Saint Quentin de Vermand (en latin Quintinus), mis à mort vers 287 à Augusta Veromanduorum, est un missionnaire chrétien des Gaules et un martyr. La tradition le présente comme un Romain de bonne famille, envoyé vers les Gaules avec le futur saint Lucien de Beauvais, arrêté sous le gouverneur Rictiovarus, torturé puis décapité. Son corps, jeté dans les marais de la Somme, fut retrouvé quelques années plus tard ; une seconde découverte des reliques est attribuée à saint Éloi, vers 641.[1][2][3][4]
Son culte s'est fixé autour de la ville qui porte son nom, Saint-Quentin (Aisne), où la basilique conserve encore aujourd'hui la mémoire du martyr. Il est fêté le 31 octobre. Les détails narratifs de sa passion reposent sur une passion hagiographique rédigée bien après les faits, entre les VIIe et VIIIe siècles : les faits essentiels (mission, arrestation, martyre sous Dioclétien ou une persécution voisine) sont anciens, mais les circonstances exactes, les dialogues et les prodiges rapportés relèvent de la tradition et non d'un témoin oculaire.[5][6]
Un missionnaire romain dans les Gaules
Selon la tradition reçue par la passion ancienne, Quentin est un Romain, fils d'un sénateur nommé Zénon. Formé à la foi chrétienne, il quitte l'Italie pour les Gaules en compagnie de Lucien, qui deviendra le premier évêque de Beauvais et subira lui aussi le martyre.[7][8]
La mission se situe dans le contexte des persécutions du début du IVe siècle, ou, selon la chronologie traditionnelle, sous Dioclétien, vers la fin du IIIe siècle. Quentin prêche dans la région de l'actuelle Picardie. Les sources hagiographiques le font passer par Amiens, où il est arrêté.[9][10]
Le gouverneur Rictiovarus (ou Rictiovar), que plusieurs passions de martyrs gaulois mentionnent, fait arrêter Quentin. Les interrogatoires et les tortures qui suivent appartiennent au schéma classique des passions de martyrs : le confesseur refuse de sacrifier aux idoles, on multiplie les supplices, la mort finit par couronner le témoignage.[11][12]
Une historicité partielle
Le noyau historique est solide : un missionnaire nommé Quentin est mort martyr à Vermand, et son tombeau a été véré très tôt. Le cadre narratif (noms de famille romains, discours devant le juge, chaînes qui se brisent, anges qui visitent la prison) appartient en revanche à la littérature hagiographique du haut Moyen Âge, qui modèle volontiers les récits sur des types littéraires chrétiens. Les Bollandistes eux-mêmes, dans les Acta Sanctorum, distinguent le fait du martyre des ornements de la passion.[13][14]
Le martyre à Augusta Veromanduorum
Refusant toujours de renier le Christ, Quentin est transféré à Augusta Veromanduorum, capitale des Veromanduens, sur le territoire de l'actuelle ville de Saint-Quentin. Selon la tradition, il y subit de nouvelles tortures avant d'être décapité vers 287.[15][16]
Son corps est ensuite jeté dans la Somme (ou dans les marais qui bordent le fleuve), dans l'intention d'effacer jusqu'à la mémoire du martyr. Une tradition locale place le lieu précis du martyre à Holnon, à quelques kilomètres de Saint-Quentin ; les deux mentions coexistent dans la tradition et aucune n'est historiquement démontrable aujourd'hui.[17]
La première invention des reliques
Selon la tradition, quelques années plus tard, une noble chrétienne, Eusebia (ou Eusébie), fait rechercher le corps. Les sources divergent sur le délai : certains textes anciens parlent de cinq ans, d'autres de cinquante-cinq ans ; cette contradiction n'a pas été levée de façon certaine et nous la signalons telle quelle.[18][19] Quoi qu'il en soit, le corps est retrouvé et inhumé avec honneur, et un culte se développe rapidement autour du tombeau.
Saint Éloi et la seconde invention
La tradition attribue à saint Éloi (vers 588-660), évêque de Noyon et Tournai, une seconde invention des reliques de saint Quentin, vers 641. Éloi, qui administrait alors cette partie des Gaules, aurait fait reconstruire ou agrandir l'église qui abritait le tombeau, et placé les reliques dans un reliquaire digne d'elles.[20][21]
C'est à partir de cette époque que le pèlerinage de Saint-Quentin prend une importance durable. La ville qui s'est formée autour du tombeau a gardé le nom du martyr. La basilique Saint-Quentin, qui domine aujourd'hui la ville, conserve la mémoire de cette tradition funéraire, même si le bâtiment actuel est largement postérieur.[22]
Fête, reliques et iconographie
Saint Quentin est fêté le 31 octobre, date retenue dans le calendrier liturgique comme dans le calendrier des saints du jour. Des fêtes secondaires commémorent parfois les deux inventions des reliques (notamment le 24 juin et le 3 janvier dans certaines traditions locales).[23][24]
L'iconographie le représente le plus souvent en évêque (mitre, crosse, habit pontifical), conformément à la tradition qui lui donne le titre d'évêque de Vermand ; parfois aussi en martyr, avec la palme, les chaînes brisées ou l'attribut de la décapitation. La statue de l'église de Saint-Quentin-sur-l'Homme le montre ainsi en évêque. Des scènes de son martyre figurent dans plusieurs vitraux et retables du nord de la France.[25]
La basilique de Saint-Quentin reste le principal lieu de pèlerinage. Le culte de saint Quentin s'est répandu en France, en Belgique et dans les pays rhénans ; plusieurs localités portent son nom. Son martyre, situé à la charnière des IIIe et IVe siècles, le range parmi les premiers martyrs des Gaules dont la mémoire a survécu jusqu'à nous.[26][27]
Note sur les sources
La principale source narrative est la Passio sancti Quintini, rédigée entre les VIIe et VIIIe siècles, plusieurs siècles après les faits. Grégoire de Tours (VIe siècle) mentionne le martyr dans son In gloria martyrum, ce qui atteste l'ancienneté du culte. Les Bollandistes ont publié la passion et les leçons dans les Acta Sanctorum, tome XIII d'octobre (1883), en discutant les variantes. Les travaux de Camille Jullian (1923) et de Jean-Louis Villette (1982, 1999) ont précisé le contexte archéologique et topographique d'Augusta Veromanduorum.[28][29][30]
Ce que l'on ne peut pas affirmer avec certitude : la date exacte du martyre (287 est une approximation traditionnelle), le lieu précis (Saint-Quentin ou Holnon), la durée avant la première invention (cinq ans ou cinquante-cinq ans), et les circonstances détaillées du procès. Nous n'avons ajouté aucun détail au dossier : ni discours inventé, ni prodige rapporté au-delà de ce que les sources citent.
Pour aller plus loin
- Saint Lucien de Beauvais : compagnon de mission de Quentin, martyr dans le Beauvaisis.
- Saint Éloi (588-660) : évêque de Noyon, à qui la tradition attribue la seconde invention des reliques.
- Saint Remi de Reims : autre grand témoin de l'Église des Gaules à la charnière de l'Antiquité et du haut Moyen Âge.
Notes et références
Passio sancti Quintini (Passion de saint Quentin), rédigée entre les VIIe et VIIIe siècles. Source narrative principale : origine romaine de Quentin (fils du sénateur Zénon), mission avec Lucien vers les Gaules, arrestation par Rictiovarus à Amiens, transfert à Augusta Veromanduorum, tortures, décapitation vers 287, corps jeté dans la Somme, invention par Eusebia (délai divergent selon les manuscrits : 5 ans ou 55 ans). Édition dans les Acta Sanctorum.
1 5 7 9 11 15 18Grégoire de Tours, In gloria martyrum (À la gloire des martyrs), VIe siècle. Mention du martyr et du culte de saint Quentin, témoin de l'ancienneté de la vénération avant la rédaction de la passion.
2 28Wikipédia (FR), « Saint Quentin » : fr.wikipedia.org. Notice : missionnaire romain, martyrisé vers 287 à Augusta Veromanduorum ; invention par Eusebia ; seconde invention par saint Éloi vers 641 ; fête le 31 octobre ; basilique de Saint-Quentin ; tradition locale de Holnon ; divergences sur le délai de la première invention (5 ans / 55 ans).
3 8 10 14 17 19 20 22 23 25 30Wikipédia (EN), "Saint Quentin" : en.wikipedia.org. Notice : Quintinus, died c. 287 ; Roman legend (father Zeno) ; mission with Lucian of Beauvais ; arrest by Rictiovarus at Amiens ; beheading at Augusta Veromanduorum ; body in Somme marshes ; first inventio by Eusebia ; second inventio by St. Éloi c. 641 ; feast 31 October ; major shrine Saint-Quentin, France.
4 16 21 24 27Bollandistes, Acta Sanctorum, Octobris t. XIII (1883), p. 725-820 : publication de la passion de saint Quentin, leçons du bréviaire, discussion critique des variantes et des dates. La notice distingue le fait du martyre des ornements littéraires de la passion.
6 12 13 26 29