Emanuel Swedenborg, né Emanuel Swedberg le 29 janvier 1688 à Stockholm, est l'un des esprits scientifiques les plus respectés de la Suède du XVIIIᵉ siècle avant de devenir, à partir de sa cinquante-septième année, l'auteur d'une œuvre théologique immense qui prétend révéler le sens spirituel caché de la Bible et décrire, de première main, la géographie du ciel et de l'enfer. Fils de l'évêque luthérien Jesper Swedberg, formé à l'université d'Uppsala puis dans les grandes académies scientifiques d'Europe, il sert pendant plus de trente ans comme assesseur au Collège royal des Mines de Suède, publie des traités remarqués de minéralogie, de cosmologie et d'anatomie, et siège à la Diète comme noble du royaume[1].
En 1743-1745, une crise intérieure bouleverse son existence : il tient un Journal des rêves de plus en plus habité de visions, jusqu'à ce qu'il rapporte, en avril 1745 dans une auberge de Londres, que le Christ lui-même lui serait apparu pour lui confier la mission de dévoiler le sens spirituel de l'Écriture[2]. Il abandonne alors progressivement ses recherches scientifiques et publie, en latin et le plus souvent sans nom d'auteur, une trentaine d'ouvrages théologiques rédigés à partir de ce qu'il présente comme des expériences directes et quotidiennes du monde des esprits, des anges et des démons — les Arcana Caelestia (1749-1756), Du Ciel et de ses merveilles et de l'Enfer (1758), L'Amour conjugal (1768) et sa somme finale, la Vraie Religion chrétienne (1771)[3].
Sa doctrine, désignée par ses disciples sous le nom de Nouvelle Église ou Église de la Nouvelle Jérusalem, rompt sur des points décisifs avec l'orthodoxie chrétienne commune : elle nie la Trinité de trois Personnes distinctes au profit d'une Trinité contenue dans la seule Personne du Christ, rejette que la croix soit un sacrifice offert en satisfaction pour les péchés, affirme que le Jugement dernier annoncé par l'Apocalypse a déjà eu lieu — dans le monde spirituel, en 1757 — et fonde sur la doctrine des correspondances une méthode d'interprétation biblique entièrement personnelle[4]. Quelques épisodes de clairvoyance qui lui sont attribués de son vivant — la perception à distance de l'incendie de Stockholm de 1759, ou la découverte d'un document caché révélée à la veuve d'un ambassadeur — attirent sur lui l'attention du jeune Emmanuel Kant, qui lui consacre en 1766 un essai resté célèbre, Rêves d'un visionnaire expliqués par les rêves de la métaphysique[5].
Après sa mort à Londres le 29 mars 1772, ses écrits donnent naissance, en 1787, à une Église organisée demeurée de taille modeste (voir infra, § « Diffusion et chiffres »), et son influence culturelle dépasse de très loin ce cercle confessionnel : William Blake, Honoré de Balzac, Charles Baudelaire, Ralph Waldo Emerson ou Carl Gustav Jung comptent parmi les esprits qui ont lu, discuté ou transposé sa pensée[6]. Cet article retrace sa vie, expose sa doctrine dans ses propres termes, puis développe le jugement que l'Église catholique — dont plusieurs des thèses swedenborgiennes contredisent frontalement l'enseignement dogmatique — porte sur cette œuvre singulière.
Une jeunesse dans la Suède luthérienne (1688-1710)
En quelques dates
- 29 janvier 1688Naissance à Stockholm
Fils de Jesper Swedberg, alors aumônier royal, et de Sara Behm[7].
- 1699Entrée à l'université d'Uppsala
Inscrit à onze ans — l'université jouait alors en partie le rôle d'un enseignement secondaire[8].
- 1703-1709Chez Erik Benzelius le Jeune
Vit dans la maison de son beau-frère, le bibliothécaire et futur archevêque Erik Benzelius le Jeune, qui l'introduit aux sciences modernes[9].
- 1709Thèse latine
Soutient à Uppsala une thèse sur des maximes de Sénèque et de Publilius Syrus[10].
- 1710-1715Grand Tour scientifique
Angleterre (quatre années à Londres), Hollande, France, Allemagne : rencontre les savants newtoniens et flamstediens[11].
- 1716Assesseur au Collège des Mines
Nommé sur recommandation du roi Charles XII, qu'il a rencontré à Lund[12].
- 1719Anoblissement
La famille est anoblie sous la reine Ulrika Eleonora ; le nom Swedberg devient Swedenborg[13].
- 1734Opera Philosophica et Mineralia
Somme scientifique en trois volumes publiée à Leipzig et Dresde[14].
- 1743-1745Crise mystique
Rédaction du Journal des rêves ; vision christique dans une auberge de Londres, avril 1745[15].
- 1747Démission du Collège des Mines
Se retire avec une demi-pension pour se consacrer entièrement à l'œuvre théologique[16].
- 1749-1756Arcana Caelestia
Huit volumes latins publiés anonymement à Londres[17].
- 1757Le « Jugement dernier »
Selon Swedenborg, un jugement universel s'accomplit dans le monde spirituel cette année-là[18].
- 1759L'incendie de Stockholm
Épisode de clairvoyance rapportée à Göteborg, relaté ensuite par Kant[19].
- 1766Kant publie ses Rêves d'un visionnaire
Essai critique consacré aux prétentions mystiques de Swedenborg[20].
- 1771Vera Christiana Religio
Somme théologique finale, publiée à Amsterdam[21].
- 29 mars 1772Mort à Londres
Emporté par les suites d'une attaque cérébrale survenue en décembre 1771[22].
- 7 mai 1787Fondation de la Nouvelle Église
Quinze ans après sa mort, ses disciples londoniens organisent la première congrégation de la New Jerusalem Church[23].
Le fils de l'évêque de Skara
Emanuel Swedberg naît le 29 janvier 1688 à Stockholm, troisième enfant de Jesper Swedberg (1653-1735), alors aumônier de la cour royale de Suède et professeur de théologie, qui deviendra en 1702 évêque luthérien de Skara[24]. Sa mère, Sara Behm, meurt alors qu'Emanuel n'a que huit ans ; son père se remarie peu après avec Sara Bergia[25]. La famille déménage à Uppsala lorsque Jesper Swedberg y est nommé professeur de théologie, avant de devenir bientôt recteur de l'université[26]. Le jeune Emanuel grandit ainsi dans un milieu clérical, savant et pieux : son père, luthérien rigoureux mais lui-même attiré par le mysticisme piétiste et convaincu d'échanger avec les anges, laissera une empreinte durable sur la sensibilité religieuse de son fils[27].
Uppsala et le beau-frère bibliothécaire
Swedenborg s'inscrit à l'université d'Uppsala dès 1699, à onze ans — une précocité qui, selon les biographes, tient moins à un don exceptionnel qu'aux usages de l'époque, où l'université dispensait un enseignement correspondant en partie au secondaire moderne[28]. De 1703 à 1709, il vit dans la maison d'Erik Benzelius le Jeune, mari de sa demi-sœur Anna et futur archevêque d'Uppsala, qui dirige alors la bibliothèque universitaire et l'introduit aux correspondances scientifiques européennes les plus récentes — Newton, Flamsteed, les cartésiens hollandais[29]. En 1709, il soutient une thèse latine sur des maximes morales de Sénèque et de Publilius Syrus, exercice classique qui clôt son cursus universitaire[30].
Le Grand Tour scientifique (1710-1715)
En 1710, Swedenborg entreprend le traditionnel Grand Tour des jeunes savants européens : Hollande, France, Allemagne, puis surtout l'Angleterre, où il séjourne près de quatre ans[31]. Il y fréquente les milieux newtoniens, apprend plusieurs métiers manuels (reliure, gravure sur cuivre, horlogerie) et développe très tôt des projets d'ingénieur audacieux — dont une ébauche de machine volante et des plans de sous-marin, restés à l'état de croquis[32]. Ce séjour anglais scelle un goût pour la culture britannique qui ne le quittera plus : c'est à Londres qu'il connaîtra sa crise mystique en 1745, et c'est à Londres qu'il mourra en 1772.
Le savant du Collège royal des Mines (1716-1743)
Assesseur royal et savant reconnu
De retour en Suède, Swedenborg rencontre à Lund le roi Charles XII, féru de sciences, qui le fait nommer en 1716 assesseur extraordinaire au Collège royal des Mines (Bergskollegium), l'organisme chargé de superviser l'industrie minière suédoise, alors l'un des piliers de l'économie du royaume[33]. Il y exercera, avec des interruptions, jusqu'à sa démission en 1747. Entre 1716 et 1718, il publie et rédige seul le premier périodique scientifique suédois, le Daedalus Hyperboreus, consacré aux inventions mécaniques et mathématiques[34]. En 1719, la famille Swedberg est anoblie par la reine Ulrika Eleonora en reconnaissance des services rendus à la couronne par l'évêque Jesper Swedberg ; conformément à l'usage suédois d'anoblissement, le nom de famille change alors de Swedberg en Swedenborg, et Emanuel siège à partir de cette date à la chambre nobiliaire de la Diète du royaume[35].
Une œuvre scientifique considérable
Loin d'être un fonctionnaire de second rang, Swedenborg produit pendant cette période une œuvre scientifique dense et reconnue par ses pairs. En 1721, il publie à Amsterdam ses Prodromus Principiorum Rerum Naturalium (« Prodrome des principes des choses naturelles »), esquisse cosmologique où il propose une théorie de la formation du système solaire par agrégation d'une nébuleuse primitive — anticipant, plus d'un demi-siècle avant Kant et Laplace, l'hypothèse dite « nébulaire »[36]. En 1734, il publie à Leipzig et Dresde son ouvrage scientifique le plus ambitieux, les Opera Philosophica et Mineralia (« Œuvres philosophiques et minéralogiques ») en trois volumes, qui associent une théorie cosmologique et physique générale (Principia Rerum Naturalium) à des traités techniques sur le fer et le cuivre nourris de son expérience au Collège des Mines[37]. Il refuse en 1724 la chaire de mathématiques qui lui est offerte à Uppsala, préférant garder sa liberté de recherche en dehors du cadre universitaire[38]. Dans les années 1740, avant même sa crise mystique, il se tourne vers l'anatomie et la physiologie du cerveau, publiant en 1744-1745 son Regnum Animale (« Le Règne animal »), où certains historiens des sciences lui reconnaissent une intuition précoce de la localisation cérébrale des fonctions et du rôle du cortex — travaux restés largement méconnus de ses contemporains faute d'une diffusion suffisante[39].
Une ironie de l'histoire : la « Principia » de 1734 mise à l'Index en 1738
Fait longtemps méconnu même des lecteurs avertis de Swedenborg : c'est son ouvrage strictement scientifique, et non ses écrits théologiques ultérieurs, qui vaut à son nom de figurer pour la première fois sur l'Index librorum prohibitorum catholique. Selon la liste des auteurs et ouvrages mis à l'Index tenue par les catalogues romains, la Principia Rerum Naturalium de 1734 est condamnée dès 1738[40] — sept années avant que Swedenborg ne connaisse sa crise mystique et onze années avant qu'il ne publie le premier volume de théologie des Arcana Caelestia (1749). La censure romaine visait alors, très vraisemblablement, la cosmologie mécaniste et la théorie nébulaire de la formation de l'univers exposées dans cet ouvrage, jugées incompatibles avec la lecture alors reçue du récit de la Création — un cas de figure comparable à celui d'autres savants du XVIIᵉ-XVIIIᵉ siècle dont les hypothèses cosmologiques, et non les opinions religieuses, attirèrent la censure de l'Index. Ce sera seulement à partir des années 1760-1780, une fois son œuvre théologique diffusée en Europe continentale, que les écrits religieux de Swedenborg attireront à leur tour l'attention critique — et, chez les protestants suédois eux-mêmes, l'accusation d'hérésie (cf. infra, § « Le jugement de l'Église luthérienne suédoise »).
La crise mystique de 1743-1745
Le Journal des rêves
À partir de 1743, alors qu'il obtient un congé du Collège des Mines pour un voyage de recherche sur le continent, Swedenborg tient un carnet intime en suédois, connu depuis sa redécouverte au XIXᵉ siècle sous le nom de Journal des rêves (Drömboken), où il consigne nuit après nuit des rêves de plus en plus habités d'angoisse spirituelle, de visions christiques et de scènes qu'il interprète comme des avertissements divins contre son propre orgueil intellectuel[41]. Ce document, resté inédit de son vivant et retrouvé seulement en 1859 dans les archives de l'Académie royale des sciences de Suède, montre un homme en proie à une crise psychologique et spirituelle profonde, oscillant entre l'exaltation et l'épouvante, mais déterminé à y voir la préparation d'une mission[42].
La vision de Londres, avril 1745
L'épisode décisif survient à Londres, au printemps 1745. Selon le récit que Swedenborg en donnera plus tard à ses correspondants, alors qu'il soupe seul dans une auberge, une obscurité se fait dans la pièce, puis un homme lui apparaît, assis dans un coin, qui lui dit d'un ton sévère : « Ne mange pas tant ! » L'homme disparaît ; Swedenborg, effrayé, rentre chez lui. La nuit suivante, le même homme lui apparaît de nouveau, entouré cette fois d'une lumière éclatante, et se révèle être le Seigneur Dieu lui-même, Créateur et Rédempteur du monde : il lui annonce qu'il l'a choisi pour dévoiler aux hommes le sens spirituel de l'Écriture, et que lui-même, désormais, lui dicterait ce qu'il devrait écrire[43]. C'est ce moment que la tradition swedenborgienne retient comme le véritable commencement de sa mission de « voyant » (Servant of the Lord Jesus Christ, titre qu'il adoptera sur la page de garde de ses ouvrages ultérieurs)[44].
À partir de cette date, Swedenborg affirme jouir en permanence d'un double état de conscience : il continue à vivre normalement dans le monde naturel tout en ayant, simultanément et à volonté, accès au monde spirituel — converser avec les anges, les esprits des défunts et les démons, visiter les différentes régions du ciel et de l'enfer, assister à des événements survenant sur d'autres planètes qu'il dit habitées[45]. Cette expérience continue, qu'il dira avoir vécue quotidiennement pendant vingt-sept ans jusqu'à sa mort, constitue la matière même de ses écrits théologiques : il ne s'agit pas, dans son esprit, de spéculations doctrinales, mais d'un compte rendu d'observation directe.
Vingt-sept années de « voyant » (1745-1772)
Les œuvres théologiques majeures
Entre 1747, date de sa démission du Collège des Mines avec une demi-pension, et sa mort en 1772, Swedenborg publie en latin, presque toujours à Londres ou à Amsterdam et le plus souvent sans nom d'auteur sur la page de titre, une trentaine d'ouvrages théologiques. Le tableau suivant présente les principaux, avec leur titre latin original, leur traduction usuelle et leur date de première publication.
| Titre latin original | Traduction usuelle | Date | Contenu principal |
|---|---|---|---|
| Arcana Caelestia | Les Mystères célestes | 1749-1756 (8 vol.) | Commentaire verset par verset de la Genèse et de l'Exode selon le « sens interne » |
| De Coelo et Ejus Mirabilibus et de Inferno | Du Ciel et de ses merveilles, et de l'Enfer | 1758 | Description du monde des esprits, du ciel et de l'enfer |
| De Ultimo Judicio | Le Jugement dernier | 1758 | Récit du jugement accompli en 1757 dans le monde spirituel |
| De Nova Hierosolyma et Ejus Doctrina Coelesti | La Nouvelle Jérusalem et sa doctrine céleste | 1758 | Résumé doctrinal destiné aux futurs disciples |
| Apocalypsis Revelata | L'Apocalypse dévoilée | 1766 | Commentaire intégral, verset par verset, du livre de l'Apocalypse |
| De Amore Conjugiali | L'Amour conjugal (Les Délices de la Sagesse) | 1768 | Doctrine du mariage éternel entre époux régénérés |
| Vera Christiana Religio | La Vraie Religion chrétienne | 1771 | Somme doctrinale finale, destinée à fonder la « Nouvelle Église »[46] |
Ces œuvres sont rédigées à un rythme soutenu, souvent la nuit, et Swedenborg les fait imprimer à ses frais avant de les diffuser gratuitement auprès des évêques, universités et bibliothèques d'Europe qu'il juge susceptibles de les accueillir[47].
Le « Jugement dernier » de 1757
L'une des affirmations les plus caractéristiques de Swedenborg concerne l'accomplissement du Jugement dernier annoncé par l'Apocalypse. Dans De Ultimo Judicio (1758), il expose que ce jugement, loin d'être un événement cosmique futur affectant la terre, s'est déjà accompli dans le monde spirituel, sur une période de plusieurs mois durant l'année 1757[48]. Selon son récit, une accumulation de faux esprits et d'hypocrites religieux avait, au fil des siècles, encombré le « monde des esprits » (état intermédiaire entre le ciel et l'enfer où séjournent, selon lui, les âmes après la mort avant leur destination finale) au point de menacer l'équilibre entre le bien et le mal ; ce déséquilibre aurait été résorbé par une vaste opération de tri spirituel, invisible aux hommes, dont Swedenborg affirme avoir été le témoin oculaire depuis son état de double conscience[49]. Cette relecture radicalement réalisée et non futuriste de l'eschatologie chrétienne — le Jugement dernier n'est plus à venir, il a déjà eu lieu, ailleurs, invisiblement — constitue l'un des points sur lesquels la théologie swedenborgienne s'écarte le plus nettement de la profession de foi chrétienne commune, catholique comme protestante.
Les cas de clairvoyance rapportés
Trois épisodes, rapportés par des témoins contemporains puis largement diffusés en Europe, ont contribué à bâtir la réputation extraordinaire de Swedenborg de son vivant.
L'incendie de Stockholm (19 juillet 1759)
Le grand incendie qui ravage le quartier de Södermalm, à Stockholm, le 19 juillet 1759[50], donne lieu au plus célèbre des récits de clairvoyance attribués à Swedenborg. Selon le récit que Emmanuel Kant rapporte dans sa lettre à Charlotte von Knobloch (1763) — récit qui situe lui-même la scène « vers la fin septembre 1759 » —, Swedenborg, revenant d'Angleterre, débarque à Göteborg, à environ 400 kilomètres de Stockholm. Invité à dîner chez un marchand de la ville, il sort soudain, vers dix-huit heures, très pâle, et annonce qu'un incendie violent vient de se déclarer à Stockholm, dans le quartier de Södermalm. Il donne, au cours de la soirée, plusieurs indications sur la progression puis l'extinction du feu :
« Vers six heures, M. Swedenborg sortit et revint parmi la compagnie tout pâle et alarmé. Il dit qu'un dangereux incendie venait d'éclater à Stockholm […] Dieu soit loué, dit-il, le feu est éteint — à la troisième porte de ma maison ! » — Rapporté par Emmanuel Kant, lettre à Charlotte von Knobloch, 1763, publiée en appendice des Träume eines Geistersehers (« Rêves d'un visionnaire »), 1766[51]
Selon le récit de Kant, l'information est confirmée deux à trois jours plus tard par des courriers officiels arrivés de Stockholm, dans des termes concordant avec ce que Swedenborg avait annoncé[52]. La distance entre les deux villes — plusieurs jours de trajet par la route au XVIIIᵉ siècle — rend impossible, du point de vue naturel, toute transmission ordinaire de l'information en temps réel ; c'est précisément ce paradoxe qui retiendra l'attention de Kant.
Le secret de la veuve Marteville
Un second épisode, également rapporté par Kant dans la même lettre, concerne Mme de Marteville (ou Herteville selon la graphie de Kant), veuve de l'ambassadeur de Hollande à Stockholm. Sommée par un orfèvre de payer une dette d'argenterie que son mari défunt avait, selon elle, déjà réglée, elle demande à Swedenborg de contacter l'esprit de son époux pour retrouver le reçu manquant. Swedenborg lui rapporte quelques jours plus tard l'existence d'un tiroir secret :
« En tirant le tiroir de gauche apparaîtrait une planche qu'il fallait retirer, découvrant alors un compartiment secret contenant sa correspondance hollandaise privée, ainsi que le reçu recherché. » — Rapporté par Emmanuel Kant, lettre à Charlotte von Knobloch, 1763[53]
Le compartiment et le reçu auraient effectivement été retrouvés à l'endroit indiqué, réglant le différend en faveur de la veuve[54].
Kant enquête : « Rêves d'un visionnaire » (1766)
Intrigué par ces récits qui circulent dans toute l'Allemagne du Nord, le jeune philosophe Emmanuel Kant, alors Privatdozent à Königsberg et non encore l'auteur de la Critique de la raison pure, mène sa propre enquête épistolaire — écrivant notamment à Swedenborg lui-même et chargeant un ami anglais d'enquêter sur place, à Stockholm puis à Göteborg[55] — avant de publier anonymement, en 1766, un court essai au titre ironique : Träume eines Geistersehers, erläutert durch Träume der Metaphysik (« Rêves d'un visionnaire, expliqués par les rêves de la métaphysique »)[56]. Kant y adopte une posture volontairement ambivalente, refusant à la fois le rejet sec et l'adhésion crédule :
« S'il faut l'en croire, il est le chef de tous les voyants d'esprits ; il est certainement aussi, à ce titre, le chef de tous les rêveurs. » — Emmanuel Kant, Rêves d'un visionnaire expliqués par les rêves de la métaphysique, IIᵉ partie, chap. 1, 1766, trad. É. F. Goerwitz (éd. angl. 1900)[57]
Le titre même de l'ouvrage — mettre en miroir les « rêves » du voyant suédois et les « rêves » de la métaphysique dogmatique de son temps — révèle le véritable projet de Kant : se servir de Swedenborg, figure jugée peu dangereuse à attaquer, comme d'un repoussoir pour ridiculiser plus largement les prétentions de la métaphysique rationaliste à connaître, par la seule raison spéculative, un monde suprasensible[58]. Kant conclut son enquête sur un scepticisme empirique prudent : les anecdotes rapportées, dit-il, relèvent du « bruit commun » (gemeines Gerücht) qu'aucune démonstration rigoureuse ne permet d'établir avec certitude, tout en reconnaissant n'avoir trouvé aucune raison de suspecter la bonne foi ou la santé d'esprit ordinaire de Swedenborg lui-même[59].
Le jugement de l'Église luthérienne suédoise
Contrairement à une idée reçue, Swedenborg n'a jamais été condamné de son vivant par l'Église catholique — dont il n'a jamais relevé, étant né et mort luthérien — mais bien par sa propre Église d'origine. En 1769, le consistoire de Göteborg engage une procédure pour hérésie contre les écrits théologiques de Swedenborg, alors diffusés en Suède par deux pasteurs, Gabriel Beyer et Johan Rosén ; les accusations portées incluent le socinianisme (négation de la divinité substantielle du Christ dans les termes trinitaires classiques)[60]. Une ordonnance royale interdit alors l'enseignement de sa doctrine dans le royaume, sans toutefois que Swedenborg lui-même, âgé et protégé par son rang nobiliaire, ne soit personnellement inquiété[61].
Les dernières années et la mort à Londres (1772)
En décembre 1771, Swedenborg, alors âgé de 83 ans, arrive à Londres pour superviser l'impression de sa Vraie Religion chrétienne ; il y subit une attaque cérébrale (ictus) le 24 décembre 1771[62]. Il se rétablit partiellement mais décline dans les semaines suivantes. Selon le témoignage du pasteur suédois de Londres, Arvid Ferelius, qui l'assiste dans ses derniers jours, Swedenborg maintient jusqu'au bout, avec calme, la véracité de tout ce qu'il a écrit, y compris lorsque Ferelius l'invite à envisager qu'il ait pu se tromper[63]. Il meurt le 29 mars 1772, à 84 ans, et est d'abord inhumé dans l'église suédoise de Londres ; ses restes seront transférés en 1908 dans la cathédrale d'Uppsala, sur décision du gouvernement suédois qui reconnaît ainsi, deux siècles plus tard, l'importance historique du personnage — sans pour autant que cette translation officielle vaille reconnaissance ecclésiale d'aucune sorte[64].
La doctrine swedenborgienne
Swedenborg présente l'ensemble de sa théologie non comme une élaboration personnelle mais comme la transcription fidèle de ce qu'il dit avoir directement observé dans le monde spirituel. Quatre piliers structurent l'ensemble de son système.
La doctrine des correspondances
Le principe herméneutique fondamental de toute l'œuvre swedenborgienne est la doctrine des correspondances : chaque réalité du monde naturel — un objet, un animal, un geste, un nombre — possède un équivalent exact et systématique dans le monde spirituel, de sorte que le texte biblique, lu à la lettre, recèle un « sens interne » entièrement spirituel que Swedenborg prétend décoder verset par verset dans les huit volumes des Arcana Caelestia[65]. Ainsi, dans son système, le soleil naturel correspond à l'amour divin, l'eau au vrai spirituel, le mariage terrestre à l'union de l'amour et de la sagesse dans l'âme régénérée[66]. Cette clé de lecture, qu'il affirme avoir reçue directement des anges plutôt qu'élaborée par raisonnement, lui permet de proposer une exégèse continue de la Genèse, de l'Exode et de l'Apocalypse radicalement étrangère à toute méthode philologique, historique ou patristique.
Une Trinité contenue dans une seule Personne
Le point doctrinal le plus lourd de conséquences théologiques est le traitement swedenborgien de la Trinité. Dans sa somme finale, la Vera Christiana Religio, Swedenborg consacre tout un chapitre — intitulé De Trino Divino — à exposer sa thèse :
« Il y a une Trinité Divine, qui est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. » — Emanuel Swedenborg, Vera Christiana Religio, § 164[67]
Jusque-là, la formule reste conforme au vocabulaire chrétien commun. Mais Swedenborg précise aussitôt le sens qu'il donne à ces trois termes : non pas trois Personnes distinctes subsistant chacune de toute éternité, mais trois éléments constitutifs d'une seule et même Personne, celle du Christ :
« Ces trois sont les trois essentiels du Dieu unique, et ils font un — comme l'âme, le corps et l'opération font un dans une seule personne. » — Emanuel Swedenborg, Vera Christiana Religio, §§ 166-169[68]
Il en tire la formule qui résume toute sa christologie :
« Ainsi Dieu s'est fait Homme, et l'Homme s'est fait Dieu, en une seule Personne. » — Emanuel Swedenborg, Vera Christiana Religio, chap. II, « Le Seigneur le Rédempteur »[69]
Pour Swedenborg, le « Père » désigne l'Être divin invisible et infini ; le « Fils » n'est pas une Personne distincte engendrée de toute éternité, mais l'Humain assumé par ce Dieu unique dans le temps, lors de l'incarnation ; le « Saint-Esprit » n'est enfin que la procédure ou l'opération par laquelle ce Dieu-Homme agit dans le monde[70]. Swedenborg va jusqu'à qualifier la doctrine trinitaire classique de « Trinité de Dieux », qu'il attribue non aux Apôtres mais au concile de Nicée et à ses développements ultérieurs, accusés d'avoir introduit dans le christianisme une forme déguisée de trithéisme[71].
Le ciel, l'enfer et la vie après la mort
Selon Swedenborg, l'âme conserve après la mort une forme humaine complète et entre d'abord dans un état intermédiaire, le monde des esprits, où elle est progressivement amenée à révéler sa véritable nature — bonne ou mauvaise — jusqu'à ce qu'elle rejoigne librement la société céleste ou infernale qui correspond exactement à l'amour dominant qu'elle a cultivé durant sa vie terrestre[72]. Le ciel n'est donc pas, chez lui, une récompense extrinsèque octroyée par décret divin, ni l'enfer un châtiment imposé de l'extérieur : l'un et l'autre sont le prolongement naturel et librement choisi des amours de chacun — les anges sont heureux au ciel parce qu'ils y trouvent l'usage et l'altruisme qu'ils ont aimés sur terre ; les démons sont malheureux en enfer, mais préfèrent malgré tout cet état à la présence insupportable pour eux de l'amour divin[73]. Swedenborg décrit longuement, dans Du Ciel et de ses merveilles et de l'Enfer (1758), la structure sociale du ciel, organisé en « sociétés » selon les degrés et les types d'amour, et affirme y avoir personnellement conversé avec des anges identifiés comme d'anciens habitants de la terre, mais aussi — point qui frappera nombre de ses contemporains — avec des esprits originaires d'autres planètes du système solaire qu'il dit avoir visitées en esprit[74].
L'amour conjugal
Dans De Amore Conjugiali (1768), Swedenborg développe une doctrine du mariage qui prolonge sa vision de l'au-delà : l'union conjugale véritable, fondée sur l'amour et non la seule convenance sociale, se poursuit et s'achève dans l'éternité, au point que deux époux pleinement unis dans cet amour deviennent, selon sa formule, « un seul ange » dans le ciel[75]. Cette doctrine, qui valorise fortement l'union charnelle comme expression légitime et sanctifiante de l'amour conjugal céleste, suscitera en son temps des accusations de licence — accusations que les défenseurs modernes de Swedenborg jugent excessives, l'ouvrage insistant tout autant sur la fidélité, la continence hors mariage et la dégradation spirituelle attachée à l'adultère[76].
Le jugement catholique sur la doctrine swedenborgienne
Ignispedia ne peut recevoir la doctrine swedenborgienne comme une variante légitime de la foi chrétienne : sur plusieurs points structurants, elle s'oppose directement au dépôt de la foi catholique tel que l'Église l'a défini de façon irréformable. Reconnaître la puissance littéraire, la sincérité subjective et l'influence culturelle considérable de Swedenborg n'empêche pas de nommer clairement ces oppositions.
Une christologie modaliste, déjà condamnée par l'Église ancienne
La thèse centrale de Swedenborg — une Trinité de « trois essentiels » contenus dans une seule Personne, plutôt que trois Personnes distinctes subsistant chacune de toute éternité dans l'unique substance divine — n'est pas une nouveauté théologique du XVIIIᵉ siècle. Elle reprend, sous un vocabulaire nouveau, la structure logique du modalisme (ou sabellianisme, du nom du théologien romain Sabellius), déjà identifié et condamné par l'Église dès le IIIᵉ siècle : le pape saint Denys de Rome, dans une lettre synodale de 262 adressée à son homonyme Denys d'Alexandrie, réprouve explicitement toute doctrine qui « divise en trois divinités séparées, en quelque sorte étrangères l'une à l'autre, l'auguste Unité », mais tout autant celle qui « anéantit la divinité du Fils » en n'y voyant qu'un simple mode ou une simple manifestation successive du Père[77]. Le dogme trinitaire catholique, formulé au concile de Nicée (325) puis précisé à Constantinople (381), professe une seule nature divine subsistant en trois Personnes réellement distinctes — Père, Fils et Saint-Esprit —, chacune pleinement Dieu, sans confusion ni séparation : « il n'y a pas trois dieux, mais un seul Dieu » et pourtant « le Fils n'est pas le Père, le Père n'est pas le Fils », enseigne le Catéchisme de l'Église catholique en résumant ce dogme fondateur[78]. En réduisant le Fils et l'Esprit à des « éléments » ou des « opérations » internes à une Personne unique, Swedenborg efface précisément la distinction réelle des Personnes que l'Église a jugée indispensable à la vérité même de la Révélation biblique — un Père qui envoie, un Fils qui est envoyé et qui prie ce Père comme un « Tu » distinct de lui-même, un Esprit qui procède des deux.
Le tableau suivant situe la position swedenborgienne par rapport au dogme catholique et à son ancêtre historique le plus proche.
| Position doctrinale | Nombre de Personnes divines | Statut du Fils | Jugement de l'Église |
|---|---|---|---|
| Dogme catholique (Nicée-Constantinople) | Trois Personnes réellement distinctes, une seule nature | Engendré du Père de toute éternité, Personne distincte et pleinement Dieu | Dogme irréformable, professé dans le Credo |
| Modalisme / sabellianisme (IIIᵉ siècle) | Une seule Personne se manifestant successivement sous trois « modes » | Simple manifestation temporaire du Père incarné | Condamné par le pape saint Denys de Rome, synode de 262[79] |
| Doctrine swedenborgienne (Vera Christiana Religio, §§164-184) | Une seule Personne (le Christ) contenant « trois essentiels » : âme, corps, opération | Humain assumé par le Dieu unique dans le temps, non Personne distincte de toute éternité | Structure logiquement apparentée au modalisme condamné, incompatible avec le Credo |
La négation de la Rédemption vicaire du Christ
Solidaire de sa christologie, la sotériologie swedenborgienne s'écarte également de l'enseignement catholique sur la Rédemption. Swedenborg rejette explicitement l'idée que le Christ, sur la croix, ait offert sa vie en sacrifice de satisfaction pour les péchés des hommes — il n'y voit qu'une lecture littéraliste et, selon lui, indigne de la bonté divine[80]. Pour Swedenborg, l'œuvre du Christ consiste plutôt à avoir, par son incarnation et son combat spirituel personnel contre les puissances infernales, subjugué et repoussé les enfers qui menaçaient d'engloutir la liberté spirituelle du genre humain, rendant ainsi de nouveau possible, pour chacun, le chemin de la régénération intérieure[81]. Si l'insistance sur le combat spirituel du Christ contre le mal n'est pas en elle-même étrangère à la tradition chrétienne — les Pères grecs parlent volontiers de Christus Victor —, la négation explicite de toute dimension satisfactoire et sacrificielle de la croix contredit un enseignement biblique et magistériel constant, depuis les formules pauliniennes (« le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures », 1 Corinthiens 15, 3) jusqu'au Catéchisme, qui enseigne que le Christ « s'est livré lui-même pour nos péchés » et que sa mort « répare, restitue, réhabilite, libère l'humanité pécheresse » précisément comme sacrifice offert par amour[82].
Le problème de l'autorité prophétique privée substituée au Magistère
Au-delà des contenus doctrinaux particuliers, c'est la structure même de la revendication swedenborgienne qui pose problème du point de vue catholique. Swedenborg ne présente pas ses écrits comme une contribution théologique parmi d'autres, discutable et faillible, mais comme une révélation directe et continue, reçue quotidiennement pendant vingt-sept ans par accès personnel au monde spirituel, destinée à corriger l'ensemble de la tradition chrétienne reçue depuis Nicée[83]. L'Église catholique enseigne au contraire que la Révélation publique s'est close avec la mort du dernier Apôtre, et que toute expérience spirituelle ultérieure, aussi sincère soit-elle chez celui qui la vit, ne peut avoir valeur que de révélation privée, subordonnée à l'Écriture, à la Tradition et au discernement du Magistère, jamais substituée à eux : « Il n'y aura plus d'autre révélation publique à attendre avant la manifestation glorieuse de Notre Seigneur Jésus-Christ », rappelle le Catéchisme, qui précise qu'une révélation privée « ne peut améliorer ou compléter la Révélation définitive du Christ », son rôle étant seulement « d'aider à mieux vivre » celle-ci, jamais de la corriger ni de fonder une doctrine nouvelle qui s'y substitue[84]. Or Swedenborg ne demande à aucune autorité ecclésiale de vérifier ni de recevoir ses visions : il les publie directement, sans mandat, sans approbation, en s'instituant lui-même seul juge de leur authenticité — posture qu'aucun mystique reconnu par l'Église catholique, de Thérèse d'Avila à Faustine Kowalska, n'a jamais adoptée, ceux-ci ayant au contraire toujours soumis leurs expériences au discernement de confesseurs et d'autorités compétentes.
La mise à l'Index et la position magistérielle
Comme indiqué plus haut, la première œuvre de Swedenborg mise à l'Index librorum prohibitorum, en 1738, est un ouvrage strictement scientifique — la Principia Rerum Naturalium — et non un texte théologique[85]. Aucun décret doctrinal spécifique et nommément consacré à la théologie swedenborgienne n'a été identifié dans les actes du Saint-Office ou de la Congrégation de l'Index pour le XVIIIᵉ ou le XIXᵉ siècle malgré les recherches menées pour cet article — la diffusion des écrits théologiques de Swedenborg en Europe catholique étant restée, historiquement, marginale comparée à leur réception dans les mondes anglo-saxon et scandinave protestants. Ce silence documentaire spécifique ne doit cependant pas être interprété comme une tolérance doctrinale : les positions swedenborgiennes sur la Trinité, la Rédemption et l'autorité de la révélation privée tombent sans ambiguïté sous le coup de l'enseignement dogmatique déjà constitué par les conciles de Nicée, Constantinople, Éphèse et Chalcédoine, ainsi que sous la doctrine constante du Catéchisme rappelée ci-dessus — sans qu'il soit besoin d'un décret spécifique visant Swedenborg par son nom pour établir cette incompatibilité doctrinale.
La Nouvelle Église et la postérité de Swedenborg
La fondation de la New Jerusalem Church (1787)
Swedenborg n'a jamais fondé lui-même de communauté religieuse organisée ; il est mort, formellement, luthérien, sans avoir jamais quitté l'Église d'État suédoise[86]. C'est quinze ans après sa mort, le 7 mai 1787 à Londres, qu'un groupe de lecteurs anglais réunis autour de l'imprimeur Robert Hindmarsh organise la première congrégation de ce qui deviendra l'Église de la Nouvelle Jérusalem (New Jerusalem Church, aussi dite « Nouvelle Église »)[87]. Le mouvement essaime rapidement : une Église swedenborgienne américaine est fondée à Cambridge (Massachusetts) en 1817[88], et le colporteur missionnaire américain John Chapman, plus connu sous le surnom légendaire de « Johnny Appleseed », deviendra l'un des propagateurs les plus pittoresques de la doctrine dans les territoires de l'Ouest américain au tournant du XIXᵉ siècle[89]. La Swedenborg Society, fondée à Londres en 1810, se consacre depuis lors à la traduction et à la diffusion critique de l'œuvre complète, en dehors de tout cadre confessionnel strict[90].
Diffusion et chiffres
Le mouvement swedenborgien demeure, à l'échelle mondiale, de taille modeste comparé aux grandes confessions chrétiennes : au début du XXᵉ siècle, l'Église anglaise ne comptait qu'un peu plus de 6 600 membres inscrits répartis en une soixante-dizaine de sociétés locales, tandis que la principale dénomination américaine en revendiquait environ 8 500[91]. Ces effectifs, demeurés modestes sur longue période, contrastent nettement avec l'ampleur de l'influence intellectuelle et littéraire exercée par Swedenborg bien au-delà des rangs de ses fidèles organisés.
Une influence culturelle considérable
L'empreinte de Swedenborg sur la culture occidentale des XIXᵉ et XXᵉ siècles dépasse très largement le cercle de la Nouvelle Église. Le poète et graveur anglais William Blake annote abondamment ses exemplaires personnels des ouvrages de Swedenborg et s'en inspire, tout en s'en démarquant vivement, pour son propre système mythopoétique[92]. En France, Honoré de Balzac construit son roman Séraphîta (1833-1835), volet du Livre mystique de La Comédie humaine, directement sur la doctrine swedenborgienne des correspondances et de l'androgynie angélique, y consacrant même un chapitre biographique consacré à Swedenborg lui-même ; les théories swedenborgiennes apparaissent aussi parmi les lectures du héros de son roman Louis Lambert (1832)[93]. Charles Baudelaire, lecteur assidu de Swedenborg, bâtit sur la doctrine des correspondances le sonnet éponyme des Fleurs du Mal (1857), qui ouvre par le vers célèbre : « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles »[94]. Outre-Atlantique, Ralph Waldo Emerson consacre à Swedenborg tout un chapitre de ses Représentative Men (1850), le classant, non sans réserves critiques, parmi les esprits « mystiques » exemplaires de l'humanité aux côtés de Platon et de Shakespeare[95]. Au XXᵉ siècle, le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, le poète irlandais William Butler Yeats et l'écrivain argentin Jorge Luis Borges — qui lui consacrera un poème et une préface — continuent de citer Swedenborg comme une référence marquante de l'exploration littéraire et symbolique de l'inconscient et du monde intérieur[96]. Le philosophe Emmanuel Kant, on l'a vu, lui doit indirectement l'un de ses essais les plus lus du grand public, bien qu'il s'en soit tenu, pour sa part, à une distance critique prudente.
Pour aller plus loin
- Cet article prolonge la mention de Swedenborg dans le panorama plus large de L'ésotérisme, où il figure aux côtés de Jakob Böhme parmi les « théosophes baroques ».
- Sur un autre savant du Grand Siècle rejeté par le milieu religieux de sa naissance et dont l'œuvre pose elle aussi, pour d'autres raisons, la question du rapport entre raison, Écriture et révélation, voir Baruch Spinoza (1632-1677).
- Sur le théosophe silésien auquel Swedenborg est souvent associé dans l'histoire des courants ésotériques chrétiens, voir Jakob Böhme (1575-1624).
Notes et références
« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026), en.wikipedia.org/wiki/Emanuel_Swedenborg — naissance le 29 janvier 1688 à Stockholm, mort le 29 mars 1772 à Londres à 84 ans ; fils de Jesper Swedberg (1653-1735), évêque luthérien de Skara ; carrière au Collège royal des Mines ; œuvres théologiques majeures avec dates de publication.
1 3 7 24« Swedenborgians », The Catholic Encyclopedia, vol. XIV, Robert Appleton Company, New York, 1913, art. consulté sur newadvent.org/cathen/14355a.htm (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026) — biographie résumée : « the Lord appeared to him in London, initiated him into the spiritual sense of the Scriptures » ; démission de son poste d'assesseur en 1747 ; témoignage du pasteur Ferelius au chevet de Swedenborg mourant.
2 15 16 43 63Emanuel Swedenborg, Vera Christiana Religio (« La Vraie Religion chrétienne »), Amsterdam, 1771, chap. III, « De Trino Divino », §§ 164-169, traduction anglaise J. C. Ager consultée via swedenborgdigitallibrary.org/contets/tcrtc.html et recoupée sur sacred-texts.com/swd/tcr/ (consulté juillet 2026). Texte original anglais (traduction Ager) : « There is a Divine Trinity, which is Father, Son and Holy Spirit » (§164-165) ; « These three are the three essentials of the one God, and they make one, as the soul, body, and operation make one in a person » (§166-169).
4 67 68Emmanuel Kant, Träume eines Geistersehers, erläutert durch Träume der Metaphysik (« Rêves d'un visionnaire, expliqués par les rêves de la métaphysique »), Königsberg, 1766, traduction anglaise Emanuel F. Goerwitz, éd. Frank Sewall, Swan Sonnenschein, Londres, 1900, texte consulté via en.wikisource.org/wiki/Dreams_of_a_Spirit-Seer (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026).
5« Emanuel Swedenborg », Wikipédia francophone (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026), fr.wikipedia.org/wiki/Emanuel_Swedenborg — section réception : William Blake, Ralph Waldo Emerson, Carl Gustav Jung, William Butler Yeats, Jorge Luis Borges, August Strindberg ; condamnation pour hérésie par le consistoire de Göteborg en 1769-1770 contre les pasteurs Beyer et Rosén, diffuseurs suédois de sa doctrine.
6 60 61 92 94 95 96« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — inscription à l'université d'Uppsala en 1699 à l'âge de onze ans ; le registre universitaire le décrit comme « a youth of the best talent » ; l'inscription précoce correspondait alors à un niveau proche du secondaire moderne.
8 26 28« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — séjour de 1703 à 1709 dans la maison d'Erik Benzelius le Jeune, mari de sa demi-sœur Anna, bibliothécaire de l'université d'Uppsala et futur archevêque, qui l'introduit aux correspondances scientifiques européennes contemporaines (Newton, Flamsteed).
9 29« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — soutenance en 1709 d'une thèse latine sur des maximes de Sénèque et de Publilius Syrus, clôturant son cursus à Uppsala.
10 30« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — Grand Tour de 1710 à 1715 : Hollande, France, Allemagne, puis environ quatre années passées à Londres, où il fréquente les milieux scientifiques newtoniens.
11 31« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — rencontre avec le roi Charles XII à Lund en 1716 ; nomination le 18 décembre 1716 comme assesseur extraordinaire au Collège royal des Mines (Bergskollegium).
12 33« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — anoblissement de la famille Swedberg par la reine Ulrika Eleonora en 1719, changement du nom de famille en Swedenborg, siège à la chambre nobiliaire de la Diète du royaume de Suède à partir de cette date.
13 35« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — publication en octobre 1733/1734 à Leipzig, puis réédition à Dresde en 1734, des trois volumes des Opera Philosophica et Mineralia, comprenant les Principia Rerum Naturalium et des traités techniques sur le fer et le cuivre.
14 37« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — publication des huit volumes latins des Arcana Caelestia entre 1749 et 1756, à Londres, sans nom d'auteur sur la page de titre.
17Emanuel Swedenborg, De Ultimo Judicio et de Babylonia Destructa (« Le Jugement dernier, et Babylone détruite »), Londres, 1758 ; complété par Continuatio de Ultimo Judicio: Et de Mundo Spirituali, Amsterdam, 1763 ; édition anglaise moderne The Last Judgment in Retrospect, trad. George F. Dole, Swedenborg Foundation, West Chester, ISBN 978-0-87785-176-9, consultée via swedenborg.com (résumé éditorial, consulté juillet 2026) — le Jugement dernier décrit comme un événement accompli dans le monde spirituel au cours de l'année 1757, et non comme un événement terrestre futur.
18 48Emmanuel Kant, lettre à Charlotte von Knobloch, datée d'août 1763, publiée en appendice (Appendix II) des Träume eines Geistersehers dans l'édition anglaise Goerwitz/Sewall de 1900, texte consulté via en.wikisource.org/wiki/Dreams_of_a_Spirit-Seer/Appendix_2 (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026). Texte original anglais : « In the year 1759, towards the end of September, on Saturday at four o'clock p.m., Swedenborg arrived at Gothenburg from England [...] About six o'clock Swedenborg went out, and returned to the company quite pale and alarmed. He said that a dangerous fire had just broke out in Stockholm, at the Södermalm [...] Thank God! the fire is extinguished; the third door from my house. » La datation « fin septembre » est celle du récit kantien lui-même, postérieur aux faits.
19 51 52 55Emmanuel Kant, Träume eines Geistersehers, erläutert durch Träume der Metaphysik, Königsberg, 1766, publié anonymement ; référence bibliographique croisée sur en.wikisource.org/wiki/Dreams_of_a_Spirit-Seer et Britannica, art. « Dreams of a Spirit-Seer, Illustrated by Dreams of Metaphysics » (consultés juillet 2026).
20 56« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — publication de la Vera Christiana Religio en 1770-1771 à Amsterdam, dernière grande œuvre théologique de Swedenborg avant sa mort.
21 46« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — arrivée à Londres en décembre 1771, attaque cérébrale (stroke) le 24 décembre 1771, mort le 29 mars 1772.
22 62« Emanuel Swedenborg » et « New Church », Wikipédia anglophone (vérifiés par lecture directe, consulté juillet 2026) — fondation de la première congrégation de la New Jerusalem Church à Londres le 7 mai 1787, sous l'impulsion de l'imprimeur Robert Hindmarsh, quinze ans après la mort de Swedenborg.
23 87« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — mort de sa mère Sara Behm alors qu'il a huit ans ; remariage de son père avec Sara Bergia.
25« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — Jesper Swedberg, évêque luthérien rigoureux mais lui-même marqué par une sensibilité piétiste et mystique, se disait en communication avec les anges ; influence reconnue sur la sensibilité religieuse de son fils.
27« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — durant son séjour anglais (1710-1715), apprentissage de plusieurs métiers manuels et esquisses de projets d'ingénierie, dont une machine volante et un sous-marin, restés à l'état de croquis non réalisés.
32« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — publication du Daedalus Hyperboreus, premier périodique scientifique suédois, entre 1716 et 1718.
34« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit., et « Nebular hypothesis », Wikipédia anglophone (consultés juillet 2026) — publication en 1721 à Amsterdam du Prodromus Principiorum Rerum Naturalium, exposant une théorie de formation du système solaire par agrégation nébulaire, antérieure aux hypothèses similaires de Kant (1755) et Laplace (1796).
36« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — refus en 1724 de la chaire de mathématiques offerte à l'université d'Uppsala.
38« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — publication du Regnum Animale (« Le Règne animal ») en 1744-1745, à La Haye et à Londres, contenant des observations anatomiques sur le cerveau reconnues rétrospectivement par certains historiens des neurosciences comme précoces sur la localisation corticale des fonctions.
39« List of authors and works on the Index Librorum Prohibitorum », Wikipédia anglophone (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026), en.wikipedia.org/wiki/List_of_authors_and_works_on_the_Index_Librorum_Prohibitorum — entrée « Swedenborg, Emanuel », ouvrage Principia (1734), date de mise à l'Index : 1738.
40 85« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit., et « Journal of Dreams » (Drömboken), notice bibliographique croisée via Swedenborg Foundation (swedenborg.com, consulté juillet 2026) — carnet intime tenu à partir de 1743-1744, rédigé en suédois, documentant la crise spirituelle de Swedenborg.
41Swedenborg Foundation, notice sur le Journal of Dreams, swedenborg.com (consulté juillet 2026) — manuscrit redécouvert en 1859 dans les archives de l'Académie royale des sciences de Suède, publié pour la première fois par G. E. Klemming la même année.
42« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — Swedenborg adopte sur la page de titre de plusieurs ouvrages théologiques ultérieurs la formule latine Servus Domini Jesu Christi (« Serviteur du Seigneur Jésus-Christ »).
44« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — Swedenborg affirme, à partir de 1745, jouir en permanence d'un double état de conscience, naturel et spirituel simultanément, jusqu'à sa mort en 1772, soit vingt-sept années.
45Swedenborg Foundation, « Swedenborg's Life », swedenborg.com/emanuel-swedenborg/about-life/ (consulté juillet 2026) — impression des ouvrages théologiques aux frais personnels de Swedenborg et diffusion gratuite auprès de bibliothèques, universités et autorités ecclésiastiques d'Europe.
47Swedenborg Foundation, résumé éditorial de The Last Judgment in Retrospect, swedenborg.com/product/the-last-judgment-in-retrospect/ (consulté juillet 2026) — le Jugement dernier de 1757 décrit comme la résorption d'une accumulation d'esprits hypocrites dans le monde intermédiaire des esprits, menaçant l'équilibre entre le bien et le mal.
49Grand incendie de Stockholm documenté au jeudi 19 juillet 1759 : « Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone (consulté octobre 2026), § Fire anecdotes — « On Thursday, 19 July 1759 a great and well-documented fire broke out in Stockholm, Sweden » ; « 1759 in Sweden », Wikipédia anglophone (consulté octobre 2026) — « 19 July - The Great Stockholm Fire 1759 reduced about 20 blocks with about 300 houses to ash, and rendered about 2000 persons homeless. »
50Emmanuel Kant, lettre à Charlotte von Knobloch, 1763, art. cit., Appendix II — texte original anglais (trad. Goerwitz) : « Madame Herteville (Marteville), the widow of the Dutch Ambassador in Stockholm, some time after the death of her husband, was called upon by Croon, a goldsmith, to pay for a silver service [...] after pulling out the lefthand drawer a board would appear, which required to be drawn out, when a secret compartment would be disclosed, containing his private Dutch correspondence, as well as the receipt. »
53 54Emmanuel Kant, Träume eines Geistersehers, IIᵉ partie, chap. 1, trad. angl. Goerwitz/Sewall, 1900, texte consulté via en.wikisource.org/wiki/Dreams_of_a_Spirit-Seer/Part_2/Chapter_1 (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026). Texte original anglais : « Just as he, if we may believe him, is the Arch-Spiritseer among all the spiritseers, he certainly is also the Arch-Dreamer among all the dreamers. »
57Britannica, art. « Dreams of a Spirit-Seer, Illustrated by Dreams of Metaphysics », britannica.com (consulté juillet 2026) — l'essai use de Swedenborg, jugé une cible peu risquée, comme repoussoir ironique pour critiquer plus largement les prétentions de la métaphysique dogmatique rationaliste de l'époque.
58Emmanuel Kant, Träume eines Geistersehers, art. cit. — qualification des anecdotes de clairvoyance comme relevant du « bruit commun » (gemeines Gerücht), sans démonstration rigoureuse possible, tout en ne mettant pas en doute la bonne foi personnelle de Swedenborg.
59« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — translation des restes de Swedenborg, en 1908, de l'église suédoise de Londres vers la cathédrale d'Uppsala, sur décision du gouvernement suédois.
64Emanuel Swedenborg, Arcana Caelestia, Londres, 1749-1756, 8 vol. ; principe des correspondances résumé dans la notice éditoriale de la Swedenborg Foundation, « Correspondences », swedenborg.com/emanuel-swedenborg/explore/spiritual-world/ (consulté juillet 2026) — chaque réalité naturelle correspond selon Swedenborg à une réalité spirituelle précise, fondant sa méthode d'exégèse du sens interne de l'Écriture.
65Swedenborg Foundation, notice « Correspondences », art. cit. — exemples donnés : le soleil naturel correspond à l'amour divin, l'eau naturelle au vrai spirituel, le mariage terrestre à l'union de l'amour et de la sagesse.
66Emanuel Swedenborg, Vera Christiana Religio, chap. II, « The Lord the Redeemer » (« Le Seigneur le Rédempteur »), §§ 81-113, trad. angl. Ager, texte consulté via swedenborgdigitallibrary.org (consulté juillet 2026). Texte original anglais : « Thus God became Man and Man became God in one Person. »
69Emanuel Swedenborg, Vera Christiana Religio, chap. III, §§ 163-184, trad. angl. Ager, texte consulté via swedenborgdigitallibrary.org (consulté juillet 2026) — explication détaillée : le Père comme Être divin invisible, le Fils comme Humain assumé dans le temps, l'Esprit Saint comme opération procédant du Dieu-Homme unique.
70Emanuel Swedenborg, Vera Christiana Religio, chap. III, art. cit. — critique explicite de la formulation trinitaire issue du concile de Nicée et de ses développements comme constituant, selon lui, une « Trinité de Dieux » étrangère à l'enseignement apostolique originel.
71 83« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit., et Swedenborg Foundation, notice « Spiritual World (Afterlife) », swedenborg.com/emanuel-swedenborg/explore/spiritual-world/ (consultés juillet 2026) — l'âme conserve une forme humaine après la mort, passe par un monde intermédiaire des esprits avant de rejoindre librement le ciel ou l'enfer correspondant à son amour dominant.
72Emanuel Swedenborg, De Coelo et Ejus Mirabilibus et de Inferno, Londres, 1758, résumé doctrinal croisé via Swedenborg Foundation et Heaven and Hell (Swedenborg book), Wikipédia anglophone (consultés juillet 2026) — le ciel et l'enfer comme prolongements librement choisis des amours dominants de chacun, non comme récompense ou châtiment extrinsèques.
73« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — Swedenborg affirme avoir visité en esprit d'autres planètes du système solaire qu'il dit habitées, sujet développé dans son opuscule De Telluribus in Mundo Nostro Solari (1758).
74Emanuel Swedenborg, De Amore Conjugiali, Amsterdam, 1768, résumé doctrinal croisé via Swedenborg Foundation (consulté juillet 2026) — deux époux pleinement unis dans l'amour conjugal céleste deviennent, selon la doctrine swedenborgienne, « un seul ange » dans l'au-delà.
75Swedenborg Foundation, notice sur Conjugial Love, swedenborg.com (consulté juillet 2026) — controverses contemporaines sur le contenu de l'ouvrage, nuancées par l'insistance parallèle du texte sur la fidélité conjugale et la dégradation spirituelle attachée à l'adultère.
76Saint Denys de Rome, lettre synodale au pape Denys d'Alexandrie, synode romain de 262, texte cité et commenté dans le Denzinger-Hünermann, Enchiridion Symbolorum, éd. ignatienne, §§ 112-115, et résumé sur newadvent.org, art. « Pope St. Dionysius » (consulté juillet 2026) — condamnation conjointe du trithéisme (« qui divise en trois divinités séparées l'auguste Unité ») et du modalisme/sabellianisme (qui nie la subsistance réelle du Fils comme Personne distincte).
77 79Catéchisme de l'Église catholique, §§ 253-256, texte officiel en français, vatican.va/archive/FRA0013/__P19.HTM (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026) — « Les Personnes divines sont réellement distinctes entre elles [...] "Non pas que cette Trinité de Personnes divise l'unité de la nature divine mais... il n'y a pas trois dieux, mais un seul Dieu" » (§ 254).
78Swedenborg Foundation, notice « The Lord », swedenborg.com/emanuel-swedenborg/explore/lord/ (consulté juillet 2026) — rejet swedenborgien de tout sacrifice de satisfaction pour les péchés, remplacé par la doctrine du combat spirituel du Christ contre les enfers (« subjugation of the hells ») rendant possible la régénération humaine.
80 81Catéchisme de l'Église catholique, §§ 613-615, texte officiel en français, vatican.va/archive/FRA0013/__P23.HTM (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026) — le sacrifice du Christ « répare, restitue, réhabilite, libère l'humanité pécheresse » ; citation de 1 Corinthiens 15, 3 : « le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures ».
82Catéchisme de l'Église catholique, §§ 66-67, texte officiel en français, vatican.va/archive/FRA0013/__P1B.HTM (vérifié par lecture directe, consulté juillet 2026) — § 66 : « aucune nouvelle révélation publique n'est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de Notre Seigneur Jésus Christ » ; § 67 : une « révélation » privée « ne saurait cependant améliorer ou compléter la Révélation définitive du Christ ».
84« Emanuel Swedenborg », Wikipédia anglophone, art. cit. — Swedenborg n'a jamais formellement quitté l'Église luthérienne d'État suédoise ni fondé lui-même de dénomination distincte de son vivant.
86« New Church », Wikipédia anglophone (consulté juillet 2026) — fondation de la Swedenborgian Church of North America à Cambridge (Massachusetts) en 1817.
88« John Chapman » (« Johnny Appleseed »), Wikipédia anglophone (consulté juillet 2026) — missionnaire itinérant swedenborgien actif dans les territoires de l'Ouest américain au tournant du XIXᵉ siècle, diffusant la doctrine de la Nouvelle Église parallèlement à ses activités de pépiniériste.
89« Swedenborg Society », Wikipédia anglophone (consulté juillet 2026) — société fondée à Londres en 1810, consacrée à la traduction et à la publication critique de l'œuvre complète de Swedenborg.
90« Swedenborgians », The Catholic Encyclopedia, art. cit., 1913 — statistiques de l'Église anglaise (« 45 ministers, 70 societies, 6665 registered members », données 1909) et de la principale dénomination américaine (« 107 ministers, 130 churches, and 8500 communicants », données 1912).
91« Swedenborg et la théosophie mystique dans "Séraphîta" », L'Année balzacienne, 2013/1, Cairn.info, shs.cairn.info/revue-l-annee-balzacienne-2013-1-page-183 (résumé éditorial consulté juillet 2026) — Séraphîta (1833-1835), volet du Livre mystique de La Comédie humaine, construit sur la doctrine swedenborgienne des correspondances, avec un chapitre consacré à la biographie de Swedenborg ; thèmes swedenborgiens présents également dans Louis Lambert (1832).
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