Saint Hilarion de Gaza (vers 291-371) est un ermite et abbé du IVe siècle, considéré comme le fondateur du monachisme palestinien. Né dans un village proche de Gaza, formé auprès de saint Antoine le Grand en Égypte, il retourne en Palestine y mener une vie de solitude, de prière et de pénitence, avant de devenir malgré lui le centre d'un mouvement monastique. Sa vie nous est connue surtout par la Vita Hilarionis que saint Jérôme rédigea vers 390.[1][2][3]
L'Église le fête le 21 octobre. Le Martyrologe romain le présente ainsi : marchant sur les traces de saint Antoine, il mena d'abord près de Gaza une vie solitaire, puis fut à Chypre le fondateur et le modèle de la vie érémitique.[4]
« À Chypre, vers 371, saint Hilarion, abbé. Marchant sur les traces de saint Antoine, il mena d'abord près de Gaza une vie solitaire, puis fut, dans cette île, le fondateur et le modèle de la vie érémitique. » : Martyrologe romain, 21 octobre[5]
Origines et conversion
Un enfant de Thabatha, près de Gaza
Hilarion naît vers 291 à Thabatha (Tabatha), un village situé à quelques milles au sud de Gaza, dans la province romaine de Syrie Palaestine. Ses parents sont païens ; il grandit dans un milieu bilingue, grec et araméen.[6][7]
Très jeune, il est envoyé poursuivre des études à Alexandrie, alors grande capitale intellectuelle de l'Égypte romaine. C'est là qu'il découvre le christianisme et qu'il se donne au Christ. La tradition rapporte qu'il fut touché par la renommée de saint Antoine, le grand ermite du désert égyptien.[8][9]
La rencontre de saint Antoine
Selon la Vita de Jérôme, Hilarion va se former auprès d'Antoine. Il ne reste qu'un temps court auprès de lui, mais cette rencontre décide de toute sa vie : il en retient l'idéal de la solitude évangélique, de la prière continuelle et de la victoire sur les passions.[10][11]
De retour en Palestine, il apprend la mort de ses parents. Il distribue ses biens à ses frères et aux pauvres, et ne garde pour lui que la perspective du désert.[12][13]
La vie solitaire près de Gaza
Vingt-deux ans dans une hutte
Vers 308, Hilarion se construit une petite hutte près de Maiuma, le port de Gaza, et y vit en solitude pendant vingt-deux ans. Il tresse des paniers d'osier pour gagner sa vie, jeûne, prie, et ne lit que les Saintes Écritures. Contrairement à d'autres ermites, il choisit de ne pas s'enfoncer dans le désert judéen, mais de rester sur la terre de Palestine.[14][15]
Sa réputation d'ascète se répand. La Vita de Jérôme lui attribue des guérisons et des exorcismes, obtenus par la prière. Des disciples se rassemblent peu à peu autour de lui, malgré sa volonté de rester seul.[16]
L'ermite devenu père de moines
Sous l'empereur Constance (337-361), un monastère se forme à proximité de son ermitage. Hilarion devient, malgré lui, le père d'une famille monastique. Parmi ses disciples, les sources nomment Hésychius, qui lui restera fidèle jusqu'au bout, et saint Épiphane de Salamine, futur évêque de Chypre et grand défenseur de la foi nicéenne.[17][18]
L'anecdote rapportée par les Apophtegmes entre Épiphane et Hilarion est célèbre : à table, Épiphane offre une volaille à Hilarion, qui s'excuse de n'avoir mangé aucune chair depuis qu'il a pris l'habit ; Épiphane répond que, depuis le sien, il n'a jamais laissé personne s'endormir avec un grief contre lui. Selon le récit, Hilarion reconnaît alors humblement que ce genre de vie vaut mieux que le sien.[19]
Les voyages et la fin de la vie
La fuite sous Julien l'Apostat
À l'avènement de Julien l'Apostat (361), l'ermite, désormais célèbre, quitte la Palestine pour ne pas être mêlé aux honneurs et aux pressions du pouvoir. Commence une longue errance qui le mène d'abord en Égypte, puis en Sicile.[20][21]
Selon la tradition, alors qu'il est en Dalmatie (à Épidauros), il aurait par sa prière calmé la mer lors d'un tremblement de terre et d'un raz-de-marée (le séisme du 21 juillet 365 est contemporain de ces voyages). L'épisode, rapporté par Jérôme, illustre la réputation de puissance spirituelle qui accompagnait le vieil ascète.[22]
Les dernières années à Chypre
Hilarion gagne enfin Chypre, où il peut passer les cinq dernières années de sa vie dans la solitude et la paix, loin de la foule qui l'avait poursuivi. Il meurt vers 371, à un âge très avancé. Selon la Vita, au moment de mourir, il s'anime contre lui-même : « Il y a près de soixante-dix ans que tu sers Jésus-Christ. Et tu appréhendes encore la mort ? »[23][24]
Son disciple Hésychius vient rechercher son corps et l'inhume dans le monastère de Maiuma. La mémoire d'Hilarion se fixe surtout en Orient, mais la Vita de Jérôme, traduite en grec par Sophronius, assure une diffusion universelle.[25]
La Vita de saint Jérôme
Une source de première main
La Vita Hilarionis est rédigée en latin par saint Jérôme vers 390, à Bethléem, dans la mouvance de la Vie d'Antoine d'Athanase. Jérôme y trace un portrait vivant de l'ermite palestinien : ses débuts, sa règle de vie, ses combats spirituels, les miracles que la tradition lui attribue, ses fuites devant la foule, sa mort paisible.[26][27]
Cette œuvre n'est pas un traité théologique : c'est une vie de saint, écrite pour édifier. Mais elle reste la source principale pour connaître Hilarion. L'historien y distingue les faits plausibles (la géographie de Gaza et de Maiuma, la chronologie, les liens avec Antoine et Épiphane) des éléments merveilleux que Jérôme rapporte avec l'admiration propre aux hagiographes de son temps.[28]
Place dans la littérature monastique
La Vie d'Hilarion s'inscrit dans un trio de vies d'ascètes composées par Jérôme : Paul de Thèbes, Hilarion et Malchus. Avec la Vie d'Antoine d'Athanase et les récits de Palladius et Cassien, elle contribue à fixer l'image du moine du désert dans l'Occident latin.[29][30]
« Il y a près de soixante-dix ans que tu sers Jésus-Christ. Et tu appréhendes encore la mort ? » : Parole de saint Hilarion rapportée par saint Jérôme, Vita Hilarionis[31][32]
Spiritualité
La solitude ordonnée à la prière
Chez Hilarion, la solitude n'est pas une fin en soi : elle est le lieu d'une prière continuelle et d'un combat intérieur. Sa hutte de Maiuma, ses paniers d'osier, sa lecture des Écritures dessinent une spiritualité simple, faite de travail manuel, de jeûne et d'écoute de la Parole.[33][34]
Une ascèse humble
Les anecdotes transmises par Jérôme et par les sources liées à Épiphane montrent un homme qui refuse les honneurs, fuit la foule, et sait reconnaître qu'un autre genre de vie peut être supérieur au sien. Cette humilité face à l'admiration des autres est l'un des traits les plus marquants de la physionomie spirituelle d'Hilarion.[35][36]
Postérité
Père du monachisme palestinien
Hilarion est, avec les moines de Gaza et plus tard saint Sabas, l'une des figures fondatrices du monachisme palestinien. Son influence s'exerce par l'exemple plus que par une règle écrite : la Vita de Jérôme a fixé son type d'ermite pour l'Occident comme pour l'Orient.[37][38]
Vénération
Il est vénéré dans l'Église catholique et dans les Églises orthodoxes (où il est honoré comme « le Grand »). Plusieurs lieux portent son nom, dont le château de Saint-Hilarion à Chypre, en souvenir de son ermitage dans l'île. Il est le patron de Caulonia, en Calabre, sous le nom de Sant'Ilario.[39]
Iconographie
L'iconographie d'Hilarion est dominée par la figure de l'ermite du désert et par le récit de ses tentations.
| Attribut ou scène | Signification |
|---|---|
| Habit de moine ou de solitaire | Sa vie d'ermite près de Gaza |
| Livre des Écritures | Sa seule lecture, selon la Vita |
| Paniers d'osier | Son travail manuel pour gagner sa vie |
| Scène de tentation | Les combats spirituels de l'ermite |
| Mer apaisée | Le miracle de Dalmatie rapporté par Jérôme |
| Croix ou ermitage | Sa solitude et sa mort à Chypre |
La miniature du Ménologe de Basile II (vers 985) le montre en saint moine de l'Église byzantine, dans la sobriété de l'iconographie monastique.[40]
La peinture de Dominique Papety, La Tentation de saint Hilarion (vers 1843), s'inscrit dans la grande tradition picturale des tentations du désert.[41]
La gravure conservée au Rijksmuseum, De heilige Hilarion van Gaza, témoigne de la diffusion de sa dévotion dans l'Europe moderne.[42]
Fête
L'Église célèbre saint Hilarion de Gaza le 21 octobre. Nominis relève cette date comme fête locale ; le Martyrologe romain le rappelle à la même date, sous le nom de « saint Hilarion, abbé », mort à Chypre vers 371.[43]
Pour aller plus loin
- Saint Antoine le Grand : le maître d'Hilarion, père des moines.
- Les Pères du désert : la famille spirituelle à laquelle appartient Hilarion.
- Saint Épiphane de Salamine : son disciple et ami, évêque de Chypre.
- Saint Jérôme : l'auteur de la Vita Hilarionis.
- Sainte Ursule et ses compagnes : l'autre mémoire du 21 octobre.
Notes et références
Nominis (Conférence des évêques de France), « Saint Hilarion » : nominis.cef.fr. « Saint Hilarion, abbé à Gaza (+ 372) » dans la liste du jour ; « sa vie a été écrite par saint Jérôme » ; parents païens, retraite au désert à 15 ans, grève de la faim avec quarante moines, Alexandrie, Libye, Sicile, Dalmatie, Chypre ; parole de mort rapportée ; Martyrologe romain : « À Chypre, vers 371, saint Hilarion, abbé » ; lieux associés : Gaza (naissance), Paphos (mort) ; date de fête : 21 octobre. Note : l'en-tête Nominis indique « + 372 », tandis que le texte du Martyrologe et les repères historiques donnent vers 371.
1 4 5 7 8 11 15 20 23 31 34 36 38 43Saint Jérôme, Vita Hilarionis (vers 390) : vie de l'ermite palestinien, écrite à Bethléem après la Vie de Paul de Thèbes ; traduction grecque par Sophronius. Cf. Nicene and Post-Nicene Fathers, série II, vol. 6 (CCEL).
2 9 10 12 16 24 26 28 29 32Wikipédia (EN), « Hilarion » / « Hilarion of Gaza » : en.wikipedia.org. Né vers 291 à Thabatha, près de Gaza, de parents païens ; études à Alexandrie ; formation auprès d'Antoine ; hutte près de Maiuma, vingt-deux ans de solitude, tressage de paniers ; guérisons et exorcismes rapportés par Jérôme ; monastère sous Constance (337-361) ; disciples Épiphane et Hésychius ; fuite sous Julien l'Apostat (361/362) ; Égypte, Sicile, Épidauros en Dalmatie, Chypre ; mort vers 371, à environ 80 ans ; Hésychius inhume son corps ; Vita Hilarionis de Jérôme (vers 390) ; Sozomen en parle dans son Histoire ecclésiastique (vers 440) ; fête le 21 octobre.
3 6 13 14 17 21 22 25 27 33 37 39Apophtegmes des Pères du désert, collection alphabétique, sentence 4 de la série « Épiphane » (texte grec : Patrologia Graeca 65, col. 164C ; trad. anglaise Benedicta Ward, The Sayings of the Desert Fathers, Cistercian Publications, 1975, p. 58). La réponse d'Hilarion y est rapportée ainsi en anglais : « Forgive me, your way of life is better than mine ». Voir aussi l'article Ignispedia Saint Épiphane de Salamine.
18 19 35Sur la diffusion de l'idéal monastique par les Vies de Jérôme, voir l'article Ignispedia Les Pères du désert.
30Wikimedia Commons, Hilarion the Great (Menologion of Basil II), Constantinople, vers 985, domaine public : commons.wikimedia.org.
40Dominique Papety, Temptation of Saint Hilarion (vers 1843), Musée des beaux-arts de Montréal, domaine public : Wikimedia Commons.
41Rijksmuseum, De heilige Hilarion van Gaza (gravure), CC0 : Wikimedia Commons.
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