Sainte Philippine Duchesne (1769-1852)

Sainte Philippine Duchesne, religieuse du Sacré-Cœur née à Grenoble le 29 août 1769, fonda des écoles en Louisiane et au Missouri et passa une année chez les Potawatomis, qui l'appelèrent « la femme qui prie toujours ». Elle mourut à Saint-Charles le 18 novembre 1852.

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Sainte Rose Philippine Duchesne (1769-1852) est une religieuse française du Sacré-Cœur, missionnaire aux États-Unis. Née à Grenoble le 29 août 1769, elle entre chez les Visitandines de Sainte-Marie-d'en-Haut, traverse la Révolution, puis rejoint en 1804 l'Institut du Sacré-Cœur de Madeleine-Sophie Barat. Partie de France en 1818, elle fonde des maisons d'éducation à Saint-Charles (Missouri), Florissant et Grand Coteau (Louisiane), puis passe une année chez les Potawatomis déportés. Elle meurt à Saint-Charles le 18 novembre 1852. Béatifiée par Pie XII le 12 mai 1940, elle est canonisée par Jean-Paul II le 3 juillet 1988. Le Martyrologe romain la célèbre comme « vierge, religieuse du Sacré-Cœur de Jésus, qui constitua une communauté religieuse pendant la Révolution et fonda de nombreuses écoles en Amérique ».[1][2][3]

Une Grenobloise sous la Révolution

Rose Philippine naît le 29 août 1769 à Grenoble, dans une famille « implantée à Romans et à Grane ». Son père, Pierre-François Duchesne, est avocat ; sa mère, Rose-Euphrosine Périer, est la sœur de l'industriel Claude Périer. Philippine est la deuxième de sept filles.[4][5]

En 1781, à douze ans, elle est placée au monastère de Sainte-Marie-d'en-Haut, tenu par la Visitation. Son père la retire l'année suivante, puis, à dix-neuf ans, elle obtient d'entrer définitivement en 1788. En 1791, la Révolution disperse la congrégation et transforme le monastère en prison et en caserne. Philippine demeure à Grenoble : elle soigne les prisonniers, nourrit et instruit les enfants, au péril de sa vie.[6][7]

C'est à Grane qu'elle « consolide sa vocation ». Pendant la Terreur, elle fonde une petite communauté qui rend visite aux prisonniers et aux pauvres. En 1801, les Visitandines reprennent Sainte-Marie-d'en-Haut ; Philippine y est nommée supérieure.[8][9]

La Société du Sacré-Cœur et le départ pour l'Amérique

En 1804, Madeleine-Sophie Barat se rend à Grenoble et propose de rattacher la petite Visitation à l'Institut du Sacré-Cœur, fondé en 1800. Philippine accepte ; elle prononce ses premiers vœux en 1805 à Sainte-Marie-d'en-Haut. Une amitié spirituelle durable la lie à la fondatrice. En 1815, à la demande de Barat, elle fonde le couvent du Sacré-Cœur à Paris et y est maîtresse des novices.[10][11]

Le 21 mars 1818, elle quitte Bordeaux à bord du Rebecca avec quatre religieuses (Eugénie Audé, Octavie Berthold, Catherine Lamarre et Marguerite Manteau), à l'invitation de Mgr Louis DuBourg, évêque de Louisiane, passé en France l'année précédente pour recruter des religieuses. Après dix semaines de mer (escale refusée à La Havane, rencontre avec un corsaire argentin qui laisse passer le navire), elles arrivent à La Nouvelle-Orléans le 29 mai 1818, fête du Sacré-Cœur, puis remontent le Mississippi jusqu'à Saint-Louis.[12][13][14][15]

Fondations en Louisiane et au Missouri

En septembre 1818, la communauté s'établit à Saint-Charles (Missouri), le village que DuBourg appelait « le plus reculé des États-Unis ». Le 14 septembre, elle y ouvre la première école du Sacré-Cœur hors d'Europe : un pensionnat et, à côté, une école gratuite pour les filles pauvres, première école gratuite à l'ouest du Mississippi et première école catholique du futur archidiocèse de Saint-Louis. L'enseignement s'y donne en français.[16][17][18]

Les fondations s'enchaînent : Florissant (1819, école, puis premier noviciat en 1820), Grand Coteau en Louisiane (1821, couvent et noviciat, transféré ensuite à Convent), Saint-Michel (1826), un orphelinat à Saint-Louis (1827). En 1828, six maisons du Sacré-Cœur fonctionnent aux États-Unis.[19][20][21]

Nominis note qu'elle fonde « une école où élèves noirs, blancs et métis étudient ensemble en plein Sud esclavagiste ». Dans le même temps, la Société elle-même participe à ce système : dès 1818 et jusqu'à la fin de la guerre de Sécession, les religieuses du Sacré-Cœur achètent, vendent et maintiennent en servitude plus d'une centaine d'hommes, de femmes et d'enfants en Louisiane, au Missouri et au Kansas, dont le travail forcé construit et entretient leurs écoles. L'Institut le reconnaît aujourd'hui comme une part honteuse de son histoire et conduit un travail de vérité et de réparation.[22][23][24]

Son « tempérament fort », selon Nominis, lui fait perdre la charge de supérieure. Elle continue néanmoins son œuvre d'éducation et de fondation.[25]

L'année chez les Potawatomis

En 1841, à soixante-douze ans, Philippine part avec trois autres religieuses à Sugar Creek (Kansas) pour y ouvrir une école destinée aux filles des Potawatomis que le gouvernement fédéral a déplacés, à l'invitation du jésuite Pierre-Jean De Smet. Trop âgée pour apprendre la langue et trop fragile pour le travail physique, elle passe l'essentiel de ses journées en prière : les Potawatomis l'appellent « la femme qui prie toujours » (Quahkahkanumad). Les archives de l'Institut rapportent que De Smet voyait en elle « la plus grande sainte du Missouri ».[26][27][28][29]

Le sanctuaire de Saint Philippine Duchesne, à Saint-Charles (Missouri), conserve ses restes. Photo Warren LeMay, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

Elle n'y vit qu'une année. La santé la contraint de revenir à Saint-Charles en 1842. Les sources signalent que l'évangélisation auprès des Indiens reste alors très limitée ; Philippine elle-même mesure l'écart entre l'espérance missionnaire et le résultat visible.[30][31]

Dernières années, mort et reconnaissance

Les dix dernières années s'écoulent au couvent de Saint-Charles, dans une petite chambre sous l'escalier, près de la chapelle. Philippine s'affaiblit, perd la vue. Elle écrit dans la solitude : « I live now in solitude and am able to use my time reflecting on the past and preparing for death. » (« Je vis maintenant dans la solitude et je peux user mon temps à réfléchir sur le passé et à me préparer à la mort. »)[32]

Niche funéraire de Philippine Duchesne au sanctuaire de Saint-Charles (Missouri). Photo Bocachete, Wikimedia Commons, domaine public.

Elle meurt à Saint-Charles le 18 novembre 1852, à l'âge de 83 ans (47 ans de vie religieuse, 34 ans d'Amérique). Elle est d'abord inhumée au cimetière du couvent ; un premier petit sanctuaire est élevé en 1855 ; ses restes sont placés dans le sanctuaire actuel le 13 juin 1952.[33][34][35]

Du procès à la canonisation

La cause est introduite en 1895. Déclarée vénérable, elle est béatifiée le 12 mai 1940 à Rome par Pie XII, puis canonisée le 3 juillet 1988 par le pape Jean-Paul II, en même temps que saint Simón de Rojas. Dans son homélie, Jean-Paul II la montre « poussée de façon irrésistible vers les enfants pauvres et les familles indigentes » par son amour de l'Eucharistie, et salue trente-quatre années dépensées à les aider et à les éduquer dans le Middle West, jusqu'à un « fécond essai d'apostolat parmi les Indiens ».[36][37][38][39][40]

« Fidèle à une vision eue dans sa jeunesse, Rose Philippine abandonna la sécurité de sa culture et de sa langue et se mit au service de l'Église du Christ dans le Nouveau Monde. Elle ne pensa pas à ce qu'elle quittait, mais à ceux vers qui elle était envoyée, et surtout à celui qui l'envoyait. » : Jean-Paul II, homélie de canonisation, 3 juillet 1988[41]

« À Saint-Charles du Missouri en 1852, sainte Philippine Duchesne, vierge, religieuse du Sacré-Cœur de Jésus, qui constitua une communauté religieuse pendant la Révolution et fonda de nombreuses écoles en Amérique. » : Martyrologe romain, cité par Nominis[42]

Fête, mémoire et iconographie

Sainte Philippine Duchesne est fêtée le 18 novembre, jour de sa mort, date retenue par le calendrier liturgique comme par le calendrier des saints du jour. Nominis précise « fête locale » ; le prénom Philippine est fêté le même jour.[43]

Le lieu de mémoire principal est le sanctuaire de Saint-Charles (Missouri), dans le Frenchtown Historic District. L'iconographie la représente en religieuse du Sacré-Cœur, parfois en prière devant une tente indienne, ou avec l'attribut de l'éducation (livre, école). Le surnom potawatomi, « la femme qui prie toujours », est devenu la formule la plus citée de sa spiritualité : une mission qui passe par la prière plus que par la parole.[44][45]

Note sur les sources

La vie de Philippine Duchesne est documentée par ses lettres, les chroniques de la Société du Sacré-Cœur, les archives diocésaines américaines et les actes des procès de béatification et de canonisation. Le récit ci-dessus s'appuie sur Nominis, les notices Wikipédia FR/EN, les pages d'histoire de la Société du Sacré-Cœur et l'homélie de canonisation de Jean-Paul II.[46][47][48][49][50]

Pour aller plus loin

  • Madeleine-Sophie Barat (1779-1865) : fondatrice de la Société du Sacré-Cœur, dont Philippine développa la branche américaine.
  • Le Sacré-Cœur de Jésus : spiritualité de l'Institut auquel Philippine appartient.
  • Sainte Kateri Tekakwitha : autre figure de l'Église d'Amérique du Nord, vierge algonquine.
  • Sainte Marguerite-Marie Alacoque : source de la dévotion au Sacré-Cœur dont vit l'Institut.

Notes et références

  1. Nominis (CEF), « Sainte Rose-Philippine Duchesne, Religieuse, missionnaire aux Etats-Unis (+ 1852) » : nominis.cef.fr. Notice consultée le 11 octobre 2026 (calendrier du 18 novembre 2026) : née à Grenoble en 1769 ; Visitation en 1785 ; dispersion de 1791 ; Institut du Sacré-Cœur en 1804 ; départ pour la Louisiane ; école mixte ; Potawatomis ; « la-femme-qui-prie-toujours » ; mort le 18 novembre 1852 à Saint-Charles du Missouri ; béatifiée par Pie XII le 12 mai 1940, canonisée par Jean-Paul II le 3 juillet 1988 ; fête du 18 novembre ; Martyrologe romain cité en bloc.

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  2. Wikipédia (FR), « Rose Philippine Duchesne » : fr.wikipedia.org. Notice : naissance le 29 août 1769 à Grenoble ; premiers vœux en 1805 à Sainte-Marie-d'en-Haut ; départ de Bordeaux le 19 mars 1818 à bord du Rebecca ; arrivée à Saint-Louis fin août 1818 ; fondations de Saint-Charles (1818), Florissant (1819), Grand Coteau (1821), Saint-Michel (1826), orphelinat de Saint-Louis (1827) ; mission potawatomie en 1841 avec l'autorisation du père De Smet ; mort le 18 novembre 1852 ; béatification du 12 mai 1940, canonisation du 3 juillet 1988 ; fête du 18 novembre.

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  3. Wikipédia (EN), "Rose Philippine Duchesne" : en.wikipedia.org. Notice : born 29 August 1769 in Grenoble ; parents Pierre-François Duchesne and Rose-Euphrosine Périer ; Visitation at Sainte-Marie-d'en-Haut ; Revolution years nursing prisoners ; 1804 meeting with Madeleine-Sophie Barat ; 1815 convent in Paris ; 1817 recruitment by Bishop DuBourg ; 1818 voyage on the Rebecca ; foundations at St. Charles, Florissant, Grand Coteau ; Potawatomi mission 1841-1842 (Quahkahkanumad, "Woman Who Prays Always") ; letter "I live now in solitude..." ; death 18 November 1852 at St. Charles ; Venerable 1909 ; beatified 12 May 1940 (Pius XII) ; canonized 3 July 1988 (John Paul II) ; feast 18 November.

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  4. Société du Sacré-Cœur (RSCJ), « Key figures in our history » : rscj.org. Page consultée le 12 octobre 2026 : départ sur le Rebecca le 21 mars 1818, arrivée près de La Nouvelle-Orléans le 29 mai 1818 (fête du Sacré-Cœur) ; première école du Sacré-Cœur hors d'Europe ouverte le 14 septembre 1818 à Saint-Charles, première école gratuite à l'ouest du Mississippi et première école catholique du futur archidiocèse de Saint-Louis ; premier noviciat à Florissant en 1820 ; décision d'impliquer la Société dans l'esclavage avec le soutien de Sophie Barat ; mission de Sugar Creek en 1841 avec trois autres religieuses, école pour les filles potawatomies, surnom « Woman Who Is Always Praying » ; mort le 18 novembre 1852 à 83 ans, après 34 ans en Amérique.

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  5. Société du Sacré-Cœur (RSCJ), « History of Enslavement » : rscj.org. Page consultée le 12 octobre 2026 : depuis Philippine Duchesne (1818) jusqu'à la fin de la guerre de Sécession, les religieuses participent à la violence de l'esclavage en achetant, vendant et maintenant en servitude plus de cent hommes, femmes et enfants en Louisiane, au Missouri et au Kansas ; leur travail exploité construit les bâtiments, fabrique les briques et fait vivre les fondations ; la recherche porte le total à environ cent cinquante personnes réduites en esclavage entre la fondation des premières écoles et 1865.

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  6. Société du Sacré-Cœur (RSCJ), "Key figures in our history" et "Our History" : rscj.org, rscj.org/our-history. Institut : départ du 21 mars 1818 sur le Rebecca ; arrivée à La Nouvelle-Orléans le 29 mai 1818 (fête du Sacré-Cœur) ; fondation de Saint-Charles le 7 septembre 1818 et ouverture de l'école le 14 septembre ; trois sœurs à Sugar Creek en 1841 ; surnom « la femme qui prie toujours » sans graphie indigène ; mort le 18 novembre 1852. L'Institut reconnaît aussi avoir possédé plus de cent personnes réduites en esclavage.

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  7. Jean-Paul II, Homélie pour la canonisation de Simón de Rojas et Rose Philippine Duchesne, Rome, 3 juillet 1988 : vatican.va. Date de canonisation confirmée par le document officiel du Vatican.

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  8. Jean-Paul II, Homélie pour la canonisation de Simón de Rojas et Rose Philippine Duchesne, Rome, 3 juillet 1988 : vatican.va. Texte italien : « Fedele a una visione avuta da giovane, Rose Philippine abbandonò la sicurezza della sua cultura e lingua e si mise a servire la Chiesa di Cristo nel nuovo mondo. Non pensò a quanto lasciava ma a coloro cui era mandata, e soprattutto da chi era mandata. » (« Fidèle à une vision eue dans sa jeunesse, Rose Philippine abandonna la sécurité de sa culture et de sa langue et se mit au service de l'Église du Christ dans le Nouveau Monde. Elle ne pensa pas à ce qu'elle quittait, mais à ceux vers qui elle était envoyée, et surtout à celui qui l'envoyait. ») ; § 7 : « Rose-Philippine Duchesne si sentì spinta in modo irresistibile verso i bambini poveri, le famiglie indigenti. Per aiutarle ed educarli spese generosamente gli ultimi trentaquattro anni della sua vita » (« Rose-Philippine Duchesne se sentit poussée de façon irrésistible vers les enfants pauvres et les familles indigentes. Pour les aider et les éduquer, elle dépensa généreusement les trente-quatre dernières années de sa vie »).

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