Que disent les saints sur la pauvreté évangélique

Du Christ pauvre aux témoins modernes, les saints parlent d'une seule voix sur la pauvreté évangélique. Florilège sourcé des grands maîtres — François et Claire d'Assise, Thomas d'Aquin, Ignace, Thérèse d'Avila, Jean de la Croix — et de leurs images inoubliables : Dame Pauvreté, le « privilège de pauvreté », les deux étendards, « Dieu seul suffit ».

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Sur peu de sujets la voix des saints est aussi nette que sur la pauvreté évangélique. De saint Antoine vendant tous ses biens au IIIᵉ siècle jusqu'à saint Charles de Foucauld cherchant « la dernière place » dans le désert, par-delà les langues et les ordres, un même cri revient : le Christ s'est fait pauvre, et on ne suit pas un Maître pauvre les mains pleines. Les saints n'ont pas inventé la pauvreté ; ils l'ont reçue de l'Évangile, et ils l'ont aimée jusqu'à l'épouser. Saint François l'a appelée « notre Dame la sainte Pauvreté » ; sainte Claire, « la bienheureuse pauvreté » ; sainte Thérèse d'Avila en a fait le blason de son Carmel : « Nos armes sont la sainte pauvreté. »[1]

Cet article rassemble cette voix : ce que les saints, les docteurs et les mystiques ont dit de la pauvreté évangélique, chacun avec son accent propre. On y entend le Christ des Béatitudes, les premiers moines qui ont tout quitté, François et Claire qui ont fait de la pauvreté une épouse, saint Thomas d'Aquin qui en précise la place exacte, saint Ignace qui l'oppose aux richesses dans la méditation des Deux Étendards, sainte Thérèse d'Avila et saint Jean de la Croix qui la portent jusqu'au sommet de l'esprit, et les témoins modernes — Liguori, Vincent de Paul, Charles de Foucauld — qui la redisent jusqu'à nous.

Le présent florilège ne traite pas du « comment » pratique — la nature de la pauvreté évangélique, ses degrés, ses moyens et ses pièges font l'objet de l'article Comment grandir dans la pauvreté évangélique, auquel on renvoie. Il n'examine pas non plus les contresens courants — pauvreté confondue avec le misérabilisme, avec une idéologie ou avec le mépris des biens —, traités dans Les erreurs fréquentes concernant la pauvreté évangélique. Ici, on écoute les saints : on lit leurs textes, on suit la continuité de leur doctrine, et l'on voit comment chacun a éclairé une facette du même trésor. Pour le thème voisin du rapport libre à toute créature, voir aussi Que disent les saints sur le détachement.

Pourquoi écouter les saints sur la pauvreté évangélique ?

Une doctrine née d'un choix, pas d'une théorie

La pauvreté évangélique ne se démontre pas comme un théorème : elle se choisit, et ce sont ceux qui l'ont choisie qui en parlent le mieux. Saint François a renoncé publiquement à l'héritage de son père sur la place d'Assise ; sainte Claire s'est enfuie de nuit pour embrasser la pauvreté ; sainte Thérèse d'Avila a fondé ses premiers couvents « sans rente », contre l'avis des prudents. Leur parole n'est pas un conseil de moraliste à l'aise, mais le témoignage de gens qui ont payé de leur vie ce qu'ils enseignent. C'est pourquoi, sur ce sujet plus que sur d'autres, les écouter vaut mieux que raisonner seul : ils savent par expérience ce que coûte et ce que libère le dénuement choisi pour Dieu.

Tous disciples d'un Maître pauvre

Avant les saints, il y a le Christ. La pauvreté évangélique n'est pas une invention de la spiritualité monastique : elle prend sa source dans la manière même dont le Fils de Dieu a voulu entrer dans le monde et le traverser. Né dans une étable, vivant du travail de ses mains, n'ayant « pas où reposer la tête », mort dépouillé de ses vêtements — le Christ a fait de la pauvreté le vêtement de toute sa vie. Les saints n'ajoutent rien : ils imitent. Saint Paul l'a formulé une fois pour toutes, et tous le reprendront :

« Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s'est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. » — Deuxième épître aux Corinthiens 8, 9[2]

Une même voix à travers les siècles

Mise bout à bout, leur doctrine compose une seule symphonie. Le même paradoxe — on s'enrichit en se dépouillant — revient chez Claire d'Assise (« la pauvreté qui procure les richesses éternelles »), chez Jean de la Croix (« pour posséder tout, ne veuille rien posséder »), chez Liguori (« Vous seul êtes ma richesse »). Cette unanimité n'est pas un hasard de tempéraments : elle vient de ce que tous lisent le même Évangile et suivent le même Christ. Le Catéchisme la résume en une ligne : « L'abandon à la Providence du Père du Ciel libère de l'inquiétude du lendemain » (CEC § 2547)[3], et « le détachement des richesses est nécessaire pour entrer dans le Royaume des Cieux » (CEC § 2556)[4].

Le Christ pauvre : la source de toute parole des saints

« Heureux les pauvres » : la première Béatitude

La Nativité : le Fils de Dieu entre dans le monde dans le dénuement de l'étable. Giotto, vers 1305, chapelle des Scrovegni, Padoue — domaine public, Wikimedia Commons.

Le Sermon sur la montagne s'ouvre sur la pauvreté. Ce n'est pas un hasard : la première Béatitude est la porte des autres, et c'est elle que les saints citeront le plus.

« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » — Évangile selon saint Matthieu 5, 3[5]

Saint Luc la donne dans une forme encore plus abrupte, sans l'adoucir : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous » (Lc 6, 20)[6]. Toute la tradition spirituelle s'est employée à tenir ensemble ces deux versants — la pauvreté du cœur, exigée de tous, et la pauvreté réelle, embrassée par quelques-uns à l'appel du Christ. Les saints ne choisissent pas entre les deux : ils montrent que la seconde n'a de valeur que par la première, et que la première, sans un minimum de la seconde, n'est souvent qu'un mot.

« Le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête »

À celui qui voulait le suivre, Jésus n'a pas promis le confort, mais le dénuement de sa propre vie :

« Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête. » — Évangile selon saint Matthieu 8, 20[7]

Sainte Claire d'Assise reprendra exactement ce verset dans sa première lettre à Agnès de Prague pour montrer jusqu'où va la pauvreté du Christ — et pourquoi celle de ses disciples ne peut être moindre[8]. C'est la logique de tout le florilège : la mesure de la pauvreté chrétienne, ce n'est pas la prudence humaine, c'est le Christ lui-même.

« Va, vends tout ce que tu as »

Le Christ pauvre, de Bethléem au Calvaire — schéma explicatif, illustration originale générée par IA.

À un homme riche et religieux qui cherchait la perfection, le Christ a donné un conseil précis, devenu la charte de toutes les vocations de pauvreté :

« Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi. » — Évangile selon saint Matthieu 19, 21[9]

Ce verset n'est pas resté lettre morte. C'est lui, lu à voix haute un dimanche, qui a fait se lever saint Antoine d'Égypte ; lui que saint François a fait ouvrir au hasard de l'évangéliaire pour connaître sa voie ; lui que cite saint Thomas d'Aquin pour situer la pauvreté dans la vie chrétienne. Une seule phrase du Christ, et seize siècles de saints en descendent.

Les Pères et les premiers moines : tout quitter pour suivre

Saint Antoine : la parole entendue à l'église

Vers 270, un jeune Égyptien entre dans une église au moment où l'on proclame l'Évangile du jeune homme riche. Il prend la parole pour lui, sort, et donne ses terres.

« Comme s'il avait reçu de Dieu le souvenir des saints, et comme si cette lecture avait été faite à son intention, Antoine sortit aussitôt de l'église et donna aux gens de son village les biens qu'il tenait de ses ancêtres. » — Saint Athanase, Vie de saint Antoine[10]

De ce geste est née toute la vie monastique. La pauvreté des moines n'est pas d'abord une ascèse : c'est une obéissance littérale à un mot de l'Évangile. Les Pères du désert qui suivent Antoine répéteront que rien ne libère le cœur pour la prière comme le fait de n'avoir rien à défendre.

La pureté du cœur comme but

Pour les Pères, le dépouillement n'est jamais une fin : il vide les mains pour libérer le cœur. Saint Jean Cassien, qui a transmis à l'Occident la sagesse des moines d'Égypte, rapporte la doctrine de l'abbé Moïse : les jeûnes, les veilles, la méditation des Écritures, « la pauvreté et la privation de tous ses biens ne sont pas la perfection, mais les moyens de la perfection »[11]. Cette phrase, saint Thomas d'Aquin la citera mot pour mot huit siècles plus tard : preuve que, dès l'origine, les saints ont su tenir la pauvreté à sa juste place — précieuse comme un instrument, jamais adorée comme une fin.

Saint François d'Assise : l'épousée Dame Pauvreté

La pauvreté comme moyen et la charité comme fin — schéma explicatif, illustration originale générée par IA.

Nul saint n'a poussé l'amour de la pauvreté aussi loin que François d'Assise (1181-1226). Là où d'autres la pratiquent, lui l'a personnifiée : il en a fait une dame, une épouse, « notre Dame la sainte Pauvreté », à qui il s'est lié comme un chevalier à sa souveraine.

Les noces avec Dame Pauvreté

Dans son Testament dicté quelques mois avant sa mort, François veut que ses frères demeurent fidèles à celle qu'il a épousée :

« Et que les frères se gardent bien de recevoir, sous aucun prétexte, ni églises, ni habitations, ni rien de ce qu'on construirait pour eux, si cela n'est pas conforme à la sainte pauvreté que nous avons promise dans la Règle, y demeurant toujours comme des étrangers et des pèlerins. » — Saint François d'Assise, Testament, 1226[12]

La Règle qu'il a laissée appelle ce dénuement la « très haute pauvreté » (altissima paupertas), qui fait des frères « les héritiers et les rois du royaume des cieux »[13]. La pauvreté n'est pas pour François une perte : c'est un titre de noblesse, le blason de qui n'a plus rien à perdre parce qu'il a tout donné.

« Je travaillais de mes mains »

La pauvreté de François n'est pas une mendicité oisive. Le travail manuel en est l'autre face : on ne possède rien, mais on gagne son pain.

« Moi, je travaillais de mes mains, et je veux travailler ; et je veux fermement que tous les autres frères s'emploient à un travail honnête. » — Saint François d'Assise, Testament, 1226[14]

Le recours à l'aumône ne vient qu'après, « quand on ne nous donnera pas le salaire du travail », et toujours « sans honte », parce qu'on imite alors le Christ mendiant. La pauvreté franciscaine est ainsi laborieuse, joyeuse et libre — tout le contraire d'un misérabilisme amer.

L'esprit de pauvreté selon les Admonitions

François a su que la pauvreté du cœur est plus rare et plus exigeante que celle des mains. Dans ses Admonitions, il démasque le faux pauvre : celui qui a tout quitté, mais qui s'irrite dès qu'on touche à son amour-propre.

« Il y en a beaucoup qui, s'adonnant aux prières et aux offices, infligent à leur corps de nombreuses abstinences et mortifications ; mais pour un seul mot qui semble une injure à leur personne, ou pour un objet qu'on leur enlève, aussitôt ils se scandalisent et se troublent. Ceux-là n'ont pas le véritable esprit de pauvreté. » — Saint François d'Assise, Admonitions, XIV[15]

La vraie pauvreté, pour François, descend jusqu'au moi : être dépossédé non seulement de ses biens, mais de sa propre volonté de paraître. C'est là que la pauvreté extérieure trouve son sens — sinon elle n'est qu'un déguisement.

« Où règnent pauvreté et joie »

Le génie de François est d'avoir uni deux mots que le monde croit ennemis : la pauvreté et la joie. Dans une admonition rythmée comme un cantique, il oppose les vertus aux vices qu'elles chassent :

« Là où sont la charité et la sagesse, là n'est ni crainte ni ignorance. Là où sont la patience et l'humilité, là n'est ni colère ni trouble. Là où sont la pauvreté et la joie, là n'est ni cupidité ni avarice. » — Saint François d'Assise, Admonitions, XXVII[16]

La pauvreté, chez lui, n'a pas le visage triste : elle a celui de la « parfaite allégresse ». Qui ne possède rien ne craint plus rien ; qui n'a plus d'argent à garder n'a plus d'avarice à nourrir. La pauvreté libère la joie comme on ouvre une fenêtre.

Sainte Claire d'Assise : le « privilège de pauvreté »

François et Claire : deux vocations unies par le choix du Christ pauvre — infographie originale générée par IA.

Disciple de François, Claire d'Assise (1194-1253) a porté la pauvreté jusqu'à un geste inédit dans l'histoire de l'Église : demander au pape non pas une dispense, mais le privilège de ne rien posséder. Là où les abbayes cherchaient des rentes pour durer, Claire a obtenu le droit de n'avoir aucune sécurité matérielle — le Privilegium paupertatis, confirmé par Innocent III puis par Grégoire IX.

« Ô bienheureuse pauvreté »

Dans sa première lettre à Agnès de Prague — fille du roi de Bohême devenue Pauvre Dame —, Claire chante la pauvreté en une triple exclamation devenue célèbre :

« Ô bienheureuse pauvreté, qui procure les richesses éternelles à ceux qui l'aiment et l'embrassent ! Ô sainte pauvreté, à ceux qui la possèdent et la désirent, Dieu promet le royaume des cieux ! Ô pieuse pauvreté, que le Seigneur Jésus Christ, qui régissait et régit le ciel et la terre, a daigné embrasser par-dessus tout ! » — Sainte Claire d'Assise, Première lettre à Agnès de Prague, vers 1234[17]

Le paradoxe est tout entier dans le premier mot : la pauvreté « procure les richesses éternelles ». C'est l'échange du Royaume — on troque le peu qu'on a contre le tout que Dieu promet.

Le miroir du Christ pauvre

Pour Claire, la raison de tout cela est unique : on est pauvre parce que le Christ l'a été. Elle rappelle à Agnès que celui qu'elle suit n'a pas eu « où reposer la tête », et qu'une princesse qui renonce à un trône terrestre s'unit ainsi au Roi du ciel devenu pauvre :

« Si un si grand et un tel Seigneur a voulu venir dans le sein de la Vierge et apparaître au monde méprisé, indigent et pauvre, afin que les hommes, qui étaient pauvres et indigents [...], devinssent riches en lui en possédant les royaumes des cieux... » — Sainte Claire d'Assise, Première lettre à Agnès de Prague[18]

La pauvreté n'est donc pas une privation pour elle-même : c'est un miroir où la Pauvre Dame se conforme à l'Époux pauvre. Quitter ses vêtements royaux, c'est revêtir le Christ.

Saint Thomas d'Aquin : la pauvreté, instrument et non fin

Après les fondateurs, il fallait un docteur pour mettre de l'ordre. Thomas d'Aquin (1225-1274), lui-même mendiant dominicain, a fixé la place exacte de la pauvreté dans la vie chrétienne — ni trop haut, ni trop bas. Sa thèse, capitale, corrige d'avance tous les excès : la perfection ne consiste pas dans la pauvreté.

« La perfection ne consiste pas essentiellement dans la pauvreté, mais dans la suite du Christ. [...] La pauvreté est comme un instrument ou un exercice pour parvenir à la perfection. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 188, a. 7[19]

Thomas s'appuie précisément sur l'abbé Moïse rapporté par Cassien : la pauvreté n'est pas la perfection, mais son moyen. La perfection, elle, consiste tout entière dans la charité[20]. C'est une clé décisive du florilège : tous les saints qui aiment la pauvreté l'aiment pour autre chose qu'elle-même — pour suivre le Christ, pour aimer Dieu sans entrave. La pauvreté est l'outil ; l'amour est l'œuvre. Qui inverse l'ordre tombe dans l'orgueil du dénuement, contresens que la tradition n'a cessé d'écarter (voir Les erreurs fréquentes concernant la pauvreté évangélique).

Saint Ignace de Loyola : la pauvreté contre les richesses

Les deux étendards

Richesses, honneurs, orgueil ; pauvreté, opprobres, humilité — infographie originale générée par IA d'après les Exercices spirituels.

Au cœur des Exercices spirituels, Ignace de Loyola (1491-1556) place une méditation décisive : celle des Deux Étendards, où l'on voit s'affronter la stratégie de Lucifer et celle du Christ. Et le premier appât de l'ennemi, le premier piège tendu aux âmes, c'est précisément la richesse.

« [Lucifer commande à ses démons] de tenter les hommes, en leur inspirant d'abord le désir des richesses, comme il fait le plus souvent lui-même, afin de les conduire plus facilement à l'amour du vain honneur du monde, et de là à un orgueil sans bornes. » — Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 142[21]

Face à cette pente — richesses, honneurs, orgueil —, le Christ propose le chemin exactement inverse. Il envoie les siens attirer les hommes d'abord à la pauvreté :

« Il leur recommande d'aider tous les hommes, en les attirant premièrement à une entière pauvreté spirituelle, et non moins à la pauvreté réelle, si la divine Majesté l'a pour agréable et veut les appeler à cet état ; secondement, au désir des opprobres et des mépris, parce que de ces deux choses naît l'humilité. » — Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 146[22]

Pauvreté contre richesses, humilité contre orgueil

Ignace résume tout en trois degrés symétriques : « la pauvreté opposée aux richesses ; les opprobres et les mépris opposés à l'honneur du monde ; l'humilité opposée à l'orgueil »[23]. La pauvreté n'est donc pas un détail d'ascèse : c'est le premier pas d'un combat spirituel. Tout commence par le rapport à l'argent — qui le tient en main librement marche vers l'humilité ; qui s'y attache glisse vers l'orgueil. C'est pourquoi Ignace voulait que la pauvreté fût aimée par ses fils « comme un rempart de la vie religieuse », à protéger de toute brèche[24].

Sainte Thérèse d'Avila : « Nos armes sont la sainte pauvreté »

Réformatrice du Carmel, Thérèse d'Avila (1515-1582) a voulu ses monastères pauvres, sans rentes assurées, contre l'avis des prudents — par « amour de la pauvreté évangélique »[25]. Pour elle, la pauvreté n'était pas une contrainte budgétaire mais un honneur, le blason des filles du Carmel.

La pauvreté, blason du Carmel

Au chapitre 2 du Chemin de la perfection, écrit pour ses sœurs, elle fait de la pauvreté l'arme et l'enseigne de l'ordre :

« Nos armes sont la sainte pauvreté ; elle était au commencement si estimée et si bien gardée par nos saints Pères. [...] Voilà les armes que l'on doit voir sur nos bannières : que notre plus cher désir soit de garder la pauvreté intacte, dans nos demeures, dans nos vêtements, dans nos paroles, et bien plus encore dans nos pensées. » — Sainte Thérèse d'Avila, Le Chemin de la perfection, ch. 2[26]

L'image est militaire à dessein : la pauvreté défend l'âme comme une armure. Celui qui ne possède rien n'a pas de flanc offert à l'ennemi ; celui qui désire toujours plus est déjà à demi vaincu.

« Dieu seul suffit »

Toute la spiritualité thérésienne de la pauvreté tient dans une phrase qu'elle avait écrite sur un signet glissé dans son bréviaire, et que l'on retrouva après sa mort :

« Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante. Tout passe. Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit. » — Sainte Thérèse d'Avila, Poésie, dite « Nada te turbe »[27]

« Celui qui possède Dieu ne manque de rien » : voilà le secret du pauvre selon Thérèse. La pauvreté n'est pas un vide, c'est une place faite pour le seul qui comble. Qui a Dieu peut tout perdre sans rien perdre.

Saint Jean de la Croix : posséder tout en ne possédant rien

Du rien au tout : le chemin de dépouillement enseigné par saint Jean de la Croix — infographie originale générée par IA.

Compagnon de Thérèse dans la réforme du Carmel, Jean de la Croix (1542-1591) a porté la pauvreté jusqu'au sommet de l'esprit. Chez lui, le dénuement ne touche plus seulement les biens, mais tout attachement — c'est la pauvreté de l'esprit, le « rien » (nada) qui ouvre au « tout ».

Les maximes du « rien »

Au sommet de son dessin du Mont Carmel, Jean inscrit une série de maximes paradoxales sur le chemin de la possession véritable :

« Pour parvenir à goûter le tout, ne cherche à goûter quelque chose en rien. Pour parvenir à savoir le tout, ne cherche à savoir quelque chose en rien. Pour parvenir à posséder le tout, ne veuille posséder quelque chose en rien. Pour parvenir à être tout, ne veuille être quelque chose en rien. » — Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, livre I, ch. 13[28]

L'âme qui veut tout retenir n'a jamais assez ; celle qui consent à ne rien retenir reçoit Dieu, et avec lui le tout. C'est la pauvreté évangélique poussée à sa pointe spirituelle : non plus seulement n'avoir rien, mais ne vouloir rien posséder hors de Dieu.

La pauvreté de l'esprit

Pour Jean, cette pauvreté intérieure est la condition de l'union à Dieu. Tant que l'âme tient à quelque chose, fût-ce une consolation spirituelle, elle n'est pas libre : « Deux contraires ne peuvent coexister dans un même sujet », écrit-il — l'amour de la créature et l'amour de Dieu ne peuvent occuper ensemble tout le cœur[29]. La pauvreté évangélique trouve ici son achèvement : elle commence par les mains vides et s'accomplit dans un cœur libre de tout, sinon de Dieu.

Les témoins modernes : la même voix jusqu'à nous

D'Alphonse de Liguori à Teresa de Calcutta : quatre témoins modernes — frise originale générée par IA.

La voix des saints sur la pauvreté ne s'est pas tue avec l'âge d'or des ordres mendiants et du Carmel. Elle traverse les siècles modernes, intacte.

Saint Alphonse de Liguori : « Vous seul êtes ma richesse »

Docteur de l'Église et fondateur des Rédemptoristes, Alphonse de Liguori (1696-1787) fait de la préférence de Dieu à toute richesse le cœur de l'amour. Reprenant un mot de saint Paulin de Nole, il met sur les lèvres de l'âme aimante cette déclaration :

« Je n'envie point aux riches leurs trésors, ni aux rois leur couronne : vous seul, ô mon Jésus, êtes ma gloire et mon royaume. » — Saint Paulin de Nole, cité par saint Alphonse de Liguori, L'art d'aimer Jésus-Christ[30]

Pour Liguori, la pauvreté du saint n'est que l'envers d'une richesse : on lâche le peu pour saisir le tout. Le détachement n'est jamais un appauvrissement, mais un échange avantageux — on quitte de la boue pour gagner Dieu[31].

Saint Vincent de Paul : le Christ dans le pauvre

Avec Vincent de Paul (1581-1660), l'amour de la pauvreté se prolonge en amour des pauvres : aimer la pauvreté du Christ et servir les pauvres en qui il se cache ne font qu'un. À ses Filles de la Charité, il osait dire :

« Les pauvres sont nos maîtres ; ce sont nos rois, il faut leur obéir ; et ce n'est pas une exagération de les appeler ainsi, parce que Notre-Seigneur est dans les pauvres. » — Saint Vincent de Paul, conférence du 25 novembre 1659[32]

Le pauvre n'est pas seulement celui qu'on aide : il est le lieu où le Christ pauvre se laisse rencontrer et servir. La pauvreté évangélique trouve ici son débouché concret : elle ouvre les mains pour donner, et le cœur pour reconnaître le Christ dans le plus petit (voir Comment grandir dans l'aumône).

Saint Charles de Foucauld : la dernière place de Nazareth

Charles de Foucauld (1858-1916), officier mondain converti, a voulu imiter non pas le Christ glorieux, mais le Christ caché et pauvre de Nazareth. Une parole de son confesseur, l'abbé Huvelin, devint le programme de sa vie :

« Notre-Seigneur a tellement pris la dernière place que jamais personne n'a pu la lui ravir. » — l'abbé Henri Huvelin, parole recueillie par saint Charles de Foucauld[33]

Foucauld la mit en œuvre à la lettre : à Nazareth, il vécut du travail de ses mains, inconnu et pauvre, goûtant profondément l'obscurité, le silence et l'imitation de Jésus[34]. Chez lui, la pauvreté évangélique devient abaissement : descendre, comme le Christ, jusqu'à la dernière place, là où personne ne dispute plus rien.

Sainte Teresa de Calcutta : libres parce que pauvres

Plus près de nous, Teresa de Calcutta (1910-1997) a refondé la pauvreté volontaire au service des « plus pauvres parmi les pauvres ». Ses Missionnaires de la Charité ne possèdent presque rien — et elle y voyait non une privation, mais leur liberté même : qui ne possède rien peut tout donner, et se tenir tout entier disponible pour Dieu et pour le prochain. Elle aimait rappeler qu'il existe une pauvreté pire que le manque de pain : celle de l'âme — la solitude, le sentiment de n'être ni désiré, ni aimé, ni soigné[35] — et que seul un cœur libre des biens peut s'en approcher pour la soulager.

Luisa Piccarreta : la pauvreté volontaire de Jésus et de Marie

Dans la spiritualité de la Divine Volonté — non pas seulement faire la volonté de Dieu en serviteur fidèle, mais vivre dans sa Volonté, don promis du troisième Fiat révélé à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947) —, la pauvreté reçoit un dernier éclairage (voir Qu'est-ce que le don de vivre dans la Divine Volonté ?). Confiant ses peines à Luisa, Jésus révèle que sa pauvreté et celle de sa Mère n'avaient rien d'une nécessité subie : possédant en plénitude le Fiat éternel — la Parole par laquelle Dieu fait exister toutes choses —, ils auraient pu tout posséder, et pourtant ils ont choisi le dénuement, par pur amour et pour instruire les âmes.

« Ma fille, la pauvreté véritable, c'est lorsqu'une créature est dans le besoin : on veut prendre et il n'y a rien à prendre, et l'on est obligé de demander aux autres le strict nécessaire pour vivre. Cette pauvreté est de nécessité et presque forcée. Au contraire, avec Moi et ma céleste Maman, en qui il y avait la plénitude du Fiat éternel, ce n'était pas une pauvreté de nécessité [...], mais une pauvreté volontaire, spontanée, inspirée de l'amour divin. [...] Notre pauvreté était une marque d'amour ; c'était la pauvreté de l'exemple, pour enseigner aux créatures le détachement envers toutes les choses basses de la terre. » — Jésus à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, Tome 20, 28 janvier 1927[36]

Le pauvre véritable, dans cette lumière, n'est donc pas seulement celui qui n'a rien : c'est celui qui, pouvant tout avoir, choisit librement le dénuement par amour. C'est le terme de toute pauvreté évangélique : non le vide subi, mais le don de soi librement consenti.

Les images des saints : la grammaire commune de la pauvreté

Une image par maître : six symboles pour un seul trésor — tableau visuel original généré par IA.

Les saints ne raisonnent pas seulement : ils peignent. Chacun a trouvé une image qui dit la pauvreté mieux qu'un traité, et ces images, mises ensemble, composent une grammaire commune. Le tableau suivant rassemble les plus célèbres.

SaintImage ou formuleCe qu'elle enseigne
François d'Assise« Notre Dame la sainte Pauvreté »La pauvreté comme épouse aimée, source de joie et de liberté
Claire d'AssiseLe « privilège de pauvreté »Le droit de ne rien posséder, demandé comme une grâce
Thomas d'AquinLa pauvreté « instrument »Un moyen de la perfection, jamais la perfection elle-même
Ignace de LoyolaLes deux étendardsLa pauvreté, premier pas contre les richesses et l'orgueil
Thérèse d'Avila« Nos armes sont la sainte pauvreté »La pauvreté comme armure et blason de l'âme
Jean de la CroixLe « rien » (nada)Ne rien vouloir posséder pour posséder le tout
Charles de Foucauld« La dernière place »La pauvreté comme abaissement à l'imitation du Christ

Lues ensemble, ces images disent la même chose sous des couleurs différentes : la pauvreté n'est pas une perte mais un échange, pas une tristesse mais une liberté, pas une fin mais un chemin vers Dieu.

Ce que les saints ne disent pas : deux malentendus écartés

La voix des saints est précise. Elle exclut deux contrefaçons que l'on confond souvent avec la pauvreté évangélique. (Pour le traitement développé, voir Les erreurs fréquentes concernant la pauvreté évangélique.)

La pauvreté n'est pas la misère aimée pour elle-même

Aucun saint n'a jamais aimé la misère en tant que misère, ni glorifié la privation pour la souffrance qu'elle inflige. Ce qu'ils aiment, ce n'est pas le manque, c'est le Christ pauvre que le manque permet de suivre de plus près. François travaillait pour ne pas mendier sans raison ; Thérèse voulait ses sœurs pauvres mais dignes et joyeuses ; Vincent de Paul combattait la misère des autres de toutes ses forces. La pauvreté évangélique est un acte d'amour, non une complaisance dans le dénuement.

La pauvreté n'est pas une fin : elle est pour la charité

Le deuxième malentendu est plus subtil : faire de la pauvreté l'absolu, comme si tout valait par elle. Saint Thomas l'a écarté une fois pour toutes — la perfection est dans la charité, la pauvreté n'en est que l'instrument. Une pauvreté sans amour n'est qu'un vide ; pire, elle peut nourrir l'orgueil le plus subtil, celui de qui se croit grand d'avoir tout quitté. Tous les saints le redisent : on se fait pauvre pour aimer mieux — Dieu d'abord, le prochain ensuite (voir Comment grandir dans la charité).

Le fruit unanime : la liberté, la joie, Dieu pour trésor

Au terme de ce florilège, une même note résonne sous toutes les voix : la pauvreté évangélique rend libre. Libre comme François chantant la « parfaite allégresse » ; libre comme Claire échangeant un trône terrestre contre le Royaume ; libre comme Thérèse pour qui « celui qui possède Dieu ne manque de rien ». Le pauvre selon l'Évangile n'est pas l'homme privé : c'est l'homme délivré — du souci des biens, de la peur de les perdre, de l'esclavage de l'avoir.

Et au bout de cette liberté, il y a un trésor. Non pas le néant, mais Dieu lui-même, devenu « l'unique richesse » du cœur. C'est pourquoi les saints n'ont jamais parlé de la pauvreté avec tristesse, mais comme d'un secret heureux : « Bienheureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » Ils ont cru ce mot, ils l'ont vécu, et ils en sont revenus pour nous dire qu'il est vrai.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), Le Chemin de la perfection, ch. 2. Édition de référence : Œuvres complètes, trad. Marcelle Auclair, Seuil / Desclée de Brouwer. Texte vérifié sur carmel.asso.fr ; fond corroboré dans la trad. Bouix (ressource locale, « 1582 - Sainte Thérèse d'Avila - Oeuvres.pdf » : « nos armes sont la sainte pauvreté… ce sont là les armes qui doivent paraître dans nos enseignes »).

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  2. Deuxième épître de saint Paul aux Corinthiens 8, 9. Traduction liturgique officielle (AELF). Le verset est la formule paulinienne classique de la kénose économique du Christ, reprise par toute la tradition spirituelle de la pauvreté.

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  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 2547 : « L'abandon à la Providence du Père du Ciel libère de l'inquiétude du lendemain (cf. Mt 6, 25-34). » Texte vérifié sur vatican.va (IntraText, Libreria Editrice Vaticana).

    3
  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 2556 : « Le détachement des richesses est nécessaire pour entrer dans le Royaume des Cieux. » Texte vérifié sur vatican.va (IntraText, Libreria Editrice Vaticana).

    4
  5. Évangile selon saint Matthieu 5, 3 (première Béatitude). Traduction liturgique officielle (AELF). Le grec ptōchoi tō pneumati est rendu par « pauvres de cœur » (Bible liturgique) ou « pauvres en esprit » (Bible de Jérusalem).

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  6. Évangile selon saint Luc 6, 20. Traduction liturgique officielle (AELF). Luc donne la Béatitude sous une forme directe (« vous les pauvres »), sans le complément « de cœur » propre à Matthieu.

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  7. Évangile selon saint Matthieu 8, 20 (parallèle en Lc 9, 58). Traduction liturgique officielle (AELF).

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  8. Sainte Claire d'Assise, Première lettre à Agnès de Prague, citant Mt 8, 20 (« les renards ont des tanières… ») pour fonder la pauvreté des Pauvres Dames sur celle du Christ. Sources Chrétiennes n° 325, Cerf, 1985.

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  9. Évangile selon saint Matthieu 19, 21 (le jeune homme riche ; parallèles Mc 10, 21 ; Lc 18, 22). Traduction liturgique officielle (AELF).

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  10. Saint Athanase d'Alexandrie, Vie de saint Antoine (Vita Antonii), ch. 2-3, écrite vers 357. Édition de référence : Athanase d'Alexandrie, Vie d'Antoine, Sources Chrétiennes n° 400, Cerf, 1994. C'est la lecture de Mt 19, 21 à l'église qui décide la conversion d'Antoine.

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  11. Saint Jean Cassien, Conférences, I (Première conférence de l'abbé Moïse), ch. 7. Édition de référence : Jean Cassien, Conférences I-VII, Sources Chrétiennes n° 42, Cerf. La formule (les jeûnes, veilles, pauvreté « ne sont pas la perfection mais les moyens de la perfection ») est citée textuellement par saint Thomas d'Aquin en Somme théologique IIa-IIae, q. 188, a. 7.

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  12. Saint François d'Assise, Testament (1226). Édition de référence : François d'Assise, Écrits, Sources Chrétiennes n° 285, Cerf, 1981. Sur le refus des biens « comme des étrangers et des pèlerins » (cf. 1 P 2, 11).

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  13. Saint François d'Assise, Règle bullée (Regula bullata, 1223), ch. VI, sur la « très haute pauvreté » (altissima paupertas) qui établit les frères « héritiers et rois du royaume des cieux ». Édition : François d'Assise, Écrits, Sources Chrétiennes n° 285, Cerf, 1981.

    13
  14. Saint François d'Assise, Testament (1226) : « Et ego manibus meis laborabam et volo laborare. » Édition : François d'Assise, Écrits, Sources Chrétiennes n° 285, Cerf, 1981.

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  15. Saint François d'Assise, Admonitions, XIV (« L'esprit de pauvreté »), citant Mt 5, 3 et Mt 5, 39. Texte vérifié mot à mot dans l'édition française (ressource locale, « 1226 - Saint François d'Assise - Admonitions.pdf »).

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  16. Saint François d'Assise, Admonitions, XXVII (« Les vertus chassent les vices »). Texte vérifié mot à mot dans l'édition française (ressource locale, « 1226 - Saint François d'Assise - Admonitions.pdf »).

    16
  17. Sainte Claire d'Assise, Première lettre à Agnès de Prague (vers 1234). Édition de référence : Claire d'Assise, Écrits, Sources Chrétiennes n° 325, Cerf, 1985. Texte vérifié sur clarisses-de-nerac.fr.

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  18. Sainte Claire d'Assise, Première lettre à Agnès de Prague : sur le Seigneur qui a voulu apparaître « méprisé, indigent et pauvre » afin que les hommes deviennent riches en lui. Sources Chrétiennes n° 325, Cerf, 1985.

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  19. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 188, a. 7 (« La possession de biens en commun diminue-t-elle la perfection religieuse ? » — dans le corpus : la perfection consiste essentiellement non dans la pauvreté, mais dans la suite du Christ, et la pauvreté n'en est que l'instrument). Texte original latin : « …paupertas autem est sicut instrumentum vel exercitium perveniendi ad perfectionem », citant Cassien : « ieiunia, vigiliae, meditatio Scripturarum, nuditas, ac privatio omnium facultatum, non perfectio, sed perfectionis instrumenta sunt » (Conf. I, 7). Traduction d'après l'édition de la Revue des Jeunes (Cerf), contrôlée sur New Advent (EN) et le texte latin.

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  20. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, IIa-IIae, q. 184, a. 1 et a. 3 : la perfection chrétienne consiste essentiellement et principalement dans la charité.

    20
  21. Saint Ignace de Loyola (1491-1556), Exercices spirituels, n° 142 (méditation des « Deux Étendards », appel de Lucifer). Traduction du P. Pierre Jennesseaux S.J. (éd. Namur 1913, numérisée sur livres-mystiques.com — texte vérifié mot à mot).

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  22. Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 146 (appel du Christ, « entière pauvreté spirituelle » et « pauvreté réelle »). Traduction Jennesseaux (livres-mystiques.com — texte vérifié mot à mot).

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  23. Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, n° 146 : les trois degrés — « la pauvreté opposée aux richesses ; les opprobres et les mépris opposés à l'honneur du monde ; l'humilité opposée à l'orgueil ».

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  24. Saint Ignace de Loyola, Constitutions de la Compagnie de Jésus, VIᵉ partie, ch. 2, n. 553 : la pauvreté y est donnée comme le rempart des ordres religieux, à défendre contre toute brèche.

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  25. Sainte Thérèse d'Avila, Vie / biographie de référence : sur « l'amour qu'elle avait pour la pauvreté évangélique » et son exhortation à demeurer pauvres. Texte vérifié dans l'édition française des Œuvres (ressource locale Ignispedia, « 1582 - Oeuvres sainte Thérèse d'Avila », trad. Bouix).

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  26. Sainte Thérèse d'Avila, Poésies, dit « Nada te turbe » (« Que rien ne te trouble »), signet retrouvé dans son bréviaire après sa mort. Texte original espagnol : « Nada te turbe, nada te espante […] quien a Dios tiene, nada le falta : sólo Dios basta. »

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  27. Saint Jean de la Croix (1542-1591), La Montée du Carmel, livre I, ch. 13. Édition de référence : Œuvres complètes, trad. du P. Lucien-Marie de Saint-Joseph, Desclée de Brouwer. Texte original espagnol : « Para venir a gustarlo todo, no quieras tener gusto en nada. Para venir a saberlo todo, no quieras saber algo en nada. Para venir a poseerlo todo, no quieras poseer algo en nada. Para venir a serlo todo, no quieras ser algo en nada. »

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  28. Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel, livre I, ch. 4 : « deux contraires ne peuvent coexister dans un même sujet » — l'amour désordonné des créatures et l'amour de Dieu ne peuvent occuper ensemble tout le cœur. Trad. P. Lucien-Marie de Saint-Joseph, Desclée de Brouwer.

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  29. Mot de saint Paulin de Nole (« S. Paulin disait… ») rapporté par saint Alphonse de Liguori, L'art d'aimer Jésus-Christ (Pratica di amar Gesù Cristo, 1768), ch. sur la pureté d'intention. Texte vérifié mot à mot dans l'édition française (ressource locale, « 1787 - Pratique de l'amour envers Jésus-Christ »).

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  30. Saint Alphonse de Liguori, L'art d'aimer Jésus-Christ, ch. sur l'amour et le détachement : aimer Dieu plus que « un peu de boue, une vaine fumée, des vers de terre » (rapportant un mot du V. Louis du Pont). Ressource locale Ignispedia, « 1787 - Saint Alphonse de Liguori ».

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  31. Saint Vincent de Paul (1581-1660), conférence aux Filles de la Charité du 25 novembre 1659 (conf. 115, « Règles des sœurs des paroisses », art. 12-18 et appendice) : « Les pauvres sont nos maîtres ; ce sont nos rois… parce que Notre-Seigneur est dans les pauvres. » Édition de référence : Saint Vincent de Paul. Correspondance, entretiens, documents, éd. Pierre Coste, Gabalda, Paris, 14 vol., 1920-1925, t. X — texte contrôlé sur l'édition anglaise Coste.

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  32. Parole de l'abbé Henri Huvelin (1838-1910) en sermon, rappelée par saint Charles de Foucauld lui-même dans ses notes comme le programme de sa vie — « Notre-Seigneur a tellement pris la dernière place que jamais personne n'a pu la lui ravir » (retraite de Nazareth, novembre 1897).

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  33. Saint Charles de Foucauld (1858-1916), lettres de Nazareth (1897-1900, dont la lettre à son ami Gabriel Tourdes) : vie du travail des mains, pauvreté, obscurité, silence et imitation de Jésus.

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  34. Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997) : la pauvreté pire que le manque de pain — l'homme « pas seulement affamé de pain, mais affamé d'amour », sans logis « pour avoir été oublié, mal aimé, mal soigné » (discours d'acceptation, Oslo, 10 décembre 1979), et la pauvreté de l'Occident — se sentir indésiré, mal aimé, abandonné — plus difficile à soulager (conférence Nobel, 11 décembre 1979). Texte vérifié (nobelprize.org ; trad. fr. evangelium-vitae.org, copie locale).

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  35. Jésus à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, Tome 20, entrée du 28 janvier 1927 (« Notre Seigneur aura trois Royaumes… ») : sur la pauvreté volontaire du Christ et de la Vierge, choisie par amour et non par nécessité, donnée en exemple aux créatures. Citation contrôlée mot à mot dans l'édition complète des 36 tomes (ressource locale, « Tome 20.pdf »).

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