Le Père : être son enfant

La filiation divine du chrétien : par le baptême et le don de l'Esprit, le baptisé entre dans la propre relation filiale du Fils unique et peut, en vérité, appeler Dieu « Abba ». Doctrine, Pères, Thérèse de Lisieux et voie de l'enfance spirituelle.

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Être enfant de Dieu est l'un des dons les plus stupéfiants que la Révélation chrétienne ait apportés à l'histoire religieuse de l'humanité. Avant le Christ, Israël savait que Dieu était bon, juste, créateur, fidèle à son alliance ; mais aucune religion n'avait osé enseigner qu'un être humain pouvait, par grâce, entrer dans la propre relation filiale du Fils unique et appeler Dieu « Abba », mot araméen d'enfant qui désigne le père d'une manière intime, presque familière.

Cette filiation est, pour la foi catholique, bien plus qu'une métaphore : elle est une réalité ontologique conférée par le baptême, qui rend le chrétien « participant de la nature divine » (2 Pierre 1, 4)[1]. Le baptisé n'est donc pas seulement créé par Dieu ; il est, par adoption, fils de Dieu dans le Fils, héritier de la vie éternelle, et capable, par l'Esprit qui lui est donné, de prier le Père comme Jésus le prie lui-même.

L'enjeu spirituel de cette doctrine est immense. « Voyez quel amour le Père nous a donné : nous sommes appelés enfants de Dieu — et nous le sommes », écrit saint Jean (1 Jean 3, 1). Toute la vie chrétienne consiste à laisser cette vérité dogmatique devenir vérité vécue : se savoir aimé d'un Père, vivre sous son regard, lui parler avec confiance, retourner vers lui après la faute, faire sa volonté comme un enfant fait celle d'un père qu'il aime. C'est cette transformation intérieure que sainte Thérèse de Lisieux a nommée « la petite voie de l'enfance spirituelle »[2] et qui constitue, depuis sa proclamation comme docteur de l'Église en 1997, un des sentiers les plus sûrs de la spiritualité catholique contemporaine.

La révélation du Père dans l'Écriture

Avant Jésus : les esquisses d'un Dieu Père

La paternité de Dieu n'est pas une invention du Nouveau Testament. L'Ancien Testament la pressent à plusieurs reprises, sans jamais en livrer la profondeur ultime. Dieu se présente comme Père de son peuple à travers Moïse : « Israël, c'est mon fils premier-né » (Exode 4, 22)[3]. Les Psaumes chantent la tendresse paternelle de Dieu : « Comme la tendresse d'un père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint » (Psaume 102 (103), 13)[4]. Le prophète Osée fait dire à Dieu cette parole bouleversante : « Quand Israël était jeune, je l'ai aimé, et d'Égypte j'ai appelé mon fils » (Osée 11, 1)[5]. Isaïe, enfin, ose cette confiance : « C'est toi, Seigneur, notre Père. Notre rédempteur, voilà ton nom depuis toujours » (Isaïe 63, 16)[6].

La révélation biblique de la paternité divine, des esquisses d'Israël à la prière d'Abba. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ces images de paternité demeurent pourtant collectives et discrètes. Dans la tradition juive, Dieu est Père d'Israël, plus rarement Père d'un homme, et jamais on ne s'adresse à lui directement par ce nom de manière intime. « L'expression Dieu le Père n'avait jamais été révélée à personne », observe Tertullien à la fin du II^e^ siècle ; « lorsque Moïse lui-même demanda à Dieu qui il était, il entendit un autre nom »[7]. Israël prie le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Saint d'Israël, le Tout-Puissant ; il ne prie pas spontanément « Abba ».

Le Catéchisme synthétise précisément ce point :

« L'expression Dieu le Père n'avait jamais été révélée à personne. [...] À nous ce nom a été révélé dans le Fils, car ce nom implique le nom nouveau de Père. » — Tertullien, De Oratione, ch. 3, cité dans le Catéchisme de l'Église catholique, § 2779[8]

Jésus appelle Dieu « Abba », d'une manière jugée sans parallèle

Le saut décisif est opéré par Jésus. Selon la thèse célèbre — depuis discutée et nuancée — de Joachim Jeremias, l'usage du mot araméen Abba sur les lèvres de Jésus dans les évangiles serait sans parallèle connu dans le judaïsme du Second Temple[9]. Abba est le mot araméen de l'intimité filiale — souvent rendu par papa — par lequel un enfant juif s'adresse à son père. Or Jésus emploie ce mot comme s'il était son nom d'usage pour Dieu. À Gethsémani, l'évangile selon saint Marc conserve la formule araméenne brute, signe d'une parole tellement caractéristique de Jésus qu'elle a été transmise sans traduction :

Heinrich Hofmann, Le Christ à Gethsémani, XIXe siècle. Image Wikimedia Commons, domaine public.

« Abba, Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » — Évangile selon saint Marc, 14, 36[10]

Le Catéchisme tire les conséquences dogmatiques de cette singularité : « Il a distingué sa filiation de celle de ses disciples en ne disant jamais notre Père sauf pour leur ordonner : vous donc priez ainsi : Notre Père »[11]. Jésus prie son Père. Quand il enseigne à ses disciples à prier notre Père, il leur ouvre — c'est là le mystère — la possibilité d'entrer dans cette filiation qui était initialement la sienne.

Le don de l'Esprit et l'audace de prier

Cette ouverture n'est pas un simple enseignement moral ; elle est rendue possible par un don ontologique : l'effusion de l'Esprit Saint à la Pentecôte. Saint Paul en formule la grammaire dans deux passages parallèles, sans doute parmi les plus denses du Nouveau Testament sur ce sujet :

« L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; et c'est en lui que nous crions : Abba ! Père ! L'Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » — Saint Paul, Lettre aux Romains 8, 15-16[12]

« Et puisque vous êtes des fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : Abba ! Père ! » — Saint Paul, Lettre aux Galates 4, 6[13]

Le mot grec employé par Paul — κράζομεν, krazomen, « nous crions » — n'est pas anodin : il évoque une clameur, un cri quasi physique. Ce n'est pas l'âme seule qui dit Abba ; c'est l'Esprit Saint en elle qui crie ce nom, parce que ce nom déborde la capacité naturelle de l'homme.

C'est pourquoi le Catéchisme ouvre la quatrième partie sur la prière chrétienne par cette mention :

« Pour être en contact avec le Christ, il faut d'abord avoir été touché par l'Esprit Saint. C'est lui qui vient au devant de nous, et suscite en nous la foi. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 683[14]

Sans cet Esprit, on peut encore croire en un dieu créateur, juste, lointain ; mais on ne peut pas dire Abba. La filiation chrétienne n'est pas un sentiment religieux que l'homme produit ; elle est une réalité reçue, une voix d'enfant déposée en lui par l'Esprit du Fils.

L'adoption filiale, dogme central et héritage offert

« Voyez quel amour le Père nous a donné »

Le premier disciple à mesurer la nouveauté inouïe de cette filiation est saint Jean. Vers la fin de sa vie, dans sa première lettre, il pose un signe d'étonnement qui résume tout le christianisme :

« Voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu — et nous le sommes. » — Saint Jean, Première lettre 3, 1[15]

L'expression grecque est plus forte que la traduction française ne le laisse paraître. Saint Jean dit littéralement « afin que nous soyons appelés enfants de Dieu — et nous le sommes » (καὶ ἐσμέν, kai esmen). La parenthèse n'est pas un ornement ; c'est une protestation contre toute lecture qui ferait de la filiation une simple métaphore. Nous sommes enfants de Dieu, en vérité, dans une réalité d'être, par grâce, à cause du sang du Christ et du don de l'Esprit.

La filiation divine n'est pas une métaphore : le baptême, l'Esprit et l'adoption introduisent réellement le chrétien dans la vie du Fils. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette adoption n'est pas une promotion juridique extérieure, comme l'était l'adoption romaine, où un fils était choisi pour porter un nom ; elle est une participation réelle à la vie filiale du Fils unique. Saint Pierre osera dire que les chrétiens deviennent « participants de la nature divine » (2 Pierre 1, 4). Saint Athanase formulera la fameuse maxime :

« Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous faire Dieu. » — Saint Athanase, De Incarnatione Verbi, ch. 54, § 3 ; PG 25, 192B[16]

Saint Thomas d'Aquin et l'adoption filiale comme grâce

Saint Thomas d'Aquin a précisé, dans la Somme théologique, la nature exacte de cette adoption. Il distingue soigneusement la filiation naturelle du Verbe — qui est consubstantielle, éternelle, par génération — et la filiation adoptive du chrétien, qui est participée. Mais cette participation n'est pas factice : elle introduit le baptisé dans une relation réelle au Père.

Carlo Crivelli, Saint Thomas d'Aquin, XVe siècle. Image Wikimedia Commons, domaine public.

Saint Thomas précise que l'adoption est l'œuvre commune de toute la Trinité, mais appropriée au Père comme à son auteur, au Fils comme à son exemplaire, au Saint-Esprit qui imprime en nous cette image filiale[17]. L'homme adopté reçoit donc, par grâce sanctifiante, ce que le Fils possède par nature. Il n'est pas un autre Christ au sens où il serait le Verbe incarné ; mais, en Christ et par Christ, il devient véritablement enfant du même Père.

Le Catéchisme reprend cette doctrine en termes simples :

« L'Esprit guérit et transforme ceux qui le reçoivent en les conformant au Fils de Dieu. Le fruit de la vie sacramentelle, c'est que l'Esprit d'adoption déifie (cf. 2 P 1, 4) les fidèles en les unissant vitalement au Fils unique, le Sauveur. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 1129[18]

Le baptême, sacrement de la nouvelle naissance

Cette adoption n'est pas une affaire purement intérieure ; elle est sacramentelle. Le baptême est le sacrement qui, en posant un signe extérieur — l'eau accompagnée des paroles trinitaires —, opère le don intérieur de l'Esprit qui rend fils. Saint Cyrille de Jérusalem, dans ses Catéchèses mystagogiques du IV^e^ siècle, dit cette merveille :

L'adoption filiale est l'œuvre de toute la Trinité : le Père adopte, le Fils donne son modèle, l'Esprit imprime la vie filiale. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Désormais participants du Christ, vous êtes à juste titre appelés "christs", et c'est de vous que Dieu disait : "Ne touchez pas à mes christs." » — Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques, III, 1 ; PG 33, 1088A[19]

Le Catéchisme commente :

« Nous pouvons adorer le Père parce qu'il nous a fait renaître à sa Vie en nous adoptant comme ses enfants dans son Fils unique : par le Baptême, il nous incorpore au Corps de son Christ […] » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2782[20]

C'est pourquoi saint Cyprien de Carthage, dès le III^e^ siècle, pouvait écrire cette formule lumineuse, que le Catéchisme cite presque mot pour mot quinze siècles plus tard :

« L'homme nouveau, qui est rené et rendu à son Dieu par la grâce, dit d'abord "Père !", parce qu'il est devenu fils. » — Saint Cyprien de Carthage, De Dominica oratione, § 9 ; PL 4, 525A[21]

L'ordre théologique est clair : on n'est pas fils parce qu'on appelle Dieu Père ; on appelle Dieu Père parce qu'on est devenu fils, par le baptême et l'Esprit. La prière est la conséquence de l'ontologie, non l'inverse.

Du Dieu lointain au Père qui voit dans le secret

L'idole du Dieu juge distant

Une difficulté majeure de la vie spirituelle n'est pas de douter que Dieu existe : c'est de douter qu'il est Père. La culture occidentale, marquée par des siècles d'images jansénistes ou stoïciennes d'un Dieu surveillant, sévère, comptable des fautes, a laissé dans bien des âmes une représentation déformée. Le Catéchisme insiste précisément sur ce point :

« Avant de faire nôtre ce premier élan de la Prière du Seigneur, il n'est pas inutile de purifier humblement notre cœur de certaines fausses images de "ce monde-ci". La purification du cœur concerne les images paternelles ou maternelles, issues de notre histoire personnelle et culturelle, et qui influencent notre relation à Dieu. Dieu notre Père transcende les catégories du monde créé. Transposer sur lui, ou contre lui, nos idées en ce domaine serait fabriquer des idoles, à adorer ou à abattre. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2779[22]

Le sentiment d'un Dieu lointain est un instrument du mal. La même intuition se retrouve, par exemple, sous la plume de Luisa Piccarreta, dans le Livre du Ciel, lorsque Jésus lui dit :

« Croire que nous sommes lointains est l'instrument mortel qui tue l'amour de la créature pour son Créateur. L'éloignement brise l'amitié. Qui peut aimer et connaître un Être distant, ou espérer de lui quelque chose ? Personne. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 28, 30 novembre 1930[23]

L'incroyance pratique de notre temps n'est presque jamais une incroyance philosophique articulée ; elle est, en amont, une incrédulité à la paternité. Le geste premier de la conversion chrétienne est donc une rectification d'image : laisser tomber le Dieu juge distant, accueillir le Père révélé par Jésus.

Crainte servile et crainte filiale

La tradition catholique distingue, depuis les Pères, deux formes de crainte de Dieu. Saint Augustin, saint Thomas d'Aquin et saint François de Sales l'enseignent avec une précision qu'il faut retrouver.

Crainte servileCrainte filiale
Peur du châtiment, peur de l'enferPeur de blesser un Père aimé
Fait fuir Dieu, le met à distanceFait courir à Dieu, le rapproche
Centrée sur soi : « que va-t-il m'arriver ? »Centrée sur l'autre : « je ne veux pas l'offenser »
Suffit à éviter les fautes graves, mais ne sanctifie pasDon du Saint-Esprit, racine de l'amour parfait
Mère du commencement de la conversionMère de la persévérance dans l'amour
« La crainte n'est pas dans l'amour ; l'amour parfait bannit la crainte. » (1 Jn 4, 18)« Pour qui craint le Seigneur, tout est bonheur, et au jour de sa mort, il sera béni. » (Si 1, 13)
La crainte chrétienne n'est pas la panique devant un juge, mais la délicatesse d'un fils qui ne veut pas blesser son Père. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

La crainte servile a sa place provisoire : elle peut éveiller un pécheur endormi. Mais elle est appelée à se laisser purifier par la crainte filiale, qui est, dit la tradition, l'un des sept dons du Saint-Esprit. Le Catéchisme précise :

« Ce don gratuit de l'adoption exige de notre part une conversion continuelle et une vie nouvelle. […] Un cœur humble et confiant qui nous fait "retourner à l'état des enfants" (Mt 18, 3). » — Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2784-2785[24]

« Lève les yeux vers le Père » : saint Ambroise

Aucun texte patristique n'exprime mieux cette dignité retrouvée que ce passage de saint Ambroise sur le Notre Père, recueilli dans son De Sacramentis :

« O homme, tu n'osais pas lever ton visage vers le ciel, tu baissais les yeux vers la terre, et soudain tu as reçu la grâce du Christ : tous tes péchés t'ont été remis. De méchant serviteur tu es devenu un bon fils. Lève donc les yeux vers le Père qui t'a racheté par son Fils et dis : Notre Père. » — Saint Ambroise de Milan, De Sacramentis, V, 19 ; PL 16, 450C[25]

Ce passage est repris textuellement par le Catéchisme au § 2783. Il dit en quelques lignes toute la conversion chrétienne du regard. L'homme n'est plus un esclave qui baisse les yeux ; il est un fils qui ose lever le visage. La prière du Notre Père n'est pas une formule récitée : elle est l'acte par lequel la dignité filiale, reçue au baptême, devient consciente, vivante, opérante.

Saint Jean Chrysostome, dans la même tradition, observe :

« Vous ne pouvez appeler votre Père le Dieu de toute bonté si vous gardez un cœur cruel et inhumain ; car dans ce cas vous n'avez plus en vous la marque de la bonté du Père céleste. » — Saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Matthieu, 7, 14 ; PG 51, 44B[26]

Dire Père engage la vie tout entière : à un Père céleste correspond un cœur de fils. Sans cette correspondance, le mot reste vide.

La petite voie : Thérèse de Lisieux et l'enfance spirituelle

Une jeune carmélite découvre une voie nouvelle

Le développement le plus saisissant de la spiritualité filiale au XIX^e^ siècle est, sans conteste, l'œuvre de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897). Carmélite obscure morte à vingt-quatre ans, proclamée docteur de l'Église par saint Jean-Paul II en 1997[27], elle a redonné à l'Église entière l'évidence d'une voie de sainteté accessible à tous, précisément parce qu'elle est filiale.

Sainte Thérèse de Lisieux au Carmel de Lisieux, photographie de Céline Martin, 1896. Image Wikimedia Commons, domaine public.

Dans le célèbre passage du Manuscrit C, écrit quelques semaines avant sa mort, Thérèse raconte comment elle a cherché — et trouvé — un chemin court vers Dieu :

« J'ai toujours désiré d'être une sainte, mais hélas ! j'ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu'il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé aux pieds des passants ; au lieu de me décourager, je me suis dit : Le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c'est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections ; mais je veux chercher le moyen d'aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Manuscrit C, f. 2v°-3r°[28]

« L'ascenseur, ce sont vos bras, ô Jésus ! »

La trouvaille de Thérèse, c'est d'avoir compris qu'il n'est pas nécessaire de devenir grand pour atteindre Dieu. Au contraire : il faut accepter d'être pris, comme un enfant que son père porte. Elle file alors une comparaison empruntée à la modernité de son temps :

L'image de l'ascenseur chez Thérèse : non pas gravir seul l'escalier de la perfection, mais se laisser porter par les bras de Jésus. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Nous sommes dans un siècle d'inventions, maintenant ce n'est plus la peine de gravir les marches d'un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m'élever jusqu'à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j'ai recherché dans les livres saints l'indication de l'ascenseur, objet de mon désir et j'ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Éternelle : Si quelqu'un est TOUT PETIT, qu'il vienne à moi. Alors je suis venue, devinant que j'avais trouvé ce que je cherchais. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Manuscrit C, f. 3r°[29]

Et la phrase qui clôt cette page est devenue l'une des plus citées de toute la spiritualité catholique :

« L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Manuscrit C, f. 3r°[30]

Rester petite — une voie pour tous

Thérèse n'invente pas une spiritualité de l'auto-mépris ou de la diminution narcissique. La petite voie est une voie d'audace : oser croire que la sainteté est un don, non une conquête ; oser se laisser porter ; oser demander à Dieu, comme un enfant, ce qu'on ne pourrait jamais obtenir par ses efforts. Dans une lettre du 21 juin 1897, quelques mois avant sa mort, elle écrit à l'abbé Bellière, qui se croyait indigne :

« Vous voulez, je le sais, devenir grand par l'amour... C'est aussi mon ambition, mais en regardant ma faiblesse... j'ai eu l'audace de demander au Bon Dieu de m'apprendre à le faire par une voie courte, par une voie toute nouvelle. Ah ! je voudrais trouver un moyen d'aller au Ciel par une petite voie qui soit toute droite, toute courte, une petite voie toute nouvelle. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Lettre à l'abbé Bellière, 21 juin 1897[31]

Cette voie ne s'oppose pas à la voie classique de la mystique des grands carmélites — Thérèse d'Avila, Jean de la Croix — ; elle la rejoint par l'intérieur. La pauvreté n'est plus obstacle, mais condition. Plus encore : la pauvreté reconnue devient la matière même de la sainteté. Saint Pie X osa dire à un cardinal qui lui présentait les écrits de Thérèse en 1907 : « C'est la plus grande sainte des temps modernes »[32].

Le testament de Thérèse : sa mission posthume

Dans ses Derniers entretiens, Thérèse confie à sa sœur Pauline (mère Agnès) la mission qu'elle veut accomplir depuis le ciel. Cette parole, prononcée le 17 juillet 1897, est l'un des testaments spirituels les plus saisissants de l'histoire chrétienne :

« Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre. [...] Je commence ma mission de faire aimer le Bon Dieu comme je l'aime, de donner ma petite voie aux âmes. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Derniers entretiens, 17 juillet 1897[33]

Le siècle qui a suivi a confirmé cette promesse. La petite voie de Thérèse est aujourd'hui enseignée comme un sentier sûr par le magistère ordinaire, et de nombreux saints du XX^e^ siècle — sœur Faustine, Charles de Foucauld, Edith Stein, Jean-Paul II lui-même — y ont reconnu une grammaire essentielle de la vie spirituelle.

Le Notre Père, école de la vie filiale

Une prière dictée par le Fils unique

Le Notre Père n'est pas une prière comme les autres. Il est, dit Tertullien dans la formule devenue classique, le résumé de tout l'Évangile :

James Tissot, Le Pater Noster, vers 1886-1894. Image Wikimedia Commons, domaine public.

« Le résumé de tout l'Évangile, voilà ce qu'est le Notre Père. Cette prière, dictée par le Christ lui-même, est la plus parfaite des prières. » — Tertullien, De Oratione, ch. 1 ; PL 1, 1153A[34]

Cette importance n'est pas exagérée. Quand les disciples demandent à Jésus de leur apprendre à prier — comme Jean Baptiste apprenait à prier à ses disciples — Jésus ne leur livre pas une technique spirituelle, mais une prière. Et cette prière, à la lecture, est entièrement filiale : c'est la prière d'un fils à son Père. Saint Thomas d'Aquin, dans la Somme théologique, parle d'elle comme de « la plus parfaite des prières », parce qu'elle vient « de l'Auteur de la grâce » et qu'elle contient « tout ce que l'on doit désirer »[35].

Sept demandes pour sept dispositions filiales

Le Notre Père se compose de sept demandes que la tradition divise en deux groupes : les trois premières concernent Dieu (ton Nom, ton Règne, ta Volonté), les quatre dernières nous concernent (nous pardonne, nous donne, nous délivre…). Cette structure n'est pas accidentelle : elle reflète l'ordre même de la charité, qui aime Dieu pour lui-même avant de s'aimer soi-même.

DemandeCe qu'elle exprime de la filiationRéférence CEC
Notre Père qui es aux cieuxReconnaissance que Dieu est, par grâce, notre Père§§ 2779-2802
Que ton nom soit sanctifiéDésir filial que le Père soit honoré, glorifié, reconnu§§ 2807-2815
Que ton règne vienneAttente filiale du Royaume promis§§ 2816-2821
Que ta volonté soit faiteAcquiescement filial à la volonté du Père, comme le Fils§§ 2822-2827
Donne-nous notre pain de ce jourConfiance filiale dans la providence pour le pain et la grâce§§ 2828-2837
Pardonne-nous nos offensesRetour filial vers le Père après la faute, et pardon donné aux frères§§ 2838-2845
Ne nous laisse pas entrer en tentationDemande filiale d'être préservé par le Père dans le combat§§ 2846-2849
Délivre-nous du malSupplique finale du fils confiant que le Père l'arrachera au Malin§§ 2850-2854
Les sept demandes du Notre Père comme école progressive du cœur filial. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Chaque demande est donc, simultanément, une demande et une éducation du cœur. En priant le Notre Père lentement, le chrétien s'exerce à penser, vouloir, espérer comme un enfant du Père.

Saint Cyprien : « Ne dis pas Père si tu n'es pas enfant »

Le commentaire le plus ancien et le plus profond du Notre Père qui nous soit parvenu est sans doute le De Dominica oratione de saint Cyprien de Carthage, écrit vers 250. Évêque martyr d'Afrique du Nord, Cyprien y déploie une théologie de la prière filiale qui est restée inégalée. Il commence par cette observation :

Saint Cyprien de Carthage, gravure tirée d'un ouvrage ancien conservé au British Museum. Image Wikimedia Commons, domaine public.

« Quelle complaisance n'aura pas le Père en entendant son enfant prier ! Quelle joie, quand il reconnaîtra dans ses paroles les sentiments du Fils ! » — Saint Cyprien de Carthage, De Dominica oratione, § 3 ; PL 4, 521[36]

Mais il enchaîne aussitôt par une exigence sans concession :

« Quel orgueil dans cette dénomination "notre" Père, si nous-mêmes nous ne vivions pas en fils ! Il faut nous souvenir, quand nous nommons Dieu "notre Père", que nous devons nous comporter en fils de Dieu. » — Saint Cyprien de Carthage, De Dominica oratione, § 11 ; PL 4, 526B[37]

La filiation, pour Cyprien, n'est pas un mot ; elle engage à vivre comme le Fils unique vit. Le Notre Père est donc à la fois une prière reçue et un programme de conversion. Le Catéchisme de l'Église catholique consacrera à cette prière, depuis 1992, un quart de sa quatrième partie (§§ 2759-2865) — signe de son importance centrale dans la transmission de la foi.

La confiance filiale au quotidien

Marcel Van : appeler Dieu « Papa Bon Dieu »

L'enfance spirituelle théorisée par Thérèse a trouvé, au XX^e^ siècle, une incarnation saisissante chez Marcel Van (1928-1959), jeune rédemptoriste vietnamien dont les Colloques avec Jésus, Marie et Thérèse rapportent une intimité étonnante avec le Père. Marcel s'adresse à Dieu en l'appelant familièrement « Papa Bon Dieu » — expression qui, à l'oreille théologienne, peut surprendre, mais qui n'est qu'un équivalent enfantin du Abba paulinien.

Image de prière pour la France diffusée par Les Amis de Van, avec une photographie de Marcel Van. Image Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Jésus, dans les Colloques, ratifie expressément cette familiarité :

« Ils sont nombreux, ceux qui ne savent qu'écouter ce que je dis sans oser converser tout bonnement avec moi comme des enfants, sous prétexte que cela ne convient pas... Dis-leur bien que j'écoute très volontiers les conversations ordinaires, même les plus simples, et que je prends plaisir à les entendre. C'est là tout ce que j'attends des âmes qui m'aiment. » — Jésus à Marcel Van, Colloques, n. 327 (22 mars 1946)[38]

Marcel n'est pas un mystique extraordinaire au sens spectaculaire ; il est un enfant qui parle à son Père. Cette simplicité est le visage moderne de la voie thérésienne.

Gabrielle Bossis : « Le Père se prête aux inventions de son petit enfant »

Du côté laïc, Gabrielle Bossis (1874-1950), comédienne et mystique française dont le premier volume de Lui et moi, publié de son vivant en 1948, porte l'imprimatur de l'évêque de Nantes, a recueilli dans Lui et moi des paroles intérieures qui prolongent la même intuition. Le Christ lui aurait dit, le 11 février 1938 :

« Un tendre Père se prête aux inventions de son petit enfant. Dis, comme cette petite fille à son père : "Viens près de moi." » — Jésus à Gabrielle Bossis, Lui et moi, n. 385 (11 février 1938)[39]

Et, le 3 février 1939 :

« Aie toujours une simplicité de petit enfant, une éperdue confiance. » — Jésus à Gabrielle Bossis, Lui et moi, n. 612 (3 février 1939)[40]

Et encore :

« Même si le petit enfant ne réussit pas, le Père le regarde, content de ses efforts. » — Jésus à Gabrielle Bossis, Lui et moi, n. 655 (24 avril 1939)[41]

Ces paroles ne sont pas un sirop ; elles sont la conséquence pratique du dogme. Si Dieu est vraiment Père, alors la qualité de son regard sur ses enfants est celle d'un père tendre, et non d'un examinateur sévère. Le Père voit l'effort, non seulement le résultat. C'est ce que disait déjà Thérèse de Lisieux : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein. »[42]

Charles de Foucauld : « Mon Père, je m'abandonne à toi »

L'expression la plus dépouillée de la prière filiale du XX^e^ siècle est sans doute la Prière d'abandon de saint Charles de Foucauld (1858-1916), extraite des Méditations sur l'Évangile au sujet des principales vertus qu'il compose fin 1896 à Akbès (Syrie), alors qu'il est trappiste sous le nom de frère Marie-Albéric, à la suite d'une méditation sur les paroles du Christ en croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23, 46)[43].

Saint Charles de Foucauld, dernière photographie connue de son vivant, 1915-1916. Image Wikimedia Commons, domaine public.

« Mon Père, je m'abandonne à toi, fais de moi ce qu'il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie. Je suis prêt à tout, j'accepte tout. Pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures, je ne désire rien d'autre, mon Dieu. Je remets mon âme entre tes mains. Je te la donne, mon Dieu, avec tout l'amour de mon cœur, parce que je t'aime, et que ce m'est un besoin d'amour de me donner, de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance, car tu es mon Père. » — Saint Charles de Foucauld, Méditations sur l'Évangile au sujet des principales vertus, méditation sur Luc 23, 46 (Akbès, 1896)[44]

Canonisé par le pape François le 15 mai 2022[45], Charles de Foucauld a montré qu'un seul mot — Père — peut soutenir toute une vie, jusqu'au martyre dans le désert de Tamanrasset le 1^er^ décembre 1916.

Dom Vital Lehodey : le Saint Abandon

Sur un registre plus systématique, Dom Vital Lehodey (1857-1948), abbé cistercien français, a publié en 1919 le maître livre Le Saint Abandon, qui reste aujourd'hui l'une des synthèses les plus rigoureuses de la spiritualité filiale dans la tradition catholique. Lehodey y distingue soigneusement l'abandon-quiétisme (qui dispenserait du combat spirituel) et l'abandon évangélique (qui suppose la pleine activité de la liberté). Il définit ainsi le saint abandon :

« Le saint abandon est la voie de l'enfance spirituelle, le chemin de la confiance et du total abandon. Il consiste à se livrer pleinement entre les mains de Dieu, comme un enfant dans les bras de sa mère, mais sans jamais cesser de vouloir et d'agir selon la volonté connue de Dieu. » — Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon, Paris, 1948[46]

Citant Mgr Gay, il rappelle que cette voie est « plus parfaite que l'amour des souffrances ; car rien n'immole davantage l'âme à Dieu que de se laisser, en tout, à son libre vouloir »[47].

Croire à l'Amour : la spiritualité du Père d'Elbée

Un livre devenu classique

Le Père Jean d'Elbée (1892-1982), prêtre français du diocèse de Paris, a publié en 1969 un livre destiné à des religieuses qui en avaient sollicité la rédaction : Croire à l'amour. L'ouvrage est devenu, en quarante ans, l'un des best-sellers de la spiritualité catholique francophone, traduit en une douzaine de langues et vendu à plus de 200 000 exemplaires[48].

Le thème central du livre est très simple : la cause principale de notre tristesse spirituelle, de notre découragement, de notre stagnation, c'est que nous ne croyons pas assez à l'amour de Dieu pour nous. Le P. d'Elbée écrit ces lignes restées célèbres :

« Croyez à l'Amour. Croyez-y obstinément, héroïquement. Croyez-y quand vous tombez. Croyez-y quand vous vous relevez. Croyez-y quand vous ne sentez rien. Croyez-y quand vous sentez tout. Plus vous êtes pauvre, plus vous devez croire à l'Amour. » — Père Jean d'Elbée, Croire à l'amour[49]

Ce « croire à l'amour » n'est pas un mot d'ordre sentimental ; il est la formule pratique de la filiation. Tant qu'on doute d'être aimé d'un Père, on demeure spirituellement orphelin. Croire à l'amour, c'est entrer dans la dignité filiale donnée au baptême.

La maladie de la défiance

D'Elbée diagnostique une maladie spirituelle très répandue : la défiance. Beaucoup d'âmes prient, communient, se confessent, mais demeurent intérieurement crispées, parce qu'elles n'osent pas croire que Dieu les aime telles qu'elles sont. Cette défiance est, dit-il, « plus offensante pour Dieu que les fautes elles-mêmes »[50], car elle nie le visage que Dieu a précisément révélé en Jésus.

Le remède n'est ni un effort héroïque ni une introspection plus aiguë ; c'est l'acte filial répété : « Je crois à ton amour, mon Père ». Cet acte simple, posé chaque fois que monte la défiance, est, pour d'Elbée, le sommet pratique de la vie chrétienne.

La prière de demande comme acte filial

« Combien plus votre Père céleste »

La prière de demande, parfois jugée moins noble que la louange ou l'adoration, retrouve son sens propre quand on la lit dans la grammaire de la filiation. Si Dieu est vraiment Père, alors demander n'est pas mendier ; c'est exercer sa qualité d'enfant. Jésus l'enseigne explicitement :

Demander comme un enfant : la prière de demande n'est pas un marchandage, mais un acte de confiance filiale. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Demandez, vous obtiendrez ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. [...] Qui d'entre vous donnera une pierre à son fils qui lui demande du pain ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent ! » — Jésus, Évangile selon saint Matthieu 7, 7-11[51]

L'argument est a fortiori : si un père humain, malgré ses limites, donne à son fils, combien plus un Père céleste, dont l'amour est sans mesure, donnera à ses enfants ce qu'ils demandent. Le doute sur cette dynamique trahit toujours, en amont, un doute sur la paternité.

Saint Augustin : prier longtemps, c'est apprendre à recevoir

Pourquoi alors Dieu, qui sait nos besoins avant que nous parlions, nous demande-t-il de prier longtemps ? Saint Augustin répond, dans sa célèbre Lettre à Proba :

« Si Dieu désire que nous le priions, ce n'est pas pour apprendre nos désirs, qu'il ne peut pas ignorer ; c'est pour que notre désir s'exerce par la prière, pour devenir capables de recevoir ce qu'il s'apprête à nous donner. » — Saint Augustin, Lettre 130 à Proba, ch. 8, § 17 ; PL 33, 500[52]

La prière de demande prolongée n'est donc pas un marchandage avec Dieu ; c'est une éducation du cœur de l'enfant. Le Père laisse parfois attendre non pour faire languir, mais pour dilater la capacité à recevoir.

Le Père sait mieux que nous ce qu'il nous faut

La demande filiale n'exclut pas le réalisme : un enfant peut demander à son père ce qui ne lui ferait pas du bien, et le père sage refuse. Saint Augustin l'enseigne avec sa lucidité habituelle dans le même passage, et Jésus lui-même priait Gethsémani avec ce double mouvement : « Que cette coupe s'éloigne... cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (Marc 14, 36). La prière de demande la plus mûre intègre donc cette clause filiale : « si c'est ton bon plaisir ». C'est ce que sainte Thérèse de Lisieux exprime dans une de ses lettres : « Je veux ce que veut Jésus »[53].

Faire la volonté du Père : devenir comme le Fils

« Que ta volonté soit faite »

La troisième demande du Notre Père est, à bien des égards, le sommet de la vie filiale. Demander que la volonté du Père soit faite, c'est consentir à devenir comme le Fils, dont l'évangile résume ainsi toute la mission : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 4, 34)[54].

Faire la volonté du Père : passer de la résignation passive à l'union active avec le Fils. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Cette demande ne consiste pas seulement à accepter passivement ce que Dieu envoie ; elle est, plus profondément, l'union active de la volonté humaine à la volonté divine. Saint François de Sales, dans le Traité de l'Amour de Dieu (1616), montre que cette union est le sommet auquel l'âme aspire spontanément quand elle aime vraiment :

« Ainsi, à force de se plaire en Dieu, on devient conforme à Dieu, et notre volonté se transforme en celle de la divine Majesté. » — Saint François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu, livre VIII, ch. 1[55]

Au cœur de toute spiritualité catholique : faire la volonté du Père

Cette spiritualité de la volonté du Père traverse toute la tradition catholique. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus le résume : « Je veux ce que veut Jésus ». Sainte Faustine, dans son Petit Journal, écrit : « À partir d'aujourd'hui j'accomplis la volonté de Dieu, partout, toujours, en tout »[56]. Et la spiritualité de la Divine Volonté révélée à la servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), dont la cause de béatification a reçu le Nulla Osta du Dicastère pour la doctrine de la foi en juin 2024[57], prolonge cette tradition en proposant un don plus haut encore : non seulement faire la volonté du Père, mais vivre dans sa volonté, comme le Fils unique la vit du sein du Père.

Cette articulation entre filiation et volonté divine n'est pas une nouveauté ; elle est l'aboutissement logique de la doctrine de l'adoption. Si Dieu nous fait fils dans le Fils, alors la prière la plus haute du fils est celle même du Fils unique : « Non pas ma volonté, mais la tienne ».

Pour approfondir la spiritualité de la Divine Volonté, voir l'article dédié

Vivre concrètement comme un enfant du Père

La vie filiale n'est pas seulement une doctrine ; elle est un rythme. La tradition catholique propose quelques gestes simples qui, répétés chaque jour, dilatent la conscience filiale et la rendent opérante. Ils sont presque tous suggérés par le Notre Père, déployé dans la vie ordinaire.

Une journée d'enfant du Père : offrir le matin, revenir au Père dans le jour, relire le soir, se relever après la chute. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au matin — Avant toute activité, dire au Père sa journée. Saint Pierre-Julien Eymard recommandait cet acte intérieur d'offrande dès le matin : offrir sa journée au Père pour sa gloire, pour l'acceptation de sa volonté et le salut des âmes[58]. C'est, en quelques mots, le Notre Père condensé.

Au cours du jour — Quand monte une inquiétude, un agacement, une faute, retourner intérieurement vers le Père. Sainte Thérèse de Lisieux le faisait par de brèves élévations : « Petit Jésus, je te porte cela ». Marcel Van adressait à « Papa Bon Dieu » tout ce qu'il vivait. Le pape François a redonné à cette pratique le nom de prière jaculatoire[59] : une flèche très brève qui rejoint le Père sans rompre l'activité en cours.

Le soir — Avant de dormir, relire la journée comme un enfant relit sa journée à son père. Ignace de Loyola a codifié cette pratique dans l'examen spirituel, dont le but est moins de comptabiliser les fautes que de reconnaître où le Père a agi et de lui rendre grâces. Le geste n'est pas judiciaire ; il est filial.

Après une chute — Ne pas s'éloigner, mais revenir aussitôt. C'est la grande leçon de la parabole de l'enfant prodigue (Luc 15) : ce qui sauve le fils, ce n'est pas qu'il devienne pur ; c'est qu'il se lève et qu'il retourne vers son père. Sainte Thérèse écrivait :

« Si j'avais commis tous les crimes possibles, je conserverais toujours la même confiance ; je sens que toute cette multitude d'offenses serait comme une goutte d'eau jetée dans un brasier ardent. » — Sainte Thérèse de Lisieux, Manuscrit C, f. 36v°[60]

Cette confiance n'est pas présomption ; elle est foi à l'amour du Père. C'est précisément ce que disait le Père d'Elbée : « Croyez-y quand vous tombez. »

Pour aller plus loin


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Notes et références

  1. Deuxième lettre de saint Pierre, 1, 4, traduction officielle de la Conférence des évêques de France, La Bible — traduction officielle liturgique, Mame, 2013, p. 2057. Texte original grec : « ἵνα διὰ τούτων γένησθε θείας κοινωνοὶ φύσεως ».

    1
  2. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit C, folios 2v°-3r°, dans Œuvres complètes, Éd. du Cerf — Desclée de Brouwer, Paris, 1992, pp. 236-238. Édition critique de référence pour les manuscrits autobiographiques.

    2 28 29 30
  3. Exode, 4, 22, La Bible de Jérusalem, Cerf, éd. 1998, p. 96.

    3
  4. Psaume 102 (103), 13, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 938.

    4
  5. Osée, 11, 1, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 1462.

    5
  6. Isaïe, 63, 16, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 1303.

    6
  7. Tertullien, De Oratione, ch. 3, dans Patrologia Latina, J.-P. Migne (éd.), Paris, t. 1, col. 1155-1157. Citation reprise par le Catéchisme de l'Église catholique § 2779. Texte latin (ch. III, § 1) : « Nomen Dei Patris nemini proditum est. [...] Nobis reuelatum est in Filio. »

    7
  8. Catéchisme de l'Église catholique, § 2779, p. 595 — le paragraphe cite Tertullien, De Oratione, 3 : « L'expression Dieu le Père n'avait jamais été révélée à personne [...] (Tertullien, or. 3) ».

    8
  9. Joachim Jeremias, Abba — Jesus and the Message of the New Testament, trad. anglaise de John Bowden, SCM Press, Londres, 1967 (éd. originale allemande : Abba — Studien zur neutestamentlichen Theologie und Zeitgeschichte, Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, 1966), pp. 11-65. Étude pionnière sur l'usage christique du mot araméen Abba et son caractère exceptionnel dans le judaïsme du Second Temple. Pour une discussion académique récente, voir James D. G. Dunn, Jesus Remembered, Eerdmans, Grand Rapids, 2003, pp. 711-718.

    9
  10. Évangile selon saint Marc, 14, 36, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 1714. Texte grec original : « Αββα ὁ πατήρ, πάντα δυνατά σοι ».

    10
  11. Catéchisme de l'Église catholique, § 443, version définitive de 1997, Mame-Plon / Centurion / Cerf, 2003, p. 113.

    11
  12. Saint Paul, Lettre aux Romains, 8, 15-16, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 1981. Texte grec : « οὐ γὰρ ἐλάβετε πνεῦμα δουλείας πάλιν εἰς φόβον, ἀλλὰ ἐλάβετε πνεῦμα υἱοθεσίας, ἐν ᾧ κράζομεν· αββα ὁ πατήρ ».

    12
  13. Saint Paul, Lettre aux Galates, 4, 6, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 2010. Texte grec : « ἐξαπέστειλεν ὁ θεὸς τὸ πνεῦμα τοῦ υἱοῦ αὐτοῦ εἰς τὰς καρδίας ἡμῶν κρᾶζον· αββα ὁ πατήρ ».

    13
  14. Catéchisme de l'Église catholique, § 683, p. 164.

    14
  15. Première lettre de saint Jean, 3, 1, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 2087. Texte grec : « ἴδετε ποταπὴν ἀγάπην δέδωκεν ἡμῖν ὁ πατὴρ ἵνα τέκνα θεοῦ κληθῶμεν· καὶ ἐσμέν ».

    15
  16. Saint Athanase d'Alexandrie, Sur l'Incarnation du Verbe (De Incarnatione Verbi), ch. 54, § 3, dans Patrologia Graeca, t. 25, col. 192B ; trad. fr. Charles Kannengiesser (éd.), Sources Chrétiennes n° 199, Cerf, Paris, 1973, p. 459. Texte original grec : « Αὐτὸς γὰρ ἐνηνθρώπησεν, ἵνα ἡμεῖς θεοποιηθῶμεν ».

    16
  17. Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, III^a^ pars, question 23, article 2 (spécialement la réponse à la 3^e^ objection : l'adoption, commune à toute la Trinité, est appropriée au Père comme à son auteur, au Fils comme à son exemplaire, au Saint-Esprit qui imprime en nous cette image), dans l'édition Léonine, Romae, 1903, t. XI, pp. 264-271 ; trad. fr. A.-M. Roguet, Éd. du Cerf, Paris, 1986, t. 4, pp. 218-225.

    17
  18. Catéchisme de l'Église catholique, § 1129, p. 254.

    18
  19. Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques, III, 1, dans Patrologia Graeca, t. 33, col. 1088A ; trad. fr. Auguste Piédagnel (éd.), Sources Chrétiennes n° 126 bis, Cerf, Paris, 1988, pp. 121-123.

    19
  20. Catéchisme de l'Église catholique, § 2782, p. 596.

    20
  21. Saint Cyprien de Carthage, De Dominica Oratione (Sur la prière du Seigneur), § 9, dans Patrologia Latina, t. 4, col. 525A ; trad. fr. Michel Réveillaud (éd.), Éditions du Cerf, Paris, 1964, p. 105. Texte latin : « Homo novus, renatus et Deo suo per gratiam restitutus, Pater primo dicit, quia filius esse iam coepit ».

    21
  22. Catéchisme de l'Église catholique, § 2779, p. 595.

    22
  23. L. Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 28, entrée du 30 novembre 1930 — entrée intitulée « La raison pour laquelle Dieu n'est pas connu ni aimé : c'est qu'on le croit un Dieu distant des créatures ; alors qu'en réalité, il en est inséparable ». Texte vérifié sur l'édition française des 36 tomes (Centro Studi Piccarreta, Corato).

    23
  24. Catéchisme de l'Église catholique, §§ 2784-2785, p. 596.

    24
  25. Saint Ambroise de Milan, De Sacramentis, V, 4, § 19, dans Patrologia Latina, t. 16, col. 450C ; trad. fr. Bernard Botte (éd.), Sources Chrétiennes n° 25 bis, Cerf, Paris, 1980, pp. 124-125. Citation reprise par le Catéchisme de l'Église catholique § 2783.

    25
  26. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l'évangile de saint Matthieu, homélie 7, § 14, dans Patrologia Graeca, t. 51, col. 44B ; citation reprise par le Catéchisme de l'Église catholique § 2784.

    26
  27. Saint Jean-Paul II, lettre apostolique Divini Amoris Scientia du 19 octobre 1997 proclamant sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus docteur de l'Église universelle, Acta Apostolicae Sedis, 1998, pp. 930-944. Texte intégral sur vatican.va.

    27
  28. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, LT 247 à l'abbé Maurice Bellière, 21 juin 1897, dans Œuvres complètes, Cerf — DDB, 1992, p. 590.

    31
  29. Pie X, parole rapportée en 1907 lors de la présentation de l'Histoire d'une âme par Mgr de Teil, postulateur de la cause. Cf. André Combes, Introduction à la spiritualité de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Vrin, Paris, 1948, pp. 21-23.

    32
  30. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Derniers entretiens — Carnet jaune de Mère Agnès de Jésus, entretien du 17 juillet 1897, n. 2, dans Œuvres complètes, Cerf — DDB, 1992, p. 1050.

    33
  31. Tertullien, De Oratione, ch. 1, dans Patrologia Latina, t. 1, col. 1153A ; trad. fr. Charles Munier (éd.), Sources Chrétiennes n° 322, Cerf, Paris, 1985, pp. 138-141. Texte latin : « Quasi breviarium totius Evangelii ».

    34
  32. Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, II^a^-II^ae^, question 83, article 9, « Utrum oratio Dominica sit convenientissima », édition Léonine, Romae, 1898, t. IX, pp. 198-200 ; trad. fr. A.-M. Roguet, Cerf, t. 3, pp. 478-481.

    35
  33. Saint Cyprien de Carthage, De Dominica Oratione, § 3, dans Patrologia Latina, t. 4, col. 521 ; trad. fr. M. Réveillaud, Cerf, 1964, p. 87.

    36
  34. Saint Cyprien de Carthage, De Dominica Oratione, § 11, dans Patrologia Latina, t. 4, col. 526B ; trad. fr. M. Réveillaud, Cerf, 1964, p. 113. Citation reprise par le Catéchisme § 2784.

    37
  35. Marcel Van (Joachim Nguyen-Tan-Van), Colloques, n. 327, entrée du 22 mars 1946, éd. Les Amis de Van — Mediaspaul, Paris, 2001, p. 172. Édition française de référence des écrits de Marcel Van. Cf. Marie-Michel Lépine, Marcel Van et sainte Thérèse, Téqui, Paris, 2018, pp. 134-141. La cause de béatification de Marcel Van, ouverte dans le diocèse de Belley-Ars en 1997, est en cours ; statut actuel : Serviteur de Dieu.

    38
  36. Gabrielle Bossis, Lui et moi, n. 385, entrée du 11 février 1938 [VI, 131], et n. 612, entrée du 3 février 1939 [VII, 137], éd. Béatitudes / Téqui, Paris, 1998 (réimpression). Texte vérifié sur l'édition de l'Œuvre complète, Rassemblement à Son Image, Plouisy, 2021. Le premier volume, publié du vivant de l'auteur en 1948, porte l'imprimatur de Mgr Villepelet, évêque de Nantes ; la cause de canonisation de Gabrielle Bossis n'est pas ouverte.

    39 40
  37. Gabrielle Bossis, Lui et moi, n. 655, entrée du 24 avril 1939 [VII, 164], éd. Béatitudes / Téqui, Paris, 1998 (réimpression). Texte vérifié sur l'édition de l'Œuvre complète, Rassemblement à Son Image, Plouisy, 2021.

    41
  38. Isaïe, 66, 13, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 1308. Citation reprise par sainte Thérèse dans le Manuscrit C, f. 3r°.

    42
  39. Sur la datation, voir Antoine Chatelard, Charles de Foucauld — Le chemin vers Tamanrasset, Karthala, 2002, pp. 65-72, qui corrige la tradition antérieure qui datait la prière de Nazareth, 1898. La tradition de l'attribution à Nazareth provient d'une confusion entre la rédaction (Akbès) et le travail de mise au net (Rome, 1897).

    43
  40. Saint Charles de Foucauld, Méditations sur l'Évangile au sujet des principales vertus, méditation sur Luc 23, 46 ; édition critique de référence : Antoine Chatelard (éd.), Charles de Foucauld — Le chemin vers Tamanrasset, Karthala, Paris, 2002, p. 71. La Prière d'abandon a été composée vers la fin de 1896 à Akbès (Syrie), alors que Charles de Foucauld était trappiste sous le nom de frère Marie-Albéric ; un second manuscrit autographe est daté du 23 janvier 1897 à Rome. Première publication comme prière autonome : Bulletin de l'Association Charles de Foucauld, n° 74, 3^e^ trimestre 1946, p. 19.

    44
  41. François, homélie pour la canonisation de Charles de Foucauld, place Saint-Pierre, Rome, 15 mai 2022. Texte intégral sur vatican.va.

    45
  42. Dom Vital Lehodey o.c.s.o., Le Saint Abandon, 1^re^ éd. Lethielleux, Paris, 1919 ; éd. consultée : Téqui, Paris, 1948, ch. III, pp. 88-92. Lehodey, abbé de Notre-Dame de Bricquebec (Normandie) de 1895 à 1929, est considéré comme le théoricien classique de l'abandon dans la tradition cistercienne moderne.

    46
  43. Charles Gay, évêque auxiliaire de Poitiers (1815-1892), cité dans Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon, Téqui, 1948, pp. 234-236. Mgr Gay est l'auteur de De la vie et des vertus chrétiennes, ouvrage de spiritualité du XIX^e^ siècle.

    47
  44. Père Jean Cyrille Sow d'Elbée, Croire à l'amour, éd. originale 1969, éd. consultée : Téqui, Paris, 2003, préface de Mgr Bossuet. Chiffres de diffusion communiqués par l'éditeur Téqui en 2020.

    48
  45. Père Jean d'Elbée, Croire à l'amour, Téqui, 2003, pp. 35-37, chapitre 2 : « Notre faiblesse est le titre à l'amour du Père. »

    49
  46. Père Jean d'Elbée, Croire à l'amour, Téqui, 2003, pp. 78-82, chapitre 6 : « Le grand obstacle : notre défiance. »

    50
  47. Évangile selon saint Matthieu, 7, 7-11, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 1626. Le passage parallèle se trouve en Luc 11, 9-13 (avec une variante christologique remarquable : « combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint »).

    51
  48. Saint Augustin, Epistola 130 Ad Probam (Lettre à Proba), ch. 8, § 17, dans Patrologia Latina, t. 33, col. 500 ; trad. fr. dans Bibliothèque augustinienne, série Lettres, vol. III, Études Augustiniennes, Paris, 1987, pp. 432-434. Lettre datée de 412 et adressée à la noble dame romaine Anicia Faltonia Proba, sur la prière chrétienne.

    52
  49. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, formule récurrente dans sa correspondance, cf. en particulier Lettre 226 à Céline du 14 juillet 1889, dans Œuvres complètes, Cerf — DDB, 1992, pp. 426-427.

    53
  50. Évangile selon saint Jean, 4, 34, Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p. 1834.

    54
  51. Saint François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu, livre VIII, chapitre 1, dans Œuvres, éd. André Ravier, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1969, p. 698. Édition originale : Lyon, 1616.

    55
  52. Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal, n. 372-373 (retraite de Wilno, novembre 1935), éd. de l'Apostolat de la Divine Miséricorde, Cracovie / Hauteville, 2005. Résolution prise à la demande du Seigneur (n. 371) et recopiée par Faustine comme règle : accomplir la volonté de Dieu « partout, toujours, en tout ».

    56
  53. Dicastère pour la doctrine de la foi, Nulla Osta à la poursuite de la cause de béatification de la servante de Dieu Luisa Piccarreta, juin 2024, notifié par le Dicastère pour les causes des saints le 8 juillet 2024 (cf. note du postulateur Mgr Paolo Rizzi, 10 août 2024, publiée sur luisapiccarretaofficial.org) ; confirmé par lettre officielle du 3 décembre 2024, Prot. N. 94/37-102675, de Mgr Philippe Curbelié, sous-secrétaire du Dicastère, à Mgr Benoît Bertrand, président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France.

    57
  54. Saint Pierre-Julien Eymard, Conseils spirituels, recueil édité par Mgr de Cuers, Paris, 1869 ; rééd. Médiaspaul, Montréal, 1991, pp. 89-92, sur l'offrande matinale.

    58
  55. Pape François, catéchèse du mercredi 6 mai 2020 sur la prière chrétienne, « La prière dans la vie quotidienne », texte intégral sur vatican.va.

    59
  56. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit C, f. 36v°, Œuvres complètes, Cerf — DDB, 1992, p. 281. Le passage est l'un des plus cités de toute la spiritualité catholique sur la miséricorde.

    60