Pierre Fourier (1565-1640) est un prêtre lorrain, chanoine régulier de Saint-Augustin, resté quarante-trois ans curé de Mattaincourt, petit village des Vosges. Avec la bienheureuse Alix Le Clerc, il fonde en 1597 la Congrégation Notre-Dame, l'une des toutes premières congrégations religieuses d'Europe entièrement vouée à l'instruction gratuite des filles, pauvres comme riches — un projet assez neuf pour qu'il ait fallu trente et un ans de démarches à Rome avant son approbation définitive.[1][2]
Ses biographes voient en lui deux visages complémentaires : l'un des artisans de la Réforme catholique dans le sillage du concile de Trente, et l'un des grands pionniers de l'histoire de l'éducation, promoteur de la scolarisation des filles, à qui la tradition attribue la méthode pédagogique dite « simultanée ».[3] Curé mais aussi juge seigneurial, fondateur d'une banque de crédit mutuel sans intérêt, organisateur des secours pendant la peste et la famine, il incarne un type de sainteté peu spectaculaire mais d'une densité sociale rare : celle du bon pasteur de campagne, entièrement configuré à sa devise — « ne nuire à personne, être utile à tous ».[4]
Fidèle jusqu'au bout à son duc et à sa patrie lorraine, il est expulsé en 1636 par le cardinal de Richelieu et meurt en exil à Gray, en Franche-Comté espagnole, achevant dans ses derniers jours la révision des règles de son œuvre.[5] Il est béatifié en 1730 par Benoît XIII et canonisé en 1897 par Léon XIII, qui retient dans sa lettre de canonisation deux guérisons miraculeuses attribuées à son intercession.[6] Sa fête est fixée au 9 décembre.
Un enfant de la Lorraine tridentine (1565-1585)
Mirecourt, une famille de drapiers au service du duc
Pierre Fourier naît le 30 novembre 1565 à Mirecourt, petite ville drapière des Vosges, dans le duché de Lorraine — au lendemain immédiat de la clôture du concile de Trente (1563), au moment même où se lève en Occident le renouveau spirituel de la Réforme catholique.[7] Une note de l'historiographie récente signale toutefois que la date habituellement retenue de 1565 n'est pas absolument certaine : sœur Hélène Derréal, éditrice critique de sa correspondance, juge une naissance en 1564 légèrement plus probable.[8] Ignispedia retient la date traditionnelle de 1565, tout en signalant honnêtement ce doute mineur d'archives.
Il est le fils de Demenge Fourier (forme lorraine de Dominique), marchand drapier — maître de la frairie des drapiers de Mirecourt de 1579 à 1581 —, et d'Anne Nacquard, originaire de Mattaincourt, le village même où Pierre deviendra curé.[9] La famille appartient à la bourgeoisie au service du duc : un cousin germain, Demenge Fourier (1542-1620), sera anobli en 1591.[10] On a longtemps présenté le jésuite Jean Fourier (1560-1636) — professeur de théologie à Pont-à-Mousson avant d'en devenir recteur — comme un parent de Pierre, son directeur spirituel, puis celui de saint François de Sales, conduit par lui jusqu'à l'épiscopat de 1602 et poussé à publier l'Introduction à la vie dévote : ni cette parenté, ni ces directions spirituelles ne sont établies par les sources. Seul est attesté le rôle d'un père Jean Fourier, à la tête du collège jésuite de Chambéry, auprès de Mme de Charmoisy, première destinataire des lettres devenues l'Introduction à la vie dévote, parue en 1609 (et non en 1608).[11] En 1582, Pierre perd sa mère à seize ans ; son père se remarie avec Michelle Guérin, ancienne nourrice de la princesse Christine de Lorraine, et sera anobli en 1591.[12]
Le collège des jésuites de Pont-à-Mousson
En 1578, à douze ans, Pierre entre au collège jésuite de Pont-à-Mousson, où il poursuit six années d'études de grammaire et de rhétorique.[13] Fondée en 1572 et confiée aux jésuites, l'université de Pont-à-Mousson est alors l'un des grands foyers intellectuels de la Réforme catholique en Lorraine ; le jésuite Jean Fourier y enseigne la théologie avant d'en devenir recteur (dont la parenté avec Pierre n'est pas établie, voir plus haut).[14] Un autre jésuite, Louis Richeome — surnommé le « Cicéron français » —, marque profondément le jeune Pierre par sa conception optimiste de la nature humaine, dans la ligne du concile de Trente et de l'humanisme dévot qui prépare l'école spirituelle du XVIIᵉ siècle français.[15]
Chanoine régulier à Chaumousey
En 1585, à vingt ans, Pierre Fourier entre chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin, à l'abbaye de Chaumousey, près d'Épinal — un choix de vie religieuse qui, contrairement aux ordres cloîtrés, permet une large action apostolique et pastorale.[16] Il est ordonné prêtre à Trèves, dont dépend le diocèse de Toul, le 25 février 1589, et célèbre sa première messe à l'abbaye de Chaumousey le 24 juin suivant.[17][18]
Son abbé le renvoie ensuite sept années durant à l'université de Pont-à-Mousson pour d'approfondies études de théologie et de droit, au contact du légiste Pierre Grégoire, auteur du Syntagma juris universi (1582).[19] Il s'y forme à la théologie de saint Thomas d'Aquin, actualisée par le commentaire du dominicain Cajetan[20], et ses contemporains rapportent qu'il connaissait la Somme théologique par cœur.[21] Revenu à Chaumousey en 1595, il administre la paroisse rattachée à l'abbaye jusqu'en 1597.
Le curé de Mattaincourt (1597-1640)
Vicaire perpétuel d'une paroisse pauvre
En 1597, Pierre Fourier devient curé de Mattaincourt, dans les Vosges — fonction qu'il exercera jusqu'à sa mort en 1640, quarante-trois années durant.[22] Techniquement, précise l'historiographie récente, il n'est pas curé de plein titre mais vicaire perpétuel : la cure appartient aux chanoines d'Haussonville, dont la collégiale reste juridiquement le « curé primitif » de Mattaincourt ; Pierre Fourier ne perçoit donc que la portion congrue — le casuel et une modeste pension — qu'il consacre entièrement aux œuvres de sa paroisse.[23]
Plusieurs biographies anciennes et sites contemporains présentent Mattaincourt comme une « petite Genève » gagnée au protestantisme que Fourier aurait dû reconquérir.[24] Il convient toutefois de nuancer cette image de façon honnête : cette expression semble provenir d'un embellissement d'un des tout premiers biographes du saint (Jean Bedel, 1645/1869), et aucune archive locale ne confirme la présence effective de foyers protestants à Mattaincourt au moment où Fourier y devient curé.[25] Ce que les sources établissent avec certitude, en revanche, c'est l'état de délabrement moral et matériel dans lequel il trouve la paroisse, et la ténacité avec laquelle il la relève par la prière, l'instruction et l'exemple — au point que ses biographes la comptent, avec la fondation de la Congrégation Notre-Dame et la réforme des chanoines réguliers, parmi ses « titres de gloire essentiels ».[26]
« Ne nuire à personne, être utile à tous »
Toute la vie pastorale de Pierre Fourier tient dans la devise qu'il adopte, empruntée à saint Ambroise de Milan : Obesse nemini, omnibus prodesse — « ne nuire à personne, être utile à tous ».[27] Ses portraits, vitraux et statues la portent presque toujours en exergue. Ce n'est pas un simple slogan pieux : c'est le programme concret de quatre décennies de réformes locales — crédit, santé publique, justice, instruction — dont Mattaincourt devient le laboratoire.
La bourse Saint-Épvre et la « petite dévotionnette »
Pour éviter aux artisans en difficulté de recourir aux usuriers, Fourier fonde une caisse mutuelle, la bourse Saint-Épvre, qui prête sans gage et sans intérêt.[28] Il organise également un système d'entraide qu'il appelle lui-même, dans sa correspondance, la « petite dévotionnette » — une équipe de cinq à six laïcs chargés de collecter des vivres et de les redistribuer aux plus démunis, comparable dans son esprit aux organisations caritatives modernes — et met en place une soupe populaire.[29]
« Mes bonnes sœurs, si vous saviez ce que c'est d'être curé, c'est-à-dire pasteur des peuples, père, mère, capitaine, garde, guide, sentinelle, médecin, avocat, procureur, intermédiaire, nourricier, exemple, miroir, tout à tous, vous vous garderiez bien de désirer que je m'absente de ma paroisse durant cette saison. » — Saint Pierre Fourier, réponse à des religieuses qui l'exhortaient à fuir la peste[30]
Peste, disette et santé publique (1626, 1631-1632)
Fourier s'engage activement dans la lutte contre la Grande Peste de 1631-1632, édictant des règles d'hygiène — nourriture saine, salubrité des locaux, pureté de l'eau — qui contribuent à enrayer la contagion.[31] Lors de la disette de 1626, il impose un rationnement du blé selon le principe « chacun selon ses besoins », et non selon sa fortune — choix social remarquable pour l'époque.[32]
Un curé magistrat : justice et administration locale
La coutume lorraine attribuait parfois des fonctions municipales au curé de paroisse. Chaque année, le dimanche précédant la Saint-Jean, Pierre Fourier préside l'assemblée qui élit le maître d'école, le marguillier gestionnaire des biens de l'église, un échevin et un lieutenant de justice ; par délégation ducale, il rend lui-même la basse et la moyenne justice, selon que l'amende est inférieure ou supérieure à dix sols.[33] Depuis 1627, un édit du duc Charles IV imposait à quiconque entrait dans une ville du duché un certificat attestant l'absence de maladie contagieuse. Sa correspondance conserve l'un de ces certificats, rédigé de sa main le 15 septembre 1631 :
« Je soussigné Curé et Chef de justice à Mattaincourt en Lorraine sous l'autorité de son Altesse, atteste à tous qu'il appartiendra que ce jourd'hui quinzième septembre mil six cent trente et un, Jean Mailfer […] est sorti dudit Mattaincourt, qui y a séjourné dix-sept semaines ou environ, auquel lieu Dieu grâce, n'y a aucun danger de peste ni d'autres maladies contagieuses. » — Saint Pierre Fourier, certificat sanitaire, Mattaincourt, 15 septembre 1631[34]
La rencontre avec Alix Le Clerc et la naissance de la Congrégation Notre-Dame
Alix Le Clerc, une vocation contrariée
Alix Le Clerc (1576-1622), jeune fille de la noblesse de Remiremont, cherche depuis plusieurs années la forme religieuse où incarner un désir profond de servir Dieu par l'éducation des plus pauvres.[35] Sous la direction spirituelle et intellectuelle de Pierre Fourier, curé de Mattaincourt et réformateur déjà engagé, elle trouve enfin la voie de sa vocation : non un cloître fermé sur lui-même, mais une congrégation vouée à l'instruction.[36]
Noël 1597 : les premiers vœux à Mattaincourt
À Noël 1597, Pierre Fourier reçoit dans l'église paroissiale de Mattaincourt les vœux de consécration d'Alix Le Clerc, âgée de vingt et un ans, et de quatre compagnes.[37] C'est l'acte de naissance spirituel de la future Congrégation Notre-Dame. En mai 1598, le petit groupe se transporte à Poussay, où se tient un chapitre de dames nobles : elles y font la « retraite des billets », semaine de discernement individuel sur les grands choix de vie, à l'issue de laquelle toutes s'accordent unanimement pour fonder une congrégation nouvelle dédiée à l'enseignement des filles.[38]
En juillet 1598 ouvre, à Poussay, la première école gratuite de Lorraine pour les petites filles — pauvres et riches indifféremment.[39][40] Le texte fondateur de 1598 fixe l'ambition du projet en des termes d'une netteté remarquable pour l'époque : « établir des écoles publiques et y instruire gratuitement les filles à lire, à écrire, à l'aiguille et à la doctrine chrétienne ».[41] Tolérant, Fourier demande expressément aux religieuses d'accueillir aussi les petites filles protestantes à l'école, et insiste, dans l'une de ses lettres, pour que rien ne soit fait qui « puisse troubler leur foi ».[42]
Un quatrième vœu inédit : l'instruction
L'attachement exclusif de la nouvelle congrégation à l'enseignement des filles se traduit par un choix canonique rare : l'ajout d'un quatrième vœu, celui de l'instruction, aux trois vœux traditionnels de religion — pauvreté, chasteté, obéissance.[43] Cette disposition, exposée dans le recueil posthume Les vrayes constitutions de la congrégation Notre-Dame (publié en 1649, neuf ans après la mort du fondateur), marque une date dans l'histoire de l'éducation occidentale : jamais jusque-là une congrégation religieuse féminine ne s'était vouée, par vœu formel, à la scolarisation des filles du peuple.[44]
« Gagner une seule âme dans vos écoles […] est plus que de créer un monde. » — Saint Pierre Fourier, lettre aux religieuses de Mirecourt, 1619[45]
La méthode « simultanée » et la naissance de la classe
Les Vrayes constitutions détaillent une organisation pédagogique révolutionnaire pour l'époque : l'enseignement est distribué à des groupes d'élèves de même niveau, l'école est divisée en « classes », chacune subdivisée en plusieurs « ordres » de quinze à vingt écolières confiées à une maîtresse, toutes utilisant le même manuel et apprenant à lire simultanément.[46] Cette méthode rationnelle et efficace ne trouvera sa pleine application qu'avec la diffusion du livre bon marché, à la fin du siècle.[47] La tradition attribue également à Pierre Fourier l'invention du tableau noir et son introduction dans les classes ; l'attestation en est plus tardive et moins solidement documentée que les faits précédents, et Ignispedia la rapporte donc avec la prudence d'usage due à une tradition scolaire répétée sans preuve archivistique de première main.[48]
Trente ans de combat pour l'approbation romaine (1597-1628)
Fonder une congrégation nouvelle, vouée à l'enseignement actif hors la clôture stricte, heurte de plein fouet les canons post-tridentins sur la vie religieuse féminine. Il faudra à Pierre Fourier et Alix Le Clerc plus de trente ans — de la première approbation diocésaine à la bulle romaine définitive — pour faire reconnaître leur intuition par l'Église.[49]
| Date | Étape | Portée |
|---|---|---|
| Décembre 1597 | Vœux de Mattaincourt | Naissance spirituelle du groupe |
| Septembre 1598 | Approbation épiscopale de la règle provisoire | Trois fins fixées : gloire de Dieu, perfection personnelle, service du prochain |
| 8 décembre 1603 | Approbation du cardinal de Lorraine | Texte de 27 articles, maisons ouvertes et fermées autorisées |
| Février 1615 | Première bulle romaine | Érige seulement le monastère de Nancy sous la règle de saint Augustin — jugée insuffisante |
| 1616 | Seconde bulle | Autorise l'enseignement externe à titre provisoire, déception des fondateurs |
| 9 mars 1617 | « Petites Constitutions » approuvées par l'évêque de Toul | Unité affirmée entre toutes les maisons de la Congrégation |
| 21 novembre 1617 | Première prise d'habit à Nancy | Premier monastère canonique constitué |
| 8 août 1628 | Bulle unique d'Urbain VIII | Approbation définitive de tous les monastères ; les sœurs deviennent Chanoinesses de Saint-Augustin |
1616 : la déception d'une approbation incomplète
La bulle de février 1615 n'érige que le monastère de Nancy sous la règle de saint Augustin — une reconnaissance jugée si étroite qu'elle ne satisfait ni Pierre Fourier ni les sœurs, unanimes à la refuser en l'état.[51] Une seconde bulle, en 1616, autorise l'enseignement externe mais seulement à titre provisoire. Il faudra plus de dix années supplémentaires de démarches, de mémoires et de voyages à Rome pour obtenir satisfaction.
1628 : la bulle unique d'Urbain VIII
Après des procédures longues et difficiles, le 8 août 1628, le pape Urbain VIII signe enfin une bulle unique valable pour tous les monastères de la Congrégation.[52] Les sœurs prennent alors le nom de Chanoinesses de Saint-Augustin de la Congrégation Notre-Dame. C'est l'aboutissement de trente et un ans de patience institutionnelle — et la reconnaissance définitive d'un modèle de vie religieuse apostolique féminine qui préfigure, bien avant l'heure, les grandes congrégations enseignantes des siècles suivants.
La crise de Soissons et la fidélité d'Alix
L'histoire de la jeune Congrégation ne fut pas sans épreuves internes : en 1623, la maison de Soissons se rebelle contre l'autorité de Pierre Fourier, une crise qui exigera plusieurs années (1624-1627) avant sa résolution complète.[53] Alix Le Clerc meurt en 1622, avant même la bulle définitive de 1628, sans avoir vu l'aboutissement canonique de son œuvre ; à cette date, treize monastères existent déjà, et plus de cent vingt professions religieuses ont été prononcées entre 1618 et 1625.[54] Elle sera béatifiée en 1947.
La réforme des chanoines réguliers : la Congrégation de Notre-Sauveur (1621-1632)
Au-delà de l'œuvre menée avec Alix Le Clerc, Pierre Fourier reçoit une seconde mission de grande ampleur : la réforme de son propre ordre, les chanoines réguliers de Saint-Augustin, tombés selon ses contemporains dans un certain laxisme.[55] Les sources divergent légèrement sur la date exacte de ce mandat — 1621 selon certaines synthèses, 1623 selon Wikipédia FR —, ce qui témoigne simplement d'un processus étalé sur plusieurs années plutôt que d'un décret unique.[56][57] Entre août 1625 et janvier 1626, Fourier séjourne à de nombreuses reprises à l'abbaye de Domèvre-sur-Vezouze, l'un des foyers de cette réforme.[58]
Il institue ainsi la Congrégation de Notre-Sauveur, dont il devient, en 1632, le supérieur pour le duché de Lorraine — une charge que certaines sources qualifient de généralat.[59][60] Cette double casquette de fondateur et de réformateur — l'un des rares exemples, à l'époque, d'un même homme à la tête d'une réforme masculine et d'une fondation féminine — donne à Pierre Fourier une stature exceptionnelle parmi les artisans lorrains de la Réforme catholique.
Un réformateur au service du duché : la mission de Salm (1625)
En 1623, le comte calviniste Philippe Othon de Salm est contraint d'abjurer et de se convertir au catholicisme pour obtenir de l'empereur Ferdinand II le titre de prince du Saint-Empire.[61] Par un édit du 12 mars 1625, il interdit l'exercice du calvinisme sur ses terres, bannit les pasteurs protestants et ordonne l'instruction catholique de ses sujets dans un délai d'un an, sous peine d'exil.[62] C'est dans ce contexte politico-religieux que s'inscrit la mission catéchétique confiée à Pierre Fourier auprès de la principauté de Salm, près de Nancy : selon la Catholic Encyclopedia de 1911, en six mois, « tous les protestants, qu'il appelait ses "pauvres étrangers", étaient revenus à la foi ».[63] Cette formule, empreinte de la charité pastorale caractéristique de Fourier — qui ne parle jamais de vaincus mais d'« étrangers » à ramener —, doit être resituée dans son contexte : la conversion politique du prince avait déjà entraîné le départ ou la conversion forcée d'une partie de la population protestante avant même l'intervention pastorale du curé de Mattaincourt.[64]
L'exil à Gray et la fidélité lorraine (1636-1640)
Une guerre qui déborde la Lorraine
En 1630, Gaston d'Orléans, frère cadet du roi Louis XIII et opposant déclaré au cardinal de Richelieu, trouve refuge en Lorraine, où le duc Charles IV l'accueille avec faste. En 1632, ce dernier marie sa sœur à Gaston sans l'accord du roi — un affront que Louis XIII considère comme un casus belli : ses troupes envahissent le duché de Lorraine, déjà ravagé par la guerre de Trente Ans et les troupes suédoises.[65] La famille ducale se disperse à travers l'Europe. Quand le peintre Georges de La Tour se rallie aux Français, le graveur Jacques Callot reste fidèle à son souverain — et Pierre Fourier avec lui.[66]
L'expulsion de 1636 et le « tour Saint-Pierre-Fourier »
Sa fidélité au duc Charles IV lui vaut d'être expulsé en 1636 par Richelieu. Il a alors soixante-dix ans. Réfugié à Gray, en Franche-Comté alors possession espagnole, il ne trouve pour tout logement qu'un réduit de moins de trois mètres sur trois, dans un vieux bâtiment carré datant de 1338, éclairé de trois fenêtres et chauffé par une antique cheminée.[67] L'accès s'y fait par une tourelle à escalier tournant en bois, permettant de dissimuler la porte d'entrée — c'est de ce dispositif, et non du bâtiment lui-même, que vient le nom du lieu, encore appelé aujourd'hui « le tour Saint-Pierre-Fourier ».[68]
« C'est le cœur des Lorrains »
Même dans l'adversité, Pierre Fourier reste, selon ses biographes, l'archétype du patriote lorrain.[69] Trois ans après son arrivée à Gray, dans une lettre adressée à la duchesse Nicole de Lorraine, il lui renouvelle l'assurance de sa fidélité :
« Comme très humbles et très fidèles et très obéissants sujets, portent en tout temps à leurs bons princes, et encore à leurs bonnes princesses. C'est le cœur des Lorrains. » — Saint Pierre Fourier, lettre à la duchesse Nicole de Lorraine, depuis son exil à Gray[70]
La mort, le 9 décembre 1640
Jusqu'à ses derniers jours, l'exilé continue de travailler à la révision des « Grandes Constitutions » de la Congrégation Notre-Dame.[71] Il meurt à Gray le 9 décembre 1640, à soixante-quinze ans.[72] Son corps repose aujourd'hui dans l'église paroissiale de Mattaincourt ; une chapelle de la basilique Notre-Dame de Gray conserverait, selon le dépliant du pèlerinage édité pour le centenaire de sa canonisation en 1998, un reliquaire contenant son cœur.[73]
La spiritualité de Pierre Fourier : servir sans nuire
Cette humilité affleure jusque dans un ministère discret : appelé à assister à l'exorcisme de Mme de Ranfaing, possédée que suit l'évêque de Toul, Pierre Fourier essuie l'accusation proférée contre lui — « puisque tu trompes ainsi les gens », comme s'il feignait la sainteté pour duper son entourage — et répond simplement : « Oui, vraiment, je le mérite ! » Selon l'auteur, la voix bat alors en retraite et Mme de Ranfaing se sent aussitôt mieux : exemple d'une libération provoquée par la seule présence du saint.[74]
Une théologie thomiste au service du concret
La spiritualité de Pierre Fourier n'est pas d'abord spéculative : formé à la théologie de saint Thomas d'Aquin et à l'humanisme optimiste de Louis Richeome, il traduit sa haute culture théologique en gestes concrets — crédit sans intérêt, école gratuite, certificat sanitaire, rationnement équitable.[75] Le concile de Trente lui fournit le cadre doctrinal : rôle central de la catéchèse, mais aussi de la culture profane, dans la formation spirituelle du chrétien.[76] C'est de cette conviction que naît sa formule à ses religieuses de Mirecourt sur le prix d'une âme gagnée à l'école, citée plus haut.[77]
L'affection, le réalisme et la joie évangélique
La Congrégation Notre-Dame résume, aujourd'hui encore, l'esprit pédagogique de son fondateur en quelques mots : voir l'enfant avec affection, respect, compréhension, réalisme et largeur d'esprit, dans un « climat évangélique de joie, de simplicité et de charité ».[78] Cette pédagogie de la bienveillance, appliquée dès le XVIIᵉ siècle à des fillettes pauvres que personne d'autre ne songeait à instruire, est l'un des legs les plus durables du saint de Mattaincourt.
Un tempérament pastoral total
La citation aux religieuses inquiètes de la peste — « pasteur des peuples, père, mère, capitaine, garde, guide, sentinelle, médecin, avocat, procureur, intermédiaire, nourricier, exemple, miroir, tout à tous »[79] — dessine un portrait rare de ce que le sacerdoce paroissial pouvait signifier concrètement au XVIIᵉ siècle : non une fonction sacramentelle isolée, mais une charge totale, sociale autant que spirituelle, embrassée sans réserve jusqu'au risque de la propre vie.
Béatification et canonisation
1730 : la béatification par Benoît XIII
Près d'un siècle après sa mort, Pierre Fourier est béatifié le 29 janvier 1730 par le pape Benoît XIII.[80][81] Le culte se développe alors en Lorraine et dans les diocèses limitrophes, porté par la mémoire vivante de la Congrégation Notre-Dame et des chanoines réguliers de Notre-Sauveur.
1897 : la canonisation par Léon XIII
Pierre Fourier est canonisé le 27 mai 1897 par le pape Léon XIII.[82][83] La lettre apostolique de canonisation, Hoc mandatum, datée du 27 juin 1897, s'ouvre par une citation de la première épître de saint Jean sur le commandement de la charité — « Hoc mandatum habemus a Deo, ut qui diligit Deum, diligat et fratrem suum » (« Nous tenons de Dieu ce commandement : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère », 1 Jn 4, 21) —, avant de rappeler l'œuvre du nouveau saint : il « conçut le projet d'instituer une grande et durable société de vierges consacrées » pour l'éducation des filles dans la vertu et les arts.[84]
Pour la canonisation, Léon XIII retient deux guérisons instantanées attribuées à l'intercession de Pierre Fourier : celle d'une religieuse, sœur Marie-Alexandra, d'une grave arthrite du genou en 1868, et celle d'une autre religieuse, sœur Marie-Françoise, d'un ulcère gastrique sévère en 1881.[85] La cérémonie de canonisation se tient à la basilique Saint-Pierre de Rome le 27 mai 1897 ; une statue du sculpteur Louis Noël, représentant le nouveau saint, orne aujourd'hui l'un des piliers entourant l'autel qui surplombe le tombeau de l'apôtre Pierre.[86]
Héritage : de la Lorraine à l'Amérique et à l'Allemagne
Marguerite Bourgeoys et la Congrégation de Notre-Dame de Montréal
L'intuition pédagogique de Pierre Fourier et d'Alix Le Clerc franchit l'Atlantique dès le milieu du XVIIᵉ siècle. Formée dans la congrégation externe de Notre-Dame rattachée au couvent des chanoinesses de Troyes — association de laïques non cloîtrées héritière directe de l'œuvre de Mattaincourt —, sainte Marguerite Bourgeoys (1620-1700) quitte Troyes en février 1653 pour Ville-Marie : débarquée à Québec le 22 septembre 1653, elle y ouvre sa première école en 1658, premier noyau de la future Congrégation de Notre-Dame de Montréal, principal foyer d'expansion nord-américain de l'esprit fondateur de Pierre Fourier.[87]
Karoline Gerhardinger et les School Sisters of Notre Dame
En Bavière, la même filiation spirituelle inspire, le 24 octobre 1833, la fondation par Karoline Gerhardinger des « Pauvres Sœurs de Notre-Dame », qui deviennent en 1847 les School Sisters of Notre Dame, aujourd'hui présentes sur plusieurs continents dans le prolongement direct du charisme éducatif de Mattaincourt.[88]
La Congrégation Notre-Dame aujourd'hui
À la fin du XVIIᵉ siècle, la Congrégation Notre-Dame compte environ soixante-trois monastères et deux mille religieuses, répartis en France, en Lorraine, en Alsace, aux Pays-Bas espagnols et dans les territoires germaniques.[89] Après plusieurs scissions et regroupements (union de Jupille en Belgique dès 1878, union romaine reconnue en 1932), les deux grandes branches fusionnent en avril 1963, à la suite de Vatican II et de la béatification d'Alix Le Clerc en 1947, formant la congrégation unifiée qui poursuit aujourd'hui sa mission éducative sur plusieurs continents.[90]
Plusieurs établissements scolaires portent encore le nom du saint — à Mirecourt, à Paris (12ᵉ arrondissement), à Lunéville et à Gray —, et plusieurs édifices religieux lui sont dédiés, notamment la basilique Saint-Pierre-Fourier de Mattaincourt, construite en 1853 sur l'emplacement de son ancienne église.[91][92] La Fondation Pierre Fourier-Alix Le Clerc, reconnue d'utilité publique en France, perpétue aujourd'hui leur double héritage éducatif et spirituel.[93]
Au fond, la vie de Pierre Fourier délivre un message d'une remarquable actualité : la sainteté ne réclame pas nécessairement l'éclat des grandes fondations urbaines ni la notoriété des cours princières — elle peut aussi tenir, quarante-trois années durant, dans la fidélité obstinée d'un curé de village à sa devise : ne nuire à personne, être utile à tous.
Pour aller plus loin
- Saint François de Sales (1567-1622) — évêque de Genève (1602-1622) et auteur de l'Introduction à la vie dévote (1609).
- Saint Jean Eudes (1601-1680) — autre grand réformateur du clergé et fondateur du XVIIᵉ siècle français, dans la même génération de la Réforme catholique.
- Saint Vincent de Paul (1581-1660) — contemporain de Pierre Fourier, autre grand artisan de la charité organisée et de la réforme du clergé.
- Sainte Jeanne de Chantal (1572-1641) — cofondatrice de la Visitation, figure féminine majeure de la même génération spirituelle lorraine et savoyarde.
- Sainte Marguerite Bourgeoys (1620-1700) — héritière directe, au Canada, de l'œuvre pédagogique de Pierre Fourier et Alix Le Clerc.
- La Contre-Réforme catholique (1517-1648) — le grand mouvement de régénération de l'Église dont l'œuvre de Mattaincourt est l'un des fruits les plus originaux.
- Le concile de Trente (1545-1563) — dont la théologie et l'insistance catéchétique nourrissent directement toute l'œuvre pastorale et pédagogique de Pierre Fourier.
Notes et références
Wikipédia (FR), « Pierre Fourier » : fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Fourier (wikitexte consulté directement, source des citations exactes et de la bibliographie). Notice de référence : naissance le 30 novembre 1565 à Mirecourt (Vosges, duché de Lorraine), fils de Demenge Fourier (marchand drapier, maître de la frairie des drapiers 1579-1581) et d'Anne Nacquard (native de Mattaincourt) ; collège jésuite de Pont-à-Mousson à partir de 1578 ; entrée chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin à l'abbaye de Chaumousey en 1585 ; ordination à Trèves le 25 février 1589, première messe le 24 juin à Chaumousey ; sept années d'études de théologie et droit à Pont-à-Mousson ; curé (vicaire perpétuel) de Mattaincourt à partir de 1597 ; fondation avec Alix Le Clerc de la congrégation Notre-Dame, approuvée par bulle unique d'Urbain VIII le 8 août 1628 ; réforme des chanoines réguliers de Saint-Augustin (chargé en 1623), institution de la congrégation de Notre-Sauveur dont il devient supérieur pour le duché de Lorraine en 1632 ; expulsion par Richelieu en 1636 pour fidélité au duc Charles IV, exil à Gray (Franche-Comté espagnole) ; mort à Gray le 9 décembre 1640 à 75 ans ; béatification le 29 janvier 1730 par Benoît XIII, canonisation le 27 mai 1897 par Léon XIII ; fête le 9 décembre. Devise Obesse nemini, omnibus prodesse, empruntée à saint Ambroise. Bibliographie citée : Jean Bedel, La vie du très-révérend père Pierre Fourier (Paris, 1645 ; Pont-à-Mousson, 1656 ; Toul, 1674) ; Abrégé de la vie, des vertus et des miracles du bienheureux Pierre Fourier (Nancy, 1731) ; Jules Rogie, Histoire du B. Pierre Fourier (Verdun, 1887-1888, 3 vol.) ; Saint Pierre Fourier, Correspondance, 1598-1640, recueillie et annotée par Hélène Derréal (Presses Universitaires de Nancy, 1986-1991, 5 vol.) ; Cédric Andriot, plusieurs articles (2012-2015) dans les Annales de l'Est et publications du CRULH ; Édouard de Bazelaire, Le bienheureux Pierre Fourier, curé, réformateur d'ordre et fondateur (Clermont-Ferrand, 1853) ; La Pastorale, l'Éducation, l'Europe Chrétienne, textes choisis et commentés par René Tavenaux (Paris, Éditions Messene, 1995, ISBN 2-911043-01-4).
1 3 5 7 9 10 12 13 16 17 20 22 26 28 31 40 43 44 46 47 55 56 58 59 65 66 67 68 69 72 73 75 76 80 82 86 92 93Congrégation Notre-Dame, « Histoire de la Congrégation Notre-Dame » : cnd-csa.org/histoire. Chronologie officielle de la congrégation : Noël 1597, cinq premiers vœux à Mattaincourt ; mai 1598, retraite des billets à Poussay ; juillet 1598, première école gratuite de Lorraine ; septembre 1598, approbation épiscopale de la règle provisoire ; 1603, approbation du cardinal de Lorraine (texte de 27 articles) ; février 1615, bulle limitée au seul monastère de Nancy, refusée par les sœurs ; 1616, seconde bulle autorisant provisoirement l'enseignement externe ; 9 mars 1617, « Petites Constitutions » approuvées par l'évêque de Toul ; 21 novembre 1617, première prise d'habit à Nancy ; expansion 1602-1625 (Saint-Mihiel, Nancy, Pont-à-Mousson, Saint-Nicolas-de-Port, Verdun, Châlons, Bar-le-Duc, Mirecourt, Épinal, La Mothe, Dieuze, Soissons) ; crise de la maison de Soissons en 1623, résolue entre 1624 et 1627 ; treize monastères et plus de cent vingt professions religieuses entre 1618 et 1625 à la mort d'Alix Le Clerc en 1622 ; 8 août 1628, bulle unique d'Urbain VIII pour tous les monastères, les sœurs prenant le nom de Chanoinesses de Saint-Augustin ; exil de Pierre Fourier à Gray en 1636, révision des « Grandes Constitutions » jusqu'à sa mort le 9 décembre 1640 ; février 1653, départ de Troyes de Marguerite Bourgeoys vers Ville-Marie (arrivée à Québec le 22 septembre 1653), première école en 1658, premier noyau de la future Congrégation de Notre-Dame de Montréal (cf. note dcb-bourgeoys) ; fin du XVIIe siècle, environ 63 monastères et 2000 sœurs en France, Lorraine, Alsace, Pays-Bas espagnols et territoires germaniques ; 24 octobre 1833, fondation par Karoline Gerhardinger des « Pauvres Sœurs de Notre-Dame », devenues en 1847 les School Sisters of Notre Dame ; 1878, fuite de religieuses allemandes vers Jupille (Belgique) ; 1910, reconnaissance officielle de l'union de Jupille, missions au Brésil et au Congo ; 1932, reconnaissance de l'union romaine (27 monastères, noviciat à Verneuil), missions au Vietnam ; 1947, béatification d'Alix Le Clerc à Rome, ses restes retrouvés en 1950 et authentifiés en 1960 ; avril 1963, fusion des unions de Jupille et de Rome en une congrégation unique après Vatican II, expansion en Algérie, au Mexique et au Tchad.
2 37 38 39 49 50 51 52 53 54 71 88 89 90Saint Pierre Fourier en son temps, études réunies par René Taveneaux, Presses Universitaires de Nancy, 1992, p. 22, ISBN 2-86480-604-5 (citée par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier »). Origine de la devise Obesse nemini, omnibus prodesse, empruntée par Pierre Fourier à saint Ambroise de Milan.
4 27Léon XIII, lettre apostolique de canonisation Hoc mandatum, 27 juin 1897 : vatican.va/content/leo-xiii/en/apost_letters/documents/hf_l-xiii_apl_18970627_hoc-mandatum.html. Texte original latin cité en ouverture : « Hoc mandatum habemus a Deo, ut qui diligit Deum, diligat et fratrem suum » (1 Jn 4, 21) ; sur l'œuvre éducative de Pierre Fourier : « magnam ac perpetuam sacrarum Virginum Societatem instituere cogitavit ». Cérémonie de canonisation le 27 mai 1897 en la basilique Saint-Pierre de Rome. Deux miracles retenus pour la canonisation : guérison instantanée en 1868 d'une religieuse (sœur Marie-Alexandra) d'une arthrite sévère du genou ; guérison complète en 1881 d'une autre religieuse (sœur Marie-Françoise) d'un grave ulcère à l'estomac.
6 83 84 85Note de Wikipédia FR (art. « Pierre Fourier »), citant Hélène Derréal, préface du tome 1 de Sa Correspondance 1598-1640, p. XI, note 6 : la date du 30 novembre 1565 est habituellement retenue pour la naissance de Pierre Fourier, mais certains auteurs, dont Derréal elle-même, estiment une naissance en 1564 légèrement plus probable.
8Sur le jésuite Jean Fourier : professeur de théologie à Pont-à-Mousson avant d'en devenir recteur — René Taveneaux, Saint Pierre Fourier en son temps, Presses Universitaires de Nancy, 1992, p. 24 (cité par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier », réf. 10). En revanche, la parenté avec la famille de Mirecourt, la direction spirituelle de Pierre Fourier, puis celle de saint François de Sales jusqu'à l'épiscopat de 1602, et l'impulsion décisive à la publication de l'Introduction à la vie dévote ne portent dans ce même article Wikipédia aucune référence — la reprise du même récit en section « Vénération » y est même marquée [réf. nécessaire]. Seul relais attesté : le père Jean Fourier, « head of the Jesuit College in Chambéry », à qui François de Sales adresse Mme de Charmoisy, première destinataire des lettres devenues l'Introduction à la vie dévote (présentation éditoriale de l'ouvrage, éd. complète). Première édition de l'ouvrage en 1609 (privilège 1608) : art. « Introduction to the Devout Life » (première édition publiée en 1609 ; éd. définitive 1609 selon Britannica).
11 14Henri Bremond, Histoire littéraire du sentiment religieux en France, t. I : L'humanisme dévot, Paris, 1967, p. 18-67 — développement sur Louis Richeome, le « Cicéron français », et l'humanisme dévot (cité par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier », réf. 11, à l'appui de l'influence de Richeome sur le jeune Fourier).
15Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Pierre Fourier » : nominis.cef.fr/contenus/saint/240/Saint-Pierre-Fourier.html. Notice française : prêtre en Franche-Comté, curé de Mattaincourt pendant environ trente ans, mort à Gray le 9 décembre 1640 ; entrée chez les chanoines réguliers de Saint-Augustin à vingt ans, ordonné prêtre le 25 février 1589 à Trèves ; fondation avec Alix Le Clerc de la congrégation des Chanoinesses régulières de Notre-Dame ; canonisé le 27 mai 1897 par Léon XIII ; corps reposant dans l'église paroissiale de Mattaincourt ; patron des prêtres du diocèse des Vosges.
18Wikipedia (EN), « Pierre Grégoire (jurist) » : en.wikipedia.org/wiki/Pierre_Grégoire_(jurist) — juriste lié à Pont-à-Mousson, auteur du Syntagma juris universi (1582) et du De republica libri sex et viginti (Lyon et Pont-à-Mousson, 1596). Le titre de « fondateur de l'École doctrinale de droit public », repris sans référence par Wikipédia FR, n'est pas repris ici.
19Catholic Encyclopedia (The Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1911), art. « St. Peter Fourier » par Anthony Allaria : newadvent.org/cathen/11767b.htm. Notice : born at Mirecourt 30 November 1565, called « le Bon Père de Mattaincourt » ; sent to the University of Pont-à-Mousson at fifteen ; became a Canon Regular at the Abbey of Chaumousey, ordained 1589 ; by order of his abbot returned to the university, became proficient in patristic theology, knew the Summa of St. Thomas by heart ; made parish priest of Mattaincourt in 1597, « a corrupt district threatened with the new heresy » (nuance à recevoir avec prudence, cf. note frwiki-jurbert) ; established a mutual help bank ; founded in 1598 an order of women, the Congregation of Notre-Dame, teaching poor girls gratuitously ; in 1625 charged with the conversion of the Principality of Salm, where in six months « all the Protestants, whom he called poor strangers, had returned to the Faith » ; exiled for loyalty to the House of Lorraine ; beatified 1730, canonized 1897. Bibliographie citée par l'article : Bedel, La vie du Très Révérend Père Pierre Fourier (1645) ; Chapia, Idea boni parochi et perfecti religiosi ; Vuillimin, La Vie de St. Pierre Fourier (Paris, 1897).
21 24 63Hélène Derréal, « Une source pour l'étude du renouveau religieux du XVIIᵉ siècle : la correspondance de saint Pierre Fourier », dans Les Réformes en Lorraine (1520-1620), sous la direction de Louis Châtellier, Presses Universitaires de Nancy, 1986, ISBN 2-86480-240-6, p. 113-124 ; et Hélène Derréal (éd.), Saint Pierre Fourier, Sa Correspondance 1598-1640, Presses Universitaires de Nancy, 1986-1991, p. 116 (citée par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier »). Précisions : statut réel de « vicaire perpétuel » et non de curé de plein titre, la cure relevant des chanoines d'Haussonville ; portion congrue perçue par Fourier ; demande faite aux religieuses de ne rien faire qui puisse « troubler la foi » des petites protestantes admises à l'école ; principe du rationnement du blé en 1626 « selon les besoins et non selon la fortune ».
23 32 42Odile Jurbert, « La Réforme en Lorraine du sud au XVIᵉ siècle », dans Les Réformes en Lorraine (1520-1620), sous la direction de Louis Châtellier, Presses Universitaires de Nancy, 1986, ISBN 2-86480-240-6, p. 57-83 (citée par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier », note « Jurbert »). L'expression « la petite Genève » appliquée à Mattaincourt semble due à l'un des tout premiers biographes du saint (J. Bedel, La vie du très révérend Père Pierre Fourier…, Mirecourt, éd. 1869, p. 59), dans un but d'embellissement hagiographique ; aucune archive ne retrouve l'existence effective de foyers protestants à Mattaincourt au moment où Pierre Fourier y prend ses fonctions en 1597.
25Hélène Derréal (éd.), Saint Pierre Fourier, Sa Correspondance 1598-1640, Presses Universitaires de Nancy, 1989, tome 3, p. 391 (citée par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier »). Mention de la « petite dévotionnette », équipe de cinq à six laïcs collectant et distribuant des vivres aux pauvres de Mattaincourt.
29Revue Magnificat, décembre 2015, p. 135 (citée par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier »). Réponse de Pierre Fourier à des religieuses qui l'exhortaient à quitter sa paroisse pendant la Grande Peste de 1631-1632.
30 79Marie-Claire Tihon, Saint Pierre Fourier, Les Éditions du Cerf, 1997, p. 55, ISBN 978-2-204-05827-8 (citée par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier »). Détail des fonctions de basse et moyenne justice exercées par Fourier par délégation ducale, selon le montant de l'amende (seuil de dix sols).
33Hélène Derréal (éd.), Saint Pierre Fourier, Sa Correspondance 1598-1640, Presses Universitaires de Nancy, 1989, tome 3, p. 418 (citée par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier »). Certificat sanitaire rédigé et signé par Pierre Fourier, curé et chef de justice de Mattaincourt, le 15 septembre 1631, dans le cadre de l'édit ducal de 1627 sur la circulation en temps de peste.
34Réseau Alix Notre-Dame, « Pierre Fourier et Alix Le Clerc, la rencontre de deux intuitions » : alixnotredame.fr/nos-fondateurs. Source sur la rencontre spirituelle entre Alix Le Clerc (1576-1622, romarimontaine de noblesse, béatifiée en 1947) et Pierre Fourier, curé de Mattaincourt et directeur spirituel ; fondation en 1597 de la Congrégation Notre-Dame des Chanoinesses de Saint-Augustin ; texte fondateur de 1598 fixant l'objectif d'« établir des écoles publiques et d'y instruire gratuitement les filles à lire, à écrire, à l'aiguille et à la doctrine chrétienne » (référence croisée avec l'article Ignispedia Sainte Marguerite Bourgeoys, note « fourier-leclerc »).
35 36 41Cité dans Saint Pierre Fourier en son temps, études réunies par René Taveneaux, Presses Universitaires de Nancy, 1992, p. 10, ISBN 2-86480-604-5 (citée par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier »). Lettre de Pierre Fourier aux religieuses de Mirecourt, 1619.
45 77Jean Vartier, Histoire de la Lorraine, Éditions France-Empire, mai 1994, p. 11, ISBN 2-7048-0741-8 (cité par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier »), pour l'attribution traditionnelle de l'invention du tableau noir à Pierre Fourier. Cette attribution, largement répétée dans la littérature de vulgarisation, n'est pas appuyée par une source archivistique de première main aussi solide que les autres faits biographiques retenus dans cet article ; elle est donc rapportée ici comme tradition scolaire plutôt que comme fait pleinement établi.
48Wikipedia (EN), « Peter Fourier » : en.wikipedia.org/wiki/Peter_Fourier. Recoupement : born 30 November 1565 at Mirecourt, Duchy of Lorraine ; educated at the Jesuit University of Pont-à-Mousson from age 15 ; admitted to the novitiate of canons regular at the Abbey of Chaumousey in 1585, professed two years later ; ordained priest at Trier on 24 February 1589 (variante mineure de date par rapport à Wikipédia FR, qui retient le 25 février) ; co-founded the Congregation of Notre Dame of Canonesses Regular in 1597 with Alix Le Clerc ; appointed in 1621 to organize canonical communities, reform officially recognized 11 February 1628 as the Congregation of Our Saviour ; elected Abbot General in 1632 ; fled in 1636 after refusing an oath to Louis XIII ; died at Gray 9 December 1640, age 75 ; beatified by Benedict XIII in 1730, canonized by Leo XIII in 1897.
57 60Archives départementales des Vosges, Inventaire des archives du comté et de la principauté de Salm : archives.vosges.fr ; et Wikipédia (FR), « Principauté de Salm-Salm » et « Salm-en-Vosges ». Contexte politico-religieux de la mission de 1625 : le comte calviniste Philippe Othon de Salm, contraint d'abjurer pour obtenir de l'empereur Ferdinand II le titre de prince du Saint-Empire (1623), interdit par édit du 12 mars 1625 l'exercice du calvinisme sur ses terres, bannit les pasteurs protestants et ordonne l'instruction catholique de ses sujets sous peine d'exil ; une partie de la communauté protestante de Badonviller émigre alors vers Sainte-Marie-aux-Mines, terre de tolérance religieuse.
61 62 64Hélène Derréal (éd.), Saint Pierre Fourier, Sa Correspondance 1598-1640, Presses Universitaires de Nancy, 1989, tome 4, p. 576 (citée par Wikipédia FR, art. « Pierre Fourier », réf. 24) : lettre à la duchesse Nicole de Lorraine, depuis l'exil de Gray — « comme très humbles et très fidèles et très obéissants sujets, portent en tout temps à leurs bons princes, et encore à leurs bonnes princesses. C'est le cœur des lorrains ».
70Patrick Sbalchiero, Enquête sur les exorcismes. Une histoire du diable, Perrin, 2018, p. 50. Récit de l'exorcisme de Mme de Ranfaing, à la demande de l'évêque de Toul : accusation lancée d'une « voix masculine, caverneuse, angoissante » (« puisque tu trompes ainsi les gens ») et réponse de Pierre Fourier : « Oui, vraiment, je le mérite ! », aussitôt suivie, selon l'auteur, du soulagement de la possédée.
74Congrégation Notre-Dame, « Pierre Fourier » : cnd-csa.org/pierre-fourier. Présentation de la spiritualité éducative du fondateur : devise « À nul nuire, à tous servir » ; regard voulu sur les enfants, empreint d'affection, de respect, de compréhension, de réalisme et de largeur d'esprit, dans un climat évangélique de joie, de simplicité et de charité.
78Office de tourisme de Mirecourt et ses environs, « Sur les pas de Saint Pierre Fourier » : tourisme-mirecourt.fr. Informations locales : maison natale à Mirecourt ; basilique Saint-Pierre-Fourier de Mattaincourt, construite en 1853 sur l'emplacement de l'ancienne église, l'une des plus grandes constructions néogothiques de la région, chapelle-reliquaire récemment restaurée ; béatification le 29 janvier 1730 par Benoît XIII ; canonisation le 27 mai 1897 par Léon XIII.
81 91Dictionnaire biographique du Canada, art. « Bourgeoys, Marguerite, dite du Saint-Sacrement » : biographi.ca — départ de Troyes en février 1653, débarquement à Québec le 22 septembre 1653 ; L'Encyclopédie canadienne, art. « Marguerite Bourgeoys » — première école de filles ouverte en 1658. Février 1653 est donc la date du départ, non celle de la fondation, qui est postérieure.
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