Sanctuaire de Chimayó

El Santuario de Chimayó, au Nouveau-Mexique, est une église d'adobe surnommée la « Lourdes de l'Amérique » : fondée vers 1810 par don Bernardo Abeyta autour d'un crucifix d'Esquipulas, elle abrite un puits de terre bénie (tierra bendita) que des centaines de milliers de pèlerins viennent toucher chaque année.

Ignispedia

Au cœur des monts Sangre de Cristo, dans une vallée du nord du Nouveau-Mexique, se dresse une petite église de terre crue que des centaines de milliers de pèlerins viennent toucher chaque année : El Santuario de Chimayó.[1] Surnommée la « Lourdes de l'Amérique », elle n'abrite ni apparition reconnue ni relique célèbre, mais un trou de terre meuble — el pocito — dont la poussière, appelée tierra bendita, est emportée par les fidèles depuis plus de deux siècles dans l'espoir d'une guérison.[2]

Le présent article traite du lieu : la vallée d'El Potrero, la fondation par don Bernardo Abeyta vers 1810, la construction de l'église d'adobe entre 1814 et 1816, son architecture et son art populaire hispanique, le puits de terre sainte, la chapelle voisine du Santo Niño de Atocha, les gardiens successifs et l'extraordinaire pèlerinage de la Semaine sainte.[3] Le culte d'Esquipulas dont il dérive et la spiritualité du Santo Niño sont évoqués pour comprendre le lieu, sans s'y substituer.

Inscrit en 1970 au registre national des lieux historiques des États-Unis et classé National Historic Landmark, Chimayó est aujourd'hui considéré comme le premier centre de pèlerinage catholique du pays.[4] Mais sa renommée tient moins à son statut officiel qu'à une réalité plus humble : une pièce attenante au sanctuaire reste tapissée de béquilles, de cannes et de photographies abandonnées par des malades qui se disent guéris — un témoignage muet que l'Église, elle, ne tranche pas.[5]

El Potrero de Chimayó : un lieu tenu pour saint avant l'église

Une vallée des Sangre de Cristo

Carte schématique, non à l’échelle — Infographie originale Ignispedia créée par IA. Localisation, altitude et superficie d’après les notices NPS et encyclopédiques citées dans l’article.

Le sanctuaire occupe un repli de terrain nommé El Potrero (« le pâturage »), dans le village de Chimayó, au pied des monts Sangre de Cristo, l'extrémité méridionale des Rocheuses.[6] Le village, perché à environ 1 850 mètres d'altitude (6 067 pieds), s'étend à cheval sur les comtés de Rio Arriba et de Santa Fe, à une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale de l'État.[7] On y accède par la NM 76, la pittoresque High Road to Taos, qui longe d'anciennes pistes coloniales espagnoles.[8]

Le site inscrit ne couvre que 6,4 acres (2,6 hectares), à un peu plus d'un kilomètre au nord-ouest du barrage du réservoir de Santa Cruz.[9] C'est un sanctuaire de village, sans esplanade monumentale : sa force tient à son enracinement dans un paysage de hautes vallées agricoles, irriguées depuis l'époque coloniale par le réseau des acequias.

« Tsi-Mayoh » : une terre guérisseuse pour les Pueblos

Bien avant l'arrivée des Espagnols, la vallée était tenue pour sacrée par les Indiens Pueblo de langue tewa. Le toponyme Chimayó dérive du tewa « Tsi-Mayoh », nom de l'une des quatre collines dominant la vallée et considérées comme saintes.[10] La région était fréquentée pour la guérison dès le XIIᵉ siècle au moins : la tradition rapporte l'existence d'anciennes sources chaudes réputées thérapeutiques, dont l'assèchement aurait, par la suite, reporté la dévotion sur la terre du lieu.[11]

Cette antériorité indienne n'est pas un détail folklorique : elle inscrit Chimayó dans une longue continuité où un même sol passe pour porteur de guérison, des Pueblos aux pèlerins catholiques. Lorsque les colons espagnols s'établirent dans la vallée à la fin du XVIIᵉ siècle, ils trouvèrent un lieu déjà chargé de cette réputation.

La rivière Santa Cruz et le nom du lieu

La petite église fut bâtie sur une éminence dominant la rivière Santa Cruz, près de l'endroit où, selon la tradition, le crucifix fondateur fut découvert.[12] El Potrero de Chimayó — « le pâturage de Chimayó » — désigne précisément le terrain d'Abeyta où s'éleva la première chapelle : c'est ce microtoponyme, et non le seul nom du village, qui revient dans les documents anciens.[13]

La fondation : don Bernardo Abeyta et le crucifix d'Esquipulas (1810)

La découverte du Vendredi saint 1810

Chronologie — Infographie originale Ignispedia créée par IA. Fondation, construction, transmission et classement, d’après les sources historiques citées dans l’article. Scènes évocatrices.

L'histoire du lieu commence avec don Bernardo Abeyta, fermier d'El Potrero et membre de la confrérie pénitente locale.[14] Selon le récit transmis, durant la Semaine sainte de 1810, Abeyta aperçut une lumière jaillissant d'un coteau près de la rivière ; creusant le sol de ses mains, il y exhuma un crucifix représentant Nuestro Señor de Esquipulas, le « Christ d'Esquipulas ».[15]

« Pendant la Semaine sainte, Abeyta vit une lumière briller depuis le coteau et déterra le crucifix de ses mains nues. » — Récit traditionnel de la découverte, rapporté par les notices historiques du sanctuaire[16]

La date du Vendredi saint n'est pas indifférente : elle place d'emblée le lieu sous le signe de la Croix et de la Passion, dans la mouvance de la piété pénitente qui marquait alors le Nouveau-Mexique colonial.

Le crucifix qui « voulait demeurer » à Chimayó

La tradition rapporte que le crucifix fut porté en procession à l'église paroissiale de Santa Cruz, à plusieurs kilomètres de là, par le curé Fray Sebastián Álvarez — mais qu'il disparut pour réapparaître dans le trou d'El Potrero. Le prodige se serait répété deux fois encore.[17]

« Comme la même chose se produisit deux fois encore, il devint évident que Notre-Seigneur d'Esquipulas voulait demeurer à El Potrero de Chimayó. » — Notice historique du sanctuaire[18]

Ce motif des retours miraculeux — l'image qui refuse d'être déplacée et désigne elle-même son sanctuaire — est un schéma classique des fondations de lieux saints. Il fonde ici la légitimité du site : ce n'est pas l'homme qui a choisi le lieu, mais le Christ qui l'aurait imposé.

L'héritage guatémaltèque : le Cristo Negro d'Esquipulas

Le vocable du crucifix renvoie à un grand sanctuaire d'Amérique centrale : celui d'Esquipulas, dans l'est du Guatemala, où l'on vénère un Christ noir (El Cristo Negro) sculpté en 1594 par Quirio Cataño et installé l'année suivante.[19] Devenu l'un des plus grands centres de pèlerinage du continent, Esquipulas est associé, lui aussi, à des « terres bénites » : les pèlerins y emportent des tablettes d'argile blanche, les benditos, qu'ils dissolvent dans l'eau ou appliquent sur le corps.[20]

Chimayó apparaît ainsi comme une transplantation septentrionale du culte guatémaltèque : même vocable d'Esquipulas, même crucifix, même usage d'une terre curative. C'est ce lien qui explique pourquoi un village reculé du Nouveau-Mexique partage avec un sanctuaire d'Amérique centrale une pratique aussi singulière que la consommation d'une terre sainte.

Les Penitentes et la première chapelle

Abeyta n'était pas un dévot isolé : il appartenait à la Fraternité pieuse de Notre Père Jésus de Nazareth (Los Hermanos Penitentes), confrérie laïque répandue dans le nord du Nouveau-Mexique, vouée à la pénitence et à la méditation de la Passion.[21] C'est dans ce milieu de piété populaire intense, structuré par les moradas (oratoires de confrérie), que naquit la dévotion de Chimayó. Une première chapelle modeste fut élevée sur le terrain d'Abeyta dès 1810 environ, pour desservir les quelques familles d'El Potrero.[22]

La construction du sanctuaire en adobe (1813-1816)

La pétition de 1813 à l'évêque de Durango

Schéma architectural indicatif — Infographie originale Ignispedia créée par IA. Dimensions et éléments d’architecture d’après la notice El Santuario de Chimayo citée dans l’article. Les œuvres représentées sont des évocations.

L'affluence des pèlerins et les guérisons rapportées rendirent vite la petite chapelle insuffisante. Le 15 novembre 1813, Bernardo Abeyta adressa une pétition demandant l'autorisation de bâtir une église plus grande ; la demande fut transmise, par l'intermédiaire du P. Sebastián Álvarez, au lointain diocèse de Durango, dont dépendait alors le Nouveau-Mexique.[23]

À cette date, le Nouveau-Mexique faisait encore partie de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne : la moindre construction d'église devait recevoir l'aval d'une autorité épiscopale située à plus de mille kilomètres au sud, ce qui explique la procédure administrative dont les archives ont gardé la trace.

L'autorisation du 8 février 1814

La réponse vint le 8 février 1814 : Francisco Fernández Valentín, vicaire général du diocèse de Durango, accorda la permission de construire.[24] La rapidité relative de l'autorisation, en pleine période troublée — les guerres d'indépendance mexicaines venaient de commencer —, témoigne du sérieux avec lequel l'autorité diocésaine prit la demande.

L'église achevée en 1816

La construction de l'église actuelle, en adobe, débuta en 1814 et s'acheva vers 1816, sur l'emplacement même de la première chapelle.[25] C'est ce sanctuaire de 1816, peu modifié dans sa structure, que les pèlerins franchissent encore aujourd'hui : l'un des rares grands lieux saints du monde occidental dont le bâtiment principal n'a jamais été reconstruit en pierre ni agrandi en basilique.

Architecture et art populaire du Santuario

Une église-forteresse d'adobe

Les tours-clochers, en 2017. Photo : NewMexicophotographer1, Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Réduction, sans recadrage.

Le Santuario est une église à nef unique, bâtie en briques de terre crue (adobe) selon la tradition coloniale espagnole du Nouveau-Mexique. Elle mesure environ 18 mètres de long sur 7,3 mètres de large (60 × 24 pieds), avec des murs de plus d'un mètre d'épaisseur qui lui donnent l'allure d'une petite forteresse de terre.[26] La façade est encadrée de deux tours-clochers, une de chaque côté ; les chapeaux pointus qui les coiffent et le toit métallique en pente ne furent ajoutés qu'après 1917, probablement dans les années 1920.[27] L'ensemble est ceint d'un mur d'enceinte percé d'un portail en arc surmonté d'une croix, qui enclôt un petit parvis.

Les portes de Pedro Domínguez et les cinq retables

L'intérieur est l'un des plus beaux ensembles d'art populaire hispanique conservés in situ aux États-Unis. Les portes finement sculptées sont l'œuvre du charpentier du XIXᵉ siècle Pedro Domínguez.[28] La nef est rythmée par cinq retables (reredos) peints, véritables murs d'images saintes qui transforment l'espace en un livre d'images de la dévotion néo-mexicaine.[29]

Les santeros : Molleno et les Aragón

Intérieur du Santuario, 2004. Photo : Marshall Henrie, Wikimedia Commons — domaine public ; sans retouche.

Pour orner son sanctuaire, Abeyta fit appel aux grands santeros — peintres et sculpteurs de saints — de la région. Le retable principal et le crucifix de Nuestro Señor de Esquipulas, haut d'environ 1,80 mètre, sont attribués au santero connu sous le nom de Molleno (actif vers 1800-1850), reconnaissable à ses rouges, jaunes et noirs éclatants ; d'autres retables sont rattachés à José Aragón et à José Rafael Aragón.[30] On distingue, dans cet art, deux genres : les retablos (peintures planes sur panneau de bois) et les bultos (statues en ronde-bosse), parmi lesquels une figure de saint Jacques le Majeur.[31] Cet ensemble fait du Santuario un musée vivant de la statuaire populaire du Nouveau-Mexique, encore au service du culte.

El Pocito : la terre bénie de Chimayó

Le petit puits de la sacristie

El Pocito — Infographie originale Ignispedia créée par IA, évocation du lieu. Usages et estimation annuelle d’après les notes sur la terre bénie de l’article ; aucune efficacité thérapeutique n’est affirmée.

À gauche de l'autel, une petite pièce abrite l'objet le plus singulier du lieu : un trou rond creusé dans le sol, el pocito (« le petit puits »), réputé marquer l'endroit exact où le crucifix fut déterré.[32] C'est de là que les pèlerins prélèvent, à la main, la terre bénie — tierra bendita — qu'ils emportent dans de petits récipients. Le crucifix fondateur, lui, repose désormais sur l'autel principal, au-dessus du retable de Molleno.

Un usage unique : la « géophagie » de pèlerinage

L'usage de cette terre est triple, hérité d'Esquipulas : on la frotte sur les parties malades du corps, on la dissout dans l'eau pour la boire, ou on la garde comme une relique de contact.[33] Cette pratique de géophagie dévotionnelle est si rare qu'un chercheur a pu écrire :

« La coutume de la géophagie liée à un pèlerinage vers un sanctuaire catholique ne se rencontre que dans le village néo-mexicain de Chimayó, qui possède lui aussi un sanctuaire dédié à Notre-Seigneur d'Esquipulas. » — Editorial : Holy matter, étude universitaire sur les terres sacrées[34]

L'Église encadre cette dévotion populaire sans jamais prétendre que la terre serait, par elle-même, un remède : elle est tenue comme un sacramental, un support sensible de la prière et de la confiance en Dieu, non comme une matière magique.

25 à 30 tonnes par an : d'où vient vraiment la terre ?

Le trou ne se vide jamais : il est rempli régulièrement, parfois plus d'une fois par jour, ce qui représente 25 à 30 tonnes de terre par an.[35] La tradition aime à dire que la terre se renouvelle d'elle-même :

« Quelle que soit la quantité de terre prélevée, le trou reste toujours plein. » — Reportage sur le sanctuaire[36]

La réalité, honnêtement reconnue par le sanctuaire lui-même, est plus prosaïque : ce sont les gardiens qui rapportent la terre des coteaux voisins pour combler le puits.[37] Des auteurs sceptiques, comme Joe Nickell et Benjamin Radford, soulignent que cette terre est ordinaire et que les guérisons ne sont pas scientifiquement établies.[38] Cette transparence n'enlève rien à la dévotion : la valeur du pocito n'a jamais reposé sur une prétendue auto-régénération du sol, mais sur la foi des pèlerins et sur le lieu de la découverte qu'il signale.

La chapelle du Santo Niño de Atocha

Severiano Medina et l'Enfant d'Atocha

La façade du Santo Niño. Photo : osseous, Wikimedia Commons — CC BY 2.0. Réduction, sans recadrage.

À quelques centaines de mètres du Santuario se trouve une seconde chapelle, dédiée au Santo Niño de Atocha (l'Enfant Jésus d'Atocha). Elle fut bâtie vers 1856-1857 par Severiano Medina : tombé gravement malade, celui-ci aurait été guéri après avoir prié le Santo Niño, puis serait allé en pèlerinage au sanctuaire mexicain de Fresnillo avant d'élever, à son retour, sa propre chapelle à Chimayó.[39] L'Enfant d'Atocha est le patron des voyageurs, des prisonniers, des mineurs et des abandonnés.

Les petites chaussures usées

La dévotion locale rapporte que la statue de l'Enfant Jésus marche la nuit pour secourir les nécessiteux, usant ainsi ses chaussures. C'est pourquoi les pèlerins déposent dans la chapelle d'innombrables chaussons et petites chaussures d'enfant en ex-voto — chaussures qui sont ensuite distribuées aux pauvres.[40] Ce détail touchant fait de la chapelle du Santo Niño un complément populaire au Santuario, particulièrement cher aux familles et aux malades qui prient pour leurs enfants.

Une chapelle entrée dans l'archidiocèse en 1992

Longtemps restée propriété de la famille Medina, la chapelle du Santo Niño fut vendue à l'archidiocèse de Santa Fe en 1992 et rattachée à la paroisse Holy Family de Chimayó.[41] Les deux sanctuaires forment désormais un même ensemble de pèlerinage, sous une même administration ecclésiale.

Les gardiens du lieu : du don de 1929 aux Fils de la Sainte Famille

Le sauvetage de 1929

Les gardiens du sanctuaire — Infographie originale Ignispedia créée par IA. Repères du don de 1929 et de l’arrivée de Casimiro Roca en 1959, d’après les sources de l’article ; personnages évocateurs.

Pendant plus d'un siècle, le sanctuaire resta la propriété privée des descendants de Bernardo Abeyta.[42] Au début du XXᵉ siècle, la famille, en difficulté, envisagea de vendre — au risque de voir les retables et le crucifix dispersés sur le marché de l'art. En 1929, des membres de la toute jeune Spanish Colonial Arts Society de Santa Fe — autour de l'écrivaine Mary Austin, de l'artiste Frank Applegate et de l'architecte John Gaw Meem — achetèrent la propriété et la donnèrent à l'archidiocèse de Santa Fe.[43] Ce geste de préservation patrimoniale sauva le lieu et le fit passer du domaine privé à l'Église.

Les Fils de la Sainte Famille depuis 1959

En 1959, le sanctuaire reçut son premier prêtre résident, le P. Casimiro Roca, espagnol, membre de la congrégation des Fils de la Sainte Famille (Sons of the Holy Family), fondée en 1864 par saint Joseph Manyanet.[44] La même année fut érigée la paroisse Holy Family de Chimayó, dont le Santuario devint une desserte.[45] Le P. Roca, qui demeura sur place plus d'un demi-siècle, est crédité d'avoir tiré la chapelle de l'oubli et de la ruine pour en faire un centre de pèlerinage de premier plan. Les Fils de la Sainte Famille en sont aujourd'hui encore les gardiens.[46]

Un monument national américain

Le Santuario a été reconnu par les autorités américaines comme un bien patrimonial de tout premier ordre. Le tableau ci-dessous récapitule ses classements :

ReconnaissanceDatePortée
New Mexico State Register of Cultural Properties20 décembre 1968Registre de l'État du Nouveau-Mexique
National Register of Historic Places (réf. 70000412)15 avril 1970Registre national fédéral
National Historic Landmark15 avril 1970Plus haute distinction patrimoniale fédérale

Le statut de National Historic Landmark, accordé le même jour que l'inscription au registre national, place Chimayó parmi les quelques milliers de lieux jugés d'importance nationale exceptionnelle pour l'histoire des États-Unis.[47] Fait notable, cette distinction officielle reconnaît à la fois la valeur architecturale (un chef-d'œuvre d'adobe colonial) et la valeur culturelle (un foyer vivant de la foi hispanique du Sud-Ouest).

« La Lourdes de l'Amérique » : pèlerinages et fréquentation

Le premier centre de pèlerinage catholique des États-Unis

Vendredi saint, 21 mars 2008. Photo : Jerry Friedman, Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0. Sans retouche.

Avec près de 300 000 visiteurs par an, Chimayó est, selon plusieurs sources, le plus important centre de pèlerinage catholique des États-Unis.[48]

« Sans aucun doute le plus important centre de pèlerinage catholique des États-Unis. » — El Santuario de Chimayó, notice encyclopédique[49]

Le surnom de « Lourdes de l'Amérique » s'est imposé précisément à cause de la réputation curative du lieu et de l'afflux des malades.[50] On notera toutefois une nuance honnête : certaines sources, notamment hispanophones, classent Chimayó au deuxième rang, derrière le sanctuaire de Notre-Dame de la Montserrate à Porto Rico — débat de comptage qui ne retire rien à son rayonnement continental.[51]

Le grand pèlerinage à pied de la Semaine sainte

Le pèlerinage — Infographie originale Ignispedia créée par IA. Fréquentation et mémoire de Bataan d’après les estimations et récits cités dans l’article ; scène évocatrice.

Le sommet de l'année est le pèlerinage à pied de la Semaine sainte. Le Vendredi saint, jusqu'à 30 000 personnes convergent vers Chimayó ; en cumulé sur la semaine, certaines estimations montent plus haut encore.[52] Les marcheurs viennent de toute la région : certains parcourent les ~150 kilomètres depuis Albuquerque, d'autres une dizaine de kilomètres depuis Española ou depuis Santa Fe, portant des croix de bois sur les routes du désert.[53] C'est l'une des plus grandes manifestations de piété populaire de l'Amérique du Nord.

Le pèlerinage des vétérans de Bataan (1946)

Le pèlerinage moderne fut ravivé après la Seconde Guerre mondiale par les survivants néo-mexicains de la terrible marche de la mort de Bataan (Philippines, 1942).[54] En 1946, ces vétérans organisèrent une marche d'action de grâces en mémoire de leurs compagnons morts en captivité — observance qui, d'année en année, est devenue le grand pèlerinage que l'on connaît. Ce greffon de mémoire militaire sur une dévotion coloniale explique en partie la ferveur si particulière du lieu.

Les miracles documentés sur place

La pièce des béquilles

Les ex-voto — Infographie originale Ignispedia créée par IA. Évocation des objets décrits dans l’article ; les visages et billets ne reproduisent pas des témoignages identifiés.

Le témoignage le plus saisissant du lieu n'est pas un document d'archive, mais une pièce attenante au pocito, dont les murs d'adobe sont tapissés d'ex-voto : béquilles, cannes et attelles abandonnées, mais aussi photographies, lettres manuscrites, chaussons de bébé au crochet, plaques d'identité militaires et images de saints, laissés par ceux qui se disent guéris.[55]

« Le long des surfaces lisses d'adobe d'une pièce attenante s'alignent des béquilles et des cannes abandonnées — chaussons de bébé au crochet, billets manuscrits et photographies —, témoignage matériel tenu pour preuve des grâces d'El Santuario et de la terre sainte. » — Reportage sur le sanctuaire[56]

Cette accumulation forme une sorte d'archive populaire des grâces, comparable aux salles d'ex-voto de Lourdes ou de Sainte-Anne-de-Beaupré.

La prudence de l'Église

L'Église catholique, pour sa part, ne se prononce pas sur la réalité surnaturelle de ces guérisons :

« L'Église ne prend aucune position sur la question de savoir si des miracles se sont produits au Santuario. » — El Santuario de Chimayó, notice encyclopédique[57]

Cette réserve est exemplaire de la sagesse catholique en matière de dévotion populaire : on autorise et on encadre le culte, on respecte la foi des pèlerins, sans transformer une coutume en dogme ni une terre en talisman. Le lieu vaut d'abord par ce qu'il suscite : la prière, la conversion, la confiance en la miséricorde de Dieu.

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org et nps.gov : sanctuaire situé dans une vallée des monts Sangre de Cristo, à environ 1,5 km au nord-ouest du barrage du réservoir de Santa Cruz, à Chimayó (Nouveau-Mexique).

    1
  2. El Santuario de Chimayo, nps.gov ; Chimayó, the « Lourdes of America », deseret.com ; Holy Dirt, americamagazine.org : le sanctuaire est surnommé « Lourdes of America » en raison de la réputation curative de sa terre (tierra bendita / « holy dirt »).

    2 50
  3. Délimitation éditoriale : cet article traite du lieu (vallée, fondation, architecture, gardiens, pèlerinages, ex-voto). Le culte d'Esquipulas et la dévotion au Santo Niño de Atocha ne sont évoqués que pour éclairer le sanctuaire.

    3
  4. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : inscrit au National Register of Historic Places (réf. 70000412) et désigné National Historic Landmark le 15 avril 1970 ; décrit comme « no doubt the most important Catholic pilgrimage center in the United States ».

    4 47
  5. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : « The Church takes no position on whether miracles have occurred at the Santuario » ; une pièce attenante expose béquilles, photographies et autres ex-voto.

    5
  6. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org ; OUR HISTORY, chimayo0.tripod.com : le lieu-dit historique est El Potrero de Chimayó (« le pâturage »), terrain de Bernardo Abeyta.

    6 13
  7. Chimayo, New Mexico, en.wikipedia.org : altitude de 6 067 pieds (1 849 m) ; le village (CDP) s'étend à cheval sur les comtés de Rio Arriba et de Santa Fe. La distance à Santa Fe varie selon les sources de ~24 miles (en.wikipedia.org) à ~30 miles (santafenewmexican.com).

    7
  8. El Santuario de Chimayo, nps.gov : le sanctuaire se trouve sur la NM 76 (High Road to Taos), près du tracé de l'Old Spanish Trail.

    8
  9. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : superficie inscrite de 6,4 acres (2,6 ha) ; localisation « 1 mi. NW of Santa Cruz Reservoir Dam ».

    9
  10. El Santuario de Chimayo, nps.gov : le nom tewa « Tsi-Mayoh » dérive de l'une des quatre collines sacrées dominant la vallée.

    10
  11. El Santuario de Chimayo, nps.gov ; synthèses de presse (AOL/legendsofamerica.com) : site tenu pour sacré et guérisseur par les Pueblos dès le XIIᵉ siècle ; tradition d'anciennes sources chaudes thérapeutiques dont l'assèchement aurait reporté la dévotion sur la terre.

    11
  12. Chimayó — Land of Healing, legendsofamerica.com ; synthèses de presse : le crucifix aurait été découvert sur un coteau dominant la rivière Santa Cruz.

    12
  13. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org ; Santuario de Chimayó, es.wikipedia.org : Bernardo Abeyta, fermier d'El Potrero et membre des Penitentes (« Los Hermanos de la Fraternidad Piadosa de Nuestro Padre Jesús Nazareno »).

    14
  14. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : « during Holy Week, Abeyta… saw a light shining from the hillside and dug the crucifix up with his bare hands » ; le crucifix représente le Christ d'Esquipulas. Récit également rapporté par legendsofamerica.com et thecatholictravelguide.com.

    15 16
  15. OUR HISTORY, chimayo0.tripod.com ; El Santuario de Chimayo, nps.gov : le crucifix, porté à l'église de Santa Cruz par Fray Sebastián Álvarez, serait revenu trois fois à El Potrero — « after the same thing happened two more times it was apparent that Our Lord of Esquipulas wanted to reside in El Potrero de Chimayó ».

    17 18
  16. Cathedral Basilica of Esquipulas, en.wikipedia.org : le Christ d'Esquipulas (Guatemala), « Cristo Negro », fut sculpté en 1594 par Quirio Cataño et installé en 1595 ; grand centre de pèlerinage d'Amérique centrale.

    19
  17. Cristos Negros of Central America and Mexico et Esquipulas, en.wikipedia.org ; Editorial : Holy matter, journals.uchicago.edu : à Esquipulas, les pèlerins emportent des tablettes d'argile blanche (benditos) dissoutes dans l'eau ou appliquées sur le corps.

    20
  18. Santuario de Chimayó, es.wikipedia.org : Abeyta appartenait à la confrérie pénitente « Los Hermanos Penitentes » (Fraternité de Notre Père Jésus de Nazareth), vouée à la pénitence et à la Passion.

    21
  19. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org ; Santuario de Chimayó, es.wikipedia.org : une première petite chapelle fut bâtie vers 1810 sur le terrain d'Abeyta, pour les familles d'El Potrero.

    22
  20. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : le 15 novembre 1813, Abeyta pétitionne pour bâtir une église plus grande, en raison de l'affluence des pèlerins et des guérisons rapportées ; demande transmise au diocèse de Durango via le P. Sebastián Álvarez.

    23
  21. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : « February 8, 1814: Francisco Fernández Valentín, Vicar General of the Diocese of Durango, wrote back with permission. »

    24
  22. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org et nps.gov : « By 1816 the chapel was replaced by the El Santuario shrine » ; construction commencée en 1814, achevée vers 1816 sur le même site.

    25
  23. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : église à nef unique de « 60 feet (18 m) long and 24 feet (7.3 m) wide with walls more than 3 feet (about 1 m) thick ».

    26
  24. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org et nps.gov : une tour-clocher de chaque côté ; « Pointed caps on the towers and a metal pitched roof… were added after 1917, probably in the 1920s. »

    27
  25. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : « elegant doors were carved by the 19th-century carpenter Pedro Domínguez. »

    28
  26. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : l'intérieur comporte cinq reredoses (retables / altar screens) peints.

    29
  27. Sources d'histoire de l'art populaire néo-mexicain (synthèses de presse et notices muséales, dont Yale Library) : le retable principal et le crucifix de Nuestro Señor de Esquipulas (env. 1,80 m) sont attribués au santero Molleno (actif v. 1800-1850) ; d'autres retables sont rattachés à José Aragón et José Rafael Aragón. Abeyta commanda ces santeros pour orner la nef.

    30
  28. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org et nps.gov : art santero distinguant retablos (peintures sur panneau) et bultos (sculptures en ronde-bosse), dont une figure de saint Jacques le Majeur ; Molleno peignait en rouges, jaunes, noirs et bleus vifs.

    31
  29. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : « A small room called el pocito (the little well) contains a round pit, the source of "holy dirt" (tierra bendita) » ; le pocito est réputé marquer le lieu de la découverte du crucifix, lequel repose sur l'autel principal.

    32
  30. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : la terre est frottée sur le corps, dissoute dans l'eau et bue, ou conservée ; usage hérité du culte d'Esquipulas.

    33
  31. Editorial : Holy matter, journals.uchicago.edu : « The custom of geophagy in connection with pilgrimage to a Catholic shrine is found only in the New Mexican town of Chimayó, which also has a shrine dedicated to Our Lord of Esquipulas. »

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  32. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : le trou est rempli « sometimes more than once a day », soit « up to 25 or 30 tons a year ».

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  33. Visiting El Santuario de Chimayó, catholicworldreport.com (2023) : selon la tradition, « no matter how much dirt is removed, the hole stays completely full ».

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  34. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : « The Church replaces the dirt… from the nearby hillsides » ; d'autres sources évoquent une livraison régulière de terre par une entreprise locale, terre ensuite bénie.

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  35. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : Joe Nickell (2013) juge les revendications « unwarranted » et la terre « an ordinary variety » ; Benjamin Radford (Mysterious New Mexico, 2014) trouve « little evidence to corroborate claims of miraculous cures ».

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  36. Santo Niño Chapel, holychimayo.us ; newmexicomagazine.org ; santoninoelp.yolasite.com : chapelle du Santo Niño de Atocha bâtie vers 1856-1857 par Severiano Medina, après une maladie, une guérison attribuée au Santo Niño et un pèlerinage à Fresnillo (Mexique). Le Santo Niño de Atocha est patron des voyageurs, prisonniers, mineurs et abandonnés.

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  37. newmexicomagazine.org et synthèses de presse : on dépose des chaussures d'enfant car la statue de l'Enfant Jésus « userait » ses chaussures en marchant la nuit pour secourir les nécessiteux ; les chaussures offertes sont distribuées aux pauvres.

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  38. Visiting El Santuario de Chimayó, catholicworldreport.com (2023) : la chapelle « remained in the private ownership of the Medina family until 1992 before it too was turned over to the Archdiocese of Santa Fe » ; Library of Congress (fonds Carol M. Highsmith) : chapelle privée d'origine « until it was acquired by the Archdiocese of Santa Fe in 1992 » ; rattachée à la paroisse Holy Family de Chimayó.

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  39. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : le sanctuaire resta propriété des descendants d'Abeyta — sa fille Carmen Abeyta de Chaves, puis sa petite-fille María de los Ángeles Chaves (propriétaire en 1915).

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  40. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org ; newmexico.org : « In 1929… members of the newly formed Spanish Colonial Arts Society bought the property and donated it to the Archdiocese of Santa Fe » — autour de Mary Austin, Frank Applegate et John Gaw Meem.

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  41. Visiting El Santuario de Chimayó, catholicworldreport.com ; holychimayo.us/caretakers : premier prêtre résident en 1959, le P. Casimiro Roca (Espagne), membre des Fils de la Sainte Famille, congrégation fondée en 1864 par saint Joseph Manyanet.

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  42. catholicworldreport.com et synthèses de presse : en 1959 fut fondée la paroisse Holy Family de Chimayó, dont le Santuario devint une desserte (mission).

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  43. holychimayo.us/caretakers ; catholicworldreport.com : « the Santuario is now cared for by the religious order of the Sons of the Holy Family » ; le P. Roca est crédité d'avoir sauvé et relancé le lieu.

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  44. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : « almost 300,000 visitors per year » ; « no doubt the most important Catholic pilgrimage center in the United States ». NPS évoque « over 300,000 pilgrims » ; catholicworldreport.com parle du « most popular site of pilgrimage in the United States ».

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  45. Santuario de Chimayó, es.wikipedia.org : classe Chimayó au deuxième rang des centres de pèlerinage catholiques des États-Unis, derrière Nuestra Señora de la Monserrate (Porto Rico) — divergence de comptage à signaler.

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  46. Drawn by sacred soil, santafenewmexican.com : « as many as 30,000 people » pour la Semaine sainte, env. 30 000 marcheurs le Vendredi saint ; catholicworldreport.com (2023) avance jusqu'à 60 000 cumulés sur la semaine.

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  47. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org ; santafenewmexican.com : pèlerins venus à pied d'Albuquerque (~150 km), d'Española (~9 miles) ou de Santa Fe.

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  48. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org ; theconversation.com : pèlerinage moderne ravivé après la Seconde Guerre mondiale par les survivants de la marche de la mort de Bataan ; observance organisée en 1946 en mémoire des compagnons disparus.

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  49. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : « An adjacent prayer room displays many ex-votos as well as photographs, discarded crutches, and other testimonials » ; description de presse : « Lining the smooth adobe surfaces of an adjoining room are abandoned crutches and walking canes — crocheted baby booties, handwritten notes and photographs — physical testimony deemed evidence of the revelations of El Santuario and the holy dirt. »

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  50. El Santuario de Chimayo, en.wikipedia.org : « The Church takes no position on whether miracles have occurred at the Santuario. »

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