Stanislas Kostka (en polonais Stanisław Kostka, 1550-1568) est un novice de la Compagnie de Jésus, jeune noble polonais mort à Rome à dix-sept ans, l'un des saints les plus aimés de la génération qui suivit la fondation de l'ordre par saint Ignace de Loyola. Sa vie tient tout entière en quelques années, mais elle a la densité d'un éclair : un adolescent qui, pour suivre sa vocation, traverse à pied l'Europe centrale, du Danube au Tibre, contre la volonté de toute sa famille.[1][2]
Né dans la haute noblesse de Mazovie, élevé au collège jésuite de Vienne, il y reçoit pendant une grave maladie deux grâces mystiques décisives : la communion apportée par les anges en compagnie de sainte Barbe, puis une apparition de la Vierge Marie qui lui ordonne d'entrer dans la Compagnie de Jésus.[3][4] Empêché par son père et par la rudesse de son frère aîné, il s'enfuit de Vienne le 10 août 1567, déguisé en pèlerin, et gagne Rome au terme d'une marche de plus d'un millier de kilomètres, mendiant son pain en chemin.[5][6][7]
Accueilli à Dillingen par saint Pierre Canisius, provincial des jésuites d'Allemagne, puis admis au noviciat romain de Saint-André par le supérieur général saint François Borgia, il ne vivra que dix mois de vie religieuse. Sa devise résume l'élan de toute son existence : « Ad maiora natus sum », « Je suis né pour de plus grandes choses ».[8] Pressentant sa fin, il écrit une lettre à la Vierge pour lui demander de venir le chercher le jour de l'Assomption : il meurt précisément le 15 août 1568.[9][10]
Premier jésuite béatifié (1605), canonisé en 1726 avec saint Louis de Gonzague, Stanislas Kostka est devenu le patron des novices et des jeunes gens. Le pape François a fait de sa courte vie le modèle d'une jeunesse qui « ne court pas à l'aveugle » mais sait discerner le but : la sainteté.[11] Son corps repose dans l'église romaine de Sant'Andrea al Quirinale, où la célèbre statue de marbre de Pierre Le Gros le montre étendu sur son lit de mort, le visage en paix.[12]
Une vie de dix-sept ans : repères chronologiques
La biographie de Stanislas tient en moins de dix-huit années, dont les dernières sont marquées par une succession rapide d'épreuves et de grâces. La chronologie suivante en donne la trame.
- 28 octobre 1550Naissance à Rostkowo
Stanislas naît au château familial de Rostkowo, en Mazovie, deuxième des sept enfants de Jan Kostka, sénateur du royaume de Pologne, et de Małgorzata Kryska.[13]
- 25 juillet 1564Le collège jésuite de Vienne
- fin 1566La maladie et les visions
- 10 août 1567La fuite de Vienne
- septembre 1567Pierre Canisius à Dillingen
- 25 octobre 1567Arrivée à Rome
Après une marche de plus d'un millier de kilomètres, épuisé, il atteint Rome et se présente au supérieur général saint François Borgia.[22]
- 28 octobre 1567Entrée au noviciat de Saint-André
- 15 août 1568La mort, le jour de l'Assomption
Après une dizaine de mois de noviciat exemplaire, terrassé par la fièvre, il meurt vers quatre heures du matin, le jour de l'Assomption qu'il avait demandé à la Vierge.[25][26]
L'enfant de Rostkowo
Une grande famille de la noblesse de Mazovie
Stanislas Kostka naît le 28 octobre 1550 au château de Rostkowo, près de Przasnysz, dans la province de Mazovie au cœur du royaume de Pologne.[27] Son père, Jan Kostka, appartient à l'une des familles les plus considérables du pays : il est sénateur du royaume et castellan de Zakroczym, c'est-à-dire gouverneur royal d'une place forte. Sa mère, Małgorzata Kryska (Marguerite de Drobnin Kryska), est apparentée par le sang aux ducs palatins de Mazovie.[28][29] Stanislas est le deuxième de sept enfants ; son frère aîné, Paweł (Paul), partagera son éducation et jouera dans sa vie un rôle douloureux.
L'éducation reçue à la maison est sévère et profondément chrétienne, marquée par l'exigence de piété, de modestie et de tempérance.[30] Cette atmosphère de noblesse catholique polonaise, encore préservée des troubles religieux qui déchirent l'Empire voisin, forme chez l'enfant une sensibilité religieuse précoce et un sens aigu de la pureté.
Une sensibilité d'une délicatesse extrême
La tradition hagiographique rapporte que le jeune Stanislas avait une horreur physique du mal et de l'impureté : il lui arrivait, dit-on, de s'évanouir lorsqu'il entendait, dans les conversations mondaines, des propos grossiers ou licencieux.[31][32] Loin d'être une fragilité maladive, ce trait dit la transparence d'une âme déjà tout entière tournée vers Dieu. Le biographe jésuite Daniello Bartoli, au XVIIᵉ siècle, voit dans cette délicatesse le signe d'une vocation à la sainteté reçue dès l'enfance, comme une greffe précoce de la grâce sur un naturel généreux.[33]
Cet enfant pieux n'est pourtant ni triste ni replié : les témoins insistent au contraire sur son amabilité et la gaieté de son visage, qui le rendaient aimé de ses condisciples.[34] La sainteté, chez lui, n'est jamais une crispation ; elle est le rayonnement d'une jeunesse heureuse d'appartenir à Dieu.
Les années de Vienne (1564-1567)
Le collège jésuite et la Congrégation de Sainte-Barbe
Le 25 juillet 1564, Jan Kostka envoie ses deux fils Paul et Stanislas, accompagnés de leur précepteur Jan Biliński, étudier au collège des jésuites de Vienne, alors l'un des foyers de la jeune Compagnie en Europe centrale.[35][36] Stanislas y poursuit pendant près de trois ans les études classiques — latin, grec, rhétorique — et s'y fait remarquer par une ferveur croissante. Il s'inscrit à la Congrégation de Sainte-Barbe, une sodalité mariale et eucharistique animée par les jésuites, qui structure sa vie de prière et le place sous le patronage de la sainte martyre.[37] Ce détail, apparemment secondaire, prend bientôt une importance décisive.
Lorsque, après quelques mois, le pensionnat ferme et que les frères doivent loger en ville chez un logeur luthérien nommé Kimberker, Stanislas se retrouve dans un milieu hostile à sa foi — première épreuve d'un long combat entre sa vocation et son entourage.[38]
La maladie et la communion des anges
Vers la fin de l'année 1566, Stanislas tombe gravement malade. Sentant le danger, il réclame le viatique — la communion des mourants. Mais son frère Paul ne croit pas la maladie sérieuse, et surtout le logeur luthérien refuse qu'un prêtre catholique entre dans sa maison.[39][40] Privé du sacrement qu'il désire par-dessus tout, le jeune homme se tourne alors vers la patronne de sa congrégation, sainte Barbe, à qui la dévotion attribue précisément la grâce de ne pas mourir sans communion.
Selon le récit qu'il fera plus tard lui-même à un compagnon novice, sainte Barbe lui apparaît, accompagnée de deux anges qui lui apportent la sainte Eucharistie.[41][42] Ce récit vient des confidences du saint lui-même, faites à son précepteur puis à un compagnon novice à Rome ; au procès de béatification, son frère Paul déposa sur son dévouement total aux choses spirituelles, et le Saint-Siège ratifia le verdict populaire en le béatifiant en 1605.[43] Il n'a rien d'isolé dans l'histoire de la sainteté : la communion miraculeuse de mourants privés de prêtre est un motif récurrent de l'hagiographie, et il s'accorde ici parfaitement avec la dévotion eucharistique ardente de Stanislas.
La Vierge et l'appel à la Compagnie de Jésus
À la vision de sainte Barbe succède, dans la même maladie, une grâce plus haute encore. La Vierge Marie, portant l'Enfant Jésus, lui apparaît ; elle dépose un instant l'Enfant dans ses bras, lui rend la santé, et lui signifie sa volonté : qu'il entre dans la Compagnie de Jésus.[44][45] Cette parole oriente désormais toute sa vie.
La tradition jésuite résume ainsi le sens de cette parole : Marie l'appelait à entrer dans la Compagnie de Jésus.[46]
L'ordre marial place aussitôt l'adolescent devant un obstacle redoutable. À Vienne, le provincial jésuite hésite à l'admettre sans le consentement de son père ; or Jan Kostka, qui rêve pour son fils d'une grande carrière dans la noblesse polonaise, ne tolérera jamais qu'il se fasse simple religieux.[47] La vocation de Stanislas devient ainsi un combat : non contre Dieu, mais contre les ambitions du monde incarnées par sa propre famille.
Le martyre domestique : la dureté de son frère Paul
Cette tension explose dans la vie quotidienne sous la forme des mauvais traitements que lui inflige son frère aîné. Paul, esprit mondain et emporté, supporte mal la piété de Stanislas, qu'il juge excessive et humiliante pour leur rang ; il le rudoie, le frappe parfois, le couvre de moqueries.[48][49] Stanislas endure longtemps cette persécution domestique avec une patience remarquable, jusqu'au jour où, poussé à bout, il avertit son frère, en substance, que ses brutalités finiraient par le faire partir pour ne jamais revenir.[50]
La suite donnera raison à cet avertissement. Bien des années plus tard, Paul Kostka, devenu un homme mûr et repentant de sa dureté envers un frère devenu saint, témoignera au procès de béatification de 1605 : le persécuteur d'hier deviendra l'un des artisans de la gloire posthume de sa victime.[51]
La grande course vers Rome (1567)
La fuite de Vienne, 10 août 1567
Comprenant que ni son père ni les jésuites de Vienne, liés par la prudence, ne lui permettront d'entrer dans la Compagnie sur place, Stanislas prend une décision d'une audace stupéfiante pour un adolescent de seize ans : rejoindre Rome à pied, là où le supérieur général pourra l'admettre librement. Au petit matin du 10 août 1567, il quitte secrètement Vienne, déguisé en pèlerin ou en pauvre, et prend la route vers l'ouest pour échapper à la poursuite de son frère.[52][53]
La tradition rapporte un épisode resté célèbre : lancé sur ses traces, Paul aurait croisé son frère sur la route sans le reconnaître sous ses habits misérables, comme si une protection mystérieuse couvrait le fugitif.[54] L'image dit assez la rupture : pour suivre l'appel reçu de la Vierge, Stanislas accepte de tout perdre — rang, famille, sécurité — et de se faire mendiant de Dieu.
Pierre Canisius à Dillingen
Sa marche le conduit d'abord à Augsbourg, puis à Dillingen, en Bavière, où réside saint Pierre Canisius, l'un des plus grands artisans de la Réforme catholique en Allemagne et provincial de la Compagnie pour l'Allemagne supérieure.[55][56] Canisius, fin discernateur des âmes, ne se laisse ni éblouir ni attendrir : il éprouve la vocation du jeune homme en lui faisant rendre, quelque temps, les services les plus humbles dans la maison jésuite de Dillingen.
Convaincu de l'authenticité de l'appel mais jugeant Stanislas encore trop proche de la Pologne et de la menace paternelle, Canisius prend la décision décisive : il l'envoie à Rome, muni d'une lettre de recommandation pour le supérieur général.[57][58] Ce relais entre deux futurs saints — Canisius docteur de l'Église, Stanislas patron des novices — est l'un des plus beaux maillons de la chaîne de sainteté de la première Compagnie.
Plusieurs centaines de kilomètres à pied
De Dillingen à Rome, Stanislas franchit à pied les Alpes et l'Italie — la Catholic Encyclopedia de 1912 évalue l'ensemble du trajet depuis Vienne à « five hundred leagues », cinq cents lieues —, sans équipage ni guide, mendiant son pain le long de la route.[59][60] Il atteint enfin Rome le 25 octobre 1567, épuisé par le voyage.
Le pape François a magnifiquement résumé cette traversée en l'élevant au rang de symbole de toute vie chrétienne :
« Le parcours de sa courte vie, commencé à Rostkowo en Mazovie, à travers Vienne puis jusqu'à Rome, peut se comparer à une grande course de fond vers le but de la vie de tout chrétien, qui est la sainteté. » — Pape François, Message pour le 450ᵉ anniversaire de la mort de saint Stanislas Kostka, 15 août 2018[61]
François Borgia et l'entrée dans la Compagnie
À Rome, Stanislas se présente au supérieur général de la Compagnie, saint François Borgia, ancien duc de Gandie devenu le troisième général de l'ordre.[62] Borgia, voyant l'épuisement du jeune voyageur, attend quelques jours avant de l'admettre. Puis, le 28 octobre 1567, jour des dix-sept ans de Stanislas, il le reçoit dans la Compagnie de Jésus au noviciat de Sant'Andrea al Quirinale.[63][64] Le rêve de l'adolescent, contre lequel s'étaient ligués son père, son frère et toute la prudence du monde, devient enfin réalité. Il lui reste dix mois à vivre.
Dix mois de noviciat à Saint-André
Le novice modèle
Confié au maître des novices Giulio Fazio, Stanislas mène pendant dix mois une vie de noviciat d'une ferveur exemplaire, « modèle et miroir de la perfection religieuse » selon ses biographes.[65][66] Les témoins s'accordent sur le rayonnement de sa joie, la pureté de son comportement et son esprit de service, qui frappaient aussi bien ses compagnons que ses supérieurs.[67] Il n'accomplit rien d'extraordinaire au regard du monde : il prie, il obéit, il sert ; mais il le fait avec une intensité d'amour qui fera dire à l'Église qu'on peut devenir grand saint en très peu de temps, pourvu qu'on aime parfaitement.
Ad maiora natus sum : né pour de plus grandes choses
La maxime que la tradition attache au nom de Stanislas Kostka résume tout son esprit : « Ad maiora natus sum », « Je suis né pour de plus grandes choses ».[68] La formule n'est pas un cri d'ambition mondaine ; elle en est exactement l'inverse. Pour le fils du sénateur de Mazovie, les plus grandes choses ne sont ni le rang, ni la carrière, ni l'honneur que sa famille lui destinait, mais Dieu seul et la béatitude éternelle. Tout ce que le monde appelle grand, Stanislas l'a tenu pour trop petit.
Le pape François a fait de cette devise le cœur de son message aux jeunes de 2018, y voyant une leçon de liberté :
« La liberté n'est pas une course aveugle, mais la capacité de discerner le but et de chercher les meilleurs chemins pour l'atteindre. Saint Stanislas vous apprend à ne pas avoir peur du risque et à rêver du vrai bonheur, dont la source et la garantie sont Jésus-Christ. » — Pape François, Message pour le 450ᵉ anniversaire, 15 août 2018[69]
L'incendie d'amour
Plusieurs témoignages rapportent chez le jeune novice un phénomène mystique connu des annales de la sainteté sous le nom d'incendium amoris, l'incendie d'amour : une chaleur intérieure si intense que Stanislas devait, dit-on, appliquer des linges froids sur sa poitrine pour la supporter.[70][71] Un témoin raconte l'avoir vu descendre au jardin par un jour d'hiver glacial et l'avoir entendu dire, en substance, qu'il brûlait.[72]
Cette ardeur n'avait qu'un objet : Dieu, et la Vierge à laquelle il devait sa vocation. Son désir du Ciel était devenu si vif, notent les mêmes sources, que la vie sur la terre lui était devenue comme odieuse — non par mépris du monde, mais par impatience d'amour.[73]
Une mort choisie : le 15 août 1568
La lettre à la Vierge
Au début du mois d'août 1568, Stanislas confie à ses compagnons un pressentiment : il ne verra pas la fin du mois. Sa dévotion mariale lui inspire alors un geste d'une audace filiale : il écrit une lettre à la Vierge Marie, la suppliant de venir le chercher pour la fête de son Assomption, le 15 août, et garde ce billet sur lui.[74][75] La hardiesse de la demande dit la confiance d'un fils sûr de l'amour de sa Mère.
Le 10 août, fête de saint Laurent, à qui il était particulièrement dévot, Stanislas est saisi d'une forte fièvre.[76] Loin de s'en alarmer, il y voit l'exaucement de sa prière.
La nuit de l'Assomption
Dans la nuit du 14 au 15 août 1568, entouré de ses frères jésuites, Stanislas s'éteint paisiblement, « en prononçant de pieuses paroles à Dieu, aux saints et à la Vierge Marie », vers quatre heures du matin, au moment où l'Église célèbre l'Assomption qu'il avait demandée.[77][78] Il avait dix-sept ans et n'était entré en religion que depuis dix mois. Les témoins rapportent que son visage, après la mort, « resplendissait de la plus sereine lumière ».[79]
La coïncidence entre la date qu'il avait demandée et celle de sa mort frappa aussitôt les esprits et fonda sa réputation de sainteté. La Vierge, à laquelle il devait sa vocation, semblait l'avoir exaucé jusqu'au jour près.
Spiritualité de saint Stanislas Kostka
L'amour de la Vierge Marie
Toute la vie spirituelle de Stanislas est marquée du sceau de la dévotion mariale. C'est la Vierge qui lui a indiqué sa vocation ; c'est à elle qu'il remet le moment de sa mort. La tradition lui attribue une prière d'offrande à Marie, qu'il aurait portée sur lui et par laquelle il offrait à Marie son travail, ses souffrances, son esprit et son cœur.[80]
Cette tendresse filiale envers la Mère de Dieu rattache Stanislas à toute une lignée de saints de la jeunesse qui ont trouvé en Marie le chemin le plus court vers Dieu. Elle annonce déjà, à deux siècles de distance, la « voie d'enfance » spirituelle qui fleurira chez d'autres jeunes saints.
Le Ciel comme patrie
Le trait le plus saisissant de sa spiritualité est l'intensité de son désir du Ciel. Pour Stanislas, la vie présente n'est pas une fin mais un seuil ; sa devise « Ad maiora natus sum » signifie d'abord cela : l'homme est fait pour Dieu, et rien sur la terre ne peut combler un cœur créé pour l'éternité. Cette tension n'a rien de morbide : elle est l'expression d'un amour qui, ayant goûté son objet, ne supporte plus le délai. C'est en ce sens que les saints ont pu parler à son propos d'incendium amoris, cet incendie d'amour qui le faisait littéralement « brûler ».
Une sainteté de la jeunesse
Stanislas Kostka démontre, par sa seule existence, une vérité chère à l'Église : la sainteté n'attend pas le nombre des années. Mort à dix-sept ans, après dix mois de vie religieuse, il est canonisé au même rang que les grands docteurs et fondateurs de son temps. Il inaugure ainsi une galerie de jeunes saints jésuites — saint Louis de Gonzague, mort à vingt-trois ans en soignant les pestiférés, puis, beaucoup plus tard, le bienheureux Jean Berchmans — qui ont fait de la perfection ordinaire, vécue avec un amour extraordinaire, leur unique programme.
Béatification, canonisation et culte
Le premier jésuite porté aux autels (1605)
La réputation de sainteté de Stanislas fut immédiate et ne cessa de croître. Dès 1605, le pape Paul V le béatifia — faisant de lui, avec son cadet en sainteté, le premier membre de la Compagnie de Jésus élevé à l'honneur des autels, avant même son fondateur Ignace de Loyola, canonisé seulement en 1622.[81][82] Au procès de béatification, le témoignage de son frère Paul Kostka, repenti, eut une force particulière.
La canonisation de 1726
Plus d'un siècle plus tard, le 31 décembre 1726, le pape Benoît XIII inscrivit Stanislas Kostka au catalogue des saints, le même jour que saint Louis de Gonzague.[83][84] Les deux jeunes jésuites, modèles de pureté et de ferveur, furent dès lors associés dans le culte et proposés ensemble comme patrons de la jeunesse étudiante et des novices.
Reliques, iconographie et patronage
Le corps de saint Stanislas repose à Rome dans l'église Sant'Andrea al Quirinale, sur le lieu même de son noviciat. La chambre où il mourut a été transformée en chapelle, et le sculpteur français Pierre Le Gros le Jeune y réalisa, vers 1702-1703, une saisissante statue de marbre polychrome le représentant étendu sur son lit de mort — l'une des images les plus célèbres et les plus émouvantes du baroque romain.[85] L'iconographie le montre habituellement en jeune jésuite imberbe tenant l'Enfant Jésus que la Vierge déposa dans ses bras, ou un lys, symbole de sa pureté.
Saint Stanislas Kostka est aujourd'hui le patron des novices jésuites, des étudiants et des jeunes gens, ainsi que l'un des saints patrons de la Pologne, où sa mémoire reste très vivante.[86] La piété populaire l'invoque traditionnellement contre les palpitations et les maladies graves, en mémoire de la fièvre qui l'emporta.[87] Sa fête se célèbre le 13 novembre dans le calendrier de la Compagnie, et le 15 août, jour de sa mort, dans le Martyrologe romain.[88]
Postérité : le saint des jeunes
Quatre siècles et demi après sa mort, Stanislas Kostka demeure une figure d'une étonnante actualité. Le 450ᵉ anniversaire de sa mort, en 2018, fut marqué en Pologne par une grande année jubilaire et par le message du pape François à la jeunesse, qui fit de lui le patron d'une génération invitée à « courir vers la sainteté » sans peur du risque.[89][90]
Sa leçon est simple et radicale : on peut être jeune, noble, promis aux plus belles carrières du monde, et tenir tout cela pour peu de chose au regard de l'unique nécessaire. « Ad maiora natus sum » — je suis né pour de plus grandes choses — n'est pas la devise d'un ambitieux, mais celle d'un saint qui a compris, à dix-sept ans, que la seule grandeur durable est celle de l'amour de Dieu. En cela, le petit novice de Mazovie rejoint les plus grands maîtres de la spiritualité de la Réforme catholique, de saint Ignace de Loyola à sainte Thérèse d'Avila : la sainteté n'est pas affaire de durée, mais d'intensité.
Pour aller plus loin
- Sur l'ordre qui le forma et son fondateur : Saint Ignace de Loyola et La fondation de la Compagnie de Jésus.
- Sur le maître qui l'éprouva à Dillingen : Saint Pierre Canisius, docteur de l'Église.
- Sur le supérieur général qui l'admit à Rome : Saint François Borgia.
- Sur son frère de sainteté et de canonisation : Saint Louis de Gonzague.
- Sur l'autre grand jésuite missionnaire de sa génération : Saint François Xavier.
- Sur le contexte spirituel de son siècle : La Contre-Réforme catholique et le Concile de Trente.
Notes et références
Francis Van Ortroy, « St. Stanislas Kostka », dans The Catholic Encyclopedia, vol. 14, Robert Appleton Company, New York, 1912 — notice sur newadvent.org. Synthèse savante de référence sur la vie, les dates et le culte du saint.
1 3 5 13 14 16 20 22 27 28 30 34 35 37 39 41 43 44 50 51 55 57 59 62 70 76 77 79 81Stanislas Kostka, encyclopédie Wikipédia en français (consultée en 2026) — données biographiques, reliques de Sant'Andrea al Quirinale et statue de Pierre Le Gros le Jeune, patronages et fête liturgique.
2 12 29 67 82 85 86Stanislaus Kostka, encyclopédie Wikipédia en anglais (consultée en 2026) — récit des visions de Vienne, des mauvais traitements de son frère Paul, de la fuite du 10 août 1567 et de la devise Ad maiora natus sum.
4 6 17 18 23 31 38 40 45 46 48 52 54 60 63 83Saint Stanislas Kostka, La newsletter des jésuites de France, jesuites.com — présentation de la fuite de Vienne, de la marche vers Rome et de la figure du jeune novice patron des vocations.
7 19 53Pape François, Message pour le 450ᵉ anniversaire de la mort de saint Stanislas Kostka, 15 août 2018 — texte intégral sur vatican.va. Sur la « grande course de fond vers la sainteté », la devise Ad maiora natus sum et la liberté chrétienne. Texte original italien : « Ad maiora natus sum ».
8 11 61 68 69 89Stanislas Kostka brûle d'amour pour Dieu (+1568), 1000 raisons de croire / Codex Dei (mariedenazareth.com), relais documentaire — sur l'incendium amoris, le désir du Ciel, la lettre à la Vierge demandant de mourir le jour de l'Assomption et l'offrande à Marie.
9 25 71 72 73 74 80« Kostka, Stanislaus, St. », dans New Catholic Encyclopedia / Encyclopedia.com (s'appuyant sur les travaux de D. Bartoli, J. E. Kerns et J. Majkowski) — chronologie, maladie de Vienne, rôle de Pierre Canisius et de François Borgia, maître des novices Giulio Fazio, mort par fièvre.
10 15 21 24 26 32 36 42 47 49 56 58 64 65 75 78 84Daniello Bartoli, s.j. (1608-1685), Della vita e miracoli del beato Stanislao Kostka — biographie hagiographique classique du saint au XVIIᵉ siècle, par l'historien officiel de la Compagnie de Jésus ; source narrative de référence pour la tradition jésuite, à manier avec le discernement dû au genre hagiographique.
33« St. Stanislaus Kostka », notice de saint sur EWTN, ewtn.com — sur le noviciat « modèle et miroir de la perfection religieuse », le patronage des novices et l'invocation contre les palpitations et les maladies graves. Texte original anglais : « a model and mirror of religious perfection ».
66 87Martyrologium Romanum, éd. typique, Libreria Editrice Vaticana, 2004 — mémoire de saint Stanislas Kostka au 15 août (jour de sa mort) ; la Compagnie de Jésus célèbre par ailleurs sa fête le 13 novembre.
88« Pope: St. Stanislaus teaches youth to run towards holiness », Vatican News, 15 août 2018, vaticannews.va — compte rendu du message du pape François pour le 450ᵉ anniversaire de la mort du saint, patron des novices, des étudiants et de la Pologne.
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