Saints Lucien et Marcien, martyrs à Nicomédie († v. 250)

Saints Lucien et Marcien, martyrs à Nicomédie vers 250 sous l'empereur Dèce : anciens magiciens et persécuteurs des chrétiens convertis, ils furent brûlés vifs sur l'ordre du proconsul Sabin. Fêtés le 26 octobre.

Ignispedia

Saints Lucien et Marcien sont deux martyrs mis à mort à Nicomédie, en Bithynie, vers 250, sous l'empereur Dèce. Les Actes de leur Passion, conservés par Ruinart, les montrent d'abord magiciens à Nicomédie, convertis après l'échec de leurs sorts contre une vierge chrétienne, puis brûlés vifs sur l'ordre du proconsul Sabin.[1][2] Ils sont fêtés le 26 octobre.[3][4]

Le Martyrologe romain, lui, nomme au 26 octobre « les saints Lucien, Flore et leurs compagnons », sans Marcien.[5] La tradition des Actes, suivie par Butler et par Nominis, retient le couple Lucien et Marcien. Les deux dénominations coexistent dans la mémoire de l'Église ; c'est celle des Actes qui est racontée ici.[6][7]

Des magiciens convertis

Les Actes racontent la conversion sans l'embellir. Lucien et Marcien « étaient si adonnés aux démons qu'ils entraînaient presque toute âme à leur secte sacrilège », souillant tous par la magie et les sortilèges.[8] Voulant obtenir une vierge chrétienne, ils eurent recours à leurs arts ; mais les démons durent avouer leur défaite devant cette âme, qui « conserve intacte sa virginité pour Jésus-Christ ».[9]

À la vue de cet échec, ils se convertirent. Les Actes sont précis sur le geste qui suit : « aussitôt, ils apportèrent leurs codex en public, au milieu de la ville, et les brûlèrent par le feu » ; puis ils confessèrent tout à l'Église, reçurent le baptême, distribuèrent leurs biens aux pauvres et se retirèrent dans la solitude.[10][11]

C'est ce passé qui donne à leur martyre sa couleur propre : ils ne sont pas des fidèles surpris par une rafle, ils sont passés de l'autre côté, du côté de ceux qu'ils faisaient arrêter. La structure rappelle celle d'autres convertis du pouvoir, comme les païens des martyrs de Lyon en 177 ; mais Lucien et Marcien viennent de la magie, ce qui fait du renversement plus complet encore.[12]

Nicomédie sous Dèce : la grande persécution (250-251)

Nicomédie, capitale de la Bithynie et résidence impériale d'Orient, était alors l'une des grandes villes de l'Empire. Ce fut précisément là que la persécution de Dèce fut conduite avec le plus de rigueur : l'empereur y avait établi le centre de son pouvoir en Orient, et c'est à Nicomédie que les premiers martyrs de cette époque furent nombreux à donner leur vie.[13]

En 250, Dèce décrète un sacrifice obligatoire aux dieux de Rome. Les chrétiens qui refusent sont arrêtés, jugés localement et exécutés. La persécution de Dèce est la première qui s'organise comme une mesure d'Empire à l'échelle du monde romain.[14] C'est dans ce cadre que Lucien et Marcien comparaissent devant le proconsul Sabin.[15]

Ruinart, qui publie les Actes d'après deux manuscrits anciens, note que l'année exacte du martyre reste incertaine, tout en confirmant qu'il eut lieu sous la persécution de Dèce.[16] Les martyrologes fixent la date au 26 octobre, veille des calendes de novembre.[17][18]

Le procès devant le proconsul Sabin

Conduits devant Sabin, les deux frères répondent sans se renier. À la question « qui es-tu ? », Marcien répond : « Ingénu, et adorateur des sacrements de Dieu ».[19] Quand le juge leur demande leur origine, Lucien dit : « Jadis persécuteur de la vénérable Loi, maintenant, quoique indigne, j'en suis pourtant le prédicateur. »[20]

La réponse centrale est celle de Marcien, que Lucien reprend ensuite à son compte : « La gloire des chrétiens est celle-ci : être privés de cette vie que tu crois la vraie, et parvenir, persévérant jusqu'à la fin, à la vie vraie et perpétuelle. »[21] Et plus loin : « En quoi nous sommes prêts, à ce que tu voudras nous infliger de tourments, plutôt que, reniant le Dieu vivant et vrai, nous entrions dans les ténèbres extérieures et le feu inextinguible. »[22]

La notice Nominis résume ce dialogue par la phrase « Je suis un homme libre puisque c'est la gloire des chrétiens que de gagner la vraie vie ». C'est une paraphrase de dévotion, qui fond en une seule réplique le mot d'origine de Marcien (« ingénu ») et la promesse de la vie vraie ; elle n'est pas verbatim dans les Actes.[23][24]

Le martyre : brûlés vifs

Sabin les condamne à être brûlés vifs. Conduits au lieu du supplice, « comme d'une seule bouche » ils rendent grâce à Dieu, achèvent leur prière, et les exécuteurs mettent le feu : « ainsi les vénérables martyrs, achevant leur combat, eurent part à la passion du Seigneur. »[25] Le colophon des Actes les date de la veille des calendes de novembre, sous l'empereur Dèce et le proconsul Sabin.[26]

Le mot martyr en grec signifie témoin. Leur témoignage est double : ils ont vu l'Église de l'extérieur, du côté de ceux qui la persécutaient, et ils ont su dire oui à la foi de ceux qu'ils faisaient mourir.

Fête, mémoire et iconographie

Leur fête est le 26 octobre. Elle est portée par les martyrologes latins et par la tradition des Actes ; la notice Nominis la qualifie de fête locale.[27][28] Le Martyrologe romain, on l'a dit, nomme Lucien, Flore et leurs compagnons : la dissonance entre ce libellé et le couple des Actes n'est pas tranchée par les sources primaires elles-mêmes.[29]

Leur culte le plus vivant est catalan. À Vic, en Catalogne, ils sont patrons de la ville : dès 1224, le chapitre de la cathédrale institue un office de neuf leçons pour leur fête, et un texte de 1226 parle de la « palme du martyre » qu'ils y ont reçue.[30] Les martyrologes de Vic antérieurs au XIIIᵉ siècle ne les plaçaient pas encore à Nicomédie ; la tradition locale a longtemps revendiqué Vic comme lieu du martyre.[31]

Vitrail des saints martyrs Lucien et Marcien, église de la Pietat de Vic (Catalogne).

Leur iconographie est rare hors de Catalogne. On les représente ensemble, deux figures de même taille, parfois au moment du supplice, plus souvent dans la paix des martyrs. Un retable du XVIIIᵉ siècle de Barcelone les montre côte à côte ; l'église de la Pietat de Vic leur a consacré peintures, sculptures et vitraux.[32]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Ruinart, Acta primorum martyrum sincera et selecta, 1713 ; rééd. 1869 (Acta martyrum… opera ac studio collecta, pp. 211-214), d'après les manuscrits de Colbert et de Saint-Maurice-de-Sauve-Majeure. Texte latin des Actes de Lucien et Marcien : conversion des magiciens devant une vierge chrétienne (« Haec vero virginitatem illibatam servat Jesu Christo »), brûlage public de leurs codex (« Sic statim codices suos publice in media deferentes civitate igni combusserunt »), baptême, retraite, arrestation sous Dèce, dialogue avec le proconsul Sabin (« Ingenuus et cultor Sacramentorum Dei » ; « Christianorum gloria haec est, ut hac, quam putas vitam, carentes, veram et perpetuam, perseverantes in finem consequamur »), condamnation au feu (« flammis exuri praecipio »), colophon (« Passi sunt autem beatissimi Martyres Lucianus et Marcianus VII. Kalendas Novembris, sub Decio Imperatore, et Sabino Proconsule »). Ruinart note que l'année exacte du martyre est inconnue, et que le couple est distinct du Marcien chantre de Constantinople.

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  2. Butler, Lives of the Saints, vol. 10 (octobre), p. 637-638. Notice qui suit les Actes de Ruinart et que Nominis résume : magiciens convertis après l'échec de leurs sorts contre une vierge chrétienne ; livres magiques brûlés au milieu de la ville ; baptême ; distribution des biens aux pauvres ; retraite ; arrestation sous les édits de Dèce en Bithynie en 250 ; dialogue avec le proconsul Sabin ; mort au bûcher ; honneur dans les martyrologes au 26 octobre. Butler cite les Actes de Surius, Ruinart, Tillemont et Assemani.

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  3. Bollandistes, Acta Sanctorum, Octobris t. XI, pp. 22-23 et 85. Décret du chapitre de Vic de 1224 : « Item fiat ix lectionum SS. Luciani et Marciani martyrum. Et celebretur eorum festivitas in tertia die post festum sancti Bernardi, episcopi Vicensis. » Texte de 1226 : « de 26 octobris, natali sanctorum martirum Luciani et Marciani, qui in civitate praedieta fuerunt palma martirii coronati. » Les martyrologes de Vic antérieurs au XIIIᵉ siècle ne les plaçaient ni à Nicomédie ni en Afrique. AASS oct. t. X signale un codex usuardin qui les place à tort un autre jour ; le t. IX (article principal du 26 octobre) n'a pas pu être consulté.

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  4. Martyrologe romain, au 26 octobre (éditions 1749, 1873/1878, 1848, 1902) : latin « Nicomedia sanctorum martyrum Luciani, Flori, & sociorum » ; français « A Nicomédie, les saints Lucien, Flore, et leurs compagnons, martyrs ». Le libellé nomme Flore, non Marcien. La tradition des Actes et de Butler retient le couple Lucien et Marcien. Baronius identifiait les deux ; le lien exact entre Flore et Marcien n'est pas tranché. L'édition moderne (2004) n'a pas pu être vérifiée en texte intégral.

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  5. Sur les conversions au moment même des tourments dans les martyrs de Lyon de 177, voir l'article Ignispedia Les martyrs de Lyon en 177.

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  6. Nominis, Conférence des évêques de France, notice « Saints Lucien et Marcien » : nominis.cef.fr. Résumé de dévotion des Actes : magiciens et persécuteurs convertis ; la phrase « Je suis un homme libre puisque c'est la gloire des chrétiens que de gagner la vraie vie » est une paraphrase, non une citation verbatim des Actes ; martyrologe romain cité en note ; dates de fête : 26 octobre, fête locale.

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  7. Sur la persécution de Dèce (249-251) : première mesure d'Empire organisée contre les chrétiens, avec sacrifice obligatoire et certificat de sacrifice. La Passio elle-même date le martyre de cette persécution (« persecutiones Christianorum fuerant datae a Decio Imperatore »). Ruinart note que l'année exacte reste incertaine (« quo tamen id anno contigerit, incompertum nobis est ») ; Butler fixe 250 ; Assemani place le début de la persécution en 249. Nicomédie, métropole de Bithynie, est alors une des résidences impériales d'Orient.

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  8. Images Wikimedia Commons : retable du XVIIIᵉ siècle de l'église Saint-Séverin de Barcelone représentant les saints Lucien et Marcien (photographie Bocachete, domaine public) ; vitrail des saints martyrs de l'église de la Pietat de Vic (photographie Enric, CC BY-SA 4.0). Les deux sources iconographiques sont distinctes ; aucune image n'est utilisée deux fois. Autres sources catalanes : statue-reliquaire double, urne-reliquaire, peinture et sculpture de Carles Morató (église de la Pietat de Vic).

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