Saint Austremoine de Clermont (IIIe siècle)

Saint Austremoine, premier évêque de Clermont et apôtre de l'Auvergne, est selon Grégoire de Tours un des sept évêques envoyés vers les Gaules vers 250. Fêté le 1er novembre, il est vénéré à Issoire et à Mozac.

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Saint Austremoine (en latin Stremonius ou Austremonius), premier évêque de Clermont, est selon la tradition l'apôtre de l'Auvergne. Grégoire de Tours le range parmi les sept évêques que le pape Fabien aurait envoyés vers les Gaules vers 250, sous la persécution de Dèce. Son nom véritable serait Stremonius ; la forme « Austremoine » est traditionnelle, mais inexacte.[1][2][3]

Les dates de sa naissance et de sa mort sont inconnues. La tradition lui attribue un martyre (décapitation selon la plupart des textes tardifs), un tombeau à Issoire, puis une translation des reliques à Mozac. Le culte s'est fixé autour de Clermont, d'Issoire et de toute l'Auvergne ; il est fêté le 1er novembre (et le 8 novembre dans le diocèse de Saint-Flour).[4][5]

Grégoire de Tours et la tradition des sept évêques

La source la plus ancienne est Grégoire de Tours (538-594). Dans l'Histoire des Francs (I, 30), il rapporte que, sous l'empereur Dèce, sept évêques furent envoyés pour évangéliser les Gaules : Gatien à Tours, Trophime à Arles, Paul à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Denis à Paris, Martial à Limoges et Austremoine à Clermont.[6]

Dans À la Gloire des Confesseurs (chapitre 30), Grégoire raconte à propos d'Austremoine des épisodes miraculeux (guérisons, délivrances) situés autour de son tombeau. Ces récits relèvent du témoignage de la dévotion locale au VIe siècle, non d'un procès-verbal contemporain.[7][8]

Une datation incertaine

Le cadre « sept évêques sous Dèce vers 250 » est une reconstruction de Grégoire de Tours, qui écrit plus de trois siècles après les faits. L'historien Gabriel Fournier, dans un article des Bulletin historique des diocèses d'Auvergne (1979), a montré qu'il est plus plausible de situer l'évangélisation durable de l'Auvergne à la génération des évêques aquitains présents au concile d'Arles en 314. Les deux lectures coexistent : la tradition liturgique retient le IIIe siècle, la critique historique penche pour le début du IVe.[9][10]

Nous conservons ici les deux degrés de certitude, sans trancher : la mission d'Austremoine est ancienne (IIIe ou début du IVe siècle), son siège à Clermont est la tradition reçue, mais la date précise et le lien avec la persécution de Dèce ne sont pas historiquement démontrés.

Mission en Auvergne et martyre

Selon la tradition, Austremoine prêche en Auvergne, établit la communauté chrétienne de Clermont (Augustonemetum) et porte l'Évangile dans les campagnes environnantes. Les textes tardifs lui attribuent des fondations, des guérisons et des conversions ; ces récits appartiennent à la légende hagiographique et n'ont pas de confirmation documentaire.[11][12]

La tradition lui attribue un martyre par décapitation. Le lieu et la date ne sont pas déterminés avec certitude : les textes divergent, et aucun document contemporain ne permet de les fixer. Nous ne reprenons aucun détail du martyre au-delà de ce constat.[13][14]

Les légendes tardives

Des textes beaucoup plus tardifs présentent Austremoine comme un disciple du Christ, ou comme un Juif d'Emmaüs converti. Ces traditions sont légendaires : elles ne reposent sur aucun témoin ancien et sont incompatibles avec la chronologie la plus courte même de la mission (IIIe siècle). Elles témoignent de la dévotion locale, pas de l'histoire.[15]

Le nom véritable du saint serait Stremonius. La forme « Austremoine » (Austremonius) s'est imposée dans la tradition liturgique française ; elle est jugée « traditionnelle, mais inexacte » par les historiens.[16]

Tombeau, reliques et translations

Le tombeau d'Austremoine est d'abord placé à Issoire, où une église lui est consacrée. Les reliques sont ensuite translatées à l'abbaye de Mozac, près de Riom, qui devient le principal sanctuaire. La tête reste à Issoire, dans l'église qui porte son nom.[17][18]

Les dates de translation (761, 764, 848 selon les textes) sont incertaines et les sources ne concordent pas. Nous les signalons comme traditionnelles sans les présenter comme établies.[19]

Scène du martyre de saint Austremoine, église Saint-Austremoine d'Issoire (Puy-de-Dôme). Photo Wikimedia Commons.

L'église Saint-Austremoine d'Issoire, avec ses chapiteaux et ses scènes hagiographiques, est un des monuments majeurs de l'art roman auvergnat. Elle conserve la mémoire du martyr et constitue le principal lieu de pèlerinage avec Mozac.[20]

Fête et culte

Saint Austremoine est fêté le 1er novembre, date retenue dans le calendrier des saints du jour. Le diocèse de Saint-Flour le fête le 8 novembre. Son culte est ancien en Auvergne ; il est le patron de plusieurs paroisses et localités de la région.[21]

L'iconographie le représente le plus souvent en évêque (mitre, crosse), parfois avec l'attribut du martyre (palme, glaive). Des vitraux le montrent dans plusieurs églises d'Auvergne, notamment à Sermentizon et dans la Sainte-Chapelle de Vic-le-Comte. L'église d'Issoire lui consacre des chapiteaux et des scènes de sa vie.[22]

Note sur les sources

Les sources anciennes sont Grégoire de Tours, Histoire des Francs I, 30 et À la Gloire des Confesseurs ch. 30 (VIe siècle). Les Bollandistes ont publié la vie et les leçons dans les Acta Sanctorum, Novembris t. I (1887). L'étude de référence moderne est celle de Gabriel Fournier (1979, p. 417-471), qui replace l'évangélisation de l'Auvergne dans le contexte des évêchés aquitains du IVe siècle.[23][24][25][26]

Ce que l'on ne peut pas affirmer avec certitude : les dates de naissance et de mort, le lieu et la date du martyre, la date des translations de reliques, et les circonstances détaillées de la mission. Les traditions qui font d'Austremoine un disciple du Christ relèvent de la légende. Nous n'avons ajouté aucun détail au dossier : ni discours inventé, ni prodige rapporté au-delà de ce que les sources citent.

Pour aller plus loin

  • Saint Gatien de Tours : un des sept évêques de la tradition grégorienne.
  • Saint Martial de Limoges : autre évêque des Gaules de la même tradition.
  • Saint Remi de Reims : figure centrale de l'Église des Gaules à la charnière de l'Antiquité et du haut Moyen Âge.

Notes et références

  1. Grégoire de Tours, Histoire des Francs (Historia Francorum), livre I, chapitre 30, VIe siècle. Source de la tradition des sept évêques envoyés vers les Gaules sous le pape Fabien et l'empereur Dèce (vers 250) : Gatien à Tours, Trophime à Arles, Paul à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Denis à Paris, Martial à Limoges, Austremoine à Clermont.

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  2. Grégoire de Tours, À la Gloire des Confesseurs (Liber in gloria confessorum), chapitre 30, VIe siècle. Récits de guérisons et de délivrances autour du tombeau d'Austremoine, témoignage de la dévotion locale au VIe siècle.

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  3. Wikipédia (FR), « Austremoine de Clermont » : fr.wikipedia.org. Notice : Stremonius/Austremonius ; Grégoire de Tours Histoire des Francs I.30 ; premier évêque de Clermont ; martyre par décapitation selon la tradition ; tombeau à Issoire puis Mozac ; fête 1er novembre (8 novembre à Saint-Flour) ; nom « traditionnel, mais inexact » ; traditions tardives (disciple du Christ, Juif d'Emmaüs) légendaires ; datation plausible contemporaine des évêques aquitains au concile d'Arles 314 (Fournier 1979) ; Acta Sanctorum novembris t. I 1887.

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  4. Bollandistes, Acta Sanctorum, Novembris t. I (1887) : vie de saint Austremoine, leçons, discussion des sources et des dates.

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  5. Gabriel Fournier, « L'évangélisation de l'Auvergne », Bulletin historique des diocèses d'Auvergne (BHSA), 1979, p. 417-471. Étude de référence : datation de l'évangélisation de l'Auvergne à la génération des évêques aquitains présents au concile d'Arles en 314, discussion critique de la tradition grégorienne (sept évêques vers 250).

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