Sur peu de sujets les saints parlent d'une voix aussi unanime que sur la persévérance. Séparés par les siècles, les langues et les écoles spirituelles, un Père du désert égyptien du IVe siècle et une carmélite normande du XIXe, un docteur scolastique et une mystique illettrée disent au fond la même chose : ce qui sauve n'est pas d'avoir bien commencé, mais d'avoir tenu jusqu'au bout. « Commencer est le fait de beaucoup ; persévérer, le privilège de quelques-uns », résumait déjà saint Jérôme[1] — et toute la tradition n'a fait que reprendre, varier, approfondir cette parole.
Cet article rassemble ces voix en un florilège : non pas un traité de plus sur la vertu, mais une anthologie ordonnée des plus fortes paroles des saints sur la fidélité de la durée, chacune située dans son œuvre et son époque. Pour le versant pratique — comment la persévérance grandit, ses distinctions techniques, ses moyens concrets —, on se reportera à l'article jumeau Comment grandir dans la persévérance. Ici, on laisse d'abord parler les saints.
Pourquoi écouter les saints sur la persévérance ?
Un point sur lequel les saints ne se contredisent jamais
La théologie spirituelle connaît des débats : sur l'oraison, sur la grâce, sur les nuits de l'âme, les maîtres nuancent et parfois s'opposent. Sur la persévérance, en revanche, règne un accord remarquable. Tous tiennent ensemble trois convictions : que la persévérance décide du salut, qu'elle est plus difficile que l'élan du début, et qu'elle se reçoit à genoux autant qu'elle se gagne debout. Cette convergence n'est pas un hasard : elle vient de l'expérience. Quiconque a réellement cherché Dieu longtemps a buté sur le même mur — la lassitude — et redécouvert le même secret — recommencer.
C'est pourquoi écouter les saints sur ce point n'est pas accumuler des citations, mais recueillir le témoignage concordant de ceux qui ont fini la course. Leur autorité ici n'est pas seulement doctrinale : elle est expérimentale. Ils ne théorisent pas la durée, ils l'ont traversée.
« Commencer est de beaucoup, persévérer de quelques-uns »
Une seule sentence revient, sous mille formes, d'un siècle à l'autre. Saint Jérôme la frappe au IVe siècle ; le De modo bene vivendi — traité longtemps attribué à saint Bernard — la reprend :
« À ceux qui commencent, la récompense est promise ; mais c'est à ceux qui persévèrent qu'elle est donnée. » — Pseudo-Bernard, Liber de modo bene vivendi ad sororem (longtemps attribué à saint Bernard de Clairvaux)[2]
Saint Bonaventure, au siècle suivant, la condense en trois mots qui pourraient servir de devise à tout ce florilège :
« Persévère. L'important n'est pas d'avoir bien commencé, mais de bien finir. La couronne n'est donnée qu'à la persévérance. » — Saint Bonaventure[3]
Trois Pères, trois siècles, une seule pensée : la grâce du départ est offerte à beaucoup, mais la couronne de l'arrivée n'est promise qu'à la fidélité tenue. Tout le reste de l'article ne fera qu'écouter cette conviction se déployer.
Ce que ce florilège rassemble — et ce qu'il ne refait pas
On a choisi de suivre l'ordre du temps, parce qu'il fait entendre la persévérance comme une chaîne ininterrompue de témoins : le désert, les Pères, les docteurs, les mystiques, jusqu'aux voix les plus récentes. À chaque étape, on cite la parole, on nomme celui qui la dit, on la replace dans son œuvre. À la fin, un florilège récapitulatif rassemble les vingt sentences les plus fortes à retenir.
Cet article ne reprend pas les distinctions techniques — persévérance, constance, patience, longanimité — ni la mécanique des moyens : tout cela est traité dans Comment grandir dans la persévérance. On renvoie aussi, pour les vertus voisines que les saints relient sans cesse à la persévérance, à l'espérance, à la force et au combat contre l'acédie.
La première voix : l'Écriture que tous les saints commentent
Avant d'être un thème des saints, la persévérance est une parole de Dieu. Les saints ne font que méditer, prolonger et incarner quelques versets décisifs. Les recueillir d'abord, c'est entendre la source à laquelle tous puisent.
« Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé »
La parole-mère est celle du Christ lui-même, répétée deux fois dans l'Évangile (Mt 10, 22 ; 24, 13). Elle ne promet pas le salut à celui qui a cru un jour, mais à celui qui a tenu :
« Vous serez détestés de tous à cause de mon nom. Mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. » — Évangile selon saint Matthieu 24, 13[4]
L'épître aux Hébreux en tire la conséquence directe : « Vous avez besoin de persévérance pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation de la promesse » (He 10, 36)[5]. C'est sur ce socle que se dressent toutes les voix qui suivent.
La course de saint Paul
Saint Paul a donné à la persévérance son image impérissable : la course. Au terme de sa vie, il ne se vante pas d'un beau départ, mais d'une course achevée :
« J'ai mené le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Désormais, c'est la couronne de justice qui m'est réservée. » — Deuxième lettre à Timothée 4, 7-8[6]
L'épître aux Hébreux reprend la même figure athlétique : « Courons avec endurance l'épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus » (He 12, 1-2)[7] — où le mot grec hypomonè désigne précisément l'endurance qui dure. Et le Christ avertit que celui qui « met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n'est pas fait pour le royaume de Dieu » (Lc 9, 62)[8]. La logique biblique est constante : ce qui compte, c'est le terme.
La promesse faite à ceux qui tiennent
À cette exigence répond une promesse. C'est la dernière parole du Christ ressuscité à une Église persécutée, celle de Smyrne :
« Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. » — Apocalypse 2, 10[9]
La parabole du semeur avait déjà désigné la bonne terre comme celle de ceux qui, « ayant entendu la Parole dans un cœur bon et généreux, la retiennent et portent du fruit par leur persévérance » (Lc 8, 15)[10]. Et saint Paul encourage : « Ne nous lassons pas de faire le bien ; car, le moment venu, nous récolterons, si nous ne nous relâchons pas » (Ga 6, 9)[11]. Voilà le terrain biblique commun ; les saints n'en sont que les échos vivants.
Les Pères du désert : « demeure dans ta cellule »
La première grande école de la persévérance n'est pas un livre, c'est un désert. Aux IVe et Ve siècles, les moines d'Égypte font de la durée le cœur de leur combat. Pour eux, la sainteté ne se joue pas dans l'exploit, mais dans la capacité de rester — rester au même endroit, au même travail, à la même prière, quand tout pousse à fuir.
Le « démon de midi »
Évagre le Pontique (v. 345-399) a donné un nom à l'ennemi propre de la persévérance : l'acédie, qu'il appelle le « démon de midi »[12]. C'est cette lassitude qui frappe le moine au milieu de la journée, quand le soleil est haut et que le temps semble immobile : le dégoût des choses de Dieu, l'envie de changer de lieu, de méthode, de vie. L'acédie ne pousse pas au mal éclatant ; elle pousse à tout laisser. Évagre observe que celui qui ne fuit pas, mais tient bon contre ce démon, voit la lutte déboucher sur une paix profonde. C'est la première analyse spirituelle de la tentation contre la durée — et le remède des anciens sera toujours le même : ne pas bouger. Sur ce combat précis, voir Comment grandir dans le combat contre l'acédie.
« Ta cellule t'enseignera tout »
À un frère agité, qui ne savait plus que faire, le grand abba Moïse répond par une des paroles les plus célèbres du désert :
« Va, demeure dans ta cellule, et ta cellule t'enseignera tout. » — Abba Moïse, Apophtegmes des Pères du désert[13]
Tout est là : la persévérance comme stabilité. Le moine inconstant croit que la solution est ailleurs — une autre cellule, une autre règle, un autre maître. Le Père lui répond que la fidélité au lieu présent, tenue dans la durée, enseigne plus que tous les changements. Ce que les anciens appelaient « tenir la cellule », c'est l'inverse exact de l'acédie : là où le démon dit « va-t'en, change », le Père répond « reste, demeure ». La persévérance naît de cette obstination douce à ne pas quitter le poste.
Les Pères et docteurs : la persévérance est un don de Dieu
Avec les grands docteurs, la persévérance reçoit sa doctrine. Un point s'impose, qui dominera toute la tradition : si tenir jusqu'à la fin est si difficile, c'est qu'on n'y parvient pas par ses seules forces. La persévérance finale est un don.
Saint Augustin et « le don de la persévérance »
Nul n'a creusé ce mystère comme saint Augustin (354-430). Au soir de sa vie, il consacre un traité entier à la question : Le don de la persévérance (De dono perseverantiae, 428-429). Sa thèse est tranchante : la grâce de mourir en ami de Dieu ne se mérite pas comme un salaire ; elle se demande. C'est même, dit-il, exactement ce que le chrétien réclame chaque jour dans le Notre Père, en priant « ne nous laisse pas entrer en tentation »[14]. Pour Augustin, tenir jusqu'au bout n'est pas d'abord une affaire de volonté, mais de prière confiante : celui qui s'appuie sur ses forces tombera ; celui qui mendie la grâce tiendra.
Cette intuition a fait école jusqu'au concile de Trente, qui reprend le mot d'Augustin et définit la persévérance finale comme un « grand don » que nul ne peut s'assurer par lui-même :
« "Celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé" : ce don ne peut venir que de Celui qui a le pouvoir d'affermir celui qui est debout, pour qu'il tienne avec persévérance, et de relever celui qui tombe. » — Concile de Trente, session VI, ch. 13[15]
Le Catéchisme de l'Église catholique le redit aujourd'hui mot pour mot : il faut espérer « la grâce de la persévérance finale », c'est-à-dire « le don de mourir dans la grâce de Dieu »[16].
Saint Jean Chrysostome : le coureur qui compte ce qui reste
Saint Jean Chrysostome (v. 349-407), commentant la course de saint Paul, donne une image psychologique d'une grande finesse : le secret de la persévérance est de ne jamais se croire arrivé.
« Celui qui se croit déjà parvenu à la perfection cesse de courir, pensant avoir atteint le but. Celui au contraire qui se croit encore loin du terme ne cessera jamais de courir. Car le coureur ne compte pas combien de tours il a achevés, mais combien il lui en reste à faire. » — Saint Jean Chrysostome[17]
C'est le contraire de la suffisance : on persévère tant qu'on regarde ce qui reste, on s'arrête dès qu'on regarde ce qui est fait. La persévérance se nourrit d'une sainte insatisfaction.
Saint Thomas d'Aquin : tenir dans la durée
Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) donne à tout cela sa précision scolastique. Pour lui, la persévérance est une partie de la vertu de force : non l'héroïsme d'un instant, mais la fermeté qui permet de durer.
« Il appartient à la persévérance de persister fermement dans un bien difficile, en raison de la longueur du temps. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 137, a. 1[18]
Le mot décisif est durée : ce qui rend la persévérance ardue, ce n'est pas l'intensité d'un péril, mais la longueur grise d'un bien qui se prolonge. Pour le détail de ces distinctions — persévérance, constance, patience —, on renvoie à Comment grandir dans la persévérance. Retenons ici la pointe spirituelle : tenir trente ans use plus que tenir une heure, et c'est dans cette usure que la vertu se forge.
Sainte Catherine de Sienne : l'oraison qui rend fort et persévérant
Docteur de l'Église, sainte Catherine de Sienne (1347-1380) relie la persévérance à sa racine : la prière. À la question de savoir d'où vient la force de tenir, elle répond sans hésiter :
« Qu'est-ce qui nous rend forts et persévérants ? L'oraison humble et continuelle, faite dans la cellule de la connaissance de soi-même et de la bonté de Dieu en soi. » — Sainte Catherine de Sienne, Lettres[19]
On retrouve, transposée chez la mystique siennoise, la « cellule » des Pères du désert — devenue ici cellule intérieure : se connaître pauvre, connaître Dieu bon, et y demeurer par l'oraison. C'est cette prière persévérante qui affermit l'âme. Dans son Dialogue, elle fait de la persévérance un fruit direct de la foi :
« À la lumière de la foi, je suis forte, constante, persévérante. » — Sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue[20]
Et parce que la durée fidèle exige de supporter sans aigreur, elle ajoute ce mot lapidaire qui relie persévérance et amour : « La patience est la moelle de la charité. »[21] Tenir longtemps n'est pas serrer les dents : c'est aimer assez pour ne pas se lasser.
L'Imitation de Jésus-Christ : l'inconstance, racine de toute chute
Au XVe siècle, L'Imitation de Jésus-Christ — le livre de piété le plus lu après la Bible — nomme avec une précision chirurgicale ce qui ruine la persévérance : l'inconstance du cœur.
« Le commencement de toutes les tentations est l'inconstance de l'esprit et le peu de confiance en Dieu. Car, comme un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par les flots, ainsi l'homme faible et changeant, qui abandonne ses résolutions, est agité par des tentations diverses. » — Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, I, 13[22]
L'image du « vaisseau sans gouvernail » dit tout : l'âme inconstante ne veut pas le mal, mais elle ne tient aucun cap assez longtemps pour qu'il porte du fruit. On n'abandonne presque jamais par un grand refus ; on abandonne par usure, parce que le bien est devenu monotone. Kempis désigne ainsi la véritable ligne de front de la persévérance : non pas la résistance aux grandes tempêtes, mais la fidélité aux résolutions quand l'élan du début est retombé.
Les maîtres de la douceur : recommencer chaque jour
Une grande tradition spirituelle, à partir du XVIIe siècle, déplace l'accent. La persévérance n'est plus d'abord présentée comme une ténacité crispée, mais comme l'art doux de toujours recommencer. C'est peut-être l'apport le plus libérateur des saints sur ce thème.
Saint François de Sales : « toujours recommencer »
Saint François de Sales (1567-1622), docteur de la douceur, a fait du recommencement quotidien la clé de toute fidélité. Contre le découragement qui suit la chute — le vrai poison de la persévérance —, il enseigne :
« Ayez patience avec tous, mais principalement avec vous-même. […] Je suis bien aise que vous recommenciez tous les jours : il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle, que de toujours recommencer, et ne jamais penser avoir assez fait. » — Saint François de Sales, Lettres[23]
Pour lui, la persévérance n'est pas une ligne droite, mais une suite de redémarrages : « Tous les jours, nous devons recommencer le chemin vers la perfection »[24]. Ce qui compte n'est pas de n'être jamais tombé, mais de toujours se relever. Et il met en garde contre le piège inverse, plus subtil : se troubler de ses fautes, « car tout cela ne vient que de l'orgueil »[25]. La vraie persévérance est humble : elle accepte de recommencer une fois de plus qu'elle ne tombe.
Sainte Thérèse d'Avila : « la patience obtient tout »
Réformatrice du Carmel, sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) a laissé, sur un signet glissé dans son bréviaire et retrouvé à sa mort, le poème le plus célèbre de la constance chrétienne :
« Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante. Tout passe ; Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit. » — Sainte Thérèse d'Avila, Nada te turbe[26]
Tout y est dit du fondement de la persévérance : si « tout passe » et si « Dieu ne change pas », alors l'âme peut tenir à travers tout, parce qu'elle est ancrée dans l'Immuable. « La patience obtient tout » (la paciencia todo lo alcanza) : non par force, mais par durée confiante. La persévérance, chez Thérèse, repose sur le roc de Dieu seul.
Le saint Curé d'Ars : ne jamais se séparer de Lui
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars, qui sut tenir un demi-siècle au même confessionnal, ramenait toute la persévérance à une seule chose : rester uni au Christ.
« Lions-nous si bien à Lui que nous ayons le grand bonheur de ne jamais nous en séparer. » — Saint Jean-Marie Vianney, Pensées[27]
La fidélité de la durée n'est pas, pour lui, un effort solitaire, mais l'effet d'un lien : on tient parce qu'on s'est attaché à Quelqu'un. C'est déjà le secret que les mystiques modernes vont développer.
La grande voix de la prière : saint Alphonse de Liguori
Si un saint résume la doctrine de la persévérance, c'est saint Alphonse de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église. Reprenant Augustin, il a consacré un traité entier au Grand moyen de la prière, dont la thèse tient en une phrase : Dieu donne à tous la grâce de prier, et à celui qui prie, il ne refuse aucune grâce — pas même la persévérance.
« Comment le Père pourrait-il nous refuser aucune grâce, alors qu'il nous a donné son Fils unique ? […] Aucune grâce n'est exceptée, ni le pardon, ni la persévérance, ni son saint amour, ni la perfection, ni le paradis : il nous donne tout, absolument tout. » — Saint Alphonse de Liguori, La Pratique de l'amour envers Jésus-Christ[28]
La conclusion d'Alphonse est d'une simplicité redoutable : « Celui qui prie se sauve, celui qui ne prie pas se damne. » Puisque la persévérance finale est un don, la première chose à faire n'est pas un effort, mais une demande — répétée chaque jour, et particulièrement pour l'heure de la mort. La dévotion catholique l'a traduite dans la prière la plus dite au monde : « priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort ». Sur la prière comme école de fidélité, voir Comment grandir dans l'oraison.
Les mystiques modernes : tenir dans la nuit
Les saints des deux derniers siècles ont apporté à la doctrine de la persévérance un accent nouveau : celui de la nuit. Ils ont enseigné à tenir non pas dans la ferveur, mais précisément quand toute saveur a disparu — dans l'aridité, la sécheresse, l'apparent abandon. C'est là, disent-ils d'une seule voix, que l'amour devient vrai.
Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : la petite voie
Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), docteur de l'Église, a fait de la fidélité aux petites choses toute sa « petite voie » : ne laisser passer aucun petit sacrifice, aucune petite fidélité, et tout offrir par amour. La persévérance, pour elle, n'est pas l'héroïsme rare, mais la fidélité minuscule et répétée — la logique évangélique du « fidèle dans les petites choses » (Lc 16, 10)[29]. Et lorsque les forces manquent, lorsque la nuit de la foi l'enveloppe au point qu'elle ne sent plus rien, elle confie le secret de sa fidélité :
« Quand nous n'en avons pas la force, c'est alors que Jésus combat pour nous. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Lettre 57[30]
La persévérance thérésienne n'est donc pas une crispation de la volonté, mais un abandon : tenir en se laissant porter. On ne tient pas par soi-même ; on laisse Jésus tenir en nous. Sa devise pourrait être : « Aimer jusqu'à mourir d'amour »[31] — c'est-à-dire jusqu'au bout.
Saint Padre Pio : l'aridité, « pur accident »
Saint Padre Pio (1887-1968) rassurait les âmes troublées par la sécheresse, qui croient tout perdu dès que la prière n'a plus de goût. Pour lui, l'aridité n'est pas un signe d'échec, mais une étape voulue par Dieu :
« Les ténèbres et l'aridité spirituelles sont un pur accident, que Dieu permet aux âmes faibles et encore peu avancées, mais qu'il soustrait ensuite aux âmes déjà fortifiées dans l'esprit. » — Saint Padre Pio[32]
Loin d'être une raison de cesser, la sécheresse est une raison de continuer : c'est là que l'amour se prouve gratuit. Persévérer dans l'aridité est l'antichambre de la maturité spirituelle.
La vénérable Marthe Robin : ne jamais abandonner l'oraison
La vénérable Marthe Robin (1902-1981), clouée quarante ans sur son lit de souffrance, a dit la même chose avec une fermeté lumineuse :
« N'abandonnons jamais le pieux exercice de l'oraison, quand même nous n'y trouverions que sécheresses et souffrances. […] Que ceci au contraire nous engage à persévérer, car très souvent Dieu veut éprouver jusqu'où nous avons embrassé la Croix. » — Vénérable Marthe Robin, Journal[33]
La sécheresse devient ainsi une épreuve d'amour : Dieu regarde « jusqu'où » nous tenons. La persévérance dans la nuit est la mesure de l'attachement.
Saint Pier Giorgio Frassati : l'Eucharistie, force de persévérer
Mort à vingt-quatre ans, saint Pier Giorgio Frassati (1901-1925) — figure de la jeunesse sportive et joyeuse — situait la source de toute persévérance dans les sacrements :
« La prière est le moyen le plus efficace pour obtenir de Dieu les grâces dont nous avons besoin, et en particulier la force de persévérer. » — Saint Pier Giorgio Frassati, Lettres[34]
Il mettait au premier rang « la pratique de la Très Sainte Eucharistie ». On ne combat pas la lassitude par la seule volonté tendue, mais par le retour patient aux sources : prière et sacrements.
Sainte Teresa de Calcutta : « non pas réussir, mais être fidèles »
Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), qui traversa elle-même une nuit intérieure de plusieurs décennies sans jamais cesser de servir, a livré la formule peut-être la plus libératrice de tout ce florilège :
« Nous ne sommes pas appelés à réussir, mais à être fidèles. » — Sainte Teresa de Calcutta[35]
Elle déplace ainsi tout le poids : la persévérance ne se mesure pas aux résultats — souvent invisibles, parfois absents —, mais à la fidélité maintenue. « La fidélité dans les petites choses », ajoutait-elle, n'est pas grande pour la chose elle-même, « mais pour la grande chose qu'est la volonté de Dieu »[36]. Tenir sans voir de fruit, c'est cela, persévérer.
La voix du Ciel : Luisa Piccarreta et la Divine Volonté
La spiritualité de la Divine Volonté, reçue par la servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947), éclaire la persévérance d'une lumière de douceur. Vivre dans la Divine Volonté, ce n'est pas accomplir un exploit unique, mais recommencer sans cesse le même « Fiat » : remettre, à chaque instant et après chaque chute, sa volonté dans celle de Dieu. Jésus en fait à Luisa une promesse qui retourne l'aridité elle-même en trésor :
« La constance dans le bien met tout en sécurité. […] Si tu es froide, aride ou autre chose et que tu demeures constante, combien de renoncements additionnels tu réalises. […] Si tu es constante, tout contribuera à ton bien, et Je te donnerai ma grâce en abondance. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, t. 12, 18 septembre 1917[37]
Ce qui plaît à Dieu, dans cette lumière, n'est pas la ferveur sensible, mais la fidélité qui demeure quand la ferveur a disparu. Jésus déplore ailleurs le drame des bons départs sans arrivée :
« Aussitôt que l'âme se propose de faire quelque bien, immédiatement Je dispose le nécessaire autour d'elle. […] Combien quittent cette structure que mon Amour tisse pour eux ! Bien peu persistent et Me permettent d'accomplir mon travail. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, t. 11, 20 août 1912[38]
La persévérance n'est plus alors d'abord la mienne : elle est l'œuvre de Dieu en moi, à laquelle je consens jour après jour en ne quittant pas sa « structure ». Le secret n'est pas de tenir par soi-même, mais de laisser Dieu tenir en se redonnant à lui sans relâche. « N'aie pas peur, car petit à petit nous ferons tout. […] C'est de Moi que tu recevras la force, la persévérance et la bonne volonté »[39], dit-il encore à Luisa.
Cette même plainte du Ciel se retrouve chez d'autres âmes mystiques modernes. À la bienheureuse Conchita Cabrera de Armida, le Seigneur confie : « Beaucoup commencent une vie avec Moi, mais elles se lassent et M'abandonnent, les pauvres malheureuses ! »[40]. Et devant le découragement d'Elisabeth Kindelmann, qui ne note « aucun progrès », il répond avec tendresse : « Pour cela, ne t'en fais pas ! Recommence chaque jour ! »[41]. Le Ciel lui-même prêche le recommencement.
Ce que les saints dénoncent : les deux trahisons de la durée
Le chœur des saints ne fait pas qu'encourager : il avertit. Deux manières de trahir la persévérance reviennent sous leur plume, opposées et également dangereuses.
La première, la plus courante, est l'inconstance — la mollities dont parle saint Thomas[42] : céder devant la difficulté ou la tristesse, « laisser tomber » le bien commencé. C'est le « vaisseau sans gouvernail » de Kempis, l'âme qui « se lasse » dont se plaint le Seigneur à Conchita. Ce n'est pas un grand péché spectaculaire, mais une démission silencieuse : la prière qu'on espace, la résolution qu'on oublie.
La seconde, plus subtile parce qu'elle a l'apparence de la vertu, est l'entêtement — la pertinacia : persévérer, oui, mais dans sa volonté propre, son jugement, son projet, au-delà de ce que la raison et l'obéissance permettraient[43]. L'entêté « tient bon », mais il tient à lui-même ; il confond la fidélité au bien avec la fidélité à son idée du bien. C'est pourquoi François de Sales relie l'inquiétude obstinée de soi à l'orgueil[44]. La vraie persévérance n'est ni le roc qui ne bouge jamais (l'obstination), ni le roseau qui plie à tout vent (l'inconstance), mais l'arbre enraciné : fixe par la racine, souple par les branches. Pour le détail de ces deux écueils, voir Comment grandir dans la persévérance.
Le Christ et Marie : la persévérance avant d'être une doctrine
Toutes ces voix, finalement, ne font que désigner un visage. La persévérance a un modèle vivant avant d'être une vertu définie.
Le Christ est le persévérant absolu. Saint Jean résume toute la Passion en un mot de durée :
« Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout. » — Évangile selon saint Jean 13, 1[45]
Ce « jusqu'au bout » — eis telos — est le sceau de toute persévérance : un amour qui ne s'arrête pas à mi-chemin, qui tient à Gethsémani dans l'angoisse, qui tient sur la Croix jusqu'au « tout est accompli » (Jn 19, 30). Toute fidélité chrétienne n'est qu'une participation à cette fidélité du Christ qui va « jusqu'au bout ».
Marie en est le reflet parfait. L'Évangile la montre « debout » — Stabat Mater — au pied de la Croix (Jn 19, 25) : non effondrée, mais tenant dans la nuit la plus noire, fidèle quand presque tous ont fui. Et après l'Ascension, c'est encore elle qui demeure, « persévérant d'un même cœur dans la prière » avec les Apôtres au Cénacle (Ac 1, 14)[46]. Mère de la persévérance, elle est celle qui apprend à « rester debout » — et c'est pourquoi on la supplie « à l'heure de notre mort », pour le don ultime de la persévérance finale.
Florilège : vingt paroles à garder
Au terme de ce parcours, voici, rassemblées, les voix les plus fortes du chœur des saints sur la persévérance — à relire, à méditer, à garder devant soi.
| Voix | Parole | Accent propre |
|---|---|---|
| Saint Jérôme | « Commencer est de beaucoup, persévérer de quelques-uns » | Le constat de départ |
| Abba Moïse | « Demeure dans ta cellule, et ta cellule t'enseignera tout » | La stabilité |
| Saint Augustin | La persévérance finale est un don qui se demande chaque jour | Le don, la prière |
| Saint Jean Chrysostome | « Le coureur compte non ce qu'il a fait, mais ce qui lui reste » | Ne pas se croire arrivé |
| Pseudo-Bernard | « La récompense n'est donnée qu'à ceux qui persévèrent » | La couronne de l'arrivée |
| Saint Bonaventure | « L'important n'est pas de bien commencer, mais de bien finir » | La fin, non le début |
| Saint Thomas d'Aquin | « Persister fermement dans le bien, en raison de la durée » | La vertu de durée |
| Sainte Catherine de Sienne | « L'oraison continuelle nous rend forts et persévérants » | La prière source |
| Thomas a Kempis | « L'inconstance de l'esprit est le commencement de toutes les tentations » | La racine de la chute |
| Saint François de Sales | « Toujours recommencer, et ne jamais penser avoir assez fait » | Le recommencement |
| Sainte Thérèse d'Avila | « Tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout » | L'ancrage en Dieu |
| Saint Curé d'Ars | « Nous lier à Lui pour ne jamais nous en séparer » | Le lien |
| Saint Alphonse de Liguori | « Aucune grâce n'est exceptée, ni la persévérance » | La grâce mendiée |
| Sainte Thérèse de Lisieux | « Quand nous n'avons plus la force, Jésus combat pour nous » | L'abandon |
| Saint Padre Pio | « L'aridité est un pur accident » que Dieu retire aux âmes fortes | Tenir dans la nuit |
| Vénérable Marthe Robin | « N'abandonnons jamais l'oraison, fût-elle pure sécheresse » | La fidélité aride |
| Sainte Teresa de Calcutta | « Nous ne sommes pas appelés à réussir, mais à être fidèles » | La fidélité sans résultat |
| Jésus à Luisa Piccarreta | « La constance dans le bien met tout en sécurité » | La constance d'amour |
| Saint Paul | « J'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi » | La course finie |
| Le Christ | « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » | La promesse |
Une même conviction traverse ces vingt siècles : le saint n'est pas celui qui commence le mieux, mais celui qui finit ; et l'on ne finit qu'en recommençant chaque jour, en mendiant la grâce de tenir, et en se laissant porter par Celui qui, le premier, a aimé « jusqu'au bout ».
Pour aller plus loin
- Comment grandir dans la persévérance — le versant pratique : la nature de la persévérance comme partie de la force, ses deux écueils, et les moyens concrets pour la faire croître.
- Comment grandir dans l'espérance — la vertu théologale qui soutient la persévérance : attendre le Ciel et compter sur la grâce.
- Comment grandir dans la force — la vertu cardinale dont la persévérance est une partie : affronter et tenir dans le difficile.
- Comment grandir dans le combat contre l'acédie — la lutte contre le « démon de midi », ennemi direct de la durée fidèle.
- Comment grandir dans l'oraison — persévérer dans la prière, que tous les saints désignent comme la source de la fidélité.
Notes et références
Saint Jérôme (v. 347-420), Contre Jovinien, livre I, n. 36 (PL 23, 259) : « Commencer est le fait de beaucoup, persévérer est le privilège de quelques-uns » (incipere multorum est, perseverare paucorum).
1Pseudo-Bernard, Liber de modo bene vivendi ad sororem, ch. VI, n. 15 (PL 184, 1209) — traité longtemps attribué à saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) : « À ceux qui commencent, la récompense est promise ; mais c'est à ceux qui persévèrent qu'elle est donnée » (Inchoantibus praemium promittitur, sed perseverantibus datur, avec la citation de Mt 10, 22 qui suit).
2Évangile selon saint Matthieu 24, 13 (cf. Mt 10, 22), traduction liturgique officielle (AELF) : « Mais celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. »
4Lettre aux Hébreux 10, 36, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car vous avez besoin de persévérance pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation de la promesse. »
5Deuxième lettre à Timothée 4, 7-8, traduction liturgique officielle (AELF) : « J'ai mené le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Désormais, c'est la couronne de justice qui m'est réservée. »
6Lettre aux Hébreux 12, 1-2, traduction liturgique officielle (AELF) : « Courons avec endurance l'épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l'origine et au terme de la foi. » Le mot grec hypomonè désigne l'endurance persévérante.
7Évangile selon saint Luc 9, 62, traduction liturgique officielle (AELF) : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n'est pas fait pour le royaume de Dieu. »
8Apocalypse 2, 10, traduction liturgique officielle (AELF), parole à l'Église de Smyrne : « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie. »
9Évangile selon saint Luc 8, 15, traduction liturgique officielle (AELF) : la bonne terre, ce sont ceux qui « ayant entendu la Parole dans un cœur bon et généreux, la retiennent et portent du fruit par leur persévérance » (grec en hypomonè).
10Lettre aux Galates 6, 9, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ne nous lassons pas de faire le bien ; car, le moment venu, nous récolterons, si nous ne nous relâchons pas. »
11Évagre le Pontique (v. 345-399), Traité pratique, ch. 12 (éd. Sources Chrétiennes 171, Cerf), sur l'acédie qualifiée de « démon de midi » (cf. Ps 90, 6 LXX). Évagre y décrit la lassitude qui pousse le moine à quitter sa cellule et enseigne que la résistance persévérante à ce démon débouche sur la paix.
12Apophtegmes des Pères du désert, collection alphabétique, Abba Moïse, 6 (PG 65, 286) : « Va, demeure dans ta cellule, et ta cellule t'enseignera tout » (Vade, sede in cella tua, et cella tua docebit te omnia). Apophtegme parmi les plus célèbres de la tradition monastique sur la stabilité.
13Saint Augustin (354-430), Le don de la persévérance (De dono perseverantiae, 428-429), notamment ch. 2-7 : la persévérance jusqu'à la fin est un don gratuit de Dieu, que le chrétien demande chaque jour dans le Notre Père (la pétition « ne nous laisse pas entrer en tentation »).
14Concile de Trente, session VI (13 janvier 1547), Décret sur la justification, ch. 13, « Du don de la persévérance » (De dono perseverantiae), DS 1541. Le canon 16 (DS 1566) condamne la présomption de tenir pour certain, d'une certitude absolue, qu'on aura ce don, sauf révélation spéciale.
15Catéchisme de l'Église catholique, § 2016 : les enfants de l'Église doivent espérer « la grâce de la persévérance finale », c'est-à-dire « le don de mourir dans la grâce de Dieu ». Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.
16Saint Jean Chrysostome (v. 349-407), commentaire de Ph 3, 13-14 (« oubliant ce qui est en arrière, je m'élance vers ce qui est en avant »), Homélies sur les épîtres de saint Paul : « Celui qui se croit parvenu à la perfection cesse de courir ; celui qui se croit encore loin du terme ne cesse jamais de courir, car le coureur compte non les tours achevés, mais ceux qui restent. » Traduction d'après l'édition Jeannin des Œuvres complètes.
17Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 137, a. 1-2 : la persévérance est une vertu spéciale, partie potentielle de la force, dont l'objet est de « persister fermement dans un bien difficile jusqu'à son achèvement », contre la difficulté qui naît de la durée de l'acte (propter diuturnitatem). Édition de référence : Summa Theologiae, Éditions du Cerf.
18Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), Lettres (à frère Filippo di Vannuccio) : « Qu'est-ce qui nous rend forts et persévérants ? L'oraison humble et continuelle, faite dans la cellule de la connaissance de soi-même et de la bonté de Dieu en soi. » Édition des Lettres de Catherine de Sienne (trad. française).
19Sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue de la divine Providence (section sur la Trinité) : « À la lumière de la foi, j'acquiers la sagesse ; à la lumière de la foi, je suis forte, constante, persévérante. » Trad. d'après l'édition Hurtaud (1913).
20Sainte Catherine de Sienne, Lettres (à frère Filippo di Vannuccio) : « La patience est la moelle de la charité. »
21Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 13, 5 : « Le commencement de toutes les tentations est l'inconstance de l'esprit et le peu de confiance en Dieu. Car, comme un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par les flots, ainsi l'homme faible et changeant qui abandonne ses résolutions est agité par des tentations diverses. »
22Saint François de Sales (1567-1622), Œuvres complètes, t. XIV, lettre 22 (édition d'Annecy) : « Ayez patience avec tous, mais principalement avec vous-même […]. Je suis bien aise que vous recommenciez tous les jours : il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle, que de toujours recommencer, et ne jamais penser avoir assez fait. »
23Saint François de Sales, Œuvres complètes, t. XVI, p. 312 : « Tous les jours nous devons recommencer le chemin vers la perfection ; et, si nous pensions bien à cela, nous ne serions point étonnés de rencontrer de la misère en nous. »
24Saint François de Sales, cité dans Joseph Tissot, L'Art d'utiliser ses fautes, Le Laurier, 1991, p. 28 : « Ayez un grand soin de ne point vous troubler lorsque vous avez fait quelque faute, ni de vous laisser aller à des attendrissements sur vous-mêmes ; car tout cela ne vient que de l'orgueil. »
25 44Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), poème Nada te turbe (« Que rien ne te trouble »), retrouvé dans son bréviaire à sa mort (15 octobre 1582) : « Que rien ne te trouble, que rien ne t'épouvante ; tout passe, Dieu ne change pas ; la patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit » (Nada te turbe… la paciencia todo lo alcanza… Solo Dios basta).
26Saint Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars (1786-1859), Pensées, Artège, 2015, p. 20 : « Lions-nous si bien à Lui que nous ayons le grand bonheur de ne jamais nous en séparer. »
27Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), La Pratique de l'amour envers Jésus-Christ, Artège, 2020, ch. 3, § 9 : « Comment le Père pourrait-il nous refuser aucune grâce, alors qu'il nous a donné son Fils unique […] ? Aucune grâce n'est exceptée, ni le pardon, ni la persévérance, ni son saint amour, ni la perfection, ni le paradis : il nous donne tout, absolument tout. » Doctrine développée dans Du grand moyen de la prière.
28Évangile selon saint Luc 16, 10, traduction liturgique officielle (AELF) : « Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. »
29Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), Lettre 57 (à sa sœur Céline, 1889) : « Quand nous n'en avons pas la force, c'est alors que Jésus combat pour nous. » Édition des Lettres de Thérèse (Correspondance générale, Cerf-DDB).
30Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit C, 7v° : « Aimer jusqu'à mourir d'amour. » Cf. sa « petite voie » de fidélité aux plus petites choses (Manuscrit B, 4r°-v° : « ne laisser échapper aucun petit sacrifice »).
31Saint Padre Pio (1887-1968), Paroles de Padre Pio, Salvator, 2019, p. 107 : les ténèbres et l'aridité spirituelles sont « un pur accident, que Dieu permet aux âmes faibles et encore peu avancées spirituellement, mais qu'il soustrait ensuite aux âmes déjà fortifiées dans l'esprit ».
32Vénérable Marthe Robin (1902-1981), Journal : décembre 1929 - novembre 1932, Éditions Foyer de Charité, 2012, p. 35-36 : « N'abandonnons jamais le pieux exercice de l'oraison, quand même nous n'y trouverions que sécheresses et souffrances […]. Que ceci au contraire nous engage à persévérer, car très souvent Dieu veut éprouver jusqu'où nous avons embrassé la Croix. »
33Saint Pier Giorgio Frassati (1901-1925), canonisé le 7 septembre 2025 par le pape Léon XIV, Lettres, Cerf, 2019, p. 243 : la prière est « le moyen le plus efficace pour obtenir de Dieu les grâces dont nous avons besoin et en particulier la force de persévérer », en mettant « au nombre des pratiques de piété la première de toutes, celle de la Très Sainte Eucharistie ».
34Sainte Teresa de Calcutta (1910-1997), La prière, fraîcheur d'une source (Médiaspaul) : « Nous ne sommes pas appelés à réussir, mais à être fidèles. » Et : « La fidélité dans les petites choses est importante, non pour la chose elle-même […], mais pour la grande chose qu'est la volonté de Dieu » — citant saint Augustin (« être fidèle dans les petites choses est une grande chose »).
35 36Jésus à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 12, 18 septembre 1917 : « La constance dans le bien met tout en sécurité. […] Si tu es froide, aride ou autre chose et que tu demeures constante, combien de renoncements additionnels tu réalises. […] Si tu es constante, tout contribuera à ton bien. Et Je te donnerai ma grâce en abondance. » Passage lu au texte à l'édition Lumen Luminis (trad. Guy Harvey), tome 12, entrée 12-19 du 18 septembre 1917.
37Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 11, 20 août 1912 : « Aussitôt que l'âme se propose de faire quelque bien, d'être sainte, immédiatement Je dispose le nécessaire autour d'elle : Lumière, Grâces, Connaissance de Moi et détachements. […] Combien quittent cette structure que mon Amour tisse pour eux ! Bien peu persistent et Me permettent d'accomplir mon travail. » Passage lu au texte à l'édition Lumen Luminis (trad. Guy Harvey), tome 11, entrée 11-31 du 20 août 1912.
38Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1, 11 : « N'aie pas peur, car petit à petit nous ferons tout. Je sais combien tu es faible. C'est de Moi que tu recevras la force, la persévérance et la bonne volonté. » Passage lu au texte à l'édition Lumen Luminis (trad. Guy Harvey), tome 1, entrée 11.
39Le Seigneur à la bienheureuse Conchita Cabrera de Armida (1862-1937), La Vie dans l'Esprit Saint, Emmanuel, 2009, p. 22 : « Beaucoup commencent une vie avec Moi, mais elles se lassent et M'abandonnent, les pauvres malheureuses ! »
40Jésus à Elisabeth Kindelmann (1913-1985), Le Journal spirituel, Parvis, 2018, p. 46 : devant le découragement de ne « noter aucun progrès », le Seigneur répond : « Pour cela, ne t'en fais pas ! Recommence chaque jour ! Notre Mère t'aidera. » Écrits liés à la dévotion de la Flamme d'Amour.
41Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 138, a. 1-2 : les deux vices opposés à la persévérance. Par défaut, la mollesse (mollities) : céder à la difficulté ou à la tristesse et abandonner le bien. Par excès, l'obstination (pertinacia) : persévérer dans sa volonté propre au-delà de ce que la droite raison demande.
42 43Évangile selon saint Jean 13, 1, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'au bout » (eis telos). Formule-sceau de la persévérance du Christ dans la Passion.
45Actes des Apôtres 1, 14, traduction liturgique officielle (AELF) : les Apôtres, avec Marie, « d'un même cœur, étaient assidus à la prière » — littéralement « persévérant d'un même cœur dans la prière » (grec proskarterountes).
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