Que disent les saints sur la patience

Florilège de la voix des saints sur la patience : la définition de saint Augustin, la formule de saint Grégoire le Grand (« la racine et la gardienne de toutes les vertus »), l'enseignement de saint Thomas d'Aquin, et les grandes paroles de Thérèse d'Avila, François de Sales, Catherine de Sienne, Thérèse de Lisieux et Padre Pio.

Ignispedia

« Que disent les saints sur la patience ? » — la question paraît modeste ; elle ouvre en réalité l'un des plus anciens chantiers de la spiritualité chrétienne. Dès la fin du IIe siècle, Tertullien consacre à cette seule vertu l'un des premiers traités chrétiens conservés entièrement dédié à une vertu particulière[1]. Après lui, saint Cyprien, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, saint Thomas d'Aquin, puis tous les grands maîtres spirituels reviendront sans cesse sur elle. Pourquoi cet acharnement à louer une vertu qu'on dit volontiers terne ?

Parce que les saints n'ont jamais vu dans la patience une simple résignation, ni l'art de prendre son mal en attendant. Pour eux, elle est la forme que prend l'amour quand il dure dans l'épreuve. Saint Grégoire le Grand la nomme « la racine et la gardienne de toutes les vertus »[2] : sans elle, le courage tourne court, la foi se décourage, la charité se reprend. C'est pourquoi elle revient comme un refrain dans leurs écrits — non comme une consolation pour les faibles, mais comme la condition de tout progrès spirituel durable.

Cet article rassemble et met en ordre la voix des saints sur la patience : ce qu'ils en ont dit, comment ils l'ont définie, ce qu'ils en ont vécu. On y entendra le latin précis d'Augustin, le feu de Catherine de Sienne, la douceur de François de Sales, la « petite voie » de Thérèse de Lisieux. Pour le chemin pratique — comment faire croître concrètement cette vertu —, on se reportera à Comment grandir dans la patience. Pour les contresens courants — patience confondue avec la passivité, le refoulement ou l'indifférence —, voir Les erreurs fréquentes concernant la patience.

Une vertu que les saints ont placée très haut

« La racine et la gardienne de toutes les vertus »

Aucune formule n'a marqué la tradition chrétienne sur ce point autant que celle de saint Grégoire le Grand (v. 540-604). Commentant l'Évangile, il fait de la patience la condition de toutes les autres vertus :

« La patience est la racine et la gardienne de toutes les vertus. » — Saint Grégoire le Grand, Homélies sur l'Évangile, homélie 35 (sur Lc 21, 9-19)[3]

L'image est exacte. Racine : c'est par elle que les autres vertus tiennent dans la terre et résistent aux vents ; une vertu impatiente est une vertu déracinée au premier orage. Gardienne : c'est elle qui empêche, au moment de l'épreuve, que la charité ne se mue en rancune, l'humilité en aigreur, le zèle en violence. Grégoire reprenait ainsi la parole du Christ : « Par votre persévérance, vous garderez votre vie » (Lc 21, 19)[4] — littéralement, « vous posséderez vos âmes », comme si l'homme ne se possédait vraiment lui-même que dans la patience.

Pourquoi la patience tient tout l'édifice

Saint Thomas d'Aquin a expliqué pourquoi une vertu apparemment secondaire occupe une telle place. La patience, dit-il, ne produit pas par elle-même le bien ; mais elle écarte l'obstacle qui empêcherait de le produire — la tristesse et le découragement devant le mal :

La patience, explique-t-il, a une « œuvre parfaite » en ce qu'elle maintient l'homme dans le bien de la raison malgré la tristesse que causent les épreuves. — d'après Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 136, a. 2[5]

La patience, racine et gardienne des vertus — infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est le sens du mot de l'apôtre saint Jacques que Thomas commente : « la patience produit une œuvre parfaite » (patientia opus perfectum habet, Jc 1, 4)[6]. Non que la patience soit la plus grande des vertus — Thomas précise qu'elle vient après les vertus théologales, la prudence et la justice[7] — mais elle est celle sans laquelle aucune autre ne tient dans la durée. On peut être brave un instant ; rester fidèle des années, voilà l'œuvre de la patience.

Une vertu qui naît de la charité, non de l'orgueil

Les saints ont tenu à distinguer la patience chrétienne d'une simple force de caractère. On peut serrer les dents par orgueil, par insensibilité ou par calcul : ce n'est pas la vertu dont ils parlent. Saint Thomas pose la thèse la plus nette : la vraie patience est impossible sans la grâce, parce qu'elle suppose qu'on préfère Dieu à tous les biens qu'on perd en souffrant.

« Il ne peut y avoir de vraie patience sans la grâce, car la patience véritable fait supporter les maux à cause de Dieu ; ce que la charité seule peut donner. » — d'après Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 136, a. 3[8]

Saint Augustin avait déjà tranché : il existe une fausse patience, celle des avares, des ambitieux, des débauchés qui supportent des maux énormes pour obtenir ce qu'ils convoitent. Cette endurance-là n'est pas une vertu, parce que sa racine n'est pas l'amour de Dieu mais la cupidité[9]. La patience n'est donc pas une affaire de tempérament : elle est la charité qui tient bon. C'est exactement ce que dira saint Paul dans l'hymne à la charité : « La charité est patiente » (1 Co 13, 4)[10].

Qu'est-ce que la patience, selon les saints ?

La définition de saint Augustin

La définition de référence, reprise par tout le Moyen Âge et par saint Thomas, vient du traité De patientia de saint Augustin (354-430) :

« La patience de l'homme, celle qui est droite, louable et digne du nom de vertu, est celle par laquelle nous supportons les maux d'une âme égale, sans nous laisser troubler par la tristesse, de peur qu'une âme inégale n'abandonne les biens par lesquels nous parvenons à de meilleurs. » — Saint Augustin, De patientia, II, 2[11]

Tout est dans l'expression « âme égale » (aequo animo). La patience n'est pas l'absence d'épreuve, mais l'équilibre intérieur maintenu malgré l'épreuve : ne pas se laisser arracher, par le poids de la tristesse, le bien que l'on tient. Le contraire de la patience n'est donc pas la souffrance — qu'on ne choisit pas — mais le trouble qui fait lâcher prise.

La patience n'est pas l'insensibilité

Les saints insistent : être patient n'est pas ne rien sentir. Le Christ lui-même a pleuré, frémi, sué du sang ; il n'a pas été stoïque, il a été patient. Saint Augustin oppose précisément la patience chrétienne à l'apathie des philosophes, qui prétendaient supprimer la douleur en supprimant la sensibilité. Le chrétien, lui, sent le mal et le porte ; il ne fait pas semblant qu'il n'existe pas.

C'est ce que rappellera, douze siècles plus tard, saint François de Sales : la patience demande qu'on supporte non la souffrance rêvée, mais celle, précise et humiliante, que Dieu envoie réellement :

« Il faut avoir patience, non seulement d'être malade, mais de l'être de la maladie que Dieu veut, au lieu où il veut, et entre les personnes qu'il veut, et avec les incommodités qu'il veut. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, III, 3[12]

Patience, longanimité et persévérance

Épreuve, attente et durée : trois modalités d'une même fidélité — infographie originale Ignispedia créée par IA.

La tradition spirituelle distingue plusieurs vertus voisines, souvent confondues. La patience supporte les maux présents sans se troubler ; la longanimité (du latin longanimitas, « grandeur d'âme dans la durée ») attend longtemps un bien différé sans se lasser ; la persévérance tient bon jusqu'au bout dans le bien commencé[13]. Les trois se tiennent : on a besoin de patience pour supporter l'épreuve d'aujourd'hui, de longanimité pour ne pas se décourager de l'attente, de persévérance pour ne pas abandonner avant le terme. Pour cette dernière, voir Que disent les saints sur la persévérance.

La patience dans l'Écriture, méditée par les saints

Les saints n'ont pas inventé la patience : ils l'ont lue dans l'Écriture, longuement méditée, et reçue comme une participation à la patience même de Dieu.

Job, « le modèle de patience »

Le grand modèle vétéro-testamentaire est Job, dépouillé de tout et qui bénit malgré tout. L'apôtre saint Jacques en fait explicitement l'école de la patience pour les chrétiens :

« Voyez les laboureurs : ils attendent patiemment le fruit précieux de la terre… Vous aussi, prenez patience… Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu comment le Seigneur a fini par le traiter, car le Seigneur est plein de tendresse et de compassion. » — Lettre de saint Jacques 5, 7-11[14]

Les Pères y ont vu la loi de toute vie spirituelle : la patience n'a de sens que tournée vers une récompense attendue, comme le laboureur ne sème que dans l'espérance de la moisson. Patience et espérance sont sœurs ; saint Paul les noue : « Soyez joyeux dans l'espérance, patients dans la détresse » (Rm 12, 12)[15].

« Par votre patience, vous posséderez vos âmes »

La parole décisive du Nouveau Testament est celle du Christ annonçant les persécutions :

« Par votre persévérance, vous garderez votre vie. » — Évangile selon saint Luc 21, 19[16]

Le texte grec et latin dit littéralement : « vous posséderez vos âmes » (in patientia vestra possidebitis animas vestras). Les saints en ont tiré une anthropologie profonde : l'homme impatient ne s'appartient pas ; il est emporté par ses humeurs, ses colères, ses peurs. C'est dans la patience qu'il reprend possession de lui-même, et donc devient capable de se donner. Saint Grégoire le Grand commentait en substance : posséder son âme, c'est en être pleinement maître[17].

La patience de Dieu lui-même

Le sommet, pour les Pères, est que la patience n'est pas d'abord une vertu humaine, mais un attribut de Dieu. Saint Paul met en garde contre l'illusion qui prend la patience divine pour de l'indifférence : « Méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa générosité, sans reconnaître que la bonté de Dieu te pousse à la conversion ? » (Rm 2, 4)[18]. Tertullien, dans son traité, ose même dire que la patience est en quelque sorte la nature de Dieu :

« Dieu fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants ; il fait servir indistinctement les saisons, les éléments, les dons de toute la nature au mérite et à l'ingratitude. C'est là la patience suprême. » — d'après Tertullien, De patientia[19]

Pour Tertullien, le chrétien impatient renie donc ce qu'il y a de plus divin en lui : en supportant, il imite Dieu ; en s'emportant, il déchoit.

Les premiers traités : les Pères de l'Église

Tertullien : l'un des premiers traités chrétiens sur une vertu

Trois traités fondateurs, de Carthage à Hippone — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Vers l'an 200, à Carthage, Tertullien (v. 155-220) écrit le De patientia. Le ton est d'une étonnante humilité : il avoue d'emblée parler d'une vertu qu'il possède mal, « comme un malade qui vante la santé »[20]. C'est l'un des premiers textes chrétiens conservés entièrement consacré à une vertu, et il fixe pour des siècles l'idée maîtresse : la patience est la patience du Christ en croix, prolongée dans ses disciples. Toutes les vertus, dit-il en substance, tiennent à elle comme à leur appui.

Saint Cyprien : la patience chrétienne n'est pas celle des philosophes

Un demi-siècle plus tard, en 256, l'évêque martyr saint Cyprien de Carthage (v. 200-258) reprend le sujet dans Du bien de la patience (De bono patientiae). Sa thèse est polémique : la patience des chrétiens n'a rien à voir avec celle, orgueilleuse, des philosophes stoïciens. Ceux-ci, dit-il, se plaisent à eux-mêmes et, parce qu'ils se plaisent, déplaisent à Dieu[21]. La patience chrétienne, au contraire, ne vient pas de l'homme :

« Cette patience, nous l'avons en commun avec Dieu. C'est de lui que la patience commence ; de lui que sa gloire et sa dignité tirent leur origine. » — Saint Cyprien, Du bien de la patience[22]

Pour Cyprien, le modèle n'est donc pas le sage impassible, mais le Christ qui se tait devant ses juges, guérit l'oreille de celui qui l'arrête, et prie pour ses bourreaux. La patience est ici inséparable de la charité envers les ennemis et du refus de la vengeance.

Saint Augustin : la vraie et la fausse patience

Saint Augustin clôt cette série patristique avec son propre De patientia (v. 418). Son apport décisif est le critère de discernement : toute endurance n'est pas vertu. Ce qui fait la patience, ce n'est pas la quantité de mal supporté, mais le motif pour lequel on le supporte. Le voleur qui endure la torture pour ne pas livrer ses complices souffre beaucoup — mais par obstination, non par vertu[23]. La patience véritable a sa source dans l'amour de Dieu, et c'est lui qui la donne :

« Là où il n'y a pas de vrai amour, il n'y a pas de vraie patience ; et de même que la charité, la patience véritable vient de Dieu. » — d'après Saint Augustin, De patientia[24]

Le tableau ci-dessous résume la ligne de partage que les Pères ont tracée entre la patience du sage antique et celle du chrétien.

CritèrePatience du philosophe (stoïcienne)Patience chrétienne
SourceL'effort et la maîtrise de soiLa grâce et la charité reçues de Dieu
ModèleLe sage impassible, qui ne sent rienLe Christ en croix, qui sent et porte
Rapport à la douleurLa nier ou s'en rendre insensibleLa reconnaître et l'offrir
Envers l'offenseurMépris ou indifférencePardon et prière pour l'ennemi
FinalitéLa tranquillité de l'âme ici-basDieu lui-même et la vie éternelle

Lecture : pour les Pères, ce qui distingue les deux patiences n'est pas l'intensité de l'effort, mais sa racine — l'orgueil du sage d'un côté, l'amour de Dieu de l'autre.

Les docteurs et les maîtres spirituels

Saint Thomas d'Aquin : la patience, fille de la force et de la charité

Saint Thomas d'Aquin (1225-1274) a donné à la réflexion sur la patience sa forme la plus rigoureuse, dans la question 136 de la Secunda Secundae. Trois acquis y demeurent fondateurs. D'abord, la patience est une vertu, et non une simple disposition : elle garde la raison contre la tristesse qui ferait dévier la volonté[25]. Ensuite, elle est une partie de la force (pars fortitudinis) : si le martyre est l'acte suprême du courage, la patience en est l'exercice quotidien, qui consiste à tenir sous le poids du mal sans se briser. Enfin — c'est son intuition la plus profonde — la patience a sa racine dans la charité : « la charité est la racine de toutes les vertus », et donc aussi de la patience[26]. On retrouve la formule de Grégoire, mais expliquée : si la patience est racine des vertus pour nous, la charité est racine de la patience en Dieu.

Sainte Catherine de Sienne : « la patience est la moelle de l'obéissance »

Chez sainte Catherine de Sienne (1347-1380), docteur de l'Église, la patience devient le signe auquel on reconnaît l'amour véritable. Dans Le Dialogue, le Père éternel, contemplant l'obéissance du Christ, lui révèle que la patience en est la moelle et la preuve visible :

« Parmi les autres (vertus), il possédait la patience, qui est la moelle de l'obéissance, et un signe qui montre si une âme est en état de grâce et aime véritablement ou non. » — Sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue de la divine Providence, traité de l'obéissance[27]

L'image de la moelle est saisissante : invisible, cachée au cœur de l'os, c'est pourtant elle qui nourrit. De même, on ne voit pas l'obéissance du cœur ; on voit la patience qui en sort quand on est contredit, et c'est à ce fruit qu'on juge l'arbre. Catherine ajoute que la patience ne se prouve d'aucune autre manière que par la souffrance : l'amour qui n'a jamais été contrarié ne sait pas encore s'il est vrai[28].

L'Imitation de Jésus-Christ : supporter ce qu'on ne peut corriger

Le plus lu des livres spirituels après la Bible, L'Imitation de Jésus-Christ (v. 1420, attribuée à Thomas a Kempis), a répandu dans toute la chrétienté une sagesse très concrète de la patience : accepter de ne pas tout corriger, en soi comme chez les autres.

« Ce que l'homme ne peut corriger en soi ou dans les autres, il doit le supporter avec patience, jusqu'à ce que Dieu en ordonne autrement… pour vous éprouver dans la patience, sans laquelle nos mérites sont peu de chose. » — Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 16[29]

Cette page a formé des générations : elle apprend à distinguer ce qui dépend de nous (à corriger) et ce qui n'en dépend pas (à supporter), bien avant que la sagesse populaire n'en fasse une maxime.

Les grands témoins : la voix des saints sur la patience

Sainte Thérèse d'Avila : « La patience obtient tout »

Six voix spirituelles sur la patience — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le mot le plus célèbre de la spiritualité sur la patience tient en cinq syllabes espagnoles. Sur le signet que sainte Thérèse d'Avila (1515-1582) gardait dans son bréviaire, et qu'on trouva à sa mort en 1582, étaient écrits de sa main ces vers devenus prière universelle :

« Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie. Tout passe ; Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit. » — Sainte Thérèse d'Avila, Nada te turbe[30]

« La patience obtient tout » (la paciencia todo lo alcanza) : la grande mystique du Carmel place la patience au centre d'un édifice où Dieu seul est immuable. Si tout passe, alors rien ne mérite qu'on s'en trouble ; et c'est cette certitude — non un effort de volonté — qui rend l'âme patiente. La patience, ici, est le visage paisible de la confiance en un Dieu qui ne change pas.

Saint François de Sales : la patience douce et concrète

Saint François de Sales (1567-1622), docteur de l'Église et maître de la « dévotion » accessible à tous, a consacré à la patience un chapitre entier de l'Introduction à la vie dévote. Son point de départ est christologique :

« Ressouvenez-vous souvent que Notre-Seigneur nous a sauvés en souffrant et endurant, et que de même nous devons faire notre salut par les souffrances et afflictions. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, III, 3[31]

Mais sa note propre est la douceur, y compris envers soi-même. Là où d'autres durcissent l'âme, François l'apaise : il faut traiter son cœur impatient comme on tient un cheval en bride, « fermement, sans le laisser courir après ses sentiments », et pourtant « du bout des doigts », sans brusquerie[32]. Cette patience-là n'est pas crispée : elle est l'art de durer sans se raidir.

Saint Alphonse de Liguori : patience et conformité à la volonté de Dieu

Pour saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église et fondateur des Rédemptoristes, la patience trouve son achèvement dans l'union à la volonté de Dieu. Dans son traité sur l'Uniformité à la volonté de Dieu, il enseigne que le secret de la paix n'est pas d'éviter les croix, mais de vouloir ce que Dieu veut, comme il le veut :

« Toute notre perfection consiste à aimer Dieu ; et toute la perfection de l'amour de Dieu consiste à unir notre volonté à la sienne. » — Saint Alphonse de Liguori, De l'uniformité à la volonté de Dieu[33]

La patience cesse alors d'être un effort de résistance pour devenir un acquiescement : l'âme ne subit plus l'épreuve, elle l'accueille comme venant de la main d'un Père. C'est la même idée que développe sainte Thérèse de Lisieux à sa manière enfantine, et que la tradition de la spiritualité de l'abandon portera à son sommet.

Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : la patience des petites choses

Sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897), docteur de l'Église, a fait de la patience le terrain quotidien de sa « petite voie ». Elle ne cherche pas les grandes mortifications, mais les occasions minuscules : supporter une sœur désagréable, ne pas répliquer, sourire à celle qui l'irrite. L'épisode le plus connu est celui de la vieille sœur Saint-Pierre, infirme et difficile, qu'elle conduisait chaque soir au réfectoire avec une patience d'autant plus méritoire qu'elle était mal récompensée :

« Comme j'étais inhabile, je ne réussissais pas à la contenter ; aussi aurais-je voulu prouver de mille manières l'amour que je lui portais, puisque c'était Jésus que je servais en elle. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Histoire d'une âme, ms C[34]

Sa découverte est que la patience n'a pas besoin de grandes scènes : « Ramasser une épingle par amour peut convertir une âme. » La patience des petites choses, vécue par amour, vaut les héroïsmes — et elle est à la portée de tous.

Saint Padre Pio : la patience qui prie et espère

Plus près de nous, saint Pio de Pietrelcina (1887-1968), le capucin stigmatisé de San Giovanni Rotondo, a inspiré toute une pédagogie de la patience que résume une maxime diffusée par les Groupes de prière : prier, espérer, et ne pas se laisser ronger par l'inquiétude, car Dieu, qui est miséricordieux, entend la prière[35].

L'inquiétude, dit cette maxime en somme, est le contraire de la patience : elle veut forcer le temps de Dieu. Patienter, c'est croire que Dieu agit, même quand on ne voit rien ; c'est remettre le temps à Dieu au lieu de vouloir lui imposer le nôtre.

La patience envers soi-même

Un thème revient avec insistance sous la plume des saints, et surprend souvent : la patience la plus difficile n'est pas envers les autres, mais envers soi-même. L'impatience devant ses propres fautes, ses lenteurs, ses rechutes, est un piège subtil de l'orgueil déguisé en ferveur. Saint François de Sales en a donné la formulation la plus limpide :

« Ayez patience avec tous, mais principalement avec vous-même… ne vous troublez point de vos imperfections, et ayez toujours le courage de vous en relever. Il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle que de toujours recommencer. » — Saint François de Sales, lettre spirituelle[36]

Le même saint compare cette impatience envers soi à un dépit secret qui n'est, au fond, qu'un amour-propre blessé[37]. Il faut donc, dit-il, « souffrir avec patience le retard de notre perfection »[38] : Dieu ne se hâte pas, et l'âme qui veut se sanctifier en trois mois se trompe d'abord sur elle-même. La patience envers soi est ainsi l'autre face de l'humilité : accepter d'être un chantier inachevé, sans se décourager ni se complaire.

Comment les saints ont pratiqué la patience

Les quatre champs concrets de la patience — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au-delà des définitions, les saints ont surtout vécu la patience, et c'est dans leurs vies qu'on en saisit les visages concrets. La tradition en distingue quatre champs, qu'on retrouve d'un saint à l'autre.

Champ d'exerciceCe qu'il demandeTémoin et parole
Envers DieuAttendre son heure sans forcer le tempsMaxime dévotionnelle : prier, espérer, ne pas s'inquiéter
Envers le prochainSupporter les défauts d'autrui sans aigreurThérèse de Lisieux et sœur Saint-Pierre
Envers soi-mêmeNe pas se troubler de ses propres fautesFrançois de Sales : « patience avec vous-même »
Dans la souffrancePorter la maladie « que Dieu veut »Job, et les martyrs

Lecture : un même mot, « patience », recouvre quatre combats distincts. La plupart des saints excellent dans l'un et peinent dans les autres ; c'est pourquoi ils s'entraident, par leurs écrits, à couvrir tout le champ.

Une parole anonyme de la tradition monastique résume l'expérience commune : interrogés sur le plus court chemin de la sainteté, les moines du désert auraient répondu que la grandeur des saints, c'est la patience[39]. On ne devient pas saint par un coup d'éclat, mais par une longue fidélité dans les petites choses, jour après jour, sans se lasser. La patience est le temps de la sainteté.

Le fruit de la patience : la paix et la possession de l'âme

Que reçoit, finalement, celui qui devient patient ? Les saints répondent d'une seule voix : la paix. Non la paix de l'indifférent, mais celle de l'âme qui ne se laisse plus emporter. Saint Paul l'inscrit parmi les fruits de l'Esprit Saint, aux côtés de la charité et de la joie (Ga 5, 22)[40], et le Catéchisme le redit : la patience est un de ces « fruits » par lesquels l'Esprit nous façonne « comme des prémices de la gloire éternelle »[41].

Le dernier mot revient au Christ : « Par votre patience, vous posséderez vos âmes » (Lc 21, 19). L'impatient se perd dans le tourbillon de ses réactions ; le patient se possède, et peut donc se donner. C'est pourquoi les saints ont tant aimé cette vertu discrète : non parce qu'elle fait souffrir, mais parce qu'elle rend libre. « La patience obtient tout », écrivait Thérèse d'Avila — et d'abord, elle nous obtient à nous-mêmes.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Tertullien (v. 155-220), De patientia (v. 200-203), ch. 1 (« De la patience en général ; et de l'indignité de Tertullien à en traiter ») : l'auteur confesse parler d'une vertu qu'il pratique mal, « comme un malade qui ne cesse de vanter le bien de la santé dont il ne jouit pas » — texte anglais (trad. Thelwall, ANF vol. 3) : « after the manner of invalids, who since they are without health, know not how to be silent about its blessings » (newadvent.org/fathers/0325.htm). L'un des premiers traités chrétiens conservés entièrement consacrés à une seule vertu (la primauté absolue, parfois affirmée dans la littérature courante, n'est pas établie par une étude patristique de référence).

    1 20
  2. Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), Homélies sur l'Évangile, homélie 35, commentaire de Lc 21, 19 (« in patientia vestra possidebitis animas vestras ») : « patientia est radix et custos omnium virtutum » — « la patience est la racine et la gardienne de toutes les vertus ». La formule commente le dernier verset de la péricope (Lc 21, 19) ; lieu corroboré par saint Thomas d'Aquin lui-même, qui la cite en latin : Somme théologique, II-II, q. 136, a. 2, obj. 3 (« Sicut Gregorius dicit, in quadam homilia, patientia est radix et custos omnium virtutum », texte léonin ; trad. des Dominicains : « patience is the root and safeguard of all the virtues », newadvent.org/summa/3136.htm, réf. « Hom. xxxv in Evang. » — page recontrôlée le 4 octobre 2026). Éditions : Patrologia Latina 76 ; Sources Chrétiennes 522 (Homélies sur l'Évangile, livre II : homélies XXI-XL, Cerf, 2008) — colonne PL / paragraphe SC exact à recoller sur l'édition papier (texte latin non numérisé en libre accès). — Le Moralia in Job XXII, parfois cité à ce propos, porte sur les quatre vertus principales (cf. le sed contra du même article de la Somme), non sur cette formule.

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  3. Évangile selon saint Luc 21, 19, traduction liturgique officielle (AELF) : « Par votre persévérance, vous garderez votre vie. » Texte latin de la Vulgate : « in patientia vestra possidebitis animas vestras » — littéralement « par votre patience vous posséderez vos âmes ».

    4 16
  4. Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 136, a. 2 (« La patience est-elle la plus grande des vertus ? ») : la formule du corps est une paraphrase — Thomas dit proprement, en réponse à la 1re objection, que la patience « a une œuvre parfaite à supporter les épreuves » (« Patience is said to have a perfect work in bearing hardships », trad. anglaise des Dominicains, newadvent.org/summa/3136.htm) : l'épreuve fait naître d'abord la tristesse, que modère la patience, puis la colère et la haine. Le même article précise que la patience n'est pas la plus grande des vertus : elle vient après les vertus théologales (foi, espérance, charité), la prudence et la justice — et même après la force et la tempérance, qui écartent de plus grands obstacles au bien. Édition de référence : Summa Theologiae, Éditions du Cerf.

    5 7
  5. Lettre de saint Jacques 1, 4, traduction liturgique officielle (AELF) : « Et que votre persévérance soit accompagnée d'une œuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits, irréprochables, et qu'il ne vous manque rien. » Vulgate : « patientia opus perfectum habet ». Verset cité par saint Thomas, II-II, q. 136, a. 1.

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  6. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 136, a. 3 : « Il ne peut y avoir de vraie patience sans la grâce. » La patience véritable fait supporter les maux à cause du bien qu'est Dieu lui-même ; or préférer Dieu à tout suppose la charité, qui est « la racine de toutes les vertus » et que seule la grâce infuse.

    8 26
  7. Saint Augustin (354-430), De patientia, V-VII : il existe une fausse patience, celle des avares, ambitieux ou débauchés qui endurent de grands maux pour obtenir l'objet de leur convoitise ; cette endurance n'est pas vertu, car sa racine n'est pas l'amour de Dieu mais la cupidité (cupiditas).

    9 23
  8. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 13, 4, traduction liturgique officielle (AELF) : « L'amour prend patience ; l'amour rend service. » Vulgate : « caritas patiens est ». Premier trait que saint Paul attribue à la charité dans son hymne.

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  9. Saint Augustin, De patientia, II, 2 : « Patientia hominis, quae recta est atque laudabilis et vocabulo digna virtutis, ea perhibetur qua aequo animo mala toleramus, ne animo iniquo bona deseramus, per quae ad meliora perveniamus » — « la patience de l'homme est celle par laquelle nous supportons les maux d'une âme égale, de peur que, d'une âme inégale, nous n'abandonnions les biens par lesquels nous parvenons à de meilleurs » (le corps cite en traduction française ; le latin porte ea perhibetur qua, « elle est reconnue à ceci que »). Édition critique : CSEL 41 (éd. J. Zycha, 1900) ; Patrologia Latina 40 ; texte latin recontrôlé le 4 octobre 2026 sur augustinus.it (d'après PL 40). Texte commenté par saint Thomas, II-II, q. 136, a. 1, qui cite ce ch. II (« A man's patience it is whereby he bears evil with an equal mind… », newadvent.org/summa/3136.htm).

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  10. Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote (1609), IIIe partie, ch. 3, « De la patience » : « Il faut avoir patience, non seulement d'être malade, mais de l'être de la maladie que Dieu veut, au lieu où il veut, et entre les personnes qu'il veut, et avec les incommodités qu'il veut. » Texte intégral sur livres-mystiques.com.

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  11. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 136, a. 5 (« La patience est-elle la même chose que la longanimité ? »), et q. 137, a. 2 (la persévérance, annexée à la force) : la patience supporte les maux présents ; la longanimité tend vers un bien lointain — Thomas précise qu'elle « a plus en commun avec la magnanimité qu'avec la patience » (« longanimity has more in common with magnanimity than with patience », trad. des Dominicains, newadvent.org/summa/3136.htm), n'étant comprise sous la patience qu'en tant que le retard du bien espéré cause une tristesse à supporter ; la persévérance (et la constance) persiste dans le bien jusqu'au terme. Seules la patience (q. 136, a. 4) et la persévérance (q. 137, a. 2) sont des parties annexes de la force.

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  12. Lettre de saint Jacques 5, 7-11, traduction liturgique officielle (AELF) : l'exemple du laboureur qui « attend patiemment le fruit précieux de la terre », puis l'éloge de « la patience de Job » et la conclusion : « le Seigneur est plein de tendresse et de compassion. »

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  13. Lettre de saint Paul aux Romains 12, 12, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ayez la joie de l'espérance, tenez bon dans l'épreuve, soyez assidus à la prière. » Patience et espérance y sont explicitement liées.

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  14. Saint Grégoire le Grand, Homélies sur l'Évangile, hom. 35 : résumé en substance du commentaire final de Lc 21, 19 (« in patientia vestra possidebitis animas vestras ») — la péricope commentée (Lc 21, 9-19) s'achève sur ce verset, et c'est sur lui que porte la conclusion de l'homélie : posséder son âme, c'est en être pleinement maître ; l'impatient, livré à ses passions, ne se possède pas lui-même. Rédaction latine exacte non établie verbatim (colonne PL 76 / paragraphe SC 522 non recollés sur l'édition papier) : le corps la donne comme paraphrase, non comme citation. Cf. Catéchisme de l'Église catholique, qui rattache la maîtrise de soi aux fruits de l'Esprit.

    17
  15. Lettre de saint Paul aux Romains 2, 4, traduction liturgique officielle (AELF) : « Méprises-tu les trésors de sa bonté, de sa patience, de sa générosité ? Ne sais-tu pas que la bonté de Dieu te pousse à la conversion ? » La patience de Dieu est un temps offert au pécheur pour se convertir.

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  16. Tertullien, De patientia, ch. 2 (« Dieu lui-même exemple de patience » — « God Himself an Example of Patience ») : Dieu « fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants » (cf. Mt 5, 45) et fait servir indistinctement saisons, éléments et dons de la nature au mérite comme à l'ingratitude — modèle suprême de patience que le chrétien est appelé à imiter. Texte anglais (trad. Thelwall, ANF vol. 3, newadvent.org/fathers/0325.htm) : « who scatters equally over just and unjust the bloom of this light » ; corps en traduction française condensée.

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  17. Saint Cyprien de Carthage (v. 200-258), Du bien de la patience (De bono patientiae, 256), ch. 2 : il refuse d'assimiler la patience chrétienne à celle des philosophes, lesquels « ne sont ni humbles ni doux » mais « se plaisent à eux-mêmes, et pour cela même déplaisent à Dieu » — texte anglais (trad. Wallis, ANF vol. 5, Treatise IX) : « we do not see that philosophers are either lowly or meek, but greatly pleasing themselves, and, for the very reason that they please themselves, displeasing God » (ccel.org/ccel/schaff/anf05).

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  18. Saint Cyprien, Du bien de la patience, ch. 3 : « Cette patience, nous l'avons en commun avec Dieu. C'est de lui qu'elle commence ; de lui que sa gloire et sa dignité tirent leur origine. » — texte anglais (trad. Wallis, ANF vol. 5, Treatise IX) : « we have this virtue in common with God. From Him patience begins; from Him its glory and its dignity take their rise » (ccel.org/ccel/schaff/anf05). La patience chrétienne est participation à la patience divine, manifestée dans le Christ qui pardonne à ses bourreaux.

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  19. Saint Augustin, De patientia, notamment ch. 14-17 : « là où il n'y a pas la vraie charité, il n'y a pas la vraie patience » ; la patience véritable, comme la charité dont elle procède, est un don de Dieu (cf. Rm 5, 5, l'amour répandu dans les cœurs par l'Esprit Saint).

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  20. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 136, a. 1 : la patience est une vertu, car elle garde la raison contre la tristesse qui, autrement, ferait abandonner à la volonté le bien conforme à la raison.

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  21. Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), docteur de l'Église, Le Dialogue de la divine Providence (dicté en 1377-1378), traité de l'obéissance, section d'ouverture (« Ici commence le traité de l'obéissance ») : le Père parle du Christ — « il possédait la patience, qui est la moelle de l'obéissance » (et non « moelle de la charité » : la charité y est dite mère de la patience, qu'elle donne pour sœur à l'obéissance). Texte anglais de référence, mot à mot conforme (trad. Algar Thorold) : « he possessed patience, which is the marrow of obedience » (ccel.org, Dialog, Treatise of Obedience, 1re section « Here begins the treatise of obedience » — texte recontrôlé le 4 octobre 2026). Éd. française de référence : trad. Hurtaud, Téqui — pagination variable selon les tirages, aucune page inventée ici : retrouver le passage à la section d'ouverture du traité de l'obéissance.

    27
  22. Sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue, traité de la divine Providence (ouverture) : la patience « ne se prouve d'aucune autre manière que par la souffrance » — texte anglais (trad. Thorold) : « Patience cannot be proved in any other way than by suffering ». En revanche la formule « la patience n'est pas vaincue, mais elle triomphe du monde » n'a pas été retrouvée dans le Dialogue : elle a été retirée des guillemets. La tribulation reste ainsi, chez Catherine, l'épreuve révélatrice de la charité.

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  23. Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 16, 1 : « Ce que l'homme ne peut corriger en soi ou dans les autres, il doit le supporter avec patience, jusqu'à ce que Dieu en ordonne autrement… pour vous éprouver dans la patience, sans laquelle nos mérites sont peu de chose. »

    29
  24. Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), docteur de l'Église, poème dit Nada te turbe, retrouvé dans son bréviaire à sa mort (15 octobre 1582). Texte espagnol : « Nada te turbe, nada te espante… la paciencia todo lo alcanza… solo Dios basta. » Trad. française usuelle : « Que rien ne te trouble… la patience obtient tout… Dieu seul suffit. »

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  25. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, III, 3 : « Ressouvenez-vous souvent que Notre-Seigneur nous a sauvés en souffrant et endurant, et que de même nous devons faire notre salut par les souffrances et afflictions. » Le fondement de la patience y est explicitement christologique.

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  26. Saint François de Sales, lettre spirituelle, citée dans Joseph Tissot, L'Art d'utiliser ses fautes, Le Laurier, 1991, p. 24 : « Il faut avoir patience avec soi-même… tenir [son cœur] comme un cheval en bride, fermement, sans le laisser courir après ses sentiments », mais le prendre « du bout des doigts et non à pleines poignées ».

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  27. Saint Alphonse-Marie de Liguori (1696-1787), docteur de l'Église, De l'uniformité à la volonté de Dieu (Uniformità alla volontà di Dio, 1755) : « Toute la perfection consiste à aimer Dieu, et toute la perfection de l'amour consiste à unir notre volonté à celle de Dieu. » La patience parfaite y est présentée comme l'acquiescement de la volonté à tout ce que Dieu permet.

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  28. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), docteur de l'Église, Histoire d'une âme, manuscrit C (1897), épisode de sœur Saint-Pierre qu'elle conduisait au réfectoire : « puisque c'était Jésus que je servais en elle. » Éd. de référence : Œuvres complètes, Cerf/DDB.

    34
  29. Maxime dévotionnelle diffusée par les Groupes de prière et la littérature dévotionnelle, souvent résumée ainsi : prier, espérer, ne pas s'inquiéter, car Dieu est miséricordieux et entend la prière. Sans source critique établie : aucune œuvre, lettre datée ou page précise n'a pu être identifiée comme son lieu exact ; à recevoir comme maxime anonyme de la tradition, non comme parole authentifiée d'un auteur nommé.

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  30. Saint François de Sales, lettre CDLV à Mme de La Fléchère, Annecy, 19 mai 1608, Œuvres, éd. d'Annecy, t. XIV, pp. 32-33 : « Ayés patience avec tous, mais principalement avec vous mesme ; je veux dire, que vous ne vous troublies point de vos imperfections et que vous ayes tous-jours courage de vous en relever… il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle que de tousjours recommencer… » (orthographe d'époque ; le corps cite en français modernisé). Texte contrôlé au tome numérisé (archive.org, oeuvresdesaintfr14fran).

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  31. Père Joseph Tissot (1840-1894), L'Art d'utiliser ses fautes (d'après saint François de Sales), Le Laurier, 1991, p. 26 : l'impatience envers soi-même est souvent un « amour-propre déguisé sous le masque de l'humilité », qui cherche moins à guérir qu'à se savoir guéri.

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  32. Saint François de Sales, Les Vrais Entretiens spirituels, Xe Entretien (« De l'obéissance »), Œuvres, éd. d'Annecy, t. VI, p. 158 : « Il faut souffrir avec patience le retardement de nostre perfection, faisant tousjours ce que nous pouvons pour nostre avancement, et de bon cœur » (orthographe d'époque ; ni l'Introduction ni une lettre : un entretien aux Visitandines). Texte contrôlé au tome numérisé (archive.org, oeuvresdesaintfr06fran).

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  33. Parole anonyme de la tradition monastique du désert, souvent rapportée sous cette forme : les amis de Dieu ont été patients, et c'est ainsi qu'ils ont obtenu les choses promises — la grandeur des saints, c'est la patience. Source primaire non établie : reprise d'un recueil moderne (Conseils à un moine, éd. Saint-Léger, 2017, p. 31), non rattachée à une édition critique ; à recevoir comme parole anonyme de la tradition, sans nom d'auteur.

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  34. Lettre de saint Paul aux Galates 5, 22, traduction liturgique officielle (AELF) : « Mais voici le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. » La patience figure parmi les fruits du Saint-Esprit.

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  35. Catéchisme de l'Église catholique, § 1832 : les fruits de l'Esprit sont « des perfections que l'Esprit Saint forme en nous comme des prémices de la gloire éternelle » ; la tradition en énumère douze, dont la patience (Ga 5, 22-23 Vulg.). Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.

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