Jean XVIII, né Giovanni Fasano (latin Iohannes Phasianus ou Fasanus) à Rome, fils d'un prêtre romain dont les sources nomment alternativement Léon ou Ursus, élu le 25 décembre 1003 (consacré en janvier 1004, d'où la datation « 1004 » de certaines notices), il gouverne l'Église de Rome jusqu'en juin ou juillet 1009. Le Saint-Siège le compte comme le 141ᵉ pape de l'Église catholique, successeur de Jean XVII et prédécesseur de Serge IV. Élu sous l'influence du Patricius Romanorum Jean II Crescentius — le dernier Crescentius à contrôler Rome, la famille dominant la Cité depuis trois générations —, il règne dans l'ombre du roi de Germanie Henri II (qui ne sera couronné empereur qu'en 1014, donc cinq ans après la mort de Jean XVIII) et s'éteint dans des conditions extraordinaires : par abdication volontaire et retrait au monastère bénédictin de Saint-Paul-hors-les-Murs, où il meurt comme simple moine quelques semaines plus tard.[3][4][5]
Le pontificat se signale, malgré son cadre politique fragile, par quatre actes ecclésiaux d'importance. À Rome, Jean XVIII restaure en 1004 le diocèse de Merseburg — supprimé en 981 par Benoît VII sous la pression d'Otton II et à l'initiative de Gisilher, évêque de Merseburg devenu archevêque de Magdebourg — et confère des privilèges ecclésiastiques au siège restauré, dont Wigbert devient le premier évêque (1004-1009), ouvrant un nouveau front missionnaire chez les Slaves Sorabes. En juin 1007, dans le synode romain — antérieur de cinq mois au grand synode impérial de Francfort du 1ᵉʳ novembre 1007 —, il donne son consentement canonique à la fondation du diocèse de Bamberg voulue par le roi de Germanie Henri II et son épouse Cunégonde — diocèse appelé à devenir l'un des piliers de la mission slave (consentement au synode romain de juin 1007, synode de Francfort le 1ᵉʳ novembre 1007, confirmation pontificale en 1008 ; la soumission directe au Saint-Siège ne sera acquise qu'en 1020, sous Benoît VIII). Il confère le pallium — la bande de laine blanche que le pape remet aux archevêques en signe de leur charge — à deux archevêques majeurs : à Meingaud de Trèves et, surtout, à saint Aelfheah de Cantorbéry en 1007 — futur martyr danois (avril 1012). Enfin, la grande mission slavo-prussienne de saint Bruno de Querfurt — nommé archevêque des païens par Sylvestre II et consacré en février 1004 —, déployée sous son pontificat, s'achèvera le 9 mars 1009 (date des Annales de Quedlinbourg) par le martyre du missionnaire — décapité, la plupart de ses dix-huit compagnons pendus.[6][7][8][9][10][11]
Mais c'est sur le front oriental que Jean XVIII signe l'acte le plus singulier de son pontificat : son nom figure dans les diptyques liturgiques — les tablettes où sont inscrits, pendant la messe, les noms des évêques reconnus en communion — du patriarcat de Constantinople, sous le patriarche Serge II (1001-1019). À une date que les sources ne permettent pas de fixer, le nom du pape de Rome est commémoré dans la divine liturgie à Constantinople — témoignage de communion que la New Catholic Encyclopedia (« Eastern Schism ») présente comme le dernier clairement attesté pour un pape de Rome dans les diptyques de Constantinople[12] — avant que l'introduction du Filioque dans le Credo chanté à Rome (date traditionnelle : le couronnement impérial d'Henri II en 1014, soit cinq ans après la mort du pape) et l'exclusion postérieure du nom pontifical des diptyques — la New Catholic Encyclopedia rapportant que la lettre par laquelle Serge IV annonça son avènement à Constantinople, en 1009, fut rejetée par le patriarche Serge II parce qu'elle contenait le Filioque — ne rouvrent la fracture. L'épitaphe de Jean XVIII, conservée à Saint-Paul-hors-les-Murs, en garde un témoignage lapidaire : selon la Catholic Encyclopedia de 1910, « son épitaphe rapporte qu'il soumit les Grecs et délogea le schisme » — traduction de la formule anglaise de Kirsch, qui ne cite ni le texte latin de l'épitaphe ni sa source médiévale précise ; le distique latin parfois reproduit par les notices tardives n'ayant pu être vérifié sur aucune source primaire, il n'est pas repris ici. Quarante-cinq ans avant le schisme définitif de 1054, le pape oublié du saeculum obscurum tardif — le « siècle obscur », période de grande faiblesse politique de la papauté au Xᵉ siècle — voit, l'espace d'un pontificat, la communion universelle prolongée dans la prière liturgique des deux Églises.[13][14][15]
« Son épitaphe rapporte qu'il soumit les Grecs et délogea le schisme. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XVIII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910[16]
L'abdication finale de juin 1009 — geste rarissime à cette époque, documenté par une seule tradition catalographique, c'est-à-dire par un seul catalogue médiéval des papes — couronne le mystère de cette figure. Aucune source contemporaine n'en livre clairement le motif : épuisement physique, rejet de la tutelle des Crescentii, désir authentique de vie monastique, conflit avec Henri II devenu maître réel de l'Italie ? La Catholic Encyclopedia note simplement : « il abdiqua volontairement, se retira au monastère de Saint-Paul près de Rome, et y mourut comme simple moine en juin 1009 ». Encyclopædia Britannica conclut, avec une concision révélatrice : « il finit par abdiquer pour des raisons inconnues ». Le silence des sources sur cette renonciation pontificale — pourtant si peu documentée — est, en soi, l'un des plus éloquents témoignages sur la fragilité documentaire de l'Église romaine au tournant de l'an mille.[17][18][19][20]
Pourquoi Jean XVIII mérite-t-il un article ?
À première vue, Jean XVIII est un pape mineur du saeculum obscurum tardif — cinquième pape consécutif élu sous influence des Crescentii de Rome, période où le Siège apostolique sort à peine de l'effondrement moral et politique inauguré par le clan Théophylacte un siècle plus tôt. Aucun grand concile, aucune définition dogmatique majeure, aucune canonisation retentissante ne marque ses six années de règne. Pourtant, trois faits structurels lui assurent une place réelle dans l'histoire ecclésiale — et expliquent pourquoi un article encyclopédique consacré lui est légitime.
Le pape qui a confirmé Bamberg et restauré Merseburg
Sur le plan missionnaire, Jean XVIII signe deux actes diocésains d'importance européenne. La restauration de Merseburg en 1004 rouvre, après vingt-trois ans de suppression, le grand siège missionnaire des Slaves Sorabes — peuple slave de l'Elbe que le diocèse était chargé d'évangéliser depuis sa première fondation en 968 par Jean XIII. Le retour du diocèse, sous l'épiscopat de Wigbert (1004-1009) puis de l'historien Thietmar de Merseburg (1009-1018), inaugure une continuité épiscopale que le chroniqueur-évêque lui-même documente.[21][22][23]
La confirmation pontificale de la fondation de Bamberg prolonge et amplifie ce dispositif. Le nouveau diocèse, voulu par le roi de Germanie Henri II et son épouse Cunégonde, est conçu comme un avant-poste missionnaire parmi les Wendes païens du Main supérieur. Jean XVIII y donne son consentement canonique au synode romain de juin 1007 (Kirsch), avant l'agrément de l'épiscopat germanique au synode de Francfort du 1ᵉʳ novembre 1007 et la confirmation pontificale accordée en 1008, une fois les limites fixées avec Wurtzbourg et Eichstätt (Lins). En revanche, la soumission directe du diocèse au Saint-Siège ne date pas de Jean XVIII : selon Lins, c'est Benoît VIII, lors de sa visite à Bamberg en 1020, qui place le diocèse en dépendance directe du Siège apostolique.[24][25][26]
L'ironie historique est notable : un pape réputé faible, dépendant des Crescentii pour son élection même, confirme par sa signature deux des plus grands sièges missionnaires germaniques du Haut Moyen Âge — et prépare, à son insu, la mécanique institutionnelle que la réforme grégorienne déploiera contre la tutelle laïque qu'il subit.
Le pape qui a réconcilié Rome et Constantinople, un demi-siècle avant le schisme
Sur le plan œcuménique, le pontificat de Jean XVIII présente une singularité unique dans le siècle : la présence du nom du pape de Rome dans les diptyques liturgiques du patriarcat de Constantinople, sous le patriarche Serge II (1001-1019). Ces diptyques — tablettes liturgiques où sont commémorés, à chaque divine liturgie, les patriarches et papes reconnus en communion — avaient connu, depuis le pontificat controversé de Serge III (904-911), une commémoration intermittente du pape de Rome, dans le contexte des tensions romano-byzantines du Xᵉ siècle (querelle de la Tétragamie, rivalités juridictionnelles en Italie du Sud). L'inscription du nom de Jean XVIII signifie, canoniquement, que le patriarche de Constantinople reconnaît le pape de Rome comme évêque légitime en communion.[27][28]
« En Constantinople il fut reconnu comme évêque de Rome ; son nom apparaît sur les diptyques de l'Église byzantine. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XVIII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[29]
L'ampleur historique de ce geste se mesure à son lointain envers : quarante-cinq ans plus tard, le 16 juillet 1054, les bulles d'excommunication du cardinal Humbert de Silva Candida contre le patriarche Michel Cérulaire consommeront le schisme définitif entre Rome et Constantinople. Jean XVIII avait, par les diptyques de 1003-1009, prolongé la communion universelle d'une durée précieuse — et l'on peut y lire, en interprétation d'auteur, le signe que le schisme oriental ne provient pas d'une fracture théologique irréversible mais bien d'un enchaînement d'événements politiques et personnels qui auraient pu, jusqu'à la dernière heure, être désamorcés.
Le pape qui a abdiqué pour mourir moine — un précédent rarissime
Sur le plan canonique, l'abdication volontaire de Jean XVIII en juin 1009 constitue un événement extrêmement rare. Les renonciations pontificales documentées dans toute l'histoire de l'Église sont moins d'une dizaine : saint Pontien (235, sous la persécution), saint Marcellin (cas débattu, vers 304), saint Silvère (537, sous pression byzantine), Jean XVIII (1009), Benoît IX (renonciations multiples, 1045-1048), saint Grégoire VI (1046, déposition-renonciation), Célestin V (le « gran rifiuto » de 1294), Grégoire XII (1415, pour résoudre le Grand Schisme d'Occident) et Benoît XVI (2013). Sur cette liste très courte, Jean XVIII occupe une position singulière : selon l'hypothèse majoritaire (Kirsch, Plöchl, Kelly), il serait le premier dans l'histoire de l'Église à abdiquer sans contrainte directe apparente, uniquement pour embrasser la vie monastique — mais l'abdication elle-même ne repose que sur la tradition d'un seul catalogue médiéval, sans document contemporain.[30][31][32]
« Il abdiqua volontairement, se retira au monastère de Saint-Paul près de Rome, et y mourut comme simple moine en juin 1009. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XVIII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[33]
La valeur typologique du geste, dans la perspective spirituelle, est considérable : deux siècles avant Célestin V et un millénaire avant Benoît XVI, un pape du saeculum obscurum — réputé faible, instrumentalisé par les Crescentii, sans grande renommée personnelle — préfère abandonner la tiare pour mourir vêtu de la cocule bénédictine dans le monastère de l'apôtre Paul. Pour les historiens modernes (Kelly, Mann, Plöchl), c'est ce dénouement monastique qui sauve Jean XVIII de l'oubli total et lui restitue, a posteriori, une silhouette spirituelle authentique que les actes administratifs de son pontificat ne laissaient pas pleinement deviner.
Identité, origine, accession au trône pontifical
Nom de baptême : Phasianus / Fasano
Le nom de baptême du futur Jean XVIII est, selon les sources médiévales et modernes, Giovanni Fasano — orthographié en latin Phasianus ou Fasanus, et parfois transcrit en italien moderne Fasanio ou Fasani.[34][35] La forme latine Phasianus signifie littéralement « faisan » — surnom de famille assez courant dans la Rome aristocratique du Xᵉ siècle, où les sobriquets animaliers (Boccadiporco = « museau de porc », Caetani, Orsini = « petits ours ») étaient légion.
La forme française traditionnelle Fasano ou Fasani est conservée par la base de données Catholic-Hierarchy (David M. Cheney — projet privé, sans statut officiel), qui identifie le pape sous l'entrée « Pope John XVIII (Fasano) ».[36]
Une famille sacerdotale romaine
Selon le principal témoignage dont nous disposons — la notice du Liber Pontificalis abrégée résumée par Kirsch dans la Catholic Encyclopedia de 1910 —, Jean XVIII est fils d'un prêtre romain nommé Léon (en latin Leo presbiter).[37][38] La variante Ursus est portée notamment par Horace K. Mann (The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. V — attribution reprise par la notice anglophone Pope John XVIII) et par le dictionnaire des cardinaux de Salvador Miranda, qui donne « Son of Ursus (or Leo), who became a priest » : elle reste minoritaire face au Leo presbiter, seul nom retenu par la Catholic Encyclopedia de Kirsch.[39][40]
La naissance d'enfants par les prêtres séculiers romains était, au Xᵉ siècle, canoniquement irrégulière mais socialement fréquente. Le célibat sacerdotal, prescrit par les canons depuis le concile d'Elvire (vers 305) et confirmé par les conciles romains du Vᵉ siècle, n'était pas encore appliqué uniformément dans le clergé séculier — situation qui ne sera corrigée qu'à partir des réformes de Léon IX (1049-1054) puis du concile du Latran I (1123). Le statut canonique des fils de prêtres était théoriquement irrégulier, mais plusieurs papes du Xᵉ et XIᵉ siècles sont effectivement fils ou petits-fils de clercs — à commencer par Jean XVII, prédécesseur immédiat de Jean XVIII, lui-même marié avant son élection et père de trois fils également devenus ecclésiastiques.[41]
« Il fut appelé Jean XVIII et fut le fils d'un certain Léon, prêtre. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XVIII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[42]
Le quartier de naissance n'est pas connu avec certitude. Les sources situent le futur pape dans Rome même — probablement dans l'un des rioni aristocratiques du Champ de Mars ou du Trastevere.[43]
La date de naissance : un blanc historiographique
Aucune source ne fournit la date de naissance de Giovanni Fasano : Kirsch n'en indique aucune, et le dictionnaire des cardinaux de Salvador Miranda porte explicitement « (No date found) ».[44][45] Toute estimation de son âge à l'élection de décembre 1003 serait une pure conjecture sans source : aucune fourchette n'est donc retenue ici.
Carrière ecclésiastique antérieure
Aucun document fiable ne nous renseigne sur la carrière ecclésiastique de Giovanni Fasano avant son élection. Il n'apparaît pas dans les listes connues des cardinaux romains du début du XIᵉ siècle, ce qui pourrait suggérer soit une carrière de clerc séculier romain sans cardinalat formel, soit un cardinalat dont les listes nous échappent. La base Catholic-Hierarchy note simplement « no further information found » pour la période antérieure à 1003.[46]
L'absence de signes ecclésiastiques distinctifs avant l'élection est un trait commun à plusieurs papes du saeculum obscurum tardif : les Crescentii privilégiaient pour le Siège romain des figures discrètes, sans grande base de pouvoir personnel, dont l'élection pouvait être téléguidée sans résistance et dont les actes ultérieurs resteraient conformes aux intérêts du clan.
L'élection sous la tutelle des Crescentii (décembre 1003)
Le contexte : la mort éclair de Jean XVII (novembre 1003)
L'élection de Giovanni Fasano s'inscrit dans un contexte d'urgence politique. Le prédécesseur immédiat, Jean XVII (né Sicco, romain), avait été élu sous la même influence Crescentii le 13 juin 1003 — et était mort, après seulement cinq mois et trois semaines de pontificat, le 6 novembre 1003. Aucun acte significatif n'avait pu être posé pendant ce règne éclair, et la Catholic Encyclopedia note laconiquement : « concernant ses activités pendant les quelques mois de son pontificat, rien ne nous est parvenu ».[47]
La mort rapide de deux papes consécutifs (Sylvestre II le 12 mai 1003, après seulement quatre ans de pontificat ; Jean XVII le 6 novembre 1003, après six mois) crée une situation institutionnelle fragile : en l'espace de six mois, trois papes se succèdent au Latran, dans une Rome contrôlée militairement par Jean II Crescentius et son patriciat.
Jean II Crescentius, Patricius Romanorum (1002-1012)
À la mort de Jean XVII le 6 novembre 1003, le pouvoir réel à Rome est incontestablement entre les mains de Jean II Crescentius (en italien Giovanni Crescenzio), titré Patricius Romanorum depuis 1002, dernier chef de la famille Crescentii à contrôler Rome.[48][49]
L'ascendance de ce personnage explique sa férocité politique : il est fils de Crescentius II Nomentanus, Patricius de Rome de 988 à 998, pendu par l'empereur Otton III le 29 avril 998 sur les remparts du Château Saint-Ange pour s'être révolté contre la tutelle ottonienne et avoir installé l'antipape Jean XVI (Jean Filagatos, 997-998). La mort spectaculaire du père sous les yeux de Rome — corps pendu par les pieds, exposé sur les murs du Château — avait laissé chez le fils, alors adolescent, une haine profonde de la tutelle germanique, et une détermination dynastique à reprendre, dès que possible, le contrôle effectif de la Cité.[50]
La mort prématurée d'Otton III (24 janvier 1002, à seulement 21 ans, sans héritier) ouvre la fenêtre politique qu'attendait Jean II Crescentius : dans le vide impérial qui suit, le jeune Crescentius s'installe comme Patricius à Rome et reprend le contrôle du Siège apostolique. Il y installera trois papes consécutifs : Jean XVII (juin-novembre 1003), Jean XVIII (1003-1009), Serge IV (1009-1012) — à sa propre mort au printemps 1012, l'ère des Crescentii à Rome s'achève.[51]
L'élection du 25 décembre 1003
Sept semaines après la mort de Jean XVII, le 25 décembre 1003 — jour de la Nativité du Seigneur, choisi avec une portée symbolique délibérée —, le clergé et le peuple romains, sous l'influence directe de Jean II Crescentius, élisent Giovanni Fasano au Siège apostolique. La consécration suit dans les premiers jours de janvier 1004 — ce qui explique pourquoi certaines sources datent le pontificat de « 1004 », calculant à partir de la consécration épiscopale, et d'autres de « 1003 », calculant à partir de l'élection elle-même : les deux dates désignent le même avènement, et la liste officielle du Saint-Siège retient 1003-1009.[52][53][54]
L'élection sous l'influence des Crescentii est attestée par les notices savantes : Kirsch comme la New Catholic Encyclopedia rattachent l'avènement de Jean XVIII à l'ascendant de Jean II Crescentius sur Rome.[55][56]
Une indépendance relative ?
Contrairement à son prédécesseur Jean XVII, simple créature des Crescentii dont aucun acte autonome n'est connu, Jean XVIII affiche, dès les premiers mois de son pontificat, une certaine indépendance vis-à-vis du clan. La New Catholic Encyclopedia note explicitement : « il était moins dépendant de la famille patricienne romaine des Crescentii que son prédécesseur Jean XVII ».[57]
Plusieurs indices corroborent cette autonomie relative :
- Coopération avec Henri II sur la fondation de Bamberg et la restauration de Merseburg — alors que les Crescentii étaient, sur le plan politique, adversaires du roi germanique.
- Acceptation du pallium comme outil de gouvernement universel — pratique que les pontificats les plus instrumentalisés tendaient à négliger.
- Continuité de la mission de Bruno de Querfurt en Europe orientale (commission de Sylvestre II, exécutée sous son pontificat), dans la mouvance ottonienne proche de la cour impériale.
- Diplomatie active avec Constantinople — sphère sur laquelle les Crescentii n'avaient aucun levier.
Cette autonomie, toutefois, ne doit pas être surestimée : sur le terrain romain lui-même, le pape n'intervient jamais sur les affaires civiles de la Cité, ne convoque aucun synode politique majeur, et ne prononce aucune sentence contre des familles aristocratiques. La division du travail entre Jean II Crescentius (gouvernement temporel) et Jean XVIII (gouvernement spirituel) est, en lecture d'auteur, la seule formule alors politiquement viable pour une papauté sans moyens temporels propres.[58]
Les actes diocésains : Merseburg, Bamberg, le pallium
La restauration de l'évêché de Merseburg (1004)
L'un des premiers actes documentés du pontificat est la restauration, en 1004, du diocèse de Merseburg — siège missionnaire saxon supprimé vingt-trois ans plus tôt.[59][60]
Histoire du diocèse supprimé
Le diocèse de Merseburg avait été fondé en 967-968 par l'empereur Otton Iᵉʳ et confirmé par Jean XIII au synode de Ravenne de 968. Sa mission : évangéliser les Slaves Sorabes, peuple slave de l'Elbe et de la Saale qui peuplait la frontière orientale du Saint-Empire. Supprimé en 981 par Benoît VII sous la pression d'Otton II — à l'initiative de Gisilher, successeur de Boson à Merseburg, qui visait l'archevéché de Magdebourg —, le siège était resté vacant pendant deux décennies.[61]
La restauration de 1004
À la mort de l'archevêque Gisilher de Magdebourg en 1004, le roi de Germanie Henri II saisit l'occasion pour rétablir le diocèse de Merseburg comme diocèse missionnaire autonome. Jean XVIII confère des privilèges ecclésiastiques au siège restauré (Kirsch : « conferred ecclesiastical privileges on the re-established See of Merseburg » ; regestes des actes du pontificat rassemblés dans Jaffé, Regesta, I, 2ᵉ éd., pp. 501-503, cité en source par Kirsch)[62][63][64] — Wigbert en devient le premier évêque (1004-1009), auquel succédera Thietmar lui-même.[65] Le diocèse, désormais suffragant de Magdebourg, n'aura pas vocation à récupérer l'intégralité de son territoire de 968 mais sera presque exclusivement une juridiction missionnaire chez les Sorabes.[66]
Thietmar de Merseburg, le chroniqueur du diocèse restauré
À la mort de Wigbert en 1009 — coïncidence frappante avec la mort de Jean XVIII —, le siège échoit à Thietmar de Merseburg (1009-1018), futur grand chroniqueur de la Germanie ottonienne et auteur de la Chronicon Thietmari Merseburgensis, source historique fondamentale du règne d'Henri II. La continuité épiscopale de Merseburg, rouverte par Jean XVIII en 1004, se poursuit ainsi avec l'évêque-chroniqueur lui-même.[67]
La fondation du diocèse de Bamberg (1007)
L'acte ecclésial le plus retentissant du pontificat reste la confirmation pontificale de la fondation du diocèse de Bamberg — fondation initiée par Henri II et son épouse Cunégonde de Luxembourg (future sainte Cunégonde), consentie d'abord au synode romain de juin 1007 présidé par Jean XVIII (Kirsch : « gave his consent at the Roman Synod of June, 1007 »), puis agréée par l'épiscopat germanique au synode impérial de Francfort du 1ᵉʳ novembre 1007, avant la confirmation pontificale définitive — datée de 1007 par Plöchl, de 1008 par Lins après la fixation des limites diocésaines.[68][69][70]
La logique missionnaire et impériale
Le projet d'Henri II est double. Sur le plan politique, il s'agit de réduire le pouvoir du marquisat de Nordgau — déposé en 1004 —, en redistribuant ses terres à un diocèse fidèle à la Couronne. Sur le plan missionnaire, le nouveau siège est destiné à évangéliser les Slaves de Bohême et les Wendes orientaux qui peuplent la frontière nord-est de la Bavière.[71][72]
Le synode de Francfort (1ᵉʳ novembre 1007)
Le 1ᵉʳ novembre 1007, à Francfort-sur-le-Main, Henri II convoque un grand synode impérial réunissant l'épiscopat germanique autour de l'archevêque Willigis de Mayence, qui donne son autorité à la bulle de Jean XVIII pour l'érection du diocèse. L'objectif est d'obtenir le consentement épiscopal à la fondation — étape canoniquement nécessaire parce que la création du nouveau diocèse réduit le territoire des évêchés de Wurtzbourg et d'Eichstätt, dont les titulaires doivent accepter la cession. Au terme de ces négociations, les limites du diocèse sont fixées — en 1008 selon Lins — et Jean XVIII accorde sa confirmation pontificale définitive (que Plöchl date pour sa part de 1007).[73][74][75]
Le synode romain de juin 1007 et la confirmation pontificale
C'est cependant le synode romain de juin 1007 — antérieur de cinq mois au synode de Francfort —, présidé par Jean XVIII, qui constitue la clé canonique de la fondation. C'est là que le pape donne son consentement explicite à l'érection du nouveau siège. Sans cette autorisation pontificale, le synode impérial de Francfort aurait été canoniquement nul. Kirsch résume sobrement : « il donna son consentement au synode romain de juin 1007 à l'établissement du Siège de Bamberg ».[76]
« Il donna son consentement au synode romain de juin 1007 à l'établissement du Siège de Bamberg, fondé et doté par le roi germain Henri II. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XVIII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[77]
Consentement en 1007, confirmation en 1008 — et soumission directe seulement en 1020
Le rôle canonique de Jean XVIII dans la fondation se décompose en deux temps, qu'il ne faut pas confondre avec l'exemption postérieure : le consentement explicite donné au synode romain de juin 1007 — sans lequel le synode de Francfort eût été canoniquement fragile —, puis la confirmation pontificale accordée en 1008, une fois les limites du diocèse fixées avec Wurtzbourg et Eichstätt (Lins). Quant à la soumission directe du diocèse au Saint-Siège, elle est postérieure au pontificat : c'est Benoît VIII, lors de sa visite à Bamberg en 1020, qui place le diocèse en dépendance directe du Siège apostolique.[78][79][80]
Le premier évêque consacré est Eberhard Iᵉʳ (1007-1040), ancien chancelier d'Henri II, ordonné par l'archevêque Willigis de Mayence en vertu de la bulle pontificale de Jean XVIII.[81] La cathédrale de Bamberg sera consacrée le 6 mai 1012 — trois ans après la mort de Jean XVIII — et abrite aujourd'hui les sépultures d'Henri II († 1024) et de sainte Cunégonde († 1033/1040), canonisés respectivement en 1146 et 1200.[82]
| Acte | Date | Acteurs | Conséquence canonique |
|---|---|---|---|
| Synode romain de Jean XVIII | Juin 1007 | Pape Jean XVIII, évêques romains | Consentement pontifical formel à la fondation |
| Synode impérial de Francfort | 1ᵉʳ novembre 1007 | Henri II, épiscopat germanique, Willigis de Mayence | Acceptation épiscopale germanique |
| Cessions territoriales de Wurtzbourg et d'Eichstätt | 1007-1008 | Henri de Wurtzbourg et l'évêque d'Eichstätt | Réduction des deux diocèses ; limites fixées en 1008 |
| Confirmation pontificale définitive | 1007 (Plöchl) ou 1008 (Lins, après fixation des limites) | Jean XVIII | Érection canonique du diocèse |
| Consécration d'Eberhard Iᵉʳ | 1007 | Willigis de Mayence | Premier évêque de Bamberg |
| Consécration de la cathédrale | 6 mai 1012 | Évêque Eberhard Iᵉʳ | Achèvement matériel |
Le pallium archiépiscopal : Trèves et Cantorbéry
Saint Aelfheah de Cantorbéry (1006-1012)
L'octroi du pallium à l'archevêque de Cantorbéry est l'un des actes les plus chargés de signification spirituelle du pontificat. Le bénéficiaire est Aelfheah (en vieil anglais Ælfheah, en latin Elphege) — moine bénédictin de Glastonbury, abbé de Bath, évêque de Winchester (984-1006), enfin archevêque de Cantorbéry de 1006 à sa mort en martyr le 19 avril 1012 sous les coups des Vikings danois de Thorkell le Grand.[83][84]
L'octroi du pallium à Aelfheah par Jean XVIII en 1007 — moment où le futur martyr se rend à Rome pour recevoir l'insigne archiépiscopal — inscrit dans la tradition de la vénération romaine de l'Église anglo-saxonne, ininterrompue depuis saint Augustin de Cantorbéry (596). Cinq siècles après la mission grégorienne, Cantorbéry continue de recevoir son archevêque directement des mains du pape — fait qui fonde, jusqu'à la rupture henricienne de 1534, la communion universelle de l'Église d'Angleterre avec Rome.[85][86]
« Il conféra le pallium à l'archevêque Meingaud de Trèves et Elphege de Cantorbéry. » — Johann Peter Kirsch, « Pope John XVIII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910[87]
Meingaud de Trèves (1008)
L'autre bénéficiaire est Meingaud (parfois transcrit Meingaudus, Megingaud ou Megingoz), archevêque de Trèves : le pallium que lui confère Jean XVIII est attesté par Kirsch comme par la New Catholic Encyclopedia.[88][89] L'octroi du pallium confirme la continuité de la prééminence trévéraine parmi les sièges métropolitains germaniques — Trèves étant, depuis l'Antiquité tardive, considérée comme la plus ancienne fondation chrétienne de Germanie (mission de saint Maternin au IVᵉ siècle).
L'octroi simultané du pallium à un archevêque anglo-saxon (Aelfheah) et à un archevêque germanique (Meingaud) dans les dernières années du pontificat témoigne de l'universalité concrète de la juridiction pontificale, même dans le contexte d'un pape considéré comme faible politiquement. Le pallium est, à cette époque déjà, l'instrument canonique par lequel Rome vérifie et reconnaît l'autorité métropolitaine des archevêques de la chrétienté latine.
Le synode romain de juin 1007 : un pontificat conciliaire actif
Au-delà de la confirmation de Bamberg, le synode romain de juin 1007 témoigne d'une activité conciliaire que les sources tardives sous-estiment. Il s'agit, autant que les sources permettent de le reconstituer, du principal moment législatif du pontificat — moment où le pape réunit autour de lui les évêques d'Italie centrale et de l'Italie pontificale pour les affaires majeures du moment : confirmation de privilèges monastiques, réception des plaintes ecclésiales, discipline du clergé.[90][91]
La querelle de Fleury : Gauzlin contre Sens et Orléans (vers 1007)
L'affaire la plus circonstanciée du pontificat — et la mieux documentée par les sources françaises — concerne la défense des privilèges de la grande abbaye royale de Fleury (Saint-Benoît-sur-Loire) contre la résistance de deux évêques gallicans de la province ecclésiastique de Sens.
L'abbaye de Fleury et son exemption canonique
L'abbaye Saint-Benoît-sur-Loire — fondée vers 651, reliquaire des ossements de saint Benoît rapportés du Mont-Cassin (selon la tradition) vers 660 — était devenue, depuis la réforme clunisienne du Xᵉ siècle, l'un des plus grands monastères bénédictins du royaume de France. Elle bénéficiait d'exemptions canoniques vis-à-vis de l'évêque diocésain (Orléans) et de l'archevêque métropolitain (Sens), confirmées successivement par plusieurs pontifes.[92]
L'abbé Gauzlin (1004-1030)
L'abbé en exercice est Gauzlin (latin Goslinus), demi-frère du roi de France Robert II le Pieux (996-1031), nommé abbé de Fleury en 1004, futur archevêque de Bourges à partir de 1013. Personnage de grande envergure intellectuelle, Gauzlin oriente l'abbaye vers une politique de construction ambitieuse (clocher-porche roman du XIᵉ siècle) et défend farouchement les exemptions papales contre les pressions diocésaines.[93][94]
Le double front épiscopal : Letericus de Sens, Fulk d'Orléans
Vers 1007, deux évêques de la province de Sens contestent les exemptions de Fleury :
- Letericus (Léothéric), archevêque de Sens (999-1032), évêque métropolitain auquel l'abbaye refuse la juridiction.
- Fulk (Fulco) II d'Orléans, évêque d'Orléans (vers 1003-1014), évêque diocésain dont l'abbaye dépend territorialement.
Les deux prélats tentent d'obliger Gauzlin à brûler les chartes pontificales qui fondent l'exemption — geste canoniquement grave qui constituerait une abrogation de facto des privilèges accordés par Rome.[95]
L'intervention pontificale
Informé de la situation par Gauzlin, Jean XVIII réagit avec une fermeté que rien dans le reste du pontificat ne laissait prévoir : il s'en plaint auprès d'Henri II — que Kirsch appelle « l'empereur » alors qu'en 1007 Henri n'est encore que roi de Germanie (il ne sera couronné empereur qu'en 1014) — et convoque les deux évêques à comparaître à son tribunal, sous menace de censures ecclésiastiques pour l'ensemble du royaume.[96]
« Le pape Jean XVIII fit valoir l'autorité du Siège pontifical quand l'archevêque Letericus de Sens et l'évêque Fulco d'Orléans refusèrent de laisser l'abbé Goslin de Fleury jouir des privilèges accordés par Rome, et tentèrent de lui faire brûler les chartes pontificales. Il s'en plaignit auprès de l'empereur et convoqua les deux évêques à son tribunal, sous menace de censures ecclésiastiques pour l'ensemble du royaume. » — Traduction française du texte de Johann Peter Kirsch, « Pope John XVIII », Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910 (« The pope complained of this to the emperor, and called both bishops to his tribunal under threat of ecclesiastical censures for the entire kingdom » ; Kirsch désigne Henri II comme « empereur » bien qu'il ne soit encore que roi de Germanie)[97]
Kirsch ne précise ni la nature exacte des censures menacées — il ne parle pas d'interdit formel — ni la suite donnée à la convocation : seule la menace de censures pour l'ensemble du royaume est attestée par sa notice.
Issue de l'affaire
L'issue précise de la querelle n'est pas documentée : aucune source consultée ne rapporte l'application effective des censures menacées. L'abbé Gauzlin resta en fonction jusqu'à sa mort en 1030 et l'abbaye conserva ses exemptions canoniques.[98]
La mission de saint Bruno de Querfurt aux peuples slaves (1004-1009)
L'autre grand chantier missionnaire du pontificat de Jean XVIII est la mission de saint Bruno de Querfurt — moine bénédictin saxon, disciple de saint Romuald de Ravenne — pour évangéliser les peuples païens de l'Europe orientale, en vertu de la commission reçue de Sylvestre II et exécutée sous son pontificat.[99]
Bruno de Querfurt (vers 974-1009)
Bruno naît vers 974 à Querfurt (Saxe), dans une famille noble proche de la cour ottonienne. Chapelain de l'empereur Otton III dès 996, il accompagne le souverain à Rome puis se convertit à la vie érémitique sous la direction ascétique de saint Romuald, fondateur de la réforme camaldule, dans l'ermitage de Pereum près de Ravenne (998-999). Inspiré par le martyre de son ami saint Adalbert de Prague (997) chez les Prussiens, il rédige une Vita Sancti Adalberti et s'oriente définitivement vers la mission slave.[100]
La consécration archiépiscopale de février 1004
Sous le pontificat de Sylvestre II (999-1003), Bruno reçoit en 1003 la commission missionnaire pour les peuples slaves : Sylvestre II le nomme archevêque des païens et lui confère le pallium, réservant la consécration à l'archevêque de Magdebourg. C'est sous Jean XVIII que cette commission est exécutée : en février 1004, à Magdebourg, Bruno reçoit la consécration archiépiscopale des mains de Tagino, archevêque de Magdebourg — en vertu de sa nomination comme archevêque des païens (archiepiscopus gentium), chargé d'évangéliser les peuples païens du Danube à la Baltique.[101]
Le titre de « archevêque des peuples païens » (archiepiscopus gentium) que Bruno reçoit est, à cette époque, un statut canonique exceptionnel : il s'agit d'un archevêque missionnaire sans siège fixe, dont la juridiction s'étend à toutes les terres où il pourra fonder des Églises locales. Le précédent direct est saint Adalbert de Prague, archevêque de Prague de 982 à 997, mort martyr chez les Prussiens le 23 avril 997.
Hongrie, Petchénègues, Rus' kiévienne
Entre 1004 et 1008, Bruno mène trois grandes campagnes missionnaires :
-
Hongrie magyare — où il tente de convertir le duc Ahtum à la juridiction romaine (face aux pressions byzantines) ; il y compose sa célèbre Vita Quinque Fratrum (vie des Cinq Frères) sur les ermites polonais martyrs de Mieczyslaw.[102]
-
Petchénègues — peuple turco-finnois semi-nomade entre Danube et Don ; Bruno y reste cinq mois et baptise environ trente adultes dans des conditions de précarité extrême.
-
Rus' kiévienne — où Bruno entre en contact avec le prince Vladimir Iᵉʳ (baptisé en 988) et avec la communauté chrétienne déjà établie. La présence du missionnaire romain à Kiev contraste avec l'orientation byzantine déjà prise par la Rus', mais témoigne d'une politique pontificale active pour ne pas céder le terrain oriental à Constantinople.
Le martyre du 9 mars 1009 chez les Prussiens
En fin 1008 ou début 1009, Bruno entreprend sa dernière mission : convertir les Vieux-Prussiens (Pruzzi), peuple balte païen entre la Baltique et la Vistule. Avec dix-huit compagnons, il pénètre dans le pays des Sudoves (Yatvingiens), une branche prussienne, et y prêche pendant quelques semaines. Le 9 mars 1009 — date fixée par les Annales de Quedlinbourg (VIIᵉ jour des ides de mars) ; la Catholic Encyclopedia (Meier) retient pour sa part le 14 février —, sur ordre de Zebeden, frère du chef prussien Netimer, Bruno est décapité, et la plupart de ses dix-huit compagnons sont pendus. Le duc Bolesław Iᵉʳ le Brave de Pologne rachète leurs restes et les fait transférer à Gniezno.[103][104][105]
Le martyre intervient à quelques mois seulement de la mort de Jean XVIII, sous le pontificat duquel la mission s'était déployée. Les Annales de Quedlinbourg, principale source de la date, contiennent en outre la première mention historiquement attestée du nom « Lituanie » (Litua) — ce qui fait du martyre brunonien un document fondateur non seulement de l'histoire de la mission catholique en Europe orientale, mais aussi de l'histoire baltique elle-même.[106][107]
« Saint Bruno, surnommé Boniface, archevêque et moine, fut décapité avec ses dix-huit compagnons par les païens à la frontière de la Rus' et de la Lituanie, dans la onzième année de sa conversion. » — Annales Quedlinburgenses, année 1009[108]
La portée canonique et missionnaire de la mission brunonienne
La mission accomplie sous Jean XVIII revêt trois aspects d'importance durable. Premièrement, elle prolonge la continuité missionnaire ottonienne dans une période politique troublée. Deuxièmement, elle consacre le statut canonique de l'archevêque sans siège (archiepiscopus gentium) — modèle qui sera repris par les missionnaires mendiants des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles. Troisièmement, elle prépare, par les avant-postes baltes, la future évangélisation systématique de la Prusse, de la Lituanie et de la Livonie qui sera l'œuvre des chevaliers teutoniques au XIIIᵉ siècle.
La réconciliation avec Constantinople et les diptyques byzantins
Le contexte oriental : l'éloignement progressif depuis 867
Depuis le schisme photien (867-879) et la complète restauration de la communion par Jean VIII en 879, les relations entre Rome et Constantinople étaient techniquement rétablies, mais affectées par une tension de fond qui ne cessait de se renforcer : modification romaine progressive du Credo par l'ajout du Filioque, disputes sur les juridictions d'Italie du Sud (entre Rome et les autorités byzantines de Calabre et Pouilles), divergences liturgiques croissantes. La commémoration mutuelle dans les diptyques liturgiques — listes des patriarches et papes récités au cours de chaque divine liturgie — était devenue intermittente.[109][110]
Les diptyques liturgiques : un sacrement de la communion universelle
Les diptyques ne sont pas un simple registre administratif. Ils constituent, dans la tradition orientale, l'expression liturgique majeure de la communion ecclésiale. Inscrire un patriarche ou un pape dans les diptyques signifie que le célébrant le reconnaît comme évêque légitime en communion catholique. L'omettre signifie que le célébrant rompt la communion avec lui. Pour cette raison, les diptyques sont, dans la théologie sacramentaire orientale, considérés comme équivalents canoniques d'une profession de foi de communion.[111]
La réintégration du nom de Jean XVIII (vers 1004-1009)
Sous le patriarche Serge II de Constantinople (1001-1019 — élu en juin/juillet 1001 après une vacance du siège, mort en juillet 1019), à une date non précisément documentée entre 1004 et 1009, le nom de Jean XVIII est réinscrit dans les diptyques du patriarcat byzantin. Cette réinscription est, sur le plan liturgique, un acte œcuménique documenté entre Rome et Constantinople, antérieur au schisme définitif de 1054.[112][113][114]
La portée historique de ce geste se mesure à son lointain envers : quarante-cinq ans plus tard, le 16 juillet 1054, le cardinal Humbert de Silva Candida, légat pontifical à Constantinople, excommuniera le patriarche Michel Cérulaire dans la basilique de Sainte-Sophie, en posant le décret d'excommunication sur le maître-autel. Le patriarche Michel Cérulaire répliquera par une excommunication symétrique des légats. Le schisme définitif — qui dure encore aujourd'hui — sera consommé.[115]
« Sous le patriarche Serge II, Constantinople reconnut à nouveau le pape de Rome ; le nom de Jean XVIII fut remis sur les diptyques. » — Paraphrase de Johann Peter Kirsch, « Pope John XVIII », 1910 (« In Constantinople he was recognized as Bishop of Rome […] His name appears on the diptychs of the Byzantine Church »)[116][117]
L'épitaphe de Saint-Paul-hors-les-Murs
Le fait que Jean XVIII ait obtenu cette réintégration des diptyques est suffisamment exceptionnel pour que son épitaphe à Saint-Paul-hors-les-Murs en garde trace explicite. La Catholic Encyclopedia de 1910 cite textuellement la formulation : « son épitaphe rapporte qu'il soumit les Grecs et délogea le schisme ».[118] Les notices encyclopédiques tardives qui reproduisent un distique latin pour cette épitaphe ne citent aucun texte épigraphique primaire conservé qui permettrait de le vérifier ; en l'absence de source exacte, le texte latin n'est pas repris ici — seule la version anglaise de Kirsch, adossée au Liber Pontificalis (éd. Duchesne, II, 266), est attestée.
Pour les historiens modernes (Plöchl, Mann), la formule doit être lue avec prudence : il ne s'agit pas d'une soumission canonique du patriarcat byzantin à Rome — geste qui ne se produira jamais —, mais d'une commémoration du nom du pape à Constantinople dont le caractère éphémère était sans doute déjà perçu à l'époque. L'épitaphe est, dans cette lecture, un acte de mémoire plus qu'un constat juridique : Jean XVIII a prolongé la communion universelle dans les diptyques, et c'est ce souvenir que les moines de Saint-Paul ont voulu fixer dans la pierre, conscients que la rupture redeviendrait rapidement effective.
Une communion universelle prolongée in extremis
En interprétation d'auteur, l'épisode des diptyques de Jean XVIII a une valeur typologique : il suggère que la rupture entre Rome et Constantinople n'était pas doctrinalement irréversible, que plusieurs réconciliations ont été possibles au tournant du millénaire, et que le schisme de 1054 n'est pas le résultat d'une fatalité théologique mais d'un enchaînement politique qui aurait pu être évité. C'est cette même conviction qui sous-tendra, mille ans plus tard, les efforts œcuméniques modernes : levée mutuelle des anathèmes de 1054 par Paul VI et Athénagoras au 7 décembre 1965, en clôture du concile Vatican II ; rencontres répétées entre Jean-Paul II, Benoît XVI, François et les patriarches Bartholomée Iᵉʳ et Cyrille.
L'abdication et la mort (juin-juillet 1009)
Un geste rarissime, attesté par un seul catalogue médiéval des papes (tradition dite « catalographique »)
En juin 1009, après cinq ans et six mois de pontificat, Jean XVIII pose le geste qui constitue, dans la longue durée, la plus extraordinaire originalité de son règne : il abdique volontairement du Siège apostolique et se retire au monastère bénédictin de Saint-Paul-hors-les-Murs (San Paolo fuori le Mura), à l'extérieur de Rome, pour y mourir comme simple moine.[119][120][121][122][123]
Une singularité historique
Avant Jean XVIII, les seuls précédents d'abdication pontificale sont contestés ou liés à des circonstances extraordinaires :
- Saint Pontien (230-235) abdique en 235 lors de sa déportation en Sardaigne sous la persécution de Maximin le Thrace — abdication imposée par la persécution, non un geste libre.
- Saint Marcellin (296-304) aurait renoncé au pontificat après son acte de faiblesse sous la persécution de Dioclétien (cas débattu par les historiens).
- Saint Silvère (536-537) abdique sous pression byzantine de Théodora.
Aucun de ces précédents ne correspond exactement à la situation de 1009 : Jean XVIII n'est ni persécuté, ni prisonnier, ni contraint par une autorité civile. Aucune source contemporaine ne documente une pression directe sur le pape pour le faire abdiquer. La renonciation apparaît, à la lecture des sources, comme un acte volontaire et personnel — ce qui en ferait, selon l'hypothèse majoritaire (Kirsch, Plöchl, Kelly), la première abdication pontificale libre de l'histoire ecclésiale, si la tradition de l'unique catalogue est exacte.[124][125][126]
Les motifs : un blanc des sources
Aucune source contemporaine ne précise les motifs de l'abdication. Les historiens modernes ont avancé plusieurs hypothèses :
| Hypothèse | Argument | Fragilité |
|---|---|---|
| Épuisement physique | Le pape meurt quelques semaines après l'abdication ; l'épuisement aurait précédé le retrait | Aucune source ne mentionne maladie |
| Vocation monastique authentique | Le retrait à Saint-Paul-hors-les-Murs comme simple moine suggère un appel intérieur | Compatible mais non démontré |
| Rupture avec les Crescentii | Jean II Crescentius aurait poussé le pape à abdiquer pour installer une nouvelle créature (futur Serge IV) | Plausible mais non sourcé |
| Pression d'Henri II | Le roi de Germanie aurait souhaité un pape plus favorable à ses ambitions impériales | Démentie par l'élection ultérieure de Serge IV, lui-même proche des Crescentii |
| Crise spirituelle | Conscience d'incapacité à gouverner Rome face aux factions | Lecture spirituelle plausible |
La Britannica conclut sobrement : « il finit par abdiquer pour des raisons inconnues ».[127]
« Il finit par abdiquer pour des raisons inconnues. » — Encyclopædia Britannica, « John XVIII »[128]
Le retrait à Saint-Paul-hors-les-Murs
La basilique et le monastère bénédictin de Saint-Paul-hors-les-Murs — fondés au IVᵉ siècle par Constantin sur le tombeau de l'apôtre Paul, agrandis par Théodose et Valentinien II au siècle suivant — étaient, au début du XIᵉ siècle, l'un des plus grands monastères de la Cité Éternelle. Le retrait du pape démissionnaire dans cet espace symbolique revêt une dimension spirituelle évidente : Jean XVIII choisit de mourir à côté du tombeau de l'apôtre des Gentils — figure du missionnaire universel, dont l'œuvre missionnaire de Bruno de Querfurt et la réconciliation avec Constantinople étaient comme la continuation moderne.
La mort comme moine
Quelques semaines après son abdication — entre la mi-juin et la fin juillet 1009 —, Jean XVIII meurt dans le monastère comme simple moine bénédictin. Les sources médiévales insistent sur ce point : il meurt vêtu de la cocule monastique, ayant renoncé non seulement à la tiare mais à l'ensemble des insignes pontificaux. Selon la tradition rapportée par W.M. Plöchl dans la New Catholic Encyclopedia, il est enseveli dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs — sépulture distincte de celles des autres papes (inhumés au Latran ou à Saint-Pierre), et qui souligne, jusque dans le rite funéraire, son statut singulier de pape moine.[129][130] Le tombeau lui-même n'est pas conservé : les répertoires modernes des sépultures pontificales, adossés à Wendy J. Reardon (The Deaths of the Popes, 2004), le classent comme « inconnu mais détruit », avec Saint-Paul-hors-les-Murs ou Saint-Jean-de-Latran comme hypothèses.[131]
« Jean XVIII se retira enfin à Saint-Paul-hors-les-Murs et y vécut comme moine. Il est enseveli dans le même monastère. » — W.M. Plöchl, « John XVIII, Pope », New Catholic Encyclopedia, vol. VII, p. 936 (traduit de l'anglais : « John at length retired to St. Paul-outside-the-Walls and lived there as a monk. He is buried at the same monastery »)[132]
Le débat historiographique : abdication réelle ou récit légendaire ?
Quelques notices secondaires récentes ont repris le débat sur la réalité historique de l'abdication ; à défaut de source nouvelle, il reste tributaire des limites documentaires ci-dessous.[133]
L'objection repose sur trois éléments :
- Absence de document pontifical mentionnant l'abdication.
- Très peu de chroniques de la période (Liutprand est mort, Thietmar de Merseburg n'a pas couvert ce point).
- Probabilité que la tradition ait embelli une mort en charge en une abdication héroïque, pour rendre plus édifiante la figure du pape moine.
Le consensus majoritaire des historiens modernes (Kirsch, Plöchl, Mann, Kelly) maintient néanmoins l'abdication comme fait historique probable, en raison de la cohérence des sources médiévales, de la mention du pontificat dans la tradition du Liber Pontificalis (éd. Duchesne, II, 266, cité en source par Kirsch),[134] et de la tradition continue dans l'historiographie pontificale depuis le XVIᵉ siècle.
| Source | Position sur l'abdication | Année |
|---|---|---|
| Catholic Encyclopedia (Kirsch) | Abdication réelle, retraite, mort comme moine | 1910 |
| New Catholic Encyclopedia (Plöchl) | Abdication réelle, retrait à Saint-Paul, mort comme moine | 1967 |
| Encyclopædia Britannica | Abdication confirmée, raisons inconnues | (édition récente) |
| Saint-Siège (liste officielle) | Pontificat 1003-1009, sans précision sur le mode de fin | en vigueur |
Postérité, oubli, et signification spirituelle
Le successeur : Serge IV (Pietro Boccadiporco)
Quelques semaines après la mort de Jean XVIII, le 31 juillet 1009, le clergé et le peuple romains élisent son successeur : Pietro Boccadiporco (littéralement « museau de porc » — surnom personnel), qui prend le nom pontifical de Serge IV. Ce choix d'un nouveau nom pontifical rompt avec la pratique de Jean XVIII (qui avait gardé son nom de baptême) et inaugure la systématisation du changement de nom à l'élection — pratique qui ne sera réellement universalisée qu'à partir de Léon IX (1049-1054).[135][136]
Un nom de baptême conservé : un cas rare jusqu'à Adrien VI
Jean XVIII garde son nom de baptême comme nom pontifical : élu Giovanni, il règne sous le nom de Jean XVIII. Les deux cas suivants attestés à l'époque moderne sont Adrien VI (Adriaan Florensz, 1522-1523) — dernier pape non-italien avant Jean-Paul II, d'une simplicité et d'une austérité de réformateur — et Marcel II (Marcello Cervini, 1555), qui garde de même son prénom Marcel : selon Herbert Thurston, Adrien VI est « the only pope of modern times, except Marcellus II, who retained his baptismal name ».[137]
Cette rareté onomastique fait de Jean XVIII un maillon discret dans la chaîne des papes à nom de baptême — chaîne qui aboutit, mille ans plus tard, à des figures comme Albino Luciani devenu Jean-Paul Iᵉʳ en 1978 (qui rompt précisément avec cette logique en choisissant un nom composé inédit) et Karol Wojtyła devenu Jean-Paul II en 1978 également.
Le silence du Liber Pontificalis et la rareté des sources
Le silence relatif des sources médiévales sur le pontificat de Jean XVIII est un fait historiographiquement remarquable. Le Liber Pontificalis — recueil des biographies pontificales tenu à Rome depuis le VIᵉ siècle — réduit le pontificat à quelques lignes, ne mentionne aucun acte précis, et conclut sur le retrait monastique. Aucun chroniqueur contemporain de la stature de Liutprand de Crémone (pour Jean XII) ou de Thietmar de Merseburg (pour les empereurs ottoniens) n'a écrit une biographie suivie de Jean XVIII.[138]
Cette discrétion documentaire s'explique par trois facteurs convergents :
- L'effacement politique du pape derrière les Crescentii rend ses actes non-stratégiques pour les chroniqueurs politiques.
- L'absence de grand procès, de grand scandale ou de grand concile — facteurs qui mobilisaient la production documentaire médiévale.
- La rareté générale des sources romaines du XIᵉ siècle naissant : dépression scriptorale du Latran avant la renaissance grégorienne.
Une figure de transition entre l'âge des Crescentii et l'âge salien
Pour les historiens de la papauté, Jean XVIII occupe une position de charnière : il est le dernier des papes Crescentii à avoir laissé une œuvre visible (Bamberg, Merseburg, Cantorbéry, pallia, diptyques byzantins, Bruno de Querfurt). Avec son successeur Serge IV (1009-1012) et la mort de Jean II Crescentius en 1012, l'ère Crescentii s'achève. La papauté passe alors sous la tutelle des comtes de Tusculum (1012-1044) — autre dynastie aristocratique romaine qui dominera trois pontificats consécutifs (Benoît VIII, Jean XIX, Benoît IX) avant la catastrophe des trois papes simultanés de 1045 qui appellera l'intervention d'Henri III et le début de la réforme grégorienne.
Signification spirituelle : le pape qui a choisi de devenir moine
Au-delà du bilan administratif, c'est la dimension spirituelle du dénouement de juin 1009 qui constitue l'héritage profond de Jean XVIII. Renoncer à la tiare pour mourir moine est un geste qui, dans la tradition spirituelle chrétienne, vaut plus que tous les actes pontificaux ordinaires. Mille ans plus tard, Benoît XVI — au moment d'annoncer sa renonciation le 11 février 2013 — invoquera la liberté intérieure d'un pape qui se reconnaît, devant Dieu, incapable de continuer la charge du Siège apostolique. Sans référence explicite, Jean XVIII demeure, dans la longue durée, un précoce témoin médiéval de cette possibilité spirituelle — si l'on suit l'hypothèse majoritaire sur son abdication.
« Pour cela, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d'Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre. » — Benoît XVI, Declaratio du 11 février 2013, prononcée en latin lors du consistoire pour la canonisation des martyrs d'Otrante[139]
Pour la tradition catholique, la chaîne de cette possibilité remonte donc, à travers Célestin V (1294) et — plus discrètement — Jean XVIII (1009), à une conviction théologique fondamentale : le pape est serviteur, non propriétaire de la charge apostolique. Il peut, en conscience, la rendre quand il discerne qu'un autre la portera mieux. Ce principe, mis en pleine lumière par Benoît XVI au XXIᵉ siècle, avait traversé silencieusement le deuxième millénaire dans des vies cachées — dont la première, peut-être, est celle d'un pape oublié du début du XIᵉ siècle, mort moine dans le monastère de l'apôtre Paul.
Pour aller plus loin
- Pape Jean XVII (juin-novembre 1003) — prédécesseur immédiat, marié et père de trois ecclésiastiques.
- Pape Serge IV (1009-1012) — successeur, Pietro Boccadiporco, dernier pape de l'ère Crescentii.
- Pape Sylvestre II (999-1003) — premier pape français, Gerbert d'Aurillac, mathématicien et théologien.
- Pape Jean XII (955-964) — grand pape scandaleux du saeculum obscurum.
- La famille Crescentii — dynastie romaine qui contrôla la papauté de 974 à 1012.
- Saint Henri II (roi 1002, empereur 1014) — fondateur de Bamberg et de Merseburg restauré.
- Saint Bruno de Querfurt (vers 974-1009) — missionnaire martyr, fondateur de la mission balte.
- Saint Aelfheah de Cantorbéry (vers 953-1012) — archevêque martyr sous les Vikings danois.
- Abbaye Saint-Benoît-sur-Loire — grande abbaye royale fleurissante au début du XIᵉ siècle.
- Le schisme entre Rome et Constantinople (1054) — rupture définitive, quarante-cinq ans après les diptyques de Jean XVIII.
- La renonciation pontificale — histoire et théologie d'un geste rare dans l'Église catholique.
Notes et références
Sur la numérotation du patrice : l'article retient Jean II Crescentius (italien Giovanni II Crescenzi) d'après Antonio Sennis (Treccani, 2000) et la notice anglophone actuelle John Crescentius — numérotation également employée par la notice anglophone Pope John XVIII[^wiki-jean-xviii] ; la forme Jean Crescentius III (italien Giovanni III Crescenzio), employée par une partie de l'historiographie — notamment la notice John XVII de la New Catholic Encyclopedia (« made pope by the patricius Crescentius III ») et le dictionnaire des cardinaux de S. Miranda (« Giovanni III Crescenzio »)[^miranda-fasano] —, désigne le même homme : le fils de Crescentius le Nomentan, Patricius Romanorum de 1002 à sa mort au printemps 1012.
1 49Thietmar de Merseburg, Chronicon, VI, 58 — récit du martyre de Bruno de Querfurt et de ses compagnons chez les Prussiens en 1009 (cité par Meier, « St. Bruno of Querfurt », 1908 : « Thietmar of Merseburg gives a brief account of him in his Chronicle, VI, 58 »).
2 9 21 61 65 66 67 71 73 105 107Saint-Siège, « Jean XVIII », page officielle du souverain pontife, vatican.va — « 141e Pape de l'Église catholique », pontificat 25.XII.1003 – VI/VII.1009, nom de naissance Jean Fasano, né à Rome — texte vérifié le 4 octobre 2026.
3 52Johann Peter Kirsch, « Pope John XVIII (XIX) », The Catholic Encyclopedia, vol. VIII, New York, Robert Appleton Company, 1910, en ligne sur New Advent.
4 6 13 16 17 22 24 27 29 31 33 37 42 43 44 54 55 59 63 68 76 77 78 83 85 87 88 90 94 95 96 97 109 112 116 118 119 125 130 134 136W.M. Plöchl, « John XVIII, Pope », New Catholic Encyclopedia, vol. VII, 2ᵉ éd., Detroit, Gale / Catholic University of America, 2003, p. 936, repris en ligne sur Encyclopedia.com — texte vérifié le 4 octobre 2026 sur cette reproduction : « He somewhat strengthened papal authority by the restoration of the episcopal See of Merseburg in 1004. In 1007 he confirmed the foundation of the bishopric of Bamberg [...] He also conferred the pallium on Abp. Meingaudus of Trier and Elphege (d. 1012) of Canterbury [...] He bestowed papal protection on the abbey of Saint-Benoît-sur-Loire, and he definitely opposed the pretensions of Abp. Letericus of Sens and Bp. Fulco of Orléans [...] John at length retired to St. Paul-outside-the-Walls and lived there as a monk. He is buried at the same monastery » ; bibliographie citant notamment Kelly, Oxford Dictionary of Popes, pp. 138-139.
5 7 15 23 26 34 38 53 56 57 60 64 69 75 80 84 86 89 91 113 120 129 132 138Gabriel Meier, « St. Bruno of Querfurt », The Catholic Encyclopedia, vol. III, New York, Robert Appleton Company, 1908, en ligne sur Wikisource — « Sylvester II made him archbishop over the heathen […] Bruno was consecrated in February, 1004, by Archbishop Tagino of Magdeburg » ; martyre avec ses dix-huit compagnons « on the borders of Russia », raconté d'après Thietmar de Merseburg (« gives a brief account of him in his Chronicle, VI, 58 ») — Meier ouvre sa notice par « died 14 February, 1009 » : le 14 février est la date qu'il retient, contre le 9 mars des Annales de Quedlinbourg.
8 99 100 101 102 103Annales Quedlinburgenses, année 1009, édition de Monumenta Germaniae Historica (MGH), Scriptores III, p. 80 — première mention attestée du nom Litua (Lituanie) dans le contexte du martyre de Bruno. Texte original latin : « Sanctus Bruno qui cognominatur Bonifacius archiepiscopus et monachus XI suae conversionis anno in confinio Rusciae et Lituae a paganis capite plexus cum suis XVIII, VII. Martii petiit coelos » (« ... entra au ciel le 9 mars »).
10 104 106 108Joseph Lins, « Bamberg », The Catholic Encyclopedia, vol. II, New York, Robert Appleton Company, 1907, en ligne sur New Advent — texte intégral vérifié le 4 octobre 2026 : « In 1008, after long negotiations with the Bishops of Würzburg and Eichstätt, who were to cede portions of their dioceses, the boundaries of the new diocese were defined, and John XVIII granted the papal confirmation in the same year » ; et : « Pope Benedict VIII during his visit to Bamberg (1020) placed the diocese in direct dependence on the Holy See » ; cathédrale consacrée le 6 mai 1012.
11 25 70 72 74 79 81 82Steven Runciman, The Eastern Schism : A Study of the Papacy and the Eastern Churches during the XIth and XIIth Centuries, Oxford, Clarendon Press, 1955 — étude de référence sur la période ; New Catholic Encyclopedia, article « Eastern Schism », repris sur Encyclopedia.com — texte vérifié le 4 octobre 2026 : « In 1009 Pope Sergius IV (1009–12) sent a letter to Constantinople, announcing his elevation to the Roman see. It was rejected by Patriarch Sergius II (999–1019) because it contained the filioque. Sergius IV's predecessor, John XVIII (1004–9), was the last pope to be commemorated in the Constantinopolitan diptychs » ; Milton V. Anastos — la rupture définitive se place peu après 1009, dernière année où le nom d'un pape romain, Jean XVIII (1003-1009), est ainsi enregistré à Constantinople — Dates effectives de Serge II : élu en juin/juillet 1001 après une vacance du siège de près de trois ans, mort en juillet 1019 (Jean Skylitzès, Synopsis des histoires ; listes patriarcales) : la NCE arrondit ici en « 999–1019 ».
12 14 28 110 111 114 115 117Encyclopædia Britannica, « John XVIII (or XIX) », en ligne — consulté juin 2026.
18 121 127 128John Norman Davidson Kelly, The Oxford Dictionary of Popes, 2ᵉ éd., Oxford University Press, 2010, entrée « John XVIII (1003-1009) ».
19 30 122 124 133 135Wikipedia (en anglais), « Papal renunciation », en ligne — Jean XVIII : « Renunciation documented only in one catalog of popes » — consulté octobre 2026.
20 32 123 126David M. Cheney, « Pope John XVIII (Fasano) », base de données privée Catholic-Hierarchy.org — sans statut officiel ; à ne pas confondre avec The Cardinals of the Holy Roman Church de Salvador Miranda (cardinals.fiu.edu) — consultée juin 2026.
35 36 46Wikipédia (en), art. Pope John XVIII, en ligne — « His father was a priest, either named Leo according to Johann Peter Kirsch, or Ursus according to Horace Kinder Mann » ; le même article retient la numérotation « John II Crescentius » pour le patrice — texte vérifié le 5 octobre 2026.
39Salvador Miranda, « Fasano (?-June or July 1009) », The Cardinals of the Holy Roman Church — Biographical Dictionary, Florida International University, en ligne — « Birth. (No date found), Rome. Son of Ursus (or Leo), who became a priest, and Stefania » — texte vérifié le 5 octobre 2026.
40 45Johann Peter Kirsch, « Pope John XVII », The Catholic Encyclopedia, vol. VIII, 1910, en ligne sur New Advent — note que Jean XVII « avait été marié et avait trois fils qui devinrent également ecclésiastiques ».
41 47Francis Schaefer, « Crescentius », The Catholic Encyclopedia, vol. IV, New York, Robert Appleton Company, 1908, en ligne sur New Advent — « The same is true of his three immediate successors: John XVII (1003), John XVIII (1003-09), and Sergius IV (1009-12), all of whom were appointed through the influence of John Crescentius. The patricius himself died in the spring of the year 1012 » — texte vérifié le 4 octobre 2026.
48 50 51Horace Kinder Mann, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, vol. V (The Popes in the Days of Feudal Anarchy, Formosus to Damasus II, 891-1048), Londres, Kegan Paul, Trench, Trübner, 1925 — seconde partie (999-1048) : notices de Sylvestre II à Damase II, dont Jean XVIII (1003-1009).
58Philipp Jaffé, Regesta Pontificum Romanorum, t. I, 2ᵉ éd. (revue par Löwenfeld, Kaltenbrunner et Ewald), Leipzig, Veit, 1885, pp. 501-503 — regestes des actes du pontificat de Jean XVIII, cités en source par Kirsch (Catholic Encyclopedia, 1910) : « JAFFÉ, Regesta, I (2nd ed.), 501-3 » — texte de la notice Kirsch vérifié le 4 octobre 2026 sur New Advent.
62André de Fleury (moine de Fleury), Vita Gauzlini, abbatis Floriacensis monasterii, édité par Robert-Henri Bautier et Gillette Labory, Vie de Gauzlin, abbé de Fleury, Paris, CNRS, 1969 — source primaire sur l'abbé Gauzlin et la querelle avec Sens-Orléans.
92 93 98Wendy J. Reardon, The Deaths of the Popes, Jefferson (N.C.), McFarland, 2004, entrée Jean XVIII : tombeau non conservé (« unknown but destroyed »), hypothèses Saint-Paul-hors-les-Murs ou Saint-Jean-de-Latran.
131Herbert Thurston, « Pope Adrian VI », The Catholic Encyclopedia, vol. I, New York, Robert Appleton Company, 1907, en ligne sur New Advent — « the only pope of modern times, except Marcellus II, who retained his baptismal name » (Adrien VI, 1522-1523 ; Marcel II, 1555).
137Benoît XVI, Declaratio du 11 février 2013 (prononcée en latin), texte officiel sur vatican.va.
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