte, sur le moment, qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire ? — Non, c'est le samedi après, en revenant au Basuero, nous avons parlé ensemble et nous nous sommes demandé d'où était venue tant de nourriture puisque nous avions préparé pour 120 et qu'il y avait plus de 300 personnes. Nous avons calculé que nous avions amené 226 tamales, cela n'aurait pas dû suffire. Nous avons vu là un signe gratuit que le Seigneur voulait faire quelque chose d'extraordinaire ici, au plan de l'amour, de la coopération. Ainsi s'est fondée la SOCOSEMA. » — René Laurentin, op. cit., p. 50, témoignage de Guillermina Villalva[46]
Ce témoignage porte en lui-même son propre critère de crédibilité : Guillermina Villalva précise elle-même qu'elle ne s'est aperçue de rien d'extraordinaire sur le moment — ce n'est qu'a posteriori, en recomptant ensemble le nombre de tamales apportés et le nombre de convives venus, que le groupe a pris conscience de l'anomalie. Un jambon normalement débité en une cinquantaine de tranches, un repas prévu pour cent vingt personnes, plus de trois cents venues, deux cent vingt-six tamales apportés en tout : l'écart entre les provisions et les besoins était trop grand pour être comblé par une sous-estimation des quantités, et pourtant « rien ne manqua ».
Le catalogue de René Laurentin : six cas recueillis entre 1975 et 1980
Après le récit fondateur de 1972, Laurentin introduit ainsi la suite de son enquête : « Les multiplications de nourriture sont plus embarrassantes pour la raison. Après celle de Noël 1972, la première, il y en a eu d'autres. Voici, en bref, celles pour lesquelles nous avons recueilli des relations »[47]. Six cas suivent, chacun assorti d'un ou plusieurs témoins nommés et d'une pièce écrite datée :
- Décembre 1972Le jambon et les tamales de Noël
300 convives au lieu de 120 prévus ; un jambon normalement débité en 50 tranches et 226 tamales suffisent, « rien ne manqua ». Témoin : Guillermina Villalva[48].
- Lundi 10 ou 17 décembre 1975La farine qui ne diminue pas
Carole Raymond, chargée de doser la maseca, recompte trois fois sans trouver son erreur : « il en resta trois quarts de livre de trop »[49].
- Juillet 1977Vingt-six boîtes de raisins pour quatre cents personnes
Témoignage de Rick Thomas confirmé indépendamment par Marta Medrano, daté du 29 juillet 1977 : entre une et deux livres de raisins distribuées à chacun[50].
- 12 décembre 1977Avocats et tortillas pour 500 personnes
Quatre dépositions écrites nommées (Isabelle E. Medrano, Romelia Irrobali, Esther Padilla) : « l'épuisement prévisible ne se réalisa pas »[51].
- Janvier 1978350 boîtes de lait, 500 personnes, 202 boîtes en surplus
Le cas le plus précisément documenté du dossier, raconté en détail par le magasinier Miguel Angel Enriquez Chaides[52].
- Juillet 1979Quatre caisses de raisins pour 500 personnes
Cinq témoins nommés avec leurs adresses postales complètes, dont des touristes canadiens et américains de passage[53].
- Avril 1980Des sacs de concombres qui ne se vident pas
Témoignage de Lorenza Ledesma, guérie de ses béquilles en septembre 1972[54].
- Mercredi de la Semaine sainte 1981Une multiplication en prison de Juárez
Mentionnée en une seule phrase dans l'épilogue du livre, sans témoin nommé ni chiffre précis[55].
Le cas le mieux « auditable » : les 202 boîtes de lait de janvier 1978
Le cas le plus détaillé de tout le dossier n'apparaît, dans le catalogue officiel du chapitre 3, qu'en une seule ligne. Il est en réalité raconté en toutes lettres, soixante pages plus tôt dans le livre, par le témoin en personne : Miguel Angel Enriquez Chaides, ancien alcoolique devenu magasinier de la communauté — « il a appris à lire et à compter pour cela », précise Laurentin. Rencontré en juillet 1979, il raconte :
« C'était au début de janvier 1978. Ce jour-là, pour la distribution, il y avait 500 personnes. Mais il n'y avait que 350 boîtes de lait. » — René Laurentin, op. cit., p. 76, témoignage de Miguel Angel Enriquez Chaides[56]
« Donc il manquait 150 boîtes comme celle-ci. Pour que personne ne soit frustré, nous avions préparé le remplacement des 150 boîtes manquantes par un équivalent : soja et sucre. On a commencé la distribution [...]. Les 500 ont eu chacun leur boîte. Et il en restait ! On en a donné 2 à chacun des 25 travailleurs et, après cela, il en est resté encore 2. Total : 202 boîtes de plus. J'ai compté... Je n'y comprenais rien. J'en ai parlé avec sœur Linda. Pourtant nous avions bien calculé avant. Ma femme me l'avait bien dit : "Il n'y en a pas assez." Et nous avions bien préparé le supplément nécessaire... qui n'a pas été utilisé. C'est le premier miracle que j'ai vu ici. » — René Laurentin, op. cit., p. 78, témoignage de Miguel Angel Enriquez Chaides[57]
Ce récit réunit, mieux qu'aucun autre du corpus contemporain, l'ensemble des conditions qu'un enquêteur peut espérer : un chiffre d'entrée précis (500 personnes, 350 boîtes), un déficit calculé et anticipé (150 boîtes manquantes, compensées par un substitut de soja et de sucre préparé à l'avance), un déroulement sans incident (« les 500 ont eu chacun leur boîte »), et un chiffre de sortie compté par un témoin dont le métier même, dans cette communauté, était précisément de compter. Le fait que le supplément de secours ait été préparé et non utilisé écarte l'hypothèse la plus simple — que les organisateurs aient discrètement substitué le soja et le sucre au lait manquant — puisque ce plan de repli existait bel et bien, prêt à servir, et n'a pas servi.
La mise en garde de l'évêque : Mgr Talamás et la prudence épiscopale
Avant même la rédaction de son livre, Laurentin reçoit en personne, de la bouche de l'évêque du diocèse mexicain dont dépend la communauté de Juárez — Mgr Manuel Talamás Camandari, premier évêque de Ciudad Juárez de 1957 à 1992[58] —, une mise en garde d'une ampleur et d'une précision rares :
« J'apprécie le zèle et la personnalité du père Thomas, ses réalisations. Un livre sérieux et fondé me plairait donc. Mais attention, ne soyez pas tenté de voir le miracle là où il n'y a pas miracle. Qu'on ne parle pas de guérison pour apprendre, quelques semaines plus tard, que la personne est morte. [...] Qu'il y ait un groupe de personnes sensées comme Guillermina pour vérifier les faits et éviter de présenter comme réel ce qui est irréel. Qu'on ne présente pas non plus comme miracle ce qui est un don ordinaire de Dieu. [...] Attention aussi aux prophéties qui se multiplient et ne se vérifient pas toujours. [...] Ne favorisez pas la crédulité. L'important, c'est la charité, son engagement, ses fruits [...]. La guérison du cœur vaut plus que la guérison physique. » — Mgr Talamás, évêque de Juárez, cité par René Laurentin, op. cit., p. 56[59]
Cette mise en garde mérite d'être citée intégralement plutôt qu'en résumé, précisément parce qu'elle vient de l'autorité ecclésiastique directement compétente sur le lieu, avant toute publication, et non d'un critique extérieur découvrant le dossier après coup. Elle ne conteste à aucun moment les faits matériels rapportés par les témoins ; elle met en garde contre une interprétation précipitée qui transformerait chaque don ordinaire de la Providence en miracle proclamé. C'est précisément la distinction que cet article s'efforce lui-même de tenir tout du long.
Pourquoi aucun contrôle scientifique ? La méthode explicite de Laurentin
L'objection la plus immédiate que suscite ce dossier est aussi la plus légitime : pourquoi aucune de ces multiplications n'a-t-elle jamais fait l'objet d'une expertise médicale ou scientifique indépendante, comme c'est systématiquement le cas à Lourdes ? Laurentin y répond de deux manières distinctes, l'une sociologique, l'autre méthodologique.
D'abord, en constatant un fait structurel : la pauvreté même des bénéficiaires les prive, la plupart du temps, de tout accès aux institutions capables de documenter un phénomène. Rick Thomas le formule sans détour :
« Les constats de miracle, vous n'en pourrez trouver que pour les riches, il n'y en aura jamais parmi les pauvres. » — René Laurentin, op. cit., p. 26, propos de Rick Thomas rapportés par René Laurentin[60]
Laurentin développe la même idée à propos d'un dossier médical resté sans suite, celui d'une enfant nommée Véronica Harris :
« Si vous voulez des guérisons documentées, ce seront toujours des guérisons de riches. Les pauvres ne vont pas à l'hôpital. Ils ne voient guère le médecin. Ils étaient malades, gravement, visiblement. Ils se trouvent guéris. Vous n'avez aucun document. » — René Laurentin, op. cit., p. 60[61]
Ensuite, en justifiant un choix méthodologique délibéré : celui de ne pas transformer la communauté en objet de laboratoire. Laurentin l'explique par une image :
« Transformer en laboratoire de contrôle systématique cette communauté vivante ne serait-ce pas la détourner de ce qu'elle vit d'essentiel ? Saisir l'oiseau en vol pour étudier le mouvement de ses ailes, c'est compromettre le vol et provoquer la chute. » — René Laurentin, op. cit., p. 137[62]
Ce choix n'est pas une esquive personnelle : Laurentin l'appuie sur l'autorité du président du Bureau médical de Lourdes lui-même, qui déconseille précisément ce type de médicalisation aux groupes charismatiques :
« Le Dr Mangiapan, président du Bureau médical de Lourdes, a conseillé à plus d'un groupe charismatique : "N'entrez pas dans les processus de constats. Vous y perdriez votre spontanéité. Gardez votre liberté." » — René Laurentin, op. cit., p. 137-138[63]
Ce point est décisif pour situer le dossier d'El Paso par rapport à celui de Lourdes ou des inédies mystiques contrôlées : l'absence de contrôle scientifique n'y résulte pas d'une négligence ou d'un refus de vérification, mais d'un choix pastoral assumé, appuyé sur l'avis même de l'institution médicale la plus expérimentée en la matière dans l'Église catholique.
L'hypothèse de l'illusion collective, examinée et écartée
Laurentin ne prétend pas avoir « réfuté » scientifiquement le phénomène. Il reconnaît avoir lui-même cherché une explication naturelle, sans la trouver satisfaisante :
« L'esprit reste tiraillé entre deux issues insatisfaisantes : — La première (la plus courante) est un refus a priori. C'est impossible, contradictoire, donc illusoire ou attribuable à la supercherie. On parachute, tant bien que mal, une explication. J'ai essayé dans cette voie, sans trouver mieux que des échappatoires. » — René Laurentin, op. cit., p. 141[64]
Sur l'hypothèse précise de l'illusion collective — la plus économique en apparence —, il argumente à partir du profil psychologique et social des témoins eux-mêmes :
« Illusion collective ? C'est l'explication la plus simple. Elle n'est pas convaincante, car ce milieu est réaliste. C'est le dur monde des pauvres, affronté à la nécessité quotidienne. Ils ne confondent pas le pain et les paroles. Ils continuent d'assumer une rude vie matérielle, ils s'efforcent de bien travailler, de bien compter, de bien prévoir. [...] Ils savent le scepticisme de ceux qui les regardent, de l'extérieur. C'était leur scepticisme, avant. » — René Laurentin, op. cit., p. 137[65]
L'argument n'est pas circulaire : il s'appuie sur des faits internes au dossier lui-même — Carole Raymond recomptant trois fois sa farine de plus en plus soigneusement avant de renoncer à l'hypothèse de son erreur, Miguel Angel Enriquez Chaides précisant que sa femme l'avait averti à l'avance du déficit prévisible, Guillermina Villalva insistant sur le fait qu'elle n'a rien remarqué d'extraordinaire au moment même des faits. Ce sont, dans les trois cas, des comportements de vérification spontanée plutôt que d'emballement collectif.
Ce que Bouflet objecte, et pourquoi ce n'est pas le dernier mot
Il serait malhonnête de taire l'appréciation critique que Joachim Bouflet lui-même porte sur ce dossier, dans le même chapitre où il consacre pourtant plus de quatre pages à son examen. Il note que ces multiplications, faute d'une étude critique rigoureuse, n'ont fait l'objet que de « témoignages improvisés »[66], et cite avec une certaine ironie le jugement que Laurentin porte lui-même sur son propre dossier :
« Les miracles d'El Paso ne peuvent entrer en compétition avec ceux de Lourdes ni même de Medjugorje. » — René Laurentin, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 255[67]
Bouflet ajoute aussitôt une remarque qui retourne en partie l'objection contre elle-même : « on n'a jamais noté à Medjugorje — non plus qu'à Lourdes, du reste — le moindre prodige de multiplication de vivres, et les réalisations humanitaires qui sont issues de ces apparitions alléguées ne sont guère plus originales ni plus remarquables que celles d'El Paso »[68]. Autrement dit : la comparaison, si on la prend au sérieux, ne joue pas nécessairement en défaveur du dossier texan — elle souligne plutôt que le type de prodige recueilli à El Paso n'a, à la connaissance même de son critique le plus sévère, pas d'équivalent ailleurs dans le corpus mariophanique du XXe siècle.
Cette objection appelle une seconde réponse, de méthode cette fois. Bouflet compile, dans son Encyclopédie, des centaines de récits issus de biographies, de procès de canonisation et de compilations antérieures : sa relation d'El Paso repose entièrement sur une lecture, certes attentive, du livre de Laurentin. Laurentin, lui, est un témoin de seconde main mais un enquêteur de première main : il s'est rendu sur place en juillet 1979, a interrogé lui-même les témoins nommés, a recueilli des dépositions écrites et datées, et a confronté son enquête à la mise en garde directe de l'évêque du lieu. Les deux démarches ne sont pas de même nature, et il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un compilateur, nécessairement plus distant de son objet, adopte un ton plus réservé qu'un enquêteur de terrain qui a vu les visages et entendu les voix des témoins.
Ce que ces récits enseignent : Providence, travail et charité
Un fil théologique traverse l'ensemble de ce dossier, des franciscains du XIIIe siècle jusqu'aux chiffonniers de Juárez, et il mérite d'être nommé explicitement avant toute conclusion : le miracle n'y est jamais séparé du travail humain, ni présenté comme une dispense de charité active. À El Paso même, ce principe est formulé sans détour par un bénéficiaire du phénomène, Sergio Condé Varela, ancien percepteur devenu responsable du magasin communautaire, à propos de l'essence de son camion qui « dure davantage qu'autrefois » :
« Dieu n'est pas un magicien. Il couronne les efforts des hommes. Et ses merveilles restent dans un clair-obscur. » — Sergio Condé Varela, cité par René Laurentin, op. cit., p. 102[69]
Laurentin conclut son chapitre sur les miracles d'El Paso par une mise en garde théologique qui vaut pour tout le dossier étudié dans cet article, y compris les cas les plus anciens :
« Une chose est certaine. L'important, ce ne sont pas ces multiplications de nourriture. L'intéressant, ce n'est pas de savoir si et comment la nourriture se serait effectivement multipliée, c'est que ceux qui avaient faim, en étaient malades et en mouraient, sont nourris, et cela grâce à un travail de production et à une discipline de partage exemplaires [...]. Ce sont les guérisons, plus nombreuses que les multiplications. Ce sont les conversions, plus nombreuses que les guérisons spectaculaires. » — René Laurentin, op. cit., p. 145[70]
Cette hiérarchie — la conversion avant la guérison, la guérison avant le prodige matériel — est très exactement celle que l'Évangile lui-même trace, quand Jésus, après avoir multiplié les pains, refuse de se laisser enfermer dans le rôle d'un roi nourricier (Jn 6, 15) pour enseigner, le lendemain, que lui-même est « le pain de vie » (Jn 6, 35). Le geste matériel n'est jamais la fin : il est le signe qui ouvre sur un don plus grand. Laurentin range lui-même les trois plans dans un ordre de grandeur croissant, du plus visible au plus décisif :
| Niveau | Ce que Dieu donne | Fréquence relative selon Laurentin |
|---|---|---|
| 1. Multiplication de nourriture | Le pain et les provisions qui ne manquent pas | La plus rare des trois |
| 2. Guérison | Le corps rendu à la santé | « Plus nombreuses que les multiplications » |
| 3. Conversion | Le cœur donné à Dieu | « Plus nombreuses que les guérisons spectaculaires »[71] |
Une tâche sans fin : pourquoi l'inventaire ne sera jamais clos
Herbert Thurston, dont Bouflet et Laurentin citent tous deux, indépendamment l'un de l'autre, le grand ouvrage sur les phénomènes du mysticisme, avait lui-même renoncé, après des décennies d'un travail pourtant réputé pour sa sévérité critique, à seulement dresser la liste complète des multiplications de vivres attestées dans l'hagiographie :
« Compiler une liste des pieuses personnes dont les biographies relatent des multiplications de vivres serait une tâche sans fin. » — Herbert Thurston, cité par René Laurentin, op. cit., p. 143[72]
Cet aveu, venant d'un auteur que Laurentin décrit lui-même comme « largement documenté, soucieux de critique [...], aboutissant souvent à des conclusions négatives »[73], donne la mesure exacte de ce que cet article a pu couvrir et de ce qu'il n'a délibérément pas retenu. Le dossier de minage constitué pour sa rédaction contenait plusieurs dizaines de cas supplémentaires — multiplications d'argent et de tissu chez Anna Maria Lapini ou Maria Carmen del Niño Jesús, prodiges d'huile et de vin chez Anne-Marie Rivier ou Yvonne-Aimée de Jésus, dizaines de récits capucins et franciscains redondants sans témoin extérieur — qui n'ont pas trouvé place ici parce qu'ils illustraient un motif déjà établi par les cas retenus, sans en renouveler la portée démonstrative. Ce choix éditorial n'est pas une omission : c'est la condition même d'une encyclopédie qui veut se lire, plutôt que reproduire indéfiniment un même schéma narratif.
Conclusion : un dossier ouvert, pas une preuve fermée
Des cinq pains multipliés sur une rive du lac de Tibériade aux deux cent deux boîtes de lait comptées par un ancien alcoolique devenu magasinier dans un quartier pauvre de la frontière mexicaine, la tradition chrétienne rapporte un même geste sous des formes multiples : celui d'une Providence qui ne remplace jamais l'effort humain, mais le couronne au-delà de toute proportion raisonnable. Seuls deux de ces récits ont franchi le seuil le plus exigeant que connaisse l'Église catholique — celui d'un miracle canoniquement retenu pour une béatification ou une canonisation — mais cette rareté même donne tout son poids aux dossiers qui, sans avoir atteint ce seuil, réunissent des témoins nommés, des chiffres précis et une mise à l'épreuve honnête des hypothèses naturelles, comme celui du Lord's Ranch. Ce que ce dossier enseigne, en définitive, tient en une phrase que ses propres témoins n'ont cessé de répéter, chacun dans ses mots : la nourriture qui ne manque jamais n'est pas un tour de magie, elle est le signe d'un Dieu qui, depuis la manne du désert jusqu'au pain rompu de chaque messe, n'a jamais cessé de vouloir nourrir son peuple.
Pour aller plus loin
- Qu'est-ce qu'un miracle ? — définition catholique et critères de discernement.
- Saint Jean Bosco — biographie complète du fondateur des Salésiens.
- Notre-Dame de Medjugorje — l'apparition mariale mentionnée à propos des fausses multiplications d'hosties.
- Les inédies — un autre phénomène de nutrition extraordinaire, distinct de la multiplication.
Notes et références
Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, s. d., p. 216.
1 7 8Herbert Thurston, Les Phénomènes du mysticisme, Paris, Gallimard, 1961, p. 461-473, cité par René Laurentin, Miracle à El Paso ?, Paris, Desclée De Brouwer, 1981, p. 143.
2 72Joachim Bouflet, op. cit., p. 262.
3 38René Laurentin, op. cit., p. 137.
4René Laurentin, op. cit., p. 138.
5 47Matthieu 14, 15-21, texte cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 216.
6Catéchisme de l'Église catholique, §1335 : les miracles de la multiplication des pains préfigurent la surabondance du pain unique de l'Eucharistie. Source : Vatican.va.
9Joachim Bouflet, op. cit., p. 216.
10Joachim Bouflet, op. cit., p. 343, citant Bernardino Lavallière, San Girolamo Emiliani, Padre degli orfani e dei poveri, Sienne, Edizioni Cantagalli, 1994, p. 115-117.
11 15 22 23Joachim Bouflet, op. cit., p. 337-341.
12Joachim Bouflet, op. cit., p. 372-378, citant le Summarium du procès de béatification de Fra Egidio da San Giuseppe, Rome, 1844, p. 421, 448 et 484.
13Joachim Bouflet, op. cit., p. 354-357.
14Joachim Bouflet, op. cit., p. 367-368, citant Matilde Meda, Un romanzo della grazia, Seregno, Monastero delle Adoratrici Perpetue, 1968, p. 88.
16Joachim Bouflet, op. cit., p. 218.
17 18 19Joachim Bouflet, op. cit., p. 219.
20Joachim Bouflet, op. cit., p. 219.
21Joachim Bouflet, op. cit., p. 221, citant R. P. Constant, op. cit., p. 166.
24 25Joachim Bouflet, op. cit., p. 222-223.
26Joachim Bouflet, op. cit., p. 221-222.
27Joachim Bouflet, op. cit., p. 219-220, citant Herbert Thurston, op. cit., p. 468-469. Référence bibliographique complète : Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Le Jardin des Livres, Paris, p. 219-220.
28René Laurentin, op. cit., p. 143, citant Benoît XIV, De servorum Dei beatificatione et beatorum canonizatione, Bologne, 1734-1738, livre IV, 1re partie, ch. XXIII.
29Summarium super dubio an sit signando commissio Introductionis causæ Servi Dei Andreæ Huberti Fournet, Rome, Poliglotta Vaticana, 1977, p. 177-178, déposition de sœur Bartholomé, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 245.
30Summarium... Fournet, op. cit., p. 384, déposition de sœur Mamertus, citée par Joachim Bouflet, op. cit., p. 246.
31Giorgio Papasogli et Giovanni Verrienti, Un apostolo sociale, Padre Angiolo Paoli, Milan, Editrice Ancora, 1952, p. 92, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 248-249.
32A. Auffray, Un grand éducateur, saint Jean Bosco (1815-1888), Paris, Emmanuel Vitte, 1929, p. 291-293, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 256-257.
33 34A. Auffray, op. cit., p. 293, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 258.
35 36Joachim Bouflet, op. cit., p. 258-259.
37Blessed Mary of Ste Euphrasia Pelletier, Londres, Burns, Oates & Washbourne, 1933, p. 253-254, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 259-261.
39Kenneth L. Woodward, Comment l'Église fait les saints, Paris, Grasset, 1992, p. 223-224, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 261-262. Référence bibliographique complète : Joachim Bouflet, Encyclopédie des phénomènes extraordinaires dans la vie mystique, tome 2, Éditions Le Jardin des Livres, p. 262 (citant Kenneth L. Woodward, Comment l'Église fait les saints, Paris, Grasset, 1992, p. 223-224).
40René Laurentin, Miracle à El Paso ?, Paris, Desclée De Brouwer, 1981 (ISBN 2-220-0237-1-5) ; El Paso, le miracle continue, Paris, Desclée De Brouwer, 1988.
41René Laurentin, op. cit. (1981), p. 83-108.
42 43Luc 14, 12-13, cité par René Laurentin, op. cit., p. 5, repris par Joachim Bouflet, op. cit., p. 252.
44René Laurentin, op. cit., p. 5.
45 48René Laurentin, op. cit., p. 50.
46René Laurentin, op. cit., p. 138 et p. 140.
49René Laurentin, op. cit., p. 140.
50René Laurentin, op. cit., p. 140.
51René Laurentin, op. cit., p. 76 et p. 78.
52René Laurentin, op. cit., p. 140-141.
53René Laurentin, op. cit., p. 141.
54René Laurentin, op. cit., p. 149.
55René Laurentin, op. cit., p. 76.
56René Laurentin, op. cit., p. 78.
57Manuel Talamás Camandari (1917-2005), nommé évêque de Ciudad Juárez le 21 mai 1957, en fonction jusqu'à sa démission le 11 juillet 1992. Source : Wikidata, entrée Q1891732 ; Catholic-Hierarchy.org, notice « Bishop Manuel Talamás Camandari ».
58Mgr Talamás, évêque de Juárez, cité par René Laurentin, op. cit., p. 56.
59René Laurentin, op. cit., p. 26.
60René Laurentin, op. cit., p. 60.
61René Laurentin, op. cit., p. 137.
62René Laurentin, op. cit., p. 137-138.
63René Laurentin, op. cit., p. 141.
64René Laurentin, op. cit., p. 137.
65Joachim Bouflet, op. cit., p. 255.
66René Laurentin, op. cit. (1988), p. 124-125, cité par Joachim Bouflet, op. cit., p. 255.
67Joachim Bouflet, op. cit., p. 255.
68René Laurentin, op. cit., p. 102.
69René Laurentin, op. cit., p. 145.
70 71René Laurentin, op. cit., p. 142-143.
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