Les erreurs fréquentes concernant l'abandon à Dieu

S'abandonner à Dieu n'est ni croiser les bras, ni tout subir, ni étouffer ses désirs, ni s'acheter une vie sans épreuve. Confondu avec la passivité, le fatalisme ou le lâcher-prise à la mode, l'abandon chrétien est un acte libre et actif de confiance filiale.

Ignispedia

L'abandon à Dieu est au cœur de la vie spirituelle chrétienne : le Catéchisme rappelle que « le Christ nous invite à l'abandon filial à la Providence de notre Père céleste »[1], et que cet abandon « libère de l'inquiétude du lendemain »[2]. Saint Pierre le résume d'un mot : « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu'il prend soin de vous »[3]. C'est la paix promise aux enfants de Dieu — et c'est sans doute, de tout le vocabulaire de la vie intérieure, l'une des réalités les plus systématiquement déformées.

Car le mot trahit. Dans la langue courante, « abandonner », c'est lâcher, démissionner, baisser les bras, se laisser aller ; « être à l'abandon », c'est être négligé. L'oreille moderne entend donc spontanément l'abandon spirituel comme une démission : ne plus rien faire, ne plus rien vouloir, tout subir, attendre que Dieu agisse à notre place. À l'inverse, d'autres y voient une recette de confort : si je m'abandonne assez, Dieu m'épargnera la souffrance et tout ira bien. Entre la passivité et la magie, le sens véritable se perd.

« Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu'il prend soin de vous. » — Première lettre de saint Pierre 5, 7 (AELF)[4]

Or l'abandon, dans la tradition catholique, n'est ni une démission ni une garantie : c'est un acte libre et actif de la volonté, une remise confiante de soi entre les mains d'un Père qu'on sait bon, qui « n'engage à aucune passivité »[5] mais accomplit la liberté au lieu de l'abolir. L'Église a d'ailleurs si bien mesuré le danger des contrefaçons qu'elle a solennellement condamné la plus grave d'entre elles, le quiétisme. Cet article passe en revue les contresens les plus fréquents sur l'abandon, regroupés selon qu'ils portent sur sa nature (le confondre avec l'inaction), sur la volonté de Dieu à laquelle on se livre, sur l'expérience qu'on en attend, ou sur sa confusion avec d'autres attitudes (résignation, fatalisme, lâcher-prise). Pour chacun, on énonce l'erreur dans sa formulation courante, on montre pourquoi elle séduit, pourquoi elle est fausse, puis ce que l'Église enseigne vraiment.

Il ne s'agit ni d'un florilège ni d'un guide pratique : pour la voix propre des saints sur l'abandon — Gethsémani, le « Fiat » de Marie, saint François de Sales, saint Ignace, saint Alphonse, Caussade, sainte Thérèse —, voir Que disent les saints sur l'abandon à Dieu ; pour les moyens concrets de grandir dans l'abandon, voir Comment grandir dans l'abandon à Dieu. Ici, comme dans les articles jumeaux de la série — Les erreurs fréquentes concernant la confiance et Les erreurs fréquentes concernant la persévérance —, on déblaie le terrain : on apprend d'abord à reconnaître les fausses monnaies pour mieux recevoir l'or véritable.

Pourquoi l'abandon est-il si mal compris ?

Un mot de feu devenu un mot mou

Le premier malentendu est de vocabulaire. Dans l'usage profane, « abandon » est un mot de renoncement : on abandonne une partie, un poste, un projet, un blessé sur la route. « Laisser à l'abandon » signifie négliger. Le terme charrie donc une connotation de passivité et même d'échec ; et l'oreille moderne projette spontanément ce sens sur l'abandon spirituel, qu'elle imagine comme un baisser-les-bras dévot, une démission pieuse devant l'existence.

Mais l'abandon dont parlent l'Évangile et les maîtres spirituels est exactement l'inverse d'une démission : c'est un acte, le plus haut peut-être de toute la vie chrétienne, par lequel la volonté se remet librement à une autre Volonté qu'elle sait infiniment aimante. Dom Vital Lehodey, dont le traité Le Saint Abandon (1919) reste la référence classique sur la question, prend soin de l'écrire d'emblée :

« L'abandon n'est pas une attente oisive, un oubli de la prudence, une paresseuse inertie. L'âme y conserve sa pleine activité pour tout ce qui est de la volonté de Dieu signifiée. » — Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon[6]

Confondre l'abandon-vertu avec l'abandon-démission, c'est l'erreur mère dont dérivent presque toutes les suivantes.

Trois caricatures concurrentes : le paresseux, le résigné, le présomptueux

Le contresens ne prend pas une forme unique mais trois, qui se relaient. Il y a d'abord le paresseux, qui entend dans l'abandon la permission de ne plus rien faire : « Dieu y pourvoira » devient l'alibi de l'inaction. Il y a ensuite le résigné, qui prend l'abandon pour une soumission triste à la fatalité : il subit tout, mais sans confiance, comme on accepte l'inévitable. Il y a enfin le présomptueux, qui transforme l'abandon en chantage à la Providence : il néglige les moyens, multiplie les imprudences, et exige de Dieu qu'il rattrape ses négligences par miracle.

Trois caricatures de l'abandon et leur correction — infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ces trois figures ont un point commun : elles ont toutes oublié que l'abandon chrétien se déploie en deux temps inséparables — faire tout ce qui dépend de nous, puis accueillir avec paix tout ce qui dépend de Dieu. Le proverbe populaire le sait, qui n'est pas une moindre théologie : « Aide-toi, le ciel t'aidera. »

Le poids d'une hérésie : le quiétisme condamné

Si l'Église a si nettement balisé ce terrain, c'est qu'une véritable hérésie y est née : le quiétisme. Au XVIIᵉ siècle, le prêtre espagnol Miguel de Molinos enseigne que la perfection consiste à « anéantir les puissances de l'âme », à s'abandonner « totalement sans réserve » à Dieu pour « demeurer ensuite comme un corps inanimé »[7]. Le pape Innocent XI condamne soixante-huit de ses propositions par la constitution Coelestis Pastor en 1687[8]. Douze ans plus tard, une forme atténuée — le « pur amour » indifférent à son propre salut, défendu par Fénelon — est à son tour condamnée par Innocent XII[9].

Cette condamnation n'est pas une curiosité d'histoire : elle dessine en creux le vrai abandon. Tout ce que le quiétisme affirmait — ne plus agir, ne plus demander, ne plus lutter contre les tentations, ne plus se soucier de son salut — est précisément ce que l'abandon authentique n'est pas. Les erreurs courantes d'aujourd'hui ne sont, le plus souvent, que du quiétisme spontané et inconscient. Les voici, une à une.

Les erreurs sur la nature de l'abandon

« S'abandonner, c'est ne plus rien faire et laisser Dieu agir à ma place »

C'est l'erreur reine, celle qui résume toutes les autres. Puisque Dieu est tout-puissant et qu'il prend soin de moi, m'abandonner consisterait à me retirer de l'action pour le laisser opérer seul : moins j'agis, plus je lui laisse de place. L'idée séduit parce qu'elle paraît humble — n'est-ce pas s'effacer devant Dieu ? — et parce qu'elle est commode : elle sanctifie la passivité.

C'est précisément la proposition que l'Église a condamnée chez Molinos : « Vouloir agir activement, c'est offenser Dieu qui veut être seul agent ; et c'est pourquoi il faut s'abandonner soi-même totalement sans réserve à lui, et demeurer ensuite comme un corps inanimé. »[10] Le Catéchisme dit exactement le contraire : la prière du chrétien « reconnaît combien il est Bon », mais cet abandon « ne nous engage à aucune passivité »[11]. Bien plus, Dieu « se sert du concours des créatures » non par faiblesse, « mais de la grandeur et de la bonté du Dieu Tout-puissant » : il leur donne « la dignité d'agir elles-mêmes, d'être causes et principes les unes des autres »[12]. L'homme est appelé à devenir « collaborateur de Dieu »[13].

« Il ne nous engage à aucune passivité (cf. 2 Th 3, 6-13) mais veut nous libérer de toute inquiétude entretenue et de toute préoccupation. Tel est l'abandon filial des enfants de Dieu. » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2830[14]

Bossuet — l'adversaire même de Fénelon — l'avait formulé avec une netteté définitive contre les quiétistes de son temps :

« L'abandon du chrétien présuppose deux fondements : l'un de croire que Dieu a soin de nous ; et l'autre, qu'il n'en faut pas moins agir et veiller ; autrement ce serait tenter Dieu. » — Jacques-Bénigne Bossuet[15]

L'abandon n'est pas l'inaction : il unit l'action responsable et l'accueil confiant — infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'abandon n'est pas le contraire de l'action : il en est l'âme. On agit de toutes ses forces, mais sans inquiétude, parce qu'on remet le résultat à Dieu.

« L'abandon dispense des moyens humains : médecin, travail, prudence »

Variante active de l'erreur précédente. Puisque je m'abandonne à la Providence, je n'aurais plus besoin des moyens ordinaires : prier pour guérir dispenserait de consulter le médecin, faire confiance à Dieu dispenserait de chercher du travail, s'en remettre à lui dispenserait de prévoir. L'idée flatte une fausse pureté de la foi : ne compter « que sur Dieu ». Elle peut même se réclamer d'une parole de Jésus — les oiseaux du ciel qui ne sèment ni ne moissonnent[16].

Mais c'est, dit l'Écriture, tenter Dieu. Le Catéchisme définit ce péché : « L'action de tenter Dieu consiste en une mise à l'épreuve, en parole ou en acte, de sa bonté et de sa toute-puissance »[17] — exactement ce que fit le démon en proposant à Jésus de se jeter du haut du Temple, et que Jésus repoussa : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu »[18]. Négliger volontairement les moyens en exigeant un miracle, ce n'est pas faire confiance à Dieu : c'est « blesser le respect et la confiance que nous devons à notre Créateur ». Lehodey est catégorique : « Nous ne serons jamais dispensés de suivre les règles de la prudence […]. S'abandonner à Dieu sans faire de son côté tout ce qu'on peut, c'est lâcheté et nonchalance. »[19] Saint François de Sales l'illustrait par l'image de la Vierge montant au Temple « tantôt dans les bras de ses parents, tantôt de ses petits pieds » : « la divine bonté veut bien nous conduire en notre voie, mais elle veut aussi que nous fassions nos petits pas »[20]. Quant aux oiseaux du ciel, Jésus ne leur demande pas de tisser ni de moissonner ; mais il a donné à l'homme « une sagesse, une prévoyance, une liberté », et il veut qu'il en use.

« Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. » — Deuxième lettre aux Thessaloniciens 3, 10[21]

La Providence agit aussi par les moyens humains et notre coopération — infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'abandon ne supprime pas les causes secondes : il les sanctifie. Le médecin, le travail, l'épargne prudente, la décision réfléchie sont eux-mêmes des instruments de la Providence — « la providence divine agit aussi par l'agir des créatures »[22]. S'abandonner, c'est se servir des moyens comme si tout dépendait d'eux, et en attendre le fruit comme si tout dépendait de Dieu.

« S'abandonner, c'est ne plus rien demander ni désirer »

Voici une erreur plus subtile, car elle a les apparences de la plus haute spiritualité. Puisque Dieu sait mieux que moi ce qui m'est bon, lui demander quelque chose reviendrait à vouloir plier sa volonté à la mienne ; le véritable abandon consisterait donc à ne plus rien demander, à ne plus rien désirer, à se tenir dans une pure indifférence. On croit ainsi rejoindre la « sainte indifférence » de saint François de Sales ou de saint Ignace.

C'est, mot pour mot, l'erreur de Molinos : « Celui qui s'est abandonné à la volonté de Dieu ne doit rien demander à Dieu, car demander est une imperfection »[23] — proposition condamnée. Car Jésus, qui s'est parfaitement abandonné, n'a cessé de demander : « Demandez et vous recevrez, pour que votre joie soit parfaite »[24]. La prière même qu'il nous a enseignée, le Notre Père, est une suite de demandes — « donne-nous notre pain », « délivre-nous » — et le Catéchisme y voit « cette confiance filiale qui coopère à la Providence »[25]. La demande n'est pas le contraire de l'abandon : elle en est l'expression, à condition de toujours la couronner du « que ta volonté soit faite ».

Quant à la « sainte indifférence » des grands spirituels, c'est un contresens de l'invoquer ici. Elle ne signifie pas ne rien désirer, mais ne désirer — selon le mot de saint Alphonse — « que Dieu et son bon plaisir »[26] : préférer en tout ce que Dieu veut, fût-ce contre son propre goût. C'est un sommet du désir, non son extinction. Pour la voix propre des saints sur ce point, voir Que disent les saints sur l'abandon à Dieu.

« M'abandonner, c'est cesser de lutter contre mes péchés et mes tentations »

Forme dangereuse de l'erreur, car elle touche au salut. Puisque je m'en remets à Dieu, la lutte contre mes fautes ne serait plus mon affaire : il me prendra comme je suis, ou il me changera quand il voudra ; résister aux tentations trahirait même un manque de confiance, comme si je voulais me sauver par mes propres forces. L'abandon devient alors un oreiller de présomption.

L'Église a condamné cette idée dans sa source quiétiste : pour Molinos, une fois le libre arbitre remis à Dieu, « il n'y a plus lieu de s'inquiéter des tentations, et on ne doit pas leur opposer d'autre résistance que négative »[27]. Le vrai abandon ne dépose pas les armes du combat spirituel : il les empoigne avec une énergie nouvelle, parce qu'il sait que « c'est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et l'opération »[28]. S'abandonner à Dieu, ce n'est pas renoncer à lutter : c'est lutter en s'appuyant sur lui plutôt que sur soi. Le combat contre le péché relève de la volonté signifiée de Dieu — ce qu'il nous commande expressément — ; le négliger sous prétexte d'abandon, c'est désobéir tout en se croyant parfait.

Les erreurs sur la volonté de Dieu à laquelle on s'abandonne

« Tout ce qui arrive est la volonté de Dieu — donc Dieu veut le mal »

L'erreur naît ici d'une confusion redoutable. On entend dire que rien n'arrive sans la volonté de Dieu ; on en conclut que tout ce qui arrive — y compris le crime, la maladie, l'injustice, le péché — est voulu par Dieu. Dès lors, ou bien l'on accuse Dieu d'être l'auteur du mal, ou bien l'on s'abandonne à une fatalité où le bien et le mal se valent puisque « tout est volonté de Dieu ».

Il faut ici la distinction la plus ferme de toute la doctrine. Le Catéchisme l'énonce sans ambiguïté : « Dieu n'est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral. »[29] Dieu permet le mal — il respecte la liberté de ses créatures — mais il ne le veut pas comme il veut le bien. La théologie distingue depuis toujours la volonté de bon plaisir (ce que Dieu opère ou envoie positivement) et la volonté permissive (ce qu'il laisse advenir sans l'approuver). Le péché d'un meurtrier n'est pas la volonté de Dieu ; ce que Dieu veut, c'est que je combatte le mal et que, du mal subi, il puisse tirer un bien plus grand.

Permettre le mal n'est pas le vouloir ni le causer — infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Le Dieu Tout-puissant, puisqu'il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s'il n'était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même. » — Saint Augustin, Enchiridion, cité au Catéchisme § 311[30]

Les deux versants inséparables du véritable abandon — infographie originale Ignispedia créée par IA.

S'abandonner, ce n'est donc pas dire « tout est bien » — le mal reste le mal — mais croire que « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu »[31], parce que Dieu, « dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences d'un mal, même moral »[32]. Du plus grand mal jamais commis, « le rejet et le meurtre du Fils de Dieu », Dieu a tiré « le plus grand des biens : la glorification du Christ et notre Rédemption » — et pourtant, ajoute aussitôt le Catéchisme, « le mal n'en devient pas pour autant un bien »[33]. Sur ce mystère du mal permis, voir le dossier La réponse au mal et à la souffrance.

« S'abandonner, c'est accepter passivement l'injustice et le mal sans les combattre »

De la confusion précédente naît une conséquence pratique désastreuse : si tout est volonté de Dieu, il faudrait tout accepter sans rien changer — l'injustice subie, la maladie, l'oppression, le désordre du monde. L'abandon deviendrait alors une démission morale, une bénédiction donnée au mal au nom de la soumission divine. C'est l'objection que les adversaires de la foi adressent volontiers au christianisme : il endormirait les consciences.

La réponse tient à la distinction des deux versants de la volonté divine. La volonté signifiée — ce que Dieu nous commande, nos devoirs d'état, le secours du prochain, la justice à promouvoir, le mal à combattre — doit être accomplie avec toute notre énergie : c'est « la loi stable et de tous les jours »[34]. La volonté de bon plaisir — ce que Dieu permet et que nous ne pouvons changer — doit être accueillie avec paix. S'abandonner ne consiste jamais à laisser faire le mal qu'il est en notre pouvoir d'empêcher : ce serait pécher contre la charité et la justice. Cela consiste à combattre le mal de toutes ses forces au titre de ce que Dieu commande, puis à remettre à Dieu, avec confiance, ce qui demeure hors de notre prise. Le médecin lutte contre la maladie ; le juste lutte contre l'injustice ; et tous deux s'abandonnent quant à l'issue. L'abandon n'est pas l'allié du mal : il est l'énergie tranquille de ceux qui le combattent sans se laisser ronger par l'angoisse du résultat.

« L'abandon supprime ma liberté et ma responsabilité »

Erreur philosophique cette fois. On imagine la volonté de Dieu et la liberté de l'homme comme deux forces rivales : ce que l'une gagne, l'autre le perd. S'abandonner reviendrait alors à s'effacer comme sujet libre, à devenir l'instrument inerte d'une volonté étrangère — bref, à se déposséder de soi.

Le Catéchisme renverse ce faux rapport : loin de diminuer la créature, l'action de Dieu en elle la rehausse. « C'est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et l'opération même. […] Loin de diminuer la dignité de la créature, cette vérité la rehausse. »[35] Dieu n'est pas une cause rivale parmi les causes : il est la cause première qui fait exister et agir les causes secondes sans les supplanter — comme l'auteur d'un drame ne supplante pas la liberté de ses personnages, mais d'une manière infiniment plus profonde. Plus je m'abandonne à Dieu, plus je deviens pleinement moi-même et pleinement libre, car « reconnaître cette dépendance complète par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de confiance »[36]. L'abandon n'aliène pas la liberté : il l'accomplit, en l'accordant à la seule Volonté qui ne peut vouloir que notre bien.

Les erreurs sur l'expérience de l'abandon

« Je ne suis abandonné que si je ressens la paix »

Voici l'erreur affective, sans doute la plus tenace. On juge la qualité de son abandon à ce qu'on ressent : si je goûte la paix, si l'angoisse a disparu, alors je me suis vraiment abandonné ; si je tremble encore, si la peur demeure, c'est que mon abandon est manqué. L'abandon se mesurerait à la sérénité éprouvée.

Mais l'abandon est un acte de la volonté, non un sentiment. Le modèle absolu en est Jésus à Gethsémani : il s'abandonne parfaitement — « Que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne »[37] — et pourtant il connaît « l'angoisse » au point que « sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu'à terre »[38]. L'abandon le plus pur de l'histoire s'accomplit dans la détresse sensible, non dans la paix ressentie. De même sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus l'écrivait dès 1895, dans le Manuscrit A, au récit de l'entrée de sa sœur Céline au Carmel :

« [...] c'est l'abandon seul qui me guide, je n'ai point d'autre boussole ! [...] » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit A (1895)[39]

« Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse. » — Évangile selon saint Luc 22, 42[40]

Gethsémani : l'abandon parfait au cœur de l'angoisse sensible — infographie originale Ignispedia créée par IA.

On peut donc être pleinement abandonné dans la tempête intérieure, et goûter une fausse paix sans s'être réellement remis à Dieu. La paix est souvent le fruit de l'abandon, mais elle n'en est ni la mesure ni la condition : elle vient parfois, parfois se fait attendre, et l'abandon demeure entier dans l'attente. S'abandonner, c'est vouloir ce que Dieu veut, même quand tout en nous se cabre.

« Si je m'abandonne vraiment, Dieu m'épargnera les épreuves »

L'erreur prend ici les couleurs d'un marché : l'abandon serait une assurance tous risques. Si je me confie assez, Dieu écartera la maladie, l'échec, le deuil ; les épreuves qui surviennent prouveraient que je ne me suis pas assez abandonné. On attend de la confiance qu'elle achète le confort.

Mais l'abandon n'est pas une protection contre la Croix : il en est l'accueil. Le Christ abandonné à Gethsémani n'a pas été dispensé de la Passion — il l'a embrassée. Job, modèle vétérotestamentaire de l'abandon, perd tout et bénit pourtant : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : que le nom du Seigneur soit béni ! »[41] L'abandon ne change pas nécessairement les événements ; il change celui qui les traverse. Il ne promet pas une vie sans tempête, mais une paix dans la tempête :

« Celui qui s'abandonne à la volonté divine et trouve bon tout ce que fait le Seigneur, est comme un homme élevé au-dessus des nuages et qui voit les tempêtes se déchaîner à ses pieds, sans être atteint ni troublé. » — Saint Alphonse de Liguori, Préparation à la mort[42]

Attendre de l'abandon qu'il supprime la souffrance, c'est se préparer à le rejeter au premier coup dur ; l'attendre comme la grâce de traverser la souffrance sans se perdre, c'est entrer dans la liberté des enfants de Dieu.

« L'abandon est un état acquis une fois pour toutes »

On se figure parfois l'abandon comme un seuil qu'on franchit définitivement : un jour, dans un grand élan, je me serais abandonné — et ce serait fait, acquis, derrière moi. Dès lors, on s'étonne de devoir lutter encore contre l'inquiétude, et l'on conclut que l'abandon initial était une illusion.

L'abandon n'est pas un état mais un acte à renouveler, jour après jour, et souvent heure après heure. Jésus n'a pas prié « que ta volonté soit faite » une seule fois : il l'a redit « une deuxième fois » à Gethsémani[43], et toute sa vie fut un Fiat continuel jusqu'à la Croix — « Père, entre tes mains je remets mon esprit »[44]. La volonté humaine, mobile et inquiète, doit sans cesse se recentrer sur Dieu. C'est pourquoi Caussade parlait du « sacrement du moment présent » : chaque instant rapporte une nouvelle parcelle de volonté divine à accueillir, et l'abandon d'hier ne dispense pas de l'abandon d'aujourd'hui[45]. Loin d'être décourageant, ce caractère répété est libérateur : il signifie qu'un abandon manqué ce matin peut être repris ce soir, et qu'aucune chute dans l'inquiétude n'est définitive.

« L'abandon, c'est pour les mystiques d'élite, pas pour moi »

Dernière erreur sur l'expérience, et la plus décourageante : l'abandon serait un sommet réservé aux grands contemplatifs, aux âmes d'exception, hors de portée du chrétien ordinaire empêtré dans ses soucis. On admire de loin l'abandon des saints comme une performance inaccessible.

Or l'abandon n'est pas un privilège de mystiques : c'est la voie de tous, et même, selon sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, la « petite voie » des petits. « Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite »[46], écrit-elle : c'est précisément la faiblesse, l'impuissance, la petitesse, qui rendent l'abandon possible et nécessaire. Le Christ invite « tous » ses disciples à l'abandon filial[47], et saint Pierre écrit à des communautés entières, non à une élite : « déchargez-vous sur lui »[48]. L'abandon ne suppose pas des états mystiques extraordinaires : il suppose un cœur d'enfant qui fait confiance à son Père. Le père de famille débordé, la mère épuisée, le malade, l'étudiant anxieux y sont appelés autant que le moine. Croire l'abandon réservé à quelques-uns, c'est se priver soi-même de la seule paix qui tienne.

L'abandon n'est pas le « lâcher-prise »

Il reste à dissiper une confusion devenue massive à notre époque : l'assimilation de l'abandon chrétien au « lâcher-prise » du développement personnel, à la pleine conscience, ou à une sagesse vaguement orientale du « laisser couler ». Les mots se ressemblent ; les réalités sont opposées.

Le « lâcher-prise » contemporain est le plus souvent immanent : il invite à se détacher de ses tensions pour retrouver l'équilibre intérieur, à accepter « ce qui est », à faire la paix avec le flux de l'existence. Son horizon est le moi apaisé ; son ressort, une technique. Il peut comporter une part de sagesse naturelle — il est bon de renoncer à vouloir tout contrôler — mais il ne sort pas du cercle du moi : on lâche prise pour son propre mieux-être, et personne, au fond, ne reçoit l'abandon.

Cinq attitudes extérieurement voisines mais intérieurement différentes — infographie originale Ignispedia créée par IA.

L'abandon chrétien, lui, est théocentré et filial : on ne se détend pas dans un vide bienveillant, on se remet entre les mains d'un « Père » personnel qui aime, qui voit, qui agit, et à qui l'on parle. Son horizon n'est pas la paix du moi mais la volonté d'un Autre ; son ressort n'est pas une technique mais la foi, l'espérance et la charité. Là où le lâcher-prise dit « accepte ce qui est », l'abandon dit « que ta volonté soit faite » — ce qui suppose Quelqu'un qui veut, et qui veut mon bien. La différence n'est pas de degré mais de nature : l'un est une hygiène psychologique, l'autre une relation d'amour. De même, l'abandon n'est ni le fatalisme (la soumission à un destin aveugle, « c'était écrit »), ni la résignation stoïque (l'acceptation triste de l'inévitable par force d'âme) : ces attitudes subissent ; l'abandon, lui, consent avec confiance, parce qu'il connaît et aime Celui à qui il se livre.

L'erreur et la vérité, en un coup d'œil

Le tableau suivant récapitule les principaux contresens passés en revue et leur correction doctrinale.

L'erreur couranteCe que l'Église enseigne vraiment
S'abandonner, c'est ne plus rien faire et laisser Dieu agir à ma placeUn acte actif : on agit de toutes ses forces, sans inquiétude du résultat (CEC § 2830, § 306-307)
L'abandon dispense des moyens humains (médecin, travail, prudence)Négliger les moyens en exigeant un miracle, c'est tenter Dieu (CEC § 2119)
S'abandonner, c'est ne plus rien demander ni désirerLa demande couronnée du « que ta volonté soit faite » est l'expression même de l'abandon (erreur condamnée chez Molinos)
M'abandonner, c'est cesser de lutter contre mes péchésLe combat spirituel relève de la volonté signifiée : on lutte en s'appuyant sur Dieu (Ph 2, 13)
Tout ce qui arrive est voulu par Dieu, donc Dieu veut le malDieu permet le mal sans en être « en aucune façon la cause » ; il en tire un bien (CEC § 311-312)
S'abandonner, c'est accepter l'injustice sans la combattreCombattre le mal qu'on peut empêcher relève de ce que Dieu commande
L'abandon supprime ma libertéL'action de Dieu rehausse la dignité de la créature au lieu de la diminuer (CEC § 308)
Je ne suis abandonné que si je ressens la paixL'abandon est un acte de la volonté ; Jésus s'abandonne dans la sueur de sang (Lc 22, 42-44)
Si je m'abandonne, Dieu m'épargnera les épreuvesL'abandon n'écarte pas la Croix : il donne la paix dans l'épreuve (Jb 1, 21)
L'abandon est acquis une fois pour toutesC'est un acte à renouveler chaque jour (le moment présent de Caussade)
L'abandon est réservé aux mystiques d'éliteC'est la « petite voie » offerte à tous (sainte Thérèse ; 1 P 5, 7)
S'abandonner, c'est lâcher prise, faire la paix avec « ce qui est »L'abandon est filial et théocentré : « que ta volonté soit faite », dit à un Père qui aime

Abandon, résignation, fatalisme, lâcher-prise, quiétisme : ne pas confondre

Cinq attitudes voisines se ressemblent dans leurs gestes extérieurs — toutes paraissent « accepter » — mais diffèrent radicalement par leur racine intérieure. Les distinguer est la meilleure protection contre les contresens.

AttitudeCe qu'elle estPourquoi elle diffère du vrai abandon
FatalismeSoumission à un destin aveugle (« c'était écrit »)Aucune relation, aucun amour : on subit une fatalité impersonnelle
Résignation stoïqueAcceptation triste de l'inévitable par force d'âmeOn accepte sans confiance ni espérance, par dépit plus que par amour
QuiétismeInaction totale : ne plus agir, demander, lutterHérésie condamnée : supprime l'action, la prière, le combat (Molinos, 1687)
Lâcher-priseDétente psychologique, paix du moiImmanent : on se détend pour soi, sans Père à qui se remettre
Abandon chrétienRemise confiante et active à un Père aimantFilial, théocentré, actif : « que ta volonté soit faite »

Rendre à l'abandon sa vraie grandeur

Au terme de ce déblaiement, l'abandon retrouve son vrai visage — et il est tout sauf une démission. Il est l'acte le plus libre et le plus actif qui soit : celui par lequel un fils, sûr de l'amour de son Père, agit de toutes ses forces dans ce qui dépend de lui et accueille avec paix ce qui n'en dépend pas. Il n'éteint ni le désir, ni la prière, ni le combat, ni la liberté : il les porte à leur sommet en les accordant à la Volonté qui ne peut vouloir que notre bien.

Son modèle n'est pas une technique mais une personne : le Christ à Gethsémani, abandonné jusqu'à la sueur de sang, et Marie à l'Annonciation, dont le « Fiat » engage toute la vie. Entre la passivité du quiétiste et l'agitation de l'anxieux, l'abandon trace la voie étroite et royale : celle de l'enfant qui, parce qu'il sait son Père bon, peut tout entreprendre sans rien craindre.

« Père, entre tes mains je remets mon esprit. » — Évangile selon saint Luc 23, 46[49]

Pour découvrir comment cet abandon s'apprend et se cultive concrètement, voir Comment grandir dans l'abandon à Dieu ; pour entendre la sagesse vivante des saints sur ce chemin, voir Que disent les saints sur l'abandon à Dieu.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Catéchisme de l'Église catholique, § 322 : « Le Christ nous invite à l'abandon filial à la Providence de notre Père céleste (cf. Mt 6, 26-34), et l'apôtre saint Pierre reprend : "De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il prend soin de vous" (1 P 5, 7 ; cf. Ps 55, 23). » Édition officielle française, Mame/Plon, 1992.

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  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 2547 : « L'abandon à la Providence du Père du Ciel libère de l'inquiétude du lendemain (cf. Mt 6, 25-34). La confiance en Dieu dispose à la béatitude des pauvres. »

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  3. Première lettre de saint Pierre 5, 7, traduction liturgique officielle (AELF 2013, vérifiée sur aelf.org) : « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu'il prend soin de vous. » (La formulation « De toute votre inquiétude, déchargez-vous sur lui, car il prend soin de vous » est celle que le Catéchisme cite en son § 322 — voir la note sur le § 322 ci-dessous.)

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  4. Catéchisme de l'Église catholique, § 2830, sur le « Donne-nous notre pain » du Notre Père : « Dans le Sermon sur la montagne, Jésus insiste sur cette confiance filiale qui coopère à la Providence de notre Père (cf. Mt 6, 25-34). Il ne nous engage à aucune passivité (cf. 2 Th 3, 6-13) mais veut nous libérer de toute inquiétude entretenue et de toute préoccupation. Tel est l'abandon filial des enfants de Dieu. »

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  5. Dom Vital Lehodey (1857-1948), Le Saint Abandon (1re éd., abbaye Notre-Dame de Bricquebec / Gabriel Beauchesne, Paris, 1919), Ire partie (« Nature du saint abandon »), ch. 8 « Les efforts dans l'abandon » : « [...] l'abandon n'est pas une attente oisive, un oubli de la prudence, une paresseuse inertie. L'âme y conserve sa pleine activité pour tout ce qui est de la volonté de Dieu signifiée ; et, quant aux événements qui relèvent du bon plaisir divin, elle prévoit ce qu'elle peut prévoir, elle fait tout ce qui dépend d'elle. » (texte vérifié dans la rééd. Artège, 2014, p. 93).

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  6. Miguel de Molinos (vers 1628-1696), proposition n° 2 condamnée : « Vouloir agir activement, c'est offenser Dieu qui veut être seul agent ; et c'est pourquoi il faut s'abandonner soi-même totalement sans réserve à lui, et demeurer ensuite comme un corps inanimé. » (Denzinger-Schönmetzer 2202.)

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  7. Innocent XI, constitution Coelestis Pastor, 19-20 novembre 1687, condamnant soixante-huit propositions quiétistes de Miguel de Molinos (Denzinger-Schönmetzer 2201-2268 ; 2268-2201+1 = 68, la 68ᵉ et dernière proposition étant le nº 2268). Molinos, prêtre espagnol fixé à Rome et auteur de la Guida spirituale (1675), fut le principal théoricien du quiétisme ; ses propositions réduisaient la perfection à l'anéantissement passif de l'âme.

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  8. Innocent XII, bref Cum alias, 12 mars 1699, condamnant vingt-trois propositions de l'Explication des maximes des saints sur la vie intérieure (1697) de François de Salignac de la Mothe-Fénelon (1651-1715), archevêque de Cambrai (Denzinger-Schönmetzer 2351-2373 ; 2373-2351+1 = 23, la 23ᵉ et dernière proposition étant le nº 2373). Le semi-quiétisme de Fénelon défendait un « pur amour » poussé jusqu'à l'indifférence à son propre salut ; Fénelon se soumit publiquement à la condamnation.

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  9. Catéchisme de l'Église catholique, § 306 : « Dieu est le Maître souverain de son dessein. Mais pour sa réalisation, il se sert aussi du concours des créatures. Ceci n'est pas un signe de faiblesse, mais de la grandeur et de la bonté du Dieu Tout-puissant. Car Dieu ne donne pas seulement à ses créatures d'exister, il leur donne aussi la dignité d'agir elles-mêmes, d'être causes et principes les unes des autres et de coopérer ainsi à l'accomplissement de son dessein. »

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  10. Catéchisme de l'Église catholique, § 307 : Dieu accorde aux hommes « de pouvoir participer librement à sa providence » ; « coopérateurs souvent inconscients de la volonté divine, les hommes peuvent entrer délibérément dans le plan divin, par leurs actions, par leurs prières, mais aussi par leurs souffrances. Ils deviennent alors pleinement "collaborateurs de Dieu" (1 Co 3, 9 ; 1 Th 3, 2). »

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  11. Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), cité par Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon, op. cit. : « Voilà quel est l'abandon du chrétien, selon la doctrine apostolique, et l'on voit qu'il présuppose deux fondements : l'un de croire que Dieu a soin de nous ; et l'autre, qu'il n'en faut pas moins agir et veiller ; autrement ce serait tenter Dieu. » Bossuet fut, dans la querelle du quiétisme, le principal adversaire de Fénelon.

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  12. Évangile selon saint Matthieu 6, 26, traduction liturgique officielle (AELF) : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n'amassent pas dans des greniers ; or votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? » Verset souvent invoqué à tort pour justifier le mépris des moyens humains.

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  13. Catéchisme de l'Église catholique, § 2119 : « L'action de tenter Dieu consiste en une mise à l'épreuve, en parole ou en acte, de sa bonté et de sa toute-puissance. C'est ainsi que Satan voulait obtenir de Jésus qu'il se jette du Temple et force Dieu, par ce geste, à agir (cf. Lc 4, 9). […] Le défi que contient pareille tentation de Dieu blesse le respect et la confiance que nous devons à notre Créateur. Il inclut toujours un doute concernant son amour, sa providence et sa puissance. »

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  14. Évangile selon saint Matthieu 4, 7, traduction liturgique officielle (AELF) : « Jésus lui déclara : "Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu" » (citant Dt 6, 16). Réponse de Jésus au démon qui lui proposait de se jeter du haut du Temple.

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  15. Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon, op. cit., Ire partie, ch. 6 « Abandon et prudence » : « Si parfaites que soient notre confiance en Dieu et notre remise totale entre les mains de la providence, pour tout ce qui est de son bon plaisir, nous ne serons jamais dispensés de suivre les règles de la prudence. La pratique de cette vertu, naturelle et surnaturelle, appartient à la volonté signifiée ; c'est la loi stable et de tous les jours. [...] S'abandonner à Dieu sans faire de son côté tout ce qu'on peut, c'est lâcheté et nonchalance. » (texte vérifié dans la rééd. Artège, 2014, p. 74). Lehodey distingue tout au long de l'ouvrage la volonté signifiée (à accomplir activement) et la volonté de bon plaisir (à accueillir).

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  16. Saint François de Sales (1567-1622), comparaison de la Vierge se rendant au Temple (« tantôt dans les bras de ses parents, tantôt de ses petits pieds »), rapportée par Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon, op. cit., Ire partie, ch. 8 « Les efforts dans l'abandon » : « Ainsi, dit-il, la divine bonté veut bien nous conduire en notre voie, mais elle veut aussi que nous fassions nos petits pas, c'est-à-dire que nous fassions de notre côté ce que nous pouvons avec sa grâce. » (texte vérifié dans la rééd. Artège, 2014, p. 94).

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  17. Deuxième lettre aux Thessaloniciens 3, 10-12, traduction liturgique officielle (AELF) : « Quand nous étions chez vous, nous vous donnions cette consigne : celui qui ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains d'entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. » Saint Paul condamne l'oisiveté qui se réclamerait faussement de la confiance en Dieu.

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  18. Catéchisme de l'Église catholique, § 323 : « La providence divine agit aussi par l'agir des créatures. Aux êtres humains, Dieu donne de coopérer librement à ses desseins. »

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  19. Miguel de Molinos, proposition n° 14 condamnée : « Celui qui s'est abandonné à la volonté de Dieu ne doit rien demander à Dieu, car demander est une imperfection, puisqu'il s'agit d'un acte de volonté et de choix propre […]. Et cette parole de l'Évangile : "Demandez et vous recevrez" n'a pas été dite par le Christ pour les âmes intérieures qui ne veulent pas avoir de volonté. » (Denzinger-Schönmetzer 2214.) Proposition condamnée par Innocent XI.

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  20. Évangile selon saint Jean 16, 24, traduction liturgique officielle (AELF) : « Jusqu'à présent vous n'avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez : ainsi votre joie sera parfaite. » La parole même que Molinos prétendait réserver aux seules âmes imparfaites.

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  21. Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), parole rapportée par Dom Vital Lehodey, Le Saint Abandon, IIIe partie (« Objet de l'abandon ») : « [...] protestez que vous ne désirez que Dieu et son bon plaisir, et bannissez toute crainte. » (texte vérifié dans la rééd. Artège, 2014, p. 461-462). La formule était jusqu'ici attribuée par erreur à saint François de Sales : chez Lehodey, c'est saint Alphonse qui parle (la sainte indifférence salésienne, elle, est traitée au Traité de l'amour de Dieu, livre IX).

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  22. Miguel de Molinos, proposition n° 17 condamnée : « Le libre arbitre étant remis à Dieu […], il n'y a plus lieu de s'inquiéter des tentations, et on ne doit pas leur opposer d'autre résistance que négative, sans s'efforcer davantage ; et si la nature se meut, il faut la laisser se mouvoir, puisqu'elle est la nature. » (Denzinger-Schönmetzer 2217.)

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  23. Lettre aux Philippiens 2, 13, traduction liturgique officielle (AELF) : « Car c'est Dieu qui fait en vous et le vouloir et le faire, pour son bon plaisir. » Cité au Catéchisme § 308 pour montrer que l'action de Dieu n'abolit pas, mais soutient, l'agir de l'homme.

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  24. Catéchisme de l'Église catholique, § 311 : « Dieu n'est en aucune façon, ni directement ni indirectement, la cause du mal moral. Il le permet cependant, respectant la liberté de sa créature, et, mystérieusement, il sait en tirer le bien. » Le paragraphe cite saint Augustin (Enchiridion 11, 3) : « Le Dieu Tout-puissant […], puisqu'il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s'il n'était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même. »

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  25. Lettre aux Romains 8, 28, traduction liturgique officielle (AELF) : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien. » Cité au Catéchisme § 313, confirmé par le témoignage de sainte Catherine de Sienne, de saint Thomas More et de Julienne de Norwich (« Toutes choses seront bonnes »).

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  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 312 : « Avec le temps, on peut découvrir que Dieu, dans sa providence toute-puissante, peut tirer un bien des conséquences d'un mal, même moral, causé par ses créatures. […] Du mal moral le plus grand qui ait jamais été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, […] Dieu, par la surabondance de sa grâce, a tiré le plus grand des biens : la glorification du Christ et notre Rédemption. Le mal n'en devient pas pour autant un bien. »

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  27. Catéchisme de l'Église catholique, § 308 : « C'est une vérité inséparable de la foi en Dieu le Créateur : Dieu agit en tout agir de ses créatures. Il est la cause première qui opère dans et par les causes secondes : "Car c'est Dieu qui opère en nous à la fois le vouloir et l'opération même." Loin de diminuer la dignité de la créature, cette vérité la rehausse. »

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  28. Catéchisme de l'Église catholique, § 301 : « Avec la création, Dieu n'abandonne pas sa créature à elle-même. Il ne lui donne pas seulement d'être et d'exister, il la maintient à chaque instant dans l'être, lui donne d'agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de confiance. »

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  29. Évangile selon saint Luc 22, 42, traduction liturgique officielle (AELF) : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté, mais la tienne qui se fasse. » La prière de Jésus à Gethsémani, modèle de tout abandon.

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  30. Évangile selon saint Luc 22, 44, traduction liturgique officielle (AELF) : « Entré en agonie, Jésus priait avec plus d'insistance, et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu'à terre. » L'abandon parfait coïncide avec l'angoisse sensible la plus extrême.

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  31. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus (1873-1897), Manuscrit A des Manuscrits autobiographiques (rédigé à partir de janvier 1895 pour Mère Agnès ; passage du récit de l'entrée de Céline au Carmel, 14 septembre 1894) : « [...] maintenant c'est l'abandon seul qui me guide, je n'ai point d'autre boussole ! [...] Je ne puis plus rien demander avec ardeur, excepté l'accomplissement parfait de la volonté du Bon Dieu sur mon âme. » (texte vérifié sur l'exemplaire local ; cf. Œuvres complètes, Cerf/DDB). La formule n'appartient pas à la poésie Mon Ciel à moi, dont la strophe 4 dit : « Le total abandon voilà ma seule loi. »

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  32. Livre de Job 1, 21, traduction liturgique officielle (AELF) : « Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : que le nom du Seigneur soit béni ! » Job, dépouillé de tout, bénit Dieu : modèle vétérotestamentaire de l'abandon dans l'épreuve.

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  33. Saint Alphonse de Liguori (1696-1787), Préparation à la mort, 36ᵉ considération, troisième point : « Celui qui s'abandonne à la volonté divine et trouve bon tout ce que fait le Seigneur, est comme un homme élevé au-dessus des nuages et qui voit les tempêtes se déchaîner à ses pieds, sans être atteint ni troublé. »

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  34. Évangile selon saint Matthieu 26, 42, traduction liturgique officielle (AELF) : « De nouveau, il s'éloigna et pria, pour la deuxième fois : "Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite !" » Jésus renouvelle son abandon — l'acte se répète, il n'est pas acquis d'un seul coup.

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  35. Évangile selon saint Luc 23, 46, traduction liturgique officielle (AELF) : « Alors, Jésus poussa un grand cri : "Père, entre tes mains je remets mon esprit." Et après avoir dit cela, il expira. » Reprise du Psaume 30 (31), 6 : l'abandon culmine dans la remise totale au Père.

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  36. Jean-Pierre de Caussade (1675-1751), L'Abandon à la Providence divine : « Le moment présent est toujours rempli de trésors infinis ; il contient bien plus que vous n'avez la capacité de recevoir. » Texte publié pour la première fois en 1861 par le P. Henri Ramière ; l'abandon s'y vit instant par instant, comme un « sacrement du moment présent ».

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  37. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrit C (Manuscrits autobiographiques), Cerf/DDB : « L'ascenseur qui doit m'élever jusqu'au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n'ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite. » L'abandon de la « petite voie » est offert précisément aux petits, non réservé aux mystiques d'élite.

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