L'art paléochrétien

Panorama sourcé de l'art chrétien des origines (≈200-600) : les plus anciennes fresques des catacombes et de Doura-Europos, les symboles (poisson, ancre, Bon Pasteur, orante), les scènes de délivrance et eucharistiques, les premières images mariales, l'énigme de la Croix absente avant le Vᵉ siècle, puis le tournant de l'édit de Milan (313) qui fait passer l'art de la catacombe à la basilique. Preuve matérielle que l'image chrétienne est aussi ancienne que l'Église.

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L'art paléochrétien désigne les premières œuvres par lesquelles les chrétiens ont rendu visible leur foi : fresques peintes dans la pénombre des catacombes, reliefs sculptés sur les sarcophages, mosaïques qui montent peu à peu jusqu'aux absides des basiliques. Le mot, formé du grec palaios (« ancien »), recouvre environ quatre siècles, de la fin du IIᵉ siècle jusqu'au seuil du VIIᵉ — entre le silence presque total des premières générations et l'épanouissement de l'art byzantin et médiéval.[1][2]

Cet art est d'abord un témoignage. Avant que les théologiens n'écrivent des traités sur les images, des mains anonymes ont déjà peint le Christ sous les traits d'un jeune berger, dessiné un poisson sur une pierre tombale, gravé une ancre sur une bague. Ces objets racontent ce que croyaient les premiers fidèles : la résurrection des morts, la délivrance des justes, la présence du Christ-Pasteur. Ils le racontent souvent mieux que les textes, parce qu'ils disent ce qu'on espérait au moment précis de la mort.

Pour un catholique, l'art des catacombes a une portée particulière. Il établit, par la matière même, que l'image chrétienne n'est pas une corruption tardive : dès avant Constantin, dès le temps des persécutions, l'Église figurait le Christ, la Vierge, les saints et les mystères du salut. Cela répond d'avance à deux accusations opposées : celle qui voudrait que l'art religieux soit une déviation héritée du paganisme et du Moyen Âge, et celle qui prétend que les premiers chrétiens auraient été des iconoclastes farouches. Les murs des catacombes disent autre chose. La question de fond — pourquoi l'Église peut et doit utiliser des images — est traitée à part dans Pourquoi l'Église utilise-t-elle des images ? et dans La différence entre icône, idole et image sacrée ; le présent article décrit ce que cet art a réellement été.

Qu'est-ce que l'art paléochrétien ?

Une définition et des bornes

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On appelle art paléochrétien l'ensemble des productions artistiques chrétiennes de l'Antiquité tardive, depuis les plus anciens témoins conservés — autour de 200 — jusqu'à la fin de l'Antiquité, vers le VIᵉ ou VIIᵉ siècle, lorsque l'art chrétien se différencie en traditions byzantine à l'Est et latine à l'Ouest.[3][4] Il ne s'agit pas d'un style unique mais d'une période : on y trouve aussi bien le trait rapide et lumineux des peintres de catacombes que la solennité dorée des mosaïques impériales.

Cet art partage avec le reste de l'Antiquité tardive ses techniques et son vocabulaire formel : il est, matériellement, de l'art romain tardif mis au service d'un contenu nouveau.[5][6] Les premiers ateliers chrétiens étaient les mêmes que ceux qui produisaient l'art païen ; ce qui change, ce n'est pas la main, c'est le sens.

Pourquoi « paléo »-chrétien ?

Le terme savant paléochrétien (de palaios, « ancien ») s'est imposé au XIXᵉ siècle, à mesure que l'archéologie chrétienne — fondée notamment par Giovanni Battista de Rossi (1822-1894), redécouvreur des catacombes romaines — constituait cette période en objet d'étude à part entière.[7] On parle aussi d'« art chrétien primitif » ou d'« art chrétien des origines ». Les Allemands disent frühchristliche Kunst, les Anglo-Saxons Early Christian art.

Les deux grands moments

Toute l'histoire de cet art est commandée par une date : 313, l'édit de Milan, par lequel Constantin et Licinius accordent au christianisme la liberté de culte.[8] Avant et après cette date, ce n'est presque pas le même art.

  • Avant 313 — l'art de la persécution. Modeste, intime, funéraire. Il se cache dans les catacombes et sur les sarcophages, parle par symboles voilés, évite tout ce qui ressemblerait à une idole. C'est l'art d'une Église qui prie pour ses morts et attend la résurrection.
  • Après 313 — l'art de la paix. Soudain monumental, public, glorieux. Il couvre les murs et les absides des grandes basiliques, montre le Christ en majesté, emprunte au cérémonial impérial. C'est l'art d'une Église devenue visible, qui proclame le triomphe du Christ aux yeux de tout l'Empire.
Avant 313Après 313
LieuxCatacombes, maisons, tombesBasiliques, baptistères
SupportsFresque, sarcophage, petits objetsMosaïque monumentale, grand décor
TonIntime, funéraire, voiléPublic, triomphal, impérial
ChristJeune berger, philosophe, thaumaturgeRoi en majesté, juge, empereur du ciel
FonctionEspérance de la résurrectionProclamation et catéchèse

Pourquoi un art chrétien est-il apparu si tard ?

Le silence des deux premiers siècles

Une énigme frappe l'historien : pendant près de deux siècles, on ne conserve presque aucune image chrétienne. Les premières fresques datables ne remontent qu'au tournant des IIᵉ-IIIᵉ siècles.[9][10] Plusieurs raisons se conjuguent : la petitesse et la clandestinité des communautés persécutées, l'absence d'édifices propres, mais surtout un héritage juif qui se méfiait de toute représentation.

L'héritage juif et l'interdit de l'image

Le christianisme naît au sein d'un judaïsme marqué par le deuxième commandement :

« Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est là-haut dans le ciel, ou en bas sur la terre, ou dans les eaux par-dessous la terre. » — Exode 20, 4[11]

Cet interdit visait l'idolâtrie, non l'art comme tel — le Temple de Salomon comportait chérubins sculptés, palmes et lions. Mais il avait rendu les milieux juifs très prudents. Les premiers chrétiens en héritèrent une réserve durable à l'égard des « images des dieux ». Et pourtant, la découverte de la synagogue de Doura-Europos, couverte de fresques bibliques, a montré qu'au IIIᵉ siècle certaines communautés juives elles-mêmes peignaient abondamment : la frontière n'était pas si nette.[12]

Clément d'Alexandrie : les premiers signes permis

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Le plus ancien texte chrétien qui réglemente l'usage des images est précieux. Vers 200, Clément d'Alexandrie, dans Le Pédagogue, indique à ses lecteurs quels motifs ils peuvent faire graver sur leur bague-sceau — et lesquels leur sont interdits :

« Que nos sceaux soient une colombe, ou un poisson, ou un navire qui court sous le vent, ou une lyre, [...] ou une ancre de marine ; et si quelqu'un pêche, il se souviendra de l'apôtre. Nous ne graverons pas le visage des idoles, nous à qui il est interdit de nous y attacher ; ni une épée, ni un arc, nous qui poursuivons la paix ; ni des coupes, nous qui sommes sobres. » — Clément d'Alexandrie, Le Pédagogue, III, 11[13]

Ce texte est capital : il prouve qu'autour de l'an 200, les chrétiens portaient déjà une iconographie codée — colombe, poisson, ancre, navire — et que l'Église l'encadrait au lieu de l'interdire. Ce sont exactement les symboles que l'on retrouvera, peu après, sur les murs des catacombes.

Tertullien et Eusèbe : des images malgré les réticences

D'autres témoignages confirment cette présence précoce de l'image, parfois à contrecœur. À Carthage, vers 210, Tertullien, dans un traité d'une grande sévérité morale, reproche à ses adversaires de peindre le Bon Pasteur sur leurs calices eucharistiques — preuve, par la critique même, que cette image décorait déjà les vases sacrés.[14]

Plus surprenant encore, Eusèbe de Césarée, au début du IVᵉ siècle, rapporte avoir vu à Césarée-de-Philippe (Panéas) un groupe de bronze représentant le Christ tendant la main vers la femme guérie de ses hémorragies, et signale que des chrétiens conservaient des portraits peints du Christ, de Pierre et de Paul :

« On dit que cette statue reproduit les traits de Jésus. Elle subsistait encore de notre temps, et nous l'avons vue de nos propres yeux lorsque nous séjournions dans cette ville. [...] On nous a aussi montré des images peintes des apôtres Pierre et Paul, et du Christ lui-même, conservées en couleurs sur des tableaux. » — Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 18[15]

Ces textes, dispersés et parfois critiques, prouvent ensemble une chose : l'image chrétienne existe avant la liberté de l'Église, avant les grands conciles, avant les querelles iconoclastes. Elle apparaît dès les premières générations chrétiennes.

Où se déployait cet art ? Lieux et supports

Les catacombes de Rome

Le grand foyer de l'art chrétien primitif est souterrain : ce sont les catacombes, ces réseaux de galeries creusés hors des murs de Rome pour ensevelir les morts. Sur les parois des chambres funéraires (cubicula), des peintres ont laissé les plus anciennes fresques chrétiennes conservées en grand nombre : Bon Pasteur, orantes, scènes bibliques, banquets.[16][17]

Décor peint des catacombes de Domitille, Rome — Dennis Jarvis · Wikimedia Commons · CC BY-SA 2.0.

Les catacombes de Priscille, de Calliste, de Domitille, des saints Marcellin-et-Pierre sont aujourd'hui sous la garde de la Commission pontificale d'archéologie sacrée.[18] Le détail du langage symbolique qu'on y lit — poisson, ancre, colombe, monogramme — est traité dans l'article Les symboles chrétiens des catacombes. Retenons ici l'essentiel : ces images ne sont pas un décor, mais une prière en couleur posée auprès des défunts, dans l'attente de la résurrection.

La maison-église de Doura-Europos

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Hors de Rome, le témoin le plus extraordinaire se trouve aux confins de l'Empire, sur l'Euphrate. À Doura-Europos, en Syrie, une maison privée fut aménagée en lieu de culte chrétien, avec une salle de baptême peinte. La ville ayant été détruite par les Perses en 256, ces fresques sont antérieures à cette date : ce sont, avec celles des plus anciennes catacombes, les plus vieilles peintures chrétiennes datées que l'on connaisse.[19][20]

On y voit le Bon Pasteur, la guérison du paralytique, le Christ et Pierre marchant sur les eaux, et une procession de femmes vers un tombeau. La maison-église de Doura — antérieure à la paix de l'Église de plus d'un demi-siècle — prouve que l'art chrétien existait déjà loin de Rome, au cœur des persécutions, et qu'il osait représenter le Christ lui-même.[21]

Les sarcophages

Les chrétiens fortunés se faisaient ensevelir, comme leurs voisins païens, dans des sarcophages de marbre sculpté. Mais ils en changeaient le programme : aux scènes mythologiques se substituaient des cycles bibliques. Le chef-d'œuvre du genre est le sarcophage de Junius Bassus, haut fonctionnaire romain baptisé peu avant sa mort en 359, conservé au trésor de la basilique Saint-Pierre.[22]

Sarcophage de Junius Bassus, 359, trésor de Saint-Pierre — Sailko · Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0.

Sur ses deux registres encadrés de colonnes, dix scènes mêlent l'Ancien et le Nouveau Testament : le sacrifice d'Abraham, Daniel, Job, l'entrée à Jérusalem, l'arrestation du Christ — et, au centre supérieur, le Christ trônant entre Pierre et Paul, les pieds posés sur le dais du ciel (Traditio legis, la « remise de la Loi »).[23] On y voit le passage en cours : le Christ-berger des catacombes devient peu à peu le Christ-souverain.

Les petits objets : verres dorés, lampes, bagues, ampoules

L'art paléochrétien n'est pas seulement monumental ou funéraire ; il est aussi domestique et portatif. Les fonds de coupe en verre doré (vetri dorati), retrouvés scellés dans le mortier des tombes, portent des portraits de saints et des scènes bibliques. Les lampes à huile en terre cuite s'ornent du chrisme ou du Bon Pasteur. Les bagues-sceaux décrites par Clément, les ampoules de Terre sainte rapportées par les pèlerins, multiplient à l'infini les mêmes signes.[24][25]

SupportTechniqueExemple typique
FresquePeinture sur enduitBon Pasteur, catacombe de Priscille
SarcophageRelief sur marbreJunius Bassus (359)
MosaïqueTesselles de verre et pierreAbsides des basiliques (après 313)
Verre doréFeuille d'or entre deux verresMédaillons de saints des tombes
IvoireSculpture en bas-reliefPlaques de la Passion (≈420-430)
Petits objetsTerre cuite, métalLampes, bagues, ampoules de pèlerinage

Le langage des symboles

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Avant de figurer des scènes, l'art chrétien parle par signes. Dans un monde hostile, le symbole a un double avantage : il dit la foi à ceux qui savent la lire, et il la voile aux autres. Le détail de ces symboles relève de l'article dédié aux symboles des catacombes ; on en rappelle ici les principaux pour comprendre l'iconographie d'ensemble.

Le poisson, l'ancre, la colombe, le navire

Le poisson est le plus célèbre. Le mot grec ICHTHYS (ἰχθύς, « poisson ») forme l'acrostiche Iēsous Christos Theou Hyios Sōtēr — « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ».[26][27] L'ancre dit l'espérance « sûre et solide » dont parle l'Épître aux Hébreux (He 6, 19). La colombe évoque l'âme en paix et l'Esprit Saint. Le navire figure l'Église qui traverse le siècle. Ce sont, mot pour mot, les motifs que Clément autorisait sur les sceaux.[28]

Le Bon Pasteur

L'image la plus répandue est celle du Bon Pasteur : un jeune homme portant une brebis sur ses épaules. Elle illustre la parabole de la brebis perdue (Luc 15) et la parole « Je suis le bon pasteur » (Jean 10, 11).[29]

Bon Pasteur, Musée Pio Cristiano, Vatican — Fabrizio Garrisi · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0.

Pour la donner à voir, les artistes ont baptisé une forme païenne : le moschophore ou criophore (« porteur de bélier ») de l'art grec, et le berger bucolique de l'art romain. De même, le Christ a parfois pris les traits d'Orphée charmant les bêtes, ou du Soleil (Sol) sur son char.[30][31] Loin d'être un syncrétisme honteux, ce procédé manifeste la logique de l'Incarnation : l'Église ne détruit pas la culture des hommes, elle l'assume et la convertit, faisant servir au vrai Dieu les beautés que le paganisme avait pressenties.

L'orante

La figure de l'orante — une femme debout, les bras levés et ouverts dans la prière — est l'autre grand motif. Elle représente l'âme du défunt en prière, ou l'Église elle-même, suppliante et confiante.[32] C'est l'image la plus pure de ce que les catacombes voulaient dire : non la mort, mais l'âme tournée vers Dieu.

Le Christ jeune, imberbe, philosophe

Avant le visage barbu et majestueux qui s'imposera ensuite, le Christ paléochrétien est souvent jeune et imberbe, vêtu de la tunique du philosophe, un rouleau à la main : il est le Maître de vérité, le sage qui enseigne, le thaumaturge qui guérit et ressuscite. Il n'y a pas encore de portrait « réaliste » fixé : l'image dit une fonction (berger, maître, sauveur) avant de prétendre montrer des traits.[33][34]

Les grands thèmes figurés

Les images de délivrance

Le programme le plus constant de l'art funéraire est celui de la délivrance : Dieu sauve les siens de la mort. Les mêmes scènes reviennent, choisies pour leur portée pascale, comme autant de gages que le Dieu qui a sauvé hier sauvera encore le défunt.[35][36]

ScèneSource bibliqueSens pour le défunt
Jonas rejeté par le monstreJonas 2Trois jours dans l'abîme, puis la vie — figure de la Résurrection
Daniel dans la fosse aux lionsDaniel 6Le juste sauvé de la gueule de la mort
Les trois jeunes gens dans la fournaiseDaniel 3Préservés au cœur du feu
Noé dans l'archeGenèse 7-8Sauvé des eaux du jugement
Le sacrifice d'IsaacGenèse 22Le fils rendu à la vie
La résurrection de LazareJean 11Promesse explicite : « Je suis la résurrection »
Moïse faisant jaillir l'eauExode 17L'eau du salut, figure du baptême
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Le cycle de Jonas est de loin le plus fréquent : englouti, rejeté, puis reposant sous la treille, il offre une figure complète de la mort et de la résurrection que le Christ lui-même avait revendiquée (« le signe de Jonas », Matthieu 12, 39-40).[37]

Les scènes eucharistiques

Plusieurs fresques montrent des repas : convives autour d'un plat de poissons et de pains, corbeilles disposées alentour. La plus célèbre, dite Fractio panis (« la fraction du pain »), se trouve dans la Chapelle grecque de la catacombe de Priscille.[38] Ces images relient le banquet céleste, le repas funéraire et l'Eucharistie : le poisson et le pain qui nourrissent la foule (Jean 6) deviennent le signe du Corps qui nourrit pour la vie éternelle.

Les premières images mariales

L'art paléochrétien a aussi laissé les plus anciennes images de la Vierge Marie. Dans la catacombe de Priscille, une fresque du IIIᵉ siècle montre une mère allaitant son enfant, à côté d'un personnage désignant une étoile — interprété comme une scène mariale, peut-être la plus ancienne connue.[39] D'autres scènes figurent l'Adoration des mages présentant leurs dons à l'Enfant assis sur les genoux de sa Mère. Très tôt, donc, l'image chrétienne a fait place à Marie.

La discrétion de la Croix : pourquoi pas de crucifix avant le Vᵉ siècle ?

Un trait déconcerte le visiteur moderne : pendant des siècles, l'art chrétien ne représente pas la crucifixion. La Croix est suggérée par le chrisme, par l'ancre, par des croix discrètes, mais on ne montre pas le Christ cloué et mourant.[40][41]

Panneau de la Crucifixion, porte de Sainte-Sabine, Vᵉ siècle — Sailko · Wikimedia Commons · CC BY 3.0.

Les raisons sont profondes. Aux yeux du monde antique, la croix était le supplice le plus infâme, réservé aux esclaves et aux rebelles ; le graffito moqueur dit d'Alexamenos (vers 200), qui montre un crucifié à tête d'âne adoré par un fidèle, dit bien le scandale qu'inspirait cette idée.[42] L'Église préférait d'abord proclamer le Christ vivant et vainqueur plutôt que le supplicié. Ce n'est qu'au Vᵉ siècle qu'apparaissent les premières crucifixions assumées : un panneau des portes de bois de la basilique Sainte-Sabine à Rome (vers 430-432) et l'une des plaques d'ivoire dites Maskell (vers 420-430, British Museum) — et encore montrent-elles un Christ aux yeux ouverts, debout et triomphant, non un mort.[43][44][45] La méditation de la Croix dans l'art se déploiera bien plus tard : voir Le chemin de croix dans l'art.

Le tournant constantinien : de la catacombe à la basilique

La paix de l'Église et l'art monumental

Avec l'édit de Milan (313), tout change.[46] L'Église sort de la clandestinité, reçoit des terrains et des fonds impériaux, bâtit de grands édifices. L'art, qui se contentait jusque-là des parois funéraires et des petits objets, devient soudain monumental, public, somptueux. Constantin fonde à Rome la basilique du Latran, la première Saint-Pierre sur la tombe de l'apôtre, et bien d'autres sanctuaires.[47][48]

Les basiliques et leurs absides

Pour leurs assemblées, les chrétiens n'adoptent pas le plan du temple païen — trop lié au culte des idoles — mais celui de la basilique civile, vaste salle allongée des tribunaux et des marchés.[49] Le foyer du décor devient l'abside, ce cul-de-four qui surmonte l'autel et que le regard du fidèle rencontre en entrant.

Mosaïque de l’abside de Santa Pudenziana, Rome — Welleschik · Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0.

La plus ancienne abside chrétienne conservée est celle de Santa Pudenziana à Rome, vers 390 : le Christ y trône comme un empereur, vêtu d'or, entouré des apôtres en toge de sénateurs et des quatre Vivants de l'Apocalypse.[50] Peu après, sous le pape Sixte III (432-440), la basilique Sainte-Marie-Majeure reçoit ses extraordinaires mosaïques paléochrétiennes : trente-six panneaux de l'Ancien Testament le long de la nef, et, à l'arc triomphal, le cycle de l'enfance du Christ, célébrant Marie Theotokos au lendemain du concile d'Éphèse (431).[51]

Le Christ-empereur : un visage nouveau

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Le Christ change de figure. Le jeune berger des catacombes laisse place au Pantocrator, souverain barbu, juge du monde, trônant dans la gloire. L'art chrétien emprunte au cérémonial impérial — le nimbe, le trône, la pourpre, le geste d'autorité — pour dire que le vrai Roi du monde est le Christ, et non l'empereur.[52][53] Ce déplacement se lit de façon éclatante dans les mosaïques de Ravenne, traitées à part dans Les mosaïques de Ravenne.

La mosaïque, art de la lumière

Pour ces grands programmes, l'art paléochrétien porte à son sommet une technique : la mosaïque de verre, où des milliers de tesselles, dont beaucoup à feuille d'or, captent et renvoient la lumière des lampes et des fenêtres. La paroi devient un mur de lumière, image du ciel descendu sur terre. Ravenne au Vᵉ-VIᵉ siècle, puis Sainte-Sophie de Constantinople, en seront les héritières directes.[54]

Une théologie en images

La « Bible des pauvres »

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L'art paléochrétien n'est jamais purement décoratif : il enseigne. Dans une société où la plupart ne savaient pas lire, les murs racontaient l'histoire sainte. La formule médiévale de Biblia pauperum, la « Bible des pauvres », condense une intuition très ancienne : l'image est un livre pour ceux qui n'en ont pas. Saint Grégoire le Grand la formulera classiquement vers 600 :

« Ce que l'Écriture offre à ceux qui lisent, la peinture l'offre aux illettrés qui la regardent ; car en elle les ignorants voient ce qu'ils doivent suivre, en elle lisent ceux qui ne connaissent pas les lettres. » — Saint Grégoire le Grand, Lettre à Sérénus de Marseille[55]

Annoncer le salut et la résurrection

Le choix des scènes n'est jamais neutre. L'art des catacombes ne montre presque pas la souffrance ; il montre la délivrance, le salut, la vie. Jonas rejeté, Daniel épargné, Lazare ressuscité : tout dit que la mort n'a pas le dernier mot. C'est une prédication de l'espérance posée auprès des tombes, la traduction visuelle du credo : « J'attends la résurrection des morts. »[56]

L'image n'est pas une corruption tardive

Ici se joue l'enjeu catholique de tout le dossier. Certaines lectures, protestantes ou modernistes, soutiennent que les premiers chrétiens auraient été hostiles à toute image, et que l'art religieux serait une dérive postérieure, contaminée par le paganisme. On cite parfois le canon 36 du concile d'Elvire (Espagne, vers 305-306) : « Il a paru bon qu'il n'y ait pas de peintures dans l'église, pour qu'on ne peigne pas sur les murs ce qu'on vénère et adore. »[57]

Mais ce canon, isolé et local, ne porte pas le sens qu'on lui prête. Son interprétation est disputée : il vise probablement à protéger les images du sacrilège en temps de persécution, ou un type précis de portraits exposés à un culte mal réglé — non l'art chrétien comme tel.[58] Surtout, il est contredit par les faits : à cette date, les catacombes se couvrent déjà de fresques — et Doura-Europos, un demi-siècle plus tôt, avait déjà peint son baptistère. Le canon 36 ne fut d'ailleurs pas repris par les conciles suivants.[59]

La conclusion s'impose : loin d'être une invention médiévale, l'image chrétienne accompagne l'Église depuis ses premiers siècles. Le concile de Nicée II (787) ne fera que justifier théologiquement une pratique attestée depuis près de six siècles, en distinguant l'adoration (latrie) due à Dieu seul de la vénération (dulie) rendue aux saints à travers leurs images — distinction développée dans La différence entre icône, idole et image sacrée et fondée dans Pourquoi l'Église utilise-t-elle des images ?. Le Catéchisme le résume :

« La contemplation des saintes icônes, unie à la méditation de la Parole de Dieu et au chant des hymnes liturgiques, entre dans l'harmonie des signes de la célébration pour que le mystère célébré s'imprime dans la mémoire du cœur. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 1162[60]

Héritage : ce que l'art paléochrétien a légué

À Byzance et à l'Occident

De cet art des origines sont sorties les deux grandes traditions chrétiennes de l'image. À l'Orient, il donne naissance à l'icône byzantine et au monde doré de Ravenne et de Constantinople. À l'Occident, il fournit le répertoire que reprendront l'art carolingien, roman puis gothique : le Bon Pasteur, le Christ en majesté, les cycles bibliques, la mosaïque d'abside. Les enluminures des manuscrits prolongeront ce même travail de mémoire visuelle — voir Les enluminures bibliques et Les manuscrits monastiques.[61][62]

Ce que le fidèle y voit encore

Descendre aujourd'hui dans une catacombe romaine, c'est rencontrer la foi à l'état naissant. Le Bon Pasteur qui porte sa brebis, l'orante aux bras levés, Jonas rendu à la vie, le poisson gravé près d'un nom : tout cela fut peint par des chrétiens qui mouraient parfois pour leur foi, et qui confiaient à la pierre leur espérance de ressusciter. L'art paléochrétien n'est pas une curiosité d'archéologue ; c'est la première prédication visible de l'Évangile, et elle parle encore.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. André Grabar, Le Premier Art chrétien (200-395), Paris, Gallimard, coll. « L'Univers des formes », 1966. Ouvrage de référence sur la naissance de l'art chrétien dans l'Antiquité tardive, par l'un des fondateurs de l'histoire de l'art byzantin (Collège de France, Académie des inscriptions et belles-lettres). Bornes chronologiques retenues dans le titre même : 200-395.

    1 3 6 10 25 31 34 36 48 53 54 61
  2. Robin Margaret Jensen, Understanding Early Christian Art, Londres-New York, Routledge, 2000. Synthèse universitaire majeure sur l'iconographie chrétienne primitive (Bon Pasteur, orante, scènes de délivrance, repas eucharistiques, usage des formes païennes).

    2 5 9 24 27 30 32 33 35 52 56 62
  3. Wikipedia (anglais), « Early Christian art and architecture » : périodisation (≈ IIᵉ siècle – ≈ 525/VIᵉ-VIIᵉ s.), continuité avec l'art romain tardif, adoption du plan basilical, programme constantinien (Latran, ancienne Saint-Pierre), développement des absides et de la mosaïque.

    4 47 49
  4. Giovanni Battista de Rossi (1822-1894), archéologue romain, fondateur de l'archéologie chrétienne scientifique et redécouvreur des catacombes de Calliste ; auteur de La Roma sotterranea cristiana (1864-1877). C'est largement à partir de ses travaux que la catégorie « art paléochrétien » s'est constituée.

    7
  5. Édit de Milan (313) : accord de Constantin et Licinius accordant la liberté de culte aux chrétiens et la restitution des biens confisqués ; il met fin aux persécutions et ouvre l'ère de l'art chrétien monumental. Rapporté notamment par Lactance (De mortibus persecutorum, 48) et Eusèbe (Histoire ecclésiastique, X, 5).

    8 46
  6. Livre de l'Exode 20, 4-5 (traduction liturgique). Deuxième commandement, interdiction des images taillées destinées au culte idolâtrique. À lire avec Exode 25, 18-20 (chérubins d'or de l'Arche) et 1 Rois 6, 23-29 (chérubins, palmes et fleurs du Temple de Salomon), qui montrent que l'interdit vise l'idolâtrie, non l'art religieux comme tel.

    11
  7. Synagogue de Doura-Europos (Syrie, ≈ 244-256) : ses murs couverts de fresques bibliques figuratives ont bouleversé l'idée d'un judaïsme antique entièrement aniconique et éclairent le contexte de la maison-église chrétienne voisine.

    12 20
  8. Clément d'Alexandrie, Le Pédagogue (Paedagogus), livre III, ch. 11 (vers 198-203). Le maître chrétien recommande pour les bagues-sceaux des motifs licites — colombe, poisson, navire courant sous le vent, lyre, ancre, pêcheur (allusion à l'apôtre) — et proscrit les visages d'idoles, l'épée, l'arc et les coupes. Texte grec et traduction anglaise sur newadvent.org (Church Fathers) ; édition critique Sources chrétiennes n° 158.

    13 28
  9. Tertullien, De pudicitia (De la pudeur), ch. 7 et 10 (vers 210-220). Dans sa polémique rigoriste, Tertullien reproche à ses adversaires de figurer le Bon Pasteur sur leurs calices eucharistiques — témoignage indirect mais ferme de la décoration chrétienne des vases sacrés dès le début du IIIᵉ siècle. Texte sur tertullian.org et newadvent.org.

    14
  10. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, VII, 18 (rédigée vers 311-325, traduction d'après l'édition des Sources chrétiennes). Eusèbe décrit à Césarée-de-Philippe (Panéas) un groupe de bronze représentant le Christ et la femme hémorroïsse guérie (cf. Marc 5, 25-34), qu'il dit avoir vu, et mentionne des portraits peints du Christ, de Pierre et de Paul conservés de son temps.

    15
  11. Commission pontificale d'archéologie sacrée (Pontificia Commissione di Archeologia Sacra), institution du Saint-Siège chargée des catacombes chrétiennes : conservation et étude des catacombes de Rome et d'Italie. Site officiel archeologiasacra.va.

    16 18
  12. Wikipedia (anglais/français), « Catacombs of Rome » / « Catacombes de Rome » : galeries funéraires hors les murs, fresques chrétiennes les plus anciennes conservées en nombre, principaux ensembles (Priscille, Calliste, Domitille, Marcellin-et-Pierre).

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  13. Doura-Europos, maison-église et baptistère chrétiens (Syrie). La ville fut prise et détruite par les Sassanides vers 256, ce qui fournit un terminus ante quem : les fresques (Bon Pasteur, guérison du paralytique, marche sur les eaux, procession des femmes au tombeau) sont parmi les plus anciennes peintures chrétiennes datées. Fragments conservés à la Yale University Art Gallery.

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  14. Sarcophage de Junius Bassus (≈ 359), marbre, Musée du Trésor de la basilique Saint-Pierre, Vatican. Junius Bassus, préfet de Rome, baptisé peu avant sa mort à 42 ans ; deux registres de scènes vétéro- et néotestamentaires, dont la Traditio legis (Christ trônant entre Pierre et Paul, les pieds sur le voile du ciel). Souvent qualifié de plus célèbre relief paléochrétien.

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  15. ICHTHYS (ἰχθύς, « poisson ») : acrostiche grec Iēsous Christos Theou Hyios Sōtēr, « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur ». Symbole christologique majeur de l'art primitif, lié aussi à l'Eucharistie (poissons et pains de Jean 6) et au baptême.

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  16. Évangile selon saint Jean 10, 11.14 (traduction liturgique) : « Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » À lire avec la parabole de la brebis perdue, Luc 15, 4-7. Source scripturaire directe de l'iconographie du Bon Pasteur.

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  17. Cycle de Jonas : le prophète englouti puis rejeté par le grand poisson (Jonas 1-2), souvent figuré reposant sous une treille. Le Christ en fait lui-même le « signe de Jonas », type de sa mort et de sa résurrection (Matthieu 12, 39-40 ; Luc 11, 29-32). C'est le récit le plus fréquemment peint dans les catacombes.

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  18. Fresque dite Fractio panis (« la fraction du pain »), Cappella Greca, catacombe de Priscille, Rome (≈ IIᵉ-IIIᵉ siècle) : scène de banquet interprétée comme une représentation eucharistique parmi les plus anciennes. Voir la documentation de la Commission pontificale d'archéologie sacrée.

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  19. Catacombe de Priscille, Rome : fresque de la « Vierge à l'Enfant » (Mère allaitant, près d'un personnage désignant une étoile), datée du IIIᵉ siècle, souvent présentée comme la plus ancienne image mariale connue ; scènes d'Adoration des mages dans plusieurs catacombes. Documentation : archeologiasacra.va, Wikipédia « Catacombe de Priscille ».

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  20. Sur l'absence de crucifixion dans l'art ancien : la mort en croix, supplice infamant, n'est pas représentée avant le Vᵉ siècle ; l'art privilégie le Christ vivant, maître et thaumaturge. Synthèse : R. M. Jensen, Understanding Early Christian Art, et The Conversation, « The crucifixion gap » (2023).

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  21. Felicity Harley-McGowan, « The Crucifixion Conundrum and the Santa Sabina Doors », Harvard Theological Review (2009) : étude des plus anciennes crucifixions narratives, portes de Sainte-Sabine et ivoires Maskell, datées des années 420-432, probablement réalisées à Rome.

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  22. Graffito d'Alexamenos (Palatin, Rome, vers 200) : caricature païenne montrant un homme adorant un crucifié à tête d'âne, avec l'inscription moqueuse « Alexamenos adore [son] dieu ». Ce n'est pas un objet d'art chrétien, mais le plus ancien témoignage figuré de la crucifixion du Christ — et la preuve du scandale qu'inspirait la croix.

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  23. Portes de la basilique Sainte-Sabine (Aventin, Rome), bois de cyprès, vers 430-432 : l'un des panneaux porte la plus ancienne crucifixion monumentale conservée (Christ et les deux larrons, yeux ouverts). Contemporaines des ivoires Maskell (≈ 420-430, British Museum), première crucifixion narrative sur ivoire.

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  24. Mosaïque absidiale de Santa Pudenziana, Rome (≈ 390) : plus ancienne décoration d'abside chrétienne conservée. Christ trônant en majesté, vêtu d'or, entre les apôtres en toge et sous les quatre Vivants (tétramorphe) de l'Apocalypse, devant une Jérusalem céleste. Influence du cérémonial impérial sur l'image du Christ-Roi.

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  25. Mosaïques de Sainte-Marie-Majeure, Rome, sous le pape Sixte III (432-440) : trente-six panneaux vétéro-testamentaires de la nef et cycle de l'enfance du Christ à l'arc triomphal, exaltant Marie Theotokos au lendemain du concile d'Éphèse (431). Voir l'article Ignispedia Basilique Sainte-Marie-Majeure.

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  26. Saint Grégoire le Grand, Lettre à Sérénus, évêque de Marseille (Registrum epistularum, XI, 10, vers 600). Grégoire reproche à Sérénus d'avoir détruit les images de son église : « Ce que l'Écriture procure aux lecteurs, la peinture le procure aux illettrés qui la regardent. » Texte de référence du Magistère occidental sur la fonction pédagogique de l'image.

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  27. Concile (synode) d'Elvire, Espagne, vers 305-306, canon 36 : « Placuit picturas in ecclesia esse non debere, ne quod colitur et adoratur in parietibus depingatur. » Interprétation disputée (protection contre la profanation en temps de persécution ? type particulier de portraits cultuels ?). Concile local, canon non repris par les conciles ultérieurs, contredit par l'abondance contemporaine des fresques de catacombes et de Doura-Europos. Voir Catholic Encyclopedia (New Advent), « Council of Elvira », et R. M. Jensen sur le canon 36.

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  28. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1159-1162 et 2129-2132 (sur les images saintes) ; n° 1162 cité. Fondement magistériel : distinction entre l'adoration (latrie) due à Dieu seul et la vénération (dulie) rendue aux images, dans la ligne du concile de Nicée II (787).

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