Saint Nersès le Grand (mort en 373)

Saint Nersès le Grand, catholicos d'Arménie (353-373) et descendant de saint Grégoire l'Illuminateur, réforma l'Église arménienne au concile d'Achtichat (léproseries, hospices, orphelinats) et mourut empoisonné pour avoir tenu tête aux rois Arsace II et Pap.

Ignispedia

Saint Nersès le Grand (mort en 373 ; sa date de naissance est inconnue), en arménien Nersēs Mets, fut le quatrième successeur de saint Grégoire l'Illuminateur sur le siège catholicossal d'Arménie et l'un des plus grands réformateurs de l'histoire de cette Église. Issu de la lignée même de l'apôtre de l'Arménie, formé à la culture grecque de Césarée de Cappadoce, il fut catholicos de 353 à 373 et donna à l'Église arménienne, encore à demi façonnée par les mœurs païennes, sa première grande charte conciliaire : le concile d'Achtichat[1][2].

Son gouvernement fut celui d'un pasteur qui refusa de séparer la foi de la charité concrète : fondation de léproseries, d'hospices et d'orphelinats, envoi de moines évangélisateurs à travers tout le pays, réforme du mariage et des rites funéraires encore imprégnés de zoroastrisme[3][4]. Mais son gouvernement fut aussi celui d'un confesseur : il tint tête successivement à deux rois d'Arménie, Arsace II puis Pap, refusant de couvrir leurs crimes du silence de l'Église, jusqu'à en mourir, empoisonné, en 373[5][6].

Cet article présente le saint lui-même : ses origines dans la famille des Grégorides, sa formation, son élection, son œuvre conciliaire et charitable, ses affrontements avec le pouvoir royal, sa mort et son culte. Pour le milieu ecclésial de Césarée de Cappadoce où il fut formé et consacré, voir saint Basile le Grand, qui gouverna ce même siège quelques années plus tard et fut mêlé aux troubles de l'Église d'Arménie de son temps.

Qui est saint Nersès le Grand ?

Un héritier de saint Grégoire l'Illuminateur

L'Église d'Arménie est, historiquement, la première nation à avoir adopté le christianisme comme religion d'État, au tout début du IVe siècle, sous l'action de saint Grégoire l'Illuminateur, qui convertit le roi Tiridate III et devint le premier catholicos du pays. Le siège catholicossal se transmit ensuite, pour l'essentiel, dans sa descendance : les Grégorides. Nersès est le petit-fils du catholicos Housik, lui-même fils de Vrtanès, fils de Grégoire l'Illuminateur[7][8].

Par sa mère Bambishn, sœur du roi arménien Tiran (parfois identifié à Tigrane VII)[9], Nersès appartient également à la dynastie royale arsacide d'Arménie ; son père, Athanaginès, est de la noblesse ecclésiastique qui, depuis Grégoire, considérait la charge catholicossale comme un patrimoine familial[10]. Cette double appartenance — sang du saint fondateur, sang royal — explique à la fois l'autorité morale exceptionnelle de Nersès et l'ampleur des conflits qui l'opposeront plus tard aux rois d'Arménie : il ne pouvait être écarté sans heurter à la fois l'Église et une bonne partie de l'aristocratie[11].

Une éducation hellénistique à Césarée de Cappadoce

Selon l'usage des grandes familles arméniennes chrétiennes de ce temps, Nersès reçoit une éducation hellénistique à Césarée de Cappadoce (Caesarea Mazaca, aujourd'hui Kayseri, en Turquie), la même métropole grecque qui verra, une génération plus tard, l'épiscopat de saint Basile le Grand[12][13]. C'est là, très probablement, qu'il épouse Sandoukht, une princesse de la puissante famille Mamikonian — la grande famille de généraux qui defendra l'Arménie chrétienne jusqu'au Ve siècle —, dont il a un fils, Sahak, qui deviendra à son tour catholicos[14][15].

De retour en Arménie après la mort prématurée de son épouse, Nersès entre au service du roi Arsace II (Arshak II) comme chambellan (senekapet), une charge de confiance à la cour royale, avant que les événements ne le portent vers une tout autre vocation[16][17].

Les sources sur sa vie

La vie de Nersès est connue principalement par le Buzandaran Patmutʻiwnkʻ (« Histoire épique »), longtemps attribué à un certain « Faustus de Byzance » mais aujourd'hui regardé par la critique — notamment Nina Garsoïan, qui en a donné la traduction anglaise de référence — comme l'œuvre, vers les années 470, d'un clerc arménien anonyme proche de la noblesse locale, écrivant directement en arménien et non traduisant un original grec[18]. Cette chronique couvre les règnes d'Arsace II et de Pap et consacre plusieurs chapitres entiers à Nersès : son élection, sa consécration, son gouvernement, ses affrontements avec les rois et sa mort[19][20]. Elle est complétée par l'historien Movsès Khorenatsi (Moïse de Khorène) pour l'épisode de l'empoisonnement[21], et, côté occidental, par la Catholic Encyclopedia et les travaux académiques modernes sur l'histoire arménienne ancienne[22][23].

Jeunesse, mariage et service à la cour

Le mariage avec Sandoukht et la naissance de Sahak

Carte schématique — illustration originale IA. Césarée et Achtichat sont les deux pôles présentés dans la biographie ; sans échelle ni frontières politiques. Sources : notices Nerses I et concile d’Achtichat citées dans les notes.

Le mariage de Nersès avec Sandoukht Mamikonian unit deux des plus grandes familles du royaume : les Grégorides, gardiens héréditaires du catholicossat, et les Mamikonian, gardiens héréditaires de l'épée. De cette union naît Sahak, qui succédera lui-même au siège catholicossal (387-439) et sera, plus tard, l'un des artisans, avec Mesrop Machtots, de l'invention de l'alphabet arménien — un épisode qui dépasse le cadre de cet article, mais qui rappelle que l'œuvre de Nersès se prolonge directement dans celle de son fils[24][25]. Sandoukht meurt jeune, laissant Nersès veuf ; c'est seulement après ce deuil que sa vie bascule vers le service de Dieu.

Chambellan du roi Arsace II

Après son veuvage, Nersès devient chambellan du roi Arsace II, une position qui l'installe au cœur du pouvoir arménien, entre la cour, la noblesse et les affaires diplomatiques du royaume[26]. Rien, à ce stade, ne semblait le destiner à l'épiscopat : c'est la mort du catholicos régnant qui va précipiter les événements.

L'élection au trône catholicossal (353)

Une élection au sein de la noblesse

Infographie — illustration originale IA ; scènes évocatrices. Le passage de la cour au ministère pastoral, d’après le Buzandaran, IV, 3–4, et la Catholic Encyclopedia, notice Nerses I.

À la mort du catholicos qui le précédait, les grands seigneurs arméniens réunis en assemblée réclament que Nersès, dont chacun connaît la naissance et la vertu, soit consacré à leur tête. Le Buzandaran rapporte que Nersès protesta de son indignité, mais que le roi Arsace II le fit ordonner de force, faisant couper sa longue chevelure — signe, dans la coutume du temps, du passage à l'état clérical — et le revêtant de l'habit ecclésiastique[27].

« On dit qu'il protesta de son indignité, mais le roi Arsace le fit prendre, fit couper ses boucles superbes, qui n'avaient pas leur pareille, et le revêtit de l'habit clérical. » — Buzandaran Patmutʻiwnkʻ, Livre IV, ch. 3, résumant l'ordination forcée de Nersès[28]

Cette réticence initiale, loin d'être un simple motif littéraire, est un trait constant de l'hagiographie des grands pasteurs : comme tant de saints avant lui, Nersès ne recherche pas la charge, il la reçoit.

Une consécration à Césarée de Cappadoce

Selon l'usage établi depuis Grégoire l'Illuminateur lui-même, le nouvel élu doit être consacré par l'archevêque de Césarée de Cappadoce, siège métropolitain dont dépendait alors, canoniquement, l'Église d'Arménie. Une délégation de dignitaires arméniens se rend donc à Césarée avec des présents et des lettres royales, demandant la consécration de Nersès. C'est le Buzandaran (Livre IV, ch. 4) qui nomme le consécrateur : Eusèbe, archevêque de Césarée, le prélat qui, quelques années plus tard, ordonnera prêtre saint Basile le Grand, avant que celui-ci ne lui succède sur ce siège en 370[29][30]. Mais ce nom pose un problème de chronologie, car Eusèbe ne devint métropolite de Césarée qu'en 362, à la mort de Dianius, soit près de dix ans après la consécration de Nersès, datée de 353. Les historiens modernes jugent ce détail du récit anachronique[31].

La tradition rapporte qu'au moment de l'ordination, des signes prodigieux accompagnèrent la cérémonie : une colombe blanche serait descendue au-dessus de l'autel puis serait venue se poser sur la tête de Nersès, signe reçu par l'assemblée comme une confirmation céleste de son élection[32].

« Une colombe blanche descendit au-dessus de l'autel […] puis vint se poser sur la tête de Nersès. Toute l'assemblée proclama qu'il en était digne. » — Buzandaran Patmutʻiwnkʻ, Livre IV, ch. 4, sur la consécration de Nersès à Césarée[33]

Cette consécration césaréenne de 353 fait de Nersès le dernier catholicos arménien à avoir été consacré à Césarée de Cappadoce : ses successeurs, à commencer par son propre fils Sahak, seront consacrés par les évêques arméniens eux-mêmes, marquant une étape décisive dans l'autonomie de l'Église d'Arménie à l'égard de la métropole cappadocienne[34][35].

Un catholicos tourné vers le peuple

De retour en Arménie, Nersès entreprend aussitôt une œuvre de restauration considérable : il fait bâtir des léproseries et des hôpitaux, établit des pensions et des provisions pour les pauvres à travers tout le pays, reconstruit des églises et engage une profonde réforme ecclésiastique[36]. Son patriarcat marque, selon les mots des historiens modernes, une nouvelle ère dans l'histoire de l'Église arménienne : jusque-là largement identifiée à la seule famille royale et à la noblesse, elle s'ouvre désormais, avec Nersès, à l'ensemble du peuple[37][38].

Le concile d'Achtichat : la charte de l'Église arménienne

Contexte : une Arménie encore à demi-païenne

Infographie — illustration originale IA. Les institutions charitables et éducatives présentées dans le dossier d’Achtichat ; Buzandaran, V, 21, et source du concile citée dans les notes.

Trois générations après la conversion de Tiridate III par Grégoire l'Illuminateur, l'Arménie chrétienne conserve encore de nombreux usages hérités du zoroastrisme et des cultes ancestraux : mariages entre proches parents, rites funéraires excessifs, pratiques cultuelles mêlant christianisme et paganisme résiduel[39]. Nersès comprend que l'évangélisation du pays ne peut se limiter à la cour et à l'aristocratie : elle doit descendre jusque dans les coutumes quotidiennes du peuple.

Le premier concile de l'Église arménienne

C'est dans ce but qu'il convoque, vers 354-356, à Achtichat, dans la province du Taron — le premier siège épiscopal du pays, berceau de l'évangélisation grégorienne —, ce qui est considéré comme le premier concile de l'histoire de l'Église arménienne[40]. Y siègent à la fois des évêques et les principaux représentants de la noblesse laïque, signe que la réforme voulue par Nersès engage tout le corps social du royaume, non la seule hiérarchie ecclésiastique[41][42].

Les canons sur le mariage, le deuil et les mœurs

Le concile promulgue une série de canons touchant au mariage — interdisant notamment les unions entre proches parents —, au deuil — proscrivant les lamentations funéraires excessives, jugées incompatibles avec l'espérance chrétienne — et au culte divin[43][44]. Il ferme les écoles et temples zoroastriens, interdit l'enseignement en langue perse au profit du grec et du syriaque, langues alors dominantes de l'instruction chrétienne en Arménie[45].

La fondation d'un système hospitalier et charitable

Mais l'apport le plus durable du concile d'Achtichat est social et charitable. Il ordonne la création, à travers tout le royaume, d'orphelinats, de maisons pour les pauvres et d'hôpitaux, financés par une taxation spéciale sur les villes et les propriétés agricoles — un système de bienfaisance organisée qui préfigure, dans un contexte arménien, ce que la Basiliade de saint Basile le Grand sera, une génération plus tard, pour l'Église de Césarée[46][47]. Le Buzandaran insiste sur l'ampleur personnelle de l'engagement de Nersès : il « prit lui-même l'initiative, consola, pourvut et supervisa » les populations pauvres et les lépreux du royaume[48].

« Il prit lui-même l'initiative, consola, pourvut et fut le surveillant » des pauvres et de ceux qui étaient frappés de lèpre ; il reconstruisit et restaura de nombreuses églises à travers tout le territoire arménien. — Buzandaran Patmutʻiwnkʻ, Livre V, ch. 21, sur l'œuvre charitable de Nersès[49]

Écoles, monastères et évangélisation monastique

Au-delà des institutions charitables, Nersès organise un véritable réseau de supervision épiscopale dans toutes les provinces du royaume et envoie des moines évangélisateurs parcourir les campagnes pour y prêcher l'Évangile et enraciner la foi chrétienne dans les usages populaires[50][51]. Cette double action — institutions de charité et mission monastique — donne à son patriarcat la cohérence d'un véritable projet de civilisation chrétienne pour l'Arménie.

Vue d'ensemble des réformes d'Achtichat

DomaineMesures prisesEffet
MariageInterdiction des unions consanguinesRupture avec les coutumes zoroastriennes de la noblesse[52]
Deuil et ritesInterdiction des lamentations funéraires excessivesChristianisation des usages populaires[53]
InstructionÉcoles en grec et en syriaque ; fermeture des écoles et temples zoroastriensFormation d'un clergé et d'une élite lettrée chrétienne[54]
CharitéLéproseries, hospices, orphelinats financés par taxationPremier système hospitalier organisé d'Arménie[55][56]
ÉvangélisationEnvoi de moines à travers le royaume ; supervision épiscopale des provincesEnracinement populaire de la foi chrétienne[57]

Nersès face au pouvoir royal

L'ambassade auprès de l'empereur Valens et le premier exil

Le Buzandaran (Livre IV, ch. 5) raconte que Nersès se rendit, avec dix satrapes arméniens, auprès de l'empereur romain Valens pour renouveler les accords de paix entre l'Arménie et l'Empire. Le récit rapporte qu'à cette occasion, comme l'enfant de l'empereur tombait malade, Nersès offrit des prières pour sa guérison, mais exigea en retour que Valens renonce à l'hérésie arienne. Cette dénonciation publique de « l'erreur de l'hérésie arienne » met l'empereur en fureur : il fait emprisonner Nersès, puis l'exile, tout en renvoyant les nobles arméniens qui l'accompagnaient « chargés de riches présents », geste diplomatique qui masque mal la disgrâce infligée au catholicos[58]. Mais la désignation impériale pose un problème de chronologie : Valens ne régna que de 364 à 378, alors que l'empereur régnant vers 358, date traditionnelle de cette ambassade, était Constance II (337-361). C'est le Buzandaran qui nomme Valens (« Vaghes »), et la traduction moderne de Nina Garsoïan signale elle-même ce flottement en rappelant que les empereurs contemporains du roi Arsace II (350-367) furent successivement Constance II, Julien, Jovien, puis Valens[59].

« Nersès dénonça devant l'empereur l'erreur de l'hérésie arienne ; Valens, irrité, le fit emprisonner puis exiler, mais renvoya les seigneurs arméniens qui l'accompagnaient chargés de riches présents. » — Buzandaran Patmutʻiwnkʻ, Livre IV, ch. 5, sur l'ambassade auprès de Valens[60]

Cet exil, que plusieurs sources situent du côté d'Édesse, dure plusieurs années — le Buzandaran et les études modernes évoquant une durée d'environ neuf ans[61][62].

Le retour et la destruction d'Arshakawan

Mouch et les montagnes du Sassoun, photographie publiée en 1923 : un aperçu du paysage de l’Arménie historique, distinct des sites antiques du récit. Vartan A. Hampikian ; Library of Congress, cph.3c26768 — domaine public ; image non modifiée.

Rentré en Arménie, Nersès trouve son suffragant Xad (Khad) fidèle à la vertu durant son absence. Mais il apprend que le roi Arsace II a fait bâtir, en son absence, la ville d'Arshakawan, refuge offert à toute sorte de criminels et de débiteurs en fuite. Nersès affronte directement le roi, lui reprochant d'avoir « oublié le Seigneur et abandonné ses commandements », et lui annonce que cette cité, bâtie « dans l'impiété, la méchanceté, le rapt et de nombreux péchés », sera livrée à la ruine s'il ne la détruit pas lui-même[63].

« Pourquoi as-tu oublié le Seigneur et abandonné ses commandements, lui le Créateur qui a fait toutes choses à partir de rien ? » — Saint Nersès, s'adressant au roi Arsace II au sujet de la ville d'Arshakawan, selon le Buzandaran Patmutʻiwnkʻ, Livre IV, ch. 13[64]

Le roi se moque de l'avertissement. Trois jours plus tard, selon le récit traditionnel, une épidémie — le texte parle d'« ulcères » assimilés à la peste — frappe la cité : sur vingt mille foyers, pas une seule personne ne survit[65]. Que l'on reçoive ce récit comme un fait providentiel avéré ou comme une mise en garde prophétique amplifiée par la mémoire populaire, le Buzandaran le rapporte comme un jugement divin confirmant, aux yeux des Arméniens du Ve siècle, la parole du catholicos qu'ils vénéraient déjà comme un saint.

Nersès et l'Église de Césarée : le lien avec les Pères cappadociens

Le siège consécrateur de Césarée et l'après-Nersès

Infographie — illustration originale IA. Trois types de sources distingués dans l’article : le récit du Buzandaran, le contexte arménien de la Lettre 99 de Basile, puis l’analyse historique. Les manuscrits sont des évocations, sans valeur de fac-similé.

Le lien entre Nersès et l'Église de Césarée de Cappadoce ne s'arrête pas à sa consécration de 353. Cette métropole, qui verra en 370 l'accession de saint Basile le Grand à l'épiscopat, restait, du vivant même de Nersès, un pôle de référence pour l'Église arménienne. Basile lui-même, dans sa Lettre 99 adressée au comte Terentius, atteste de son intervention personnelle, au début des années 370, dans les affaires de l'Église d'Arménie : il y rapporte avoir rétabli la paix entre des évêques arméniens, examiné des accusations calomnieuses portées contre l'évêque Cyrille, et répondu à la demande de l'Église de Satala de lui donner un évêque — tout en reconnaissant que les divisions internes des évêques limitaient la portée de son action[66].

« J'ai trouvé que ces accusations n'étaient que des calomnies mensongères inventées par ses ennemis […]. Il m'a été impossible d'obtenir davantage, tant les évêques eux-mêmes étaient divisés. » — Saint Basile de Césarée, Lettre 99, à propos des troubles de l'Église d'Arménie[67]

Cette lettre, écrite dans les dernières années de la vie de Nersès, ne le nomme pas explicitement dans le passage consulté, mais elle documente, de première main, l'implication réelle et continue de l'Église de Césarée dans les affaires arméniennes à l'époque même où Nersès gouvernait encore — un fait attesté indépendamment de toute légende[68].

La rupture après la mort de Nersès

L'importance de ce lien césaréen apparaît a contrario dans l'épisode qui suit la mort de Nersès : lorsque le roi Pap propose un candidat de son choix, un certain Yousik, pour lui succéder, Basile de Césarée refuse de le consacrer. Ce refus, rapporté par les études modernes sur la période, met fin à des décennies de tutelle consécratrice de Césarée sur l'Église d'Arménie et contribue à détériorer les relations entre Pap et l'empereur Valens[69]. Ainsi, la figure de Nersès — dernier catholicos consacré à Césarée — marque, par sa vie et par sa mort, le point de bascule vers l'autonomie ecclésiastique arménienne.

Le conflit avec le roi Pap et le martyre

Un roi jeune, arien ou zoroastrisant

Infographie — illustration originale IA. Comparaison des affrontements rapportés par le Buzandaran, IV, 5 et 13 ; V, 23. Les scènes sont des évocations ; le schéma ne propose pas de datation des épisodes.

À la mort d'Arsace II, en 369-370, son fils Pap monte sur le trône. Selon les sources, Pap penche soit vers l'arianisme défendu par l'empereur Valens, soit vers une sympathie renouvelée pour le zoroastrisme de la cour perse ; d'autres explications avancent qu'il cherchait surtout à limiter la puissance économique et foncière, désormais considérable, de l'Église[70]. Quelle qu'en soit la cause exacte, Pap rappelle d'abord Nersès d'exil pour restaurer les églises du royaume — avant que les deux hommes n'entrent en conflit ouvert.

Nersès, censeur inlassable du roi

Le Buzandaran décrit un Nersès qui « ne cessa de reprocher, de réprimander et de blâmer sévèrement le roi Pap » pour ses péchés, jusqu'à lui interdire l'entrée de l'église[71]. Il l'instruit par les témoignages de l'Écriture, l'avertissant du jugement éternel, « afin qu'il revienne à lui-même, devienne bon et suive les commandements de la justice » — mais Pap, loin de se rendre, « lui résista avec une grande hostilité »[72]. Seule la crainte d'un soulèvement populaire — le peuple vénérant profondément son catholicos — retient alors le roi d'agir ouvertement contre lui[73].

« Il [Nersès] ne cessait de reprocher, de réprimander et de blâmer sévèrement le roi Pap [pour ses péchés] […]. Mais le roi Pap n'écouta en rien ce qu'il disait, et lui résista au contraire avec une grande hostilité. » — Buzandaran Patmutʻiwnkʻ, Livre V, ch. 23, sur les réprimandes de Nersès envers Pap[74]

Le banquet du village de Khakh (373)

En 373, selon le récit traditionnel transmis par le Buzandaran et repris par Movsès Khorenatsi, le roi Pap invite Nersès à un banquet de réconciliation dans sa résidence du village de Khakh (Xax)[75]. C'est là que le catholicos est empoisonné. De retour dans son logis, Nersès révèle aux nobles présents une enflure bleuâtre sur la poitrine, de la taille d'un petit pain, signe du poison qui agit déjà en lui[76].

Lorsqu'on lui propose des remèdes, Nersès les refuse, préférant offrir sa vie :

« Pour moi, ce fut une grande grâce qu'il me soit donné de mourir pour avoir exposé les commandements du Christ. » — Saint Nersès, selon le Buzandaran Patmutʻiwnkʻ, Livre V, ch. 24, peu avant sa mort[77]

« Je suis extrêmement heureux d'être bientôt délivré de ce monde impie et profane. » — Saint Nersès, Livre V, ch. 24[78]

Le récit rapporte qu'il passe ses derniers instants en prière, s'agenouillant pour demander pardon pour ses meurtriers et pour des hommes de tous rangs, avant de lever les mains vers le ciel :

« Seigneur Jésus-Christ, reçois mon âme. » — Dernières paroles attribuées à saint Nersès, Buzandaran Patmutʻiwnkʻ, Livre V, ch. 24[79]

Ce pardon accordé à ses propres bourreaux, au seuil de la mort, rapproche la figure de Nersès de celle du protomartyr saint Étienne, lapidé en priant pour ceux qui le tuaient : d'un martyre à l'autre, trois siècles et demi plus tard, la même charité surnaturelle triomphe de la haine.

Un débat historiographique : poison ou maladie ?

Le récit de l'empoisonnement, transmis sans discontinuer par la tradition arménienne, n'a pas manqué de susciter la discussion parmi les historiens modernes. L'historien arménien Léo l'a jugé être une légende présentée comme un fait par des chroniqueurs ecclésiastiques ultérieurs soucieux de noircir la mémoire de Pap ; Malachia Ormanian et Yéghiazar Mouradian ont estimé plus probable une mort naturelle — une maladie pulmonaire ou cardiaque — survenue le jour même ou le lendemain du banquet, donnant naissance après coup à la rumeur d'empoisonnement ; Josef Markwart et Hakob Manandian ont eux aussi rejeté le récit, faisant valoir que Pap aurait certainement dû en répondre devant saint Basile de Césarée[80].

À l'inverse, des historiens comme Nina Garsoïan et Noel Lenski, parmi les meilleurs spécialistes actuels de la période, ne contestent pas que Pap ait fait empoisonner Nersès, rappelant qu'il ne fut pas le premier roi arsacide à faire assassiner un catholicos : son propre grand-père, le roi Tiran, avait déjà fait mettre à mort le catholicos Housik — qui n'est autre que le grand-père de Nersès lui-même[81]. L'historien profane Ammien Marcellin, contemporain des événements, garde quant à lui le silence sur cet assassinat allégué, sans que ce silence, à lui seul, suffise à trancher la question dans un sens ou dans l'autre[82].

Cette discussion savante, réelle et légitime, ne doit cependant pas faire oublier l'essentiel : que la mort de Nersès ait été hâtée par le poison ou survenue par une infirmité concomitante à un ultime affrontement avec un roi qu'il venait de nouveau de reprendre sévèrement, l'Église l'a toujours reçue comme une mort de confesseur, survenue en punition de sa fidélité à dénoncer le péché d'un souverain — ce qui suffit à fonder, indépendamment du détail médical, la vénération dont il fait l'objet depuis plus de seize siècles.

Culte et vénération

Les funérailles et la sépulture

Arbre généalogique — infographie originale IA. Filiation détaillée dans la biographie, avec Sandoukht, épouse de Nersès et mère de Sahak. Portraits évocateurs ; les dates de patriarcat reprennent celles du texte.

Malgré sa responsabilité dans la mort du catholicos, le roi Pap assiste lui-même aux funérailles, feignant l'innocence, et fait transporter le corps du village de Khakh jusqu'à Til (T'il), où Nersès avait lui-même établi sa résidence, pour l'y ensevelir « dans le lieu de repos des martyrs »[83]. Un sanctuaire s'élève sur sa tombe, qui devient un lieu de pèlerinage jusqu'aux invasions arabes du VIIe siècle, qui emportent le sanctuaire comme tant d'autres monuments chrétiens de la région[84].

Un culte partagé par plusieurs traditions

Le culte de Nersès traverse, sans discontinuité, les grandes familles chrétiennes issues de cette période. Selon les sources secondaires, il est commémoré aux alentours du 19 novembre dans les traditions arménienne et byzantine[85][86], certains calendriers avançant aussi la date du 30 septembre[87]. Cette pluralité de dates, loin d'affaiblir son culte, témoigne au contraire de sa réception simultanée par plusieurs traditions liturgiques distinctes — catholique latine, arménienne apostolique et byzantine —, toutes issues, à cette époque encore unie, de la même Église indivise antérieure aux grandes séparations christologiques du siècle suivant.

La postérité : Sahak le Grand et la suite des Grégorides

La postérité de Nersès se prolonge directement dans celle de son fils, saint Sahak Ier le Grand, catholicos d'Arménie de 387 à 439, dernier grand représentant de la lignée grégoride sur le trône patriarcal. C'est sous le patriarcat de Sahak que Mesrop Machtots met au point, vers 405, l'alphabet arménien, donnant enfin à la Bible et à la liturgie une écriture nationale — un accomplissement qui dépasse largement le cadre biographique de cet article, mais qui prolonge, dans l'ordre de la culture et de l'Écriture, l'œuvre de restauration commencée par Nersès dans l'ordre de la charité et de la discipline ecclésiale[88][89].

Deux rois, deux affrontements

Le gouvernement de Nersès est encadré par deux règnes royaux dont il éprouve, chacun à sa manière, la démesure :

RoiGrief reproché par NersèsIssue
Arsace II (Arshak II)Fondation de la ville-refuge d'Arshakawan, accueillant criminels et débiteurs en fuiteDestruction de la cité par une épidémie, trois jours après l'avertissement de Nersès[90]
Pap (Papas), fils d'Arsace IIInconduite morale, sympathies ariennes ou zoroastriennes, mépris des remontrancesExcommunication de fait (interdiction d'entrer à l'église), puis empoisonnement de Nersès lors d'un banquet de réconciliation feint[91][92]

Dans les deux cas, c'est la même logique qui se répète : un souverain arménien tenté par l'abus de pouvoir, et un catholicos qui refuse de couvrir ses excès du silence complice de l'Église — au prix, la seconde fois, de sa propre vie.

  1. Date inconnue (IVe siècle)
    Naissance en Arménie
    Lignée grégoride et sang royal arsacide

    Fils d'Athanaginès et de la princesse Bambishn, sœur du roi Tiran (parfois identifié à Tigrane VII) ; descendant de saint Grégoire l'Illuminateur par son grand-père le catholicos Housik.[93][94][95]

  2. vers 345-350
    Éducation à Césarée de Cappadoce
    Mariage avec Sandoukht Mamikonian

    Formation hellénistique à Césarée ; mariage avec la princesse Sandoukht, dont il a un fils, Sahak. Après le veuvage, chambellan du roi Arsace II.[96][97]

  3. 353
    Élection et consécration à Césarée
    Dernier catholicos consacré en Cappadoce

    Ordonné de force par le roi Arsace II, puis consacré à Césarée (le Buzandaran, IV, 4, nomme Eusèbe comme consécrateur, détail jugé anachronique puisqu'Eusèbe ne devint évêque qu'en 362) ; retour en Arménie et fondation de léproseries et d'hôpitaux.[98][99][100]

  4. vers 354-356
    Concile d'Achtichat
    Charte charitable de l'Église arménienne

    Premier concile de l'histoire arménienne : canons sur le mariage et le deuil, fondation d'écoles, d'orphelinats, d'hospices et de léproseries.[101]

  5. vers 358-359
    Ambassade auprès de Valens et exil
    Dénonciation de l'hérésie arienne

    Nersès dénonce l'arianisme devant l'empereur (le Buzandaran, IV, 5, nomme Valens, qui ne régna pourtant que de 364 à 378), qui l'emprisonne puis l'exile pour environ neuf ans.[102][103][104]

  6. 369-370
    Retour d'exil
    Face à Arsace II : Arshakawan

    Rentré en Arménie, Nersès réprimande Arsace II pour la ville d'Arshakawan, détruite selon la tradition par une épidémie.[105]

  7. 372
    Basile de Césarée et l'Église d'Arménie
    Derniers troubles ecclésiaux

    Basile le Grand, devenu évêque de Césarée en 370, intervient dans les affaires de l'Église d'Arménie (Lettre 99) au moment même où Nersès affronte le roi Pap.[106][107]

  8. 373
    Mort à Khakh
    Empoisonné en pardonnant à ses meurtriers

    Empoisonné lors d'un banquet donné par le roi Pap, Nersès meurt en priant pour ses bourreaux ; il est enseveli à Til parmi les martyrs.[108]

La spiritualité de saint Nersès

La charité comme premier langage de la foi

Infographie — illustration originale IA. Trois aspects de la spiritualité présentés dans l’article ; parole finale rapportée par le Buzandaran, V, 24.

Ce qui frappe, dans le peu que l'histoire a conservé de la vie intérieure de Nersès, c'est l'identité totale entre la charité et la foi. Il ne théorise pas la charité : il bâtit des léproseries, des hospices, des orphelinats, avant même que le concile qu'il préside n'en fasse une loi générale pour tout le royaume. Comme le dira, une génération plus tard et dans un autre pays, saint Basile le Grand de sa propre Basiliade, la meilleure théologie ne vaut que si elle débouche sur le soin concret du pauvre et du lépreux.

Le courage de la parole vraie devant le pouvoir

Nersès n'a laissé aucun traité, aucune lettre théologique comparable à celles des grands Pères cappadociens : sa doctrine, c'est sa vie même. Devant Arsace II comme devant Pap, il refuse systématiquement le confort du silence complice. Il rappelle la loi de Dieu au pouvoir, au risque de sa charge, de son exil, puis de sa vie — jusqu'au bout fidèle à la parole du prophète et du Baptiste plus qu'à la prudence du courtisan.

Le pardon comme dernier mot

Enfin, et c'est peut-être le trait le plus lumineux de sa vie, Nersès meurt en pardonnant à ses meurtriers. Ce pardon n'efface rien de la gravité du crime commis contre lui ; il en révèle, au contraire, toute la profondeur, puisqu'il est prononcé par celui-là même qui vient d'être trahi par celui qu'il avait accueilli, exhorté et servi pendant des années. La dernière parole rapportée de Nersès — « Seigneur Jésus-Christ, reçois mon âme » — reprend presque mot pour mot celle du protomartyr saint Étienne[109].

Pourquoi vénérer saint Nersès aujourd'hui ?

À plus de seize siècles de distance, saint Nersès le Grand demeure une figure d'une actualité saisissante pour tout pasteur, tout responsable ou tout chrétien engagé dans la vie publique. Il rappelle d'abord qu'une réforme de l'Église ne vaut que si elle rejoint le peuple : Nersès n'a pas seulement légiféré à Achtichat, il a bâti, financé et fait vivre des institutions concrètes pour les plus pauvres.

Il rappelle ensuite qu'aucune fonction, fût-elle royale, ne place au-dessus de la loi de Dieu : Nersès a payé de son exil, puis de sa vie, le refus de couvrir du silence de l'Église les crimes de deux rois successifs. Il rappelle enfin que le pardon achève le témoignage : mourir en priant pour ses bourreaux est le sceau ultime d'une vie tout entière donnée à la charité du Christ.

Pour aller plus loin

  • Saint Basile le Grand — évêque de Césarée de Cappadoce, siège consécrateur de Nersès, mêlé quelques années plus tard aux affaires de l'Église d'Arménie.
  • Saint Étienne — le protomartyr dont le pardon final à ses bourreaux trouve un écho direct dans les derniers mots de saint Nersès.
  • Saint Sahak Ier le Grand — fils de Nersès, dernier grand catholicos de la lignée grégoride, artisan avec Mesrop Machtots de l'alphabet arménien.
  • Saint Grégoire l'Illuminateur — évangélisateur de l'Arménie et ancêtre de Nersès, fondateur de la lignée catholicossale grégoride.
  • Les Églises catholiques orientales — dont l'Église arménienne-catholique, héritière lointaine du siège que Nersès gouverna, fait aujourd'hui partie.

Notes et références

  1. Wikipédia (fr), article « Nersès Ier le Grand » : naissance en 326, fils d'Athanaginès et de Bambishn (sœur du roi Tigrane VII) ; éducation à Césarée de Cappadoce ; mariage avec Sandoukht, fille de Vardan Mamikonian, un fils Sahak ; chambellan du roi Arsace II ; élu catholicos à l'unanimité en 353 à 27 ans ; concile d'Achtichat au Taron (interdiction du zoroastrisme et du paganisme, des mariages consanguins, des anciens rites funéraires ; fondation de léproseries, orphelinats, bases de la « bienfaisance charitable ») ; ambassade à Constantinople en 358 ; tensions avec Arsace II en 359 ; conflit avec le roi Pap, arien ; mort par empoisonnement le 25 juillet 373 ; vénéré catholique (25 juillet), orthodoxe (30 septembre), arménien (19 novembre) ; tombeau près d'Erzurum, lieu de pèlerinage jusqu'aux invasions arabes du VIIe siècle ; fils Sahak Ier catholicos de 387 à 439.

    1 14 24 42 87 88 96
  2. Catholic Encyclopedia (1913), article « Nerses I-IV » (newadvent.org/cathen/10754a.htm), notice consacrée à Nerses I : élu catholicos en 353, mort en 373 ; de souche royale ; jeunesse passée à Césarée, où il épouse Sandoukht, princesse mamikonienne ; chambellan du roi Arsace après la mort de son épouse ; son patriarcat marque une nouvelle ère de l'histoire arménienne, rapprochant l'Église du peuple plutôt que de la seule famille royale et de la noblesse ; concile d'Achtishat : lois sur le mariage, les jours de jeûne et le culte divin ; construction d'écoles et d'hôpitaux ; envoi de moines prêcher l'Évangile à travers le pays ; certaines réformes lui attirent le déplaisir du roi et l'exil, probablement à Édesse ; retour sous le roi Bab (Pap) en 369 ; interdiction faite à Bab d'entrer à l'église en raison de son inconduite ; empoisonnement de Nersès par Bab sous couvert d'une réconciliation. Notice à ne jamais confondre avec celles de Nersès II, III ou IV Chnorhali (XIIe s.), traitées dans le même article encyclopédique mais concernant des personnes différentes.

    2 4 16 22 26 37 44 51 61 97
  3. Wikipedia (en), article « Council of Ashtishat » : concile convoqué par saint Nersès en 354 ou 356, premier concile épiscopal de l'histoire arménienne ; participation des évêques et des principaux nobles ; interdiction des mariages consanguins et du deuil excessif ; création d'écoles obligatoires dans tout le pays, enseignement en grec et en syriaque, interdiction de l'enseignement en persan ; fermeture des écoles et temples zoroastriens ; fondation d'orphelinats, de maisons pour les pauvres et d'hôpitaux financés par une taxation spéciale des villes et des terres agricoles ; Achtichat, premier siège de l'Église-mère en Arménie ; second concile en 431 sous le catholicos Sahak, ratifiant le concile d'Éphèse contre le nestorianisme (réf. Ghazaryan, Encyclopédie arménienne, 2002).

    3 39 40 41 43 45 46 52 53 54 55 101
  4. Wikipedia (en), article « King Pap » (roi d'Arménie, fils d'Arsace II) : sympathies ariennes ou zoroastriennes discutées ; rappel de Nersès d'exil pour restaurer les églises d'Arménie puis conflit rapide, Nersès réprimandant constamment Pap pour sa conduite et lui interdisant l'entrée de l'église ; explications alternatives autour des terres nobiliaires confisquées ou de la richesse excessive de l'Église ; en 373, selon Faustus (Buzandaran) et Movsès Khorenatsi, Pap invite Nersès à dîner dans son domaine du village de Khakh et le fait empoisonner ; après sa mort, Pap dissout des institutions charitables, abolit des dîmes ecclésiastiques et confisque des terres de l'Église ; débat historiographique : l'historien Léo juge le récit du poison légendaire ; Malachia Ormanian et Yéghiazar Mouradian penchent pour une maladie pulmonaire ou cardiaque coïncidant avec le dîner ; Josef Markwart et Hakob Manandian rejettent aussi le récit, estimant que Pap aurait dû en répondre devant Basile de Césarée ; à l'inverse, Nina Garsoïan et Noel Lenski ne contestent pas l'empoisonnement, rappelant que le roi Tiran, grand-père de Pap, avait déjà fait tuer le catholicos Housik (grand-père de Nersès) ; l'historien profane Ammien Marcellin garde le silence sur cet épisode ; lorsque Pap propose Yousik comme successeur de Nersès, Basile de Césarée refuse de le consacrer, ce qui met fin à des décennies de tutelle consécratrice de Césarée sur l'Arménie et dégrade les relations entre Pap et l'empereur Valens.

    5 21 35 69 70 75 80 81 82
  5. Buzandaran Patmutʻiwnkʻ (attalus.org/armenian/pb13.htm), Livre V, ch. 24, « De la mort du grand archevêque en chef Nersès [causée] par le roi Pap, comment et pourquoi il fut tué par lui » : réprimande publique de Pap par Nersès peu avant sa mort ; retour de Nersès dans son logis, révélation aux nobles présents d'une enflure bleuâtre sur la poitrine, de la taille d'un petit pain ; refus des remèdes proposés ; paroles de Nersès sur la grâce de mourir pour avoir exposé les commandements du Christ et sur sa joie d'être délivré du monde impie ; prière à genoux demandant pardon pour ses meurtriers et pour des hommes de tous rangs ; dernière parole (« Seigneur Jésus-Christ, reçois mon âme ») ; transport du corps de Khakh à Til par le sparapet Muşeł et les nobles ; présence de Pap aux funérailles feignant l'innocence ; sépulture dans le lieu de repos des martyrs.

    6 20 76 77 78 79 83 92 108 109
  6. Buzandaran Patmutʻiwnkʻ (trad. angl. N. Garsoïan, consultée en ligne sur attalus.org/armenian/pb5.htm), Livre IV, ch. 3, « Concernant saint Nersès, d'où il venait et comment il fut élu catholicos de la Grande Arménie » : lignage de Nersès par son grand-père Housik, fils de Vrtanès, fils de Grégoire l'Illuminateur ; mère Bambishn, sœur du roi Tiran ; éducation à Césarée de Cappadoce ; fonction de chambellan à la cour du roi Arsace ; élection réclamée par les nobles arméniens ; protestation d'indignité de Nersès ; ordination forcée par le roi Arsace, chevelure coupée et habit clérical imposé.

    7 11 19 27 28 93 98
  7. Wikipedia (en), article « Nerses I » : descendance de saint Grégoire l'Illuminateur par son grand-père le catholicos Housik ; mère la princesse arsacide Bambishn ; père Athanaginès, noblesse ecclésiastique héréditaire depuis Grégoire ; éducation hellénistique à Césarée de Cappadoce ; épouse Sandoukht, princesse mamikonienne, fils Sahak (Isaac), futur catholicos ; élu catholicos probablement en 353, confirmé dans sa charge à Césarée ; chambellan (senekapat) du roi Arsace II avant son entrée en charge ecclésiastique ; dernier patriarche arménien consacré à Césarée ; concile d'Achtishat (vers 356) ; exil d'environ neuf ans (359/360) aux côtés d'évêques anti-ariens ; retour sous le roi Pap (369/370) ; mort en 373, traditionnellement attribuée à un empoisonnement par Pap, avec une hypothèse alternative de mort naturelle ; vénéré comme saint dans les traditions catholique, orthodoxe orientale, orthodoxe orientale non chalcédonienne et anglicane, fête le 19 novembre.

    8 10 12 17 34 62 85 94 103
  8. Wikipedia (en), article « Tiran of Armenia » : Tiran, fils du roi Khosrov III, eut pour sœur Bambishn, qui épousa Athanaginès, fils du catholicos Housik, et donna naissance à Nersès Ier ; la même notice signale que Tiran a été appelé « Tigrane VII » dans certaines sources, identification contestée.

    9 95
  9. Encyclopedia.com, article « Nerses the Great » : descendance de Grégoire l'Illuminateur ; éducation à Césarée Mazaca (actuelle Kayseri) ; chambellan à la cour du roi Arsace II ; catholicos de 353 à 373 environ, ordonné par le métropolite de Césarée ; concile d'Achtishat : fondation d'hospices pour les malades, écoles, hôpitaux et autres institutions charitables ; délégation à Constantinople ; après le traité de 363 sous l'empereur Jovien, retrait de la protection impériale sur l'Arménie et contrainte à l'abdication de Nersès ; retour au pouvoir vers 370 grâce à un effort de restauration byzantine ; conflit avec le roi Pap sur fond de sympathies ariennes lors d'un concile à Césarée en 372 ; hypothèse d'une mort par cause naturelle également mentionnée, en plus du récit traditionnel de l'empoisonnement ; source principale : la compilation du Ve siècle attribuée à P'awstos Buzand.

    13 23 38 47 107
  10. OrthodoxWiki, article « Nerses the Great » : arrière-petit-fils de Grégoire l'Illuminateur ; jeunesse à Césarée de Cappadoce ; épouse Sandoukht de la famille Mamikonian, fils Sahak (Isaac le Grand) ; père et oncle (Bab) écartés du catholicossat pour mondanité et foi faible ; élu catholicos d'Etchmiadzin en 353, ordonné diacre puis prêtre à l'insistance du roi Arsace ; consacré à l'épiscopat en Cappadoce par l'archevêque Eusèbe de Césarée ; extension du christianisme orthodoxe de l'aristocratie à l'ensemble de la nation arménienne par l'action missionnaire des moines ; canons d'Achtishat sur le mariage, le jeûne et le culte divin ; exil après le rejet de l'arianisme du roi Arsace ; rappel par le roi Bab après neuf ans, puis excommunication de ce roi pour son inconduite morale ; empoisonnement par Bab lors d'un dîner de réconciliation en 373 ; sépulture à Til, où une cathédrale fut élevée puis détruite au VIIe siècle ; fête le 19 novembre.

    15 25 30 84 86 89
  11. Wikipedia (en), article « Buzandaran Patmutʻiwnkʻ » : « Histoire épique », composée selon Nina Garsoïan vers les années 470, en arménien original et non traduite du grec comme on l'a longtemps cru ; couvre la période de la mort de Grégoire l'Illuminateur (331) au partage de l'Arménie entre l'Iran et Rome (387) ; trois fils narratifs entremêlés (histoire royale arsacide, histoire ecclésiastique du catholicossat, geste de la famille Mamikonian) ; s'appuie sur la tradition épique orale arménienne et les textes bibliques plutôt que sur des sources classiques ; attribution traditionnelle à « Faustus de Byzance » aujourd'hui contestée par Garsoïan, qui y voit l'œuvre d'un clerc arménien anonyme proche de la noblesse.

    18
  12. Buzandaran Patmutʻiwnkʻ (attalus.org/armenian/pb5.htm), Livre IV, ch. 4, « Comment Nersès fut emmené à Césarée, et les miracles de Dieu » : délégation arménienne à Césarée avec présents et lettres royales, demande de consécration par l'archevêque Eusèbe ; signes prodigieux lors de l'ordination (colombe blanche descendant sur l'autel puis sur la tête de Nersès) ; proclamation de l'assemblée ; retour en Arménie et fondation de léproseries, hôpitaux, pensions et provisions pour les pauvres ; reconstruction d'églises.

    29 32 33 36 99
  13. Sur l'anachronisme du nom d'Eusèbe comme consécrateur en 353 : Rév. Dr Nerses Vrej Nersessian, recension « The Armenian Apostolic Orthodox Church and the Vision of the Fratre Unitores » (Sion, août-décembre 2019) : « The evidence of the historian P'awstos Buzand that St Nerses I Part'ev (353-373) was ordained in Caesarea by Eusebius in 353 is impossible for we know that Eusebius became metropolitan of Caesarea in 362 » ; table chronologique de la vie de saint Basile (Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e série, vol. VIII) : « 362. Dianius dies. Eusebius baptized, elected, and consecrated bishop » ; Dictionary of Christian Biography (art. « Eusebius (24), bp. of Caesarea in Cappadocia ») : élévation à l'épiscopat en 362, à la mort de Dianius.

    31 100
  14. Buzandaran Patmutʻiwnkʻ (attalus.org/armenian/pb12.htm), Livre V, ch. 21, sur le caractère et les œuvres de Nersès : reconstruction et restauration de nombreuses églises à travers le territoire arménien ; initiative personnelle, consolation, provision et supervision des pauvres et des lépreux ; autorité spirituelle reconnue (« quiconque il bénissait était béni, quiconque il maudissait était maudit ») ; nombreux signes de grande puissance et guérisons miraculeuses ; établissement d'évêques de supervision dans tous les districts.

    48 49 50 56 57
  15. Buzandaran Patmutʻiwnkʻ (attalus.org/armenian/pb5.htm), Livre IV, ch. 5 : ambassade de Nersès et de dix satrapes arméniens auprès de l'empereur Valens pour renouveler la paix ; guérison sollicitée pour l'enfant impérial malade ; dénonciation par Nersès de l'hérésie arienne devant Valens ; colère de l'empereur, emprisonnement puis exil de Nersès ; renvoi des nobles arméniens chargés de présents.

    58 60 102
  16. Buzandaran Patmutʻiwnkʻ (trad. angl. N. Garsoïan, consultée en ligne sur attalus.org/armenian/pb5.htm), Livre IV, ch. 5 : l'intitulé nomme « Valens, emperor of the Byzantines » (« Vaghes » dans le corps du chapitre), avec une note du traducteur rappelant que les empereurs romains contemporains du règne d'Arsace II (350-367) furent Constance II (337-361), Julien (361-363), Jovien (363-364), puis Valens (364-378).

    59 104
  17. Buzandaran Patmutʻiwnkʻ (attalus.org/armenian/pb6.htm), Livre IV, ch. 13, « Le retour du bienheureux catholicos des Arméniens, Nersès, de Byzance ; comment il réprimanda Arsace, grand roi des Arméniens » : accueil du retour de Nersès par tout le pays ; fidélité du suffragant Xad durant l'absence de Nersès ; découverte de la ville d'Arshakawan bâtie par Arsace, refuge de criminels ; confrontation directe de Nersès avec le roi, reproche d'avoir abandonné les commandements de Dieu ; annonce de la ruine de la cité si elle n'est pas détruite ; moquerie du roi ; épidémie survenue trois jours plus tard, anéantissant vingt mille foyers.

    63 64 65 90 105
  18. Saint Basile de Césarée, Lettre 99 (à Terentius) (trad. angl. NPNF2-8, consultée sur newadvent.org/fathers/3202099.htm) : rétablissement de la paix entre des évêques arméniens, exhortation à reprendre leur ancien zèle ; règles données contre des abus généralement pratiqués en Arménie ; examen des calomnies portées contre l'évêque Cyrille, reconnues mensongères ; acceptation de la demande de l'Église de Satala de recevoir un évêque par son intermédiaire ; limites de son action reconnues par Basile lui-même du fait des divisions entre évêques.

    66 67 68 106
  19. Buzandaran Patmutʻiwnkʻ (attalus.org/armenian/pb12.htm), Livre V, ch. 23, « Les réprimandes de saint Nersès, qui fut toujours l'ennemi du roi Pap à cause de ses péchés » : reproches, réprimandes et blâmes constants adressés à Pap ; interdiction d'entrée à l'église en raison de son inconduite ; usage des témoignages de l'Écriture et avertissement du jugement éternel pour l'amener à la conversion ; résistance hostile du roi ; crainte du roi d'un soulèvement populaire en raison de la vénération du peuple pour Nersès.

    71 72 73 74 91