Le chemin de croix est l'une des dévotions catholiques les plus répandues, et l'un des rares sujets où la prière et l'art ne font qu'un. Dans presque toutes les églises du monde, quatorze images jalonnent les murs de la nef : le Christ condamné, chargé de sa croix, tombant, relevé, dépouillé, crucifié, enseveli. Ces stations — du latin statio, « arrêt » — ne sont pas un décor. Elles sont les bornes d'un parcours que le fidèle accomplit en marchant, en s'arrêtant, en méditant chaque scène, pour refaire intérieurement le trajet douloureux du Sauveur jusqu'au Calvaire.[1][2]
Cet article traite donc deux choses ensemble : la dévotion du chemin de croix — son origine à Jérusalem, sa diffusion par les Franciscains, sa fixation à quatorze stations — et son expression artistique, de la chapelle sculptée au tableau de maître. La représentation du Christ en croix lui-même, le crucifix et ses prodiges, sont traités à part dans Les crucifix miraculeux ; la question de fond — pourquoi l'Église peut et doit figurer le Christ — relève de Pourquoi l'Église utilise-t-elle des images ? et de La différence entre icône, idole et image sacrée. Ici, le sujet est la Passion représentée scène par scène, et la manière dont l'art a su la rendre priante.
Un fait mérite d'être souligné d'emblée. Pendant des siècles, l'art chrétien des origines avait évité de montrer le supplice de la Croix : on figurait le Christ vivant, berger ou maître, non le condamné — voir L'art paléochrétien. Le chemin de croix représente le mouvement inverse et tardif : une plongée délibérée, méthodique, dans la souffrance du Christ, scène après scène. C'est l'art d'une chrétienté qui n'a plus peur de contempler la douleur de son Dieu, parce qu'elle y a appris à lire son amour.
Qu'est-ce que le chemin de croix ?
Une dévotion et un genre artistique
Le chemin de croix est d'abord un exercice de piété : une suite de stations devant lesquelles on s'arrête pour méditer un épisode de la Passion, prier et passer à la suivante. Mais cet exercice a besoin de repères matériels — d'images, de reliefs, de croix fixées au mur. C'est pourquoi la dévotion a engendré un véritable genre artistique, présent dans presque chaque église catholique : quatorze tableaux ou bas-reliefs, numérotés, qui se répondent et structurent l'espace sacré.[3]
La règle liturgique distingue soigneusement les deux. Pour qu'un chemin de croix soit canoniquement « érigé » et que les indulgences y soient attachées, ce ne sont pas les images qui comptent au premier chef, mais quatorze croix de bois bénies : les peintures et sculptures n'en sont, en droit, que les accessoires.[4][5] Cette précision dit l'essentiel : le chemin de croix n'est pas une galerie de tableaux, mais un parcours. L'art y est au service de la marche intérieure.
Pourquoi parle-t-on de « stations » ?
Le mot station vient du latin statio, qui désigne un arrêt, une halte. Le terme apparaît au XVᵉ siècle sous la plume de pèlerins anglais comme William Wey, qui décrit les lieux où l'on s'arrête le long du chemin de Jérusalem.[6][7] Faire le chemin de croix, ce n'est donc pas seulement regarder : c'est s'arrêter à chaque épisode, comme on s'arrête sur la route pour reprendre souffle et regarder en arrière celui qui marche devant. Le rythme même de la dévotion — avancer, s'arrêter, méditer, repartir — est inscrit dans son nom.
Ce que le chemin de croix n'est pas
Pour bien situer le sujet, il faut le distinguer de trois voisins. Il ne se confond pas avec le crucifix seul, image du Christ déjà mort ou en croix, dont l'histoire et les prodiges relèvent de Les crucifix miraculeux. Il ne se confond pas avec les grands cycles de la Passion des retables médiévaux, qui peignent la Passion comme un récit continu et non comme un parcours numéroté de stations. Il ne se confond pas, enfin, avec la théologie générale de l'image sacrée. Le chemin de croix a sa forme propre : quatorze moments isolés, fixes, ordonnés, faits pour être parcourus un à un.
Aux origines : Jérusalem et la Via Dolorosa
La rue de la douleur
Tout commence à Jérusalem, sur le trajet réel — ou tenu pour tel — que le Christ aurait suivi du prétoire au Golgotha. Les pèlerins l'appellent la Via Dolorosa, la « voie douloureuse ». Elle s'étire sur environ six cents mètres, depuis les abords de l'antique forteresse Antonia, près de l'actuelle porte des Lions, jusqu'à la basilique du Saint-Sépulcre.[8] Aujourd'hui, elle est jalonnée de quatorze stations : neuf sont dispersées dans les rues de la vieille ville, et les cinq dernières se trouvent à l'intérieur même de l'église du Saint-Sépulcre, qui abrite à la fois le Calvaire et le tombeau.[9][10]
Un itinéraire fixé tardivement
Le visiteur moderne s'imagine volontiers que ce tracé remonte aux apôtres. La réalité est plus humble : l'itinéraire actuel ne s'est stabilisé qu'au XVIIIᵉ siècle, en remplacement de versions antérieures fort variables, et certaines stations n'ont reçu leur emplacement définitif qu'au XIXᵉ siècle.[11] La piété médiévale connaissait des parcours différents, avec un nombre de stations variant selon les époques et les guides : sept, douze, dix-neuf, jusqu'à trente et une selon les manuels.[12] La forme à quatorze stations que nous connaissons est donc le fruit d'une longue maturation, et non un décalque archéologique du premier Vendredi saint. Cela n'enlève rien à sa vérité spirituelle : ce que la dévotion cherche, ce n'est pas la topographie exacte, mais la compassion au Christ souffrant.
Marcher où le Christ a marché
L'élan initial est celui du pèlerinage. Fouler le sol où le Sauveur a porté sa croix, s'arrêter là où il serait tombé, baiser la pierre du Calvaire : voilà ce que cherchaient des générations de croyants. Mais la Terre sainte était lointaine, périlleuse et coûteuse. De cette impossibilité même va naître le chemin de croix tel que nous le connaissons : un moyen de refaire le pèlerinage de Jérusalem sans quitter sa ville, en reproduisant les stations dans les églises et les campagnes d'Europe.
Comment la dévotion est venue en Occident
Les Franciscains, gardiens des Lieux saints
Les grands artisans de cette transplantation furent les Franciscains. Présents en Terre sainte depuis le XIIIᵉ siècle dans le sillage de saint François, les Franciscains furent proclamés officiellement en 1342, par le pape Clément VI, gardiens des Lieux saints de Jérusalem.[13][14] De cette mission privilégiée, les fils de saint François tirèrent une autorité morale unique pour diffuser, en Occident, la mémoire des lieux de la Passion. Ce sont eux qui, les premiers, érigèrent des « stations » dans leurs églises et obtinrent que les indulgences attachées à la visite des sanctuaires de Jérusalem puissent être gagnées en parcourant ces stations chez soi.[15]
« Le pieux exercice du chemin de croix représente le douloureux voyage que Jésus-Christ fit avec la croix sur ses épaules, pour mourir au Calvaire par amour pour nous. » — Saint Alphonse de Liguori, Via Crucis (traduit de l'italien)[16]
Reproduire Jérusalem : les « sacri monti »
Avant même les stations murales, l'Occident inventa une forme grandiose de Jérusalem reconstituée : les sacri monti (« monts sacrés »), ces collines couvertes de chapelles qui mettent en scène, grandeur nature, la vie et la Passion du Christ. Le plus ancien et le plus célèbre est le Sacro Monte di Varallo, dans le Piémont, fondé vers 1486-1491 par le franciscain Bernardino Caimi, ancien gardien des Lieux saints, précisément « pour que ceux qui ne peuvent aller en pèlerinage puissent voir Jérusalem ».[17]
Varallo aligne aujourd'hui une basilique et quarante-cinq chapelles, peuplées de plus de huit cents statues de bois et de terre cuite, peintes et vêtues, qui rejouent Nazareth, Bethléem, le prétoire, le Calvaire et le tombeau dans un saisissant théâtre sacré.[18] Modèle de tous les monts sacrés qui s'élevèrent ensuite le long des Alpes, l'ensemble des Sacri Monti du Piémont et de Lombardie a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2003.[19] Là, le chemin de croix cesse d'être une suite d'images : il devient un espace que l'on traverse physiquement, héritier direct du pèlerinage de Jérusalem.
Les décrets pontificaux qui ont fixé la dévotion
À partir du XVIIᵉ siècle, plusieurs papes encadrent et étendent la dévotion. La série de leurs décisions explique comment une pratique franciscaine locale est devenue le bien commun de toute l'Église.[20][21]
| Année | Pape | Décision |
|---|---|---|
| 1342 | Clément VI | Les Franciscains proclamés gardiens des Lieux saints de Jérusalem |
| 1686 | Innocent XI | Droit accordé aux Franciscains d'ériger les stations dans toutes leurs églises |
| 1694 | Innocent XII | Confirmation du privilège |
| 1726 | Benoît XIII | Indulgences étendues à tous les fidèles |
| 1731 | Clément XII | Nombre des stations fixé à quatorze ; droit étendu à toutes les églises |
| 1742 | Benoît XIV | Exhortation à tous les prêtres d'ériger les stations dans leurs églises |
| 1773 | Clément XIV | Indulgences attachées à des crucifix bénis pour les empêchés |
La date charnière est 1731 : par un bref de cette année, le pape Clément XII étend à toutes les églises le droit d'avoir un chemin de croix — à condition qu'il soit érigé par un Franciscain avec l'accord de l'évêque — et fixe définitivement le nombre des stations à quatorze.[22][23] C'est cette décision qui a donné au chemin de croix sa forme stable, celle que l'art reproduira désormais partout.
Saint Léonard de Port-Maurice et le Colisée
Aucun nom n'est plus lié à la propagation du chemin de croix que celui de saint Léonard de Port-Maurice (1676-1751), franciscain et missionnaire infatigable. Selon la Catholic Encyclopedia, il érigea de ses mains 571 chemins de croix dans toute l'Italie, au fil de ses missions populaires.[24] Son chef-d'œuvre fut d'obtenir, pour l'Année sainte 1750, l'installation d'un chemin de croix au cœur du Colisée de Rome — cette arène où tant de martyrs avaient versé leur sang. En novembre 1750, le pape Benoît XIV vint lui-même y prier les stations que Léonard avait dressées.[25][26]
Le geste était lourd de sens : planter la croix là où l'Empire avait voulu broyer l'Église, c'était proclamer la victoire du Crucifié. Depuis lors, et jusqu'à aujourd'hui, le Vendredi saint au Colisée demeure l'un des moments les plus solennels de l'année liturgique romaine. C'est là que, en 1979, le pape Jean-Paul II ouvrait son premier chemin de croix par cette acclamation :
« La Croix demeure debout tandis que le monde tourne. […] Sur les ruines du Colisée se dresse la Croix. » — Saint Jean-Paul II, méditation au Colisée, Vendredi saint 1979[27]
Saint Léonard mourut à Rome le 26 novembre 1751 ; il fut canonisé en 1867 par le pape Pie IX.[28]
Les quatorze stations (et la quinzième)
La liste traditionnelle
La forme classique du chemin de croix compte quatorze stations, parcourues dans cet ordre. Le tableau ci-dessous indique pour chacune sa source : neuf reposent sur un récit évangélique clair, les autres relèvent de la tradition et de la méditation.[29][30]
| Nº | Station | Fondement |
|---|---|---|
| I | Jésus est condamné à mort | Évangile (Mc 15, 15) |
| II | Jésus est chargé de sa croix | Évangile (Jn 19, 17) |
| III | Jésus tombe pour la première fois | Tradition |
| IV | Jésus rencontre sa Mère | Tradition |
| V | Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix | Évangile (Mc 15, 21) |
| VI | Véronique essuie la face de Jésus | Tradition |
| VII | Jésus tombe pour la deuxième fois | Tradition |
| VIII | Jésus console les filles de Jérusalem | Évangile (Lc 23, 27-31) |
| IX | Jésus tombe pour la troisième fois | Tradition |
| X | Jésus est dépouillé de ses vêtements | Évangile (Jn 19, 23-24) |
| XI | Jésus est cloué sur la croix | Évangile |
| XII | Jésus meurt sur la croix | Évangile |
| XIII | Jésus est descendu de la croix | Évangile |
| XIV | Jésus est mis au tombeau | Évangile |
Ce que l'Évangile dit et ne dit pas
Une objection revient souvent : plusieurs stations — les trois chutes (IIIᵉ, VIIᵉ, IXᵉ), la rencontre avec la Mère (IVᵉ) et l'épisode de Véronique (VIᵉ) — ne figurent pas dans les Évangiles.[31][32] Le fait est exact, et l'Église ne l'a jamais caché. Mais il ne faut pas en tirer une conclusion hâtive.
D'abord, ces scènes ne sont pas des inventions arbitraires : elles prolongent vraisemblablement le récit évangélique. Que le Christ, épuisé par la flagellation, ait chancelé sous le poids du bois, c'est ce que la raison même suggère ; que sa Mère, présente au Calvaire (Jn 19, 25), ait croisé son regard sur le chemin, c'est une piété qui n'a rien d'absurde. Les trois chutes elles-mêmes condensent une tradition plus ancienne — celle des « sept chutes » figurées à Nuremberg.[33] Ensuite, la tradition est, pour le catholique, une source légitime de la piété : une dévotion n'a pas besoin d'un verset pour être vraie et féconde, dès lors qu'elle s'accorde à la foi et nourrit la charité. Réduire la valeur d'une station à sa seule attestation scripturaire serait céder à un réflexe étranger à l'esprit catholique, qui sait honorer ce que des siècles de prière ont éprouvé.
Le chemin de croix biblique de Jean-Paul II
Soucieux d'offrir une forme entièrement ancrée dans l'Écriture, le pape Jean-Paul II célébra, le Vendredi saint 1991 au Colisée, un chemin de croix biblique (ou « scripturaire »).[34][35] Ses quatorze stations remplacent les épisodes traditionnels non bibliques par des scènes toutes attestées dans les Évangiles, et font remonter le parcours jusqu'à l'agonie de Gethsémani :
| Nº | Station biblique | Référence |
|---|---|---|
| I | Jésus à Gethsémani | Mt 26, 36-41 |
| II | Jésus, trahi par Judas, est arrêté | Mc 14, 43-46 |
| III | Jésus est condamné par le Sanhédrin | Lc 22, 66-71 |
| IV | Jésus est renié par Pierre | Mt 26, 69-75 |
| V | Jésus est jugé par Pilate | Mc 15, 1-5.15 |
| VI | Jésus est flagellé et couronné d'épines | Jn 19, 1-3 |
| VII | Jésus est chargé de sa croix | Jn 19, 6.15-17 |
| VIII | Simon de Cyrène aide Jésus | Mc 15, 21 |
| IX | Jésus rencontre les femmes de Jérusalem | Lc 23, 27-31 |
| X | Jésus est crucifié | Lc 23, 33-34 |
| XI | Jésus promet son Royaume au bon larron | Lc 23, 39-43 |
| XII | Jésus confie sa Mère au disciple | Jn 19, 25-27 |
| XIII | Jésus meurt sur la croix | Lc 23, 44-46 |
| XIV | Jésus est mis au tombeau | Mt 27, 57-60 |
Le pape Benoît XVI reprit et médita cette forme en 2007.[36] Loin de condamner le chemin de croix traditionnel, qui reste pleinement en usage, cette version complète l'éventail des dévotions : l'un parle au cœur par la tradition, l'autre serre de plus près la lettre des Évangiles.
La quinzième station : la Résurrection
Depuis l'époque moderne, on ajoute parfois une quinzième station, celle de la Résurrection, pour que la méditation ne s'achève pas sur le tombeau scellé mais sur la victoire de Pâques.[37] Cette addition, facultative et non comprise dans le parcours traditionnel des quatorze, rappelle que la Passion et la Résurrection sont inséparables : le chemin de la Croix débouche sur le matin du tombeau vide. Une dévotion parallèle, le Via Lucis (« chemin de lumière »), développe pour sa part quatorze stations de la Résurrection à l'Ascension et à la Pentecôte.[38]
Iconographie : comment chaque scène se peint
Chaque station possède son type figuré, ses gestes consacrés, que l'art répète et varie depuis des siècles. Comprendre cette grammaire, c'est savoir lire un chemin de croix sur les murs d'une église.
Les trois chutes
Trois stations montrent le Christ effondré sous la croix (IIIᵉ, VIIᵉ, IXᵉ). L'artiste le figure à genoux ou face contre terre, le bois écrasant ses épaules, tandis que les soldats le pressent ou le frappent.[39] La répétition n'est pas une maladresse : elle dit l'épuisement croissant du Sauveur et, symboliquement, le poids de tous les péchés qui pèsent sur lui. Le chiffre trois, cher à la piété médiévale, scande la descente vers l'anéantissement.
La rencontre avec la Mère
La quatrième station — Jésus rencontre sa Mère — est l'une des plus émouvantes. L'art y représente le regard échangé entre le Fils et Marie, deux douleurs qui se reconnaissent. C'est ici que résonne le grand poème médiéval du Stabat Mater, attribué à Jacopone da Todi, que saint Alphonse intègre à son chemin de croix :
« Debout, la Mère des douleurs, près de la croix se tenait en larmes, tandis que pendait son Fils. » — Stabat Mater dolorosa[40]
Simon de Cyrène
La cinquième station, Simon de Cyrène, est solidement évangélique : les trois Synoptiques la rapportent. Saint Marc précise même que ce passant réquisitionné était « le père d'Alexandre et de Rufus » (Mc 15, 21)[41], détail qui sonne comme un souvenir vécu de la première communauté.[42] L'art le montre prenant sur ses épaules l'extrémité de la croix, derrière le Christ. La scène a fasciné les peintres : Titien réduit parfois toute la composition au Christ et à Simon, face à face, dans un corps à corps poignant.[43]
Sainte Véronique et la « vraie image »
La sixième station — Véronique essuie la face de Jésus — porte l'une des plus belles légendes de la Passion. Une femme s'avance, tend son voile, recueille le visage ensanglanté ; et voici que les traits du Christ y demeurent imprimés.[44] Le nom même de Véronique trahit l'origine de l'histoire : il s'est formé sur l'expression latine vera icon — la « vraie image » —, d'abord appliquée à la relique, puis prise à tort pour le nom d'une personne.[45][46] La légende, étrangère aux Évangiles, se développe entre le XIᵉ et le XIIIᵉ siècle ; l'érudit Gervais de Tilbury y fait écho vers 1211.[47]
Le motif a engendré tout un art de la Sainte Face. Un voile relique est vénéré à la basilique Saint-Pierre, dont la trace documentée remonte à 1199 et que le pape Innocent III exposa publiquement en 1207.[48] Les peintres en ont fait un sujet à part entière : Zurbarán suspend le linge à un clou sur fond noir, dans un trompe-l'œil saisissant ; Le Greco, Memling et bien d'autres ont représenté tantôt Véronique tenant le voile, tantôt la seule face du Christ flottant sur l'étoffe.[49] La sixième station rejoint ainsi le grand thème de l'image acheiropoïète — « non faite de main d'homme » —, écho du linceul et des plus anciennes icônes.
Les filles de Jérusalem
La huitième station, les filles de Jérusalem, ne se trouve que chez saint Luc. Sur le chemin, des femmes se lamentent ; le Christ se retourne et leur adresse l'unique parole du parcours :
« Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants. […] Car si l'on traite ainsi l'arbre vert, qu'en sera-t-il de l'arbre sec ? » — Évangile selon saint Luc 23, 28.31[50]
L'art la figure en Christ tourné vers un groupe de femmes éplorées, parfois entourées d'enfants, qui se frappent la poitrine. C'est la seule station où le condamné console au lieu d'être consolé.
Du dépouillement à la mise au tombeau
Les dernières stations resserrent le récit autour du Golgotha : le dépouillement des vêtements (Xᵉ) — que les quatre Évangiles évoquent à travers le partage de la tunique (Jn 19, 23-24)[51] —, le crucifiement (XIᵉ), la mort (XIIᵉ), la descente de croix (XIIIᵉ) où le corps inanimé est remis à Marie — la grande Pietà de l'art —, et enfin la mise au tombeau (XIVᵉ). L'art y déploie ses compositions les plus solennelles, héritières des Déplorations et des Mises au tombeau qui ont occupé les plus grands maîtres.
Les grands cycles dans l'art
Si chaque église possède son chemin de croix, quelques cycles se détachent comme des sommets de l'art chrétien. Ils montrent comment un même sujet a traversé les styles, du gothique flamboyant à l'abstraction du XXᵉ siècle.
Des cycles de la Passion aux stations
Avant le chemin de croix proprement dit, l'art médiéval avait multiplié les cycles de la Passion : vitraux, fresques, volets de retables qui déroulaient le récit du procès au tombeau. Le chemin de croix en hérite la matière, mais lui impose une forme nouvelle : non plus un récit continu, mais quatorze tableaux autonomes, faits pour la halte et la prière. L'un des premiers ensembles sculptés est celui d'Adam Kraft, à Nuremberg, vers 1490, jalonnant la route qui mène à l'église Saint-Jean : sept reliefs de pierre, ancêtres des stations modernes.[52]
Giandomenico Tiepolo à Venise
Le plus admiré des cycles peints est la Via Crucis de Giandomenico Tiepolo (le fils du grand Giambattista), réalisée entre 1747 et 1749 pour l'oratoire du Crucifix de l'église San Polo, à Venise.[53] Quatorze toiles d'une intense émotion, que l'artiste doubla d'une célèbre suite de gravures diffusant l'œuvre dans toute l'Europe.
Tiepolo y fait une chose audacieuse : il peuple ses stations de visages vénitiens contemporains, de badauds, d'enfants, de dames en costume du XVIIIᵉ siècle, comme si la Passion se rejouait dans les rues de sa ville. La huitième station prend presque l'air d'un portrait de famille.[54] Loin d'être une désinvolture, ce procédé traduit une intuition spirituelle profonde : la Passion n'est pas un événement enfermé dans le passé, c'est un drame contemporain de chaque génération.
Eric Gill à Westminster
Au XXᵉ siècle, le sculpteur anglais Eric Gill réalise pour la cathédrale catholique de Westminster, à Londres, l'un des plus puissants cycles de l'art moderne (1914-1918).[55] Quatorze panneaux de pierre de Hopton Wood, chacun d'environ 1,73 m de côté, gravés en bas-relief avec une sobriété presque romane, chaque scène accompagnée de sa légende en capitales — de JESUS IS CONDEMNED TO DEATH à JESUS IS LAID IN THE TOMB.
Commande qui scella la réputation de Gill, l'ensemble fut dédié le Vendredi saint 1918 ; le sculpteur fut assisté de Joseph Cribb pour une part de la taille.[56] La dureté du trait, le refus du pathos sentimental, donnent à ces stations une gravité liturgique qui tranche avec le réalisme dévot du XIXᵉ siècle.
Gaudí et Subirachs à la Sagrada Família
À Barcelone, la façade de la Passion de la basilique de la Sagrada Família, conçue dans l'esprit d'Antoni Gaudí, a reçu de 1987 à 2005 le programme sculpté de Josep Maria Subirachs.[57] Figures anguleuses, dépouillées, presque abstraites, taillées dans la pierre nue : une centaine de personnages déroulent la Passion autour des portails. À leur dévoilement en 1987, ces formes austères, voulues à l'opposé de l'exubérance organique de la façade de la Nativité, déchaînèrent la controverse — certains y voyant « un crime contre Gaudí ».[58] L'œuvre incarne pourtant une lecture théologique forte : la Passion comme dépouillement et silence, sculptée dans l'angle et l'ombre.
L'abstraction : Barnett Newman
Le chemin de croix a même franchi le seuil de l'art abstrait. De 1958 à 1966, le peintre américain Barnett Newman réalise The Stations of the Cross: Lema Sabachthani, quatorze toiles de noir et de blanc sur toile brute, sans aucune figure, scandées par ses caractéristiques bandes verticales (zips), aujourd'hui conservées à la National Gallery of Art de Washington.[59] Le sous-titre — lema sabachthani — reprend le cri du Christ en croix : « Pourquoi m'as-tu abandonné ? » Pour Newman, ces toiles ne racontent pas une histoire, mais énoncent un unique sujet :
« Lema sabachthani — pourquoi m'as-tu abandonné ? Pourquoi, à quelle fin — telle est la question sans réponse de la Passion. » — Barnett Newman[60]
Que le sujet le plus traditionnel de l'art chrétien ait inspiré l'un des cycles majeurs de l'abstraction du XXᵉ siècle dit assez sa fécondité inépuisable.
Matisse à Vence et le chemin de croix monumental
Deux autres cycles méritent d'être nommés. À la chapelle du Rosaire de Vence (1948-1951), Henri Matisse prit le parti inverse de la dispersion en quatorze tableaux : il rassembla les quatorze stations sur un seul mur, en une vaste composition continue de traits noirs sur céramique blanche, montant en spirale autour du Christ crucifié.[61] À l'opposé de cette épure, le chemin de croix des Espélugues, sur la colline du sanctuaire de Lourdes (inauguré en 1912), déploie en plein air, sur près d'un kilomètre et demi, quinze stations peuplées de cent quinze figures de fonte grandeur nature : un sacro monte moderne, héritier direct de Varallo.[62]
Le chemin de croix de chaque paroisse
Il ne faut pas pour autant oublier les milliers de chemins de croix anonymes qui ornent les paroisses du monde entier : plaques de plâtre moulé du XIXᵉ siècle, bas-reliefs de bois, vitraux, céramiques. Modestes ou somptueux, ils accomplissent tous la même fonction : offrir au fidèle, là où il prie, les quatorze haltes de la compassion. C'est dans cet usage humble et quotidien que le chemin de croix trouve sa vraie grandeur.
Une dévotion faite pour la prière
Marcher avec le Christ
Au terme de ce parcours, on comprend que l'art du chemin de croix n'a jamais visé la seule beauté. Sa raison d'être est de faire prier. Faire le chemin de croix, c'est accompagner physiquement le Christ, station après station, dans une compassion qui n'est pas curiosité mais amour. L'image n'est là que pour fixer le regard et ouvrir le cœur.
Saint Alphonse de Liguori
Le texte de méditation le plus répandu reste celui de saint Alphonse de Liguori (1696-1787), fondateur des Rédemptoristes, composé au XVIIIᵉ siècle (traditionnellement daté de 1761).[63] À chaque station, il offre une brève méditation, une prière, un acte d'amour et de contrition, entrecoupés des strophes du Stabat Mater, avec le verset que répètent tous les fidèles : « Nous vous adorons, ô Christ, et nous vous bénissons, parce que vous avez racheté le monde par votre sainte croix. »[64] Sa simplicité même a fait sa fortune : c'est ce chemin de croix que des millions de fidèles récitent encore chaque Vendredi de Carême. Saint Alphonse y rejoint la longue lignée des maîtres spirituels pour qui méditer la Passion est la plus haute des prières[65] — tel saint Paul de la Croix, fondateur des Passionistes :
« La Passion de Jésus est la plus grande et la plus bouleversante œuvre de l'amour divin. » — Saint Paul de la Croix[66]
Les indulgences
Dès l'origine, l'Église a attaché à cette dévotion de riches indulgences — celles-là mêmes que les pèlerins gagnaient à Jérusalem.[67] Aujourd'hui encore, l'Enchiridion des indulgences accorde une indulgence plénière à qui accomplit pieusement le chemin de croix, à trois conditions propres : le faire devant des stations légitimement érigées (les quatorze croix), méditer la Passion et la mort du Seigneur, et passer d'une station à l'autre ; pour les malades empêchés, une demi-heure de lecture et de méditation de la Passion suffit.[68] On voit que la marche elle-même fait partie de la prière.
Le Magistère a toujours rappelé que l'image n'est pas adorée pour elle-même : elle conduit à Celui qu'elle représente, et la Croix demeure l'unique chemin vers le Ciel, selon le mot de sainte Rose de Lima que cite le Catéchisme : « Hors de la croix, il n'y a pas d'autre échelle pour monter au ciel. »[69] Le Catéchisme le résume pour toute image sainte :
« La contemplation des saintes icônes, unie à la méditation de la Parole de Dieu et au chant des hymnes liturgiques, entre dans l'harmonie des signes de la célébration pour que le mystère célébré s'imprime dans la mémoire du cœur. » — Catéchisme de l'Église catholique, n° 1162[70]
Tel est, en définitive, le sens du chemin de croix dans l'art : non pas exposer la douleur, mais graver le mystère de l'amour rédempteur dans la mémoire du cœur, pour que le fidèle, à force de s'arrêter devant chaque station, finisse par marcher tout entier à la suite du Christ.
Pour aller plus loin
- Les crucifix miraculeux — le crucifix lui-même dans l'art chrétien et ses prodiges.
- L'art paléochrétien — pourquoi l'art des origines évitait de représenter la crucifixion.
- Les retables médiévaux — les grands cycles peints de la Passion qui ont précédé les stations.
- Pourquoi l'Église utilise-t-elle des images ? — le fondement théologique de l'image chrétienne.
- La différence entre icône, idole et image sacrée — adoration, vénération et idolâtrie.
- La basilique du Saint-Sépulcre — le terme de la Via Dolorosa, qui abrite les cinq dernières stations.
Notes et références
Wikipedia (anglais), « Stations of the Cross » : liste des quatorze stations traditionnelles et indication, pour chacune, de son fondement évangélique ou traditionnel ; mention des trois chutes, de la rencontre avec la Mère et de Véronique comme non scripturaires ; quinzième station de la Résurrection comme addition facultative ; exigence canonique de quatorze croix de bois dont les images sont les accessoires ; reliefs d'Adam Kraft à Nuremberg (1490).
1 3 4 7 14 21 23 29 32 37 38 39 52Herbert Thurston, « Way of the Cross », Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1912 (texte sur newadvent.org, cathen/15569a.htm). Histoire de la dévotion : origine du mot « station » (William Wey, XVᵉ s.), variabilité ancienne du nombre de stations (de sept à trente et une), rôle des Franciscains gardiens des Lieux saints (1342), privilèges et indulgences accordés par Innocent XI (1686), Innocent XII (1694), Benoît XIII (1726), fixation à quatorze par Clément XII (1731), exhortation de Benoît XIV (1742), crucifix indulgenciés de Clément XIV (1773), origine des trois chutes à partir des « sept chutes » de Nuremberg.
2 5 6 12 13 15 20 22 33 67Wikipedia (anglais), « Via Dolorosa » : itinéraire d'environ 600 mètres de l'ancienne forteresse Antonia (porte des Lions) à la basilique du Saint-Sépulcre, jalonné de quatorze stations dont neuf dans les rues et cinq à l'intérieur du Saint-Sépulcre ; tracé actuel établi au XVIIIᵉ siècle en remplacement de versions antérieures, certaines stations fixées seulement au XIXᵉ siècle.
8 9 11Terra Sancta Museum / Custodie de Terre sainte (terrasanctamuseum.org), « The fourteen stations of the sorrowful way » : présentation des quatorze stations de la Via Dolorosa par les Franciscains gardiens des Lieux saints ; les stations X à XIV se déroulent à l'intérieur de l'église du Saint-Sépulcre (Calvaire et tombeau).
10Saint Alphonse-Marie de Liguori, Esercizio della Via Crucis (daté de 1761) : le texte de méditation des stations le plus répandu dans l'Église, organisé en méditation, prière et acte de contrition à chaque station, entrecoupé du Stabat Mater. L'ouverture du « Testo » donne, en italien : « Questo esercizio della Via Crucis rappresenta il viaggio doloroso di Gesù Cristo, quando andò colla croce sulle spalle a morire sul Calvario per nostro amore [...] ». Texte établi d'après les Opere Ascetiche, vol. V, p. 437-442 (CSSR, Rome, 1934), repris dans l'Opera Omnia en ligne (IntraText, ITASA0000) ; la phrase citée dans le corps en est la traduction française.
16 63 64Sacro Monte di Varallo (sacrimonti.org ; Wikipedia, « Sacro Monte di Varallo ») : fondé vers 1486-1491 par le franciscain Bernardino Caimi, ancien gardien des Lieux saints, comme réplique de la Terre sainte « pour ceux qui ne peuvent aller en pèlerinage » ; basilique et quarante-cinq chapelles peuplées de plus de huit cents statues polychromes grandeur nature ; modèle des sacri monti alpins ; ensemble des Sacri Monti du Piémont et de Lombardie inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2003.
17 18 19Paschal Robinson, « St. Leonard of Port Maurice », Catholic Encyclopedia, New York, Robert Appleton Company, 1910 (newadvent.org, cathen/09178c.htm) : « Besides the celebrated stations in the Colosseum at Rome, St. Leonard erected 571 others in all parts of Italy ». Léonard (1676-1751), franciscain, prêcheur de missions, proche de Benoît XIV ; mort à Rome le 26 novembre 1751 ; canonisé par Pie IX en 1867.
24 26 28New Daily Compass (newdailycompass.com), « Saint Leonard of Port Maurice » : le premier chemin de croix du Colisée eut lieu en 1750, au cœur de l'Année sainte ; Léonard poussa Benoît XIV à instituer la Via Crucis au Colisée ; en novembre 1750, le pape Benoît XIV pria lui-même le chemin de croix aux stations dressées par Léonard à l'intérieur du Colisée.
25Saint Jean-Paul II, méditation du chemin de croix au Colisée, Vendredi saint 13 avril 1979 (texte sur vatican.va) : « Stat Crux, dum volvitur orbis ! » — « La Croix demeure debout tandis que le monde tourne », et : « sur les ruines du Colisée se dresse la Croix ». Première des grandes méditations pontificales du Vendredi saint au Colisée, tradition reprise chaque année depuis.
27Aleteia, Philip Kosloski, « Why St. John Paul II introduced the Scriptural Stations of the Cross », 4 avril 2022 : sur les quatorze stations traditionnelles, seules les scènes directement attestées dans les Évangiles reposent sur un fondement scripturaire clair ; les trois chutes, la rencontre avec la Mère et l'épisode de Véronique sont des traditions sans base scripturaire directe, mais plausibles.
30 31Wikipedia (anglais), « Scriptural Way of the Cross » : chemin de croix biblique inauguré par Jean-Paul II le Vendredi saint 1991 au Colisée ; liste des quatorze stations toutes tirées des Évangiles, commençant à Gethsémani ; forme reprise et méditée par Benoît XVI en 2007 ; mention de la quinzième station de la Résurrection.
34 36United States Conference of Catholic Bishops (USCCB), « Scriptural Stations of the Cross » (usccb.org) : texte officiel des quatorze stations bibliques avec leurs références (Gethsémani Mt 26 ; arrestation Mc 14 ; Sanhédrin Lc 22 ; reniement de Pierre Mt 26 ; jugement de Pilate Mc 15 ; flagellation Jn 19 ; croix Jn 19 ; Simon Mc 15 ; femmes de Jérusalem Lc 23 ; crucifiement Lc 23 ; bon larron Lc 23 ; Marie et le disciple Jn 19 ; mort Lc 23 ; tombeau Mt 27).
35Stabat Mater dolorosa, séquence latine du XIIIᵉ siècle attribuée à Jacopone da Todi : « Stabat Mater dolorosa / iuxta crucem lacrimosa / dum pendebat Filius. » Intégrée par saint Alphonse de Liguori à son chemin de croix, chantée strophe par strophe entre les stations. Traduction française courante.
40Évangile selon saint Marc 15, 15.21-24 (traduction liturgique) : condamnation par Pilate (v. 15, première station), réquisition de Simon de Cyrène « père d'Alexandre et de Rufus » (v. 21, cinquième station), crucifiement et partage des vêtements (v. 24).
41Wikipedia (anglais), « Simon of Cyrene » : Simon réquisitionné pour porter la croix, nommé dans les trois Synoptiques (Marc 15, 21 — « père d'Alexandre et de Rufus » ; Matthieu 27, 32 ; Luc 23, 26), absent de Jean ; cinquième station ; sujet fréquent de l'art, dont les compositions de Titien réduisant la scène au Christ et à Simon.
42 43Wikipedia (anglais), « Veil of Veronica » : nom formé du latin vera (« vraie ») et du grec eikon (« image »), vera icon (« vraie image »), description de la relique prise ensuite pour un nom de personne ; légende absente des Évangiles, développée du XIᵉ au XIIIᵉ siècle (Gervais de Tilbury, Otia Imperialia, vers 1211 ; Meditationes vitae Christi, vers 1300) ; relique vénérée à Saint-Pierre, documentée dès 1199, exposée par Innocent III en 1207 ; traitements artistiques de la Sainte Face par Zurbarán (trompe-l'œil sur fond noir), Le Greco, Memling.
44 45 47 48 49Encyclopædia Britannica, « Saint Veronica » : confirmation de l'étymologie vera icon (« vraie image ») et de l'identification tardive d'une femme nommée Véronique, issue d'apocryphes comme les Actes de Pilate, avec l'épisode de la femme essuyant la face du Christ sur le chemin du Calvaire.
46Évangile selon saint Luc 23, 27-31 (traduction liturgique). Seul Luc rapporte l'adresse du Christ aux femmes de Jérusalem : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants […]. Car si l'on traite ainsi l'arbre vert, qu'en sera-t-il de l'arbre sec ? » Fondement de la huitième station.
50Évangile selon saint Jean 19, 17.23-24 (traduction liturgique) : « Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (en hébreu : Golgotha). » (v. 17) ; partage des vêtements et tirage au sort de la tunique sans couture (v. 23-24), fondement scripturaire de la deuxième et de la dixième station.
51Giandomenico (Giovanni Domenico) Tiepolo, Via Crucis de l'oratoire du Crucifix de l'église San Polo, Venise, 1747-1749 : cycle de quatorze toiles, doublé d'une suite de gravures du même sujet (1749) ; l'artiste y introduit des visages et costumes vénitiens contemporains. Sources : Chorus — Associazione per le Chiese del Patriarcato di Venezia (chorusvenezia.org) ; Somascan Fathers, « Giandomenico Tiepolo's Way of the Cross » (Fr. Giuseppe Oddone). À ne pas confondre avec les œuvres de son père Giambattista Tiepolo conservées à Sant'Alvise.
53 54Eric Gill, Stations of the Cross, cathédrale de Westminster, Londres, 1914-1918 : quatorze bas-reliefs en pierre de Hopton Wood, chacun d'environ 1,73 m de côté (5 pieds 8 pouces), gravés en faible relief avec légendes en capitales ; maquette approuvée en mai 1914, ensemble dédié le Vendredi saint 1918 ; Gill assisté de Joseph Cribb. Source : The History Guide, « Eric Gill and the Stations of the Cross in Westminster Cathedral ».
55 56Josep Maria Subirachs, programme sculpté de la façade de la Passion de la basilique de la Sagrada Família, Barcelone, 1987-2005 (commande de 1986) : une centaine de figures en pierre, style anguleux et expressionniste voulu à l'opposé de la façade de la Nativité ; vive controverse au dévoilement de 1987. Source : Blog Sagrada Família (blog.sagradafamilia.org), « Subirachs' work declared Cultural Asset of National Interest ».
57 58Barnett Newman, The Stations of the Cross: Lema Sabachthani, 1958-1966, quatorze toiles (noir et blanc, zips verticaux) plus une coda (Be II), National Gallery of Art, Washington. L'artiste présente l'œuvre non comme un récit mais comme « un énoncé complet d'un sujet unique » : le cri du Christ, lema sabachthani (« pourquoi m'as-tu abandonné ? »). Sources : National Gallery of Art (nga.gov) ; Wikipedia, « The Stations of the Cross (Newman) ». Citation traduite de l'anglais : « Lema sabachthani — why? Why did you forsake me? […] the unanswerable cry. »
59 60Henri Matisse, chemin de croix de la chapelle du Rosaire de Vence (Alpes-Maritimes), 1948-1951, chapelle consacrée le 25 juin 1951 : les quatorze stations sont réunies sur un seul mur en une composition continue de dessins au trait sur carreaux de céramique blanche, montant autour du Christ crucifié — solution unique dans l'histoire du genre. Sources : Wikipédia « Chapelle du Rosaire (Vence) » ; Musée Matisse de Nice.
61Chemin de croix des Espélugues, sanctuaire de Lourdes, inauguré en 1912 : parcours monumental en plein air d'environ 1,5 km, quinze stations (la Résurrection en quinzième), cent quinze figures de fonte grandeur nature (environ 2 m), réalisées d'après Raffl et fondues par la fonderie Durenne à Sommevoire. Source : site officiel du sanctuaire de Lourdes (lourdes-france.org), « Le chemin de croix des Espélugues ».
62Saint Alphonse de Liguori, Réflexions sur la Passion de Jésus-Christ (éd. française, alphonse_reflexions_sur_la_passion, ressources locales). Le saint y enseigne que la méditation continuelle de la Passion est la voie de la perfection et la source de l'amour de Dieu ; thème récurrent de toute sa spiritualité de la Croix.
65Saint Paul de la Croix (Paolo Francesco Danei, 1694-1775), fondateur des Passionistes (Congrégation de la Passion). Il prêchait que la Passion de Jésus est « la plus grande et la plus bouleversante œuvre de l'amour divin, le miracle des miracles ». Source : site officiel des Passionistes (passiochristi.org), « Saint Paul of the Cross ». Citation traduite de l'anglais : « the greatest and most overwhelming work of divine love ».
66Enchiridion des indulgences (Sacrée Pénitencerie apostolique), concession « Le chemin de croix » : indulgence plénière pour qui accomplit pieusement le chemin de croix devant des stations légitimement érigées (au minimum quatorze croix), en méditant la Passion et la mort du Seigneur et en passant d'une station à l'autre ; lorsque l'exercice est public et que le déplacement de tous est impossible, il suffit que celui qui dirige passe de station en station. Les malades et empêchés gagnent la même indulgence en consacrant au moins une demi-heure à la lecture et à la méditation de la Passion. Conditions habituelles de l'indulgence plénière requises (confession, communion, prière aux intentions du Souverain Pontife, détachement du péché).
68Sainte Rose de Lima (1586-1617), citée par le Catéchisme de l'Église catholique, n° 618 : « En dehors de la croix, il n'y a pas d'autre échelle pour monter au ciel. » Le n° 618 enseigne que le Christ appelle ses disciples à prendre leur croix et à le suivre, associés à son sacrifice rédempteur.
69Catéchisme de l'Église catholique, n° 1162 (cité) ; voir aussi n° 1159-1161 et 2129-2132 sur les images saintes. Fondement magistériel : l'image conduit au mystère qu'elle représente et l'imprime « dans la mémoire du cœur », dans la ligne du concile de Nicée II (787).
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