Saint Brice de Tours (en latin Brictius), né vers 370 en Touraine et mort en novembre 444, est le quatrième évêque de Tours, successeur de saint Martin en 397. Son épiscopat, long d'environ quarante-sept ans, est marqué par une grave accusation, un exil à Rome, un retour triomphal, et une lutte pour protéger le tombeau de saint Martin.[1][2]
Sa vie nous est connue principalement par Grégoire de Tours (Histoire des Francs, II, 1 ; Libellus de vita Patrum), qui rapporte la formule consacrée : « quartus Brictius ordinatur episcopus » (« Brice est ordonné quatrième évêque »). Le récit grégorien, écrit un siècle et demi après les faits, mêle histoire et prodige : c'est la source primaire de la mémoire de Brice.[3][4]
Un Tourangeau élevé auprès de Martin
Origines et jeunesse
Brice naît vers 370 (certaines sources disent 377) en Touraine, dans un milieu chrétien. La tradition le montre très tôt lié à saint Martin, évêque de Tours depuis 371, qui l'élève et l'ordonne clerc.[5][6]
Sulpice Sévère, contemporain de Martin, évoque dans ses Dialogi (III, 15) un jeune clerc de Tours, vif et présomptueux, qui s'oppose parfois à l'évêque. Plusieurs historiens y ont vu le jeune Brice, bien que le texte ne le nomme pas toujours explicitement.[7]
Le lien avec Martin est capital : toute la carrière de Brice se joue dans l'ombre de son prédécesseur, dont il doit à la fois recueillir l'héritage et gérer la légende.
La réplique de Martin
Un épisode fameux, rapporté par Sulpice Sévère, montre le caractère des deux hommes. Brice, furieux d'avoir été repris par Martin sur son train de vie (chevaux, esclaves achetés), vomit un jour mille reproches contre l'évêque, jusque sur son passé de soldat ; puis, revenu à lui, il se jette aux pieds de Martin et demande pardon. Par la suite, quand on accuse Brice devant lui de fautes graves, Martin refuse de le déposer du presbytérat, de peur de paraître venger sa propre injure, et répète souvent ce mot : « Si le Christ a supporté Judas, pourquoi ne supporterais-je pas Brice ? »[8]
Le mot est bien attesté chez un contemporain de Martin. Il peint un Martin paternel et prophétique, et un Brice zélé mais encore maladroit, et il est cohérent avec le portrait que Sulpice Sévère fait de la communauté de Tours.[9]
L'épiscopat de Tours (397-444)
Quatrième évêque
À la mort de Martin (8 novembre 397), Brice lui succède. Grégoire de Tours le nomme explicitement : « quartus Brictius ordinatur episcopus », le quatrième évêque de Tours après Gatien, Lidoire et Martin.[10][11]
Son épiscopat dure environ quarante-sept ans, l'un des plus longs de l'épiscopat gallo-romain. Il administre un diocèse vaste, à un moment où la Gaule est secouée par les invasions, les luttes de pouvoir et les tensions religieuses (priscillianisme, manichéisme, paganisme rural).
La protection du tombeau de Martin
L'un des soucis majeurs de Brice est le tombeau de saint Martin, devenu lieu de pèlerinage majeur. Pour le protéger des incursions et des désordres, il fait élever une chapelle dédiée aux saints Pierre et Paul autour du sépulcre.[12]
Ce geste a une portée à la fois liturgique (entourer le tombeau d'une garde d'église) et politique (affirmer l'autorité épiscopale sur le sanctuaire). Il anticipe la grande basilique martinienne qui se développera plus tard.
L'accusation, l'épreuve et l'exil
L'accusation de la lingère
Vers la trentième année de son épiscopat (donc vers 427), Brice est accusé d'avoir engrossé une lingère de sa domesticité. L'accusation est portée devant le peuple et le clergé de Tours.[13][14]
Le récit de Grégoire de Tours présente Brice comme calomnié, mais il ne dissimule pas la gravité de la crise : l'évêque est banni de sa ville, malgré son ancienneté. Le texte grégorien est tendancieux (il défend la mémoire de Brice), mais il atteste la réalité du scandale.
Le prodige de la braise
Pour prouver son innocence, Brice accomplit, selon la tradition, un prodige : il porte une braise ardente dans son vêtement jusqu'au tombeau de saint Martin, sans se brûler. Le vêtement sort intact du feu.[15][16]
Cet épisode appartient au récit miraculeux. Il n'est pas corroboré par une source indépendante, mais il est typique de l'hagiographie gallo-romaine : le prodige atteste la sainteté quand la justice humaine condamne. Il fait de Brice un confesseur de la foi, injustement persécuté.
L'exil à Rome (vers 430-437)
Malgré le prodige, Brice est exilé à Rome, où il reste environ sept ans (vers 430-437). Il aurait été accueilli par le pape, et aurait même été chargé d'une mission auprès de l'empereur ou du Saint-Siège, selon certaines versions.[17][18]
L'exil est un fait solide : la chronologie grégorienne le place clairement, et le retour de Brice en 437 est daté. Les détails de son séjour romain restent mal documentés.
Retour, dernières années, mort (437-444)
Le retour à Tours (437)
Après sept ans d'exil, Brice revient à Tours en 437. Selon Grégoire de Tours, il revient triomphalement, porté par le peuple, et rétabli dans sa charge. Les Toursangeaux auraient reconnu leur tort et demandé son pardon.[19][20]
Les dernières années de son épiscopat sont plus paisibles. Brice continue de protéger le tombeau de Martin et d'administrer son diocèse.
La mort (novembre 444)
Brice meurt en novembre 444, à Tours. Il est inhumé dans la ville épiscopale, non loin du tombeau de Martin.[21][22]
Le jour exact de sa mort n'est pas certain ; c'est la mémoire liturgique du 13 novembre qui a fixé la date de fête. Plusieurs martyrologes latins portent cette date.
Les reliques
Au VIe siècle (vers 580), les reliques de Brice sont transférées à Clermont, puis plus tard à San Michele de Pavie (Italie). Ces translations témoignent de la vénération dont il jouissait déjà au temps de Grégoire de Tours.[23]
La diffusion de ses reliques en Gaule et en Italie rattache Brice au réseau des saints martinians, honorés là où le culte de Martin s'est répandu.
Mémoire et iconographie
Fête et patronage
Saint Brice est fêté le 13 novembre, date inscrite dans les martyrologes latins. Il est invoqué comme patron des juges, en souvenir de son procès et de son exil, vécus comme une injustice réparée par le prodige.[24]
Dans le diocèse de Tours, sa mémoire reste liée à celle de saint Martin, dont il est à la fois l'héritier et le défenseur.
Iconographie
L'iconographie de Brice le montre le plus souvent en évêque (chasuble, crosse, mitre), parfois avec les attributs de son épreuve : une braise, un vêtement intact, ou la scène de son exil. Une statue le représente en évêque de Tours.[25]
La figure de Brice est celle d'un évêque éprouvé, restauré par la Providence, et dont la vie illustre la patience face à la calomnie.
Ce que la tradition n'a pas établi
| Question | Ce qu'il en est |
|---|---|
| Année de naissance | Vers 370 ou 377 : deux chiffres, aucun document daté |
| Identité du jeune clerc de Sulpice Sévère | Probablement Brice, mais non nommé explicitement |
| Détails de l'exil romain | Mal documentés ; durée (7 ans) solide |
| Valeur historique du prodige de la braise | Récit miraculeux ; non corroboré par une source indépendante |
Ces réserves n'altèrent pas le cœur du récit : un évêque de Tours, accusé injustement, exilé, puis rétabli, dont la mémoire est portée par Grégoire de Tours et par le culte de saint Martin.
Note sur les sources
La source primaire de la vie de Brice est Grégoire de Tours, Histoire des Francs (II, 1) et Libellus de vita Patrum (Miracula), qui reprennent et amplifient une tradition antérieure. Sulpice Sévère, Dialogi III, 15, fournit un témoignage contemporain de Martin, mais ne nomme pas toujours Brice.
Les sources secondaires consultées sont les notices Wikipédia FR et Wikipédia EN, l'Alban Butler (Lives of the Fathers, Martyrs and Other Principal Saints), les Monks of Ramsgate (Book of Saints, 1921) et Maurey (2014, p. 3). La date de naissance (370 ou 377) reste non tranchée.
Pour aller plus loin
- Saint Martin de Tours (vers 316-397) : le prédécesseur de Brice, dont le tombeau a marqué tout son épiscopat.
- Saint Germain d'Auxerre (378-448) : évêque contemporain, dans la même Gaule du Ve siècle.
- Saint Léon le Grand (vers 390-461) : pape contemporain de l'exil romain de Brice.
- Saint Augustin d'Hippone (354-430) : le grand docteur de l'époque, dont les écrits éclairent les crises pastorales du Ve siècle.
Notes et références
Grégoire de Tours, Histoire des Francs (Historia Francorum), livre II, chapitre 1. Source primaire de la succession de Brice à Tours, avec la formule « quartus Brictius ordinatur episcopus ». Grégoire de Tours (538-594) écrit environ un siècle et demi après les faits, s'appuyant sur une tradition orale et sur des sources antérieures aujourd'hui perdues.
1 3 10 13 15 19Wikipédia (FR), « Brice de Tours » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique consultée le 11 octobre 2026 : naissance vers 370 ou 377 en Touraine ; successeur de Martin en 397 ; épiscopat d'environ 47 ans ; accusation de la lingère vers la 30e année ; prodige de la braise ; exil à Rome vers 430-437 ; retour en 437 ; chapelle Saints Pierre et Paul ; mort en novembre 444 ; reliques à Clermont (580) puis San Michele de Pavie ; fête le 13 novembre ; patron des juges.
2 5 12 14 16 17 20 21 23 24 25Grégoire de Tours, Libellus de vita Patrum (ou De gloria confessorum), passages relatifs à saint Brice et aux miracles de saint Martin. Même source primaire, avec les récits de prodige (braise, exil, retour).
4 11Wikipédia (EN), « Bricius of Tours » : en.wikipedia.org. Notice encyclopédique consultée le 11 octobre 2026 : quatrième évêque de Tours ; dates 370-444 ; épiscopat 397-444 ; sources grégoriennes ; culte et reliques.
6 18 22Sulpice Sévère, Dialogi, III, 15. Témoignage contemporain de saint Martin sur un jeune clerc de Tours, souvent identifié au jeune Brice. Sulpice Sévère (vers 363-vers 425) est le biographe de Martin (Vita Martini).
7 9Sulpice Sévère, Dialogues, dialogue III, chapitre 15 (récit de Gallus). Texte anglais (NPNF, 2e série, vol. XI) : "If Christ bore with Judas, why should not I bear with Brictio?" ; texte intégral : en.wikisource.org. La formulation française de l'article (« Si le Christ a supporté Judas, pourquoi ne supporterais-je pas Brice ? ») en est la traduction.
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