« Que dit l'Église sur l'homosexualité ? » est l'une des questions que l'on pose le plus souvent, et l'une des plus mal comprises. On imagine parfois une doctrine réduite à une condamnation ; on entend ailleurs qu'elle aurait « tout changé ». La réalité est plus précise, plus stable, et plus délicate : l'Église tient ensemble deux affirmations qu'elle refuse de séparer — la dignité inviolable de chaque personne homosexuelle et le jugement moral sur les actes. Cet article expose le contenu de cet enseignement : les textes qui le portent, le vocabulaire exact, les distinctions décisives, ce que l'Église demande et ce qu'elle propose.
Cet article n'est pas une plaidoirie. La question « l'Église est-elle homophobe ? » — avec les objections, les débats historiques sur les persécutions, la question des suicides et la défense point par point — est traitée à part dans L'Église est-elle homophobe ?. Le pourquoi philosophique de fond (loi naturelle, complémentarité, théologie du corps) y est également développé. Ici, on répond à une question plus élémentaire et plus fréquente : concrètement, qu'est-ce que l'Église dit, et où le dit-elle ?
En une phrase, puis en dix points
Si l'on veut la réponse la plus courte : l'Église distingue la personne (toujours à aimer et à respecter), l'inclination (qui n'est pas en soi un péché) et les actes homosexuels (qu'elle juge contraires à l'ordre voulu par Dieu) ; elle appelle les personnes homosexuelles, comme tous les baptisés, à la chasteté selon leur état de vie. Tout le reste développe, nuance et applique cette phrase.
En dix points, l'enseignement se résume ainsi :
| # | Ce que l'Église affirme | Ce qu'elle ne dit pas |
|---|---|---|
| 1 | La personne homosexuelle a une dignité inviolable | Qu'elle vaudrait moins qu'une autre |
| 2 | L'inclination homosexuelle n'est pas un péché | Qu'être attiré serait déjà une faute |
| 3 | L'inclination est dite « objectivement désordonnée » | Que la personne serait « désordonnée » |
| 4 | Les actes homosexuels sont jugés désordonnés | Qu'ils seraient le pire des péchés |
| 5 | La personne doit être accueillie « avec respect, compassion et délicatesse » | Qu'on puisse la mépriser ou l'exclure |
| 6 | Toute discrimination injuste est à éviter | Que toute distinction serait injuste |
| 7 | Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté | Que ce soit un fardeau réservé à elles seules |
| 8 | La chasteté est un chemin de grâce, pas une punition | Que l'échec soit une condamnation définitive |
| 9 | Le mariage unit un homme et une femme | Qu'on puisse « bénir » une union de même sexe |
| 10 | On peut bénir des personnes, non des unions | Que la doctrine morale ait changé |
De quoi parle-t-on ? Le vocabulaire de l'Église
Une grande partie des malentendus vient du vocabulaire. L'Église n'emploie pas les mots de la culture militante ni ceux de la conversation courante ; elle parle une langue théologique précise, où chaque terme a un poids.
« Personne », « inclination », « acte » : trois réalités distinctes
Le premier réflexe à acquérir est de ne jamais confondre trois choses que l'Église sépare soigneusement :
- la personne, créée à l'image de Dieu, aimée de lui, appelée à la sainteté ;
- l'inclination (ou tendance, ou orientation), c'est-à-dire l'attirance affective et sexuelle envers des personnes du même sexe ;
- l'acte, c'est-à-dire le geste posé librement.
Le jugement moral catholique ne porte que sur l'acte libre. Il ne condamne pas la personne — jamais — et il ne condamne pas l'inclination comme telle, puisqu'elle n'est pas choisie. Cette architecture est constante depuis les grands textes du XXᵉ siècle.
« Objectivement désordonnée » : une expression technique
L'expression qui heurte le plus est celle d'inclination « objectivement désordonnée ». Elle ne signifie pas que la personne serait « détraquée » ou « malade ». En langage thomiste, un « ordre » est une orientation vers une fin ; un désir est « désordonné » lorsqu'il n'est pas ordonné à sa fin naturelle. La Lettre de 1986 précise exactement le sens :
« Bien qu'elle ne soit pas en elle-même un péché, l'inclination particulière de la personne homosexuelle constitue néanmoins une tendance, plus ou moins forte, vers un comportement intrinsèquement mauvais du point de vue moral. C'est la raison pour laquelle l'inclination elle-même doit être considérée comme objectivement désordonnée. » — Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Homosexualitatis problema, 1986, § 3[1]
Autrement dit : le mot « désordonnée » qualifie l'orientation d'un désir, pas la valeur d'une personne. La même catégorie s'applique à d'autres désirs humains qui ne sont pas choisis et ne sont pas des péchés tant qu'on ne consent pas à l'acte.
Ce que l'Église ne dit pas
Il est aussi utile de dissiper d'emblée ce que l'Église n'enseigne pas, car ces contresens sont fréquents :
- elle ne dit pas que ressentir une attirance homosexuelle est un péché ;
- elle ne dit pas que l'homosexualité est un « choix » que l'on ferait délibérément ;
- elle ne dit pas que les actes homosexuels seraient le péché le plus grave de tous ;
- elle ne dit pas qu'une personne homosexuelle serait exclue de l'amour de Dieu, des sacrements de la miséricorde ou de l'appel à la sainteté ;
- elle ne demande à personne de « guérir » ou de changer son orientation pour être accueilli.
Ce que disent les textes de référence
L'enseignement catholique sur l'homosexualité n'est pas une opinion flottante : il est porté par une série de documents magistériels cohérents entre eux. Les parcourir dans l'ordre, c'est voir se former une doctrine stable et un ton pastoral qui s'affine.
Le Catéchisme (§§ 2357-2359) : le cœur de l'enseignement
Le texte le plus cité, et le plus autorisé pour un fidèle, est le Catéchisme de l'Église catholique. Trois paragraphes se suivent, et il faut les lire ensemble, car isoler l'un d'eux déforme la doctrine.
Le § 2357 énonce le jugement sur les actes :
« L'homosexualité désigne les relations entre des hommes ou des femmes qui éprouvent une attirance sexuelle, exclusive ou prédominante, envers des personnes du même sexe. […] S'appuyant sur la Sainte Écriture, qui les présente comme des dépravations graves, la Tradition a toujours déclaré que "les actes d'homosexualité sont intrinsèquement désordonnés". Ils sont contraires à la loi naturelle. […] Ils ne sauraient recevoir d'approbation en aucun cas. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2357[2]
Le § 2358 énonce aussitôt le respect dû aux personnes — et c'est le paragraphe le plus souvent oublié :
« Un nombre non négligeable d'hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d'entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. Ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, et si elles sont chrétiennes, à unir au sacrifice de la croix du Seigneur les difficultés qu'elles peuvent rencontrer du fait de leur condition. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2358[3]
Le § 2359 énonce enfin l'appel :
« Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d'une amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2359[4]
On remarque la structure : acte jugé (2357), personne respectée (2358), chemin proposé (2359). Le mot « épreuve » du § 2358 est décisif : il suppose une souffrance à accompagner, non une faute à sanctionner. Le § 2396 range par ailleurs les actes homosexuels, avec la masturbation, la fornication et la pornographie, parmi les péchés « gravement contraires à la chasteté » — sans jamais en faire une catégorie à part de personnes[5].
Persona humana (1975) : la première mise au point moderne
La réflexion magistérielle contemporaine commence avec la déclaration Persona humana de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (1975). C'est elle qui introduit, dans le langage officiel, la distinction entre une homosexualité « transitoire » et une inclination durable :
« On distingue à bon droit […] les homosexuels dont la tendance, venant d'une fausse éducation, d'un manque de maturité sexuelle […] est transitoire ou du moins n'est pas incurable, et les homosexuels qui sont définitivement tels en raison d'une sorte d'instinct inné ou d'une constitution pathologique jugée incurable. » — CDF, Persona humana, 29 décembre 1975, § 8[6]
Cette distinction, avec son vocabulaire daté (« pathologique »), reflète la psychologie de l'époque ; l'essentiel, retenu ensuite, est qu'une inclination non choisie n'entraîne pas de culpabilité personnelle. Le texte maintient en même temps que les actes restent objectivement désordonnés.
Homosexualitatis problema (1986) : la lettre pastorale
La Lettre aux évêques sur la pastorale à l'égard des personnes homosexuelles (1986), signée par le cardinal Ratzinger, est le document le plus développé. Elle précise le sens d'« objectivement désordonnée » (déjà cité), met en garde contre un double écueil — l'hostilité comme la banalisation — et affirme sans ambiguïté que la violence contre les personnes homosexuelles est inadmissible :
« Il est déplorable que les personnes homosexuelles aient été et soient encore l'objet d'expressions malveillantes et d'actions violentes. De tels comportements méritent la condamnation des pasteurs de l'Église, où qu'ils se produisent. » — CDF, Homosexualitatis problema, 1er octobre 1986, § 10[7]
Le même texte demande aux évêques de soutenir des programmes pastoraux où les personnes homosexuelles trouvent aide sacramentelle et accompagnement pour vivre la chasteté.
Considérations sur les unions (2003) : mariage et loi civile
En 2003, la CDF publie ses Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles. Le document ne porte plus sur la personne mais sur une question de droit : le mariage peut-il désigner autre chose que l'union d'un homme et d'une femme ?
« Le mariage n'est pas une simple union de fait ; […] Il serait gravement illusoire et erroné de vouloir conférer à une union de personnes homosexuelles des caractéristiques propres au mariage. » — CDF, Considérations, 3 juin 2003, § 4[8]
L'Église distingue ici l'accueil des personnes et la structure objective du mariage, qu'elle tient pour antérieure à toute législation. L'argumentation détaillée de cette position appartient à l'article Qu'est-ce que le mariage ? et à L'Église est-elle homophobe ?.
L'Instruction de 2005 sur les séminaires
En 2005, la Congrégation pour l'Éducation catholique publie une Instruction sur l'admission au séminaire. Souvent citée hors contexte, elle concerne uniquement le discernement des candidats au sacerdoce, pas la place des laïcs dans l'Église :
« L'Église, tout en respectant profondément les personnes en question, ne peut admettre au séminaire et aux ordres sacrés ceux qui pratiquent l'homosexualité, qui présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées ou qui soutiennent la culture gay. » — Congrégation pour l'Éducation catholique, Instruction, 4 novembre 2005[9]
Amoris laetitia (2016) : le ton pastoral de François
Avec l'exhortation Amoris laetitia (2016), le pape François ne modifie pas la doctrine mais insiste sur l'accueil. Il réaffirme, dans le même geste, le respect des personnes et le refus des pressions idéologiques :
« Au cours des débats sur la dignité et la mission de la famille, les Pères synodaux ont fait remarquer que "quant aux projets d'assimilation au mariage des unions entre des personnes homosexuelles, il n'existe aucun fondement pour […] établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille". Il est inacceptable "que les Pasteurs de l'Église subissent des pressions en cette matière". » — François, Amoris laetitia, § 251[10]
Mais il ajoute que chaque personne, « indépendamment de sa propre tendance sexuelle », doit être respectée dans sa dignité et accueillie « avec respect », en évitant « toute marque de discrimination injuste »[11].
Fiducia supplicans (2023) : bénir des personnes, non des unions
Le document le plus récent et le plus commenté est la déclaration Fiducia supplicans du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (décembre 2023), qui autorise — sous conditions précises — des bénédictions pastorales non liturgiques de personnes, y compris de personnes formant un couple de même sexe. Il faut lire ce que le texte dit réellement :
« Dans l'horizon ainsi tracé, il est possible de bénir les couples en situation irrégulière et les couples de même sexe, sous une forme qui ne doit pas être fixée rituellement par les autorités ecclésiales, afin de ne pas créer de confusion avec la bénédiction propre au sacrement du mariage. » — Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Fiducia supplicans, 18 décembre 2023, § 31[12]
Le document distingue les bénédictions liturgiques et les bénédictions pastorales spontanées, demandées sans condition[13]. Il refuse à la fois de prévoir un rituel pour ces bénédictions et d'interdire la proximité de l'Église avec ceux qui cherchent l'aide de Dieu :
« C'est pourquoi il ne faut ni promouvoir ni prévoir un rituel de bénédiction des couples en situation irrégulière, mais il ne faut pas non plus empêcher ou interdire la proximité de l'Église avec toute situation où l'on recherche l'aide de Dieu au moyen d'une simple bénédiction. » — DDF, Fiducia supplicans, § 38[14]
Fiducia supplicans prolonge le Responsum de 2021, où la CDF rappelait que l'Église « ne peut pas bénir le péché » tout en bénissant volontiers les personnes[15]. La déclaration a été critiquée des deux côtés — trop pour les uns, pas assez pour les autres — et plusieurs conférences épiscopales, notamment africaines, ont demandé à ne pas l'appliquer telle quelle dans leur contexte[16]. La logique de fond reste catholique et ancienne : on bénit des personnes qui cherchent Dieu ; on ne certifie pas un mode de vie.
Sur quoi cet enseignement se fonde-t-il ?
L'Église ne présente pas ce jugement comme une aversion, mais comme une conclusion argumentée qui s'appuie sur trois sources convergentes. Cet article les résume ; leur défense complète face aux objections est développée dans L'Église est-elle homophobe ?.
L'Écriture
Le Catéchisme renvoie explicitement à quatre passages : la destruction de Sodome (Gn 19), l'épître aux Romains, la première aux Corinthiens et la première à Timothée. Le texte le plus argumenté est celui de saint Paul, qui inscrit la question dans une méditation sur la nature créée :
« C'est pourquoi Dieu les a livrés à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; pareillement les hommes, délaissant l'usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres. » — Saint Paul, Épître aux Romains 1, 26-27[17]
La tradition catholique reconnaît que ces textes font l'objet de débats exégétiques ; elle tient cependant, avec la Tradition constante, qu'ils condamnent les actes homosexuels comme tels, et pas seulement leurs formes abusives ou idolâtriques[18].
La loi naturelle et la complémentarité
Le deuxième fondement est philosophique : la loi naturelle. L'acte sexuel a, selon la doctrine catholique, deux significations inséparables — l'union des époux et l'ouverture à la vie — que seule la complémentarité de l'homme et de la femme réalise. C'est le même principe qui structure l'enseignement sur la contraception et sur la loi naturelle : on ne peut séparer volontairement ces significations sans blesser le sens de l'acte.
La Tradition constante
Le troisième fondement est historique : de saint Paul aux Pères, de Thomas d'Aquin au Catéchisme, l'Église a tenu une position constante sur les actes. La formulation s'est adoucie — de l'anathème médiéval au vocabulaire pastoral contemporain —, mais le jugement de fond n'a pas varié. C'est précisément cette continuité que l'Église invoque quand on lui demande de « changer sa doctrine ».
Ce que l'Église demande : l'appel à la chasteté
Le § 2359 ne dit pas aux personnes homosexuelles « guérissez » ni « disparaissez » : il dit « vous êtes appelées à la chasteté ». Encore faut-il comprendre ce mot, souvent réduit à une simple abstinence.
Une exigence universelle, pas une punition
La chasteté n'est pas une contrainte réservée aux personnes homosexuelles. C'est une vertu demandée à tous les baptisés, définie par le Catéchisme comme :
« La chasteté signifie l'intégration réussie de la sexualité dans la personne, et ainsi l'unité intérieure de l'homme dans son être corporel et spirituel. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2337[19]
Elle s'impose différemment selon l'état de vie — un homme non marié, une personne veuve, un consacré, un couple en fiançailles vivent aussi une exigence de continence. La logique est cohérente : l'Église ne demande pas aux personnes homosexuelles « plus » qu'aux autres, mais la même sainteté, dans une situation particulière.
Les moyens : prière, sacrements, amitié, maîtrise
Le § 2359 énumère les moyens concrets, et il est frappant qu'ils soient d'abord spirituels avant d'être moraux : « les vertus de maîtrise », « le soutien d'une amitié désintéressée », « la prière et la grâce sacramentelle ». L'Église ne présente pas la chasteté comme un effort de volonté solitaire, mais comme un chemin de grâce, soutenu par l'amitié vraie et par les sacrements — la confession et l'Eucharistie au premier chef.
La « loi de gradualité »
Le magistère de François a insisté sur un point pastoral important : la conversion est un chemin, pas un interrupteur. La « loi de gradualité » — à ne pas confondre avec une « gradualité de la loi » qui relativiserait l'exigence — reconnaît que l'on progresse par étapes, que les chutes n'annulent pas la marche, et que la miséricorde accompagne celui qui avance « graduellement et résolument ».
Ce que l'Église propose : l'accompagnement pastoral
Une doctrine sans pastorale resterait abstraite. L'enseignement catholique est indissociable d'une manière d'accueillir, que les textes détaillent autant que le jugement moral.
Accueil, respect, compassion
Les mots ne sont pas laissés au hasard : « respect, compassion et délicatesse » (CEC 2358), « proximité affectueuse » du Synode de 2015[20]. Le Synode sur la famille (2015) a demandé que les communautés offrent aux personnes homosexuelles un accompagnement « respectueux » et sans exclusion.
Les apostolats dédiés
Concrètement, plusieurs apostolats reconnus accompagnent les personnes qui souhaitent vivre selon la doctrine catholique tout en portant une attirance homosexuelle. Le plus connu est le mouvement Courage, fondé en 1980 aux États-Unis par le père John Harvey et reconnu par le Saint-Siège, avec sa branche EnCourage pour les proches et les familles[21]. En France, des groupes de prière et d'accompagnement existent au sein de plusieurs diocèses. Leur logique commune : ni militantisme, ni honte, mais une amitié spirituelle et une marche vers la sainteté.
Ce que l'Église refuse aussi
L'accompagnement a des limites que l'Église pose dans les deux sens. Elle refuse le mépris, l'exclusion familiale au nom de la foi, les propos blessants qui trahissent l'Évangile — dérives réelles, documentées, traitées dans L'Église est-elle homophobe ?. Mais elle refuse aussi de réduire une personne à son orientation, et se méfie des « thérapies de conversion » présentées comme des guérisons magiques : l'appel n'est pas à changer d'orientation, mais à vivre la sainteté quelle que soit l'orientation.
Questions fréquentes
« Être homosexuel, est-ce un péché ? »
Non. L'attirance n'est pas choisie et n'est pas un péché ; l'Église ne juge que les actes posés librement (CEC 2357-2358 ; Homosexualitatis problema § 3). Ressentir une inclination, c'est vivre une « épreuve », pas commettre une faute.
« L'Église peut-elle bénir un couple de même sexe ? »
L'Église ne bénit pas l'union comme telle, et refuse toute forme ressemblant à un mariage (Fiducia supplicans § 38). Elle peut, depuis 2023, accorder une bénédiction pastorale spontanée aux personnes qui demandent l'aide de Dieu, sans que cela vaille approbation de leur mode de vie (§ 31).
« L'Église peut-elle changer cette doctrine ? »
Sur le jugement des actes et sur le mariage, l'Église se dit liée à un enseignement qu'elle n'estime pas avoir le pouvoir de modifier, parce qu'elle le reçoit de l'Écriture et de la Tradition constante. Ce qui évolue, c'est le langage et la pastorale, pas le fond — comme le montre la continuité de 1975 à 2023.
« Une personne homosexuelle peut-elle communier ? »
Oui, aux mêmes conditions que tout catholique : être en état de grâce, ce qui suppose de ne pas persévérer sciemment dans un péché grave. La question n'est pas l'orientation, mais les actes et la disposition du cœur — exactement comme pour un fidèle hétérosexuel. Voir Peut-on communier en état de péché mortel ?.
« Peut-on être homosexuel et saint ? »
Oui, sans réserve. L'appel à la sainteté est universel ; l'Église le redit expressément (« se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne », CEC 2359). L'orientation n'est jamais un obstacle à la sainteté : la manière de vivre l'est ou ne l'est pas, comme pour tout baptisé.
Points de repère
| Question | Réponse de l'Église | Texte |
|---|---|---|
| L'inclination est-elle un péché ? | Non | CEC 2358 ; HP § 3 |
| Les actes sont-ils jugés désordonnés ? | Oui | CEC 2357 |
| Faut-il respecter les personnes ? | Oui, toujours | CEC 2358 |
| La violence est-elle admissible ? | Jamais | HP § 10 |
| Le mariage de même sexe est-il possible ? | Non | Considérations 2003, § 4 |
| Peut-on bénir des personnes ? | Oui, non l'union | Fiducia supplicans § 31 |
| Les personnes sont-elles appelées à la sainteté ? | Oui, comme tous | CEC 2359 |
Pour aller plus loin
- L'Église est-elle homophobe ? — la défense apologétique complète : objections, histoire, débat philosophique, Fiducia supplicans en détail.
- Qu'est-ce que le mariage ? — pourquoi l'Église réserve le mariage à l'union d'un homme et d'une femme.
- Que dit l'Église sur la contraception ? — le même principe des « deux significations » de l'acte conjugal.
- Qu'est-ce que la loi naturelle ? — le fondement philosophique invoqué par l'Église.
- Peut-on communier en état de péché mortel ? — les conditions de la communion, valables pour tous.
Notes et références
Congrégation pour la Doctrine de la Foi (Cardinal Joseph Ratzinger, Préfet), Lettre aux évêques de l'Église catholique sur la pastorale à l'égard des personnes homosexuelles (Homosexualitatis problema), 1er octobre 1986, § 3. Texte intégral FR sur vatican.va.
1Catéchisme de l'Église catholique (Jean-Paul II, 1992), § 2357. Citation verbatim de l'édition typique française. Le paragraphe renvoie à Gn 19, 1-29 ; Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10 pour le fondement scripturaire.
2Catéchisme de l'Église catholique, § 2358. Citation verbatim de l'édition typique française, incluant la phrase finale sur l'union « au sacrifice de la croix du Seigneur ».
3Catéchisme de l'Église catholique, § 2359. Citation verbatim de l'édition typique française.
4Catéchisme de l'Église catholique, § 2396 : les actes homosexuels sont mentionnés, avec la masturbation, la fornication et la pornographie, parmi les péchés « gravement contraires à la chasteté ». Édition typique française.
5Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration Persona humana sur certaines questions d'éthique sexuelle, 29 décembre 1975, § 8. Le texte distingue les homosexuels « transitoires » et ceux dont l'inclination semble « définitive en raison d'une sorte d'instinct inné ou d'une constitution pathologique jugée incurable ». Vocabulaire daté de l'époque, maintenu ici en citation historique.
6CDF, Homosexualitatis problema, 1er octobre 1986, § 10 : condamnation des « expressions malveillantes et actions violentes » contre les personnes homosexuelles. Citation verbatim vatican.va.
7CDF, Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, 3 juin 2003 (approuvée par Jean-Paul II le 28 mars 2003), § 4. URL : vatican.va.
8Congrégation pour l'Éducation catholique, Instruction sur les critères de discernement vocationnel à propos des personnes présentant des tendances homosexuelles en vue de leur admission au séminaire et aux ordres sacrés, 4 novembre 2005. Citation verbatim vérifiée. Le document concerne exclusivement l'admission au sacerdoce, non la place des laïcs dans l'Église.
9François, Amoris laetitia, § 251 : refus de toute assimilation des unions homosexuelles au mariage et des pressions exercées sur les pasteurs. Citation verbatim vatican.va.
10François, exhortation apostolique Amoris laetitia, 19 mars 2016, § 250 : appel à accompagner toute personne « indépendamment de sa propre tendance sexuelle », avec « respect » et sans « discrimination injuste ». Texte intégral sur vatican.va.
11DDF, Fiducia supplicans, § 31 : possibilité de bénir les couples en situation irrégulière et de même sexe « sous une forme qui ne doit pas être fixée rituellement ». Citation verbatim du texte FR sur vatican.va.
12Dicastère pour la Doctrine de la Foi (Cardinal Víctor Manuel Fernández, Préfet), Déclaration Fiducia supplicans sur le sens pastoral des bénédictions, 18 décembre 2023, § 28 : les bénédictions spontanées (pèlerinages, sanctuaires, rue) « s'adressent à tous, personne ne doit en être exclu ». URL : vatican.va.
13DDF, Fiducia supplicans, § 38 : ni rituel à prévoir, ni proximité à interdire. Citation verbatim du texte FR sur vatican.va ; le § 39 précise en outre que cette bénédiction ne sera « jamais accomplie en même temps que les rites civils d'union, ni même en relation avec eux ».
14Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Responsum ad dubium sur la bénédiction des unions de personnes de même sexe, 22 février 2021 : l'Église « ne dispose pas du pouvoir » de bénir les unions de personnes de même sexe, tout en distinguant la bénédiction des personnes de celle des unions. Ce texte précède et éclaire Fiducia supplicans (2023).
15Conférences épiscopales africaines (dont le SCEAM / SECAM), déclarations de janvier-février 2024 demandant à ne pas appliquer Fiducia supplicans dans leur contexte pastoral, pour éviter la confusion entre bénédiction et approbation dans les cultures locales.
16Épître aux Romains 1, 24-27 (Bible de Jérusalem, éd. Cerf, Paris, 2002). Le texte grec emploie para phusin (« contre nature », v. 26), expression renvoyant à l'ordre naturel de la création. Sur la structure de l'argument, voir Richard Hays, The Moral Vision of the New Testament, HarperSanFrancisco, 1996, p. 383-389.
17Première épître aux Corinthiens 6, 9-10 (Bible de Jérusalem, Cerf, 2002). Les termes grecs malakoi et arsenokoitai (littéralement « ceux qui couchent avec des mâles ») sont analysés notamment par Robert Gagnon, The Bible and Homosexual Practice, Abingdon Press, 2001, p. 306-332.
18Catéchisme de l'Église catholique, § 2337 : définition de la chasteté comme « intégration réussie de la sexualité dans la personne ». Édition typique française.
19Synode des évêques sur la famille (XIVᵉ assemblée générale ordinaire, Rome, 4-25 octobre 2015), Relatio finalis, § 76 : la pastorale doit offrir aux personnes homosexuelles la proximité affectueuse de la communauté, sans exclusion ni assimilation des unions au mariage.
20Mouvement Courage International, fondé en 1980 aux États-Unis par le Père John Harvey, reconnu par le Saint-Siège, avec sa branche EnCourage pour les familles. Le mouvement accompagne les personnes qui souhaitent vivre la chasteté selon la doctrine catholique. Site : couragerc.org.
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