Le miracle eucharistique de Buenos Aires désigne la transformation, constatée le 26 août 1996 dans la paroisse Santa Maria de Caballito, à Buenos Aires (Argentine) — dite « Santa Maria y Caballito Almagro » dans les sources anglophones du dossier (Lawler, Register) —, d'une hostie consacrée trouvée profanée le 18 août précédent — placée dans un récipient d'eau selon la procédure habituelle pour la dissolution respectueuse — en un fragment de tissu rouge sanglant qui, trois ans plus tard, n'avait toujours pas montré de signes de décomposition. Ce constat conduisit Mgr Jorge Mario Bergoglio — évêque auxiliaire de Buenos Aires en 1996, archevêque à partir du 28 février 1998, futur pape François (2013-2025) — à mandater en 1999 le Dr Ricardo Castañón Gómez pour conduire une enquête scientifique en aveugle, dont les conclusions furent rendues publiques en mars 2005 par le Pr Frederick T. Zugibe (1928-2013), médecin légiste en chef du comté de Rockland (NY) de 1969 à 2002 (retraite le 31 décembre 2002 ; intérim jusqu'au 31 mars 2003)[4], médecin légiste américain reconnu pour ses travaux de recherche cardiovasculaire et auteur d'une étude médico-légale de référence sur la crucifixion. Zugibe identifia formellement le tissu comme myocarde ventriculaire, près d'une région valvulaire, avec des infiltrats inflammatoires (macrophages chroniques et leucocytes polynucléaires) compatibles avec un infarctus récent ou un trauma thoracique violent — phénomène biologiquement inexplicable compte tenu, écrit Zugibe lui-même, que dans les conditions de conservation rapportées « il aurait été impossible de voir des globules blancs ou des macrophages dans l'échantillon »[5][6][7].
Le dossier de Buenos Aires est présenté par le National Catholic Register (Sabrina Ferrisi, 11 juin 2023) comme l'un des trois cas eucharistiques modernes ayant fait l'objet des analyses scientifiques les plus poussées — avec Tixtla (2006) et Sokółka (2008) — et tenu par des auteurs catholiques, notamment Franco Serafini dans A Cardiologist Examines Jesus (2018, chapitre Buenos Aires, p. 78-95), pour l'un des mieux documentés scientifiquement[8]. Les défenseurs du dossier mettent en avant trois caractéristiques rarement réunies dans les autres dossiers : (1) analyse en aveugle — Forensic Analytical Crime Lab (Californie), Delta Pathology Associates et le Pr Zugibe lui-même ignoraient l'origine eucharistique des échantillons au moment de leurs analyses ; (2) expert reconnu en médecine légale américaine (Zugibe, Fellow de l'American Academy of Forensic Sciences et de l'American College of Cardiology — titres attestés par son papier à en-tête professionnel)[9] ; (3) lien direct avec un futur pape — Mgr Bergoglio devenant pape François en 2013, l'épisode acquit rétrospectivement une importance ecclésiologique considérable[10][11].
L'article reconnaît honnêtement deux points de prudence : (1) plusieurs sites apologétiques et la fiche officielle de la Mostra Carlo Acutis mentionnent trois épisodes dans la même zone de Buenos Aires (1992, 1994, 1996), mais seul l'épisode de 1996 a fait l'objet d'une enquête scientifique documentée bout en bout. (2) Le miracle n'a fait l'objet d'aucune proclamation pontificale formelle par le pape François durant son pontificat (2013-2025), alors même qu'il en avait personnellement mandaté l'enquête scientifique en 1999 — illustration de la prudence institutionnelle catholique en matière de miracles eucharistiques, conforme à la pratique magistérielle traditionnelle.
Cet article spécialisé présente le récit chronologique du miracle, le rôle décisif de Bergoglio, le mandat scientifique de 1999 et son équipe (Castañón, Willesee, Tesoriero), les analyses en aveugle dans les laboratoires américains, le rapport médico-légal du Pr Zugibe, les objections scientifiques sérieuses et leurs réponses, les comparaisons avec Lanciano établies par les défenseurs catholiques, et la position de l'Église. Il s'inscrit dans le hub Les miracles eucharistiques.
Le récit chronologique (1996-1999)
La chronologie du dossier tient en quelques jalons : profanation, conservation, prélèvement, analyses en aveugle et conclusion médico-légale. La force du dossier repose moins sur un seul événement spectaculaire que sur la continuité documentaire de la chaîne de garde et la traçabilité forensique des échantillons.
18 août 1996 — l'hostie profanée
Le dimanche 18 août 1996[12], à la fin de la messe paroissiale de l'église Santa Maria de Caballito, à Buenos Aires — une fidèle remarque qu'une hostie consacrée est cachée au pied d'un chandelier au fond de l'église. La situation suggère une tentative de profanation par un fidèle anonyme : l'hostie a été reçue à la communion mais n'a pas été consommée, et déposée discrètement dans un coin de l'église[13].
Le Père Alejandro Pezet, vicaire de la paroisse, est prévenu. Suivant la coutume pastorale — placer une hostie souillée ou profanée dans un récipient d'eau déposé au tabernacle afin qu'elle s'y dissolve respectueusement —, il place l'hostie dans l'eau[14]. Cette pratique vise à éviter tout sacrilège supplémentaire (consommation forcée d'une hostie souillée) et à respecter la dignité du sacrement jusqu'à la disparition des espèces sacramentelles.
Selon le rapport ultérieur du Pr Zugibe, l'hostie est restée environ un mois dans l'eau du robinet (août-septembre 1996) avant d'être transférée dans de l'eau distillée stérile, conservée trois années entières[15]. Ce détail, longtemps imprécis dans les premiers comptes-rendus, est attesté noir sur blanc par Zugibe lui-même dans son rapport du 15 mars 2005 : il pèsera lourd dans l'évaluation forensique finale.
26 août 1996 — le constat de la transformation
Le lundi 26 août 1996 — huit jours plus tard — le Père Pezet ouvre le tabernacle pour vérifier la dissolution de l'hostie. Il constate que l'hostie n'a pas été dissoute : au contraire, elle s'est transformée en une substance rouge sanglante, semblable à de la chair humaine fraîche, plus volumineuse que l'hostie originale[16]. Le récipient est alors scellé et placé dans le tabernacle, selon les récits du dossier[17].
6 septembre 1996 — les premières photographies
Le Père Pezet informe l'évêque auxiliaire de l'archidiocèse de Buenos Aires, Mgr Jorge Mario Bergoglio, alors âgé de 59 ans, évêque auxiliaire depuis le 20 mai 1992 sous l'archevêque Mgr Antonio Quarracino. Bergoglio donne deux instructions : (1) photographier professionnellement la substance pour documentation ; (2) conserver le récipient scellé dans le tabernacle, sans publicité ni dévotion publique tant que le phénomène n'a pas été examiné[18].
Les photographies professionnelles sont prises le 6 septembre 1996. Pendant trois ans, le récipient est conservé sans aucune intervention. La substance — biologiquement périssable — ne se décompose pas, contrairement à toutes les attentes physiologiques. Aucune publicité ni dévotion publique n'est organisée pendant ces trois années, dans l'attente d'un examen[19][20].
1998 — Bergoglio devient archevêque
Le 28 février 1998, Mgr Bergoglio succède à Mgr Quarracino (mort le 28 février 1998) comme archevêque métropolitain de Buenos Aires. Le 21 février 2001, il est créé cardinal-prêtre du titre de San Roberto Bellarmino par saint Jean-Paul II. C'est cependant en tant qu'archevêque — peu avant son cardinalat — qu'il prend la décision décisive sur le dossier de Buenos Aires.
Juillet-octobre 1999 — la décision d'enquête scientifique
En juillet 1999, près de trois ans après le constat initial, l'archevêque Bergoglio décide de mandater une enquête scientifique rigoureuse. La conservation persistante de la substance — qui aurait dû se décomposer en quelques semaines au plus selon toute physiologie ordinaire — l'a convaincu de la nécessité d'un examen formel. Il cherche un laboratoire indépendant capable de mener une analyse en aveugle.
Le mandat est confié au Dr Ricardo Castañón Gómez (psychologue clinique bolivien, expert en psychosomatique, biochimie et neurophysiologie, ancien sceptique converti en 1991 dans l'enquête sur les phénomènes de Cochabamba), assisté du journaliste australien Mike Willesee (présentateur télévisé d'investigation, Channel 7) et du réalisateur Ron Tesoriero (ancien avocat, auteur de l'enquête Unseen: New Evidence). Castañón fonde alors le Grupo Internacional para la Paz, qui finance et coordonne l'enquête[21].
Le 5 octobre 1999, en présence de témoins présentés comme mandatés par l'archevêque Bergoglio, Castañón prélève un échantillon du fragment et l'envoie pour analyses dans des laboratoires aux États-Unis, sans révéler l'origine des échantillons[22][23]. La chaîne de garde — élément crucial en médecine légale — est présentée par les défenseurs comme documentée par procès-verbal contresigné ; aucun procès-verbal primaire n'a été consulté pour cet article.
Les analyses en aveugle (1999-2004)
Le point décisif, pour les défenseurs du dossier, n'est pas seulement l'analyse biologique brute : c'est le fait que plusieurs laboratoires distincts ont travaillé sans connaître l'origine eucharistique des échantillons, ce qui exclut le biais de confirmation apologétique.
Premier laboratoire : Forensic Analytical Crime Lab (Californie)
Le 21 octobre 1999, Ron Tesoriero remet deux tubes scellés au Forensic Analytical Crime Lab à Hayward (Californie) — laboratoire spécialisé dans la médecine légale criminelle[24]. Les techniciens ne savent pas que les échantillons proviennent d'hosties consacrées ; ils croient analyser des échantillons biologiques d'enquête criminelle, conformément au type habituel de mandat reçu par ce laboratoire.
Selon les seuls matériaux publiés par Tesoriero, le Forensic Analytical Crime Lab aurait confirmé la présence d'ADN humain dans les deux échantillons, et le Dr Robert Lawrence (Delta Pathology Associates Medical Group, Stockton, Californie) en aurait confirmé l'origine humaine lors d'une interview vidéo enregistrée le 7 décembre 2000 dans le cadre du documentaire Science Tests Faith — enregistrement non consulté pour cet article et non reproduit par une source indépendante : ces points restent des affirmations de seconde main rapportées par le seul Tesoriero, non des faits établis, et aucun détail physiologique prêté à Lawrence n'est repris ici[25].
Sur le plan biologique, ce type d'observation serait stupéfiant : les leucocytes (globules blancs) ne survivent normalement que quelques minutes à quelques heures une fois séparés d'un organisme vivant. Leur conservation morphologiquement identifiable pendant des années dans de l'eau distillée — eau qui, par son absence de minéraux et de nutriments, devrait au contraire accélérer la lyse cellulaire par choc osmotique — est sans précédent connu dans la littérature de médecine légale — et c'est précisément le point que le Pr Zugibe relèvera lui-même, sur pièce primaire, dans son rapport du 15 mars 2005[26].
Tableau synthétique des analyses
Le tableau ci-dessous récapitule les trois grandes étapes du circuit forensique de l'échantillon — du prélèvement à la conclusion médico-légale — avec, pour chaque étape, la nature de l'analyse, l'opérateur et le résultat publié.
| Étape | Date | Laboratoire / Expert | Mode de connaissance | Résultat documenté |
|---|---|---|---|---|
| Prélèvement | 5 octobre 1999 | Dr Castañón Gómez | Connue (origine eucharistique) | Échantillons présentés comme scellés et contresignés (récit des défenseurs ; aucun PV primaire consulté)[27] |
| Tests ADN | 1999-2000 (datation Tesoriero seul) | V. Kean, Forensic Analytical Crime Lab, Hayward (CA) | En aveugle allégué (présumé criminel) | ADN humain selon le seul Tesoriero (aucun rapport primaire consulté)[28] |
| Origine tissulaire | 7 décembre 2000 (date Tesoriero seul) | Dr R. Lawrence, Delta Pathology, Stockton (CA) | En aveugle allégué | Tissu humain selon la seule transcription Tesoriero (enregistrement non consulté)[29] |
| Identification médico-légale | 2 mars (Castañón) ou 20 avril 2004 (Serafini)[30] → 15-26 mars 2005 | Pr F. Zugibe, comté de Rockland (NY) | En aveugle initial puis révélation | Myocarde ventriculaire, région valvulaire, infiltrats inflammatoires, infarctus récent ou trauma thoracique[31] |
Les analyses complémentaires en Australie (récit Tesoriero)
D'après le récit de Tesoriero, Mike Willesee fit procéder en parallèle à des analyses complémentaires en Australie, qui auraient confirmé l'origine humaine du tissu[32]. Tesoriero affirme que ces examens ont été filmés pour le documentaire Science Tests Faith (1999-2004), auquel collabora Willesee, présentateur de la chaîne australienne Seven (Channel 7). Les noms des laboratoires, les dates exactes et la diffusion précise de ce documentaire n'étant pas documentés dans les sources accessibles du dossier, cet épisode est rapporté ici comme l'affirmation de Tesoriero, sans l'absolu d'une chaîne forensique intégralement filmée.
L'analyse décisive du Pr Frederick Zugibe (2004-2005)
Le profil scientifique du Pr Zugibe
Frederick Thomas Zugibe (28 mai 1928 — 6 septembre 2013) est, à l'époque de l'analyse, l'un des médecins légistes les plus respectés des États-Unis[33]. Profil documenté :
- M.D. (West Virginia University, 1968) et Ph.D. (University of Chicago, anatomie et histochimie) — médecin doublé d'un docteur en biologie cellulaire
- Médecin légiste en chef (Chief Medical Examiner) du comté de Rockland, État de New York, de 1969 à 2002 (retraite le 31 décembre 2002 ; intérim jusqu'au 31 mars 2003)
- Spécialiste reconnu de la recherche cardiovasculaire (présenté comme « cardiologist and forensic pathologist » par le Magis Center comme par Catholic Culture ; ancien directeur de la recherche cardiovasculaire à l'hôpital des Vétérans de Pittsburgh, selon ses notices biographiques)
- Fellow de l'American Academy of Forensic Sciences, de l'American College of Cardiology, du College of American Pathologists, et du Council on Arteriosclerosis de l'American Heart Association
- Quelque 10 000 autopsies réalisées par son service durant son mandat (estimation à son départ en retraite)
- Adjunct Associate Professor à la Columbia University College of Physicians and Surgeons
- Auteur de The Crucifixion of Jesus: A Forensic Inquiry (M. Evans & Company, 2005) — étude médico-légale de référence sur les plaies du Christ d'après le Saint Suaire, et de Dissecting Death: Secrets of a Medical Examiner (2005)
Dont la réputation scientifique repose sur des publications strictement séculières (histochimie, identification forensique), Zugibe déclare lui-même dans son rapport n'avoir pas été informé de l'origine du matériau avant de rendre son avis — aveugle initial attesté sur pièce primaire[34].
La méthodologie en aveugle
La remise de la lame au Pr Zugibe — 2 mars 2004 selon le récit de Castañón relayé par des synthèses secondaires, 20 avril 2004 selon les propres rapports signés de Zugibe, qui tranchent[35] — a lieu dans son bureau situé One Angelus Drive, Garnerville, New York 10923, où Tesoriero et Willesee remettent une lame microscopique scellée, étiquetée « 99-441 Number 1-2, Delta Pathology Associates Stockton California » (adresse et étiquette confirmées sur les scans des rapports[36]). Zugibe rapporte explicitement dans son rapport du 26 mars 2005 :
« Avant de rendre mon avis, je n'avais pas été informé de l'histoire du matériau. » — Pr Frederick T. Zugibe[37]
La rencontre est filmée — Zugibe l'atteste lui-même (« they video recorded »)[38]. Les analyses se déroulent sur plusieurs mois : microscopie optique, étude de la directionnalité des fibres myocardiques, identification des infiltrats cellulaires, datation histologique des lésions. Le rapport final est rédigé en mars 2005 et envoyé à Tesoriero et Willesee à Gosford (Nouvelle-Galles du Sud, Australie).
Selon le cardiologue Franco Serafini, l'entretien du 20 avril 2004 à New York a été « largement filmé » : entre 8 min 13 et 12 min 04 du documentaire The Eucharistic Miracle of Buenos Aires (chaîne YouTube Reason to Believe), un homme ayant les traits du Pr Zugibe y décrit au microscope optique une lame de ventricule gauche puis feuillette le dossier de Buenos Aires[39].
Les conclusions de Zugibe (mars 2005) — texte primaire
Le rapport final daté du 15 mars 2005, complété et signé le 26 mars 2005, conclut[40] :
« La lame contient un tissu cardiaque (cœur) qui présente des modifications dégénératives du tissu myocardique (tissu musculaire cardiaque) avec perte des striations des fibres musculaires, pycnose nucléaire, agrégats de cellules inflammatoires mixtes composés de cellules inflammatoires chroniques (macrophages) qui sont prédominantes et d'un plus petit nombre de cellules inflammatoires aiguës (globules blancs principalement polynucléaires neutrophiles) qui leur sont mélangées. La directionnalité des fibres myocardiques indique que le site de ces modifications est relativement proche d'une région valvulaire dans la zone ventriculaire du cœur. » — Pr Frederick T. Zugibe, rapport du 26 mars 2005
Le diagnostic différentiel donné par Zugibe est aussi rigoureux :
« Ces modifications dégénératives sont compatibles avec un infarctus du myocarde récent (de quelques jours) dû à l'obstruction d'une artère coronaire qui alimente en nutriments et oxygène une zone du muscle cardiaque. Cette obstruction peut résulter d'une athérosclérose (formation de plaque graisseuse), d'une thrombose coronarienne (obstruction de l'artère coronaire par un caillot sanguin), ou d'un coup violent à la poitrine au-dessus du cœur. »[41]
Le passage décisif du rapport du 15 mars 2005
Le rapport adressé « To Whom it May Concern » du 15 mars 2005 contient un paragraphe qui, du point de vue strictement médico-légal, constitue le cœur probatoire du dossier :
« Lorsqu'on m'a dit par la suite que le tissu cardiaque avait été conservé dans l'eau du robinet pendant environ un mois puis transféré dans de l'eau distillée stérile pendant trois ans, j'ai indiqué qu'il serait impossible de voir des globules blancs ou des macrophages dans l'échantillon. De plus, il serait impossible d'identifier le tissu en tant que tel, car il n'y aurait plus aucune caractéristique morphologique. » — Pr Frederick T. Zugibe, rapport du 15 mars 2005[42]
Autrement dit : selon les lois biologiques connues, l'échantillon analysé en 2004 ne devrait pas exister sous la forme observée. La présence simultanée (1) de fibres myocardiques orientées et identifiables, (2) de macrophages chroniques et (3) de leucocytes aigus dans un tissu maintenu un mois dans l'eau du robinet puis trois ans dans de l'eau distillée stérile, est biologiquement incohérente au regard de la médecine légale ordinaire. C'est précisément cette incohérence formelle qui fait du dossier de Buenos Aires un cas médico-légal exceptionnel.
L'échange célèbre Zugibe-Willesee
Quand Willesee révèle à Zugibe que l'échantillon provient d'une hostie eucharistique restée un mois dans l'eau du robinet puis trois ans dans l'eau distillée avant le prélèvement, Zugibe est stupéfait. L'échange filmé contient cette phrase devenue célèbre :
« Cela restera un mystère inexplicable pour la science — un mystère totalement au-delà de ses compétences. » — Pr Frederick T. Zugibe, d'après Phil Lawler[43]
L'échange complet est documenté dans le documentaire Science Tests Faith réalisé par Mike Willesee et Ron Tesoriero entre 1999 et 2004. Le rapport pathologique de Zugibe est reproduit en annexe du livre de Ron Tesoriero Unseen: New Evidence — The Origin of Life under the Microscope[44].
Objections scientifiques et réponses
Un dossier médico-légal sérieux mérite d'être confronté aux meilleures objections sceptiques avant d'être présenté comme probant. L'article passe en revue quatre objections sérieuses et les réponses que les défenseurs catholiques rigoureux du dossier opposent à chacune.
Objection 1 — la bactérie Serratia marcescens
L'explication naturaliste classique des phénomènes d'« hosties sanglantes » invoque depuis Cullen (1994) la bactérie Serratia marcescens, un proteobacterium qui, en milieu humide et chaud, produit un pigment rouge gélatineux sur les substrats amylacés (pain, hostie azyme)[45]. Cette explication a longtemps été tenue pour la cause probable de plusieurs « miracles » médiévaux de pain sanglant.
Réponse : la critique Serratia ne s'applique pas au dossier de Buenos Aires. Premièrement, l'identification microscopique au laboratoire californien puis chez Zugibe a porté sur un tissu musculaire strié myocardique humain parfaitement identifiable, avec directionnalité de fibres, noyaux pycnotiques et infiltrats cellulaires différenciés — éléments incompatibles avec un tapis bactérien. Deuxièmement, S. marcescens est une bactérie : sa présence éventuelle ne contient ni ADN humain, ni globules blancs, ni macrophages, ni fibres musculaires orientées. Troisièmement, la culture de S. marcescens est notoirement fragile en eau distillée pauvre en nutriments. La même Wikipédia italienne qui mentionne Serratia concède que cette explication « ne dit pas comment la prolifération de Serratia pourrait s'arrêter soudainement sans recouvrir entièrement la particule »[46].
Objection 2 — risque de contamination de l'échantillon
Un sceptique pourrait soupçonner une contamination accidentelle ou frauduleuse : du myocarde humain introduit dans le récipient à un moment quelconque entre 1996 et 1999.
Réponse : trois éléments rendent ce scénario peu vraisemblable — tous, il faut le noter, issus des seuls récits des défenseurs, aucun procès-verbal primaire n'ayant été consulté. (1) Selon ces récits, le récipient serait demeuré scellé dans le tabernacle paroissial sous la responsabilité du Père Pezet, sans accès libre. (2) Le prélèvement Castañón du 5 octobre 1999 aurait été contresigné par des témoins mandatés par l'archevêque Bergoglio. (3) Surtout, l'hypothèse d'un dépôt frauduleux ne rend pas compte de l'anomalie centrale relevée par Zugibe lui-même : la persistance de leucocytes et de macrophages morphologiquement identifiables après un mois en eau du robinet puis trois ans en eau distillée — conditions dans lesquelles, écrit-il, une telle observation serait impossible[47].
Objection 3 — l'absence de publication peer-reviewed
Aucun article scientifique de Zugibe sur Buenos Aires n'a été publié dans une revue peer-reviewed comme The Lancet ou Journal of Forensic Sciences.
Réponse : c'est exact, mais l'objection se trompe de catégorie. Les rapports médico-légaux ne sont pas, par nature, publiés dans des revues à comité de lecture : ils sont des documents d'expertise judiciaire ou pastorale signés par un médecin légiste sous son autorité professionnelle, recevables en l'état devant un tribunal ou une autorité ecclésiastique. Les rapports de Zugibe des 15 et 26 mars 2005, signés et archivés, sont disponibles publiquement[48][49]. La crédibilité d'un rapport médico-légal repose sur les crédentials de l'expert, pas sur le format de publication — et Zugibe avait, en 2005, l'un des CV de pathologie forensique les plus solides des États-Unis.
Objection 4 — l'absence de proclamation magistérielle
L'Église n'a jamais reconnu officiellement le miracle au plus haut niveau. Le pape François lui-même, mandataire de l'enquête, n'a prononcé aucune déclaration formelle pendant son pontificat (2013-2025).
Réponse : pour les défenseurs du dossier, cette objection confond discernement diocésain et proclamation universelle. Ils rappellent la gradation pratiquée par l'Église face aux phénomènes extraordinaires — grille qu'ils font remonter à la discipline du concile de Trente : (1) tolérance pastorale locale, sans entrave à la dévotion (que les défenseurs rattachent à la compétence de l'évêque du lieu, sans qu'aucun acte formel publié ne soit cité pour ce dossier) ; (2) reconnaissance ecclésiale du caractère surnaturel (compétence diocésaine + Dicastère pour la Doctrine de la Foi) ; (3) inscription au Martyrologe romain ou usage liturgique (compétence pontificale). Le P. Robert Spitzer lui-même rappelle que « c'est à l'évêque du diocèse d'approuver ces miracles » — or aucun acte diocésain d'approbation daté n'est cité dans les sources accessibles du dossier[50]. Aucun miracle eucharistique récent — y compris Lanciano dans sa version moderne — n'a fait l'objet du niveau 3. Cette prudence institutionnelle n'invalide pas le dossier ; au contraire, elle protège la crédibilité de l'Église en évitant toute proclamation prématurée. C'est précisément la discrétion de Bergoglio devenu pape qui rend son mandat scientifique initial (1999) plus crédible : il n'a pas instrumentalisé le dossier pour son propre pontificat.
Objection 5 — les évaluations critiques catholiques récentes (Trasancos, Kearse)
Depuis 2021, les critiques les plus sérieuses ne viennent plus seulement de sceptiques extérieurs, mais de scientifiques catholiques qui ont relu les pièces — y compris celles de Buenos Aires. Stacy Trasancos (docteure en chimie), coauteure avec le P. George Elliott de Behold It Is I: Scripture, Tradition, and Science on the Real Presence (2021), a examiné les rapports de laboratoire de Lanciano et de Buenos Aires et les a jugés moins concluants que leur présentation apologétique courante[51]. Kelly Kearse (immunologiste catholique) a publié en 2024 une étude réclamant une standardisation de l'évaluation des miracles eucharistiques : les antigènes A et B étant partagés entre humains et bactéries, les typages AB sérologiques sur des reliques anciennes ne peuvent prouver à eux seuls une origine commune[52].
Réponse des défenseurs : ces travaux visent surtout les lectures de groupes sanguins et les contaminations possibles des pièces anciennes ; ils ne réfutent pas, selon les défenseurs du dossier de Buenos Aires, l'identification histologique d'un myocarde humain enflammé (fibres orientées, macrophages, leucocytes identifiables) conservé trois ans dans l'eau distillée — tableau difficilement réductible à une contamination bactérienne. Les défenseurs reconnaissent toutefois qu'aucun réexamen indépendant des lames, tel que les critiques l'appellent de leurs vœux, n'a eu lieu à ce jour : ce point reste un défaut ouvert du dossier.
La comparaison avec Lanciano
Le rapprochement par les défenseurs catholiques
Plusieurs commentateurs catholiques — notamment le cardiologue Franco Serafini dans A Cardiologist Examines Jesus (Sophia Institute Press, 2018, p. 78-95) — ont souligné les convergences frappantes entre les analyses du miracle de Buenos Aires (1996) et celles du miracle de Lanciano (vers 750) menées par le Pr Odoardo Linoli (Institut universitaire d'anatomie pathologique de Sienne) entre 1970 et 1971[53][54] :
| Caractéristique | Lanciano (1970-1971) | Buenos Aires (2000-2005) |
|---|---|---|
| Tissu identifié | Myocarde (paroi du ventricule gauche) | Myocarde, région valvulaire ventriculaire |
| Type sanguin | Groupe AB | non typé (échantillon insuffisant pour ABO) |
| Origine humaine | confirmée (protéines, électrophorèse) | confirmée (ADN humain) |
| État cellulaire | sang frais, protéines intactes | infiltrats inflammatoires actifs |
| Conservation inexplicable | ≈ 12 siècles sans agent de conservation | 1 mois eau du robinet + 3 ans eau distillée |
| Marques de souffrance | inflammation post-mortem | infarctus récent ou trauma thoracique |
| Mode d'analyse | non-aveugle (mandat explicite) | en aveugle initial (Zugibe) |
Le rapprochement avec le Saint Suaire de Turin
Plusieurs articles apologétiques rapprochent en outre le groupe sanguin AB de Lanciano avec le groupe sanguin attribué au Saint Suaire de Turin par le Pr Pierluigi Baima Bollone (Institut de médecine légale de l'université de Turin) en 1981[55]. Les analyses antérieures de Heller et Adler (1980) avaient établi la présence de sang humain sur les fibres du Suaire, sans en déterminer le groupe : le typage AB est l'attribution du seul Baima Bollone[56][57]. Pour les défenseurs, cette coïncidence statistiquement rare — le groupe AB ne représenterait, selon les chiffres qu'ils avancent, que 5 % de la population mondiale et environ 3 % des populations du Moyen-Orient ancien[58] — constitue, pour les défenseurs, un indice convergent suggérant que les deux reliques typées AB (Suaire, hostie de Lanciano) pourraient porter le sang d'une même personne — l'hostie de Buenos Aires, non typée (échantillon insuffisant pour ABO, voir tableau ci-dessus), est exclue de ce rapprochement.
L'argument est cependant suggestif et non probant au sens strict : deux échantillons distincts de groupe AB ne prouvent pas qu'ils proviennent de la même personne, et certains pathologistes (dont Adler lui-même dans des publications ultérieures) ont rappelé que la dégradation du sang ancien peut donner de fausses lectures AB par agglutination non spécifique[59]. L'article mentionne ces rapprochements comme éléments du débat apologétique contemporain, en reconnaissant leur valeur indicative sans en faire un argument probant isolé.
Le pape François et le dossier de Buenos Aires
L'évocation papale du miracle
Devenu pape François en mars 2013, Mgr Bergoglio n'a jamais prononcé de proclamation formelle sur le miracle de Buenos Aires durant son pontificat (2013-2025). Cette prudence institutionnelle — alors même qu'il était personnellement le mandataire de l'enquête de 1999 — illustre la séparation que l'Église catholique maintient soigneusement entre le discernement personnel d'un évêque (légitime) et la proclamation magistérielle universelle (réservée à des circonstances exceptionnelles).
Cette discrétion institutionnelle — aucune proclamation formelle durant le pontificat (2013-2025) — combinée à l'intérêt personnel manifesté par le mandat d'enquête de 1999, constitue, selon les défenseurs, l'attitude catholique classique face aux miracles eucharistiques : prudence réservée, sans proclamation grandiloquente.
Le décès du pape François
Le pape François est décédé le 21 avril 2025 au Vatican, à l'âge de 88 ans. Son successeur, le pape Léon XIV (élu le 8 mai 2025), n'a pas non plus prononcé à ce jour de déclaration formelle sur le dossier de Buenos Aires.
Position de l'Église catholique
Au niveau diocésain de Buenos Aires
Selon les défenseurs du dossier, l'archidiocèse de Buenos Aires — sous Mgr Bergoglio, puis ses successeurs Mgr Mario Aurelio Poli (archevêque 2013-2023) et Mgr Jorge Ignacio García Cuerva (depuis le 26 mai 2023) — aurait maintenu une ligne de prudence réservée : piété locale non entravée autour de la paroisse Santa Maria et conservation de l'échantillon, sans acte formel de reconnaissance de surnaturalité publié à ce jour. Aucun décret diocésain daté n'étant cité dans les sources accessibles du dossier, cette présentation reste la lecture des défenseurs, qui y voient l'application de la prudence traditionnelle de l'Église face aux phénomènes extraordinaires liés aux sacrements : reconnaître les fruits de piété sans transformer un cas particulier en article de foi.
Au niveau de l'Église universelle
Aucun document magistériel romain (audience pontificale formelle, exhortation apostolique, lettre pontificale, motu proprio) n'a fait référence explicitement au miracle de Buenos Aires. Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi n'a pas conduit d'enquête propre. Cette absence d'engagement formel est conforme à la tradition catholique : les miracles eucharistiques ne sont pas des matières de définition dogmatique. Selon les défenseurs, l'Église en tient compte au cas par cas et peut laisser se développer une dévotion locale quand le dossier paraît sain, mais ne prononce pas pour autant de jugement universellement contraignant — et, dans le cas de Buenos Aires, aucun acte formel en ce sens n'est publié.
L'inclusion du dossier dans la Mostra dei Miracoli Eucaristici nel Mondo — exposition itinérante mondiale conçue par saint Carlo Acutis (1991-2006, béatifié à Assise le 10 octobre 2020, canonisé le 7 septembre 2025 par le pape Léon XIV) et inaugurée en 2005 — vaut témoignage indirect de la considération que reçoivent les épisodes eucharistiques argentins dans la dévotion catholique mondiale[60].
L'argument de l'autonomie scientifique
Pour les défenseurs catholiques du dossier, cette absence de proclamation pontificale renforce plutôt qu'elle n'affaiblit l'argument du miracle : (1) elle montre que l'enquête a été conduite sans agenda apologétique par l'Église elle-même ; (2) elle garantit que les conclusions scientifiques sont issues d'une investigation indépendante (laboratoires américains, scientifique non lié aux instances apologétiques au moment du mandat) ; (3) elle laisse aux fidèles la liberté de leur discernement personnel, dans le cadre d'une dévotion eucharistique générale qui ne dépend pas du miracle particulier.
Pour aller plus loin
Articles Ignispedia connexes
- Les miracles eucharistiques — vue d'ensemble historique et scientifique — article-hub parent
- Le miracle eucharistique de Lanciano (vers 750) — comparaison historique majeure
- Le miracle eucharistique de Bolsena (1263) — autre cas classique
- L'Eucharistie — sacrement central de la foi catholique
- Le concile de Trente — définition dogmatique de la transsubstantiation
- Saint Carlo Acutis — créateur de la Mostra dei Miracoli Eucaristici nel Mondo (2005)
Sources principales
- Magis Center (Spitzer University), The Eucharistic Miracle Pope Francis Witnessed in Buenos Aires — synthèse contemporaine de référence
- Catholic Culture, A Eucharistic miracle when Bergoglio was an auxiliary bishop — chronologie détaillée
- National Catholic Register, Three Eucharistic Miracles: Which Cases Have Undergone the Most Extensive Scientific Analysis? — analyse comparative
- North American Catholic Network, scans des rapports Zugibe des 15 et 26 mars 2005 (nacn-usa.org)
- Mike Willesee & Ron Tesoriero, Science Tests Faith (documentaire vidéo, 1999-2004) — réalisé avec Willesee, présentateur de la chaîne australienne Seven ; diffusion non documentée dans les sources accessibles du dossier
- Ron Tesoriero, Unseen: New Evidence — The Origin of Life under the Microscope, 2013 — annexe avec rapport Zugibe intégral
- Franco Serafini, M.D., A Cardiologist Examines Jesus, Sophia Institute Press, 2018 — analyse cardiologique synthétique
- Mostra dei Miracoli Eucaristici nel Mondo (saint Carlo Acutis), fiche Buenos Aires 1992-1994-1996 — site officiel miracolieucaristici.org
Notes et références
Dr Robert Lawrence, Delta Pathology Associates Medical Group, Stockton, Californie. Tesoriero affirme qu'une interview vidéo du Dr Lawrence, enregistrée le 7 décembre 2000 par Mike Willesee et lui-même dans le cadre du documentaire Science Tests Faith, aurait confirmé l'origine humaine du tissu — mais l'enregistrement original n'a pas été consulté pour cet article et aucune source indépendante ne reproduit cet entretien : cette affirmation reste donc de seconde main rapportée par le seul Tesoriero, non un fait établi, et aucun détail physiologique prêté à Lawrence (notamment sur des globules blancs dits encore vivants) n'est repris dans le corps. Précision méthodologique : les analyses au Forensic Analytical Crime Lab (Hayward, Californie) sont présentées par Tesoriero comme conduites en aveugle, les techniciens ignorant l'origine eucharistique des échantillons. Le numéro de test (19 990 441) et la date du 1ᵉʳ mai 2000 qu'il attribue au rapport de la technicienne Vanora Kean proviennent eux aussi de ses seuls matériaux, sans qu'aucun rapport primaire du laboratoire ait été consulté : ils ne sont pas repris comme faits dans le corps.
1 25 28 29Frederick Thomas Zugibe (28 mai 1928 — 6 septembre 2013), médecin et pathologiste américain. Notices biographiques (notice « Frederick Zugibe », Wikipédia anglophone ; nécrologie du Journal News, septembre 2013 ; notices d'éditeur) : B.S. (St. Francis College), M.S. en anatomie / microscopie électronique (Columbia University), Ph.D. en anatomie et histochimie (University of Chicago), M.D. (West Virginia University, 1968) ; premier Chief Medical Examiner du comté de Rockland (NY), nommé le 15 août 1969, en fonction jusqu'à sa retraite le 31 décembre 2002 puis Acting Medical Examiner jusqu'au 31 mars 2003 ; quelque 10 000 autopsies réalisées par son service durant son mandat (estimation de l'intéressé à son départ en retraite). Adjunct Associate Professor à la Columbia University College of Physicians and Surgeons. Fellow de l'American Academy of Forensic Sciences, de l'American College of Cardiology, du College of American Pathologists, et du Council on Arteriosclerosis de l'American Heart Association — titres confirmés par son propre papier à en-tête professionnel (scans NACN, ouverts et lus par OCR pour cet article). Présenté comme « cardiologist and forensic pathologist » par le Magis Center comme par Catholic Culture. Auteur de The Crucifixion of Jesus: A Forensic Inquiry (M. Evans & Company, 2005) et de Dissecting Death: Secrets of a Medical Examiner (2005).
2 4 33Mostra dei Miracoli Eucaristici nel Mondo, conçue par saint Carlo Acutis (1991-2006), béatifié à Assise le 10 octobre 2020 et canonisé le 7 septembre 2025 par le pape Léon XIV. Catalogue mondial en ligne : miracolieucaristici.org. Fiche Argentine : « Buenos Aires, 1992-1994-1996 » — la seule entrée argentine du catalogue regroupe les trois épisodes de la même zone de Buenos Aires sous une même notice, le 1996 étant le seul scientifiquement documenté.
3 60Magis Center (Spitzer Center for Visual Inquiry, fondé par le P. Robert Spitzer S.J.), The Eucharistic Miracle Pope Francis Witnessed in Buenos Aires, (magiscenter.com/blog/the-eucharistic-miracle-pope-francis). Source synthétique de référence sur la chronologie et les analyses scientifiques (page relue pour cet article). Confirme : événement du 18 août 1996 ; placement dans l'eau dans le tabernacle ; transformation constatée le 26 août 1996 ; photographies du 6 septembre 1996 ; mandat scientifique de Bergoglio après trois ans sans décomposition ; prélèvement Castañón du 5 octobre 1999 ; aveugle allégué des analystes ; diagnostic Zugibe 2004-2005. Le Magis Center qualifie Zugibe de « famous cardiologist and forensic pathologist » et rapporte son témoignage oral : « The analyzed material is a fragment of the heart muscle… This indicates that the heart was alive at the time the sample was taken. » En revanche, la réplique célèbre « This will remain an inexplicable mystery to science—a mystery totally beyond her competence » ne figure pas sur cette page : elle est rapportée par Catholic Culture (voir note). Le Magis Center situe Bergoglio comme « Archbishop » dès août 1996 — inexact (évêque auxiliaire jusqu'au 28 février 1998), corrigé dans le corps.
5 13 16 17 19 22 27Pr Frederick T. Zugibe, M.D., Ph.D., rapport complémentaire daté du 15 mars 2005, adressé « To Whom it May Concern » (Garnerville, NY). Scanné par le North American Catholic Network (même fichier que ci-dessus, ouvert et lu par OCR pour cet article — texte du passage vérifié mot à mot). Passage primaire crucial pour le dossier : « When I was later told that the heart tissue was kept in tap water for about a month and transferred to sterile, distilled water for three years, I indicated that it would be impossible to see white blood cells or macrophages in the sample. Moreover, it would be impossible to identify the tissue per se as there would be no morphological characteristics. » Ce passage atteste à la fois (a) que Zugibe a procédé à l'analyse en aveugle initial, et (b) que les conditions de conservation rapportées sont médicalement incompatibles avec ce qu'il a effectivement observé sur la lame.
6 15 26 42 47 48Pr Frederick T. Zugibe, M.D., Ph.D., médecin légiste en chef (Chief Medical Examiner) du comté de Rockland (NY) 1969-2002 (retraite le 31 décembre 2002 ; intérim jusqu'au 31 mars 2003). Rapport adressé à « Mr. Ron Tesoriero, and Mr. Mike Willesee, Post Office Box 1032, Gosford NSW 2250 Australia », daté du 26 mars 2005, sur papier à en-tête Forensic Pathology and Medicine, One Angelus Drive, Garnerville, New York 10923. Scanné et reproduit par le North American Catholic Network (nacn-usa.org/wp-content/uploads/Zugibe-scanned-reports-26-3-05-and-15-3-05-RON-ack.pdf) — scans ouverts et lus par OCR pour cet article : en-tête, date, destinataires, rencontre du 20 avril 2004, aveugle initial (« Prior to rendering my opinion, I was not informed of the history of the material »), enregistrement vidéo (« they video recorded ») et diagnostic ci-dessous, tous vérifiés mot à mot. Identifiant de la lame : « 99-441 Number 1-2, Delta Pathology Associates Stockton California ». Citation originale anglaise : « The slides contain cardiac (heart) tissue that displays degenerative changes of the myocardial tissue (cardiac muscular tissue) with loss of striations of the muscle fibers, nuclear pyknosis, aggregates of mixed Inflammatory cells consisting of chronic inflammatory cells (macrophages) which are predominant and smaller numbers of acute inflammatory cells (white blood cells primarily polymorphonuclear leukocytes) which are admixed. The directionality of the myocardial fibers indicates that the site of these changes is relatively close to a valvular region in the ventricular area of the heart. » Diagnostic différentiel : « These degenerative changes are consistent with a recent heart attack (myocardial infarction of a few days duration) due to an obstruction of a coronary artery that supplies nutriments and oxygen to an area of heart muscle. This obstruction may be the result of atheroscerosis (process of fatty plaque buildup), or a coronary thrombosis (obstruction of the coronary artery by a blood clot), or a severe blow to the chest over the heart. »
7 9 31 34 36 37 38 40 41 49Franco Serafini, M.D., A Cardiologist Examines Jesus: The Stunning Science Behind Eucharistic Miracles, Sophia Institute Press, 2018, ISBN 978-1622826117, p. 78-95 (chapitre sur Buenos Aires). Serafini est cardiologue interventionnel italien et auteur catholique reconnu pour ses analyses synthétiques des miracles eucharistiques modernes (Buenos Aires, Tixtla 2006, Sokółka 2008, Legnica 2013).
8 11 53Sabrina Ferrisi, « Three Eucharistic Miracles: Which Cases Have Undergone the Most Extensive Scientific Analysis? », National Catholic Register, 11 juin 2023 (ncregister.com/features/three-eucharistic-miracles-which-cases-have-undergone-the-most-extensive-scientific-analysis). L'article présente trois cas comme ceux « ayant fait l'objet des analyses scientifiques les plus poussées » — Buenos Aires (1992, 1994, 1996), Tixtla (2006) et Sokółka (2008) — et non Buenos Aires seul comme « le mieux documenté ». Citation originale anglaise : « The three apparent Eucharistic miracles that have undergone the most extensive scientific analysis happened in Buenos Aires, Argentina (1992, 1994, 1996); Tixtla, Mexico (2006); and Sokółka, Poland (2008). »
10Variante de date : la discordance porte sur le jour de la découverte — 15 août 1996 (fête de l'Assomption) pour le National Catholic Register lui-même (« On Aug. 15, 1996, during Mass, a consecrated Host was found in the back of the church in a candle holder »), ainsi que pour un panneau de la Mostra dei Miracoli Eucaristici et des synthèses paroissiales américaines, contre 18 août pour le Magis Center (« on August 18, 1996 ») et Catholic Culture (« On August 18, 1996 »). Sur le constat, le NCR et le Magis retiennent le 26 août (« On Aug. 26, it was discovered that the Host had several stains of blood » ; « When he opened the tabernacle on August 26 »), Lawler le 20 août (« On August 20th, he discovered that this host appeared bloody »). La chronologie retenue ici (découverte le 18, constat le 26) suit le Magis Center et Catholic Culture. Point de calendrier vérifié : le 18 août 1996 était un dimanche, le 26 un lundi — cohérent avec une découverte dominicale à la messe et un constat huit jours plus tard ; tout relais datant un « lundi 18 août 1996 » est calendrirement impossible. L'heure de 19 h avancée par plusieurs relais francophones n'est reprise par aucune des trois sources : elle n'est pas retenue dans le corps.
12La première version de cet article attribuait à tort cette pratique à l'Instruction Redemptionis Sacramentum (2004), n° 107 : ce numéro ne traite pas de la dissolution dans l'eau, mais rappelle l'excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique pour qui profane les espèces consacrées (cf. CIC, can. 1367). La mise en eau d'une hostie souillée relève d'une coutume pastorale ancienne, non d'un numéro de cette instruction.
14Phil Lawler, A Eucharistic miracle when Bergoglio was an auxiliary bishop, Catholic Culture, 18 décembre 2019, catholicculture.org/commentary/eucharistic-miracle-when-bergoglio-was-auxiliary-bishop (page relue pour cet article). Lawler situe la découverte au 18 août 1996 et l'aspect sanglant au 20 août (« On August 20th, he discovered that this host appeared bloody »), et présente Bergoglio comme évêque auxiliaire — exact en août 1996, mais le mandat d'enquête scientifique date de juillet-octobre 1999, alors qu'il était archevêque depuis le 28 février 1998. La chronologie retenue dans le corps (transformation constatée le 26 août) suit le Magis Center. C'est Lawler qui rapporte la réplique célèbre de Zugibe apprenant l'origine eucharistique de l'échantillon : « He exclaimed: "This will remain an inexplicable mystery to science—a mystery totally beyond her competence." » Il qualifie Zugibe de « cardiologist and forensic pathologist ».
18 20 43Dr Ricardo Castañón Gómez : psychologue clinicien bolivien, spécialiste de psychosomatique, de biochimie cérébrale et de neurophysiologie, fondateur du Grupo Internacional para la Paz ; ancien sceptique, il se présente comme converti en 1991 à l'occasion de ses enquêtes sur des phénomènes survenus à Cochabamba (Bolivie) — parcours documenté notamment par son ouvrage Llora Cristo en el Valle? (Grupo Internacional para la Paz, Centro Internacional de Estudios Humanos, La Paz, 2000 — notice confirmée sur Open Library) et repris par les synthèses du dossier (Magis Center, Tesoriero).
21Ron Tesoriero, Unseen: New Evidence — The Origin of Life under the Microscope, 2013, disponible sur reasontobelieve.com.au. L'ouvrage contient en annexe, selon son auteur, les rapports intégraux du Pr Zugibe ainsi que des transcriptions d'interviews liées à l'enquête. Tesoriero, ancien avocat australien, a été l'organisateur logistique de la chaîne d'analyse ; les passages qui s'appuient sur lui seul sont présentés comme ses affirmations.
23 24 32 44Variante de date tranchée sur primaire : le récit de Castañón lui-même, relayé par plusieurs synthèses (dont Lavagna et des bulletins paroissiaux américains — « On March 2 of 2004, Professor Frederick Zugibe [...] received the sample »), situe la remise de l'échantillon au 2 mars 2004. Or les deux rapports signés de Zugibe — sources primaires du dossier, dont les scans NACN ont été ouverts et lus par OCR pour cet article — situent eux-mêmes la rencontre au 20 avril 2004 (« On April 20, 2004, Mike Willesee and Ron Tesoriero of Australia attended my office in New York ») et sont datés des 15 et 26 mars 2005 : la date du 2 mars ne repose que sur le récit de Castañón relayé par des synthèses secondaires. Les scans confirment aussi l'en-tête professionnel (« One Angelus Drive, Garnerville, New York 10923 »), l'étiquette de la lame (« 99-441 Number 1-2, Delta Pathology Associates Stockton California ») et le caractère filmé de la rencontre (« they video recorded »).
30 35Franco Serafini, Un cardiologue rencontre Jésus. Les miracles eucharistiques à l'épreuve de la science, Artège, 2025, Annexe à la troisième édition, p. 294, contexte p. 293-294. L'auteur affirme avoir vu l'enregistrement de l'entretien new-yorkais du 20 avril 2004 et renvoie à la séquence 8 min 13 à 12 min 04 (microscope optique, lame du ventricule gauche, dossier feuilleté). Réserves : contestation de juin 2023 rapportée au conditionnel (consultations qui n'auraient jamais existé, plainte alléguée de la veuve et d'un fils), seul le rapport du 26 mars 2005 signé, celui du 15 mars non signé, identification prudente (« un homme ayant les traits ») ; preuve documentaire de l'examen, non validation du miracle.
39Johanna C. Cullen, « The Miracle of Bolsena », ASM News, vol. 60, août 1994, p. 187-191 — étude classique citée par la majorité des sceptiques pour expliquer naturellement plusieurs miracles d'hosties sanglantes médiévaux. La bactérie Serratia marcescens produit un pigment rouge (prodigiosine) sur substrats amylacés en milieu humide à 25-30 °C. Cullen reproduit l'effet en laboratoire sur des hosties d'autel. Cette explication est efficace pour les phénomènes anciens en milieu chaud-humide, mais nécessite des conditions thermiques et nutritives précises absentes du dossier de Buenos Aires.
45Wikipédia italienne, article Miracoli eucaristici, section critiques scientifiques. Texte original : « Non spiega come la proliferazione della Serratia possa improvvisamente fermarsi senza coprire l'intera particella. » Cette concession sceptique est commune à plusieurs auteurs critiques : la Serratia explique certains rougissements d'hostie ancienne (Bolsena médiéval), mais ne rend pas compte d'une transformation localisée puis stable.
46Le P. Robert Spitzer S.J. (Magis Center), interrogé dans ce même dossier du National Catholic Register (Sabrina Ferrisi, 11 juin 2023) : « In each case, it is the bishop of the diocese who must approve these miracles. » (« Dans chaque cas, c'est à l'évêque du diocèse d'approuver ces miracles. ») Aucun acte diocésain d'approbation daté n'est cité dans les sources accessibles du dossier de Buenos Aires.
50Stacy Trasancos & P. George Elliott, Behold It Is I: Scripture, Tradition, and Science on the Real Presence, 2021. Trasancos, catholique et docteure en chimie, y examine les rapports de laboratoire de Lanciano et de Buenos Aires ; interrogée par OSV News (Maria Wiering, septembre 2023), elle les juge moins concluants que leur présentation courante (« their results were less conclusive than reported »), et met en garde contre une foi fondée sur ces seuls dossiers.
51Kelly P. Kearse, « Scientific Analysis of Eucharistic Miracles: Importance of a Standardization in Evaluation », étude mise en ligne en 2024, et « The relics of Jesus and Eucharistic miracles: scientific analysis of shared AB blood type ». Kearse, immunologiste catholique, y soutient que les antigènes AB étant exprimés à la fois par les bactéries et par l'homme, ils peuvent expliquer les typages AB observés (« it is reasonable to propose that shared AB antigens from bacteria could readily explain the observed shared blood type », cité par East Tennessee Catholic, « Exaggerations and eucharistic miracles », janvier 2025) ; il réclame des protocoles standardisés, de nouveaux examens des échantillons et de meilleurs contrôles. Réponse des défenseurs : M. Lavagna, « Response to Stacy Trasancos (and other skeptics) on eucharistic miracles ».
52Odoardo Linoli, « Histological, Immunological and Biochemical Studies on the Flesh and Blood of the Eucharistic Miracle of Lanciano (8th Century) », Quaderni Sclavo di Diagnostica Clinica e di Laboratorio, Sienne, 1971. Linoli, professeur d'anatomie pathologique à l'Institut universitaire d'anatomie pathologique de Sienne et chef du laboratoire de l'hôpital d'Arezzo, identifie un tissu musculaire cardiaque humain (paroi du ventricule gauche) et un sang de groupe AB, sans agent de conservation, daté du VIIIᵉ siècle environ.
54Pierluigi Baima Bollone, Institut de médecine légale de l'université de Turin, analyses sur les fibres du Saint Suaire au début des années 1980. Résultat : sang humain, groupe AB (typage par approche directe, discuté ensuite — voir Kearse). Voir P. Baima Bollone, Indagini identificative su fili della Sindone, Giornale della Accademia di Medicina di Torino, 1982, p. 228-239, et Sindone, ovvero la radiografia del Golgota, Turin, 1985. J. Heller & A. Adler, « Blood on the Shroud of Turin », Applied Optics, vol. 19, n° 16, 1980, p. 2742-2744, ont établi la présence de sang (conversion de l'hème en porphyrine ; albumine humaine ou primatée) sans typage ABO : le groupe AB du Suaire est donc l'attribution du seul Baima Bollone, non une confirmation Heller-Adler.
55 56Alan D. Adler, chimiste, co-membre du Shroud of Turin Research Project (STURP), a précisé dans des publications ultérieures que les analyses de groupe sanguin sur sang ancien dégradé peuvent produire de fausses lectures AB par adsorption non spécifique sur les fibres dégradées. Cette précaution méthodologique ne supprime pas la coïncidence Lanciano/Suaire mais en limite la portée probatoire stricte.
57 59Chiffres avancés dans la littérature apologétique du dossier (notamment Serafini, A Cardiologist Examines Jesus, 2018) : ils sont repris ici comme l'argument des défenseurs, non comme des données démographiques établies par l'article.
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