Saint François de Paule (1416-1507)

Saint François de Paule, ermite et thaumaturge de Calabre, fondateur de l'Ordre des Minimes (« les plus petits de tous »). Célèbre pour la traversée du détroit de Messine sur son manteau, appelé au chevet de Louis XI mourant, il vécut ses dernières années à la cour de France et mourut à Plessis-lès-Tours le Vendredi saint 1507. Canonisé dès 1519 par Léon X.

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François de Paule (en italien Francesco da Paola, 1416-1507) est un ermite et thaumaturge calabrais, fondateur de l'Ordre des Minimes, l'un des saints les plus populaires de la fin du Moyen Âge. Né dans une humble bourgade du sud de l'Italie, il choisit à l'adolescence la solitude la plus radicale, mais sa réputation de sainteté et de miracles l'arracha bientôt à sa grotte pour le porter, contre son gré, jusqu'à la cour des rois de France.[1][2]

Tout le paradoxe de sa vie tient dans le nom qu'il donna à son ordre : les Minimes, « les plus petits de tous ». Cet homme qui ne voulait être rien fut consulté par les papes, réclamé par un roi mourant, vénéré comme un faiseur de miracles de son vivant, et canonisé douze ans seulement après sa mort. Sa devise tenait en un mot peint au cœur d'un soleil rayonnant : Charitas.[3][4]

Contemporain de la chute de Constantinople et de l'aube de la Renaissance, François de Paule appartient à cette floraison de saints réformateurs qui, du XVᵉ au XVIᵉ siècle, rappelèrent à une chrétienté inquiète l'urgence de la pénitence et de la charité. Aux côtés de figures comme sainte Rita de Cascia, il incarne une sainteté pauvre, populaire et surnaturelle, à mille lieues des fastes des cours qu'il fréquenta sans jamais s'y attacher.[5]

L'enfant de Paola voué à saint François d'Assise

Une naissance obtenue par la prière (1416)

François naît le 27 mars 1416 à Paola, petite cité de la province de Cosenza, en Calabre, alors dans le royaume de Naples.[6][7][8] Ses parents, Giacomo (Jacques) Martolilla et Vienna (Vienne) de Fuscaldo, sont d'humbles propriétaires terriens, pieux et pauvres, mariés depuis plusieurs années sans descendance.[9][10]

Selon la tradition reçue par tous ses biographes, le couple obtint cet enfant après avoir longuement invoqué saint François d'Assise. En reconnaissance, ils lui donnèrent le nom du Poverello — François — et placèrent l'enfant tout entier sous le patronage du saint d'Assise, dont l'esprit de pauvreté marquera toute sa vie.[11][12]

La guérison de l'œil et le vœu des parents

Tout petit, âgé de quelques semaines à peine, François est frappé d'une grave infection à l'œil qui menace de le rendre aveugle. Sa mère renouvelle alors son recours à saint François d'Assise et fait le vœu, si l'enfant guérit, de le consacrer un an comme oblat dans un couvent franciscain.[13][14] L'enfant recouvre aussitôt la vue.

Ce premier signe oriente toute son enfance. François grandit dans une atmosphère de ferveur, fasciné dès le plus jeune âge par la prière et par les récits de la vie des Pères du désert.

L'année chez les Franciscains de San Marco Argentano

Vers l'âge de treize ans, pour accomplir le vœu maternel, François est confié pour un an aux Frères Mineurs du couvent de San Marco Argentano.[15] Il y mène une vie si austère et si exemplaire que les religieux en restent frappés : l'enfant jeûne, prie la nuit, devance en ferveur des hommes faits.

Cette année franciscaine n'est pas une simple parenthèse : elle imprime durablement en lui l'idéal du Poverello, qu'il prolongera plus tard dans une rigueur plus grande encore que celle de l'ordre où il l'avait appris.

Le pèlerinage de 1430 : Assise, Rome, Monte-Cassino

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En 1430, âgé d'environ quatorze ans, François accomplit avec ses parents un grand pèlerinage : il se rend à Assise, sur le tombeau de son saint patron, puis à Loreto, à Rome et au Monte-Cassino, berceau du monachisme bénédictin.[16] Le contraste qu'il découvre à Rome entre la pompe de certains prélats et la pauvreté de l'Évangile le bouleverse ; une tradition rapporte qu'il osa reprocher à un cardinal son train de vie fastueux.

De retour à Paola, l'adolescent a pris sa décision : il sera ermite. Il ne se reconnaît plus dans aucune des formes religieuses existantes, qu'il juge trop adoucies, et veut pousser jusqu'au bout l'exigence de pauvreté et de pénitence.

L'ermite de Calabre

La grotte et les premières années de solitude (vers 1435)

Le sanctuaire Saint-François-de-Paule à Paola. Photo Rollopack · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0.

De retour dans sa région natale, François se retire d'abord sur une terre appartenant à sa famille, puis gagne un lieu plus sauvage, au bord de la mer, où il se creuse une grotte dans le rocher.[17][18][19] Il a environ quinze ans. Là, pendant plusieurs années, il vit en solitaire absolu : il dort sur la pierre nue ou à même le sol, se nourrit d'herbes sauvages et de ce que lui apportent quelques bergers, prie sans relâche.

Cette austérité n'est pas une performance ascétique pour elle-même : elle est la traduction littérale de son désir de n'être que devant Dieu, dépouillé de tout. L'ermite de Paola pousse l'idéal franciscain de pauvreté jusqu'à un retranchement quasi total du monde.

Les premiers disciples et la première chapelle

La sainteté ne se cache pas longtemps. Attirés par la réputation du jeune ermite, des hommes viennent à lui pour partager sa vie. Vers 1435, deux compagnons le rejoignent ; bientôt ils sont assez nombreux pour qu'il faille bâtir.[20][21] On élève une chapelle et des cellules ; les habitants de Paola, gagnés par l'admiration, prêtent main-forte à la construction.

François, qui n'avait cherché que la solitude, se retrouve ainsi, presque malgré lui, à la tête d'une petite communauté. C'est le germe d'un ordre nouveau.

Naissance d'un ordre nouveau (1436)

La tradition fixe à 1436 la fondation de la communauté, d'abord appelée « Ermites de saint François d'Assise ».[22][23] Les frères y mènent une vie de pénitence, de prière et de charité envers les pauvres, dans une pauvreté plus stricte encore que celle des Franciscains.

L'archevêque de Cosenza approuve canoniquement le monastère le 31 août 1452, première reconnaissance officielle de l'œuvre.[24] Le mouvement, né d'une grotte, devient une institution de l'Église.

L'Ordre des Minimes

« Les plus petits de tous » — le sens d'un nom

Le trait le plus original de l'œuvre de François tient dans le nom qu'il finit par donner à ses religieux : les Minimes (Minimi), c'est-à-dire « les plus petits », les moindres de tous les fidèles.[25][26][27] Là où d'autres ordres se disaient « Mineurs » (Franciscains), François veut être au-dessous encore, à la dernière place.

Cette humilité radicale est inscrite jusque dans le vocabulaire de l'ordre : les supérieurs ne s'appellent pas prieurs ni abbés, mais « correcteurs » (correctores), pour rappeler qu'ils ne commandent pas, mais corrigent fraternellement et servent.[28] Le nom même de l'ordre est une catéchèse permanente de l'abaissement évangélique.

Le quatrième vœu : la vie quadragésimale perpétuelle

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Aux trois vœux classiques de pauvreté, chasteté et obéissance, François ajoute un quatrième vœu, propre à son ordre : la vie quadragésimale perpétuelle (vita quaresimale).[29][30] Ses religieux s'engagent à vivre toute l'année comme en Carême : abstinence permanente non seulement de viande, mais aussi d'œufs, de laitages et de tout produit d'origine animale.

Cette rigueur, qui peut surprendre, a un sens spirituel précis dans la pensée du fondateur : réparer la tiédeur des chrétiens qui n'observent plus le Carême, et faire de la communauté un signe vivant de pénitence permanente. L'austérité n'est jamais chez lui un but ; elle est un langage, celui de la conversion.

« Charitas » : la devise et la règle

Au cœur de cet ordre pénitent, François place pourtant non la rigueur, mais l'amour. La devise des Minimes tient en un seul mot, qu'il fait peindre au centre d'un soleil rayonnant : Charitas, la charité.[31][32] Pour le saint, la pénitence n'a de valeur que comme chemin vers l'amour de Dieu et du prochain.

Il rédige pour ses frères une règle marquée par cette double exigence d'austérité et de douceur, complétée par un Correctorium (recueil de corrections fraternelles). La charité y est présentée comme le résumé de toute la vie chrétienne, ce que prolongera sa célèbre lettre de 1486 (voir plus bas).

La reconnaissance romaine : Sixte IV (1474), Alexandre VI

L'ordre franchit une étape décisive le 17 mai 1474, lorsque le pape Sixte IV le reconnaît officiellement par une bulle, sous le nom de congrégation érémitique paulane.[33][34][35] C'est la naissance juridique de l'ordre dans l'Église universelle.

Le nom définitif d'« Ordre des Minimes » et l'approbation de la règle d'extrême austérité viennent ensuite, sous le pontificat d'Alexandre VI, à la fin du XVᵉ siècle.[36][37] L'œuvre de l'ermite de Calabre est désormais un ordre religieux pleinement constitué, qui se répandra en Italie, en France, en Espagne et en Allemagne.

Le thaumaturge de la Calabre

La traversée du détroit de Messine

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Parmi les innombrables miracles attribués à François, le plus célèbre est la traversée du détroit de Messine. Voulant passer en Sicile avec un compagnon, l'ermite demande à un batelier de les prendre à bord ; celui-ci, par mépris pour ces pauvres religieux, refuse.[38][39] François étend alors son manteau sur les flots, y monte avec son compagnon, en relève un coin comme une voile, et traverse le détroit porté par les eaux, sous les yeux stupéfaits du marin.

Ce récit, fixé par l'iconographie et la tradition à l'année 1464, est devenu l'emblème du saint : on le représente le plus souvent debout sur son manteau, voguant sur la mer.[40] Il fonde aussi son patronage des gens de mer.

L'agneau Martinello tiré du four

Une autre scène, plus familière, dit la même puissance sur la création. François avait un petit agneau apprivoisé, nommé Martinello, qui vivait parmi les frères. Des ouvriers travaillant à la construction du couvent, manquant de nourriture, le tuèrent, le firent rôtir et le mangèrent, jetant la toison et les os au four.[41] Lorsque le saint demanda son agneau, les ouvriers confus avouèrent. François s'approcha du four et appela : Martinello ! — et l'agneau, vivant et intact, sortit des cendres en bêlant.[42]

Ce miracle, d'une fraîcheur quasi évangélique, illustre le thème récurrent de la vie de François : toutes les créatures obéissent à celui qui sert Dieu d'un cœur parfait.

Les résurrections et les guérisons

Les biographes de François lui attribuent un nombre considérable de miracles : guérisons de malades, de boiteux, de pestiférés, et même plusieurs résurrections.[43][44] La tradition rapporte notamment qu'il ramena à la vie son neveu, l'enfant Nicolas, mort subitement, en priant longuement sur son corps.[45]

Le dossier le plus précis sur ce point est celui du procès de canonisation, dont les actes rapportent en détail de nombreuses guérisons, plusieurs multiplications miraculeuses, une prophétie sur la prise d'Otrante attestée par plusieurs témoins et huit résurrections de morts, documentées dans les Acta sanctorum d'avril (Anvers, 1675, p. 177-189).[46]

Pendant les épidémies, on l'invoque : les récits anciens lui attribuent l'arrêt de la peste dans plusieurs localités de Provence sur le chemin de la France (Bormes, Fréjus) en 1481-1482.[47] Ces faits, rapportés par des témoins lors des procès de canonisation, expliquent l'immense réputation du saint de son vivant même.

Le don de prophétie

À la thaumaturgie s'ajoute chez François un don de prophétie que les chroniqueurs ont soigneusement consigné. On lui attribue l'annonce de la chute de Constantinople (1453), de la prise d'Otrante par les Turcs (août 1480) et de sa reconquête l'année suivante.[48][49] La tradition rapporte aussi qu'il prédit au jeune Jean de Médicis, encore enfant, qu'il deviendrait pape — ce qui s'accomplit avec son élection comme Léon X, le pape même qui le canonisera.[50]

Ce don de lire l'avenir, joint à la franchise avec laquelle il s'adressait aux puissants, fit de l'ermite calabrais une voix écoutée des rois comme des papes.

  1. 1416
    Naissance à Paola

    François naît le 27 mars en Calabre, enfant obtenu par la prière à saint François d'Assise.

  2. vers 1429
    Année chez les Franciscains

    Pour accomplir le vœu maternel, il passe un an au couvent de San Marco Argentano.

  3. 1430
    Le grand pèlerinage

    Assise, Loreto, Rome et Monte-Cassino ; au retour, il choisit la vie érémitique.

  4. vers 1435-1436
    Naissance de l'ordre

    Des disciples le rejoignent ; fondation des « Ermites de saint François d'Assise ».

  5. 1452
    Première approbation

    L'archevêque de Cosenza approuve canoniquement le monastère le 31 août.

  6. 1474
    Reconnaissance par Sixte IV

    Le 17 mai, le pape reconnaît officiellement l'ordre ; le nom de « Minimes » sera fixé sous Alexandre VI.

  7. 1483
    Au chevet de Louis XI

    Appelé par le roi mourant, il gagne la France et s'installe à Plessis-lès-Tours.

  8. 1507
    Mort à Plessis-lès-Tours

    Il meurt le 2 avril, Vendredi saint, à 91 ans ; canonisé dès 1519 par Léon X.

Au chevet de Louis XI : le saint et le roi

Un roi qui ne veut pas mourir

Le château de Plessis-lès-Tours, à La Riche. Photo Yannick Bonnet · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.5.

À la fin de sa vie, le roi de France Louis XI, malade et terrifié par la mort, cherche désespérément à prolonger son existence. Ayant entendu parler du saint ermite de Calabre et de ses miracles, il se persuade que François pourra le guérir et lui obtenir un sursis.[51][52] Il multiplie les démarches pour le faire venir.

François, fidèle à son refus de tout éclat, résiste : il ne veut pas quitter sa solitude ni « tenter Dieu » pour des motifs humains. Il faudra l'intervention du pape pour le décider.

Le voyage vers la France (1482-1483)

C'est sur la pression de Louis XI que le pape Sixte IV adresse à François l'ordre formel de se rendre en France.[53][54] Par obéissance, l'ermite, âgé de plus de soixante-cinq ans, se met en route. Il traverse l'Italie, passe par Naples puis par Rome, où le pape le reçoit avec honneur, avant de gagner la France et d'arriver à Plessis-lès-Tours, au printemps 1483.[55]

Le contraste est saisissant : le pauvre ermite déguenillé, qui n'a jamais voulu ni charge ni honneur, fait son entrée dans le château du roi le plus puissant d'Occident, escorté comme un prince.

« La vie des rois a ses limites fixes »

Louis XI espérait un miracle de guérison ; il reçut une leçon de sagesse chrétienne. Loin de flatter le roi ou de lui promettre la santé, François l'invita à accepter la mort et à se préparer à paraître devant Dieu.[56] La tradition a retenu la fermeté de sa parole :

« La vie des rois a ses limites fixées comme celle du plus humble des sujets ; le décret de Dieu est immuable. » — Parole attribuée à saint François de Paule à Louis XI[57]

Le saint sut consoler et apaiser le monarque épouvanté. Louis XI mourut le 30 août 1483, réconcilié et résigné, assisté, selon les récits, par l'ermite qu'il avait fait venir pour le sauver de la mort et qui l'aida à bien mourir.[58][59]

Vingt-quatre ans à la cour de France

François ne revit jamais sa Calabre. Retenu par les rois successifs, il passa le reste de sa vie en France, soit près de vingt-quatre ans.[60][61] Charles VIII, fils de Louis XI, le vénéra profondément, le prit pour conseiller et parrain de son fils, et favorisa l'implantation de son ordre. Louis XII poursuivit cette protection.

Le saint fonda en France plusieurs couvents de Minimes — notamment à Plessis-lès-Tours, à Amboise et à Nigeon, près de Paris — ainsi qu'à Rome, sur le Pincio, le couvent de la Trinité-des-Monts.[62] L'humble ermite était devenu, sans l'avoir cherché, une figure spirituelle de premier plan dans la chrétienté de son temps.

La doctrine spirituelle

La pénitence et la conversion du cœur

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Toute la spiritualité de François de Paule est une école de conversion. La pénitence qu'il s'impose et qu'il propose n'est jamais une fin en soi : elle vise à arracher le cœur au péché et à le rendre tout entier à Dieu. Dans sa grande lettre de 1486 — reprise par l'Église dans l'Office des lectures du 2 avril — il presse ses correspondants de se détourner du mal sans tarder :

« Ce que nous cachons aux hommes, Dieu le connaît ; convertissez-vous donc d'un cœur sincère. » — Saint François de Paule, Lettre (1486)[63]

Pour le saint, la conversion n'est pas affaire de façade : Dieu voit le secret des cœurs, et c'est là, dans l'intime, que tout se joue.

Fixer son esprit sur la Passion

Le centre de sa doctrine est la contemplation de la Passion du Christ, source de patience et d'amour. La lettre de 1486 en fait le cœur de tout l'effort spirituel :

« Fixez donc votre esprit sur la passion de notre Seigneur Jésus Christ : enflammés de son amour, vous supporterez tout pour lui. » — Saint François de Paule, Lettre (1486)[64]

Le Christ, écrit-il, est descendu du ciel et a enduré tous les tourments de l'âme et du corps pour nous racheter ; le regarder souffrir par amour est ce qui rend supportable toute épreuve. On retrouve ici une note proche de la spiritualité de la Passion qui traverse toute la tradition catholique, de sainte Rita de Cascia aux grands mystiques.

Le pardon et l'amour de la paix

De cette contemplation découle une exigence pratique : le pardon et la paix. François, qui réconcilia tant de familles et de rois, fait de l'oubli des offenses une condition de la charité. Sa lettre est sévère contre la rancune :

« Abandonnez les haines et les inimitiés ; veillez à éviter les paroles dures. [...] Pardonnez-vous mutuellement, sans plus garder le souvenir des torts subis. Se rappeler le mal est une injustice, c'est le comble de la colère, l'entretien du péché, la haine de la justice. » — Saint François de Paule, Lettre (1486)[65]

Et il résume tout dans une exhortation lumineuse, écho de sa devise Charitas :

« Aimez la paix, le bien le plus précieux que l'on puisse désirer. » — Saint François de Paule, Lettre (1486)[66]

L'humilité des « Minimes »

Enfin, la pierre angulaire de toute son œuvre est l'humilité, inscrite jusque dans le nom de son ordre. Pour François, il n'y a ni vertu ni bonheur véritables hors de la reconnaissance de notre petitesse devant Dieu.[67] Cette humilité n'est pas un repliement mais une libération : c'est en s'abaissant que l'âme s'ouvre à la toute-puissance de la grâce.

« Toutes les créatures obéissent à ceux qui servent Dieu d'un cœur parfait. » — Parole attribuée à saint François de Paule[68]

C'est cette intuition — la grandeur cachée dans la petitesse — qui fait du pauvre ermite de Paola, devenu l'oracle des rois, l'un des plus parfaits disciples de l'Évangile des Béatitudes.

Mort, canonisation et postérité

Le Vendredi saint 1507

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Après une longue retraite de préparation, François de Paule s'éteignit à Plessis-lès-Tours le 2 avril 1507, jour du Vendredi saint, à l'âge de 91 ans.[69][70][71] Mourir le jour même où l'Église fait mémoire de la Passion du Christ, qu'il avait tant contemplée, parut à ses contemporains le sceau de toute sa vie.

Sa dépouille, selon les récits, demeura incorrompue plusieurs jours, et sa tombe devint aussitôt un lieu de pèlerinage et de miracles.

Béatification et canonisation (1518-1519)

La ferveur populaire et les nombreux miracles précipitèrent sa cause. François fut béatifié le 1ᵉʳ novembre 1518, puis canonisé le 1ᵉʳ mai 1519 par le pape Léon X — celui-là même dont il aurait, enfant, prédit l'élévation au pontificat.[72][73] Sa canonisation, intervenue douze ans seulement après sa mort, fut l'une des premières et des plus éclatantes du pontificat de Léon X.

L'Église fixa sa fête au 2 avril, jour de sa mort.[74] (Certains récits anciens, comme celui de Butler, datent par erreur sa mort de 1508 ; la date retenue par l'historiographie et la liturgie est bien le 2 avril 1507.)[75][76]

La profanation huguenote de 1562

L'histoire du corps de François connut une fin tragique. En 1562, durant les guerres de Religion, des huguenots s'emparèrent de Plessis-lès-Tours, ouvrirent le tombeau du saint, et, trouvant son corps encore préservé, le brûlèrent.[77][78][79] Quelques fragments furent sauvés par les fidèles et dispersés en reliques ; une partie est aujourd'hui conservée à Tours, à l'église Notre-Dame-la-Riche, et dans son sanctuaire de Paola.[80][81]

Cette profanation s'inscrit dans le contexte plus large des destructions iconoclastes du XVIᵉ siècle, mais elle ne fit qu'aviver la dévotion populaire envers le saint calabrais.

Patron des gens de mer et de la Calabre

La vénération de saint François de Paule resta vive jusqu'à nos jours, particulièrement dans le sud de l'Italie. En souvenir de la traversée du détroit de Messine, le pape Pie XII le proclama, le 27 mars 1943, patron des gens de mer, des marins et de la marine italienne.[82][83] En 1963, Jean XXIII le déclara patron principal de la Calabre.[84][85]

Ainsi l'ermite qui n'avait voulu être que « le plus petit » est-il devenu l'un des grands intercesseurs du peuple chrétien — protecteur de ceux qui affrontent la mer, et figure aimée d'une sainteté pauvre, surnaturelle et confiante.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipédia (FR), "François de Paule" : fr.wikipedia.org. Notice biographique de référence : naissance le 27 mars 1416 à Paola (Calabre), parents Giacomo Martolilla et Vienna de Fuscaldo, enfant obtenu par la prière à saint François d'Assise et guérison de l'œil ; année chez les Franciscains de San Marco Argentano ; pèlerinage de 1430 (Assise, Loreto, Rome, Monte-Cassino) ; vie érémitique et premiers disciples vers 1435 ; approbation du monastère par l'archevêque de Cosenza le 31 août 1452 ; reconnaissance par Sixte IV le 17 mai 1474, nom et règle des Minimes sous Alexandre VI ; guérisons de la peste en Provence (Bormes, Fréjus) ; voyage en France via Naples et Rome, arrivée à Plessis-lès-Tours en 1483 ; mort de Louis XI le 30 août 1483 ; mort du saint le 2 avril 1507 ; profanation du corps par les huguenots en 1562 ; reliques à Notre-Dame-la-Riche de Tours.

    1 5 6 9 11 13 15 16 18 20 24 33 36 43 47 52 54 55 59 61 69 73 76 77 80
  2. Vatican News (FR), "Saint François de Paule, ermite, fondateur de l'Ordre des Minimes" (saint du jour, 2 avril) : vaticannews.va. Notice liturgique : enfant obtenu par la prière à saint François d'Assise, vie érémitique, fondation des Minimes (« les tout petits »), vœu d'humilité et exercice de la charité, reconnaissance par Sixte IV, fête du 2 avril.

    2 12 21 32
  3. Wikipedia (EN), "Francis of Paola" : en.wikipedia.org. Recoupement des faits et dates : ordre fondé en 1436 sous le nom d'« Hermits of Saint Francis of Assisi », renommé « Minims » (« the least of all the faithful ») sous Alexandre VI ; reconnaissance par Sixte IV en 1474 ; quatre vœux dont le vœu perpétuel d'abstinence (viande, œufs, laitages) ; devise « Charitas » ; miracles (traversée du détroit de Messine sur le manteau vers 1464, agneau Martinello sorti du four, résurrection de son neveu) ; prophétie de l'élection du futur Léon X ; béatification le 1ᵉʳ novembre 1518, canonisation le 1ᵉʳ mai 1519 par Léon X ; fête le 2 avril ; patronages (Calabre, désigné par Jean XXIII en 1963 ; bateliers, marins, marine italienne, proclamés par Pie XII le 27 mars 1943) ; mort le 2 avril 1507 (Vendredi saint) à Plessis-lès-Tours, à 91 ans.

    3 22 25 29 31 34 37 38 40 41 42 45 50 70 72 74 82 84
  4. EWTN / Alban Butler, "St. Francis of Paula, Confessor, Founder of the Order of Minims", Lives of the Saints : ewtn.com. Récit hagiographique classique : vie érémitique et austérité ; quatrième vœu d'abstinence perpétuelle pour réparer la tiédeur du Carême ; supérieurs nommés « correcteurs » ; humilité (« il n'y a de vertu ni de bonheur que dans la connaissance de notre petitesse ») ; don de prophétie (chute de Constantinople, prise d'Otrante en 1480 et reconquête) ; appel de Louis XI, voyage par deux brefs de Sixte IV, parole « La vie des rois a ses limites fixes [...] le décret de Dieu est immuable », mort du roi le 30 août 1483 ; fondations en France (Plessis, Amboise, Nigeon) et à Rome (Trinité-des-Monts) ; parole « Toutes les créatures obéissent à ceux qui servent Dieu d'un cœur parfait ». NB : ce récit ancien date par erreur la mort de 1508 ; la date exacte (2 avril 1507) est retenue d'après Wikipédia FR/EN et la liturgie.

    4 10 14 17 26 28 30 39 44 48 51 53 56 57 58 62 67 68 75 78
  5. Encyclopædia Britannica, "Saint Francis of Paola" : britannica.com. Recoupement : naissance à Paola en 1416, fondateur de l'Ordre des Minims, ermite et thaumaturge, appel de Louis XI mourant (1483), séjour prolongé à la cour de France, mort en 1507 à Tours, canonisation par Léon X.

    7 60
  6. Wikipédia (IT), "Francesco da Paola" : it.wikipedia.org. Recoupement dans la langue d'origine : naissance à Paola en 1416, vie érémitique, fondation des Minimi, séjour en France auprès des rois, mort à Plessis-lès-Tours le 2 avril 1507, patronages maritimes (Pie XII, 1943) et calabrais (Jean XXIII, 1963).

    8 71 83 85
  7. Sanctuaire Saint-François-de-Paule (Paola), site officiel : santuariopaola.it. Référence du lieu : grotte et premier couvent de Paola, sanctuaire actuel, dévotion et reliques conservées sur place.

    19 81
  8. Wikipédia (FR/EN), "Ordre des Minimes" / "Order of Minims" : fr.wikipedia.org · en.wikipedia.org. Histoire de l'ordre : premiers Ermites de saint François d'Assise (1436), approbation diocésaine de Cosenza (1452), reconnaissance par Sixte IV (1474), nom définitif et règle d'extrême austérité sous Alexandre VI, quatrième vœu de vie quadragésimale perpétuelle.

    23 27 35
  9. Frère Louis-Marie O.P., "L'Écriture sainte et le bon sens face aux arguties protestantes", Le Sel de la terre n° 122, automne 2022, p. 52 : le procès de canonisation de saint François de Paule rapporte en détail de nombreuses guérisons, plusieurs multiplications miraculeuses, une prophétie attestée par plusieurs témoins sur la prise d'Otrante par les Turcs et huit résurrections de morts ; détails dans les Bollandistes au 2 avril (Acta sanctorum aprilis, Anvers, 1675, p. 177-189).

    46 49
  10. Saint François de Paule, Lettre de 1486, reprise par l'Office des lectures du 2 avril ; texte français sur le site du Vatican : vatican.va. Passages cités : « Fixez donc votre esprit sur la passion de notre Seigneur Jésus Christ » ; « Abandonnez les haines et les inimitiés ; veillez à éviter les paroles dures [...] Se rappeler le mal est une injustice, c'est le comble de la colère, l'entretien du péché, la haine de la justice » ; « Aimez la paix, le bien le plus précieux que l'on puisse désirer » ; « Ce que nous cachons aux hommes, Dieu le connaît ; convertissez-vous donc d'un cœur sincère ». Traductions françaises reproduites d'après le texte liturgique du Vatican.

    63 64 65 66
  11. Le Sel de la terre n° 100, p. 75-77 : le corps du saint, resté incorrompu, fut brûlé par les calvinistes en avril 1562 ; quelques fragments sauvés par les fidèles furent dispersés en reliques.

    79