La confiance est, dans la vie chrétienne, l'un des mots les plus invoqués et les plus mal compris. Ces mots reviennent sur d'innombrables images pieuses — « Jésus, j'ai confiance en Vous »[1] — et pourtant peu de réalités spirituelles sont aussi souvent réduites à une caricature : un optimisme vague, un « ça va aller » religieux, une méthode pour obtenir du Ciel ce qu'on désire. Rendre à la confiance son vrai visage, c'est d'abord la distinguer de ses contrefaçons.
Contrairement à la foi, à l'espérance et à la charité, la confiance n'est pas une vertu théologale distincte. Elle est l'acte intérieur de l'espérance — le Catéchisme définit d'ailleurs l'espérance comme la vertu « par laquelle nous désirons… le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ »[2]. Fondée sur la foi (on ne se confie qu'à celui qu'on croit fidèle) et perfectionnée par la charité, la confiance est cette attente ferme et aimante que Dieu, parce qu'il est bon et fidèle, donnera ce qu'il faut pour le salut. Sa pente naturelle, à mesure qu'elle grandit, est l'abandon : se remettre, sans réserve, entre les mains du Père.
Le paradoxe central de la confiance chrétienne, et la source de la plupart des contresens, tient en une phrase : elle ne se mesure pas à nos mérites, mais à la miséricorde reconnue. Plus l'âme reconnaît sa pauvreté, plus elle peut se confier — « non pas malgré nos misères, mais à cause d'elles, puisque c'est la misère qui attire la Miséricorde »[3]. C'est l'exact inverse de l'intuition spontanée, qui voudrait mériter d'abord pour avoir le droit d'espérer ensuite.
Cet article passe en revue les contresens les plus fréquents sur la confiance. Pour chacun, il énonce l'erreur dans sa formulation courante, montre pourquoi elle séduit, pourquoi elle est fausse, puis rappelle ce que l'Église et les saints enseignent vraiment. Il ne s'agit ni d'un florilège ni d'un guide pratique : pour la voix propre des saints rassemblée, voir Que disent les saints sur la confiance ; pour le chemin concret de croissance, voir Comment grandir dans la confiance. Ici, comme dans les articles jumeaux Les erreurs fréquentes concernant la foi et Les erreurs fréquentes concernant l'espérance, on déblaie le terrain : on apprend d'abord à reconnaître les fausses monnaies pour mieux recevoir l'or véritable.
Pourquoi la confiance est-elle si souvent mal comprise ?
Un mot galvaudé : « avoir confiance » ne veut plus rien dire de surnaturel
Peu de mots ont été autant aplatis par l'usage courant. « Fais-moi confiance », « en toute confiance », « j'ai confiance en l'avenir » : dans la langue de tous les jours, la confiance désigne tantôt un crédit accordé à quelqu'un, tantôt un sentiment de sécurité, tantôt un pari raisonnable sur la suite des événements. À force, on transporte sans y penser ce mot d'usage profane sur la confiance chrétienne, et l'on imagine qu'elle est de même nature : une humeur favorable, une disposition optimiste, une assurance que les choses tourneront bien.
Or la confiance chrétienne n'est pas un climat intérieur : c'est un acte de la volonté éclairée par la foi, qui s'appuie non sur le cours probable des choses, mais sur la fidélité de Dieu. Elle peut donc exister sans aucun sentiment de sécurité, dans la nuit, à contre-courant de toutes les apparences. C'est précisément ce qui la distingue de l'espoir humain, et ce que la culture ambiante a le plus de mal à concevoir.
La confusion entre la confiance en soi et la confiance en Dieu
L'époque valorise la « confiance en soi » : assurance, estime de soi, sentiment de sa propre capacité. Par contamination de vocabulaire, beaucoup imaginent que la confiance chrétienne serait une variante religieuse de cette confiance en soi — une force puisée en soi-même, dopée par la prière. C'est l'exact contraire.
« Ne vous confiez point en votre science, ni dans l'habileté d'aucune créature, mais plutôt dans la grâce de Dieu, qui aide les humbles et qui humilie les présomptueux. » — Thomas a Kempis, L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 7[4]
La confiance théologale déplace l'appui : elle cesse de compter sur soi pour s'appuyer sur un Autre. Elle est donc inséparable de l'humilité, sa « sœur jumelle » : plus l'âme descend dans la connaissance de sa faiblesse, plus elle monte dans la confiance en Dieu. « Par toi-même, tu ne feras rien. Mais avec Moi tu peux tout », dit le Christ à sainte Faustine[5]. Là où la confiance en soi gonfle le moi, la confiance en Dieu le décentre.
Rappel : ce qu'est vraiment la confiance chrétienne
Avant d'examiner les erreurs, il faut fixer le vrai. La confiance chrétienne est l'acte de l'espérance : un mouvement de tout l'être qui s'attend à Dieu. Elle suppose la foi (croire que Dieu existe, qu'il est bon, qu'il est fidèle à ses promesses), elle est le ressort de l'espérance (attendre de lui le salut et les moyens d'y parvenir), et elle s'épanouit dans la charité (se reposer en celui qu'on aime). L'Écriture en a fait l'un de ses refrains :
« De tout ton cœur, fais confiance au Seigneur, ne t'appuie pas sur ton intelligence. » — Livre des Proverbes 3, 5[6]
Elle s'éprouve surtout dans la prière de demande, où le Catéchisme parle expressément de « confiance filiale » : une confiance qui, loin d'être un calcul, est « audacieuse », fondée « sur l'amour fidèle du Père qui nous a donné son Fils unique »[7]. C'est cette confiance-là — filiale, audacieuse, enracinée dans la croix et la résurrection — que les contresens qui suivent défigurent un à un.
Les erreurs sur la nature de la confiance
Erreur — « La confiance, c'est de l'optimisme : penser que tout ira bien »
C'est le contresens le plus répandu. On imagine que faire confiance à Dieu revient à se persuader que tout finira bien ici-bas : que la maladie guérira, que l'examen sera réussi, que l'épreuve sera évitée. L'erreur séduit parce qu'elle est consolante et facile à vivre tant que la vie est clémente — mais elle s'effondre à la première tempête, et l'on conclut alors que « la confiance n'a servi à rien ».
L'optimisme est un tempérament ou un calcul sur l'avenir terrestre ; la confiance est un acte théologal qui porte d'abord sur le salut et sur la fidélité de Dieu, non sur le scénario favorable de nos désirs. Le croyant confiant n'affirme pas « tout ira bien », mais « quoi qu'il arrive, je suis dans des mains bonnes ». C'est tout autre chose : l'optimiste mise sur les circonstances, le confiant s'appuie sur Quelqu'un. La confiance chrétienne peut donc coexister avec la lucidité la plus sombre sur une situation — elle ne nie pas le danger, elle le remet à Dieu.
Erreur — « Il faut sentir de la confiance pour avoir confiance »
Beaucoup mesurent leur confiance à ce qu'ils ressentent : si l'angoisse est là, ils concluent qu'ils n'ont pas la confiance ; s'ils éprouvent une paix douce, ils croient l'avoir. L'erreur paraît évidente — comment prétendre se confier quand on tremble ? Elle séduit parce qu'elle confond la vertu et son écho affectif.
Mais la confiance habite la volonté, non la sensibilité. On peut poser un acte de confiance parfait au plus fort de l'angoisse — l'acte n'en est que plus pur, parce qu'il s'appuie sur Dieu seul et non sur un sentiment agréable. Le modèle insurpassable est le Christ à Gethsémani : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne »[8]. La sueur de sang ne supprime pas la confiance ; elle en révèle l'héroïsme. Confondre la confiance avec le sentiment de sécurité, c'est se condamner à croire qu'on l'a perdue chaque fois qu'on a peur.
Erreur — « Avoir confiance, c'est compter sur ses propres forces »
À l'opposé du sentimental, le volontaire imagine que la confiance consiste à se faire violence, à « y croire » par effort de volonté, à puiser en soi l'énergie de tenir. C'est une confiance musclée, mais tournée vers le mauvais appui : elle compte encore sur soi. Elle séduit les caractères forts et les âmes généreuses, qui n'aiment pas dépendre.
Or la confiance chrétienne est exactement l'acte par lequel on cesse de compter sur soi. Sa grandeur n'est pas dans la force de celui qui se confie, mais dans la fidélité de Celui à qui l'on se confie. C'est pourquoi la faiblesse reconnue, loin d'être un obstacle, en devient le tremplin :
« Ah ! ce qui est beau, ce qui est encourageant, c'est que plus nous sommes faibles, plus nous sentons notre impuissance, et plus cette puissance de Jésus, si nous lui sommes unis, est nôtre. » — Père Jean du Cœur de Jésus d'Elbée, Croire à l'Amour[9]
Saint Paul l'avait dit avant tous : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse »[10] — et il conclut : « lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort ». La vraie confiance n'est pas de la confiance en soi blindée de prière : c'est le contraire d'elle.
Erreur — « La confiance, c'est de la naïveté, une démission de la raison et de la prudence »
L'objection vient souvent de l'extérieur, ou de l'esprit critique en nous-mêmes : se confier à Dieu serait infantile, une fuite devant le réel, un renoncement à penser et à agir. L'erreur a une part de vérité — il existe une fausse confiance, paresseuse et présomptueuse (voir plus bas) — mais elle confond la confiance avec son abus.
La confiance authentique n'abolit ni l'intelligence ni la prudence : elle les ordonne. Le croyant confiant prend les moyens raisonnables, mais sans en faire des idoles ; il agit malgré l'angoisse, en remettant le résultat à Dieu. La formule classiquement attribuée à saint Ignace résume cet équilibre : agir comme si tout dépendait de soi, et se confier comme si tout dépendait de Dieu[11]. Loin d'être une démission, la confiance est ce qui libère l'action de la crispation : on travaille mieux quand on n'est pas écrasé par la peur de l'échec.
Les erreurs sur l'objet et le fondement de la confiance
Erreur — « On a droit à la confiance quand on le mérite, quand on est en règle »
Voici peut-être l'erreur la plus subtile, parce qu'elle se déguise en délicatesse de conscience. On se dit : « je n'ose pas trop me confier, je ne suis pas assez fervent, pas assez pur ; quand je serai meilleur, j'aurai le droit d'avoir confiance ». La confiance serait ainsi proportionnée à nos mérites, une récompense de notre vertu.
C'est renverser tout l'Évangile. La confiance ne se fonde pas sur ce que nous valons, mais sur ce que Dieu est — sa bonté, sa fidélité, sa miséricorde. Elle naît donc précisément de la misère reconnue, qui appelle la miséricorde comme le vide appelle le plein.
« Il faut avoir confiance, non pas malgré nos misères, mais à cause d'elles, puisque c'est la misère qui attire la Miséricorde. » — Père d'Elbée, Croire à l'Amour[12]
C'est toute la « petite voie » de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus : non pas gravir l'escalier de la perfection à la force du poignet, mais se laisser porter, comme un enfant trop petit, par l'« ascenseur » que sont les bras de Jésus[13]. Attendre d'être méritant pour se confier, c'est se condamner à ne jamais se confier — car nul ne sera jamais assez méritant. La vraie confiance fait l'inverse : elle s'appuie sur la Miséricorde justement là où elle se sait indigne.
Erreur — « Faire confiance à Dieu, c'est être sûr d'obtenir ce que je demande »
Beaucoup réduisent la confiance à une mécanique d'exaucement : avoir confiance, ce serait être certain que Dieu donnera exactement ce qu'on lui demande, à la date voulue, sous la forme voulue. Quand la demande n'est pas exaucée comme prévu, on en conclut qu'on « n'avait pas assez la foi », ou que Dieu n'a pas tenu parole. L'erreur s'appuie sur des paroles vraies de l'Évangile — « tout ce que vous demanderez dans votre prière avec foi, vous l'obtiendrez »[14] — mais les détache de leur sens.
Le Catéchisme corrige avec précision : la « confiance filiale est éprouvée — elle se prouve — dans la tribulation », et c'est dans l'épreuve d'une prière apparemment non exaucée qu'elle se purifie[15]. Dieu, « qui sait ce dont nous avons besoin avant que nous le lui demandions », exauce toujours, mais selon son dessein de salut, non selon nos vues : « La prière chrétienne est coopération à sa Providence, à son Dessein d'amour pour les hommes »[16]. Avoir confiance, ce n'est donc pas forcer la main de Dieu, mais s'en remettre à une sagesse plus grande que la nôtre — sûr qu'il donnera « combien plus » le meilleur : son Esprit Saint lui-même[17]. La confiance ne garantit pas le contenu de l'exaucement ; elle garantit l'amour de Celui qui répond.
Erreur — « Avoir confiance, c'est croire que Dieu m'épargnera les épreuves »
Cousine de l'optimisme, cette erreur attend de la confiance une immunité : si je m'abandonne à Dieu, il m'évitera la souffrance, la perte, l'échec. C'est la confiance comme contrat d'assurance. Elle se brise à la première croix, et engendre souvent un amer reproche : « j'avais confiance, et voilà ce qui m'arrive ».
Mais Dieu n'a jamais promis d'épargner l'épreuve ; il a promis d'y être présent et de la faire servir au bien. « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi », chante le psaume[18] — avec moi dans le ravin, non hors du ravin. La confiance ne supprime pas la croix : elle la transfigure en lieu de rencontre. Les saints les plus confiants — Thérèse dans la nuit de la foi, Faustine dans la maladie — ont été parmi les plus éprouvés. Leur confiance n'a pas écarté la souffrance ; elle l'a habitée.
Les deux ennemis de la confiance : la défiance et la présomption
À l'image de l'espérance, dont elle est l'acte, la confiance a deux ennemis symétriques. L'un pèche par défaut — le découragement, la défiance ; l'autre par excès apparent — la présomption. Ce sont, transposés, les deux péchés contre l'espérance que sont le désespoir et la présomption[19].
La défiance — « Mes péchés sont trop grands, je ne peux plus avoir confiance »
C'est l'ennemi le plus fréquent chez les âmes délicates. Le poids des fautes, le sentiment d'indignité, la honte de retomber toujours dans les mêmes travers conduisent à baisser les bras : « à quoi bon, je n'y arriverai jamais, Dieu doit être las de moi ». Cette défiance se pare souvent des couleurs de l'humilité — « je me connais, je sais ce que je vaux » — mais, lorsqu'on y consent au lieu de la combattre, elle devient un refus de l'espérance qui blesse le Cœur de Dieu. Précisons : le découragement subi — la honte, la lassitude qui assaillent sans qu'on les veuille — n'est pas une faute ; c'est d'y consentir, de refuser d'espérer encore, qui constitue le désespoir décrit par le Catéchisme[20].
Les témoins de la Miséricorde documentés ici disent la même chose : après le péché, ce qui afflige le Christ, c'est le refus de se confier. Jésus s'en plaint à sainte Faustine : la méfiance des âmes lui « déchire le Cœur », et celle d'une âme élue lui « fait encore plus mal »[21]. « Reviens à Moi comme si tu ne M'avais jamais quitté. Tu me feras plaisir », dit-il à Gabrielle Bossis[22]. Et le Père d'Elbée diagnostique sans détour la racine du mal : « Vous ne croyez pas assez à l'Amour miséricordieux »[23]. La grande tradition spirituelle ne demande pas au pécheur de moins voir sa misère, mais de la transformer en élan vers la Miséricorde : plus l'âme se reconnaît misérable, plus elle peut attendre de la miséricorde, à condition de lui présenter sa misère. La défiance, elle, garde sa misère pour elle et la retourne contre Dieu.
La fausse humilité qui se méfie de Dieu lui-même
Il existe une humilité fausse — sainte Thérèse d'Avila la dénonçait[24] — qui n'est pas la vérité sur soi, mais un découragement habillé en vertu. Elle dit : « je suis trop indigne pour oser tant attendre de Dieu ». Mais c'est confondre la défiance de soi (légitime, salutaire) avec la défiance de Dieu (qui est un manque de foi).
C'est la même alliance de l'humilité et de la confiance que Jésus enseigne à Luisa Piccarreta :
« Les branches produites par l'humilité correspondent à la confiance. En somme, pas d'humilité vraie sans la confiance. L'humilité sans la confiance est une fausse vertu. » — Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 3 avril 1899[25]
La vraie humilité ne plafonne pas la confiance : elle la dilate. Reconnaître qu'on ne peut rien par soi-même n'est humiliant que pour l'orgueil ; pour la foi, c'est la porte qui ouvre sur la toute-puissance de la grâce. Une humilité qui aboutit à se défier de la bonté de Dieu n'est plus une vertu : c'est un piège du découragement. « Que celui que les péchés condamnaient au fond de sa conscience à la damnation éternelle se réjouisse, car la charité de Jésus dépasse de beaucoup le nombre et l'étendue de nos crimes », écrivait déjà saint Bernard[26].
La présomption — « Dieu est si bon, je n'ai donc rien à faire »
L'ennemi opposé est plus discret mais tout aussi mortel. Sous prétexte de confiance, on se dispense de conversion, d'effort, de combat : « Dieu est miséricordieux, il pardonnera de toute façon ; pourquoi me fatiguer ? ». C'est la confiance dévoyée en paresse spirituelle. Le Catéchisme la nomme sans ménagement parmi les péchés contre l'espérance :
« Il y a deux sortes de présomption. Ou bien, l'homme présume de ses capacités (espérant pouvoir se sauver sans l'aide d'en Haut), ou bien il présume de la toute-puissance ou de la miséricorde divines (espérant obtenir son pardon sans conversion et la gloire sans mérite). » — Catéchisme de l'Église catholique, § 2092[27]
La vraie confiance n'attend pas le pardon sans conversion : elle attend de Dieu la grâce même de se convertir. Elle ne supprime pas le combat ; elle le rend possible et joyeux, parce qu'elle n'en attend pas la victoire de ses seules forces. La présomption fait de la miséricorde un oreiller de paresse ; la confiance en fait un ressort de conversion.
Les erreurs sur les exigences de la confiance
Erreur — « La confiance dispense d'agir, de prier, de prendre des moyens »
Variante active de la présomption : on confond confiance et passivité. « Dieu y pourvoira » devient une excuse pour ne rien faire — ne pas chercher de travail, ne pas soigner, ne pas étudier, ne pas lutter contre un défaut — en attendant que le Ciel agisse à notre place. Cette caricature alimente d'ailleurs l'objection des sceptiques (« la confiance, c'est de la naïveté »).
La spiritualité catholique a toujours tenu les deux bouts : confiance totale en Dieu et engagement total de l'homme. « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît », dit Jésus — mais le même Sermon condamne l'inquiétude, pas l'activité[28]. Se confier, ce n'est pas croiser les bras : c'est agir malgré l'angoisse, en remettant le fruit à Dieu. Le quiétisme — qui prétend qu'une âme parfaitement abandonnée n'a plus à agir ni à désirer — a d'ailleurs été condamné par l'Église comme une déviation[29]. La confiance authentique n'est jamais une dispense d'agir ; elle est une libération de l'inquiétude qui paralyse l'agir.
Erreur — « Avoir confiance, c'est ne plus jamais avoir peur ni d'angoisse »
On croit volontiers que la marque de la vraie confiance serait la disparition de toute peur. Tant qu'une crainte subsiste, on se juge sans confiance. C'est, à nouveau, confondre la vertu avec son climat affectif (voir plus haut), mais l'erreur mérite d'être traitée à part tant elle décourage les anxieux.
La peur est une réaction de la nature ; la confiance est un acte de la volonté qui peut s'exercer par-dessus la peur. « Ne crains pas, crois seulement », dit Jésus à Jaïre[30] — preuve que la crainte et la foi confiante peuvent coexister, sinon l'ordre serait absurde. Le Christ lui-même a connu l'angoisse à Gethsémani sans cesser de se confier. La confiance ne consiste donc pas à ne plus ressentir la peur, mais à ne pas la suivre : à poser, malgré elle, l'acte qui s'en remet à Dieu. Aux heures où « tout semble nous abandonner », l'acte de confiance est même le plus précieux, parce qu'il est le plus dénué de toute douceur sensible[31].
Erreur — « La confiance, c'est pour les grandes épreuves, pas pour le quotidien »
Dernière réduction : on réserve la confiance aux situations dramatiques — maladie grave, deuil, catastrophe — comme un parachute qu'on ne déploie qu'en cas d'urgence. Le reste du temps, on gère seul, par habitude et par calcul. La confiance devient un recours exceptionnel au lieu d'un climat permanent.
Or l'Évangile situe la confiance d'abord dans le quotidien : le souci de la nourriture, du vêtement, du lendemain. « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine »[32]. C'est précisément l'abandon filial dans les « moindres besoins » que demande Jésus[33], et c'est lui qui « libère de l'inquiétude du lendemain »[34]. La confiance n'est pas un médicament d'urgence : c'est l'air qu'on respire. Saint Pierre la résume en un geste de tous les jours : « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu'il prend soin de vous »[35].
L'erreur et la vérité, en un coup d'œil
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux contresens et la vérité qui leur répond. La colonne de gauche donne la formulation courante de l'erreur ; celle du milieu, la confusion qui la nourrit ; celle de droite, ce que l'Église et les saints enseignent.
| Erreur courante | Ce qu'elle confond | Ce que la confiance est vraiment |
|---|---|---|
| La confiance, c'est de l'optimisme | Avenir terrestre / salut | Appui sur la fidélité de Dieu, quoi qu'il arrive |
| Il faut la sentir pour l'avoir | Vertu / sentiment | Acte de la volonté, possible jusque dans l'angoisse |
| C'est compter sur ses forces | Confiance en soi / confiance en Dieu | Cesser de compter sur soi pour s'appuyer sur Dieu |
| C'est de la naïveté | Confiance / présomption paresseuse | Agir avec prudence, malgré l'angoisse, le résultat remis à Dieu |
| On y a droit quand on le mérite | Mérite / miséricorde | Elle naît de la misère reconnue, non des mérites |
| C'est obtenir ce qu'on demande | Exaucement / Providence | S'en remettre à une sagesse plus grande |
| Dieu m'épargnera les épreuves | Immunité / présence | Dieu est dans l'épreuve, non hors d'elle |
| Mes péchés l'interdisent | Humilité / défiance | La misère attire la miséricorde |
| Dieu est bon, rien à faire | Confiance / présomption | Attendre de Dieu la grâce de se convertir |
| Elle dispense d'agir | Abandon / passivité | Agir malgré l'inquiétude, le fruit remis à Dieu |
| Plus jamais de peur | Vertu / absence d'émotion | Ne pas suivre la peur, malgré sa présence |
| Réservée aux grandes crises | Recours / climat | L'air du quotidien, dans les moindres besoins |
Confiance, foi, espérance et abandon : ne pas confondre
Erreur — « Avoir confiance, c'est la même chose que croire ou qu'espérer »
On emploie souvent ces mots comme synonymes. Ils sont intimement liés, mais non identiques, et les confondre brouille la vie spirituelle. La foi adhère à Dieu qui se révèle et tient pour vrai ce qu'il dit ; l'espérance désire et attend de lui le salut promis ; la charité l'aime pour lui-même. La confiance, elle, n'est pas une quatrième vertu : c'est l'acte intérieur de l'espérance, soutenu par la foi et porté par l'amour. On se confie *parce qu'*on croit que Dieu est fidèle (foi), et en attendant de lui le bien promis (espérance).
Cette articulation a une conséquence pratique : la confiance ne peut pas se passer de la foi. Une « confiance » qui ne croirait plus que Dieu est bon et fidèle ne serait plus qu'un vœu pieux. Inversement, une foi vive engendre naturellement la confiance, comme l'arbre porte son fruit. C'est pourquoi les saints relient toujours les deux — et, à leur suite, des mystiques comme la servante de Dieu Luisa Piccarreta dès l'ouverture du Livre du Ciel : « Je n'ai pas confiance en moi, mais j'ai foi en Toi »[36].
La confiance, seuil de l'abandon
À mesure qu'elle grandit, la confiance tend vers son achèvement : l'abandon. Se confier, c'est s'attendre à Dieu pour telle ou telle chose ; s'abandonner, c'est se remettre à lui sans réserve, pour tout, y compris ce qu'on ne comprend pas. L'abandon n'est pas une démission : c'est la confiance arrivée à maturité, celle qui ne pose plus de conditions.
Les maîtres de l'abandon — l'auteur du traité L'Abandon à la divine Providence publié sous le nom de Caussade[37], Dom Lehodey dans Le Saint Abandon[38] — insistent : cet abandon n'a rien de passif ; il est l'acte le plus actif de la liberté, qui choisit Dieu plutôt que ses propres vues. Ses modèles sont le fiat de Marie — « Voici la servante du Seigneur ; que tout m'advienne selon ta parole »[39] — et la dernière parole du Christ en croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit »[40]. Saint Claude la Colombière en a laissé la prière la plus limpide :
« Mon Dieu, je suis si persuadé que vous veillez sur ceux qui espèrent en vous, et qu'on ne peut manquer de rien quand on attend de vous toutes choses, que j'ai résolu de vivre à l'avenir sans aucun souci, et de me décharger sur vous de toutes mes inquiétudes. » — Saint Claude la Colombière, Acte de confiance en Dieu[41]
Rendre à la confiance sa vraie lumière
Au terme de ce parcours, la confiance se laisse mieux saisir par ce qu'elle n'est pas : ni optimisme, ni sentiment, ni confiance en soi, ni naïveté, ni mécanique d'exaucement, ni assurance contre l'épreuve, ni dispense d'agir. Elle est, positivement, l'acte de l'espérance par lequel l'enfant s'attend à son Père — un acte de la volonté, possible dans la nuit, fondé non sur nos mérites mais sur la fidélité de Dieu, et qui s'épanouit dans l'abandon.
C'est pourquoi sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus en a fait le centre de toute sa « petite voie », jusqu'à cette parole que le pape François a placée en tête de son exhortation pour le cent-cinquantenaire de sa naissance[42] :
« C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour. » — Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, lettre à sœur Marie du Sacré-Cœur, 17 septembre 1896[43]
Et sainte Faustine en a reçu la promesse la plus encourageante, celle qui retourne le contresens du mérite : ce n'est pas notre vertu, mais notre confiance, qui ouvre le trésor de la Miséricorde.
« Les grâces de ma miséricorde se puisent à l'aide d'un unique moyen : et c'est la confiance. Plus sa confiance est grande, plus l'âme reçoit. » — Jésus à sainte Faustine, Petit Journal, § 1577[44]
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Pour aller plus loin
- Que disent les saints sur la confiance — le florilège de la voix des saints sur ce thème.
- Comment grandir dans la confiance — les degrés et les moyens concrets pour avancer.
- Humilité et confiance : changer de regard sur nos péchés — la confiance face à la fragilité.
- Utiliser nos péchés pour augmenter l'humilité et la confiance — la misère reconnue comme tremplin.
- Les erreurs fréquentes concernant la foi et Les erreurs fréquentes concernant l'espérance — les dossiers jumeaux de la même série.
Notes et références
Sainte Faustine Kowalska (1905-1938), Petit Journal. La Miséricorde divine dans mon âme, § 47 : inscription que le Christ demande de placer sous l'image de la Miséricorde — « Jésus, j'ai confiance en Vous » ; § 48 : la promesse attachée à cette image (« L'âme qui honorera cette image ne sera pas perdue »). Traduction française du Petit Journal (Dzienniczek) ; polonais : Jezu, ufam Tobie.
1Catéchisme de l'Église catholique, § 1817 : « L'espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit. » La confiance est ainsi présentée comme l'acte intérieur de l'espérance, non comme une vertu distincte.
2Père Jean du Cœur de Jésus d'Elbée (1892-1982), Croire à l'Amour, éd. Pierre Téqui, © 2007 (exemplaire imprimé en juillet 2020, ISBN 978-2-7403-1379-4, vérifié en bibliothèque), p. 50 : « Il faut avoir confiance, non pas malgré nos misères, mais à cause d'elles, puisque c'est la misère qui attire la Miséricorde. » L'ouvrage est un commentaire spirituel de la « petite voie » de sainte Thérèse.
3 12Thomas a Kempis (v. 1380-1471), L'Imitation de Jésus-Christ, livre I, ch. 7 (« Qu'il faut fuir l'orgueil et les vaines espérances »), § 1 : « Ne vous confiez point en votre science, ni dans l'habileté d'aucune créature, mais plutôt dans la grâce de Dieu, qui aide les humbles et qui humilie les présomptueux. » Traduction de Félicité de Lamennais (avec réflexions à la fin de chaque chapitre).
4Sainte Faustine, Petit Journal, § 429 : « Par toi-même, tu ne feras rien. Mais avec Moi tu peux tout. » La doctrine des « deux abîmes » — l'abîme de la misère de la créature face à l'abîme de la miséricorde de Dieu — est développée au § 56. Traduction française du Petit Journal (Dzienniczek) ; cote § 429 de l'édition de référence (Marians of the Immaculate Conception, Stockbridge) — le § 428 est le passage de la nuit d'insomnie (mai 1935).
5Livre des Proverbes 3, 5, traduction liturgique officielle (AELF) : « De tout ton cœur, fais confiance au Seigneur, ne t'appuie pas sur ton intelligence. »
6Catéchisme de l'Église catholique, § 2739 : « Chez S. Paul, cette confiance est audacieuse, fondée sur la prière de l'Esprit en nous et sur l'amour fidèle du Père qui nous a donné son Fils unique. » La transformation du cœur qui prie est la première réponse à la demande.
7Évangile selon saint Luc 22, 42, traduction liturgique officielle (AELF) : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » Prière de Jésus à Gethsémani : la confiance filiale au sommet de l'épreuve.
8Père d'Elbée, Croire à l'Amour, éd. Pierre Téqui, © 2007 (exemplaire imprimé en juillet 2020, vérifié en bibliothèque), p. 38 : « Ah ! ce qui est beau, ce qui est encourageant, c'est que plus nous sommes faibles, plus nous sentons notre impuissance, et plus cette puissance de Jésus, si nous lui sommes unis, est nôtre. »
9Deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens 12, 9-10, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. […] Car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. »
10Saint Ignace de Loyola (1491-1556), maxime traditionnellement attribuée : agir comme si tout dépendait de soi et se confier comme si tout dépendait de Dieu (la formulation circule en deux versions inversées). L'équilibre entre grâce et effort traverse les Exercices spirituels ; la sentence est rapportée notamment par Pedro de Ribadeneira.
11Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques, Manuscrit C, f. 2-3 (passage dit « de l'ascenseur », consultable aux Archives du Carmel de Lisieux : Ms C 02v-03r) : l'image de l'« ascenseur » qui sont les bras de Jésus, par lequel l'âme trop petite est élevée sans gravir l'escalier de la perfection. Réf. scripturaires associées : Pr 9, 4 et Is 66, 12-13. Édition : Œuvres complètes, Cerf / Desclée de Brouwer, 1992. Commenté par le Père d'Elbée, Croire à l'Amour, éd. Pierre Téqui, © 2007 (exemplaire imprimé en juillet 2020, vérifié en bibliothèque), p. 47-49 (passage complet).
13Évangile selon saint Matthieu 21, 22, traduction liturgique officielle (AELF) : « Tout ce que vous demanderez dans votre prière avec foi, vous l'obtiendrez. » Promesse liée à l'épisode du figuier desséché, à lire avec l'ensemble de l'enseignement du Christ sur la prière.
14Catéchisme de l'Église catholique, § 2734 : « La confiance filiale est éprouvée — elle se prouve — dans la tribulation. » La difficulté principale concerne la prière de demande, pour nous-mêmes ou pour les autres.
15Catéchisme de l'Église catholique, § 2738 : « La prière chrétienne est coopération à sa Providence, à son Dessein d'amour pour les hommes. » La révélation de la prière dans l'économie du salut enseigne que la foi s'appuie sur l'agir de Dieu dans l'histoire.
16Évangile selon saint Luc 11, 13, traduction liturgique officielle (AELF) : « Combien plus le Père du ciel donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » Conclusion de l'enseignement de Jésus sur la prière confiante.
17Psaume 22, 4, traduction liturgique officielle (AELF) : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure. »
18Catéchisme de l'Église catholique, § 2091 : « Le premier commandement vise aussi les péchés contre l'espérance, qui sont le désespoir et la présomption. » La défiance et la présomption sont les deux contraires de la confiance filiale.
19 20Sainte Faustine, Petit Journal, § 50 : « Jésus se plaignit ainsi : "La méfiance des âmes Me déchire le Cœur, mais la méfiance d'une âme choisie Me fait encore plus mal. Malgré la Miséricorde dont Je l'inonde, elle se méfie de Moi. Même Ma Mort ne lui suffit pas. Malheur à qui en abuse." » Traduction française du Petit Journal (Dzienniczek, éd. numérique JesusMarie.com, vérifiée en bibliothèque) ; sens confirmé par la traduction anglaise des Marians (Stockbridge) : « Distrust on the part of souls is tearing at My insides. »
21Gabrielle Bossis (1874-1950), Lui et moi, n° 29 : « Reviens à Moi comme si tu ne M'avais jamais quitté. Tu me feras plaisir. » Colloques intérieurs d'une mystique française du XXe siècle (1re éd. Beauchesne, t. 1, 1948 ; texte confronté à la réédition Œuvre complète, Rassemblement à son Image, 2021).
22Père d'Elbée, Croire à l'Amour, éd. Pierre Téqui, © 2007 (exemplaire imprimé en juillet 2020, vérifié en bibliothèque), p. 50 : « Vous ne croyez pas assez à l'Amour miséricordieux » — diagnostic central de l'ouvrage, qui identifie le manque de confiance comme la blessure la plus profonde faite au Cœur de Dieu.
23Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), Vie (Vida), chapitre XXX : la « fausse humilité » inventée par le démon pour troubler l'âme et la mener au désespoir — reconnaissable à l'inquiétude et au trouble qu'elle laisse — opposée à la vraie humilité, qui apaise au lieu de désoler (texte espagnol : « Esta es una humildad falsa, que el demonio inventaba para desasosegarme, y probar si puede traer el alma á desesperacion »).
24Jésus à Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 2, 3 avril 1899 (texte collationné sur le corpus français Lumen Luminis, Le Livre du Ciel – 36 tomes, document pour usage privé) : « Si tu savais combien J'aime l'humilité. L'humilité est la plus petite des plantes. Mais ses branches s'élèvent jusqu'au Ciel, entourant mon trône et pénétrant profondément dans mon Cœur. Les branches produites par l'humilité correspondent à la confiance. En somme, pas d'humilité vraie sans la confiance. L'humilité sans la confiance est une fausse vertu. »
25Saint Bernard de Clairvaux (1090-1153), Premier sermon pour la veille de Noël (Sermones in Vigilia Nativitatis Domini, sermon I), § 3, traduction française de l'abbé Charpentier (Œuvres de saint Bernard, d'après l'édition de Mabillon) : « Que celui que les péchés condamnaient au fond de sa conscience à la damnation éternelle se réjouisse ; car la charité de Jésus dépasse de beaucoup le nombre et l'étendue de nos crimes. »
26Catéchisme de l'Église catholique, § 2092 : « Il y a deux sortes de présomption. Ou bien, l'homme présume de ses capacités (espérant pouvoir se sauver sans l'aide d'en Haut), ou bien il présume de la toute-puissance ou de la miséricorde divines (espérant obtenir son pardon sans conversion et la gloire sans mérite). »
27Évangile selon saint Matthieu 6, 25-34 (Sermon sur la montagne, sur la Providence), traduction liturgique officielle (AELF). Versets-clés : 26 (les oiseaux du ciel), 28-29 (les lis des champs), 33 (« cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice »).
28Pape Innocent XI, constitution apostolique Coelestis Pastor, novembre 1687 : condamnation de 68 propositions de Miguel de Molinos (Denzinger, DS 2201-2268), dont l'anéantissement des puissances de l'âme, le refus d'agir — « Vouloir agir activement, c'est offenser Dieu qui veut être seul agent » (prop. 2, DS 2202) — et la passivité de l'âme qui « doit rester comme un corps sans vie » (prop. 8, DS 2208).
29Évangile selon saint Marc 5, 36, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ne crains pas, crois seulement. » Parole de Jésus à Jaïre, à l'annonce de la mort de sa fille : la crainte et la foi confiante peuvent coexister.
30Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, lettre LT 129 à Céline (sœur Geneviève), 8 juillet 1891 : « [...] l'exil de la terre surtout à ces heures où tout semble nous abandonner... Mais c'est alors qu'il est précieux, c'est alors que luisent les jours du salut. » Édition : Correspondance générale, Cerf / Desclée de Brouwer.
31Évangile selon saint Matthieu 6, 34, traduction liturgique officielle (AELF) : « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »
32Catéchisme de l'Église catholique, § 305 : « Jésus demande un abandon filial à la providence du Père céleste qui prend soin des moindres besoins de ses enfants » — « Ne vous inquiétez donc pas en disant : Qu'allons-nous manger ? » (Mt 6, 31-33).
33Catéchisme de l'Église catholique, § 2547 : « L'abandon à la Providence du Père du Ciel libère de l'inquiétude du lendemain (cf. Mt 6, 25-34). La confiance en Dieu dispose à la béatitude des pauvres. Ils verront Dieu. »
34Première lettre de saint Pierre 5, 7, traduction liturgique officielle (AELF) : « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu'il prend soin de vous. »
35Luisa Piccarreta, Le Livre du Ciel, tome 1, ouverture (« Luisa commence à écrire », texte collationné sur le corpus français Lumen Luminis, Le Livre du Ciel – 36 tomes, document pour usage privé) : « Je commence donc, ô Jésus, en Toi, avec Toi, et pour Toi. Je n'ai pas confiance en moi, mais j'ai foi en Toi. Sans Toi, je ne peux rien faire. » Prière de Luisa elle-même, qui exprime le lien organique entre la foi (qui adhère à Dieu fidèle) et la confiance (qui s'attend à lui).
36Traité L'Abandon à la divine Providence, publié en 1861 par le P. Henri Ramière s.j. sous le nom du jésuite Jean-Pierre de Caussade (1675-1751) — attribution ancienne aujourd'hui discutée : voir l'édition critique (Paris, Desclée de Brouwer, 2005) établie par Dominique Salin s.j., et son étude « The Treatise on Abandonment to Divine Providence », The Way, 46/2 (avril 2007), p. 21-36. Le développement invoqué ici est celui du « sacrement du moment présent » : la volonté de Dieu se donne dans chaque instant, et l'âme la reçoit par un abandon actif et confiant.
37Dom Vital Lehodey (1857-1948), Le Saint Abandon, abbé cistercien, 1919. Synthèse classique sur l'abandon comme degré supérieur de la confiance : il distingue soigneusement l'abandon chrétien (acte de la volonté, uni à l'effort) du faux abandon quiétiste (passivité).
38Évangile selon saint Luc 1, 38, traduction liturgique officielle (AELF) : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m'advienne selon ta parole. » Le fiat de l'Annonciation, acte parfait de confiance et d'abandon de Marie.
39Évangile selon saint Luc 23, 46, traduction liturgique officielle (AELF), citant le Psaume 31 (30), 6 : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Dernier mot du Christ en croix selon saint Luc : l'acte de confiance suprême.
40Saint Claude la Colombière (1641-1682), s.j., directeur spirituel de sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial, canonisé en 1992. Son Acte de confiance en Dieu (dit aussi Acte d'abandon) : texte fixé ici au vouvoiement, d'après la forme française diffusée par le sanctuaire du Sacré-Cœur (Paray-le-Monial) — on rencontre aussi une forme au tutoiement. Le fond est confirmé par la traduction anglaise : « My God, I am so intimately convinced that thou dost watch over all those who hope in thee… » (Trustful Surrender to Divine Providence, éd. TAN).
41Pape François, exhortation apostolique C'est la confiance, 15 octobre 2023, pour le cent-cinquantenaire de la naissance de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Le document s'ouvre sur la parole de Thérèse « C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour ». Texte intégral sur vatican.va.
42Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, lettre 197 à sœur Marie du Sacré-Cœur, 17 septembre 1896 : « C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour. » Édition : Correspondance générale, Cerf / Desclée de Brouwer, 1992. Texte conservé aux Archives du Carmel de Lisieux.
43Sainte Faustine Kowalska, Petit Journal, § 1577 : « Les grâces de ma miséricorde se puisent à l'aide d'un unique moyen, et c'est la confiance. Plus sa confiance est grande, plus l'âme reçoit. » Cœur du message de la Divine Miséricorde. Traduction française du Petit Journal (Dzienniczek) ; sens confirmé par la traduction anglaise des Marians : « The graces of My mercy are drawn by means of one vessel only, and that is – trust. The more a soul trusts, the more it will receive. »
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