Les erreurs fréquentes concernant la patience

La patience est-elle de la résignation, de la passivité, de l'indifférence ? Confondue avec le fatalisme, le refoulement de la colère, la faiblesse ou la complaisance devant le mal : passage en revue des contresens les plus courants sur la patience chrétienne, et de ce que l'Église enseigne vraiment.

Ignispedia

La patience est l'une des vertus que la tradition chrétienne a le plus louées — saint Grégoire le Grand l'appelle « la racine et la gardienne de toutes les vertus »[1] — et l'une de celles que le langage courant a le plus affadies. On croit la connaître parce qu'on emploie chaque jour le mot : « prendre son mal en patience », « je n'ai plus de patience », « il faut être patient ». Et l'on transporte sans y penser, sur la vertu, l'image molle que ces formules suggèrent : subir, se taire, attendre que ça passe.

Or les saints n'ont jamais vu dans la patience une résignation. Pour saint Thomas d'Aquin, elle est une partie de la force[2] — l'exercice quotidien du courage, qui consiste à tenir sous le poids du mal sans se laisser briser. Pour saint Augustin, elle n'a rien à voir avec l'insensibilité du sage antique : c'est la charité qui tient bon dans l'épreuve, et il existe une « fausse patience » qu'il faut savoir démasquer[3]. Confondre la vertu avec ses contrefaçons n'est pas anodin : tantôt on la méprise comme une faiblesse, tantôt on la dévoie en complicité avec le mal, tantôt on l'épuise en refoulement.

Cet article passe en revue les contresens les plus fréquents sur la patience. Pour chacun, il énonce l'erreur dans sa formulation courante, montre pourquoi elle séduit, pourquoi elle est fausse, puis rappelle ce que l'Église enseigne vraiment, citations à l'appui. Il ne s'agit ni d'un florilège ni d'un guide pratique : pour la voix propre des saints, voir Que disent les saints sur la patience ; pour le chemin concret de croissance, voir Comment grandir dans la patience.

Ici, comme dans les articles jumeaux Les erreurs fréquentes concernant la foi, Les erreurs fréquentes concernant l'espérance et Les erreurs fréquentes concernant la charité, on déblaie le terrain : on apprend d'abord à reconnaître les fausses monnaies pour mieux recevoir l'or véritable.

Pourquoi la patience est-elle si souvent mal comprise ?

Un mot affaibli par l'usage courant

Peu de mots chrétiens ont autant pâli que celui-ci. Dans le langage ordinaire, « être patient » signifie à peu près « encaisser sans broncher » : attendre son tour, supporter un retard, ne pas s'énerver. La patience y devient une affaire de nerfs solides ou de tempérament placide — au mieux une bonne manière, au pire une mollesse. « Prendre son mal en patience » sonne déjà comme une demi-défaite : on cède du terrain, faute de mieux.

Cette réduction séduit parce qu'elle est commode : elle dispense de voir dans la patience un combat. Mais le mot latin patientia vient de pati, « souffrir, porter » — la même racine que la Passion du Christ. La patience n'est pas l'art d'éviter la souffrance : c'est l'art de la porter sans rompre, en gardant le cap vers le bien. Loin d'être passive, elle exige plus de force que l'emportement, qui, lui, ne coûte rien.

Patience, endurance, longanimité : trois réalités sous un seul mot

Une bonne part des confusions vient de ce que le français recouvre d'un seul mot ce que la tradition distinguait soigneusement. La théologie classique, à la suite de saint Thomas, range autour de la force plusieurs vertus voisines : la patience supporte les maux présents sans se laisser troubler par la tristesse ; la longanimité (du latin longanimitas, « grandeur d'âme dans la durée ») attend longtemps un bien différé sans se décourager ; la persévérance et la constance tiennent bon dans le bien commencé jusqu'au terme[4].

Trois vertus sous un même mot — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Les langues bibliques le marquaient aussi. Le grec du Nouveau Testament emploie hypomonè (ὑπομονή), l'endurance qui tient sous l'épreuve, et makrothumia (μακροθυμία), la longanimité qui retient longtemps sa colère et patiente avec les personnes. Quand saint Paul range makrothumia parmi les « fruits de l'Esprit » (Ga 5, 22)[5], il ne parle pas d'un trait de caractère, mais d'un effet de Dieu en nous. Garder ces distinctions à l'esprit évite déjà la moitié des contresens : on n'attend pas de la patience ce qui relève de l'espérance, et l'on ne reproche pas à un impatient ce qui n'est qu'un défaut de longanimité.

Rappel : ce qu'est vraiment la patience

Avant de corriger les erreurs, il faut une boussole. La définition de référence, reprise par tout le Moyen Âge et par saint Thomas, vient du traité De patientia de saint Augustin :

« La patience de l'homme, celle qui est droite, louable et digne du nom de vertu, est celle par laquelle nous supportons les maux d'une âme égale, sans nous laisser troubler par la tristesse, de peur qu'une âme inégale n'abandonne les biens par lesquels nous parvenons à de meilleurs. » — Saint Augustin, De patientia, II, 2[6]

Saint Augustin dans son cabinet de travail, Sandro Botticelli, vers 1480, église Ognissanti à Florence — Wikimedia Commons, domaine public.

Trois traits décisifs en découlent. D'abord, la patience suppose un mal réel à supporter — l'épreuve, la contradiction, la lenteur — et non un mal imaginaire ; elle n'a de sens que dans l'adversité. Ensuite, son cœur est l'« âme égale » (aequo animo) : non l'absence de souffrance, mais l'équilibre intérieur maintenu malgré elle. Enfin, elle est ordonnée à un bien : on supporte le moindre mal « afin de parvenir à de meilleurs » biens — la patience regarde toujours plus loin que la peine qu'elle endure. Retirez l'un de ces traits, et vous obtenez une contrefaçon : un mal qu'on subit sans le porter (la résignation), un calme sans amour (l'insensibilité), ou une endurance qui ne va vers rien (l'entêtement). Pour la nature complète de la vertu et les moyens de la faire croître, voir Comment grandir dans la patience ; on ne le reprend pas ici.

Les erreurs sur la nature de la patience

Erreur — « La patience, c'est de la passivité »

Passivité ou patience ? — Infographie originale Ignispedia créée par IA.

C'est l'erreur mère. Spontanément, on imagine le patient comme celui qui « ne fait rien » : il attend, il subit, il laisse passer. La patience deviendrait une démission polie, une résignation devant l'inévitable — proche du fatalisme : « à quoi bon lutter, c'est comme ça ». L'erreur séduit parce que la patience comporte en effet une part d'acceptation, et parce qu'il est confortable de baptiser « patience » notre paresse à agir.

Pourquoi c'est faux. La patience n'est pas l'inertie : elle est une vertu active, qui maintient l'âme orientée vers le bien sous le choc de l'épreuve. Saint Thomas le dit avec précision : la patience ne produit pas le bien par elle-même, mais elle « écarte l'obstacle » — la tristesse et le découragement — qui empêcherait de le produire et de le poursuivre[7]. Elle ne dit pas « ne fais rien », elle dit « ne lâche pas ». Loin d'endormir l'action, c'est elle qui la rend durable : le laboureur ne croise pas les bras, il continue de cultiver « en attendant patiemment le fruit précieux de la terre » (Jc 5, 7)[8]. Le contraire de la patience n'est donc pas l'effort, mais le trouble qui fait tout lâcher.

Ce que dit l'Église. La patience est une partie de la force, cette vertu cardinale qui « assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la recherche du bien »[9]. Une vertu de fermeté ne saurait être de la mollesse. Le fataliste subit l'avenir ; le patient, lui, tient bon pour un bien qu'il veut atteindre. C'est tout le sens de la parole du Christ : « Par votre persévérance, vous garderez votre vie » (Lc 21, 19)[10] — non « vous subirez votre sort », mais « vous posséderez vos âmes ».

Erreur — « Être patient, c'est ne rien ressentir »

Variante très répandue : le vrai patient serait celui qui ne sent plus rien, l'imperturbable que rien n'atteint. On confond alors la vertu avec une sorte d'anesthésie du cœur — l'idéal du sage stoïcien, impassible parce qu'insensible. L'erreur séduit parce qu'elle paraît héroïque, et parce que nous admirons spontanément ceux qui « ne se laissent pas démonter ».

Pourquoi c'est faux. Le modèle chrétien de la patience n'est pas le sage impassible, mais le Christ en croix — qui a pleuré sur Lazare, frémi devant la mort, sué du sang à Gethsémani. Il n'a pas été stoïque : il a été patient. Il a senti le mal de toute sa chair, et l'a porté sans se laisser arracher au bien. Dès le IIe siècle, saint Cyprien refusait d'assimiler la patience chrétienne à celle des philosophes, qui « se plaisent à eux-mêmes, et pour cela même déplaisent à Dieu »[11]. Supprimer la sensibilité, ce n'est pas vaincre la souffrance : c'est refuser de la porter. La patience suppose qu'on souffre vraiment, sinon il n'y a rien à supporter.

Ce que dit l'Église. Saint François de Sales le formule sans détour : la patience ne consiste pas à supporter une souffrance rêvée, mais celle, précise et humiliante, que Dieu envoie réellement.

« Il faut avoir patience, non seulement d'être malade, mais de l'être de la maladie que Dieu veut, au lieu où il veut, et entre les personnes qu'il veut, et avec les incommodités qu'il veut. » — Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, III, 3[12]

On ne « choisit » pas sa croix ; on la sent. La patience commence précisément là où l'insensibilité voudrait faire comme si elle n'existait pas.

Erreur — « La patience est une vertu de faibles »

Dans une culture qui valorise la réactivité, la repartie et le « caractère », la patience passe volontiers pour une vertu de tempéraments mous : celui qui patiente n'oserait pas s'imposer, faute de force ou de courage. L'erreur séduit parce qu'elle flatte l'agressivité en la déguisant en énergie, et parce que l'emportement se donne facilement des airs de virilité.

Pourquoi c'est faux. C'est exactement l'inverse. S'emporter ne demande aucune force : c'est céder à la passion, le mouvement le plus facile du monde. Tenir sous l'injure sans riposter, garder son âme égale quand tout pousse à exploser, voilà qui exige une maîtrise rare. La tradition place pour cette raison la patience parmi les parties de la force, à côté du martyre : si mourir pour Dieu en est l'acte suprême, la patience en est l'exercice de chaque jour, qui consiste à « supporter sans se briser »[13]. Le proverbe biblique l'avait dit : « Mieux vaut un homme patient qu'un héros, qui se domine, qu'un preneur de villes » (Pr 16, 32).

Ce que dit l'Église. Sainte Catherine de Sienne fait de la patience le signe de l'amour véritable, parce qu'elle est ce qui résiste quand tout cède :

« La patience n'est pas vaincue, mais elle triomphe du monde… Elle est la moelle de la charité, et elle donne témoignage que l'âme aime véritablement. » — Sainte Catherine de Sienne, Le Dialogue de la divine Providence[14]

Une vertu qui « triomphe du monde » n'est pas une faiblesse : c'est la forme la plus tenace du courage.

Erreur — « Être patient, c'est ne jamais se mettre en colère »

La patience gouverne la colère — infographie originale Ignispedia créée par IA.

On imagine souvent le patient comme celui qui ne se fâche jamais : toute colère serait, par définition, une défaite de la patience. D'où une confusion fréquente entre la vertu et le refoulement : pour être patient, il faudrait éteindre en soi toute indignation. L'erreur séduit parce que la plupart de nos colères sont en effet désordonnées, et qu'on a raison de s'en méfier.

Pourquoi c'est faux. Toute colère n'est pas un péché. Saint Thomas enseigne qu'il existe une juste colère, mouvement de l'âme contre une injustice réelle ; ce qui est mauvais, c'est la colère démesurée, ou dirigée contre la mauvaise cible, ou qui dure et tourne à la rancune[15]. Le Christ lui-même s'est indigné, a chassé les marchands du Temple, a traité durement l'hypocrisie. La patience ne supprime donc pas l'indignation devant le mal : elle la gouverne. Elle empêche la colère de devenir aveugle, vindicative ou amère — mais elle n'interdit pas de défendre la vérité, de corriger, de dire non. Confondre patience et absence totale de colère, c'est demander au chrétien d'être indifférent au mal, ce qui n'est pas une vertu.

Ce que dit l'Église. L'Écriture distingue elle-même les deux : « Mettez-vous en colère, mais ne commettez pas de péché ; que le soleil ne se couche pas sur votre colère » (Ép 4, 26). La patience est précisément ce qui empêche le soleil de se coucher sur la colère — non en l'étouffant, mais en l'empêchant de durer et de se changer en haine. La vertu jumelle qui désarme la colère est la douceur : voir Que disent les saints sur la douceur.

Les erreurs sur l'exercice de la patience

Erreur — « La patience, c'est tout supporter, même l'injustice »

Erreur grave et fréquente : faire de la patience une soumission universelle. Le patient serait celui qui encaisse tout sans rien dire — y compris l'injustice, l'abus, le mépris — au point de se transformer en « paillasson ». On invoque alors la patience pour ne jamais réagir, ne jamais corriger, ne jamais résister. L'erreur séduit parce qu'elle a l'apparence de l'humilité et de la paix, et parce qu'il est plus commode de tout subir que de discerner.

Pourquoi c'est faux. La patience supporte le mal qu'on subit, elle n'approuve jamais le mal qu'on voit. Endurer une offense personnelle est une vertu ; laisser l'injustice se commettre sans rien faire, quand on peut l'empêcher, est une lâcheté. La patience n'a jamais dispensé de la correction fraternelle, de la défense des opprimés, ni du « non » devant le péché : le Christ patient devant ses propres juges est le même qui a renversé les tables des changeurs. Saint Thomas distingue nettement ce qu'on doit supporter de ce qu'on doit combattre ; et l'on peut même pécher « par défaut de colère » quand on reste insensible devant le mal qu'il faudrait dénoncer[16]. Une « patience » qui couvre l'injustice n'est pas la vertu : c'est sa caricature.

Ce que dit l'Église. L'Imitation de Jésus-Christ trace la juste frontière : supporter avec patience ce qu'on ne peut pas corriger, sans confondre cela avec une démission devant ce qu'on devrait corriger.

« Ce que l'homme ne peut corriger en soi ou dans les autres, il doit le supporter avec patience, jusqu'à ce que Dieu en ordonne autrement. » — Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 16[17]

Tout l'art consiste à distinguer ce qui dépend de nous — à corriger — de ce qui n'en dépend pas — à porter. La patience n'abolit pas le devoir de justice ; elle le rend possible sans aigreur.

Erreur — « La patience, c'est ravaler sa colère et se taire »

Contrefaçon plus subtile, et particulièrement piégeante pour les âmes pieuses : la patience consisterait à tout garder à l'intérieur. On ne dit rien, on ne montre rien — mais on bouillonne, on rumine, on tient ses comptes. Sous une surface lisse, la rancœur travaille. L'erreur séduit parce que le silence extérieur ressemble à s'y méprendre à la vertu.

Pourquoi c'est faux. Saint Grégoire le Grand a démasqué cette fausse patience avec une finesse redoutable. Dans sa Règle pastorale, enseignant comment avertir séparément les impatients et les patients, il observe qu'il arrive souvent que certains, au moment même de l'épreuve ou de l'injure, ne ressentent aucun dépit et semblent garder l'innocence du cœur — mais qu'en y repensant plus tard, ils s'enflamment du feu du dépit, cherchent des raisons de se venger, et changent en malice la douceur qu'ils avaient eue à supporter :

« Il arrive souvent que les patients, au moment même où ils souffrent des épreuves ou entendent des injures, n'en ressentent aucun dépit et gardent ainsi l'innocence du cœur ; mais, lorsqu'après un temps ils se remettent en mémoire ce qu'ils ont enduré, ils s'enflamment du feu du dépit, cherchent des raisons de se venger et, en y revenant, changent en malice la douceur qu'ils avaient eue à le supporter. » — Saint Grégoire le Grand, Règle pastorale, livre III, ch. 9[18]

Une telle patience est pire que l'impatience franche, car elle ajoute le mensonge à la blessure : elle se donne le mérite de la vertu sans en avoir le cœur. La vraie patience ne refoule pas la colère : elle la désarme, en pardonnant pour de bon. Le silence des dents serrées n'est pas la paix de l'âme égale ; c'est une bombe à retardement.

Ce que dit l'Église. La patience véritable est inséparable du pardon. Saint Cyprien le rappelait en montrant le Christ qui guérit l'oreille de celui qui l'arrête et prie pour ses bourreaux : la patience chrétienne « nous est commune avec Dieu », dont elle imite la miséricorde[19]. Patienter sans pardonner, ce n'est pas patienter : c'est différer la vengeance. La vertu n'est atteinte que lorsque le cœur, et non seulement la bouche, a fait la paix.

Erreur — « On naît patient ou impatient »

Beaucoup tiennent la patience pour une affaire de tempérament : il y aurait les natures calmes et les natures nerveuses, les uns doués pour patienter, les autres condamnés à s'énerver. « Moi, c'est plus fort que moi, je ne suis pas patient. » L'erreur séduit parce qu'elle correspond à une part de vérité psychologique — les tempéraments existent — et parce qu'elle déculpabilise commodément.

Pourquoi c'est faux. Le tempérament est un point de départ, non un destin. La patience n'est pas un trait de caractère mais une vertu, c'est-à-dire une disposition qui s'acquiert et se fortifie par l'exercice et par la grâce. Un naturel vif peut devenir un grand patient ; un placide peut n'avoir aucune patience surnaturelle, seulement de la nonchalance. Surtout, la patience parfaite est un don de Dieu : saint Thomas affirme qu'« il ne peut y avoir de vraie patience sans la grâce », car supporter les maux à cause de Dieu suppose qu'on le préfère à tout, ce que seule la charité donne[20]. Dire « je ne suis pas patient » comme on dirait « je suis brun », c'est confondre une donnée de la nature avec un refus de la cultiver.

Ce que dit l'Église. La patience figure parmi les fruits de l'Esprit Saint (Ga 5, 22), ces « perfections que l'Esprit Saint forme en nous comme des prémices de la gloire éternelle »[21]. Elle n'est donc ni purement innée ni purement conquise : elle se demande et se reçoit, autant qu'elle se travaille. Le chemin concret de cette croissance est l'objet de Comment grandir dans la patience.

Erreur — « La patience ne sert que dans les grandes épreuves »

La patience se joue chaque jour — infographie originale Ignispedia créée par IA.

On réserve volontiers la patience aux situations héroïques : la maladie, le deuil, la persécution. Le reste du temps — les agacements du quotidien, les retards, les caractères difficiles — relèverait de la simple bonne humeur, pas de la vertu. L'erreur séduit parce que la patience brille en effet de façon éclatante dans les grandes douleurs, ce qui fait oublier qu'elle se joue surtout ailleurs.

Pourquoi c'est faux. La patience est avant tout la vertu du quotidien : ce ne sont pas les grandes croix, rares, qui forgent l'âme, mais les mille petites contradictions de chaque jour, supportées par amour. Sainte Thérèse de Lisieux en a fait le cœur de sa « petite voie » : non les mortifications spectaculaires, mais l'occasion minuscule — supporter une sœur désagréable, ne pas répliquer, sourire à celle qui irrite. L'épisode de la vieille sœur Saint-Pierre, infirme et difficile, qu'elle conduisait chaque soir au réfectoire malgré les rebuffades, en est le modèle :

« Comme j'étais inhabile, je ne réussissais pas à la contenter ; aussi aurais-je voulu prouver de mille manières l'amour que je lui portais, puisque c'était Jésus que je servais en elle. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Histoire d'une âme, manuscrit C[22]

Ce que dit l'Église. « La grandeur des saints, c'est la patience », disait la tradition monastique : on ne devient pas saint par un coup d'éclat, mais par une longue fidélité dans les petites choses. Réserver la patience aux grandes occasions, c'est se condamner à ne pas l'avoir le jour où elles surviennent : on ne tient dans la tempête que parce qu'on s'est exercé par beau temps.

Erreur — « Être patient avec soi-même, c'est se passer ses faiblesses »

Le vrai portrait de saint François de Sales, estampe du XVIIe siècle — Bibliothèque nationale de France, via Wikimedia Commons, domaine public.

La patience envers soi-même est mal comprise des deux côtés. Les uns la confondent avec le laxisme : être patient avec soi, ce serait excuser ses fautes, renoncer à l'exigence, se complaire dans ses défauts. Les autres, par crainte de cette mollesse, refusent toute patience envers eux-mêmes et se rongent à chaque rechute. L'erreur, dans les deux cas, vient de ce qu'on oppose patience et exigence.

Pourquoi c'est faux. La vraie patience envers soi n'est pas la complaisance : c'est la persévérance sans découragement. Elle ne dit pas « ce n'est pas grave », elle dit « recommence ». Saint François de Sales, maître en ce point, en a donné la formule la plus limpide :

« Ayez patience avec tous, mais principalement avec vous-même : ne vous troublez point de vos imperfections, et ayez toujours le courage de vous en relever… Il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle que de toujours recommencer. » — Saint François de Sales, lettre spirituelle[23]

L'impatience envers soi n'est d'ailleurs pas une vertu : elle est souvent un amour-propre déguisé sous le masque de l'humilité, qui cherche moins à guérir qu'à se voir parfait[24]. Le saint invite donc à « supporter avec patience le retard de notre perfection »[25] : Dieu ne se hâte pas, et l'âme qui prétend se sanctifier en trois mois se trompe d'abord sur elle-même.

Ce que dit l'Église. Cette patience-là est l'autre face de l'humilité et de la confiance : accepter d'être un chantier inachevé, sans se décourager ni se complaire. Elle relève de la même logique que la spiritualité de l'abandon — vouloir le bien avec ferveur, et porter avec paix le temps qu'il met à venir.

Les deux écueils : l'impatience et la fausse patience

Le chemin de crête de la patience — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Comme toute vertu, la patience se tient entre deux dérives opposées. La tradition les nomme l'impatience, qui pèche par défaut, et la fausse patience, qui en a l'apparence sans en avoir le cœur. Les reconnaître, c'est déjà mieux situer la vertu.

L'impatience — quand la tristesse fait lâcher prise

L'impatience n'est pas seulement de la nervosité : c'est, au sens propre, l'incapacité de porter le mal présent. Sous le poids de la tristesse, de la contrariété ou de l'attente, l'âme se trouble, perd son cap, et finit par abandonner le bien qu'elle tenait — la prière, la charité, la résolution, la paix. C'est pourquoi saint Augustin définit la patience par l'« âme égale » : son contraire est l'« âme inégale » qui, ébranlée par la peine, lâche prise[26]. L'impatient ne s'appartient plus ; il est emporté par ses humeurs. C'est exactement ce que le Christ corrige en promettant que « par la patience » on « possède son âme » (Lc 21, 19).

La fausse patience — endurer sans la charité

À l'opposé, il existe une endurance qui n'est pas une vertu. Saint Augustin l'a démasquée le premier : le voleur qui supporte la torture pour ne pas livrer ses complices, l'avare qui endure mille privations par cupidité, l'ambitieux qui ravale les humiliations par calcul — tous « supportent » de grands maux, mais aucun n'est patient au sens vrai, car leur endurance n'a pas sa racine dans l'amour de Dieu, mais dans la convoitise[27]. Ce qui fait la patience n'est donc pas la quantité de mal supporté, mais le motif pour lequel on le supporte.

« Là où il n'y a pas la vraie charité, il n'y a pas la vraie patience. » — d'après Saint Augustin, De patientia[28]

À cette fausse patience de la convoitise, saint Grégoire ajoute celle du ressentiment dissimulé — supporter en apparence pour mieux ruminer en secret[29]. Dans les deux cas, l'extérieur trompe : seul le cœur, et le motif qui l'habite, décide si l'on est en présence de la vertu ou de sa contrefaçon.

La source oubliée : la charité et la Croix

Erreur — « La patience est une simple technique de maîtrise de soi »

De la technique à la vertu — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Dernier contresens, le plus moderne : la patience serait une compétence, une affaire de gestion du stress, de respiration et de self-control — quelque chose qu'on acquiert par méthode, comme on muscle un biceps. L'erreur séduit parce qu'elle est vraie en partie : la maîtrise de soi se travaille, et les techniques aident. Mais elle confond le combustible et la flamme.

Pourquoi c'est faux. Une maîtrise de soi sans amour n'est pas encore la vertu de patience : c'est, au mieux, une discipline ; au pire, l'orgueil de qui « ne se laisse pas avoir ». La patience chrétienne ne tire pas sa force de la volonté seule, mais de la charité — de l'amour de Dieu « répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint » (Rm 5, 5)[30]. C'est pourquoi saint Paul, énumérant les traits de l'amour, place la patience en tête :

« L'amour prend patience ; l'amour rend service. » — Première lettre aux Corinthiens 13, 4[31]

La patience est « la charité qui tient bon ». Et son modèle n'est pas une posture stoïcienne, mais la Croix : « Notre-Seigneur nous a sauvés en souffrant et endurant »[32], et c'est en s'unissant à sa patience que le chrétien reçoit la sienne. Retirez la charité, et il ne reste qu'une crispation ; donnez la charité, et l'endurance devient amour.

Ce que dit l'Église. La patience est un fruit de l'Esprit (Ga 5, 22 ; CEC § 1832)[33], non une performance de la volonté. Elle naît de l'épreuve traversée avec foi : « la détresse produit la persévérance, la persévérance produit la vertu éprouvée, la vertu éprouvée produit l'espérance » (Rm 5, 3-4)[34]. La technique peut aider la nature ; seule la grâce fait la vertu.

L'erreur et la vérité, en un coup d'œil

Le tableau ci-dessous résume les principaux contresens et la vérité catholique qui leur répond. La colonne de gauche donne l'erreur dans sa formulation courante ; celle du milieu, pourquoi elle est fausse ; celle de droite, le repère doctrinal qui la corrige.

Erreur courante sur la patiencePourquoi c'est fauxRepère catholique
C'est de la passivité ou de la résignationC'est une vertu active qui « écarte l'obstacle » du découragementPartie de la force (II-II, q. 136, a. 2)
Être patient, c'est ne rien sentirLe Christ a senti et porté ; la patience n'est pas l'apathieDe patientia ; Cyprien contre les stoïciens
C'est une vertu de faiblesTenir sans riposter exige plus de force que s'emporterPr 16, 32 ; partie de la force
Être patient, c'est ne jamais se fâcherIl existe une juste colère ; la patience la gouverneÉp 4, 26 ; II-II, q. 158
C'est tout supporter, même l'injusticeOn porte le mal subi, on ne couvre pas le mal qu'on voitImitation I, 16 ; devoir de correction
C'est ravaler sa colère en silenceLa vraie patience désarme, elle ne refoule pasGrégoire, Règle pastorale, III, 9 (fausse patience)
On naît patient ou impatientC'est une vertu qui s'acquiert et un don de la grâcePas de vraie patience sans la grâce (q. 136, a. 3)
Elle ne sert que dans les grandes épreuvesElle se joue surtout dans le quotidien« Petite voie » de Thérèse de Lisieux
Patience avec soi = se passer ses faiblessesC'est persévérer sans se troubler, non se complaireFrançois de Sales : « toujours recommencer »
C'est une technique de maîtrise de soiSans la charité, ce n'est qu'une discipline« L'amour prend patience » (1 Co 13, 4)

Patience, force, persévérance et douceur : ne pas confondre les sœurs

La patience et ses vertus sœurs — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Beaucoup de contresens viennent enfin de ce qu'on confond la patience avec ses vertus voisines. Elle est entourée de sœurs qui lui ressemblent — la force, la persévérance, l'espérance, la douceur — mais qui ne se confondent pas avec elle.

Erreur — « Patienter, c'est seulement attendre »

On réduit souvent la patience à l'attente : patienter, ce serait faire passer le temps jusqu'à ce que le bien arrive. Mais attendre un bien à venir relève proprement de la longanimité et de l'espérance, non de la patience, qui porte d'abord un mal présent. Les deux se tiennent — « Soyez joyeux dans l'espérance, patients dans la détresse » (Rm 12, 12)[35] — mais ne se confondent pas : l'espérance regarde le bien promis, la patience supporte la peine actuelle. C'est pourquoi « l'endurance vous est nécessaire » (He 10, 36)[36] : non pour tuer le temps, mais pour traverser l'épreuve sans lâcher la promesse. Sur le versant de l'attente, voir Les erreurs fréquentes concernant l'espérance et Que disent les saints sur la persévérance.

Erreur — « La patience, c'est la douceur »

On confond aussi la patience avec la douceur, parce que les deux apaisent et que les saints les pratiquent ensemble. Mais elles n'ont pas le même objet : la patience supporte le mal qui vient à nous (l'épreuve, la contradiction) ; la douceur modère le mouvement de colère qui monte en nous. On peut être patient sans douceur — supporter en serrant les dents — et la douceur sans patience tournerait vite à la mollesse. Réunies, elles se complètent : la douceur empêche la colère de naître, la patience empêche la tristesse de faire lâcher prise. Sur la vertu jumelle, voir Que disent les saints sur la douceur et Que disent les saints sur la force, la vertu cardinale dont la patience est une partie.

Rendre à la patience sa vraie grandeur

Tous ces contresens ont une racine commune : on a détaché la patience de ce qui la fonde — tantôt de son objet, le bien à atteindre, tantôt de son cœur, l'« âme égale », tantôt de sa source, la charité. Rendue à elle-même, la patience n'est ni passivité, ni insensibilité, ni faiblesse, ni complaisance : elle est la force d'aimer qui dure dans l'épreuve, « la racine et la gardienne de toutes les vertus »[37].

Entre l'impatience qui lâche tout sous le poids de la tristesse et la fausse patience qui endure sans aimer, elle tient le chemin de crête : porter le mal présent d'une âme égale, par amour, et vers un bien plus grand. C'est ce que le Christ promet à ses disciples persécutés — « Par votre persévérance, vous garderez votre vie » (Lc 21, 19) — et ce que résume le mot le plus célèbre de sainte Thérèse d'Avila, trouvé dans son bréviaire à sa mort :

« Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie. Tout passe ; Dieu ne change pas. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit. » — Sainte Thérèse d'Avila, Nada te turbe[38]

« La patience obtient tout » (la paciencia todo lo alcanza) : non parce qu'elle serait une force surhumaine, mais parce qu'elle est la charité qui ne renonce pas. Apprendre à reconnaître les fausses monnaies, c'est déjà se disposer à recevoir l'or véritable : pour la voix des saints sur cette vertu, voir Que disent les saints sur la patience ; pour le chemin de sa croissance, Comment grandir dans la patience.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), Homélies sur l'Évangile, hom. 35 (cf. aussi Moralia in Job, XXII) : « patientia est radix et custos omnium virtutum » — « la patience est la racine et la gardienne de toutes les vertus ». Formule citée par saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 136, a. 2, obj. 3.

    1 37
  2. Saint Thomas d'Aquin (1225-1274), Somme théologique, II-II, q. 136, a. 2 et a. 4 : la patience est une vertu réelle mais non la plus grande ; elle vient après les vertus théologales, la prudence et la justice, et demeure une partie de la force (pars fortitudinis), exercice ordinaire du courage qui consiste à tenir sous le poids du mal sans se briser. Édition de référence : Summa Theologiae, Éditions du Cerf.

    2 13
  3. Saint Augustin (354-430), De patientia, V-VII : il existe une fausse patience, celle des avares, ambitieux ou débauchés qui endurent de grands maux pour obtenir l'objet de leur convoitise ; cette endurance n'est pas vertu, car sa racine n'est pas l'amour de Dieu mais la cupidité (cupiditas).

    3 27
  4. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 136, a. 5 et q. 137 (de la persévérance) : distinction entre patience (supporter les maux présents sans se troubler), longanimité (longanimitas — attendre longtemps un bien différé) et persévérance/constance (persister dans le bien jusqu'au terme). Toutes sont des parties annexes de la vertu de force.

    4
  5. Lettre de saint Paul aux Galates 5, 22, traduction liturgique officielle (AELF) : « Mais voici le fruit de l'Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi. » Grec makrothumia, « longanimité ».

    5
  6. Saint Augustin, De patientia, II, 2 : « patientia hominis… est qua mala aequo animo toleramus, ne animo iniquo bona deseramus per quae ad meliora perveniamus » — « la patience de l'homme est celle par laquelle nous supportons les maux d'une âme égale, de peur que, d'une âme inégale, nous n'abandonnions les biens par lesquels nous parvenons à de meilleurs ». Texte commenté par saint Thomas, II-II, q. 136, a. 1.

    6 26
  7. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 136, a. 2 : la patience « a une œuvre parfaite » en ce qu'elle écarte parfaitement ce qui pourrait, sous le coup de la tristesse, détourner l'homme du bien de la raison ; elle ne produit pas le bien par elle-même, mais en rend la poursuite durable. Commente Jc 1, 4 (patientia opus perfectum habet).

    7
  8. Lettre de saint Jacques 5, 7-11, traduction liturgique officielle (AELF) : l'exemple du laboureur qui « attend patiemment le fruit précieux de la terre », puis l'éloge de « la patience de Job » et la conclusion : « le Seigneur est plein de tendresse et de compassion. »

    8
  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 1808 : « La force est la vertu morale qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la recherche du bien. » La patience est rattachée par la tradition (saint Thomas, II-II, q. 136) à cette vertu cardinale comme l'une de ses parties.

    9
  10. Évangile selon saint Luc 21, 19, traduction liturgique officielle (AELF) : « Par votre persévérance, vous garderez votre vie. » Texte latin de la Vulgate : « in patientia vestra possidebitis animas vestras » — littéralement « par votre patience vous posséderez vos âmes ».

    10
  11. Saint Cyprien de Carthage (v. 200-258), Du bien de la patience (De bono patientiae, 256) : il refuse d'assimiler la patience chrétienne à celle des philosophes, lesquels « se plaisent à eux-mêmes, et pour cela même déplaisent à Dieu ». La patience chrétienne ne supprime pas la sensibilité ; elle imite le Christ qui sent et porte. Texte sur ccel.org (ANF, vol. 5) et ewtn.com.

    11
  12. Saint François de Sales (1567-1622), Introduction à la vie dévote (1609), IIIe partie, ch. 3, « De la patience » : « Il faut avoir patience, non seulement d'être malade, mais de l'être de la maladie que Dieu veut, au lieu où il veut, et entre les personnes qu'il veut, et avec les incommodités qu'il veut. » Texte intégral sur livres-mystiques.com.

    12
  13. Sainte Catherine de Sienne (1347-1380), docteur de l'Église, Le Dialogue de la divine Providence (1378) : la patience « n'est pas vaincue, mais vainc le monde », elle est « la moelle de la charité » et le signe certain que l'âme aime véritablement. Trad. d'après l'édition de référence (Cerf / Téqui) ; texte anglais sur ccel.org.

    14
  14. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 158, a. 1-2 (de la colère) : la colère n'est pas mauvaise en elle-même ; il existe une colère droite, mouvement de l'appétit contre une injustice réelle, selon la mesure de la raison. La colère est péché par excès (démesure, vengeance, durée), mais aussi possiblement par défaut, lorsqu'on reste insensible devant un mal qu'il faudrait combattre.

    15 16
  15. Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 16, 1 : « Ce que l'homme ne peut corriger en soi ou dans les autres, il doit le supporter avec patience, jusqu'à ce que Dieu en ordonne autrement… pour vous éprouver dans la patience, sans laquelle nos mérites sont peu de chose. »

    17
  16. Saint Grégoire le Grand (v. 540-604), Règle pastorale (Liber Regulae Pastoralis), livre III, ch. 9, sur la manière d'avertir les impatients et les patients : texte critique dans Grégoire le Grand, La Règle pastorale, éd. Bruno Judic, texte critique de Floribert Rommel, trad. Charles Morel, Sources Chrétiennes 381-382, Paris, Cerf, 1992. Traduction anglaise de référence (Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e série, vol. XII, part III, ch. 9) : « For it usually comes to pass with the patient that at the time, indeed, when they suffer hardships, or hear insults, they are smitten with no vexation, and so exhibit patience as to fail not to keep also innocence of heart; but, when after a while they recall to memory these very same things that they have endured, they inflame themselves with the fire of vexation, they seek reasons for vengeance, and, in retracting, turn into malice the meekness which they had in bearing. »

    18 29
  17. Saint Cyprien, Du bien de la patience : « Cette patience, nous l'avons en commun avec Dieu. C'est de lui qu'elle commence ; de lui que sa gloire et sa dignité tirent leur origine. » La patience chrétienne est participation à la patience divine, manifestée dans le Christ qui pardonne à ses bourreaux et prie pour eux.

    19
  18. Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, II-II, q. 136, a. 3 : « Il ne peut y avoir de vraie patience sans la grâce. » La patience véritable fait supporter les maux à cause du bien qu'est Dieu lui-même ; or préférer Dieu à tout suppose la charité, qui est « la racine de toutes les vertus » et que seule la grâce infuse.

    20
  19. Catéchisme de l'Église catholique, § 1832 : les fruits de l'Esprit sont « des perfections que l'Esprit Saint forme en nous comme des prémices de la gloire éternelle » ; la tradition en énumère douze, dont la patience (Ga 5, 22-23 Vulg.). Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.

    21 33
  20. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), docteur de l'Église, Histoire d'une âme, manuscrit C (1897), épisode de sœur Saint-Pierre qu'elle conduisait au réfectoire : « puisque c'était Jésus que je servais en elle. » Éd. de référence : Œuvres complètes, Cerf/DDB.

    22
  21. Saint François de Sales, lettre spirituelle (Œuvres complètes, t. XIV) : « Ayez patience avec tous, mais principalement avec vous-même : ne vous troublez point de vos imperfections, et ayez toujours le courage de vous en relever… il n'y a point de meilleur moyen pour bien achever la vie spirituelle que de toujours recommencer. »

    23
  22. Père Joseph Tissot (1840-1894), L'Art d'utiliser ses fautes (d'après saint François de Sales), Le Laurier, 1991, p. 26 : l'impatience envers soi-même est souvent un « amour-propre déguisé sous le masque de l'humilité », qui cherche moins à guérir qu'à se savoir guéri.

    24
  23. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote et lettres : « Il faut souffrir avec patience le retard de notre perfection » ; l'âme qui prétend se sanctifier en quelques mois se trompe d'abord sur elle-même. Cf. Œuvres complètes, t. X.

    25
  24. Saint Augustin, De patientia, notamment ch. 14-17 : « là où il n'y a pas la vraie charité, il n'y a pas la vraie patience » ; la patience véritable, comme la charité dont elle procède, est un don de Dieu (cf. Rm 5, 5, l'amour répandu dans les cœurs par l'Esprit Saint).

    28
  25. Lettre de saint Paul aux Romains 5, 3-5, traduction liturgique officielle (AELF) : « la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l'espérance ; et l'espérance ne déçoit pas, puisque l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné. » Vulgate : « tribulatio patientiam operatur ».

    30 34
  26. Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 13, 4, traduction liturgique officielle (AELF) : « L'amour prend patience ; l'amour rend service. » Vulgate : « caritas patiens est ». Premier trait que saint Paul attribue à la charité dans son hymne.

    31
  27. Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote, III, 3 : « Ressouvenez-vous souvent que Notre-Seigneur nous a sauvés en souffrant et endurant, et que de même nous devons faire notre salut par les souffrances et afflictions. » Le fondement de la patience y est explicitement christologique.

    32
  28. Lettre de saint Paul aux Romains 12, 12, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ayez la joie de l'espérance, tenez bon dans l'épreuve, soyez assidus à la prière. » Patience et espérance y sont explicitement liées.

    35
  29. Lettre aux Hébreux 10, 36, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car l'endurance vous est nécessaire pour accomplir la volonté de Dieu et obtenir ainsi la réalisation des promesses. » Vulgate : « patientia enim vobis necessaria est ».

    36
  30. Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), docteur de l'Église, poème dit Nada te turbe, retrouvé dans son bréviaire à sa mort (15 octobre 1582). Texte espagnol : « Nada te turbe, nada te espante… la paciencia todo lo alcanza… solo Dios basta. » Trad. française usuelle : « Que rien ne te trouble… la patience obtient tout… Dieu seul suffit. »

    38