Saint Ménas d'Égypte (en copte Mina, en grec Menas), mort vers 309 selon la chronologie la plus couramment retenue, est un soldat chrétien de l'armée romaine d'Égypte, devenu ermite puis martyr sous les persécutions du début du IVe siècle. Originaire de Nikiou, en Basse-Égypte, il fut exécuté à Cotyaeum, en Phrygie, et sa mémoire est célébrée le 11 novembre.[1][2]
Sa renommée ne tient pas seulement à son martyre, mais à la prodigieuse diffusion de son culte. Le sanctuaire d'Abu Mena, près du lac Mariout, devint l'un des plus vastes pèlerinages de la chrétienté antique, et les petits flacons de pèlerinage à son effigie ont été retrouvés de la Gaule à la Nubie. L'iconographie le montre le plus souvent en orant, entre deux chameaux, image qui renvoie au récit de la translation de ses reliques.[3]
Un soldat d'Égypte sous les persécutions
Origines et état de vie
La tradition copte place la naissance de Ménas à Nikiou (ancienne Nikiou, dans le delta du Nil), vers 285. Il aurait été le fils d'un officier romain et aurait lui-même servi dans l'armée romaine d'Égypte.[4]
La notice de Wikipédia EN, qui suit ici la tradition copte et les actes de martyre, lui attribue une triple couronne : la pureté (célibat), l'ascèse (une vie d'ermite) et le martyre. Quittant l'armée, il se serait retiré cinq années dans le désert, dans la solitude et la prière, avant de rejoindre la Phrygie.[5]
Le degré de certitude de ces éléments est inégal. La date de naissance (285) et le détail de la retraite érémitique relèvent de la tradition hagiographique, transmise par les versions grecques et coptes des actes du martyre. L'existence même du personnage et son martyre en Phrygie sont solidement attestés par la diffusion très ancienne de son culte et par l'archéologie d'Abu Mena.
Le refus d'abjurer
Sous une persécution que les sources situent au début du IVe siècle, sous le règne de Dioclétien ou de ses successeurs immédiats, Ménas refuse d'abjurer la foi chrétienne. Traduit devant les autorités romaines de Cotyaeum, en Phrygie, il confesse publiquement sa foi et refuse les sacrifices aux dieux.[6]
Le procès et l'exécution sont rapportés par les actes de martyre, connus en versions grecques et coptes. Ces textes, comme souvent dans l'hagiographie antique, mêlant discours du martyr et éléments légendaires. Le cœur de la tradition est constant : un soldat chrétien, arrêté pour sa foi, qui refuse de renier le Christ et est décapité à Cotyaeum.[7][8]
La date de la mort : 296 ou 309 ?
La chronologie de la mort de Ménas fait l'objet de deux traditions :
| Date | Présentée par | Degré de certitude |
|---|---|---|
| Vers 309 | Wikidata (Q163432) ; notice Wikipédia EN ; chronologie copte habituelle | Retenue ici comme la plus courante |
| 296 | Certaines traditions, dont la demande initiale | Non confirmée par les sources directement consultées le 11 octobre 2026 |
La différence d'une dizaine d'années n'affecte pas la réalité du martyr, mais elle doit être signalée : aucune des deux dates ne repose sur un document daté contemporain. Les actes de martyre ne portent pas de chronologie absolue, et les fastes liturgiques ont retenu l'un ou l'autre chiffre selon les familles de manuscrits.[9][10]
Nous retenons ici vers 309, avec la réserve d'usage. La fête liturgique du 11 novembre est, elle, certaine et universelle dans les calendriers latins et byzantins.
Du bûcher au désert : le tombeau et le pèlerinage
Le corps préservé
La tradition rapporte qu'après l'exécution, le corps de Ménas fut brûlé par les païens, mais que les flammes laissèrent les restes intacts pendant trois jours. Un chrétien, ou selon certaines versions la sœur du martyr, recueillit les reliques et les transporta vers Alexandrie.[11]
Cet épisode appartient au récit hagiographique du martyre. Il n'est pas corroboré par un document indépendant, mais il est cohérent avec le culte très ancien qui se développa autour de la tombe. La tradition copte en a fait l'un des éléments centraux de la mémoire de Ménas.
Le chameau qui s'arrête
Sur le chemin du retour vers l'Égypte, le chameau qui portait les reliques se serait arrêté près du lac Mariout, en Basse-Égypte, non loin d'Alexandrie, et n'aurait pas voulu avancer davantage. Les chrétiens y virent un signe de la volonté divine, et c'est en ce lieu que fut élevée la première chapelle du futur sanctuaire d'Abu Mena.[12]
Le récit rappelle d'autres translations de reliques « dirigées » par un animal ou un prodige. Il explique le choix du lieu plutôt qu'il ne fournit une chronologie. L'archéologie d'Abu Mena confirme, elle, la réalité du sanctuaire et son développement à partir du IVe siècle.
Abu Mena, grande ville de pèlerinage
Le site d'Abu Mena (du copte Abba Mina, « le père Mina ») devint, entre le IVe et le VIIe siècle, l'un des plus importants centres de pèlerinage de la chrétienté, avec Rome et Jérusalem. On y construisit une basilique, des bains, des hospices et des habitations pour les pèlerins.[13]
L'UNESCO a inscrit Abu Mena au patrimoine mondial en 1979, comme témoignage de cette ville de pèlerinage antique. Le site a été dégagé par des missions archéologiques allemandes au début du XXe siècle. Un monastère a été rétabli à proximité à l'époque moderne.[14]
Les flacons de pèlerinage
L'un des témoignages les plus parlants de la diffusion du culte de Ménas est la production de petits flacons de terre cuite (ou d'étain) marqués à son effigie, généralement sous la forme d'un orant entre deux chameaux. Ces objets étaient vendus aux pèlerins d'Abu Mena et emportés dans tout le bassin méditerranéen.[15]
On en a retrouvé en Gaule, en Italie, en Afrique du Nord, au Proche-Orient et jusqu'en Nubie. Ils attestent à la fois l'ampleur du pèlerinage et la popularité du saint bien au-delà de l'Égypte. C'est l'un des rares cas où l'archéologie matérielle permet de suivre, objet par objet, la diffusion d'un culte dans l'Antiquité tardive.
Mémoire, fête et iconographie
Les deux calendriers
Saint Ménas est honoré le 11 novembre dans le calendrier catholique et le calendrier orthodoxe. Dans le calendrier copte, la fête tombe le 15 Hathor, ce qui correspond au 24 novembre du calendrier julien révisé.[16]
La coexistence de ces deux dates ne reflète pas un désaccord sur le personnage, mais le fonctionnement propre de deux calendriers liturgiques. Pour le calendrier universel de l'Église latine, c'est bien le 11 novembre qui retentit.
L'iconographie de l'orant entre deux chameaux
Le type iconographique le plus répandu de saint Ménas est celui de l'orant (en prière, les bras levés ou tendus), debout entre deux chameaux. On le trouve sur les ivoires paleochrétiens, les icônes coptes et byzantines, les flacons de pèlerinage et les fresques.[17]
Un ivoire conservé à Milan, provenant d'Alexandrie, en offre un exemple notable. Des icônes plus tardives, comme celle de Tryavna (XIXe siècle, Bulgarie) ou celles conservées au musée d'Arkhangelsk, reprennent le même schéma en y ajoutant des scènes de la vie du saint.
Le chameau est le signe de la translation des reliques vers Abu Mena. L'orant, geste de prière par excellence dans l'art paléochrétien, exprime la fidélité du martyr jusqu'à la mort.
Ce que la tradition n'a pas établi
Plusieurs points restent non vérifiés ou mal attestés :
| Question | Ce qu'il en est |
|---|---|
| Année exacte de la mort | 296 ou vers 309 : deux traditions, aucune confirmation par un document daté |
| Détails de la retraite érémitique | Tradition hagiographique ; non confirmée par une source indépendante |
| Identité de l'auteur de la translation (sœur ou autre) | Variantes selon les versions des actes |
| Catholic Encyclopedia (1913) | Non consultable le 11 octobre 2026 (page indisponible) |
| Nominis (CEF) | Non consultable le 11 octobre 2026 (notice introuvable) |
Ces lacunes ne diminuent en rien la solidité du culte de Ménas, attesté par l'archéologie, la toponymie copte et la diffusion méditerranéenne des flacons de pèlerinage. Elles obligent simplement à distinguer ce qui est documenté de ce qui est transmis par la piété.
Note sur les sources
Les faits présentés ici s'appuient sur la notice Wikipédia EN « Saint Menas », sur la fiche Wikidata Q163432 et sur les fichiers Wikimedia Commons utilisés pour illustrer l'article (ivoire de Milan, icône de Tryavna, monastère d'Abu Mena). Les actes de martyre grecs et coptes de saint Ménas, source primaire de sa vie, n'ont pas été lus dans leur intégralité ; les éléments qui en proviennent sont signalés comme relevant de la tradition hagiographique.
La Catholic Encyclopedia (1913, article « St. Menas ») et la notice de Nominis (Conférence des évêques de France) n'ont pas pu être consultées : les URLs testées renvoient une erreur 404 au 11 octobre 2026. Cette absence est signalée ici même plutôt que comblée par une source générique.
Pour aller plus loin
- Saint Athanase d'Alexandrie (296-373) : évêque d'Alexandrie contemporain de l'essor du monachisme égyptien.
- Saint Antoine le Grand (251-356) : le père du monachisme égyptien, dans le même désert que Ménas.
- Saint Pacôme (292-348) : fondateur du cénobitisme copte, à l'époque du sanctuaire d'Abu Mena.
- Saint Caprais d'Agen (vers 303) : autre martyr des grandes persécutions, dans le même temps de l'Église.
Notes et références
Wikipédia (EN), « Saint Menas » : en.wikipedia.org. Notice encyclopédique consultée le 11 octobre 2026 : naissance vers 285 à Nikiou (Égypte) ; soldat chrétien de l'armée romaine ; retraite de cinq ans dans le désert ; martyre à Cotyaeum (Phrygie) ; triple couronne (pureté, ascèse, martyre) ; corps brûlé trois jours intact ; translation vers Alexandrie, puis arrêt du chameau près du lac Mariout ; fondation du sanctuaire d'Abu Mena ; flacons de pèlerinage retrouvés dans tout le bassin méditerranéen ; iconographie de l'orant entre deux chameaux ; fête le 11 novembre (catholique et orthodoxe) et le 15 Hathor (calendrier copte).
1 3 4 5 6 8 9 11 12 13 14 15 16 17Wikidata, fiche Q163432 (Menas of Egypt) : www.wikidata.org. Données structurées consultées le 11 octobre 2026 : date de décès 309 ; lieu de décès Phrygie ; cause de la mort décapitation (martyre) ; culte chrétien ; identifiant de référence.
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