Saint Saturnin de Toulouse (saint Sernin)

Saint Saturnin de Toulouse, dit saint Sernin, est selon la tradition le premier évêque de Toulouse et un martyr du milieu du IIIe siècle. Traîné par un taureau depuis le Capitole, il est l'un des plus anciens témoins de l'Église des Gaules. Fêté le 29 novembre.

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Saint Saturnin de Toulouse, connu aussi sous le nom de saint Sernin (en latin Saturninus, en occitan Sarnin), est selon la tradition le premier évêque de Toulouse et un martyr du milieu du IIIe siècle. Il aurait subi le martyre en étant traîné par un taureau depuis le Capitole de la ville, après avoir refusé de sacrifier aux idoles.[1][2][3]

Sa mémoire est l'une des plus anciennes de l'Église des Gaules. Le récit de sa mort nous est parvenu par la Passio sancti Saturnini, composée « pour l'essentiel dans le premier quart du Ve siècle », soit environ cent cinquante ans après les faits, et par Grégoire de Tours (VIe siècle), qui le place au premier rang des sept évêques envoyés dans les Gaules.[4][5][6] Il est fêté le 29 novembre.

Les sources anciennes

La Passio sancti Saturnini

Le document narratif principal est la Passio sancti Saturnini. Selon Quitterie et Daniel Cazes, spécialistes de la basilique Saint-Sernin, ce texte a été composé « pour l'essentiel dans le premier quart du Ve siècle ».[7] Il compte parmi les plus anciens documents de l'Église gauloise qui nous soient parvenus.

La passion raconte le martyre de l'évêque de Toulouse sous la persécution de Dèce (249-251). Les prêtres païens de la ville attribuent au silence de leurs oracles la présence de l'évêque chrétien ; ils exigent de lui qu'il sacrifie un taureau. Sur son refus, il est lié par les pieds à l'animal, qui le traîne depuis les marches du Capitole. Sa tête se brise sur la pierre. Le corps est recueilli par des femmes chrétiennes, les saintes Puelles, et enseveli dans un coffre de bois, dans une fosse profonde.[8][9]

Grégoire de Tours

Grégoire de Tours (538-594) est le second témoin majeur. Dans l'Historia Francorum (rédigée entre 573 et 594), il rapporte que sous le règne de l'empereur Dèce, sept évêques furent envoyés vers les Gaules : Gatien à Tours, Trophime à Arles, Paul à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Denis à Paris, Strémon en Auvergne et Martial à Limoges. Il ajoute que « la ville de Toulouse eut pour premier et plus grand évêque, saint Saturnin ».[10]

Dans le De gloria martyrum n. 47, Grégoire précise que Saturnin aurait été ordonné par des disciples des apôtres, puis envoyé à Toulouse, où il fut lié aux pieds d'un taureau et précipité depuis le Capitole.[11]

Grégoire résume ainsi le rang de Saturnin à Toulouse :

« La ville de Toulouse eut pour premier et plus grand évêque saint Saturnin. »[12]

Une historicité partielle

Le fait du martyre d'un évêque nommé Saturnin à Toulouse au IIIe siècle est ancien et solidement attesté : le tombeau a été véré très tôt, le culte s'est développé autour de lui, et deux auteurs du VIe siècle le mentionnent indépendamment de la passion. En revanche, les circonstances détaillées (discours devant les païens, dialogue avec les prêtres du temple, intervention des saintes Puelles) appartiennent à la littérature hagiographique du Ve siècle.[13][14]

Plusieurs points restent non vérifiés ou discutés :

  • La date exacte de la mort : vers 250 (sous Dèce) ou vers 257 selon d'autres chronologies.
  • L'envoi de Saturnin par le pape Fabien est signalé comme « réf. nécessaire » dans la notice française.
  • La liste des sept évêques de Grégoire de Tours amalgame des traditions hétérogènes : Alain Tallon et Catherine Vincent notent que la tradition sur Trophime est antérieure à la persécution de Dèce, ce qui invite à la prudence sur la simultanéité de l'envoi.[15]

Mission et martyre à Toulouse

L'arrivée dans une ville païenne

Au milieu du IIIe siècle, Toulouse est une ville romaine importante, dominée par son Capitole, temple de la triade capitoline. La communauté chrétienne y est encore petite. Selon la tradition, Saturnin y exerce la charge épiscopale et prêche l'Évangile.[16][17]

Le récit de la passion place le drame dans le temple même : les prêtres païens constatent que leurs oracles se taisent depuis l'arrivée de l'évêque chrétien. Ils lui imputent ce silence et exigent qu'il apaise les dieux par un sacrifice. Saturnin refuse.[18]

Le martyre

Sur ce refus, il est lié par les pieds à un taureau destiné au sacrifice. L'animal, lâché depuis les marches du Capitole, le traîne dans la descente. La tête de l'évêque se brise sur la pierre : il meurt sur le coup.[19][20][21]

Des femmes chrétiennes, appelées dans la tradition les saintes Puelles (« saintes femmes »), recueillent le corps et lui donnent une sépulture honorable. Elles l'ensevelissent dans un coffre de bois, placé dans une fosse profonde, à l'écart de la ville, pour le soustraire aux profanations.[22][23]

Les toponymes toulousains

Deux noms de rues de Toulouse gardent la mémoire de cette tradition :

  • La rue du Taur (lo Taur, « le Taureau ») et l'église Notre-Dame du Taur, dont la tradition fait le lieu où l'animal s'arrêta.
  • Matabiau : une légende tardive y voyait « Mata-biau » (« tue-le, le bœuf »). Cette étymologie est réfutée : buòu signifie « bœuf » en occitan, et le nom viendrait plutôt des abattoirs médiévaux du quartier.[24]

En 1993, des fouilles sous le parking de la place Esquirol ont permis de localiser l'emplacement du Capitole antique, ce qui donne un cadre topographique crédible au récit du martyre.[25]

Tombeau, basiliques et reliques

Le premier oratoire

Selon la tradition, Hilaire de Poitiers (IVe siècle) fit construire une voûte de briques ou un oratoire sur la tombe de Saturnin. L'identification de cet oratoire avec l'église Notre-Dame du Taur est une tradition locale ; les fouilles de 1969-1970 n'y ont pas retrouvé de vestiges paléochrétiens.[26]

La translation de 402

En 402, sous l'épiscopat de Silvius (Silvain), les reliques de saint Saturnin furent transférées depuis la fosse originelle vers une église de la ville. La translation fut achevée sous le successeur de Silvius, Exuperius, qui plaça les reliques dans la basilique qui devint Saint-Sernin.[27][28]

Les restes du martyr furent conservés au croisement, devant l'autel, jusqu'en 1284. La crypte de l'actuelle basilique romane de Saint-Sernin conserve encore aujourd'hui la mémoire de ce tombeau.[29]

La basilique Saint-Sernin

La basilique Saint-Sernin de Toulouse, édifice roman majeur des XIe-XIIe siècles, est bâtie autour du tombeau du martyr. Elle est devenue l'un des grands lieux de pèlerinage des chemins de Compostelle en France. L'édifice actuel est largement postérieur au premier oratoire, mais la continuité du culte est ininterrompue.[30][31]

Le tombeau de saint Saturnin dans la basilique Saint-Sernin de Toulouse. Photo de PierreSelim, 2013, Wikimedia Commons, CC BY 3.0. Image redimensionnée.

En 1998, elle a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France : elle compte parmi les grandes étapes françaises du pèlerinage, reconnaissable à son clocher octogonal qui domine la ville. Bâtie pour l'essentiel entre 1080 et 1120, elle passe pour le plus grand édifice roman conservé d'Europe, célèbre pour l'abondance de sa sculpture romane.[32]

Postérité et mémoire liturgique

Patron de Toulouse

Saint Saturnin est le patron de la ville et du diocèse de Toulouse. Son nom s'est répandu dans toute la France sous des formes multiples : Sernin, Savournin, Sorlin, Cernin, autant de noms de famille et de localités qui perpétuent le souvenir du martyr.[33]

Fête

Il est fêté le 29 novembre : c'est la date retenue par le calendrier liturgique comme par le calendrier des saints du jour.[34][35] Chaque année, le diocèse de Toulouse honore en lui son premier évêque et son patron, et la basilique qui garde son tombeau depuis plus de seize siècles est au coeur de cette mémoire.[36]

Iconographie

L'iconographie le représente le plus souvent :

  • En évêque, avec la mitre et la crosse, conformément à sa charge de premier pasteur de Toulouse.
  • En martyr, lié aux pieds d'un taureau, scène qui reprend le récit de la passion.
  • Parfois entouré des saintes Puelles qui recueillent son corps.

L'enluminure du manuscrit de Vignay (XIVe siècle) conserve une des représentations anciennes du martyre, où l'on voit l'évêque traîné par le taureau.

Ce que l'on peut affirmer, et ce qui reste incertain

Le noyau historique est solide : un évêque nommé Saturnin a vécu à Toulouse au IIIe siècle, il y a subi le martyr, et son tombeau a été véré très tôt. Grégoire de Tours et la Passio en témoignent, et la basilique Saint-Sernin en garde la mémoire depuis plus de mille six cents ans.[37][38][39]

Ce que l'on ne peut pas affirmer avec certitude :

  1. La date exacte de la mort : vers 250 (sous Dèce) ou vers 257.
  2. Les circonstances détaillées du martyre, qui relèvent de la rédaction hagiographique du Ve siècle.
  3. L'envoi par le pape Fabien, signalé comme non vérifié dans la notice française.
  4. La simultanéité de l'envoi des sept évêques de Grégoire de Tours, dont la liste amalgame des traditions d'époques différentes.

Nous n'avons ajouté aucun détail au dossier : ni discours inventé, ni prodige rapporté au-delà de ce que les sources citent.

Pour aller plus loin

  • Saint Martin de Tours : autre grand témoin de l'Église des Gaules, dont la mission s'inscrit dans le même cadre que celle de Saturnin.
  • Saint Remi de Reims : évêque des Gaules à la charnière de l'Antiquité et du haut Moyen Âge.

Notes et références

  1. Passio sancti Saturnini (Passion de saint Saturnin), composée pour l'essentiel dans le premier quart du Ve siècle, selon Quitterie et Daniel Cazes, Saint-Sernin de Toulouse, Odyssée, 2008, p. 15. Source narrative principale : martyre de l'évêque de Toulouse sous Dèce, silence des oracles, refus de sacrifier un taureau, martyre sur les marches du Capitole, sépulture par les saintes Puelles dans un coffre de bois. Un des plus anciens documents de l'Église gauloise.

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  2. Grégoire de Tours, Historia Francorum (Histoire des Francs), livre I, rédigée entre 573 et 594. Envoi de sept évêques vers les Gaules sous Dèce (Gatien, Trophime, Paul, Saturnin, Denis, Strémon, Martial) ; Toulouse eut « pour premier et plus grand évêque, saint Saturnin ».

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  3. Wikipédia (FR), « Saturnin de Toulouse » : fr.wikipedia.org. Notice : premier évêque de Toulouse, martyr vers 250 ou 257, taureau et Capitole, saintes Puelles, translation des reliques en 402 sous Silvius puis Exuperius, basilique Saint-Sernin, rue du Taur, Matabiau (étymologie réfutée), Capitole localisé en 1993, fête le 29 novembre, patron de Toulouse. La mission attribuée au pape Fabien est marquée « réf. nécessaire ».

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  4. Quitterie Cazes et Daniel Cazes, Saint-Sernin de Toulouse, collection Odyssée, 2008, p. 15 : datation de la Passio sancti Saturnini dans le premier quart du Ve siècle. Ouvrage de référence sur la basilique et la tradition de saint Saturnin.

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  5. Grégoire de Tours, De gloria martyrum (À la gloire des martyrs), n. 47, VIe siècle. Saturnin ordonné par des disciples des apôtres, envoyé à Toulouse, lié aux pieds d'un taureau, précipité depuis le Capitole.

    6 11 20
  6. Alain Tallon et Catherine Vincent, Histoire du christianisme en France, Armand Colin, 2014, p. 14 : la liste des sept évêques de Grégoire de Tours amalgame des traditions hétérogènes (Trophisme antérieur à la persécution de Dèce). Invitation à la prudence sur la simultanéité de l'envoi.

    15
  7. Wikipédia (EN), "Saturninus of Toulouse" : en.wikipedia.org. Notice : first bishop of Toulouse, martyr c. 250, dragged by a bull from the Capitol, relics in Saint-Sernin, feast 29 November.

    28 31 35
  8. UNESCO, Centre du patrimoine mondial, « Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France » (bien 868), inscription 1998 : la basilique Saint-Sernin de Toulouse figure parmi les monuments inscrits. Notice : whc.unesco.org. Édifice roman bâti pour l'essentiel entre 1080 et 1120, tenu pour le plus grand édifice roman conservé d'Europe.

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