Que disent les saints sur l'abandon à Dieu

Florilège des grandes voix de l'abandon à Dieu : du Fiat de Marie et de Gethsémani jusqu'à la petite voie de sainte Thérèse, ce que François de Sales, Ignace, Alphonse de Liguori, Caussade, Faustine et Charles de Foucauld ont dit de la remise totale de soi entre les mains de la Providence.

Ignispedia

L'abandon à Dieu est, dans la tradition spirituelle catholique, le sommet de la vie intérieure : le moment où l'âme cesse de vouloir choisir à la place de Dieu pour le laisser, lui, vouloir et conduire en elle. Tous les grands maîtres l'ont enseigné, mais chacun avec son accent propre — l'indifférence chez saint François de Sales et saint Ignace, l'uniformité au bon plaisir divin chez saint Alphonse de Liguori, le moment présent chez le P. de Caussade, la petite voie d'enfance chez sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus.

Cet article n'est pas un traité abstrait : c'est un florilège, une galerie de voix. Il rassemble ce que les saints, les docteurs et les mystiques ont effectivement dit de l'abandon, et laisse leurs paroles parler. On y entendra le Christ à Gethsémani, Marie à l'Annonciation, la statue immobile de saint François de Sales, le « Prenez, Seigneur, et recevez » de saint Ignace, l'enfant endormi de sainte Thérèse, le « Jésus, j'ai confiance en Toi » de sainte Faustine.

Une remarque s'impose d'emblée : pour les saints, l'abandon n'est jamais de la résignation passive ni du fatalisme. C'est l'acte le plus actif et le plus aimant qui soit. La tradition a même dû le défendre contre une contrefaçon — le quiétisme — qui, sous couvert d'abandon, supprimait l'effort, la prière de demande et jusqu'à l'espérance du salut. Les saints de l'abandon sont tous, sans exception, des âmes d'une énergie et d'une fidélité extrêmes.

Pour le chemin pratique — comment faire grandir l'abandon en soi —, voir Comment grandir dans l'abandon à Dieu. Pour les pièges à éviter, voir Les erreurs fréquentes concernant l'abandon à Dieu. Pour la racine affective de l'abandon, voir Que disent les saints sur la confiance. Pour son accomplissement le plus haut, vivre et agir dans le Vouloir même de Dieu, voir la Divine Volonté selon Luisa Piccarreta.

L'abandon dans la bouche du Christ et des Écritures

Les trois paroles d'abandon qui nourrissent la tradition des saints — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Avant d'être une doctrine des maîtres spirituels, l'abandon est un geste de Dieu lui-même fait homme. Les saints n'ont rien inventé : ils ont médité, approfondi et imité ce qu'ils lisaient dans l'Évangile et dans toute l'histoire sainte. Toute la spiritualité de l'abandon naît de quelques paroles décisives.

« Que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne » : Gethsémani

Au jardin des Oliviers, la veille de sa Passion, Jésus prononce la prière qui fonde tout abandon chrétien :

« Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse. » — Évangile selon saint Luc 22, 42[1]

Ici, l'abandon n'est pas l'absence de désir : Jésus demande, supplie, sue du sang. Mais sa demande s'achève dans la remise totale au Père. Les saints retiendront cette structure : on peut tout dire à Dieu, tout lui demander, à condition de tout remettre ensuite à sa volonté. Le Catéchisme le souligne : par le « Que ta volonté soit faite » du Notre Père, « nous demandons que notre volonté s'unisse à celle de son Fils »[2], et c'est à Gethsémani que cette union atteint son sommet[3].

« Père, entre tes mains je remets mon esprit » : la Croix

Sur la croix, au moment où tout semble perdu, le Christ remet sa vie au Père dans la confiance la plus nue :

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. » — Évangile selon saint Luc 23, 46[4]

Cette parole, reprise du Psaume 31, deviendra la matrice de toutes les prières d'abandon — de sainte Thérèse à Charles de Foucauld. Elle dit que l'abandon est confiance jusque dans la mort : remettre à Dieu non seulement ce que l'on possède, mais ce que l'on est.

Le « Fiat » de Marie, modèle de tout abandon

À l'Annonciation, la Vierge accueille un dessein qui la dépasse infiniment par un seul mot :

« Voici la servante du Seigneur ; que tout m'advienne selon ta parole. » — Évangile selon saint Luc 1, 38[5]

Les saints ont vu dans ce « Fiat » le modèle parfait de l'abandon : un consentement libre, total, sans condition ni réserve, au vouloir de Dieu. La tradition spirituelle y lit comme un Fiat prolongé tout au long de la vie de Marie, de l'Incarnation à la Croix, où elle n'a cessé d'adhérer parfaitement à la volonté divine[6].

Job, les Psaumes et l'abandon de l'Ancien Testament

L'abandon traverse déjà tout l'Ancien Testament. Au milieu du désastre, dépouillé de ses biens et de ses enfants, Job bénit Dieu :

« Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : que le nom du Seigneur soit béni ! » — Livre de Job 1, 21[7]

Le psalmiste, lui, fait de l'abandon une prière quotidienne — « Apprends-moi à faire ta volonté, car tu es mon Dieu » (Ps 142, 10)[8] — et le prophète Isaïe en montre le fruit : « Dans le calme et la confiance était votre force » (Is 30, 15)[9]. Saint Paul en donnera la raison dernière : « Quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien » (Rm 8, 28)[10]. Tout l'abandon des saints tient dans cette certitude : Dieu est un Père, et rien de ce qu'il permet n'échappe à son amour.

Saint François de Sales : la sainte indifférence et le « ne rien désirer »

Saint François de Sales — monastère de la Visitation d'Oberroning, Wikimedia Commons, domaine public.

Aucun docteur n'a parlé de l'abandon avec plus de douceur que saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église. Son Traité de l'amour de Dieu (1616), notamment le livre IX, en est le grand monument. Pour lui, l'abandon est le cœur même du pur amour : aimer Dieu, c'est vouloir ce qu'il veut, sans réserve.

« Ne demandez rien, ne désirez rien, ne refusez rien »

La maxime qui résume sa spiritualité de l'abandon est restée célèbre. Le saint l'a pratiquée, témoigne sainte Jeanne de Chantal, « si fidèlement jusqu'à l'extrémité de sa vie » :

« Ne demandez rien, ne désirez rien, et ne refusez rien. » — Saint François de Sales, maxime rapportée par sainte Jeanne de Chantal[11]

Il ne s'agit pas de ne plus rien vouloir — ce serait inhumain et faux — mais de tenir son cœur dans une telle disponibilité que Dieu puisse y écrire ce qu'il veut. L'âme indifférente « ne désire que Dieu et son bon plaisir »[12] ; elle accueille la santé comme la maladie, la consolation comme la sécheresse, de la même main paternelle.

La parabole de la statue dans sa niche

Demeurer dans le bon plaisir de Dieu — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Pour faire comprendre cette disposition à sainte Jeanne de Chantal, François de Sales recourt à une image inoubliable : l'âme abandonnée est comme une statue que le sculpteur a placée dans une niche.

« Si une statue que l'on aurait mise en une niche au milieu d'une salle, avait du discours, et qu'on lui demandât : Pourquoi es-tu là ? — Parce que, dirait-elle, le statuaire mon maître m'a mise ici. […] Ne désires-tu donc rien ? — Non, car je suis où mon maître m'a mise, et son gré est l'unique contentement de mon être. » — Saint François de Sales, parabole de la statue, rapportée dans Le Saint Abandon de Dom Lehodey[13]

La statue ne se meut pas d'elle-même, mais elle n'est pas inerte pour autant : elle est là pour le maître, par amour, attentive à son seul plaisir. « Que c'est une bonne oraison, conclut le saint, que de se tenir en la volonté de Dieu et en son bon plaisir ! »[14] C'est l'image la plus juste de l'abandon salésien : une immobilité toute remplie d'amour.

L'abandon comme cœur du pur amour

Chez François de Sales, l'indifférence n'a rien d'une insensibilité. Elle est l'effet d'un amour si total qu'il ne cherche plus que le contentement de Dieu. C'est pourquoi le saint pouvait, dans les contrariétés les plus rudes, garder cette « générale et universelle indifférence » qui frappait tous ses proches[15]. Sa doctrine inspirera directement saint Alphonse de Liguori et tous les maîtres de l'abandon qui suivront.

Saint Ignace de Loyola : l'indifférence et le « Suscipe »

Un demi-siècle plus tôt, saint Ignace de Loyola (1491-1556) avait posé, au seuil de ses Exercices spirituels, le principe qui commande tout : l'homme est fait pour louer, révérer et servir Dieu, et tout le reste lui est donné comme un moyen vers cette fin.

Le « Principe et Fondement » : se rendre indifférent

De ce principe découle l'indifférence ignatienne, racine de l'abandon :

« Il faut nous rendre indifférents à l'égard de toutes les choses créées […] de telle manière que nous ne voulions pas davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l'honneur que le mépris, une vie longue qu'une vie courte. » — Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, « Principe et Fondement »[16]

L'indifférence ignatienne n'est pas froideur : c'est la liberté de celui qui ne veut plus rien d'autre que la volonté de Dieu, et qui tient toutes choses dans sa main, prêt à les garder ou à les lâcher selon ce qui mène le mieux à Dieu.

La prière « Prenez, Seigneur, et recevez »

Le Suscipe remet à Dieu toutes les facultés de l'âme — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au terme des Exercices, dans la « Contemplation pour parvenir à l'amour », Ignace met sur les lèvres du retraitant la plus radicale des prières d'abandon, le Suscipe :

« Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté […]. Donnez-moi votre amour et votre grâce : cela me suffit. » — Saint Ignace de Loyola, prière Suscipe, Exercices spirituels, nº 234[17]

Tout y est remis : non plus seulement les biens extérieurs, mais les facultés les plus intimes de l'âme — mémoire, intelligence, volonté. L'abandon ignatien culmine dans ce dépouillement joyeux où l'âme, ayant tout donné, ne demande plus qu'une chose : l'amour et la grâce de Dieu.

Saint Alphonse de Liguori : « un acte de parfaite conformité suffit pour faire un saint »

Paix continuelle, sainteté en un acte et liberté au-dessus des tempêtes — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Docteur de l'Église et fondateur des Rédemptoristes, saint Alphonse de Liguori (1696-1787) a consacré à l'abandon quelques-unes des pages les plus fortes de la spiritualité catholique, notamment la trente-sixième considération de sa Préparation à la mort et son traité De l'uniformité à la volonté de Dieu. Pour lui, toute la sainteté tient en un point : aimer la volonté de Dieu.

L'uniformité à la volonté de Dieu

Alphonse distingue la simple résignation (subir la volonté de Dieu) de l'uniformité (vouloir positivement ce que Dieu veut, jusqu'à ne faire qu'une seule volonté avec lui). C'est dans cette uniformité qu'il place la perfection :

« Oh ! qu'un acte de parfaite conformité à la volonté de Dieu est d'un grand prix ! Il suffit pour faire un saint. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération[18]

Cette parole a marqué toute la spiritualité moderne : la sainteté n'est pas d'abord affaire de grandes œuvres, mais d'adhésion du vouloir. Un seul acte par lequel l'âme épouse parfaitement le vouloir divin la fait sainte. Alphonse va plus loin : sans cette conformité, « nos œuvres, pénitences, communions, aumônes » ne plaisent pas à Dieu — « ce ne sont plus des œuvres de vertu »[19].

La paix de celui qui ne veut que ce que Dieu veut

Le saint montre alors le fruit immédiat de l'abandon : une paix que rien n'atteint, parce que l'âme unie à Dieu obtient toujours ce qu'elle veut.

« Celui qui se tient uni à la volonté de Dieu jouit, même ici-bas, d'une paix continuelle. […] Si elle veut uniquement ce que Dieu veut, elle a tout ce qu'elle désire, puisque rien n'arrive que par la volonté de Dieu. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération[20]

C'est le secret psychologique de l'abandon : la souffrance vient du décalage entre ce que je veux et ce qui arrive ; si je veux ce qui arrive parce que Dieu le permet, le décalage disparaît, et avec lui le trouble. L'âme abandonnée est « comme un homme élevé au-dessus des nuages » qui voit les tempêtes se déchaîner à ses pieds, « sans être atteint ni troublé »[21].

Jean-Pierre de Caussade : le « sacrement du moment présent »

Édition ancienne de L'Abandon à la Providence divine — Library of Congress, Wikimedia Commons, domaine public.

Si un seul livre devait résumer la spiritualité de l'abandon, ce serait L'Abandon à la Providence divine, attribué au jésuite Jean-Pierre de Caussade (1675-1751). Composé dans la première moitié du XVIIIᵉ siècle pour des religieuses de Nancy, le texte ne fut publié qu'en 1861 par le P. Henri Ramière ; la critique discute encore l'attribution exacte, mais la doctrine qu'il porte est devenue un classique universel[22].

Le moment présent rempli de trésors

Accueillir, accomplir et croire au trésor caché du moment présent — infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'intuition centrale de Caussade est que la volonté de Dieu ne nous atteint jamais ailleurs que dans l'instant : non dans le passé qui n'est plus, ni dans l'avenir qui n'est pas encore, mais dans le devoir et l'événement de l'heure présente, où Dieu se cache et se donne comme dans un sacrement.

« Le moment présent est toujours rempli de trésors infinis ; il contient bien plus que vous n'avez la capacité de recevoir […]. La foi est la mesure : vous trouverez selon que vous croirez. » — Jean-Pierre de Caussade, L'Abandon à la Providence divine[23]

C'est le commentaire le plus profond du « Ne vous faites pas de souci pour demain » de l'Évangile (Mt 6, 34)[24]. L'âme abandonnée n'a qu'un devoir : accueillir, aimer et accomplir ce que l'instant présent lui apporte, certaine que Dieu y est tout entier.

L'abandon actif et l'abandon passif

Caussade distingue deux faces de l'abandon, qui résument toute la doctrine. L'abandon actif consiste à accomplir fidèlement tous les devoirs de son état et toutes les volontés signifiées de Dieu (commandements, devoirs, inspirations). L'abandon passif consiste à accueillir avec amour tout ce que Dieu envoie ou permet sans qu'on l'ait choisi — la volonté de bon plaisir[25]. Loin de dispenser de l'effort, l'abandon le suppose : il est fait d'une activité intense dans les devoirs, et d'une réceptivité aimante dans les épreuves. C'est précisément ce que le quiétisme oubliera.

Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : la « petite voie » de l'abandon

Sainte Thérèse de Lisieux, photographie de Céline Martin, 15 avril 1895 — Archives du Carmel de Lisieux, Wikimedia Commons.

Au XIXᵉ siècle, sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), docteur de l'Église, a redonné à l'abandon son visage le plus simple et le plus évangélique : celui de l'enfance spirituelle. Sa « petite voie » n'est rien d'autre qu'un abandon total entre les bras de Dieu, à la portée des plus petits.

S'abandonner comme un enfant dans les bras de son Père

Pour Thérèse, l'abandon est la voie des âmes qui se reconnaissent petites et incapables de gravir par elles-mêmes le rude escalier de la perfection. À la place, elles se laissent porter :

« C'est l'abandon seul qui me guide, je n'ai point d'autre boussole ! […] M'abandonner comme un enfant dans les bras de son Père. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus[26]

L'image de l'enfant n'est pas de la mièvrerie : elle dit une vérité théologale. L'enfant ne s'inquiète pas du lendemain parce qu'il sait que son père y pourvoira. De même l'âme abandonnée vit, selon le mot de Thérèse, dans la certitude que sa faiblesse même attire la miséricorde de Dieu.

L'« ascenseur » de l'amour

Thérèse traduit l'abandon dans une image moderne, empruntée à son époque : pour monter vers Dieu, elle ne veut pas de l'escalier des grands efforts, mais de l'ascenseur des bras de Jésus.

« L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit C[27]

Tout le génie de la petite voie est là : l'abandon renverse la logique de l'effort orgueilleux. Ce n'est pas en devenant grand qu'on atteint Dieu, mais en consentant à rester petit dans ses bras.

L'Acte d'offrande à l'Amour miséricordieux

Le 9 juin 1895, Thérèse couronne sa voie d'abandon par un acte solennel : elle s'offre tout entière comme « victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux » de Dieu[28]. L'abandon thérésien atteint ici son sommet : il ne s'agit plus seulement de subir ou d'accueillir la volonté de Dieu, mais de se livrer activement à son amour, pour qu'il fasse de l'âme tout ce qu'il voudra.

Sainte Faustine et Charles de Foucauld : l'abandon des temps modernes

Saint Charles de Foucauld vers 1910 — photographie anonyme, Wikimedia Commons, domaine public.

Le XXᵉ siècle a donné à la spiritualité de l'abandon deux figures qui l'ont portée jusqu'au cœur du monde contemporain : sainte Faustine Kowalska et saint Charles de Foucauld.

« Jésus, j'ai confiance en Toi »

À sainte Faustine Kowalska (1905-1938), le Christ a demandé que sous l'image de la Miséricorde figure la plus courte des prières d'abandon : « Jésus, j'ai confiance en Toi. » Dans son Petit Journal, Jésus reproche à l'âme inquiète sa fatigue inutile :

« Pourquoi as-tu peur de te livrer à moi ? […] Mon enfant, tous tes ennuis, je les changerai en bien, et toutes tes faiblesses en force. » — Jésus à sainte Faustine Kowalska, Petit Journal, § 1485[29]

L'abandon, pour Faustine, est l'autre nom de la confiance : se livrer à la miséricorde, c'est lui permettre de transformer en bien tout ce que l'âme lui remet. Elle vivait elle-même de l'instant présent : « Le passé ne m'appartient pas, l'avenir n'est pas à moi ; de toutes mes forces, je m'applique à mettre à profit le moment présent. »[30]

La Prière d'abandon de Charles de Foucauld

Charles de Foucauld (1858-1916), ermite au Sahara et canonisé en 2022, a laissé l'une des prières d'abandon les plus diffusées de la spiritualité contemporaine, composée à partir d'une méditation sur la dernière parole du Christ en croix :

« Mon Père, je m'abandonne à toi, fais de moi ce qu'il te plaira. […] Je remets mon âme entre tes mains. […] car tu es mon Père. » — Saint Charles de Foucauld, Prière d'abandon[31]

Cette prière condense toute la tradition : elle part du « entre tes mains » du Christ (Lc 23, 46), passe par la disponibilité totale (« fais de moi ce qu'il te plaira ») et s'achève dans la confiance filiale. Elle est devenue, pour des millions de chrétiens, l'expression quotidienne de l'abandon.

La synthèse de Dom Lehodey : qu'est-ce, exactement, que le saint abandon ?

Sainte indifférence et remise totale de la volonté — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Au début du XXᵉ siècle, Dom Vital Lehodey (1857-1948), abbé cistercien de Bricquebec, a écrit ce qui reste le traité de référence sur la question : Le Saint Abandon (1919). Son apport est d'avoir rassemblé et ordonné toute la tradition antérieure — François de Sales, Ignace, Alphonse, Caussade, Rodriguez — en une définition précise.

Les deux composantes : indifférence et remise de la volonté

Pour Lehodey, l'abandon n'est pas un sentiment vague mais un acte structuré, qui renferme deux éléments :

« L'abandon renferme deux éléments […] : la sainte indifférence, et la remise totale de notre volonté entre les mains de la Providence ; le premier est la condition nécessaire, l'autre est l'élément constitutif. » — Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon (1919)[32]

L'indifférence — héritée de François de Sales et d'Ignace — détache l'âme de tout ce qui n'est pas Dieu ; la remise de la volonté la livre positivement à la Providence. Et Lehodey trouve, pour décrire l'acte tout entier, l'image qui est devenue classique :

« L'abandon est le mouvement d'amour confiant par lequel nous nous remettons entre les mains de la Providence, comme un enfant dans les bras de sa mère. » — Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon[33]

Volonté signifiée et volonté de bon plaisir

Lehodey précise, contre toute mollesse, une distinction décisive que toute la tradition reprend : il y a la volonté signifiée de Dieu (les commandements, les devoirs d'état, les conseils, les inspirations) — qu'il faut activement accomplir — et la volonté de bon plaisir (ce que Dieu envoie ou permet sans nous consulter) — qu'il faut amoureusement accueillir[34]. L'abandon ne dispense jamais d'agir : « Si parfaite que soit notre confiance en Dieu, il ne faut pas que, sous ombre d'abandon, nous tombions dans la négligence. »[35] Cette distinction est la digue qui sépare le saint abandon du faux abandon des quiétistes.

Luisa Piccarreta : de l'abandon au « Fiat » continuel dans la Divine Volonté

La tradition de l'abandon trouve un prolongement dans la spiritualité de la Divine Volonté révélée à la servante de Dieu Luisa Piccarreta (1865-1947). Là où l'abandon classique remet la volonté humaine entre les mains de Dieu dans chaque circonstance, Luisa est appelée plus loin encore : à laisser le Vouloir divin agir et vivre en elle de façon continuelle, à transformer chaque acte en un « Fiat » permanent.

« La résignation parfaite à ma Volonté liquéfie nos deux volontés et les fond en une seule. […] Il n'est pas suffisant d'être résigné : l'âme doit être convaincue aussi que le plus grand bien pour elle […] est de toujours faire ma Volonté. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 3, 16 avril 1900[36]

On retrouve ici, portée à son comble, la distinction de saint Alphonse entre simple résignation et uniformité positive : l'abandon n'est pleinement lui-même que lorsqu'il devient adhésion aimante et continuelle au vouloir de Dieu. Ce thème dépasse le cadre du présent florilège : il est traité en propre dans l'article la Divine Volonté, vers lequel on renvoie le lecteur.

Le faux abandon : ce que les saints ne disent pas

Fénelon par Joseph Vivien, Alte Pinakothek de Munich — Wikimedia Commons, domaine public.

Le florilège serait incomplet sans cette mise en garde, car les saints de l'abandon ont tous combattu une contrefaçon dangereuse. La tradition spirituelle a même dû la faire condamner par l'Église.

Le quiétisme condamné (Molinos, 1687 ; Fénelon, 1699)

Au XVIIᵉ siècle, le prêtre espagnol Miguel de Molinos enseigne un « abandon » qui pousse la passivité jusqu'à l'absurde : l'âme « anéantie » n'aurait plus à agir, ni à résister aux tentations, ni à désirer son propre salut. Le pape Innocent XI condamne soixante-huit de ses propositions par la bulle Coelestis Pastor du 20 novembre 1687[37]. Une forme atténuée, le « pur amour » qui pousse jusqu'à l'indifférence au salut éternel, sera défendue par Fénelon et condamnée à son tour par Innocent XII en 1699[38]. Fénelon se soumit aussitôt.

Distinguer l'abandon de la paresse et du fatalisme

L'abandon purifie l'action ; il ne l'abolit jamais — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le défaut commun de ces erreurs est de confondre l'abandon avec l'inaction. Or le vrai abandon, disent les saints, est tout le contraire :

« Le saint abandon n'a rien de l'indolente passivité des quiétistes. […] L'indifférence n'est pas une insensibilité maladive, ni une lâche et paresseuse apathie […] : c'est l'énergie singulière d'une volonté » vivement éclairée par la foi. — Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon[39]

L'âme abandonnée travaille, lutte, prie, espère son salut — mais sans inquiétude, parce qu'elle remet le résultat à Dieu. C'est ce que résume la maxime souvent attribuée à saint Ignace : « agis comme si tout dépendait de toi, en sachant que tout dépend de Dieu. » L'abandon n'abolit pas l'effort : il le purifie de l'angoisse. Les pièges concrets de cette confusion sont détaillés dans Les erreurs fréquentes concernant l'abandon à Dieu.

L'abandon en quelques mots : un florilège

Pour finir, rassemblons en un tableau les grandes voix de l'abandon : chacune dit la même réalité avec son accent propre, et l'ensemble compose une seule symphonie.

VoixŒuvre / sourceLe mot de l'abandon
Le ChristÉvangile selon saint Luc« Que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne » (Lc 22, 42)
La Vierge MarieÉvangile selon saint Luc« Qu'il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38)
Saint Ignace de LoyolaExercices spirituels« Prenez, Seigneur, et recevez toute ma volonté »
Saint François de SalesTraité de l'amour de Dieu« Ne demandez rien, ne désirez rien, ne refusez rien »
Saint Alphonse de LiguoriPréparation à la mort« Un acte de parfaite conformité suffit pour faire un saint »
J.-P. de CaussadeL'Abandon à la Providence divine« Le moment présent est rempli de trésors infinis »
Sainte Thérèse de l'Enfant-JésusManuscrits autobiographiques« C'est l'abandon seul qui me guide »
Sainte FaustinePetit Journal« Jésus, j'ai confiance en Toi »
Charles de FoucauldPrière d'abandon« Mon Père, je m'abandonne à toi »
Dom Vital LehodeyLe Saint Abandon« Comme un enfant dans les bras de sa mère »

Toutes ces voix se rejoignent dans une certitude que résume Thomas a Kempis : « Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu et renonce à la sienne. »[40] L'abandon n'est pas une technique parmi d'autres : c'est le nom le plus simple de la sainteté.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Évangile selon saint Luc 22, 42, traduction liturgique officielle (AELF) : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse. »

    1
  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 2825 : par le « Que ta volonté soit faite », « nous demandons que notre volonté s'unisse à celle de son Fils, pour accomplir le dessein de salut du Père ». Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.

    2
  3. Catéchisme de l'Église catholique, § 2611 et § 2824 : la prière de Jésus à Gethsémani, « non pas ma volonté, mais la tienne », est le modèle de l'abandon filial à la volonté du Père.

    3
  4. Évangile selon saint Luc 23, 46, traduction liturgique officielle (AELF) : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Reprise du Psaume 31 (30), 6.

    4
  5. Évangile selon saint Luc 1, 38, traduction liturgique officielle (AELF) : « Marie dit alors : "Voici la servante du Seigneur ; que tout m'advienne selon ta parole." »

    5
  6. Formulation de synthèse (paraphrase, non citation) : l'idée que le « Fiat » de l'Annonciation s'est prolongé en un consentement continuel, de l'Incarnation à la Croix, est commune à de nombreux auteurs spirituels. Cf. le Catéchisme de l'Église catholique, § 148 et § 2617-2618, sur le « qu'il me soit fait » de Marie comme modèle de l'obéissance de la foi.

    6
  7. Livre de Job 1, 21, traduction liturgique officielle (AELF) : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : que le nom du Seigneur soit béni ! »

    7
  8. Psaume 143 (142), 10, traduction liturgique officielle (AELF) : « Apprends-moi à faire ta volonté, car tu es mon Dieu. »

    8
  9. Livre d'Isaïe 30, 15, traduction liturgique officielle (AELF) : « Dans la conversion et le repos était votre salut ; dans le calme et la confiance était votre force. »

    9
  10. Lettre aux Romains 8, 28, traduction liturgique officielle (AELF) : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. »

    10
  11. Saint François de Sales (1567-1622), maxime « ne demandez rien, ne désirez rien, et ne refusez rien », rapportée par sainte Jeanne-Françoise de Chantal et citée par Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon, abbaye Notre-Dame de Bricquebec / éd. Gabriel Beauchesne, Paris, 1919. Cf. Traité de l'amour de Dieu, livre IX, sur l'indifférence.

    11
  12. Saint François de Sales, cité par Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon : l'âme indifférente « ne désire que Dieu et son bon plaisir ». Cf. Traité de l'amour de Dieu, livre IX.

    12
  13. Saint François de Sales, parabole de la statue dans sa niche, adressée à sainte Jeanne de Chantal, rapportée par Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon : « Si une statue que l'on aurait mise en une niche […] avait du discours […]. Ma fille, que c'est une bonne oraison, que de se tenir en la volonté de Dieu et en son bon plaisir ! »

    13 14
  14. Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon, sur saint François de Sales : « cette générale et universelle indifférence que l'on voyait ordinairement en lui », fruit de son union au seul contentement de Dieu, même dans les « rudes attaques ».

    15
  15. Saint Ignace de Loyola (1491-1556), Exercices spirituels, « Principe et Fondement » : « Il faut nous rendre indifférents à l'égard de toutes les choses créées […] de telle manière que nous ne voulions pas davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l'honneur que le mépris, une vie longue qu'une vie courte. » Texte de référence dans l'édition critique des Exercices.

    16
  16. Saint Ignace de Loyola, prière Suscipe (Exercices spirituels, « Contemplation pour parvenir à l'amour », nº 234) : « Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté […]. Donnez-moi votre amour et votre grâce : cela me suffit. »

    17
  17. Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), Préparation à la mort, trente-sixième considération, premier point : « Oh ! qu'un acte de parfaite conformité à la volonté de Dieu est d'un grand prix ! Il suffit pour faire un saint. » Cf. son traité De l'uniformité à la volonté de Dieu.

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  18. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, premier point : « Nos œuvres, pénitences, communions, aumônes, ne plaisent au Seigneur qu'à la condition d'être en conformité avec sa divine volonté ; autrement […] ce sont des œuvres défectueuses. »

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  19. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point : « Celui qui se tient uni à la volonté de Dieu jouit, même ici-bas, d'une paix continuelle. […] si elle veut uniquement ce que Dieu veut, elle a tout ce qu'elle désire, puisque rien n'arrive que par la volonté de Dieu. »

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  20. Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point : « Celui qui s'abandonne à la volonté divine et trouve bon tout ce que fait le Seigneur, est comme un homme élevé au-dessus des nuages et qui voit les tempêtes se déchaîner à ses pieds, sans être atteint ni troublé. »

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  21. Jean-Pierre de Caussade (1675-1751), L'Abandon à la Providence divine. Texte composé dans la première moitié du XVIIIᵉ siècle, publié pour la première fois en 1861 par le P. Henri Ramière (jésuite), puis en édition complète en 1870. La critique récente discute l'attribution exacte du texte, issu des milieux mystiques lorrains dont Caussade fut le directeur spirituel ; la doctrine d'abandon qu'il porte reste un classique de la spiritualité catholique.

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  22. Jean-Pierre de Caussade, L'Abandon à la Providence divine : « Le moment présent est toujours rempli de trésors infinis ; il contient bien plus que vous n'avez la capacité de recevoir […]. La foi est la mesure : vous trouverez selon que vous croirez. » Éd. Ramière ; nombreuses rééditions (Desclée de Brouwer, Salvator).

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  23. Évangile selon saint Matthieu 6, 34, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »

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  24. La distinction entre volonté signifiée (commandements, devoirs d'état, conseils, inspirations — à accomplir) et volonté de bon plaisir (ce que Dieu permet ou envoie — à accueillir) est classique dans la théologie spirituelle ; elle structure tout le traité de Dom Lehodey, Le Saint Abandon, et est explicitée par Caussade sous les noms d'abandon actif et passif.

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  25. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), Œuvres complètes, Cerf/DDB : « C'est l'abandon seul qui me guide, je n'ai point d'autre boussole ! » (Poésie Mon Ciel à moi) ; cf. Manuscrits autobiographiques sur l'abandon comme cœur de la « petite voie ».

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  26. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit C (Manuscrits autobiographiques), Cerf/DDB : « L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite. »

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  27. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Acte d'offrande de moi-même comme victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux de Dieu, 9 juin 1895, Œuvres complètes, Cerf/DDB.

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  28. Jésus à sainte Faustine Kowalska (1905-1938), Petit Journal. La Miséricorde divine dans mon âme, § 1485, éd. Hovine / Congrégation des Sœurs de la Bienheureuse Vierge Marie de la Miséricorde.

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  29. Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal, § 2 : « Le passé ne m'appartient pas, l'avenir n'est pas à moi ; de toutes mes forces, je m'applique à mettre à profit le moment présent. »

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  30. Saint Charles de Foucauld (1858-1916), Prière d'abandon : « Mon Père, je m'abandonne à toi, fais de moi ce qu'il te plaira […]. Je remets mon âme entre tes mains […], car tu es mon Père. » Texte composé par ses disciples à partir d'une méditation de Foucauld (vers 1896) sur la dernière parole du Christ en croix (Lc 23, 46). Charles de Foucauld a été canonisé le 15 mai 2022 par le pape François.

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  31. Dom Vital Lehodey (1857-1948), Le Saint Abandon, abbaye Notre-Dame de Bricquebec / éd. Gabriel Beauchesne, Paris, 1919 : « L'abandon renferme deux éléments que nous avons à étudier : la sainte indifférence, et la remise totale de notre volonté entre les mains de la providence ; le premier est la condition nécessaire, l'autre est l'élément constitutif. »

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  32. Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon : l'abandon est « le mouvement d'amour confiant par lequel nous nous remettons entre les mains de la providence, comme un enfant dans les bras de sa mère ».

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  33. Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon : « Si parfaite que soit notre confiance en Dieu, il ne faut pas que, sous ombre d'abandon, nous tombions dans la négligence. » L'auteur cite ici l'avertissement de Bossuet contre les quiétistes.

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  34. Jésus à Luisa Piccarreta (1865-1947), Le Livre du Ciel, tome 3, 16 avril 1900, « Le passeport pour entrer dans la béatitude » : « La résignation parfaite à ma Volonté liquéfie nos deux volontés et les fond en une seule. […] Il n'est pas suffisant d'être résigné : mais l'âme doit être convaincue aussi que le plus grand bien pour elle et la meilleure manière de Me glorifier, est de toujours faire ma Volonté. » Éditions Centro Studi Piccarreta.

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  35. Innocent XI, bulle Coelestis Pastor, 20 novembre 1687, condamnant soixante-huit propositions de Miguel de Molinos (1628-1696). Molinos avait abjuré publiquement ses erreurs le 3 septembre 1687. Cf. Denzinger-Hünermann, Enchiridion symbolorum, nº 2201-2269.

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  36. Innocent XII, bref Cum alias ad apostolatus, 12 mars 1699, condamnant vingt-trois propositions de l'Explication des maximes des saints sur la vie intérieure de François de Salignac de La Mothe-Fénelon (1651-1715). Fénelon se soumit aussitôt. Cf. Denzinger-Hünermann, nº 2351-2374.

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  37. Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon : le saint abandon « n'a rien de l'indolente passivité des quiétistes » ; l'indifférence « n'est pas une insensibilité maladive, ni une lâche et paresseuse apathie […] : c'est l'énergie singulière d'une volonté » vivement éclairée par la raison et la foi.

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  38. Thomas a Kempis (v.1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, chapitre III, 6 : « Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu et renonce à la sienne. »

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