Saints Chrysanthe et sainte Darie (martyrs vers 283 à Rome) sont un couple chrétien du IIIᵉ siècle, fêtés le 25 octobre en Occident et le 19 mars en Orient. Chrysanthe, fils d'un patricien égyptien converti par la lecture des Actes des Apôtres, épouse Darie, une jeune Romaine élevée dans le culte païen. Tous deux se convertissent, choisissent de vivre dans la continence et gagnent de nombreuses âmes à la foi. Arrêtés, torturés, puis enterrés vivants près de la Via Salaria, ils sont vénérés comme martyrs.[1][2][3][4]
Les Actes qui racontent leur martyre datent du Vᵉ siècle et sont jugés, sur le plan historique, d'une valeur faible par les savants. Mais leurs noms figurent dans le Martyrologe hiéronymien, le plus ancien témoin de la mémoire des saints, et l'Église a honoré leur culte sans interruption. Une étude de 2011 sur des restes attribués aux martyrs confirme la présence d'un jeune homme et d'une jeune femme d'époque romaine.[5][6][7]
« Sans valeur historique. » — Johann Peter Kirsch, Catholic Encyclopedia, 1908, sur les Actes grecs et latins du Vᵉ siècle[8]
Un patricien d'Alexandrie converti par les Actes
Chrysanthe est le fils unique d'un patricien égyptien nommé Polemius (ou Poleon), originaire d'Alexandrie. Sous le règne de l'empereur Numérien, la famille s'installe à Rome, où le jeune homme reçoit une éducation romaine classique.[9][10]
Déçu par les désordres de la cité, Chrysanthe s'intéresse aux livres chrétiens. La tradition rapporte que la lecture des Actes des Apôtres le convainc de la vérité de l'Évangile. Son père, pour le détourner de cette conversion, lui fait épouser Darie, une jeune Romaine élevée dans le culte de Minerve (présentée ailleurs comme une vestale). L'entreprise échoue : Chrysanthe convertit son épouse.[11][12]
Tous deux sont baptisés et formés par le prêtre Carpophore. Ils conviennent alors de vivre ensemble dans la continence, comme frère et sœur, et se consacrent à la conversion des Romains. Plusieurs des leurs les suivent dans la foi nouvelle.[13][14]
Un mariage converti en témoignage
Leur manière de vivre déconcerte et attire. Des jeunes gens et des femmes de Rome se joignent à eux. L'autorité romaine y voit une menace pour l'ordre public. Le tribun Claude fait arrêter Chrysanthe. Frappé par la constance du jeune homme, il se convertit avec son épouse Hilarie, ses fils Maurice et Jason, et soixante-dix soldats.[15]
La répression ne tarde pas. Claude est noyé, ses fils décapités, sa femme pendue. Chrysanthe est soumis à de nouveaux tourments. Darie, de son côté, est contrainte de vivre dans un lieu de débauche : la loi interdit de mettre à mort une vierge, et l'on espère la briser par l'opprobre. La tradition raconte qu'une lionne veille sur elle et la protège de toute atteinte.[16][17]
Le martyre près de la Via Salaria
Conduits devant l'empereur Numérien, les deux époux refusent de sacrifier. Leurs juges hésitent sur la peine : lapidation, décapitation, ou enterrement vivant. Les Actes et les Bollandistes retiennent la dernière solution, qui correspond au châtiment infligé aux vestales convaincues d'impudicité. Chrysanthe et Darie sont donc enterrés vivants dans un puits de sable près de la Via Salaria Nova, aux catacombes de Rome, vers 283.[18][19][20]
Les Actes ajoutent qu'à l'anniversaire de leur mort, des persécuteurs scellèrent le crypte de pierres et ensevelirent vivants des chrétiens venus prier, dont le prêtre Diodore et le diacre Marian. Ces détails appartiennent à la couche légendaire du récit.[21]
Fête, reliques et études
Les noms de Chrysanthe et Darie figurent dans le Martyrologe hiéronymien. Une église est bâtie sur leur tombe présumée à Rome. Leur culte se répand en Occident, où ils sont fêtés le 25 octobre, et en Orient, où leur mémoire est fixée au 19 mars.[22][23][24]
Plusieurs lieux revendiquent leurs reliques. À Bad Münstereifel, en Allemagne, une église leur est dédiée ; les reliques y seraient parvenues au IXᵉ siècle via l'abbaye de Prüm. À Beaulieu-lès-Loches, en France, le comte Foulques Nerra aurait reçu les corps du pape Serge IV en 1011, au retour d'un pèlerinage à Jérusalem, et les aurait donnés à son monastère. La cathédrale de Reggio d'Émilie, en Italie, conserve également des restes qui leur sont attribués.[25]
En 2011, une équipe de paléopathologie dirigée par Ezio Fulcheri, de l'Université de Gênes, examine des restes attribués aux martyrs. L'analyse met en évidence un homme de 17 à 18 ans et une femme de 20 à 25 ans, datés au radiocarbone entre 80 et 340 après Jésus-Christ. Les os portent une teneur élevée en plomb, signe d'un milieu aisé ; aucune trace de violence ni de maladie n'apparaît, et la mort reste compatible avec une asphyxie, ce qui concorde avec l'enterrement vivant.[26]
Ces résultats n'apportent pas une preuve décisive d'identité, mais ils rendent la tradition plausible : un jeune couple romain du IIIᵉ siècle a bien pu être mis à mort et enterré ensemble. L'Église, elle, les honore depuis des siècles comme des martyrs du Christ.
Pour aller plus loin
- Saint Sébastien (mort vers 300) : autre grand martyr de Rome, fêté le 20 janvier.
- Sainte Agnès (martyre) : vierge et martyre de Rome, dont la tradition est elle aussi liée aux catacombes.
- Les martyrs de Lyon en 177 : le récit d'un autre groupe de martyrs, cette fois dans les Gaules.
- Saint Étienne, premier martyr : le modèle du témoin qui meurt pour avoir confessé le Christ.
Notes et références
Wikipédia (FR), « Chrysanthus et Daria » / « Chrysanthe et Darie » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique : couple de martyrs du IIIᵉ siècle, fils du patricien Polemius ; Darie prêtresse de Minerve ou vestale ; mariage et continence ; baptême par Carpophore ; martyre sous Numérien ; fête du 25 octobre en Occident et du 19 mars en Orient.
1 11 16Wikipédia (EN), "Chrysanthus and Daria" : en.wikipedia.org. Notice de référence : patricien égyptien Polemius, déménagement d'Alexandrie à Rome sous Numérien ; lecture des Actes des Apôtres ; mariage arrangé puis conversion de Darie ; prêtre Carpophore ; tribun Claude, Hilarie, Maurice, Jason et soixante-dix soldats convertis puis exécutés ; lionne protectrice de Darie ; enterrement vivant dans un puits de sable près de la Via Salaria Nova vers 283 ; Martyrologe hiéronymien ; Actes du Vᵉ siècle jugés sans valeur historique par Kirsch ; reliques à Bad Münstereifel, Beaulieu-lès-Loches (Foulques Nerra, 1011, pape Serge IV) et Reggio d'Émilie ; étude de 2011 (Ezio Fulcheri).
2 6 9 12 13 15 17 18 21 22 25Catholic Encyclopedia, "Sts. Chrysanthus and Daria" (Johann Peter Kirsch, 1908) : les Actes grecs et latins du Vᵉ siècle sont jugés « sans valeur historique » (« without historical value ») ; les noms des martyrs figurent néanmoins dans le Martyrologe hiéronymien ; une église fut bâtie sur leur tombe présumée à Rome.
3 5 8 10 14 23Église orthodoxe en Amérique, notice des saints Chrysanthus et Daria : présentation de Darie comme prêtresse de Minerve ; fête orientale du 19 mars.
4Ezio Fulcheri (Université de Gênes) et al., étude paléopathologique de 2011, rapportée notamment par National Geographic : restes d'un homme de 17 à 18 ans et d'une femme de 20 à 25 ans ; datation au radiocarbone entre 80 et 340 après Jésus-Christ ; teneur élevée en plomb (milieu aisé) ; aucune trace de violence ni de maladie ; mort compatible avec une asphyxie.
7 26Paul Guérin, « Saints Chrysanthe et Darie », Les Petits Bollandistes : Vies des saints, t. 12 (1882) : récit du martyre, dont la mise à mort par enterrement vivant, peine réservée aux vestales convaincues d'impudicité.
19Bollandistes, Acta Sanctorum, octobre, t. 10 (25 octobre) : dossier hagiographique des saints Chrysanthus et Daria, avec les Actes grecs et latins et le développement de leur culte.
20Martyrologe hiéronymien (Ve siècle) : plus ancien témoin écrit de la mémoire des saints d'Occident ; les noms de Chrysanthus et Daria y figurent.
24