Moïse Mendelssohn (1729-1786)

Moïse Mendelssohn, philosophe juif de Berlin et père des Lumières juives, a défendu la tolérance religieuse et l'existence rationnelle de Dieu. Ami de Lessing et modèle de Nathan le Sage, il meurt en 1786 sans voir que la plupart de ses enfants se convertiraient au christianisme.

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Moïse Mendelssohn — en allemand Moses Mendelssohn, né Moshe ben Menahem Mendel — est le philosophe juif le plus influent des Lumières allemandes et le père reconnu de la Haskala, le mouvement des « Lumières juives » qui, à partir de Berlin, entend concilier la fidélité à la Torah avec la raison, la science et la culture européennes modernes. Né le 6 septembre 1729 à Dessau, fils d'un modeste scribe de la Torah, il monte à Berlin en 1743 pour suivre son maître, se forme seul aux langues et à la philosophie, et devient en quelques décennies l'interlocuteur reconnu de Kant, l'ami le plus cher de Lessing — qui fera de lui le modèle de son Nathan le Sage — et l'auteur d'ouvrages qui marquent durablement la philosophie religieuse européenne : le Phädon sur l'immortalité de l'âme (1767), Jérusalem sur le pouvoir religieux et le judaïsme (1783), une traduction allemande commentée de la Torah (le Bi'ur, 1780-1783) et les Heures du matin sur les preuves de l'existence de Dieu (1785).

Handicapé par une déformation de la colonne vertébrale contractée dans l'enfance[1], exclu par sa naissance des droits civiques ordinaires jusqu'à l'obtention tardive du statut de « Juif protégé »[2], Mendelssohn devient pourtant, de son vivant, une figure centrale des Lumières berlinoises : premier au concours de l'Académie royale des sciences de Prusse en 1763, devant Kant lui-même[3] ; défenseur, dans la controverse qui l'oppose au pasteur zurichois Lavater, du droit de chaque croyant à ne pas être contraint dans sa conscience[4] ; théoricien, dans Jérusalem, de la séparation entre le pouvoir de l'État, qui commande, et celui de la religion, qui persuade[5]. Cette œuvre au service de la tolérance et de la raison ne l'empêche pas de mourir en 1786, épuisé par la défense posthume de son ami Lessing contre l'accusation de spinozisme portée par Friedrich Heinrich Jacobi[6].

Son héritage est traversé d'une ironie que l'histoire n'a pas manqué de relever : l'homme qui avait consacré sa vie à concilier fidélité juive et culture allemande voit la plupart de ses propres enfants se convertir au christianisme — deux au protestantisme, deux au catholicisme[7] — et son petit-fils Felix Mendelssohn Bartholdy, l'un des plus grands compositeurs du XIXᵉ siècle, être baptisé dans l'Église réformée dès l'âge de sept ans[8]. Cet article retrace la vie et l'œuvre de Mendelssohn, sa théologie rationnelle de l'existence de Dieu et de l'immortalité, sa doctrine de la tolérance et de la liberté de conscience, avant de proposer un regard catholique sur un penseur dont le projet — fonder la foi sur la raison, sans jamais renoncer à la Révélation reçue — recoupe par bien des aspects celui de la théologie naturelle catholique, tout en s'en distinguant sur des points décisifs.

Une enfance à Dessau et l'ascension d'un autodidacte

En quelques dates

  1. 6 septembre 1729
    Naissance à Dessau

    Fils de Mendel, scribe de la Torah ; enfance marquée par une grave déformation de la colonne vertébrale[9].

  2. 1743
    Départ pour Berlin

    Suit à quatorze ans son maître le rabbin David Fränkel, nommé grand rabbin de Berlin[10].

  3. 1750-1754
    Précepteur puis associé, rencontre avec Lessing

    Devient précepteur du marchand de soie Isaac Bernhard, puis son associé ; se lie d'amitié avec Gotthold Ephraim Lessing en 1754[11].

  4. 1763
    Prix de l'Académie de Prusse

    Remporte le concours de l'Académie royale des sciences de Prusse, devant Kant classé second ; obtient en octobre le statut de « Juif protégé »[12] [13].

  5. 1767
    Le Phädon

    Publie sa défense de l'immortalité de l'âme, best-seller qui lui vaut le surnom de « Socrate de Berlin »[14].

  6. 1769-1770
    Controverse avec Lavater

    Répond publiquement au défi du pasteur Johann Caspar Lavater, qui le somme de réfuter le christianisme ou de s'y convertir[15].

  7. 1780-1783
    Le Bi'ur

    Publie sa traduction allemande commentée du Pentateuque, suscitant un bannissement rabbinique en 1779 pour les premiers fascicules[16].

  8. 1783
    Jérusalem

    Publie son grand traité sur le pouvoir religieux et le judaïsme, salué par Kant comme un « livre irréfutable »[17].

  9. 1785
    Heures du matin et Pantheismusstreit

    Publie ses preuves rationnelles de l'existence de Dieu tout en défendant la mémoire de Lessing contre l'accusation de spinozisme[18].

  10. 4 janvier 1786
    Mort à Berlin

    Meurt d'une affection pulmonaire quelques jours après avoir déposé chez l'éditeur son dernier texte de défense de Lessing[19].

Le fils du scribe et la « maladie anglaise »

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Moïse Mendelssohn naît le 6 septembre 1729 à Dessau, petite ville de la principauté d'Anhalt-Dessau, dans une famille juive modeste. Son père, Mendel, gagne sa vie comme scribe de la Torah — un métier de précision minutieuse qui, selon les biographes du XIXᵉ siècle, aurait développé chez l'enfant un sens aigu de la forme et de l'exactitude[20]. Durant son enfance, Moïse contracte ce que les sources anciennes appellent la « maladie anglaise » (une forme de rachitisme) et développe une grave déformation de la colonne vertébrale qui le fera bossu toute sa vie adulte[21]. Cette infirmité physique, dans une société qui juge volontiers un homme sur son apparence, ne l'empêchera jamais de s'imposer par la seule force de son intelligence — au point que ses contemporains le décriront, malgré son physique disgracieux, comme un causeur d'une élégance et d'une vivacité rares.

Rabbi David Fränkel et l'ouverture à Maïmonide

Son éducation initiale est assurée par son père et par le rabbin local, David Fränkel, qui lui enseigne la Torah et le Talmud et lui fait découvrir la philosophie de Maïmonide[22]. Lorsque Fränkel est nommé grand rabbin de Berlin, le jeune Moïse, alors âgé de quatorze ans, le suit dans la capitale prussienne quelques mois plus tard, en 1743[23]. La tradition biographique berlinoise a longtemps retenu une anecdote frappante de cette arrivée : le registre du poste de garde de la porte de Rosenthal, alors réservée à l'entrée du bétail et des Juifs, aurait consigné ce jour-là le passage de « six bœufs, sept porcs, un Juif »[24]. L'érudition contemporaine invite cependant à la prudence sur certains détails de ce récit : il est peu vraisemblable que l'adolescent ait parcouru à pied l'intégralité du trajet séparant Dessau de Berlin, un voyage en diligence étant beaucoup plus probable à cette époque, et rien n'établit avec certitude que la porte de Rosenthal fût alors la seule entrée de la ville ouverte aux Juifs[25]. À Berlin, faute de moyens pour financer des études régulières, Mendelssohn se forme lui-même : le mathématicien Israel Zamosz lui enseigne les mathématiques, Abraham Kisch le latin, et Aaron Solomon Gumperz le français, l'anglais et les rudiments de la philosophie moderne[26]. Cette formation autodidacte, menée dans des conditions matérielles difficiles, forge un esprit d'une rigueur peu commune, capable de lire aussi bien la métaphysique de Leibniz et de Wolff que les classiques grecs et latins[27].

Berlin, le négoce de la soie et l'entrée dans les Lumières

De précepteur à associé

En 1750, le riche marchand de soie Isaac Bernhard engage Mendelssohn comme précepteur de ses enfants ; le jeune homme devient bientôt le teneur de livres, puis l'associé de la manufacture[28]. Cette activité commerciale, qu'il continuera d'exercer toute sa vie, lui assure une indépendance matérielle relative sans jamais devenir sa véritable vocation[29] : ses soirées et ses nuits sont consacrées à la philosophie, à la traduction et à la correspondance savante. C'est dans ce cadre que se noue, en 1754, l'amitié qui va changer sa vie : celle avec le dramaturge et critique Gotthold Ephraim Lessing, de trois ans son aîné, qui l'introduit dans les cercles intellectuels berlinois et l'encourage à publier[30]. Ses premiers écrits, publiés anonymement dès 1755 — les Philosophische Gespräche (« Dialogues philosophiques ») et une satire coécrite avec Lessing, Pope, ein Metaphysiker! (« Pope, un métaphysicien ! ») — attirent déjà l'attention de la République des Lettres berlinoise sur ce jeune commis inconnu[31].

Le prix de l'Académie royale de Prusse (1763) : devant Kant

En 1763, l'Académie royale des sciences de Prusse met au concours la question de savoir si les vérités métaphysiques peuvent atteindre le même degré d'évidence que les vérités mathématiques[32]. Mendelssohn remporte le premier prix avec son Abhandlung über die Evidenz in den metaphysischen Wissenschaften (« Dissertation sur l'évidence dans les sciences métaphysiques ») — devançant un concurrent qui deviendra bientôt le plus grand philosophe de son siècle : Emmanuel Kant, classé second[33]. Ce succès, obtenu par un Juif sans titre universitaire face à l'élite philosophique germanique, fait de Mendelssohn une célébrité intellectuelle du jour au lendemain[34]. Il lui vaut, en octobre de la même année, l'obtention du statut de « Juif protégé » (Schutzjude), semble-t-il grâce à l'intercession du marquis d'Argens auprès du roi Frédéric II[35] — un statut précaire qui ne s'étendra cependant pas à son épouse ni à ses enfants[36].

Lessing, Nicolai et la République des Lettres

Anton Graff, Lessing (1771), université de Leipzig. Wikimedia Commons, domaine public ; reproduction Liberal Freemason.

Avec Lessing et l'éditeur Friedrich Nicolai, Mendelssohn co-dirige plusieurs revues critiques, dont les célèbres Lettres concernant la littérature la plus récente (Briefe, die neueste Literatur betreffend). Ses essais critiques sur Homère et Ésope, Pope et Burke, Maupertuis et Rousseau, comptent parmi les meilleures pages de la critique littéraire allemande du siècle[37]. Cette activité d'homme de lettres, menée en parallèle de ses travaux philosophiques les plus techniques, illustre un trait constant du personnage : la volonté de faire de la pensée savante une conversation publique et cultivée, accessible au grand public éclairé plutôt que réservée aux universitaires.

Le mariage avec Fromet Gugenheim

En juin 1762, Mendelssohn épouse Fromet Gugenheim (née le 6 octobre 1737, morte le 16 mars 1812), qui lui survivra vingt-six ans[38]. Le couple aura dix enfants, dont six atteindront l'âge adulte — une famille nombreuse dont le destin religieux, on le verra, se révélera profondément divisé entre fidélité au judaïsme et conversions au christianisme.

« Phädon », ou le Socrate de Berlin

D'Abbt à Platon : la genèse de l'ouvrage

En 1767, Mendelssohn publie Phädon, oder über die Unsterblichkeit der Seele (« Phédon, ou De l'immortalité de l'âme »), rédigé après la mort de son ami Thomas Abbt, qui lui avait fait découvrir le dialogue de Platon[39]. L'ouvrage commence comme une traduction fidèle du Phédon platonicien, puis s'en émancipe progressivement : Mendelssohn y développe des arguments personnels, qu'il juge plus convaincants que ceux du Socrate de Platon, en faveur de l'immortalité de l'âme, contre le matérialisme alors en vogue dans certains cercles des Lumières[40].

Un triomphe européen

Le succès est immédiat et considérable : le livre devient l'un des ouvrages allemands les plus lus de son temps, traduit dans plusieurs langues européennes[41], et vaut à son auteur les surnoms de « Socrate de Berlin » et de « Platon allemand »[42]. Ce triomphe littéraire installe durablement Mendelssohn comme le philosophe juif le plus respecté d'Europe — bien avant que Jérusalem ne fasse de lui, quinze ans plus tard, le grand théoricien de la tolérance religieuse.

La controverse Lavater (1769-1770) : réfuter ou se convertir

Le défi d'un pasteur zurichois

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Mendelssohn avait déjà rencontré le jeune théologien zurichois Johann Caspar Lavater en avril 1763, lors d'un séjour de celui-ci à Berlin[43] ; Lavater en avait retiré, semble-t-il, l'assurance que le philosophe juif respectait la moralité du Christ, pour peu que ce dernier eût maintenu l'orthodoxie mosaïque[44]. Six ans plus tard, le 25 août 1769, Lavater publie une traduction de sections des Recherches philosophiques sur les preuves du christianisme de l'apologiste genevois Charles Bonnet[45], et l'accompagne d'une dédicace publique adressée à Mendelssohn : il le met en demeure soit de réfuter publiquement les arguments de Bonnet, soit — s'il n'y parvient pas — de faire, « en honnête homme », ce que Socrate aurait fait s'il avait lu cet ouvrage et l'avait trouvé irréfutable, c'est-à-dire se convertir[46].

La réponse de Mendelssohn : fidélité et tolérance

Profondément troublé — il avait toujours pris soin d'éviter les controverses religieuses publiques, y compris en privé — Mendelssohn répond par une lettre ouverte publiée en décembre 1769.

« Je n'ai pas commencé hier à examiner ma religion (...) j'ai consacré la meilleure partie de ma vie à cette recherche. » — Moïse Mendelssohn, Schreiben an den Herrn Diaconus Lavater zu Zürich, décembre 1769[47]

Il y rappelle que le judaïsme, contrairement au christianisme, ne connaît pas de vocation missionnaire et n'exige la conversion de personne :

« Selon les principes de ma religion, je ne dois pas chercher à convertir quiconque n'est pas né sous notre loi. » — Moïse Mendelssohn, Schreiben an den Herrn Diaconus Lavater zu Zürich, décembre 1769[48]

Il justifie enfin sa réticence à polémiquer par sa condition de membre d'un peuple opprimé, contraint de ménager la bienveillance des nations dominantes[49], tout en affirmant avec fermeté qu'il n'abjurerait jamais que par conviction intime :

« Si j'avais changé de foi dans mon cœur, ce serait la plus abjecte des bassesses que de ne pas vouloir confesser la vérité. » — Moïse Mendelssohn, cité par la Jewish Encyclopedia, art. « Mendelssohn »[50]

Sur le fond, sa réponse formule un principe de tolérance qui deviendra le cœur de sa philosophie religieuse : on peut admirer la vertu d'un sage étranger à sa propre foi sans devoir en tirer l'obligation absurde de se convertir à sa religion.

« À supposer que vive parmi mes contemporains un Confucius ou un Solon, je pourrais, selon les principes de ma foi, aimer et admirer ce grand homme sans tomber dans l'idée ridicule qu'il me faudrait convertir un Solon ou un Confucius. » — Moïse Mendelssohn, Schreiben an den Herrn Diaconus Lavater zu Zürich, décembre 1769[51]

Les suites d'une épreuve

La controverse, largement commentée dans toute l'Allemagne cultivée, coûte à Mendelssohn « beaucoup de temps, d'énergie et de force »[52] et affecte durablement sa santé, déjà fragile : en mars 1771, il connaît une crise nerveuse sévère qui l'oblige à interrompre ses travaux philosophiques pendant plusieurs mois[53]. Lavater lui-même, dans ses écrits ultérieurs, saluera « une âme brillante et sociable », tout en continuant d'espérer sa conversion[54] — signe que, pour le protestant piétiste comme pour le philosophe juif, le respect intellectuel réciproque n'effaçait en rien la conviction que la question religieuse restait, en dernière instance, décisive.

« Jérusalem, ou Du pouvoir religieux et du judaïsme » (1783)

La genèse : la préface à Manassé ben Israël et l'affaire de l'excommunication

En 1782, Mendelssohn publie une préface à la traduction allemande d'un texte du XVIIᵉ siècle, la Vindiciae Judaeorum (« Défense des Juifs ») de Manassé ben Israël[55]. Il y prend une position audacieuse pour l'époque : il dénonce le droit d'excommunication (cherem) encore revendiqué par de nombreux rabbins, affirmant — de façon d'ailleurs contestée par l'érudition rabbinique — que cette pratique ne relèverait pas du judaïsme ancien et originel mais aurait été empruntée, au fil du temps, au christianisme[56]. Cette prise de position, perçue par certains comme une atteinte à l'autorité rabbinique, lui vaut d'être accusé par un auteur anonyme de saper un élément essentiel de la Loi mosaïque[57]. C'est en réponse à cette accusation que Mendelssohn rédige, l'année suivante, son grand traité Jerusalem, oder über religiöse Macht und Judentum[58].

L'État commande, la religion persuade

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Jérusalem se divise en deux parties : la première expose une théorie générale de la liberté de conscience et des rapports entre État et religion ; la seconde applique cette théorie à la défense du judaïsme. Dialoguant à distance avec Hobbes et Locke, Mendelssohn conteste l'assimilation hobbésienne du droit à la seule force — « la force et le droit sont donc deux choses différentes »[59] — et, tout en étant sympathique à la défense lockéenne de la tolérance, il en dépasse les limites en refusant la séparation trop nette entre bien-être temporel et félicité éternelle que suppose Locke. Sa formule centrale, devenue classique, résume tout le projet :

« L'État donne des ordres et contraint ; la religion enseigne et persuade. » — Moïse Mendelssohn, Jérusalem, ou Du pouvoir religieux et du judaïsme, 1783[60]

Pour Mendelssohn, ni l'État ni aucune institution religieuse ne détiennent le droit de contraindre la conscience d'autrui : le pouvoir civil dispose de la coercition physique pour assurer l'ordre public, mais la vérité religieuse ne peut être proposée que par l'enseignement et la persuasion, jamais imposée par la force.

« Une législation révélée, non une religion révélée »

La seconde partie de Jérusalem défend une thèse philosophiquement audacieuse sur la nature du judaïsme lui-même :

« Le judaïsme ne se targue d'aucune révélation exclusive de vérités éternelles indispensables au salut, d'aucune religion révélée au sens où l'on entend habituellement ce terme. Une chose est la religion révélée, une autre chose est la législation révélée. » — Moïse Mendelssohn, Jérusalem, ou Du pouvoir religieux et du judaïsme, trad. Allan Arkush, Brandeis University Press, 1983[61]

Selon Mendelssohn, les vérités religieuses fondamentales — l'existence de Dieu, la providence, l'immortalité de l'âme — sont accessibles à toute raison humaine, juive ou non, par la seule réflexion philosophique, indépendamment de toute révélation particulière. Ce qui distingue le judaïsme, ce n'est donc pas la possession exclusive de vérités salvifiques inaccessibles autrement, mais la réception d'une législation — un ensemble de commandements rituels, cérémoniels et moraux — révélée à Israël au Sinaï pour régler une manière de vivre particulière, sans prétendre à l'universalité doctrinale[62].

Une réception contrastée : Kant salue, les rabbins s'inquiètent

L'ouvrage suscite un immense retentissement. Kant lui-même, dans une lettre datée du 16 août 1783, aurait qualifié Jérusalem de « livre irréfutable », louant l'esprit, la subtilité et la sagacité de son auteur, et saluant sa capacité à unir à sa religion un degré de liberté de pensée qu'on n'aurait guère cru possible et dont aucune autre religion ne pourrait alors se prévaloir[63]. À l'inverse, plusieurs penseurs et rabbins juifs contemporains critiquent la rationalisation du judaïsme opérée par Mendelssohn et son déni du droit traditionnel d'excommunication, craignant qu'une telle réduction de la spécificité juive à la seule loi n'ouvre la voie à l'assimilation — une crainte que la postérité familiale de Mendelssohn lui-même, on le verra, ne fera hélas que confirmer[64].

Le Bi'ur (1780-1783) : traduire la Bible pour les Lumières juives

Une passerelle vers la culture allemande

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Entre 1780 et 1783, Mendelssohn publie son œuvre la plus durable pour l'histoire du judaïsme européen : une traduction allemande du Pentateuque, imprimée en caractères hébraïques et accompagnée d'un commentaire en hébreu[65], formellement intitulée Sefer Netivot ha-Shalom (« Livre des sentiers de la paix ») et couramment désignée sous le nom de Bi'ur (« l'Explication »)[66]. Le projet vise un double objectif : offrir aux jeunes Juifs germanophones un accès direct et fidèle au texte sacré, et leur fournir, par le detour de cette traduction, un instrument d'apprentissage de l'allemand littéraire qui leur ouvre la voie vers la culture générale européenne[67]. Le texte biblique familier devient ainsi, selon la formule consacrée par les historiens de la Haskala, le « pont » par lequel les jeunes Juifs ambitieux passent vers le grand monde du savoir séculier[68].

Solomon Dubno et le travail collectif

Le commentaire, conçu comme une exégèse grammaticale et littérale destinée à contrer la méthode homilétique traditionnelle des commentaires rabbiniques, est une œuvre collective : Mendelssohn en rédige personnellement les six premiers chapitres de la Genèse et l'essentiel de l'Exode, tandis que son disciple Solomon Dubno — collaborateur le plus important du projet — et plusieurs autres élèves prennent en charge les autres livres[69]. Cette entreprise s'inscrit dans le mouvement plus vaste des « Biuristes », qui feront du Bi'ur et de son commentaire le véritable manuel fondateur de la Haskala.

Le bannissement de 1779 et ses suites contrastées

Dès la parution des premiers fascicules, la traduction suscite l'hostilité de plusieurs rabbins de l'école traditionnelle[70]. En juin 1779, un groupe de rabbins — parmi lesquels Raphael Cohen de Hambourg, Ezekiel Landau de Prague, Hirsch Janow de Posen et Phineas Levi Horowitz de Francfort-sur-le-Main — prononce un bannissement contre « le Pentateuque allemand de Moïse de Dessau »[71]. Les griefs portent sur l'usage de l'allemand plutôt que du yiddish traditionnel, sur l'introduction d'un commentaire de facture philosophique, et sur la crainte que le temps consacré à l'apprentissage de la grammaire allemande ne détourne les enfants de l'étude de la Torah[72]. L'histoire retiendra cependant une nuance importante, révélatrice de la complexité de cette controverse : il est généralement admis que Landau lui-même — mort en 1793 — n'aurait pas personnellement fait appliquer ce bannissement, et son propre fils Samuel, qui lui succédera comme rabbin de Prague, figure d'ailleurs parmi les souscripteurs de l'ouvrage[73].

« Heures du matin » (1785) et les preuves rationnelles de l'existence de Dieu

La dernière grande somme philosophique

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Dernier ouvrage publié par Mendelssohn de son vivant, Morgenstunden, oder Vorlesungen über das Daseyn Gottes (« Heures du matin, ou Leçons sur l'existence de Dieu », Berlin, 1785) constitue l'exposition la plus aboutie de sa métaphysique et de son épistémologie, tout entière mise au service d'une démonstration rationnelle de l'existence de Dieu[74]. L'ouvrage part de questions épistémologiques générales, passe par l'importance existentielle de la croyance en Dieu, en la providence et en l'immortalité pour le bonheur humain, et culmine dans une démonstration formelle en deux temps[75].

La preuve par la raison suffisante et la preuve ontologique

La première preuve part du principe de raison suffisante appliqué à toute chose contingente : puisque j'existe, et que mon existence contingente exige une cause suffisante qui ne peut elle-même être infiniment contingente, il doit exister un être nécessaire qui fonde toute la chaîne des causes — formule que la tradition résume en « Je suis, donc Dieu existe »[76]. La seconde preuve, de type ontologique, part de l'analyse du concept même de Dieu comme être parfait : un être parfait ne saurait être seulement possible, il doit être nécessaire, donc réel[77]. Fait notable dans l'histoire de la philosophie : quatre ans à peine après la publication de la Critique de la raison pure, Mendelssohn propose une réfutation soignée de la critique kantienne de la preuve ontologique — Kant ayant objecté que l'existence n'est pas un prédicat susceptible d'ajouter une perfection réelle à un concept. Mendelssohn répond que l'existence « émerge en chacun de nous de manière universelle, non analysable davantage »[78].

« La Cause de Dieu » : providence et châtiment corrigé, non éternel

Dans un ouvrage antérieur consacré à la théodicée, Sache Gottes, oder die gerettete Vorsehung (« La Cause de Dieu, ou la Providence sauvée »), reprise critique de l'abrégé latin de la Théodicée leibnizienne connu sous le nom de Causa Dei, Mendelssohn formule l'un de ses désaccords les plus nets avec son propre maître Leibniz : alors que ce dernier admettait, même dans le « meilleur des mondes possibles », que la plupart des âmes humaines fussent vouées à la damnation éternelle, Mendelssohn soutient que tout châtiment posthume doit être correctif et temporaire, jamais définitif[79]. Cette divergence, relevée par plusieurs synthèses spécialisées de la pensée mendelssohnienne, éclaire un trait constant de sa théologie philosophique : la conviction rationaliste que la bonté et la sagesse divines excluent toute peine sans proportion ni fin corrective — position qui, on le verra, s'écarte nettement de la doctrine catholique de la peine éternelle librement encourue.

Le combat pour Lessing et la controverse du panthéisme (1785-1786)

Le secret révélé par Jacobi

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Après la mort de Lessing en 1781, Mendelssohn projette d'écrire un essai biographique en hommage à son ami. C'est alors que le philosophe Friedrich Heinrich Jacobi lui adresse une révélation qu'il présente comme confidentielle : quelques mois avant sa mort, Lessing lui aurait confié qu'il ne connaissait aucune philosophie vraie hormis celle de Spinoza — le fameux hen kai pan (« un et tout »)[80]. Une telle confession, à une époque où le spinozisme demeurait synonyme d'athéisme et de panthéisme scandaleux, mettait en cause la réputation posthume du grand dramaturge. Le désaccord privé entre Jacobi et Mendelssohn sur l'interprétation exacte de cette confession dégénère en controverse publique lorsque, en 1785, Jacobi publie sans l'accord de Mendelssohn leur correspondance sous le titre Sur la doctrine de Spinoza, en lettres à Monsieur Moïse Mendelssohn[81].

La défense désespérée et la mort

Bouleversé sur les plans personnel comme intellectuel par cette controverse touchant la mémoire de son ami défunt, Mendelssohn rédige dans l'urgence un dernier texte, An die Freunde Lessings (« Aux amis de Lessing, un appendice à la correspondance de M. Jacobi sur la doctrine de Spinoza »), achevé dans les tout derniers jours de sa vie et paru au début de l'année 1786[82]. Selon le récit traditionnel, popularisé de son vivant même, Mendelssohn aurait pris froid en portant lui-même son manuscrit chez l'éditeur par une nuit glaciale du Nouvel An 1786, ayant oublié son manteau dans la précipitation ; il meurt quatre jours plus tard, le 4 janvier 1786, à Berlin, à l'âge de cinquante-six ans[83]. Plusieurs de ses contemporains, dont Johann Gottfried Herder, tiendront Jacobi pour en partie responsable de cette mort prématurée, tant le harcèlement intellectuel qu'il avait fait subir à Mendelssohn autour de la mémoire de Lessing avait pesé sur sa santé déjà fragile[84]. Il est inhumé dans l'ancien cimetière juif de la Große Hamburger Straße à Berlin, sous une épitaphe qui le désigne comme « le sage Reb Moïse de Dessau »[85].

« The Martyr of Reason » (« Le martyr de la raison ») — titre d'un essai consacré à Mendelssohn, Jewish Review of Books[86]

Ce titre, donné rétrospectivement par la Jewish Review of Books à un essai sur les derniers mois de sa vie, résume bien la manière dont la postérité a lu cette fin : Mendelssohn meurt littéralement épuisé par son combat pour défendre, jusqu'au bout, la rationalité et l'honneur de son ami contre l'accusation d'irrationalisme panthéiste.

Nathan le Sage : l'ami que Lessing donna à l'Europe

Un personnage modelé sur un ami vivant

En 1779, deux ans avant sa mort, Lessing publie son drame le plus célèbre, Nathan der Weise (« Nathan le Sage »), dont le personnage-titre — un marchand juif de Jérusalem, sage, généreux et tolérant — est très largement reconnu par les contemporains comme un portrait fidèle de Mendelssohn lui-même[87]. Les deux hommes partageaient d'ailleurs un goût commun pour les échecs, que Lessing prête symboliquement à Nathan et au sultan Saladin, réunis autour d'un échiquier dans la pièce[88]. Le choix de Lessing d'écrire aussi explicitement sur la tolérance religieuse doit beaucoup, selon les historiens de la littérature allemande, à ses conversations répétées avec Mendelssohn et à l'expérience vécue de leur amitié judéo-chrétienne dans le Berlin des Lumières[89].

La parabole des trois anneaux

Au cœur de la pièce, Nathan répond à une question piégée du sultan Saladin — quelle est la vraie religion, parmi le judaïsme, le christianisme et l'islam ? — par la fameuse parabole des trois anneaux : un père possédait un anneau magique, transmis de génération en génération au fils le plus aimé ; ayant trois fils qu'il aime également, il fait fabriquer deux copies parfaitement identiques à l'original et donne un anneau à chacun en secret, de sorte qu'aucun ne peut savoir avec certitude s'il détient le véritable anneau. La conclusion de la parabole invite chaque héritier à prouver, par une vie vertueuse, qu'il porte le véritable anneau — déplaçant ainsi la question de la vérité doctrinale vers celle de la conduite morale. Cette parabole résume ce que les commentateurs appellent le principe pragmatique de la pluralité possible des vérités cher à Mendelssohn : de même que différentes nations peuvent avoir besoin de constitutions différentes, différents individus — et, par extension, différents peuples — pourraient avoir besoin de religions différentes, sans qu'aucune ne puisse revendiquer un monopole exclusif et démontrable de la vérité religieuse[90].

Une postérité déchirée : la Haskala et les conversions de sa descendance

Six enfants, quatre chemins différents

Mendelssohn et Fromet Gugenheim ont dix enfants, dont six atteignent l'âge adulte. Le tableau suivant résume leur destin religieux, tel qu'il est aujourd'hui établi par l'historiographie :

EnfantDevenir religieuxDétail marquant
Joseph (1770-1848)Reste juifFonde la maison de banque Mendelssohn & Cie, ami d'Alexander von Humboldt[91]
RechaReste juiveSeule fille demeurée fidèle au judaïsme avec Joseph[92]
Brendel, dite Dorothea (1764-1839)Convertie (protestante en 1804, catholique en 1808)Épouse Friedrich von Schlegel ; force motrice de leur conversion commune au catholicisme à Cologne[93] [94]
Henriette (1775-1831)Convertie au catholicisme (1812)D'abord scandalisée par la conversion de sa sœur Dorothea, elle la rejoint quatre ans plus tard[95]
Abraham (1776-1835)Converti au protestantisme réformé (1822)Banquier ; père de Fanny et Felix Mendelssohn Bartholdy[96]
NathanConverti au christianismeIngénieur mécanicien reconnu[97]

Sur les six enfants qui atteignent l'âge adulte, seuls Joseph et Recha demeurent donc fidèles au judaïsme ; les quatre autres, à des degrés et selon des chemins divers, rejoignent le christianisme — deux le protestantisme, deux le catholicisme[98].

Dorothea, de Berlin à Rome

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L'aînée des filles, Brendel — qui prend en 1794 le prénom de Dorothea — mène l'itinéraire le plus spectaculaire. Mariée en premières noces au banquier Simon Veit, elle divorce en 1799 pour épouser l'écrivain romantique Friedrich Schlegel. Elle se convertit d'abord au protestantisme en 1804, puis au catholicisme en 1808, à Cologne, entraînant son mari dans le même mouvement de conversion dont elle est, selon les biographes, la véritable force motrice[99] [100]. Sa sœur Henriette, d'abord scandalisée au point de la traiter en paria au sein de la famille élargie, la rejoint pourtant dans le catholicisme quatre ans plus tard, en 1812[101]. Le fils de Dorothea, le peintre Philipp Veit, deviendra lui-même un catholique fervent, adepte d'une sensibilité néo-médiévale[102]. C'est dans ce même cercle romantique viennois, marqué par les conversions des enfants Mendelssohn, que rayonne à la même époque l'apostolat de saint Clément-Marie Hofbauer, dont l'article Ignispedia consacré développe l'influence exercée sur les Schlegel et sur d'autres figures du romantisme germanique converties au catholicisme.

Abraham, Felix et le nom de Bartholdy

Wilhelm Hensel, Felix Mendelssohn (1847), Stadtmuseum Düsseldorf, B 138. Wikimedia Commons, domaine public.

Le fils Abraham, père des futurs compositeurs Fanny et Felix Mendelssohn Bartholdy, choisit une autre voie : converti au protestantisme réformé avec son épouse Léa en 1822, il fait baptiser ses propres enfants dès 1816, alors que Felix n'a que sept ans[103]. La famille adopte alors le patronyme composé « Mendelssohn Bartholdy », emprunté à une propriété héritée du frère de Léa. Dans une lettre adressée en 1829 à son fils Felix devenu compositeur célèbre, Abraham justifie ce choix par la volonté d'une rupture décisive avec l'héritage religieux de son propre père :

« Il ne peut pas plus y avoir de Mendelssohn chrétien qu'il ne peut y avoir de Confucius juif. » — Abraham Mendelssohn Bartholdy, lettre à son fils Felix, 1829[104]

Cette formule, d'une dureté presque cruelle envers la mémoire du philosophe défunt, dit assez la profondeur du désaveu que la génération suivante opère à l'égard du projet mendelssohnien de conciliation entre judaïsme et modernité : plutôt que de perpétuer un judaïsme rationalisé et intégré à la culture allemande, les petits-enfants de Mendelssohn choisissent, pour la plupart, de sortir purement et simplement du judaïsme. Felix Mendelssohn Bartholdy restera pourtant, toute sa vie, conscient et fier de son ascendance et de son lien avec son grand-père Moïse[105] — signe que l'identité mendelssohnienne, même désavouée sur le plan religieux, continuait de hanter la mémoire familiale.

L'appréciation d'Heinrich Heine

Le poète Heinrich Heine, lui-même juif converti au protestantisme, proposera plus tard un jugement resté célèbre sur l'œuvre de Mendelssohn, le comparant à Luther : en affirmant la primauté de la Bible traduite comme source ultime de la religion, Mendelssohn aurait, selon Heine, « renversé le Talmud » et « brisé le catholicisme judaïque »[106] — une formule provocatrice qui, par-delà son ironie voltairienne, situe bien la portée révolutionnaire du geste mendelssohnien à l'intérieur même du judaïsme rabbinique traditionnel.

Un regard catholique sur Moïse Mendelssohn

Théologie naturelle : un chantier commun, des fondations distinctes

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Le projet de Mendelssohn — démontrer par la seule raison naturelle l'existence de Dieu, la providence et l'immortalité de l'âme, sans jamais renoncer à sa fidélité religieuse particulière — recoupe, par bien des aspects, celui de la théologie naturelle catholique telle que la développe la tradition thomiste : l'intelligence humaine, créée par Dieu et proportionnée à la vérité, est capable, par ses seules forces naturelles, d'établir avec certitude l'existence d'un être nécessaire à l'origine de toute réalité contingente. Le Catéchisme de l'Église catholique rappelle cette conviction constante du magistère : « La Sainte Église, notre mère, tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des choses créées » (CEC § 36). Sur ce terrain, la première preuve mendelssohnienne — l'argument par la raison suffisante appliqué à la contingence de toute existence — rejoint, dans sa structure logique sinon dans son détail technique, la troisième des Cinq Voies de saint Thomas d'Aquin, celle qui part de la contingence des choses du monde pour conclure à un être nécessaire par soi.

Sur la preuve ontologique, en revanche, la tradition thomiste se montre plus proche de Kant que de Mendelssohn — pour des raisons toutefois radicalement différentes de celles du philosophe de Königsberg. Bien avant Kant, saint Thomas d'Aquin avait déjà écarté l'argument a priori de type anselmien selon lequel l'existence de Dieu serait connue par soi dès qu'on comprend la signification du mot « Dieu » :

« Il ne s'ensuit pas pour autant qu'il comprenne que ce que le mot signifie existe réellement (actu), mais seulement qu'il existe dans l'esprit (in intellectu). Et l'on ne peut soutenir qu'il existe réellement, à moins d'admettre qu'existe réellement quelque chose de tel que rien de plus grand ne puisse être pensé — ce que précisément n'admettent pas ceux qui tiennent que Dieu n'existe pas. » — Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, Ia, q. 2, a. 1[107]

Pour Thomas comme pour Kant, l'existence ne se déduit pas analytiquement d'un simple concept, fût-il celui d'un être parfait — mais alors que Kant en conclut que toute preuve rationnelle de Dieu, y compris cosmologique, reste en définitive invalide, Thomas d'Aquin en tire une conclusion inverse : c'est précisément parce que l'argument a priori échoue qu'il faut emprunter la voie a posteriori, celle qui part des effets sensibles (mouvement, causalité, contingence, degrés de perfection, finalité) pour remonter à leur cause première — les Cinq Voies de la Somme théologique (Ia, q. 2, a. 3). Mendelssohn, en défendant contre Kant une version reformulée de la preuve ontologique tout en développant en parallèle sa propre preuve cosmologique par la raison suffisante, se situe donc dans une position singulière : plus proche de Thomas que de Kant sur la possibilité même d'une théologie naturelle rigoureuse, mais plus proche d'Anselme que de Thomas sur la validité de l'argument ontologique lui-même.

Liberté de conscience sans indifférentisme : de Mendelssohn à Dignitatis Humanae

La revendication mendelssohnienne d'une liberté de conscience protégée de toute contrainte étatique ou ecclésiale trouve, dans l'enseignement catholique postérieur, un écho que l'on aurait tort de sous-estimer. Le concile Vatican II, dans sa déclaration Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse, proclame en effet :

« Ce concile déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. » — Concile œcuménique Vatican II, déclaration Dignitatis Humanae, 7 décembre 1965, § 2[108]

Ce droit, précise le texte conciliaire, repose sur « la dignité même de la personne humaine telle que l'ont fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même »[109] — soit une double source, révélée et rationnelle, qui n'est pas sans rappeler la démarche mendelssohnienne consistant à fonder la tolérance à la fois sur des principes de raison naturelle et sur la fidélité à sa propre tradition religieuse. Mais le concile prend soin de préciser aussitôt les limites de cette proclamation :

« [Ce droit] ne porte aucun préjudice à la doctrine catholique traditionnelle au sujet du devoir moral de l'homme et des sociétés à l'égard de la vraie religion et de l'unique Église du Christ. » — Concile œcuménique Vatican II, déclaration Dignitatis Humanae, 7 décembre 1965, préambule[110]

C'est précisément sur ce point que le catholicisme se sépare de la conclusion à laquelle Mendelssohn, via la parabole des trois anneaux popularisée par Lessing, laisse le lecteur : le principe pragmatique de la pluralité des vérités, selon lequel différents peuples pourraient avoir légitimement besoin de religions différentes sans qu'aucune ne puisse revendiquer la vérité de façon exclusive. L'Église catholique défend un droit civil à la liberté religieuse — nul ne doit être contraint par la force à professer une foi contre sa conscience — sans jamais renoncer à affirmer que le Christ est l'unique et pleine révélation de Dieu aux hommes, et que la vérité religieuse, loin d'être plurielle ou relative aux nations, est une et universelle. La liberté de conscience que défendait Mendelssohn contre la coercition civile ou ecclésiale rejoint donc, sur le plan pratique et politique, une intuition que l'Église a fini par faire sienne au XXᵉ siècle ; mais l'indifférentisme doctrinal qu'illustre la parabole des trois anneaux — l'idée qu'aucun anneau ne serait objectivement le vrai, ou que la question même n'aurait pas de sens décidable — demeure étranger, voire opposé, à la foi catholique en l'unicité du salut offert dans le Christ.

Nostra Aetate et l'estime pour l'héritage juif de Mendelssohn

Sur le plan de l'estime portée à l'héritage spirituel du peuple juif dont Mendelssohn demeure l'une des grandes figures modernes, l'Église catholique a également renouvelé son regard lors du concile Vatican II. La déclaration Nostra Aetate affirme :

« L'Église du Christ (...) reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophètes (...) [Elle] déplore les haines, les persécutions et les manifestations d'antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. » — Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate, 28 octobre 1965, § 4[111]

Ce texte, qui appelle explicitement à « la connaissance et l'estime mutuelles, qui naîtront surtout d'études bibliques et théologiques, ainsi que d'un dialogue fraternel »[112], donne tout son sens à la lecture catholique de l'œuvre de Mendelssohn : celle d'un penseur juif dont le combat pour la dignité de sa tradition, pour la liberté de conscience et pour la démonstration rationnelle de l'existence de Dieu mérite le respect intellectuel et l'estime fraternelle, sans que cette estime n'implique une adhésion aux conclusions relativistes que certains de ses lecteurs, et jusqu'à sa propre descendance convertie, ont pu tirer — dans un sens ou dans l'autre — de son œuvre.

Ce qu'un catholique retient — et ce qu'il ne peut pas suivre

Trois legs de Mendelssohn méritent d'être retenus sans réserve par un lecteur catholique : sa défense inlassable de la liberté de conscience contre toute contrainte, religieuse ou étatique ; sa confiance rationaliste dans la capacité de l'intelligence humaine à démontrer l'existence de Dieu, quitte à devoir en corriger le détail technique à la lumière de la théologie naturelle thomiste ; et son refus, contre Leibniz, d'un Dieu dont la justice s'accommoderait d'une damnation massive et disproportionnée — refus qui, sur ce point précis, invite le théologien catholique à rappeler avec d'autant plus de soin que la doctrine de l'enfer, loin d'être une disproportion arbitraire, découle du respect absolu de la liberté humaine devant l'offre de la grâce, et non d'une sévérité divine gratuite. En revanche, la réduction du judaïsme à une simple « législation révélée » sans contenu doctrinal contraignant, et la conclusion implicite de la parabole des trois anneaux selon laquelle la question de la vérité religieuse resterait indécidable, ne peuvent être suivies par une foi qui confesse, avec toute la tradition apostolique, que « nul ne vient au Père si ce n'est par [le Christ] » (Jn 14, 6) — vérité que Nostra Aetate proclame en même temps que l'estime la plus sincère pour l'héritage spirituel juif dont Mendelssohn demeure l'un des plus grands témoins modernes.

Pour aller plus loin

  • Sur le maître médiéval dont la philosophie fut transmise à Mendelssohn dès l'enfance par le rabbin David Fränkel, voir Maïmonide (1138-1204).
  • Sur le grand commentateur biblique dont l'œuvre exégétique inspire, à sa manière, le projet du Bi'ur, voir Rachi (1040-1105).
  • Sur le maître pharisien dont l'enseignement de la tolérance annonce, dans un tout autre contexte, celui de Mendelssohn, voir Hillel l'Ancien (v. 110 av. J.-C.-v. 10 apr. J.-C.).
  • Sur ce que l'Église catholique enseigne aujourd'hui au sujet du judaïsme, voir Le judaïsme.
  • Sur le philosophe dont la « confession » posthume déclencha, malgré lui, le combat qui coûta la vie à Mendelssohn, voir Baruch Spinoza (1632-1677).
  • Sur le prêtre rédemptoriste qui accompagna, à Vienne, plusieurs conversions du cercle romantique fréquenté par la propre fille de Mendelssohn, voir Saint Clément-Marie Hofbauer.

Notes et références

  1. « Mendelssohn », The Jewish Encyclopedia, 1906, jewishencyclopedia.com/articles/10665-mendelssohn (consulté juillet 2026) : père scribe de la Torah à Dessau, naissance le 6 septembre 1729, déformation de la colonne vertébrale contractée après une maladie durant une période d'études intenses.

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  2. « Mendelssohn », The Jewish Encyclopedia, 1906, art. cit. — obtention en octobre 1763 des « privilèges de Juif protégé » (Schutzjude), semble-t-il par l'intercession du marquis d'Argens auprès de Frédéric II ; statut non étendu à l'épouse ni aux enfants de Mendelssohn.

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  3. Stanford Encyclopedia of Philosophy, art. « Moses Mendelssohn », plato.stanford.edu/entries/mendelssohn/ (consulté juillet 2026), recoupé avec « Academy Prize Questions », Manchester University, users.manchester.edu/facstaff/ssnaragon/kant/helps/AcadPrize.htm (consulté juillet 2026) — Mendelssohn remporte en 1763 le premier prix du concours de l'Académie royale des sciences de Prusse sur l'évidence en métaphysique, devant Emmanuel Kant classé second.

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  4. « Moses Mendelssohn, Reply to Johann Caspar Lavater (1769) », German History in Documents and Images (GHDI), germanhistorydocs.org/en/the-holy-roman-empire-1648-1815/moses-mendelssohn-reply-to-johann-caspar-lavater-1769 (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026) — texte de la lettre-réponse de décembre 1769 : dédicace de Lavater du 25 août 1769 accompagnant sa traduction de sections des Recherches philosophiques de Charles Bonnet ; citations : « I did not start examining my religion only yesterday (...) I have dedicated the better part of my life to inquiry. » ; « According to the principles of my religion, I should not attempt to convert anyone not born under our law. » ; « I belong to an oppressed people that must rely on the good will of the dominant nation. »

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  5. « Moses Mendelssohn, Jerusalem, or on Religious Power and Judaism (1783) », German History in Documents and Images (GHDI), germanhistorydocs.org/en/the-holy-roman-empire-1648-1815/moses-mendelssohn-jerusalem-or-on-religious-power-and-judaism-1783 (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026) — citations : « might and right are therefore different things » (critique de Hobbes) ; « the state gives orders and coerces, religion teaches and persuades ».

    5 59 60
  6. « The Martyr of Reason », Jewish Review of Books, jewishreviewofbooks.com/articles/253/the-martyr-of-reason/ (consulté juillet 2026) — essai consacré aux circonstances de la mort de Mendelssohn, épuisé par sa défense de la mémoire de Lessing dans la controverse avec Jacobi.

    6 86
  7. « Moses Mendelssohn », Wikipédia anglophone (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026), en.wikipedia.org/wiki/Moses_Mendelssohn — sur six enfants parvenus à l'âge adulte, seuls Recha et l'aîné Joseph demeurent fidèles au judaïsme ; les quatre autres (Dorothea, Henriette, Abraham, Nathan) se convertissent au christianisme, deux au protestantisme et deux au catholicisme.

    7 91 92 97 98
  8. « Felix Mendelssohn », Wikipédia anglophone (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026), en.wikipedia.org/wiki/Felix_Mendelssohn — baptême de Felix et de ses frères et sœurs le 21 mars 1816 par le pasteur réformé de la Jerusalemkirche de Berlin ; conversion des parents Abraham et Léa en 1822 et adoption du patronyme « Mendelssohn Bartholdy » ; citation de la lettre d'Abraham à Felix (1829) : « There can no more be a Christian Mendelssohn than there can be a Jewish Confucius. »

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  9. « Mendelssohn », The Jewish Encyclopedia, 1906, art. cit. — départ pour Berlin en octobre 1743 à la suite du rabbin David Fränkel, nommé grand rabbin de Berlin ; formation autodidacte auprès d'Israel Zamosz (mathématiques), Abraham Kisch (latin) et Aaron Solomon Gumperz (français, anglais, philosophie).

    10 22 26 27
  10. « Moses Mendelssohn », Encyclopedia.com, encyclopedia.com/people/philosophy-and-religion/philosophy-biographies/moses-mendelssohn (consulté juillet 2026) — précepteur du marchand de soie Isaac Bernhard dès 1750, puis teneur de livres et associé ; rencontre avec Gotthold Ephraim Lessing en 1754.

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  11. « Phädon oder über die Unsterblichkeit der Seele », Encyclopaedia Britannica, britannica.com/topic/Phadon-oder-uber-die-Unsterblichkeit-der-Seele (consulté juillet 2026) — best-seller de 1767, surnoms de « Socrate de Berlin » et de « Platon allemand ».

    14 41 42
  12. « Biurists », Wikipédia anglophone, en.wikipedia.org/wiki/Biurists (consulté juillet 2026), recoupé avec Panix.com, « Mendelssohn and the Biur », panix.com/~jjbaker/biur.html — bannissement de juin 1779 prononcé par Raphael Cohen (Hambourg), Ezekiel Landau (Prague), Hirsch Janow (Posen) et Phineas Levi Horowitz (Francfort-sur-le-Main) contre « le Pentateuque allemand de Moïse de Dessau » ; griefs sur l'usage de l'allemand, le commentaire philosophique et le temps consacré à la grammaire allemande au détriment de l'étude talmudique ; nuance historiographique : Landau (mort en 1793) n'aurait pas personnellement fait appliquer le bannissement, et son fils Samuel, futur rabbin de Prague, figure parmi les souscripteurs.

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  13. Lettre d'Emmanuel Kant à Moïse Mendelssohn, 16 août 1783, citée par plusieurs synthèses convergentes (New World Encyclopedia, art. « Moses Mendelssohn », newworldencyclopedia.org ; recension académique de Jerusalem citée sur Goodreads et Wikipédia anglophone, art. « Jerusalem (Mendelssohn book) ») : Kant y qualifie Jérusalem de « livre irréfutable » (« an irrefutable book ») et salue l'union, dans l'œuvre de Mendelssohn, d'un degré de liberté de pensée qu'on n'aurait guère cru possible pour une religion révélée. Lettre rapportée par plusieurs synthèses convergentes.

    17 63
  14. « Pantheism controversy », Wikipédia anglophone (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026), en.wikipedia.org/wiki/Pantheism_controversy — révélation de Friedrich Heinrich Jacobi à Mendelssohn sur la confession de spinozisme prêtée à Lessing peu avant sa mort (1781) ; publication non consentie de la correspondance par Jacobi en 1785 sous le titre Über die Lehre des Spinoza in Briefen an den Herrn Moses Mendelssohn ; réponse de Mendelssohn dans Morgenstunden (1785) puis dans An die Freunde Lessings, rédigé dans les tout derniers jours de sa vie et paru en 1786.

    18 80 81 82
  15. « Moses Mendelssohn », Wikipédia anglophone, art. cit. — mort le 4 janvier 1786 à Berlin, quatre jours après avoir porté son manuscrit chez l'éditeur par une nuit glaciale ; Johann Gottfried Herder tenant en partie Jacobi pour responsable de cette mort prématurée ; inhumation dans l'ancien cimetière juif de la Große Hamburger Straße ; épitaphe : « Here rests the wise Reb Moses of Dessau, born on the 12th of Elul 5489 [6 September 1729,] died on Wednesday the 5th of Shevat [4 January] and buried the next morning on Thursday 6th / 5546 [5 January 1786]. »

    19 83 84 85
  16. « Moses Mendelssohn », Wikipédia anglophone, art. cit., recoupé avec « Der Weg des jungen Moses Mendelssohn nach Berlin », Verein für Kultur und Geschichte in Wannsee, kulturverein-wannsee.de/der-weg-des-jungen-moses-mendelssohn-nach-berlin/ (consulté juillet 2026) — anecdote du registre de la porte de Rosenthal consignant le jour de l'arrivée de Mendelssohn : « Heute passierten das Rosenthaler Tor sechs Ochsen, sieben Schweine, ein Jude » (« Aujourd'hui ont franchi la porte de Rosenthal six bœufs, sept porcs, un Juif ») ; doute historiographique moderne sur le trajet intégralement pédestre et sur l'exclusivité de cette porte pour l'entrée des Juifs à Berlin.

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  17. Stanford Encyclopedia of Philosophy, art. « Moses Mendelssohn », art. cit. — essais critiques sur Homère et Ésope, Pope et Burke, Maupertuis et Rousseau, publiés dans les revues codirigées avec Lessing et Nicolai, notamment les Briefe, die neueste Literatur betreffend.

    37
  18. « Mendelssohn », The Jewish Encyclopedia, 1906, art. cit. — mariage en juin 1762 avec Fromet Gugenheim, née le 6 octobre 1737, morte le 16 mars 1812.

    38
  19. « Phaedon », Wikipédia anglophone (consulté juillet 2026), en.wikipedia.org/wiki/Phaedon — ouvrage rédigé après la mort de Thomas Abbt, qui avait fait découvrir à Mendelssohn le dialogue Phédon de Platon ; défense de l'immortalité de l'âme contre le matérialisme de l'époque.

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  20. « Moses Mendelssohn », Wikipédia anglophone, art. cit. — première rencontre avec Lavater à Berlin en avril 1763 ; escalade en octobre 1769 ; citation : « Suppose there were living among my contemporaries a Confucius or a Solon, I could, according to the principles of my faith, love and admire the great man without falling into the ridiculous idea that I must convert a Solon or a Confucius. » ; controverse ayant coûté à Mendelssohn « much time, energy and strength » ; Lavater le décrivant plus tard comme « a companionable, brilliant soul ».

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  21. « Mendelssohn », The Jewish Encyclopedia, 1906, art. cit. — citation de la réponse à Lavater : « If I had changed my faith at heart, it would be most abject baseness not to wish to confess the truth. »

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  22. « Moses Mendelssohn », Wikipédia anglophone, art. cit. — crise de santé sévère de mars 1771 obligeant Mendelssohn à interrompre ses travaux philosophiques ; jugement d'Heinrich Heine comparant Mendelssohn à Luther, lui attribuant d'avoir « renversé le Talmud » (« overthrew the Talmud ») et « brisé le catholicisme judaïque » (« shattered Judaic catholicism ») en faisant de la Bible traduite la source suprême de la religion.

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  23. « Moses Mendelssohn », Encyclopaedia Britannica, britannica.com/biography/Moses-Mendelssohn (consulté juillet 2026) — préface de 1782 à la traduction allemande de la Vindiciae Judaeorum de Manassé ben Israël, dénonçant le droit rabbinique d'excommunication comme un emprunt tardif au christianisme plutôt qu'un élément du judaïsme ancien ; accusation anonyme de subversion de la Loi mosaïque ayant motivé la rédaction de Jérusalem (1783).

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  24. Moses Mendelssohn, Jerusalem: Or on Religious Power and Judaism, trad. Allan Arkush, introduction et commentaire d'Alexander Altmann, Hanovre/Londres, University Press of New England pour Brandeis University Press, 1983 — citation : « Judaism boasts of no exclusive revelation of eternal truths that are indispensable to salvation, of no revealed religion in the sense in which that term is usually understood. Revealed religion is one thing, revealed legislation, another. »

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  25. « The Bi'ur - Mendelssohn's Bible Translation », Leo Baeck Institute, old.lbi.org/exhibitions/past-exhibitions/mendelssohn_exhibit/mendelssohns-works-2/biur-mendelssohns-bible-translation/ (consulté juillet 2026) — traduction et commentaire du Pentateuque publiés entre 1780 et 1783, titre formel Sefer Netivot ha-Shalom (« Livre des sentiers de la paix ») ; traduction en allemand imprimé en caractères hébraïques, commentaire en hébreu ; objectif de raffinement linguistique et intellectuel des jeunes Juifs germanophones.

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  26. « Moses Mendelssohn's Be'ur: Translating the Torah in the Age of Enlightenment », TheTorah.com, thetorah.com/article/moses-mendelssohns-beur-translating-the-torah-in-the-age-of-enlightenment (consulté juillet 2026), recoupé avec My Jewish Learning, art. « Haskalah », myjewishlearning.com/article/haskalah/ — Mendelssohn rédige personnellement le commentaire des six premiers chapitres de la Genèse et l'essentiel de l'Exode ; Solomon Dubno, principal collaborateur du projet ; méthode d'exégèse grammaticale et littérale s'opposant à la méthode homilétique traditionnelle.

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  27. Stanford Encyclopedia of Philosophy, art. « Moses Mendelssohn », art. cit., recoupé avec la présentation éditoriale de Moses Mendelssohn, Morning Hours: Lectures on God's Existence, trad. Daniel O. Dahlstrom et Corey Dyck, coll. « Studies in German Idealism », vol. 12, Dordrecht, Springer, 2011 — dernier ouvrage publié du vivant de Mendelssohn (1785) ; preuve par la raison suffisante appliquée à la contingence ; preuve ontologique reformulée contre l'objection kantienne selon laquelle l'existence n'est pas un prédicat ; citation rapportée : « l'existence émerge en chacun de nous de manière universelle, non analysable davantage » (Morgenstunden, chap. XIV, cité par la synthèse académique).

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  28. Synthèse convergente de l'Encyclopedia.com, art. « Moses Mendelssohn », art. cit., et de la Routledge Encyclopedia of Philosophy, art. « Mendelssohn, Moses (1729-86) », rep.routledge.com/articles/biographical/mendelssohn-moses-1729-86/v-1 (consulté juillet 2026), recoupée avec l'existence confirmée de la traduction Moses Mendelssohn, Sache Gottes, oder die gerettete Vorsehung (« God on Trial, or Providence Justified »), projet de traduction déposé sur IDEALS, University of Illinois, ideals.illinois.edu/items/27937 — Mendelssohn s'écarte de Leibniz (qui admettait la damnation éternelle de la plupart des âmes même dans le meilleur des mondes possibles) en soutenant que tout châtiment posthume est correctif et temporaire.

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  29. « Nathan the Wise », Wikipédia anglophone (consulté juillet 2026), en.wikipedia.org/wiki/Nathan_the_Wise — personnage de Nathan largement reconnu comme modelé sur Mendelssohn ; goût commun pour les échecs entre Lessing/Mendelssohn et Nathan/Saladin dans la pièce ; parabole des trois anneaux comme épitomé du « principe pragmatique de la pluralité possible des vérités » attribué à Mendelssohn par la Stanford Encyclopedia of Philosophy, art. cit.

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  30. « Dorothea Mendelssohn Schlegel », Jewish Women's Archive, jwa.org/encyclopedia/article/schlegel-dorothea-mendelssohn (consulté juillet 2026) — fille aînée de Moïse Mendelssohn ; changement de prénom de Brendel à Dorothea en 1794 ; fils Philipp Veit, peintre converti au catholicisme de sensibilité néo-médiévale.

    93 99 102
  31. « Dorothea Schlegel », EBSCO Research Starters, ebsco.com/research-starters/history/dorothea-schlegel (consulté juillet 2026) — divorce de Simon Veit et remariage avec Friedrich Schlegel en 1799 ; conversion au protestantisme en 1804 puis au catholicisme en 1808 à Cologne ; rejet initial puis conversion de sa sœur Henriette au catholicisme en 1812.

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  32. Saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae, Ia, q. 2, a. 1, ad 2, newadvent.org/summa/1002.htm (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026) : « it does not therefore follow that he understands that what the word signifies exists actually, but only that it exists mentally. Nor can it be argued that it actually exists, unless it be admitted that there actually exists something than which nothing greater can be thought; and this precisely is not admitted by those who hold that God does not exist. »

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  33. Concile œcuménique Vatican II, déclaration Dignitatis Humanae sur la liberté religieuse, 7 décembre 1965, préambule et § 2, texte officiel en français, vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decl_19651207_dignitatis-humanae_fr.html (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026).

    108 109 110
  34. Concile œcuménique Vatican II, déclaration Nostra Aetate sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes, 28 octobre 1965, § 4, texte officiel en français, vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decl_19651028_nostra-aetate_fr.html (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026).

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