Combattre l'avarice, ce n'est pas seulement corriger un travers de caractère bourgeois : c'est arracher du cœur le vice que saint Paul désigne comme « la racine de tous les maux » (1 Tm 6, 10)[1]. L'avarice n'a pas le visage que l'on croit. Elle n'est pas réservée au vieil harpagon comptant ses pièces dans l'ombre ; elle est ce mouvement, présent en chacun, qui fait se crisper la main sur ce qu'elle tient, multiplier les sécurités, repousser le don, et confondre peu à peu le bonheur avec l'avoir. Le Catéchisme la définit en la rattachant au dixième commandement :
« Le dixième commandement proscrit l'avidité et le désir d'une appropriation sans mesure des biens terrestres ; il défend la cupidité déréglée née de la passion immodérée des richesses et de leur puissance. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2536[2]
C'est un péché que l'on confesse peu, parce qu'il se déguise en vertu. Il prend les habits de la prudence, de la prévoyance, du sens des responsabilités, de l'économie ménagère. L'avare ne se dit jamais avare : il se dit « raisonnable ». Et pourtant la tradition spirituelle le tient pour l'un des plus dangereux des sept péchés capitaux, parce qu'il endurcit le cœur, ferme la main au pauvre et installe au centre de la vie une idole rivale de Dieu — celle que Jésus nomme « Mammon » (Mt 6, 24)[3].
Cet article est consacré au chemin pratique : comment on combat l'avarice, par quels moyens concrets le cœur passe de la crispation sur les biens à la liberté de les recevoir, d'en user et de les donner. Il prend la voie du combat — la lutte directe contre le vice — et renvoie, pour la pratique du don qui en est le remède, à l'aumône, et, pour les vertus positives du rapport libre aux biens, au détachement et à la pauvreté évangélique. Pour la doctrine d'ensemble de l'Église sur la richesse, voir Que dit l'Église sur l'argent ?. Il prend place dans la série des combats contre les péchés capitaux, aux côtés du combat contre l'orgueil, l'envie, la colère, la gourmandise, la luxure et l'acédie.
Pourquoi combattre l'avarice ?
« La racine de tous les maux »
Avant de combattre l'avarice, il faut mesurer ce qu'elle engendre. Saint Paul, écrivant à Timothée, lui donne une primauté redoutable parmi les désordres du cœur :
« Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre. » — Première lettre à Timothée 6, 10[4]
L'avertissement est précis. Ce n'est pas l'argent qui est « racine de tous les maux » — l'argent est un instrument neutre, un bien réel mais subordonné — mais l'amour de l'argent, la philargyria, ce désir qui fait de l'avoir une fin et non un moyen. Là où cet amour s'installe, il pervertit tout : il fausse la justice, durcit la charité, étouffe la foi. Saint Paul ajoute que ceux qui s'y livrent « se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre » : l'avarice, comme l'envie, punit d'abord celui qui la porte.
Un désir qui ne se rassasie jamais
La deuxième raison de combattre l'avarice tient à sa nature même : c'est un désir sans terme, une soif qui croît à mesure qu'on l'abreuve. Le Qohélet l'avait observé avec une lucidité désabusée :
« Qui aime l'argent n'a jamais assez d'argent, et qui aime l'abondance ne récolte rien. Cela aussi n'est que vanité. » — Qohélet (Ecclésiaste) 5, 9[5]
L'avarice promet la sécurité et la paix ; elle ne donne que l'inquiétude de perdre et le désir d'avoir plus. Le riche n'est jamais assez riche, car ce qu'il poursuit — la satisfaction par l'avoir — recule à mesure qu'il avance. C'est le tonneau percé des Danaïdes transposé dans le cœur : on verse sans cesse, jamais il ne se remplit. Le Siracide en tire un avertissement grave :
« Qui aime l'or ne pourra rester juste, qui court après le gain se laisse fourvoyer. Beaucoup sont tombés pour avoir aimé l'or [...] L'or est un piège pour ceux qui en font une idole. » — Siracide (Ben Sira) 31, 5-8[6]
L'idolâtrie de Mammon
La troisième raison est la plus grave : l'avarice est, à la racine, une idolâtrie. Saint Paul ne craint pas le mot : « cette soif de posséder, qui est une idolâtrie » (Col 3, 5)[7]. C'est que l'argent, quand il est aimé pour lui-même, occupe la place de Dieu : il devient ce en quoi l'on met sa sécurité, son espérance, le sens de sa vie. Jésus pose le choix sans échappatoire :
« Nul ne peut servir deux maîtres [...]. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. » — Évangile selon saint Matthieu 6, 24[8]
Le Christ ne met pas Dieu en concurrence avec un objet, mais avec un culte rival. Mammon — le nom araméen de la richesse personnifiée — est une fausse divinité qui réclame des sacrifices, organise une existence et promet le bonheur. Combattre l'avarice, c'est donc, au fond, un combat de la foi : choisir qui l'on sert. Sur ce point, voir l'analyse complète de Que dit l'Église sur l'argent ?.
Qu'est-ce que l'avarice, exactement ?
Le combat suppose un discernement précis, car le mot « avarice » recouvre des réalités qu'il faut distinguer pour ne pas se culpabiliser à faux — ni s'excuser à bon compte. Épargner pour ses enfants n'est pas de l'avarice ; gérer prudemment ses biens n'est pas de l'avarice. Où passe la frontière ?
La définition de saint Thomas : l'amour immodéré de posséder
Saint Thomas d'Aquin consacre à l'avarice (avaritia) la question 118 de la Secunda Secundae. Sa définition est d'une précision chirurgicale : l'avarice est un amour immodéré de posséder (immoderatus amor habendi), qui peut se prendre de deux manières. D'une part, c'est un désordre envers le prochain, quand on acquiert ou retient les biens au mépris de la justice ; d'autre part, c'est un désordre intérieur, l'affection désordonnée pour les richesses, quand le cœur s'y attache plus qu'il ne convient[9].
Le ressort de l'avarice est donc un renversement de l'ordre : les biens extérieurs, qui sont faits pour servir la vie, deviennent ce que l'on sert. L'argent, qui devrait couler comme un moyen, est retenu comme une fin. Saint Thomas précise un point capital pour le combat : l'avarice est un vice capital, et elle peut être, selon les cas, péché mortel ou véniel. Elle devient mortelle quand l'amour des richesses l'emporte sur l'amour de Dieu et du prochain — quand, pour acquérir ou garder, on accepte d'offenser Dieu ou de léser autrui ; elle reste vénielle quand l'attachement, sans aller jusque-là, dépasse simplement la mesure[10].
Le juste milieu : entre l'avarice et la prodigalité
Pour saint Thomas, le rapport droit aux biens extérieurs relève d'une vertu, la libéralité, qui tient le juste milieu entre deux vices opposés : l'avarice, qui retient et thésaurise, et la prodigalité, qui dilapide sans mesure[11]. L'argent n'est donc ni à idolâtrer ni à gaspiller : il est à bien employer. La vertu n'est pas dans la fuite de l'argent, mais dans sa maîtrise libérale — savoir acquérir avec justice, garder avec mesure, donner avec joie.
| Avarice (vice par défaut) | Libéralité (vertu) | Prodigalité (vice par excès) | |
|---|---|---|---|
| Rapport au bien | Retenir, thésauriser | Acquérir avec justice, user avec mesure | Dilapider sans discernement |
| Mouvement du cœur | Crispation, peur de perdre | Liberté, paix | Légèreté, fuite en avant |
| Au prochain | On refuse de donner | On donne à propos et avec joie | On donne mal, sans ordre |
| Racine | Défiance, fausse sécurité | Confiance, charité | Vanité, inconstance |
| Fruit | Esclavage de l'avoir | Maîtrise libre des biens | Ruine, désordre |
Avarice de l'avoir et avarice du cœur
Une distinction décisive pour le combat : on peut être riche sans être avare, et pauvre tout en l'étant. L'avarice n'est pas d'abord dans la bourse, mais dans le cœur. Saint François de Sales l'a dit dans une page restée célèbre de l'Introduction à la vie dévote, par l'image de l'apothicaire :
« Il y a différence entre avoir du poison et être empoisonné : les apothicaires ont presque tous des poisons pour s'en servir en diverses occurrences, mais ils ne sont pas pour cela empoisonnés, parce qu'ils n'ont pas le poison dedans le corps, mais dedans leurs boutiques ; ainsi pouvez-vous avoir des richesses sans être empoisonnée par icelles : ce sera si vous les avez en votre maison ou en votre bourse, et non pas en votre cœur. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, III, 14[12]
Voilà la cible exacte du combat : non l'argent lui-même, mais le venin de son amour. Un homme peut gérer une grande fortune avec un cœur libre, prêt à tout perdre sans se déchirer ; un autre, qui ne possède presque rien, peut être rongé par l'avarice du peu qu'il a. L'objectif que François de Sales propose à tous, riches et pauvres, est d'être « riche en effet et pauvre d'affection » : le cœur au-dessus des biens, maître et non esclave.
Les racines de l'avarice
On ne combat bien un vice qu'en attaquant sa racine. Or l'avarice ne vient pas de l'amour de l'argent pour lui-même — personne n'aime des pièces de métal —, mais de ce que l'argent promet : la sécurité, la puissance, l'indépendance. C'est ce terrain caché qu'il faut nommer.
La défiance envers la Providence
La racine la plus profonde de l'avarice est une défiance : la peur sourde que Dieu ne pourvoira pas, qu'il faut donc tout prévoir, tout garder, tout assurer soi-même. L'avare est un homme qui ne croit pas vraiment que « votre Père céleste sait que vous en avez besoin » (Mt 6, 32). Là où la confiance manque, l'argent vient combler le vide : il devient le dieu de rechange, la sécurité tangible que l'on substitue à la Providence invisible. C'est pourquoi le remède de fond ne sera pas un effort d'arrachement, mais une croissance dans la confiance (voir Comment grandir dans l'abandon à Dieu).
L'orgueil et le désir de puissance
L'avarice se noue aussi à l'orgueil. Posséder, c'est dominer ; accumuler, c'est s'élever au-dessus des autres ; thésauriser, c'est se rendre indépendant de tous. L'argent donne un pouvoir — sur les choses, sur les gens, sur l'avenir — et l'orgueil en raffole. C'est pourquoi le combat contre l'avarice rejoint celui contre l'orgueil : tant que le moi veut régner et se suffire, l'avoir restera une arme qu'il refusera de lâcher.
Le vide intérieur que l'on cherche à combler
Enfin, l'avarice est souvent une tentative de combler un vide : on accumule parce qu'on a peur du manque, du néant, de la mort. Le bien matériel vient remplir une faim qui n'est pas matérielle, et qu'il ne peut donc jamais rassasier — d'où le désir sans fin que dénonçait le Qohélet. Saint Augustin a décrit ce déplacement : le cœur, fait pour Dieu, ne trouve son repos qu'en lui[13], et cherche en vain dans les créatures ce que seul le Créateur peut donner. L'avarice est, en ce sens, une faim de Dieu mal adressée. La guérir, c'est rediriger la faim vers son vrai objet.
Les filles de l'avarice
Un vice capital se reconnaît à ce qu'il engendre d'autres péchés : on l'appelle « capital » (de caput, la tête) parce qu'il est une tête d'où descend une lignée. Saint Grégoire le Grand, dans les Moralia in Job, a dressé la liste des filles de l'avarice, que saint Thomas reprend à la question 118 :
« De l'avarice naissent la trahison, la fraude, la tromperie, les parjures, l'inquiétude, les violences et l'endurcissement du cœur contre la miséricorde. » — Saint Grégoire le Grand, Moralia in Job, XXXI, 45, cité par saint Thomas, Somme, II-II, q. 118, a. 8[14]
| Fille de l'avarice | Ce qu'elle est | Comment elle se manifeste |
|---|---|---|
| La trahison | Vendre l'autre pour de l'argent | Judas livrant le Christ pour trente pièces d'argent |
| La fraude et la tromperie | Mentir pour acquérir ou retenir | Comptes faussés, contrats truqués, promesses creuses |
| Le parjure | Jurer faux pour un gain | Trahir sa parole quand l'argent l'exige |
| L'inquiétude | L'angoisse permanente de perdre | Le sommeil rongé par le souci des biens |
| La violence | Prendre par force ce qu'on convoite | Injustice, oppression, exploitation du faible |
| L'endurcissement contre la miséricorde | Le cœur fermé au pauvre | On ne voit plus la misère qu'on côtoie |
Cette descendance montre pourquoi l'avarice est si destructrice de la justice et de la charité. Elle ne reste jamais un défaut privé : elle pousse à mentir, à trahir, à opprimer, et surtout elle dessèche la miséricorde. La plus terrible de ses filles est précisément la dernière : l'endurcissement qui rend aveugle au prochain. En coupant la tête — l'amour de l'argent —, on dessèche toutes les branches.
L'avarice dans l'Écriture : une galerie
L'Écriture sainte est un traité réaliste sur l'avarice. Elle en montre les ravages dans une galerie de figures qui sont autant de miroirs. Les méditer, c'est apprendre à reconnaître le vice à l'œuvre — et à s'en garder.
Le riche insensé : « cette nuit même, on te redemande ta vie »
À un homme qui le presse de régler une question d'héritage, Jésus répond par un avertissement et une parabole. L'avertissement d'abord : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu'un, même dans l'abondance, ne dépend pas de ce qu'il possède » (Lc 12, 15)[15]. Puis la parabole du riche dont les terres ont trop rapporté, et qui ne songe qu'à bâtir de plus grands greniers pour tout y entasser :
« Mais Dieu lui dit : "Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l'aura ?" Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d'être riche en vue de Dieu. » — Évangile selon saint Luc 12, 20-21[16]
L'avarice est ici nommée folie. Non parce qu'amasser serait absurde en soi, mais parce que l'avare amasse comme s'il ne devait jamais mourir, oubliant la seule certitude de l'existence. Il est « riche pour lui-même » et « pauvre en vue de Dieu » : c'est le portrait exact de l'homme qui a tout réussi et tout manqué. Saint Basile commente cette parabole dans une homélie célèbre, où il démasque l'autojustification de l'avare :
« Quel tort fais-je, direz-vous peut-être, de garder ce qui est à moi ? [...] le pain que vous enfermez est à celui qui a faim ; l'habit que vous tenez dans vos coffres est à celui qui est nu ; la chaussure qui se gâte chez vous est à celui qui n'en a pas ; l'or que vous enfouissez est à celui qui est dans le besoin. » — Saint Basile le Grand, Homélie « Je détruirai mes greniers »[17]
Pour Basile, l'avarice repose sur un mensonge : croire que les biens accumulés sont absolument « miens », alors qu'ils sont confiés pour être partagés. Le superflu gardé est, en réalité, un bien volé au pauvre.
Le jeune homme riche : « il s'en alla tout triste »
Un homme jeune, pieux, observant les commandements, vient demander à Jésus le chemin de la perfection. Jésus l'aime et l'invite à tout donner aux pauvres pour le suivre. La réponse du texte est l'une des plus poignantes de l'Évangile : « À ces mots, le jeune homme s'en alla tout triste, car il avait de grands biens » (Mt 19, 22)[18]. Cet homme n'avait rien volé, n'avait fait de tort à personne ; mais son cœur tenait à ses biens plus qu'à l'appel de Dieu. C'est l'avarice à l'état pur : non le crime, mais l'attachement qui empêche de suivre le Christ. Jésus en tire la parole sur le chameau et le chas de l'aiguille — non que la richesse damne, mais que l'attachement à la richesse rend l'entrée du Royaume « difficile » (Mt 19, 23-24), impossible à l'homme et possible à Dieu seul.
Le mauvais riche et Lazare : l'aveuglement du cœur
Le riche de la parabole de Lazare n'a commis aucun crime éclatant : il a simplement festoyé chaque jour sans voir le pauvre couché à sa porte (Lc 16, 19-31)[19]. C'est cette cécité du cœur qui le perd. L'avarice, ici, n'est pas l'accumulation : c'est l'indifférence qui en est la fille, l'endurcissement contre la miséricorde dont parlait saint Grégoire. Le danger n'est pas seulement de retenir, mais de ne plus voir.
Judas, Guéhazi, Ananie et Saphira : l'avarice qui trahit et qui ment
Trois figures montrent les filles de l'avarice en acte. Judas, dont l'évangéliste note crûment que « c'était un voleur » et qu'il tenait la bourse commune (Jn 12, 6)[20], livre le Christ pour trente pièces d'argent : la trahison, première fille de l'avarice. Guéhazi, serviteur d'Élisée, court après Naaman pour lui soutirer en secret de l'argent et des vêtements, puis ment à son maître ; il en sort frappé de la lèpre (2 R 5, 20-27)[21] : la fraude et le mensonge châtiés. Ananie et Saphira, dans la première communauté de Jérusalem, retiennent une part du prix d'un champ tout en feignant de tout donner, et tombent morts d'avoir « menti à l'Esprit Saint » (Ac 5, 1-11)[22] : le parjure et la tromperie poussés jusqu'au sacrilège. Dans les trois cas, l'avarice ne reste pas intérieure : elle arme la main pour trahir, mentir, retenir.
Zachée : l'avarice convertie
La galerie ne s'achève pas sur une condamnation, mais sur une conversion. Zachée, chef des collecteurs d'impôts — donc riche d'un argent souvent extorqué —, accueille le Christ et proclame d'un coup le renversement de toute sa vie : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus » (Lc 19, 8)[23]. Jésus déclare alors : « Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison. » Zachée est la preuve vivante que l'avarice n'est pas une fatalité : le remède existe, et il a un nom — le don. C'est par où nous allons passer.
Comment grandir dans le combat contre l'avarice
Vient le cœur de cet article : les moyens concrets. L'avarice ne se déracine pas par la seule résolution de « ne plus tenir à l'argent » — ce serait comme arracher une plante en tirant sur ses feuilles. Elle se combat par une série de gestes, d'attitudes et de grâces qui, ensemble, desserrent l'étreinte du cœur. Les voici, des plus immédiats aux plus profonds.
1. Nommer l'avarice et la confesser
Le premier moyen est le plus difficile : reconnaître l'avarice en soi. Car elle se déguise en vertu. Un test simple : qu'est-ce qui me coûte le plus à donner ? Quelle dépense pour les autres me serre le cœur, alors que la même dépense pour moi me semble naturelle ? Ai-je peur de manquer, alors que je ne manque de rien ? Si donner fait mal, si la générosité est toujours remise à plus tard, si la pensée de perdre obsède, c'est l'avarice, quels que soient les habits — « prudence », « réalisme », « responsabilité » — qu'elle a pris.
La nommer permet de la confesser. L'avarice est un péché contre la charité et la justice ; portée au sacrement de la confession, elle reçoit la grâce qui la dissout. La dire à voix haute brise déjà son pouvoir, car l'avarice est un péché de l'ombre, qui vit de ne pas être nommé.
2. Pratiquer l'aumône : détacher les doigts un à un
Le remède le plus concret, le plus immédiatement efficace, est l'aumône. On ne se guérit pas de l'attachement à l'argent par des résolutions intérieures, mais en détachant ses doigts un à un, par des dons réels. Chaque aumône desserre l'étreinte ; chaque don prouve au cœur qu'il peut vivre sans ce qu'il croyait indispensable. Le Catéchisme range l'aumône parmi les premiers témoignages de la charité fraternelle et une œuvre de justice agréable à Dieu[24]. L'Écriture lui prête une force étonnante de purification : « L'aumône délivre de la mort et purifie de tout péché » (Tb 12, 9)[25]. Non que l'argent rachète, mais que le geste de donner brise concrètement l'avarice. C'est l'exercice par excellence, à reprendre sans cesse : voir le pauvre, donner avant de calculer, donner même quand cela coûte. Sur la manière de pratiquer le don comme une vraie œuvre de conversion, voir Comment grandir dans l'aumône.
3. Acquérir la libéralité : donner avec joie
Au-delà du geste, il s'agit de faire grandir la vertu : la libéralité, ce juste milieu thomiste entre l'avarice et la prodigalité. Le libéral ne donne pas par à-coups ni par remords : il donne avec joie, parce qu'il a compris que l'argent est fait pour circuler, non pour stagner. Saint Paul en donne la note : « Dieu aime celui qui donne joyeusement » (2 Co 9, 7)[26]. La libéralité se cultive comme toute vertu : par des actes répétés, jusqu'à ce que donner devienne une seconde nature, et que la main s'ouvre d'elle-même. C'est l'envers exact de l'avarice : là où l'avare se crispe, le libéral respire.
4. La confiance en la Providence : « contentez-vous de ce que vous avez »
Puisque la racine de l'avarice est la défiance, le combat de fond passe par la confiance. L'épître aux Hébreux relie explicitement les deux :
« Que votre conduite ne soit pas inspirée par l'amour de l'argent : contentez-vous de ce que vous avez, car Dieu lui-même a dit : "Jamais je ne te lâcherai, jamais je ne t'abandonnerai." » — Lettre aux Hébreux 13, 5[27]
Le remède de l'avarice n'est pas d'avoir plus, mais de se contenter — et l'on ne se contente que si l'on fait confiance. Saint Paul fait du contentement une richesse supérieure à toutes :
« Certes, il y a un grand profit dans la religion si l'on se contente de ce que l'on a. De même que nous n'avons rien apporté dans ce monde, nous n'en pourrons rien emporter. Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter. » — Première lettre à Timothée 6, 6-8[28]
Cultiver la confiance, c'est se rappeler chaque jour que la vie tient dans la main de Dieu, non dans le compte en banque ; que « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33) n'est pas un slogan, mais une promesse. C'est le travail propre de l'abandon à Dieu.
5. La gratitude : tout est reçu
L'avarice est myope : elle ne voit que ce qui manque ou ce qu'on pourrait perdre, jamais ce qui a été donné. Son antidote est la gratitude, qui retourne le regard vers les biens reçus. Celui qui rend grâce reconnaît que tout — la vie, la santé, le travail, le pain de ce jour — est don, non conquête. Or on ne thésaurise pas jalousement ce qu'on a reçu gratuitement : on le partage à son tour. Faire chaque jour le compte des grâces reçues affame l'avarice en remplissant le cœur d'une autre richesse (voir Comment grandir dans la gratitude).
6. Le détachement et la pauvreté du cœur
Le combat vise enfin une liberté intérieure : la pauvreté du cœur, que les Béatitudes proclament bienheureuse. Le Catéchisme en fait la clé du rapport chrétien aux biens :
« Jésus enjoint à ses disciples de le préférer à tout et à tous et leur propose de donner "congé à tous leurs biens" à cause de Lui et de l'Évangile. [...] Le précepte du détachement des richesses est obligatoire pour entrer dans le Royaume des cieux. "Bienheureux les pauvres en esprit" (Mt 5, 3). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2544 et 2546[29]
Le Catéchisme précise que « l'abandon à la Providence du Père du Ciel libère de l'inquiétude du lendemain » (CEC § 2547)[30]. Le détachement n'est pas le mépris des biens, mais la liberté à leur égard : les tenir d'une main ouverte, prêt à les donner ou à les perdre sans se déchirer. C'est le travail spécifique du détachement et, à un degré plus radical, de la pauvreté évangélique.
7. Se souvenir de la mort : on n'emporte rien
Un moyen ancien, rude et infaillible, est la mémoire de la mort. « Nous n'avons rien apporté dans ce monde, nous n'en pourrons rien emporter » (1 Tm 6, 7). L'avare amasse comme s'il ne devait jamais mourir ; il suffit de regarder en face la seule échéance certaine pour que l'accumulation apparaisse dans toute sa folie — celle même du riche insensé. Le linceul n'a pas de poches. Méditer sa mort ne rend pas triste : cela rend libre, car on cesse de servir ce qu'il faudra de toute façon laisser, pour amasser le seul trésor qui traverse la mort — celui que l'on a donné. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21)[31].
8. La prière et les sacrements
Aucun de ces moyens ne tient sans la grâce, qui se puise à la prière et aux sacrements. L'oraison qui tient le cœur tourné vers Dieu, l'Eucharistie qui désencombre le cœur de ses idoles, la confession qui purifie : tels sont les canaux où la grâce vient déloger l'avarice là où la seule volonté échoue. On demande à Dieu, chaque jour, « notre pain de ce jour » — et non les greniers du riche insensé : la prière du Notre Père est déjà une école de désappropriation, qui apprend à ne demander que le nécessaire et à le recevoir comme un don.
9. Vivre dans la Divine Volonté : ne rien posséder en propre, tout recevoir
Le dernier degré, le plus haut, est celui de la Divine Volonté. Il ne s'agit plus seulement de faire la volonté de Dieu en lui obéissant, mais de vivre dans sa Volonté : Dieu donne alors sa propre Volonté à l'âme pour qu'elle vive et agisse en elle, comme une seule volonté pour deux. C'est le chemin ouvert à la Servante de Dieu Luisa Piccarreta dans Le Livre du Ciel — révélation privée, à recevoir avec le discernement de l'Église. L'âme qui vit dans ce « Fiat » — ce mot par lequel Dieu crée — n'a plus rien en propre à défendre, car elle reçoit toute chose comme don du Père et n'use des biens que comme d'un dépôt confié. Là où l'avarice cloisonne — « à moi », « le mien » —, la vie dans la Divine Volonté remet tout entre les mains de Dieu : on ne possède plus pour soi, on administre pour tous. Le ressort même de l'avarice — la peur de manquer, le besoin de retenir — y est dissous, parce que l'âme qui vit dans la Volonté divine sait qu'elle ne manquera jamais de l'essentiel : Dieu lui-même, qui se donne tout entier. C'est l'accomplissement parfait de la pauvreté du cœur, déjà commencée sur terre.
Les fruits d'un cœur délivré de l'avarice
À quoi reconnaît-on que le combat porte du fruit ? À une transformation visible du cœur.
La liberté et la paix
Le premier fruit est la liberté. L'avare était esclave : esclave de ses biens, de la peur de les perdre, du calcul perpétuel. Le cœur délivré respire. Il possède sans être possédé ; il peut tout perdre sans s'effondrer, parce que son trésor n'est plus là où la rouille et les voleurs détruisent (Mt 6, 19-20). À l'inquiétude succède la paix : celle de qui a remis sa sécurité en de meilleures mains que les siennes.
La joie de donner
Le fruit le plus doux est la joie de donner. Tant que régnait l'avarice, donner était une déchirure ; une fois l'avarice vaincue, le don devient une source de joie — la joie de celui qui se sait riche au point de pouvoir partager. Le cœur a découvert le paradoxe évangélique : « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir » (Ac 20, 35)[32]. On ne donne plus pour se débarrasser d'un remords, mais par amour, et l'on s'aperçoit qu'en donnant on ne s'appauvrit pas : on se dilate.
La vraie sécurité, en Dieu seul
Enfin, le cœur délivré trouve la vraie sécurité. L'avarice promettait la sécurité par l'avoir ; elle ne donnait que l'angoisse. Le cœur libre la trouve où elle est réellement : en Dieu, « qui jamais ne nous lâchera ». En vainquant l'avarice, on ne perd rien — sinon des chaînes. On gagne la liberté des enfants de Dieu, qui reçoivent tout d'un Père, n'amassent qu'au Ciel, et entrent dès cette terre dans la paix de ceux qui ne servent plus deux maîtres, mais un seul.
Pour aller plus loin
- Comment grandir dans l'aumône — la pratique du don, remède concret et quotidien de l'avarice.
- Comment grandir dans le détachement et Comment grandir dans la pauvreté évangélique — les vertus du rapport libre aux biens, dont l'avarice est la négation.
- Comment grandir dans la gratitude — la gratitude guérit le regard de l'avare en lui faisant compter ce qu'il a reçu.
- Comment grandir dans l'abandon à Dieu — la confiance en la Providence, qui ôte à l'avarice sa racine de défiance.
- Que dit l'Église sur l'argent ? — la doctrine d'ensemble : l'argent, bien réel mais subordonné, serviteur ou idole.
- Comment grandir dans le combat contre l'orgueil — le vice-racine du désir de puissance dont l'avarice se nourrit.
- contre l'envie, contre la colère, contre la gourmandise, contre la luxure et contre l'acédie — les autres combats contre les péchés capitaux.
- Comment grandir dans la confession régulière et Comment grandir dans l'oraison — les sources de grâce où l'avarice se dissout.
Notes et références
Première lettre de saint Paul à Timothée 6, 10, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car la racine de tous les maux, c'est l'amour de l'argent. Pour s'y être attachés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont infligé à eux-mêmes des tourments sans nombre. » Le latin de la Vulgate — « radix enim omnium malorum est cupiditas » — a fait de ce verset la sentence classique sur l'avarice. Saint Paul vise « l'amour de l'argent » (philargyria), non l'argent lui-même.
1 4Catéchisme de l'Église catholique, § 2536 : « Le dixième commandement proscrit l'avidité et le désir d'une appropriation sans mesure des biens terrestres ; il défend la cupidité déréglée née de la passion immodérée des richesses et de leur puissance. Il interdit encore le désir de commettre une injustice par laquelle on nuirait au prochain dans ses biens temporels. » Le § 2534 ouvre le traité du dixième commandement et le § 2535 distingue la convoitise sensible légitime de son débordement déréglé. Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.
2Évangile selon saint Matthieu 6, 24, traduction liturgique officielle (AELF) : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. » « Argent » traduit ici l'araméen Mamon (Mammon), la richesse personnifiée en fausse divinité. Parallèle en Lc 16, 13. Le CEC § 2113 cite ce verset en traitant de l'idolâtrie sous le premier commandement.
3 8Qohélet (Ecclésiaste) 5, 9, traduction liturgique officielle (AELF) : « Qui aime l'argent n'a jamais assez d'argent, et qui aime l'abondance ne récolte rien. Cela aussi n'est que vanité. » Observation classique sur le caractère insatiable du désir de l'avare.
5Siracide (Ben Sira le Sage) 31, 5-8, traduction liturgique officielle (AELF) : « Qui aime l'or ne pourra rester juste, qui court après le gain se laisse fourvoyer. Beaucoup sont tombés pour avoir aimé l'or ; leur perte était inévitable. L'or est un piège pour ceux qui en font une idole ; l'insensé s'y fera prendre. Heureux le riche qui fut trouvé sans reproche et n'a pas couru après l'or. » Ben Sira lie l'amour de l'or au péché, mais réserve une béatitude au riche resté juste (v. 8).
6Lettre aux Colossiens 3, 5, traduction liturgique officielle (AELF) : saint Paul range parmi les vices à faire mourir « cette soif de posséder, qui est une idolâtrie ». L'avarice y est explicitement qualifiée d'idolâtrie, car elle met une créature à la place de Dieu.
7Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 118, a. 1 : l'avarice (avaritia) est « un amour immodéré de posséder » (immoderatus amor habendi). Thomas distingue deux acceptions : (1) le désordre envers le prochain, quand on acquiert ou retient des biens contre la justice ; (2) le désordre intérieur, l'affection désordonnée pour les richesses. En ce second sens, l'avarice s'oppose directement à la libéralité.
9Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 118, a. 7 (l'avarice est un vice capital) et a. 4 (elle peut être péché mortel ou véniel). Elle est mortelle quand l'amour des richesses prévaut sur l'amour de Dieu ou pousse à léser gravement le prochain ; elle reste vénielle quand l'attachement excède la mesure sans aller jusqu'à préférer l'avoir à la charité. Thomas note aussi (a. 5) que l'avarice, regardant les biens extérieurs, est de soi moins grave que les péchés directement contre Dieu.
10Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 117 (la libéralité), q. 118 (l'avarice) et q. 119 (la prodigalité). La libéralité est la vertu du juste rapport aux richesses, tenant le milieu entre l'avarice (défaut : retenir) et la prodigalité (excès : dilapider). Cadre aristotélicien (Éthique à Nicomaque, IV) repris et christianisé.
11Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote (1609), IIIe partie, ch. 14, « De la pauvreté d'esprit observée entre les richesses » : « Il y a différence entre avoir du poison et être empoisonné : les apothicaires ont presque tous des poisons pour s'en servir en diverses occurrences, mais ils ne sont pas pour cela empoisonnés, parce qu'ils n'ont pas le poison dedans le corps, mais dedans leurs boutiques ; ainsi pouvez-vous avoir des richesses sans être empoisonnée par icelles : ce sera si vous les avez en votre maison ou en votre bourse, et non pas en votre cœur. » François de Sales propose à tous l'idéal d'être « riche en effet et pauvre d'affection ».
12Saint Augustin (354-430), Confessions, livre I, chapitre 1 : « car vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous » (Fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te). Le cœur, fait pour Dieu, ne trouve son repos qu'en lui.
13Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), Moralia in Job (Morales sur Job), livre XXXI, ch. 45, cité par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 118, a. 8, qui énumère les sept filles de l'avarice : « la trahison (proditio), la fraude (fraus), la tromperie (fallacia), les parjures (periuria), l'inquiétude (inquietudo), les violences (violentiae) et l'endurcissement du cœur contre la miséricorde (contra misericordiam obduratio cordis). » Ces sept rejetons expliquent pourquoi l'avarice est rangée parmi les péchés capitaux.
14Évangile selon saint Luc 12, 15, traduction liturgique officielle (AELF) : « Puis, s'adressant à tous : "Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu'un, même dans l'abondance, ne dépend pas de ce qu'il possède." » Préface à la parabole du riche insensé (Lc 12, 16-21).
15Évangile selon saint Luc 12, 16-21, traduction liturgique officielle (AELF), parabole du riche insensé. À l'homme qui veut bâtir de plus grands greniers, Dieu dit : « Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l'aura ? » Conclusion (v. 21) : « Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d'être riche en vue de Dieu. »
16Saint Basile de Césarée (v. 329-379), Homélie sur ces paroles de l'Évangile : « Je détruirai mes greniers et j'en construirai de plus grands » ; et contre l'avarice (texte grec : Patrologia Graeca 31). Passage cité dans la traduction française de l'abbé Auger, Homélies, discours et lettres choisis de S. Basile-le-Grand, Lyon, Guyot, 1827 (en ligne sur remacle.org). Sur la doctrine sociale de Basile, voir S. Giet, Les idées et l'action sociale de saint Basile, Paris, 1941.
17Évangile selon saint Matthieu 19, 16-26, traduction liturgique officielle (AELF) : au jeune homme riche qui observe les commandements, Jésus propose : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres [...] puis viens, suis-moi. » — « À ces mots, le jeune homme s'en alla tout triste, car il avait de grands biens » (v. 22). Suit la parole sur le chameau et le chas de l'aiguille (v. 24) et : « Pour les hommes, c'est impossible, mais pour Dieu tout est possible » (v. 26). Parallèles : Mc 10, 17-27 ; Lc 18, 18-27.
18Évangile selon saint Luc 16, 19-31, traduction liturgique officielle (AELF), parabole de l'homme riche et du pauvre Lazare. Le riche n'est pas accusé d'un crime, mais d'avoir festoyé chaque jour sans voir Lazare couché à sa porte. L'aveuglement du cœur — fille de l'avarice (l'endurcissement contre la miséricorde) — le conduit au tourment.
19Évangile selon saint Jean 12, 6, traduction liturgique officielle (AELF) : à propos de Judas protestant contre le parfum « gaspillé », l'évangéliste note : « Il parla ainsi, non par souci des pauvres, mais parce que c'était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait ce que l'on y mettait. » L'avarice de Judas culmine dans la trahison pour trente pièces d'argent (Mt 26, 14-16) — première fille de l'avarice.
20Deuxième livre des Rois 5, 20-27, traduction liturgique officielle (AELF) : Guéhazi, serviteur d'Élisée, court après Naaman le Syrien guéri pour lui soutirer en secret de l'argent et des vêtements, puis ment à son maître. Élisée lui annonce que la lèpre de Naaman s'attachera à lui et à sa descendance. Châtiment de la fraude et du mensonge nés de l'avarice.
21Actes des Apôtres 5, 1-11, traduction liturgique officielle (AELF) : Ananie et son épouse Saphira vendent un champ, en retiennent une part tout en feignant de tout remettre aux Apôtres, et tombent morts l'un après l'autre. Pierre leur reproche d'avoir menti à l'Esprit Saint (v. 3) : « Tu n'as pas menti aux hommes, mais à Dieu » (v. 4). Tromperie et parjure poussés jusqu'au sacrilège.
22Évangile selon saint Luc 19, 1-10, traduction liturgique officielle (AELF) : Zachée, chef des collecteurs d'impôts et homme riche, accueille Jésus et déclare : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Jésus répond : « Aujourd'hui, le salut est arrivé pour cette maison [...] En effet, le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Figure achevée de l'avarice convertie par le don.
23Catéchisme de l'Église catholique, § 2447 : « Les œuvres de miséricorde sont les actions charitables par lesquelles nous venons en aide à notre prochain dans ses nécessités corporelles et spirituelles. [...] Parmi ces gestes, l'aumône faite aux pauvres [...] est un des principaux témoignages de la charité fraternelle : elle est aussi une pratique de justice qui plaît à Dieu. » Le CEC fait ainsi de l'aumône une œuvre de justice agréable à Dieu, et non une simple générosité facultative.
24Livre de Tobie 12, 8-9, traduction liturgique officielle (AELF) : « Mieux vaut prier avec vérité et faire l'aumône avec justice, qu'être riche avec injustice. Mieux vaut faire l'aumône qu'amasser de l'or. L'aumône délivre de la mort et purifie de tout péché. » L'aumône y reçoit une force de purification — non que l'argent rachète, mais que le don brise concrètement l'attachement aux biens.
25Deuxième lettre aux Corinthiens 9, 7, traduction liturgique officielle (AELF) : « Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. » La libéralité chrétienne se reconnaît à la joie du don, opposée à la crispation de l'avare.
26Lettre aux Hébreux 13, 5, traduction liturgique officielle (AELF) : « Que votre conduite ne soit pas inspirée par l'amour de l'argent : contentez-vous de ce que vous avez, car Dieu lui-même a dit : "Jamais je ne te lâcherai, jamais je ne t'abandonnerai." » Le remède de l'avarice est le contentement, lui-même fondé sur la fidélité de Dieu (citation de Dt 31, 6).
27Première lettre à Timothée 6, 6-8, traduction liturgique officielle (AELF) : « Certes, il y a un grand profit dans la religion si l'on se contente de ce que l'on a. De même que nous n'avons rien apporté dans ce monde, nous n'en pourrons rien emporter. Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter. » Le contentement (autarkeia) est présenté comme la vraie richesse, opposée au désir de s'enrichir (v. 9-10).
28Catéchisme de l'Église catholique, § 2544 : « Jésus enjoint à ses disciples de le préférer à tout et à tous et leur propose de donner "congé à tous leurs biens" (Lc 14, 33) à cause de Lui et de l'Évangile. [...] Le précepte du détachement des richesses est obligatoire pour entrer dans le Royaume des cieux. » La béatitude « Bienheureux les pauvres en esprit » (Mt 5, 3) est citée au § 2546. Le § 2545 ajoute que tous les fidèles doivent régler leurs affections afin de n'être pas empêchés, par l'usage des biens, d'atteindre la charité parfaite.
29Catéchisme de l'Église catholique, § 2547 : « Le Seigneur se lamente sur les riches, parce qu'ils trouvent dans la profusion des biens leur consolation (Lc 6, 24). [...] L'abandon à la Providence du Père du Ciel libère de l'inquiétude du lendemain (cf. Mt 6, 25-34). La confiance en Dieu dispose à la béatitude des pauvres. Ils verront Dieu. » La pauvreté du cœur y est liée à la confiance qui guérit l'inquiétude, racine de l'avarice.
30Évangile selon saint Matthieu 6, 19-21, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ne vous faites pas de trésors sur la terre, là où les mites et les vers les dévorent [...]. Mais faites-vous des trésors dans le ciel [...]. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Le lieu du trésor décide du lieu du cœur : c'est le critère du combat contre l'avarice.
31Actes des Apôtres 20, 35, traduction liturgique officielle (AELF) : saint Paul, à Milet, rapporte une parole du Seigneur non consignée dans les évangiles : « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. » Sentence qui résume le fruit du combat contre l'avarice : la joie du don.
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