La fondation des Carmes

Fin du XIIᵉ siècle : des ermites latins s'installent sur le mont Carmel, montagne du prophète Élie. Sans fondateur ni fondation unique, ils reçoivent entre 1206 et 1214 la Règle de saint Albert de Jérusalem, acte de naissance de l'ordre du Carmel — avant l'exil vers l'Occident et la mutation mendiante de 1247.

Ignispedia

Vers la fin du XIIᵉ siècle, sur les pentes boisées du mont Carmel, en pleine Terre sainte des croisades, un petit groupe d'hommes venus d'Occident s'installe dans les grottes et les vallons de la montagne d'Élie. Ils n'ont ni fondateur, ni règle écrite, ni nom d'ordre : ce sont des pèlerins et d'anciens croisés qui, au lieu de rentrer chez eux, ont choisi de demeurer près des lieux saints pour y « vivre seuls avec Dieu ». De cette poignée d'ermites anonymes naîtra pourtant l'ordre du Carmel — l'un des rares grands ordres de la chrétienté à ne pouvoir nommer un fondateur unique, comme les ermites de saint Augustin, réunis par la Grande Union de 1256.[1][2][3]

Cette absence de fondateur n'est pas un accident : elle est le cœur même de l'énigme carmélitaine. Franciscains, dominicains, chartreux, cisterciens se réclament tous d'un homme — François, Dominique, Bruno, Robert de Molesme. Le Carmel, lui, se réclamera d'un prophète de l'Ancien Testament, Élie, dont il fait son père spirituel. Entre l'ermitage informel des premiers frères et l'ordre mendiant reconnu par Rome, il y a moins d'un siècle — mais un siècle de mutations si brutales que l'ordre devra, pour survivre, réinventer jusqu'à sa propre mémoire.[4][5]

Cet article retrace l'événement de cette fondation et ses premières décennies : le site du mont Carmel et sa mémoire élianique, les premiers ermites latins et leurs chefs traditionnels, la Règle de saint Albert (1206-1214) qui donne à l'ordre son acte de naissance, l'oratoire dédié à la Vierge, les confirmations pontificales, l'exil vers l'Occident sous la pression musulmane, le massacre du wadi 'ain es-Siah en 1291, et la grande mutation d'ermites en frères mendiants. Il ne refait ni l'histoire millénaire, ni la spiritualité, ni les réformes de l'ordre du Carmel comme institution, qui ont leur propre dossier ; ni la doctrine de l'oraison développée dans la spiritualité carmélitaine.

Un ordre sans fondateur : l'énigme des origines

Schéma explicatif — le Carmel, l'un des rares grands ordres médiévaux sans fondateur unique identifié. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

On ne comprend rien à la fondation des Carmes si l'on cherche, comme pour les autres ordres, un homme et une date précise. Ici, la naissance est diffuse : elle s'étale sur plusieurs décennies, sans acte fondateur unique, et les premières sources écrites sont tardives et rares.

Le silence des origines

L'historien honnête doit le reconnaître d'emblée : les plus anciens témoignages écrits sûrs sur la présence d'ermites latins au mont Carmel ne remontent qu'aux environs de 1220, avec un autre texte important daté de 1263 — soit une à deux générations après les faits.[6][7] Tout ce qui précède relève de la reconstruction, de la tradition orale et de l'hagiographie postérieure. C'est pourquoi les dates avancées pour les tout premiers ermites — souvent situées dans la seconde moitié du XIIᵉ siècle — restent approximatives.

Un précieux indice extérieur vient pourtant d'Orient. Vers 1185, un moine grec pèlerin, Jean Phocas, visite le mont Carmel et y rencontre un moine « calabrais » — c'est-à-dire latin — qui avait rassemblé autour de lui une dizaine d'ermites, près des ruines d'un ancien monastère et de la « grotte d'Élie ».[8][9] Ce témoignage, indépendant de toute source carmélitaine, atteste qu'à cette date une petite communauté érémitique latine existait bel et bien sur la montagne.

Le mont Carmel, montagne d'Élie

Grotte du Nahal Siah, près du premier site carmélitain sur le mont Carmel. Photo Wikimedia Commons, licence libre.

Le choix du lieu n'est pas indifférent : il est la clé de toute l'identité de l'ordre. Le mont Carmel est, dans la Bible, la montagne du prophète Élie : c'est là qu'il a défié les prophètes de Baal et fait descendre le feu du ciel (1 Rois 18), là que son serviteur vit monter de la mer la petite nuée annonçant la pluie — image que la tradition lira comme figure de la Vierge.[10] Depuis l'Antiquité, la montagne attire des solitaires ; sa mémoire prophétique en fait un haut lieu de la vie érémitique.

« [...] Le serviteur monta, il regarda, et dit : Il n'y a rien. Élie dit sept fois : Retourne. À la septième fois, il dit : Voici un petit nuage qui s'élève de la mer, et qui est comme la paume de la main d'un homme. [...] » — Premier livre des Rois 18, 43-44 (extrait)[11]

Les croisés latins, maîtres de la région depuis la première croisade (1099), retrouvent sur place cette tradition vivante. Des pèlerins, des pénitents, d'anciens soldats du Christ y cherchent la solitude au lieu de rentrer en Europe. Ils s'installent surtout dans un vallon retiré du versant occidental, le wadi 'ain es-Siah — « le vallon de la source » —, près d'une source vive identifiée à la « fontaine d'Élie ».[12] C'est là, et non dans un monastère bâti d'un coup, que le Carmel a commencé.

Berthold de Calabre et Brocard

La tradition a donné des visages à ces débuts anonymes. Elle nomme comme premier chef de la communauté un croisé devenu ermite, Berthold de Calabre, que l'on dit apparenté au patriarche latin d'Antioche Aymeric ; il serait mort vers 1195.[13][14] À sa mort, les frères auraient élu Brocard (ou Brocardus), d'ascendance française, dont on assure qu'il était versé dans l'Écriture. C'est sous son priorat, au début du XIIIᵉ siècle, que les ermites demandèrent une règle écrite ; il mourut vers 1231.[15]

Il faut recevoir ces noms avec la prudence que réclame la matière : la Règle de saint Albert s'adresse à un supérieur désigné seulement par l'initiale « B. », que la tradition identifie à Brocard sans qu'aucune preuve documentaire ne le confirme.[16][17] Berthold et Brocard ne sont donc pas des « fondateurs » au sens plein : ils sont les premiers priors d'une communauté déjà existante, les figures que la mémoire de l'ordre a fixées pour donner un visage à ses origines brumeuses. L'énigme demeure : le Carmel n'a pas de fondateur, mais des pères.

La Règle de saint Albert (1206-1214) : le véritable acte de naissance

Fra Filippo Lippi, détail de la Confirmation of the Carmelite Rule. Image Wikimedia Commons, domaine public.

Si la communauté du Carmel existe de fait dès la fin du XIIᵉ siècle, elle ne devient une institution reconnue que le jour où elle reçoit une règle écrite. Cet acte fondateur porte une date approximative — entre 1206 et 1214 — et un nom : celui de saint Albert Avogadro.

Saint Albert Avogadro, patriarche de Jérusalem

Albert Avogadro (vers 1149-1214), chanoine régulier puis évêque de Verceil, fut nommé patriarche latin de Jérusalem en 1205 et légat pontifical en Terre sainte. Parce que Jérusalem était alors aux mains des musulmans, il résidait à Saint-Jean-d'Acre, capitale de fait du royaume latin, non loin du mont Carmel.[18][19] C'est à lui, autorité ecclésiastique et juridique du lieu, que les ermites s'adressèrent pour obtenir une forme de vie (formula vitae) qui donnerait à leur expérience un cadre canonique. Le patriarche fut assassiné à Acre en 1214 : la Règle est donc nécessairement antérieure à cette date. Sa biographie propre est traitée dans son dossier dédié.

Une formula vitae, la plus courte des règles

Ce qu'Albert rédige n'est pas encore une « règle » au sens plein du droit canonique, mais une formula vitae : un texte bref, destiné à un groupe de fidèles fervents embrassant la vie évangélique. Elle est remarquable par sa brièveté — environ 2 000 mots dans le latin original, seize courts chapitres — ce qui en fait la plus courte de toutes les règles de vie consacrée jamais écrites.[20][21] Sa seconde caractéristique est d'être tissée presque entièrement de citations de l'Écriture : sous sa nudité, elle cache une profondeur spirituelle que huit siècles de carmes n'ont cessé de creuser.

Son intention est donnée dès l'ouverture, dans une formule qui deviendra le programme de tout l'ordre :

« Vivre dans l'obéissance de Jésus-Christ et le servir fidèlement d'un cœur pur et d'une bonne conscience. » — Saint Albert de Jérusalem, Règle du Carmel, Prologue (§ 2)[22]

Ce que prescrit la Règle

Schéma explicatif — les grands axes de la Règle de saint Albert. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Sous sa brièveté, la Règle dessine un genre de vie très précis, entre l'érémitisme oriental et le monachisme latin. Ses prescriptions principales sont :

  • l'obéissance à un prieur, élu par les frères, à qui chacun promet obéissance ;[23]
  • des cellules séparées, distribuées dans le site selon la configuration du terrain : chaque frère vit, prie et travaille seul dans sa cellule ;[24][25]
  • un oratoire au milieu des cellules, où les frères se rassemblent chaque matin pour la messe ;[26]
  • la méditation continuelle de la Loi du Seigneur, « jour et nuit », qui est le cœur contemplatif de la Règle ;
  • le silence, gardé surtout de complies au matin, cadre de l'union à Dieu ;
  • le jeûne et l'abstinence de viande, la pauvreté et la mise en commun des biens ;
  • le travail des mains, à l'exemple de saint Paul, pour n'être à charge de personne.[27]

Le texte s'achève sur une exhortation célèbre à revêtir les armes spirituelles décrites par saint Paul — la cuirasse de la justice, le bouclier de la foi, le casque du salut, le glaive de l'Esprit —, faisant du carme un combattant contemplatif.[28][29]

« Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable. […] Prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin. » — Saint Paul, Éphésiens 6, 11 et 16, cités par la Règle du Carmel[30]

L'oratoire de Notre-Dame : l'ordre de la Vierge

Un détail matériel a une portée immense. Au milieu de leurs cellules, les ermites élèvent un oratoire dédié à la Vierge Marie — vraisemblablement vers 1220.[31][32] Ce choix décide de tout : le Carmel sera, dès l'origine, l'ordre de Notre-Dame. C'est de cet oratoire que vient le nom complet et officiel de l'ordre, « Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel », et c'est cette dédicace mariale primitive qui, plus tard, s'épanouira dans la dévotion du brun scapulaire et dans le titre de Notre-Dame du Mont-Carmel. Le lien de la Vierge et du Carmel n'est pas une addition dévote postérieure : il est inscrit dans les pierres mêmes de la fondation.

Les confirmations pontificales (1226-1247)

Frise explicative — de Latran IV à Innocent IV, la reconnaissance romaine du Carmel. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Une règle donnée par un patriarche local ne suffit pas à assurer l'avenir d'un ordre : il faut la garantie du Siège apostolique. Or, entre 1215 et 1247, cette garantie fut à la fois donnée et sans cesse remaniée.

Honorius III (1226) et Grégoire IX (1229)

Le IVᵉ concile du Latran (1215) avait interdit la création de nouveaux ordres religieux et de nouvelles règles : toute jeune communauté devait désormais adopter une règle approuvée existante.[33] Les Carmes, nés avant le concile mais reconnus après lui, se trouvaient dans une position fragile qui allait longtemps peser sur leur existence. La première approbation romaine de leur Règle vint du pape Honorius III, par la bulle Ut vivendi normam du 30 janvier 1226.[34][35] Elle fut confirmée par Grégoire IX le 6 avril 1229, donnant au texte le statut de regula bullata.

Innocent IV : l'approbation définitive (1247)

C'est Innocent IV qui donna à la Règle sa forme durable. Après une confirmation le 8 juin 1245, il en approuva solennellement et définitivement le texte comme véritable règle par la bulle Quae honorem Conditoris du 1er octobre 1247.[36][37] Mais cette approbation s'accompagnait d'une mitigation décisive, qui transforma la nature même de l'ordre — nous y venons plus bas.

L'exil : du mont Carmel à l'Occident

Carte explicative — l'exode du Carmel vers l'Occident au XIIIᵉ siècle. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

La fondation du Carmel eut lieu en Terre sainte ; son avenir se joua en Europe. Car au moment même où l'ordre recevait sa règle et ses premières bulles, le royaume latin s'effondrait sous les coups de l'islam, et la montagne d'Élie devenait un lieu où l'on ne pouvait plus survivre.

La pression musulmane et la chute des États latins

Après la reprise de Jérusalem par Saladin (1187) et l'échec des croisades suivantes, les positions chrétiennes de Terre sainte se réduisent comme peau de chagrin. Le mont Carmel, exposé, devient dangereux. Dès les années 1230-1240, des groupes de frères commencent à quitter la montagne pour fonder des couvents en pays chrétien, emportant avec eux leur Règle et leur dévotion mariale.[38][39]

Chypre, la Sicile, Marseille, l'Angleterre, la France

L'essaimage suit les routes des croisés qui rentrent. Vers 1238, des colonies partent pour Chypre, la Sicile, Marseille et Valenciennes.[40] Les premières fondations anglaises — dont Aylesford et Hulne, dans le Northumberland — apparaissent vers 1241-1242, amenées par des croisés anglais de retour.[41][42] En 1254, le roi de France saint Louis, revenu de croisade, ramène six ermites du Carmel et les installe à Charenton, près de Paris.[43] En quelques années, l'ordre né sur une montagne d'Orient prend racine dans toute la chrétienté d'Occident.

  1. Vers 1185
    Le témoignage de Jean Phocas

    Le pèlerin grec Jean Phocas rencontre au mont Carmel un ermite latin « calabrais » entouré d'une dizaine de compagnons près de la grotte d'Élie.

  2. Vers 1206-1214
    La Règle de saint Albert

    Saint Albert de Jérusalem donne aux ermites leur formula vitae : l'acte de naissance juridique de l'ordre.

  3. 30 janvier 1226
    Première approbation romaine

    Le pape Honorius III approuve la Règle par la bulle Ut vivendi normam ; Grégoire IX la confirme le 6 avril 1229.

  4. Vers 1238-1242
    L'exode vers l'Occident

    Sous la pression musulmane, les frères essaiment vers Chypre, la Sicile, Marseille, puis l'Angleterre (Aylesford, Hulne).

  5. 1247
    La mutation mendiante

    Innocent IV approuve définitivement la Règle en la mitigeant : le Carmel cesse d'être érémitique et devient un ordre mendiant.

  6. 1274
    Le concile de Lyon

    Le IIᵉ concile de Lyon, qui menaçait les jeunes ordres, maintient le Carmel parmi les mendiants approuvés.

  7. 1291
    La chute d'Acre et le massacre du Carmel

    Avec la chute de Saint-Jean-d'Acre, les derniers frères restés au wadi 'ain es-Siah sont massacrés ; l'ordre quitte définitivement la Terre sainte.

Le massacre du wadi 'ain es-Siah (1291)

Ruines de l'ancienne église du Nahal Siah, vestiges du premier site carmélitain. Photo Wikimedia Commons, licence libre.

La fin du Carmel oriental fut tragique. Le 18 mai 1291, la chute de Saint-Jean-d'Acre, dernière grande place forte latine, sonna la fin des États croisés. Les frères demeurés au wadi 'ain es-Siah, autour de leur église Saint-Brocard et de leur chapelle de Notre-Dame, furent massacrés cette année-là par les vainqueurs musulmans.[44][45][46] Le vallon en garda le nom de « vallée des martyrs ». Les ruines de ce premier monastère, fouillées par les archéologues, restent le témoin muet du berceau abandonné : l'ordre ne reviendra durablement au mont Carmel qu'au XVIIᵉ siècle, dans un autre site, avec le monastère Stella Maris.

La grande mutation : d'ermites à frères mendiants (1247)

Schéma comparatif — de l'ermitage oriental à l'ordre mendiant urbain. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

L'événement le plus lourd de conséquences de toute cette histoire n'est pas une fondation, mais une transformation. En quittant l'Orient pour des villes d'Occident, l'ordre né du désert ne pouvait plus vivre comme au désert. En 1247, Rome tira les conséquences de cet exil : le Carmel changea de nature.

Le chapitre d'Aylesford et Simon Stock

En 1247 se tint à Aylesford, en Angleterre, un chapitre général décisif, qui élut à la tête de l'ordre saint Simon Stock (date de naissance inconnue — la tradition tardive le fait naître vers 1165 —, mort le 16 mai 1265).[47][48] Sous son gouvernement, l'ordre, désormais implanté dans les villes universitaires et marchandes d'Europe, demanda au pape d'adapter la Règle à ce nouveau contexte. La figure de Simon Stock — et la tradition de la vision du scapulaire qui lui est attachée — appartient à son dossier propre et à l'article sur le scapulaire ; ce qui importe ici, c'est le tournant institutionnel qu'il accompagne.

La mitigation d'Innocent IV

Répondant à cette demande, Innocent IV confia à deux dominicains la révision du texte et approuva la Règle mitigée en 1247.[49][50] Les assouplissements portaient sur les points incompatibles avec la vie urbaine : les fondations n'étaient plus réservées aux déserts mais pouvaient se faire en ville ; les frères pouvaient prendre leurs repas en commun ; le jeûne et le silence étaient adoucis ; la possession de biens communs (bétail, revenus) était permise.[51] Par ces changements, le Carmel cessa d'être un ordre érémitique et devint l'un des ordres mendiants, aux côtés des franciscains et des dominicains.

Le tableau ci-dessous mesure l'ampleur de cette mutation.

TraitLe Carmel érémitique (Règle de 1206-1214)Le Carmel mendiant (mitigation de 1247)
LieuLe « désert » du mont Carmel, sites retirésCouvents en ville, près des universités
Vie quotidienneCellule individuelle, autarcieRepas et vie en partie communautaires
Rapport au mondeSolitude, retrait maximalPrédication, apostolat, mendicité
RessourcesTravail des mains, pauvreté stricteAumônes et biens communs autorisés
ModèleLes ermites d'Orient, Pères du désertLes ordres mendiants du XIIIᵉ siècle

Cette mutation fut vécue par certains comme une trahison de l'idéal du désert ; elle fut, en réalité, la condition de survie de l'ordre. Un Carmel resté purement érémitique aurait sans doute disparu avec la Terre sainte, comme tant d'autres fondations orientales. Devenu mendiant, il put s'enraciner, se peupler et donner, des siècles plus tard, les grands docteurs de l'oraison. Mais la nostalgie du désert des origines resta inscrite au cœur de l'ordre — et nourrira toutes ses futures réformes, jusqu'à celle de Thérèse d'Avila et Jean de la Croix.

Reconnu et menacé : le concile de Lyon (1274)

Le passage au rang d'ordre mendiant ne mit pas fin aux périls. Le IIᵉ concile de Lyon (1274), soucieux de limiter la prolifération des ordres nés après le Latran de 1215, supprima ou mit en sursis de nombreuses jeunes congrégations mendiantes.[52][53] Les Carmes — comme les ermites de Saint-Augustin — furent gravement menacés. Ils ne durent leur salut qu'à un argument décisif : ils pouvaient faire valoir une origine antérieure à 1215, remontant aux ermites du mont Carmel. Le concile les maintint provisoirement, puis leur position parmi les mendiants approuvés fut confirmée.

Ce sauvetage éclaire la suite. Pour ne plus jamais être menacé dans son existence, l'ordre allait devoir prouver son ancienneté — et cette nécessité juridique et vitale explique en grande partie la construction de la mémoire élianique qui s'affirme aussitôt après.

Une identité à reconstruire : la Rubrica prima (1281)

Frise explicative — la filiation élianique revendiquée par la Rubrica prima de 1281. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Un ordre né sans fondateur, menacé de suppression, contraint à l'exil, avait un besoin vital de savoir d'où il venait. Cette question devint pressante lorsque de jeunes frères, en Occident, durent répondre à ceux qui les interrogeaient sur leurs origines. La réponse officielle fut inscrite en tête des Constitutions de 1281, rédigées au chapitre général de Londres : c'est la célèbre Rubrica prima.[54][55]

La filiation élianique

La Rubrica prima affirme que, depuis le temps où les prophètes Élie et Élisée habitèrent dévotement le mont Carmel, des saints Pères de l'Ancien et du Nouveau Testament ont mené sans interruption une vie de sainte pénitence à la fontaine d'Élie — jusqu'aux frères du Carmel qui en seraient les héritiers directs.[56] Le texte présente ainsi une chaîne ininterrompue de solitaires reliant les frères médiévaux au prophète de l'Ancien Testament.

« Nous déclarons, en rendant témoignage à la vérité, que depuis le temps où les prophètes Élie et Élisée habitèrent dévotement le mont Carmel, de saints Pères, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, que la contemplation des choses célestes attirait à la solitude de cette montagne, y ont mené sans nul doute une vie louable, dans la sainte pénitence, près de la fontaine d'Élie. » — Rubrica prima des Constitutions du Carmel (1281)[57]

Histoire ou légende ?

La boussole catholique invite ici à la justesse, sans mépris moderniste ni crédulité. Historiquement, il est impossible d'établir une continuité institutionnelle entre les prophètes de l'Ancien Testament et les ermites latins du XIIᵉ siècle : les historiens, y compris carmes, reconnaissent que la Rubrica prima relève de la tradition revendiquée, non de la chronique documentée.[58][59] Le Carmel médiéval a bel et bien été fondé par des ermites latins de l'époque des croisades, non institué par Élie.

Mais réduire cette filiation à une fiction serait injuste. Le mont Carmel est réellement la montagne d'Élie ; la vie érémitique y a réellement été menée de siècle en siècle, par des solitaires juifs, chrétiens et byzantins, avant les Latins ; et les premiers frères ont réellement voulu vivre « à la suite d'Élie », qu'ils tenaient pour le modèle de tout contemplatif. La filiation élianique n'est donc pas un mensonge, mais une lecture spirituelle et typologique de l'histoire : le Carmel se comprend comme la reprise, sous la Nouvelle Alliance, de l'idéal prophétique du désert. Compris ainsi — comme une paternité spirituelle et non comme une succession juridique —, le père Élie reste, à bon droit, l'inspirateur de l'ordre.

Ce que fut, au fond, la fondation des Carmes

De cette histoire complexe, on peut dégager quelques traits qui font l'originalité de la fondation carmélitaine parmi toutes celles du Moyen Âge.

D'abord, une naissance sans acte de naissance : là où les Chartreux datent leur fondation de juin 1084 et les Franciscains de l'approbation de leur propositum en 1209, le Carmel n'a ni jour, ni fondateur, ni fondation unique — mais une lente émergence d'ermites, fixée après coup par une règle.

Ensuite, une fondation en deux temps : celle du désert (l'ermitage du mont Carmel, la Règle de saint Albert) et celle de la ville (la mutation mendiante de 1247). Le même ordre est né deux fois — comme contemplatif d'Orient, puis comme mendiant d'Occident —, et il portera toujours en lui cette double mémoire, source de sa fécondité comme de ses tensions.

Frise de synthèse — sept jalons de la naissance et de la survie carmélitaines. Illustration originale Ignispedia créée par IA.

Enfin, une fondation mariale et prophétique : dès l'oratoire primitif, le Carmel est l'ordre de Notre-Dame ; dès la Rubrica prima, il est l'ordre d'Élie. Marie et Élie — la Vierge et le prophète du feu — encadrent son berceau et donnent à l'ordre ce visage unique de solitude contemplative sous le regard de la Mère de Dieu. C'est cette semence, plantée dans un vallon de Terre sainte à l'ombre des croisades, qui donnera l'un des plus grands arbres de la spiritualité chrétienne. Son histoire ultérieure, ses réformes et ses saints sont racontés dans l'article sur l'ordre du Carmel.

Pour aller plus loin

  • Sources et textes fondateurs : la Règle de saint Albert de Jérusalem (formula vitae), éditée et commentée par les carmes (O.Carm. et O.C.D.), notamment sur ocarm.org et carmelite.org ; la Rubrica prima des Constitutions du Carmel de 1281 ; les plus anciens documents sur les ermites du mont Carmel (v. 1220 et 1263).
  • Études de référence : Wilfrid McGreal, O.Carm., At the Fountain of Elijah. The Carmelite Tradition (Orbis Books, 1999), sur les origines et la construction de la mémoire élianique ; Joachim Smet, O.Carm., The Carmelites. A History of the Brothers of Our Lady of Mount Carmel ; les travaux sur la Règle et sur saint Albert (Kees Waaijman ; Carlo Cicconetti).
  • Notices : Catholic Encyclopedia, art. « The Carmelite Order » (New Advent) ; articles « Carmelites » et « Rule of Saint Albert » (Wikipédia) ; biblewalks.com pour le wadi 'ain es-Siah et les ruines du premier monastère.
  • Articles liés sur Ignispedia : l'ordre du Carmel comme institution et famille spirituelle (réformes, branches, saints, aujourd'hui) ; la spiritualité carmélitaine (oraison, nuit, château intérieur) ; le sanctuaire du Mont-Carmel (Stella Maris) ; saint Albert de Jérusalem, auteur de la Règle ; saint Simon Stock et le brun scapulaire ; le prophète Élie, père spirituel de l'ordre. À comparer avec les autres grandes fondations : les Chartreux (1084), les Cisterciens, les Franciscains et les Dominicains, nés dans le sillage de la première croisade et de la réforme du XIIIᵉ siècle.

Notes et références

  1. Catholic Encyclopedia, art. « The Carmelite Order », New Advent (https://www.newadvent.org/cathen/03354a.htm, texte intégral relu en session) : fondation « en ou vers 1155 » selon les historiens ; témoignage de Jean Phocas (1185) rencontrant un moine calabrais entouré d'une dizaine d'ermites ; Berthold de Calabre apparenté au patriarche Aymeric d'Antioche ; Règle de saint Albert (« c. 1210 »), cellules séparées et récitation de l'office ; approbation d'Honorius III (1226) ; mitigation d'Innocent IV (1247) permettant les fondations en ville et faisant du Carmel un ordre mendiant ; essaimage vers Chypre, Sicile, Marseille, Valenciennes (v. 1238), Angleterre (v. 1241), Charenton près de Paris par saint Louis (1254, six ermites français) ; chapelle de Notre-Dame (v. 1220) et nom « Fratres Ordinis Beatissimæ Virginis Mariæ de Monte Carmeli » ; prise du Carmel (1291, frères chantant le Salve Regina) ; approbation du IIᵉ concile de Lyon (1274). Sur saint Simon Stock — « saint » par culte de l'Ordre, sans canonisation formelle : fête inscrite à Bordeaux (1435), prescrite à tout l'Ordre par le chapitre général de 1564, honoré le 16 mai ; cf. dossier Ignispedia dédié —, l'article ne donne aucune date de naissance : élu général à Aylesford (1247-1265), sa plus ancienne notice biographique « dates back only to 1430 and is not very reliable » ; la date de 1165 n'apparaît que dans une table chronologique du XVIIᵉ siècle (Segherus Pauli), « which the student will do well to handle critically » ; cf. art. « St. Simon Stock » (naissance vers 1165, mort à Bordeaux le 16 mai 1265). Mort de Berthold : on tranche ici pour vers 1195 (Wikipédia « Berthold of Calabria » : « died 1195 », introduit dans la littérature carmélitaine au XVᵉ siècle comme « Saint Berthold » ; CatholicCulture d'après le calendrier liturgique, fête au 29 mars ; notices du Carmel séculier : 1155-1195) ; la date isolée de 1188 (BibleWalks, sans source primaire citée) est écartée ; aucune source contemporaine ne fixe l'année exacte, d'où le « vers » maintenu dans le corps.

    1 7 8 13 18 31 35 36 38 40 42 43 44 47 49 51 52
  2. Ordre du Carmel, Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Carmes ; https://en.wikipedia.org/wiki/Carmelites, pages « Carmelites » et « Rule of Saint Albert » contrôlées en session : « Brother B. », Ut vivendi normam du 30 janvier 1226, regula bullata de 1229) et notices carmélitaines (ocarm.org, carmelite.org) : ermites latins au mont Carmel dès la fin du XIIᵉ siècle ; plus anciens témoignages écrits sûrs vers 1220 et 1263 ; Berthold et Brocard comme premiers priors ; oratoire dédié à la Vierge et titre marial de l'ordre ; exode vers l'Occident sous la pression musulmane ; massacre des frères restés au mont Carmel lors de la chute d'Acre (1291) ; construction ultérieure de l'identité élianique. Sur l'absence de fondateur : « Unlike most religious Orders they have no founder » (St Peter's Church, Nottingham, notice sur les carmes).

    2 6 10 14 32 39 41 46 48 59
  3. AUGNET (patrimoine augustinien, augnet.org) : l'ordre des ermites de Saint-Augustin, né de l'union de plusieurs groupements érémitiques — Petite Union d'Innocent IV (1244), puis Grande Union d'Alexandre IV (1256, bulle Licet Ecclesiae catholicae) — n'a pas de fondateur individuel : « orphan with no individual person to call its founder as in the case of the Franciscans and Dominicans » (notice Richard Annibaldi) ; les récits faisant de saint Augustin lui-même le fondateur de l'ordre sont « accepted to be untrue » (« Later Italian legends »).

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  4. Rubrica prima des Constitutions du Carmel de 1281 (chapitre général de Londres) : texte d'ouverture affirmant que, depuis le temps des prophètes Élie et Élisée au mont Carmel, de saints Pères de l'Ancien et du Nouveau Testament y ont mené sans interruption une vie de sainte pénitence à la fontaine d'Élie, dont les frères du Carmel seraient les héritiers. Réponse officielle donnée aux jeunes frères sur l'origine de l'ordre. Traduction française du corps collationnée en session sur la traduction anglaise de J. Smet (« We declare, bearing testimony to the truth, that from the time when the prophets Elijah and Elisha dwelt devoutly on Mount Carmel, holy Fathers both of the Old and New Testament, whom the contemplation of heavenly things drew to the solitude of the same mountain… »), citée dans W. McGreal, At the Fountain of Elijah, p. 37-48.

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  5. Wilfrid McGreal, O.Carm., At the Fountain of Elijah. The Carmelite Tradition (Maryknoll, Orbis Books, 1999), notamment p. 37-48 : analyse de la Rubrica prima et de la construction de la mémoire élianique ; reconnaissance qu'il n'existe pas de continuité institutionnelle démontrable entre les prophètes et les ermites latins, mais une filiation spirituelle et typologique assumée par l'ordre. Extraits contrôlés en session : https://olmlaycarmelites.com/sites/default/files/media/phase1/fountain_of_elijah_pp37-48.pdf (« The first recorded attempt to answer the questions about Carmelite origins came in the opening lines of the Constitutions of the Order drawn up at the General Chapter held in London in 1281. The answer is known as the Rubrica Prima… »).

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  6. Jean Phocas, récit de pèlerinage en Terre sainte (1185) : mention d'un moine « calabrais » (latin) ayant rassemblé une dizaine d'ermites près de la grotte d'Élie au mont Carmel (« had gathered around him about ten hermits with whom he led a religious life in a small monastery near the grotto of the prophet »). Témoignage extérieur, indépendant des sources carmélitaines, cité par la Catholic Encyclopedia (art. « The Carmelite Order », relu en session).

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  7. Premier livre des Rois 18, 43-44 (épisode de la petite nuée montant de la mer au mont Carmel, après le sacrifice d'Élie). La tradition carmélitaine et patristique lit cette « petite nuée » comme figure de la Vierge Marie. Extrait recollé sur la traduction Louis Segond 1910 (v. 43 : « et dit à son serviteur : Monte, regarde du côté de la mer. Le serviteur monta, il regarda, et dit : Il n'y a rien. Élie dit sept fois : Retourne » ; v. 44 : « À la septième fois, il dit : Voici un petit nuage qui s'élève de la mer, et qui est comme la paume de la main d'un homme. Élie dit : Monte, et dis à Achab : Attelle et descends, afin que la pluie ne t'arrête pas ») : les coupes (début du v. 43, fin du v. 44) sont signalées par [...] dans le corps.

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  8. Wadi 'ain es-Siah — ruines du premier monastère carmélitain, BibleWalks (https://www.biblewalks.com/siahbrook/ et https://www.biblewalks.com/carmelitemonastery/, contrôlés en session : « In about 1200 the first Carmelite church, named St. Brocardus, was built here. After the fall of the Crusaders, the monks were butchered and their church was destroyed » ; le vallon e-Siah, auj. Nahal Siakh, sur le versant occidental du mont Carmel) et notices archéologiques : premier ermitage et première église (Saint-Brocard) avec une chapelle dédiée à Notre-Dame ; les frères restés sur place sont massacrés en 1291 lors de la chute de Saint-Jean-d'Acre ; le site prend le nom de « vallée des martyrs » ; l'ordre ne reviendra au mont Carmel qu'au XVIIᵉ siècle, au site voisin de Stella Maris. Cf. Sanctuaire du Mont-Carmel.

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  9. Brocard (Brocardus), dit « saint Brocard » par usage carmélitain — sans canonisation formelle : culte ordonné par le chapitre général de l'Ordre en 1564, fête au 2 septembre. Wikipédia (https://en.wikipedia.org/wiki/Saint_Brocard, contrôlé en session : « well-versed in scripture », mort v. 1231, destinataire « B. » traditionnellement identifié à Brocard sans preuve documentaire) et notices carmélitaines : successeur de Berthold de Calabre à la tête des ermites du mont Carmel après la mort de ce dernier (v. 1195) ; d'ascendance française (« another Frenchman, St. Brocard », Rhode Island Catholic, diocèse de Providence) ; sollicite d'Albert Avogadro une règle de vie (v. 1206-1214).

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  10. Règle de saint Albert de Jérusalem (formula vitae du Carmel), texte donné entre 1206 et 1214, seize chapitres, env. 2 000 mots en latin, tissé de citations scripturaires — « the shortest of all known Rules, almost exclusively made up of biblical precepts » (éd. carmélitaine, introduction). Prescriptions : obéissance à un prieur élu ; cellules séparées ; oratoire au milieu des cellules et messe quotidienne ; méditation jour et nuit de la Loi du Seigneur ; silence ; jeûne et abstinence de viande ; pauvreté et biens en commun ; travail des mains à l'exemple de saint Paul ; armes spirituelles d'Éphésiens 6. Ouverture (Prologue, § 2), latin exact : « in obsequio Iesu Christi vivere debeat, et eidem fideliter de corde puro et bona conscientia deservire » (dans la phrase : « Multifarie multisque modis sancti patres instituerunt qualiter quisque... in obsequio Iesu Christi vivere debeat... ») — d'où la traduction française citée dans le corps. Éditions carmélitaines de référence : ocarm.org (« The Carmelite Rule — Text ») et carmelite.org (« The Rule of Saint Albert »).

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  11. Saint Albert de Jérusalem (Albert Avogadro), vers 1149-1214 — « saint » par culte de l'Ordre, sans canonisation formelle : fête au 17 septembre au calendrier carmélitain, titre liturgique « évêque et législateur » (ocarm.org). Évêque de Bobbio (1184) puis de Verceil (1185), patriarche latin de Jérusalem (1205) et légat pontifical en Terre sainte, résidant à Saint-Jean-d'Acre (« across the Bay of Haifa from Acre where he resided as patriarch ») ; auteur de la formula vitae des Carmes pendant son patriarcat (1206-1214) ; assassiné à Acre le 14 septembre 1214 (fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix). Sources contrôlées en session : Wikipédia « Albert of Vercelli », CounterPoint carmélitain (digicarmel.com : « He had to live at Acre because Crusaders were still fighting at Jerusalem »). Cf. article Ignispedia Saint Albert de Jérusalem et sa note sur le culte.

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  12. Rule of Saint Albert, Wikipédia (https://en.wikipedia.org/wiki/Carmelite_Rule_of_St._Albert, contrôlé en session) : formula vitae approuvée par saint Albert Avogadro, patriarche latin de Jérusalem, entre 1206 et 1214 ; approbation d'Honorius III le 30 janvier 1226 par la bulle Ut vivendi normam ; confirmation de Grégoire IX le 6 avril 1229 (regula bullata) ; confirmation d'Innocent IV le 8 juin 1245 ; révision avec les dominicains Hugues de Saint-Cher et Guillaume de Tortose puis approbation définitive et mitigation par Innocent IV le 1er octobre 1247 (Quae honorem Conditoris). Mêmes dates dans l'édition OCD de la Règle (ocds.info, « The Rule of Saint Albert »).

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  13. Saint Paul, Épître aux Éphésiens 6, 11-17 (l'armure de Dieu : cuirasse de la justice, bouclier de la foi, casque du salut, glaive de l'Esprit). Passage cité par la Règle de saint Albert pour définir le carme comme combattant spirituel. Citations du corps recollées sur la traduction Louis Segond 1910 (v. 11 : « Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir ferme contre les ruses du diable » ; v. 16 : « prenez par-dessus tout cela le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du malin » ; majuscule initiale du v. 16 dans le corps car cité en début de phrase).

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  14. IVᵉ concile du Latran (1215), canon 13 : interdiction de fonder de nouveaux ordres religieux ou de nouvelles règles ; obligation d'adopter une règle déjà approuvée. Cette décision fragilisa la position juridique du Carmel, né avant le concile mais reconnu après lui, et pesa lors du IIᵉ concile de Lyon (1274).

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  15. IIᵉ concile de Lyon (1274), constitution Religionum diversitatem nimiam (texte recollé sur l'édition Tanner des décrets conciliaires, trad. angl. reprise par papalencyclicals.net, concile œcuménique XIV : « Furthermore, we grant that the order of Carmelites and that of the Hermits of Saint Augustine, the institution of which preceded the said general council, may remain as they are, until other regulations are made for them ») : suppression ou mise en sursis de nombreux ordres mendiants récents ; Carmes et ermites de Saint-Augustin, pouvant se prévaloir d'une origine antérieure à 1215, sont maintenus provisoirement, puis confirmés parmi les mendiants approuvés. Cf. Catholic Encyclopedia, art. « The Carmelite Order ».

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