Sanctuaire de Walsingham

Le sanctuaire de Walsingham, « la Nazareth de l'Angleterre » : la Sainte Maison de bois bâtie en 1061 par Richeldis de Faverches en réplique de la maison de l'Annonciation, le prieuré augustinien et son écrin de pierre, les deux puits, la Slipper Chapel et le « mille sacré » parcouru pieds nus, les pèlerinages royaux de Henri III à Henri VIII, la destruction de 1538 et l'image brûlée à Chelsea, puis la renaissance du XXe siècle — sanctuaire national catholique et sanctuaire anglican — jusqu'à l'élévation en basilique mineure en 2015.

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Dans un repli du Norfolk, à l'écart des grandes routes de l'Est anglais, un haut pan de mur gothique se dresse seul au milieu d'une pelouse : c'est tout ce qui reste, à ciel ouvert, de l'une des quatre plus grandes destinations de pèlerinage de la chrétienté médiévale, aux côtés de Rome, de Jérusalem et de Saint-Jacques-de-Compostelle.[1] Le sanctuaire de Walsingham ne fut jamais une cathédrale ni une basilique romaine : son cœur était une petite maison de bois, censée reproduire à l'identique la maison de Nazareth où l'ange annonça à Marie l'Incarnation du Verbe.[2]

Cet article traite du lieu : la fondation de 1061 par Richeldis de Faverches, la construction de la Sainte Maison auprès de deux puits, le prieuré augustinien qui en devint le gardien, l'immense pèlerinage médiéval qui fit surnommer le bourg « la Nazareth de l'Angleterre », puis la destruction de 1538 sous Henri VIII, les quatre siècles de ruine, et la double renaissance — catholique autour de la Slipper Chapel, anglicane autour d'une Sainte Maison reconstruite — qui a refait de Walsingham le grand sanctuaire marial de l'Angleterre. La piété mariale elle-même et la théologie de la Sainte Maison de Nazareth, que Walsingham partage avec Lorette, ne sont évoquées ici que pour comprendre comment le lieu s'est organisé.

Walsingham, « la Nazareth de l'Angleterre »

Un bourg-pèlerinage du Norfolk

Little Walsingham est un petit village du Norfolk, dans l'Est de l'Angleterre, à quelques kilomètres de la côte de la mer du Nord. Rien, dans le paysage, ne laisse présager qu'il fut au Moyen Âge l'un des lieux saints les plus courus d'Europe : pas de grande ville, pas de fleuve, pas de cathédrale dominant la plaine. Le sanctuaire n'a pas surgi d'un pouvoir politique ou épiscopal, mais d'une dévotion née sur place, autour d'un récit de vision et d'une humble maison reconstituée.[3]

Aux XIVe et XVe siècles, le bourg était connu comme « little Nazareth », voire comme la « Terre sainte d'Angleterre » : on venait à Walsingham comme on serait allé en Galilée, pour toucher du regard la maison de l'Annonciation sans avoir à traverser la Méditerranée et les terres tenues par l'islam.[4] C'est cette substitution dévotionnelle — la Nazareth de Galilée rendue accessible au cœur de l'Angleterre — qui explique l'ampleur prise par le lieu.

Le plan en damier d'un village conçu pour les pèlerins

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Walsingham porte encore, dans son tissu urbain, la marque de sa vocation. Le village présente un plan de rues en damier inhabituel pour un bourg anglais, considéré comme un exemple précoce d'urbanisme pensé pour accueillir des foules de visiteurs : ruelles régulières, hôtelleries, maisons à pans de bois plus tard refaçonnées à la mode géorgienne.[5] L'ancienne hôtellerie du prieuré, la Shirehall, abrite aujourd'hui un musée du lieu.[6]

Le sanctuaire proprement dit ne se confond pas avec un seul bâtiment : c'est tout un paysage sacré — l'enclos de l'ancien prieuré, la Slipper Chapel à un mille au sud, les puits, et, depuis le XXe siècle, deux sanctuaires distincts. Pour comprendre ce lieu, il faut remonter à une nuit de 1061.

La fondation : la vision de Richeldis (1061)

Richeldis de Faverches et le songe de la Sainte Maison

La tradition fait remonter l'origine de Walsingham à l'an 1061, sous le règne de saint Édouard le Confesseur, avant même la conquête normande. Une noble veuve anglo-saxonne, Richeldis de Faverches, dame du manoir, aurait reçu une série de visions de la Vierge Marie.[7] Selon le récit, Marie conduisit Richeldis en esprit jusqu'à Nazareth, lui montra la maison de l'Annonciation — celle où l'ange Gabriel salua la Vierge et où le Verbe se fit chair — et lui demanda d'en bâtir une réplique exacte en Angleterre, pour en faire un mémorial perpétuel de la joie de l'Annonciation.[8]

La source la plus ancienne de ce récit est la Pynson Ballad, un poème imprimé par Richard Pynson vers 1495, soit le plus vieux témoignage écrit connu de la légende de fondation.[9] La Vierge y donne à Richeldis une consigne précise, qui fait de Walsingham une affaire de mesures autant que de dévotion : prendre les mesures de la maison de Nazareth et en élever une semblable à Walsingham, en mémorial perpétuel de la joie de l'Annonciation.[10]

La Sainte Maison, réplique de Nazareth

Le cœur du sanctuaire fut donc une maison de bois, conçue comme la copie fidèle de la demeure de Nazareth. Les dimensions transmises par la tradition sont précises : environ 23 pieds 6 pouces de long sur 12 pieds 10 pouces de large (≈ 7,2 mètres sur 3,9), avec une porte étroite sur chaque côté.[11] Cette petite maison ne fut pas laissée à l'air libre : elle fut plus tard enchâssée dans un bâtiment de pierre plus vaste, de sorte que la Sainte Maison demeurait sombre à l'intérieur, éclairée seulement par les cierges — l'or, l'argent et les pierreries des offrandes brillant dans la pénombre.[12]

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La légende ajoute un trait merveilleux, commun à plusieurs sanctuaires-écrins : les ouvriers n'auraient pas réussi à monter la maison à l'emplacement choisi ; après une nuit de prière de Richeldis, la maison aurait été achevée pendant la nuit sur le second site indiqué par la vision, comme par des mains angéliques.[13] Un récit catholique ne doit pas écarter par réflexe un tel détail : la prudence demande de distinguer le noyau historique — l'existence ancienne d'une Sainte Maison de bois à Walsingham, attestée par le pèlerinage médiéval — de l'enveloppe légendaire transmise par la Pynson Ballad, sans pour autant traiter le surnaturel comme nécessairement fabuleux.

Les deux puits et le pré couvert de rosée

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La tradition relie étroitement la fondation à l'eau. Selon le récit, la Vierge donna un signe : un pré entièrement couvert de rosée au matin, sauf deux espaces restés secs ; Richeldis bâtit la Sainte Maison près de deux puits.[14] Ces puits, et plus tard un bassin d'immersion, devinrent partie intégrante du lieu saint : on y cherchait la guérison, et ils figurent encore aujourd'hui sur le site.[15] L'association d'une source à un sanctuaire marial, familière aux pèlerins de Lourdes ou de La Salette, est ici présente dès l'origine légendaire du lieu.

Le prieuré augustinien et la croissance du sanctuaire

Des chanoines de saint Augustin gardiens du lieu

À la mort de Richeldis, son fils Geoffrey de Faverches hérita du domaine et pourvut à l'établissement d'une communauté religieuse stable. Le prieuré de Walsingham, confié aux chanoines réguliers de saint Augustin, fut établi au cours du XIIe siècle — la date généralement retenue se situe vers 1153.[16] Comme à Manoppello plus tard pour les capucins, c'est l'entrée du lieu sous la garde d'un ordre religieux qui le fait passer d'une dévotion privée à un sanctuaire d'Église, doté, organisé et durable.

Les chanoines augustins assurèrent la custodie du sanctuaire pendant près de quatre siècles, de la fondation du prieuré jusqu'à sa suppression en 1538. C'est sous leur garde que Walsingham atteignit son apogée.

L'écrin de pierre : l'église prieurale

Autour de la Sainte Maison, les chanoines élevèrent une vaste église prieurale de pierre. L'ensemble conventuel atteignait des proportions considérables : la tradition locale parle d'un complexe d'environ 250 pieds de long sur 80 de large (≈ 76 × 24 m), bâti en pierre amenée par mer depuis une autre région d'Angleterre, le Norfolk étant pauvre en bonne pierre de taille.[17] De cette église, il ne subsiste aujourd'hui qu'un témoin spectaculaire : la grande arche du mur oriental (l'East Window) du XIVe siècle, qui se dresse seule dans le parc et donne encore une idée de l'échelle et de la magnificence de l'édifice.[18]

Le couvent franciscain de 1347

Walsingham n'abrita pas que les augustins. En 1347, un couvent de Frères mineurs franciscains y fut fondé sous le patronage d'Élisabeth de Burgh, comtesse de Clare.[19] Sa présence, à proximité immédiate du grand prieuré, témoigne de l'affluence du lieu : un sanctuaire de cette importance attirait plusieurs familles religieuses, comme on le verra dans d'autres grands pèlerinages. Des vestiges de ce couvent franciscain subsistent eux aussi dans le village.

Les reliques et les trésors

Outre la Sainte Maison et la statue de Notre-Dame de Walsingham, le sanctuaire conservait un trésor de reliques et d'offrandes accumulées au fil des siècles. La plus célèbre — parce qu'Érasme s'en moquera — était une fiole présentée comme du lait de la Vierge.[20] La richesse matérielle du lieu était telle qu'au début du XVIe siècle Walsingham passait, en Angleterre, pour un sanctuaire d'une opulence comparable aux plus grands : « la demeure des saints », selon une expression de l'époque.[21]

Walsingham, l'un des grands pèlerinages de la chrétienté

La Slipper Chapel et le « mille sacré »

La Slipper Chapel et le presbytère vus du nord-ouest. Photo : Ashley Dace — Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

À environ un mille au sud du prieuré, sur la route d'arrivée, se dresse encore la Slipper Chapel, c'est-à-dire la chapelle Sainte-Catherine d'Alexandrie, bâtie vers 1340, à l'époque où Walsingham n'était plus dépassé en importance, parmi les pèlerinages anglais, que par Cantorbéry.[22] Son nom prête à deux explications : selon la plus répandue, c'est là que les pèlerins ôtaient leurs chaussures (slippers) pour parcourir pieds nus le dernier mille — le Holy Mile, le « mille sacré » — dans un esprit de pénitence ; une autre étymologie le rattache au vieil anglais slype, « passage », la chapelle marquant le seuil entre la vie ordinaire et le sanctuaire.[23]

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Cette pratique du dernier mille déchaussé donne au pèlerinage de Walsingham sa physionomie propre : ce n'est pas seulement un point d'arrivée, c'est un chemin pénitentiel dont la Slipper Chapel est la dernière étape avant la Sainte Maison. C'est ce détail qui rendra la chapelle si précieuse lors de la renaissance du sanctuaire au XXe siècle.

Les pèlerinages royaux, de Henri III à Henri VIII

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Walsingham fut, durant trois siècles, un pèlerinage de rois. Presque tous les souverains anglais, du XIIIe au XVIe siècle, s'y rendirent : Henri III, premier roi pèlerin du lieu, Édouard Ier (1280, 1296), Édouard II (1315), Henri VI (1455), Henri VII (1487), et enfin Henri VIII lui-même.[24] En 1511, le futur destructeur du sanctuaire vint à Walsingham à pied, déchaussé sur le dernier mille, et offrit un cierge devant l'image de Notre-Dame : la même main qui brûle l'effigie en 1538 l'avait honorée moins de trente ans plus tôt.[25] Cette ironie historique résume à elle seule le destin du lieu.

Érasme à Walsingham (1511)

Le témoignage le plus précieux sur le sanctuaire médiéval nous vient d'un visiteur célèbre et critique : Érasme de Rotterdam. En 1511, alors qu'il enseignait à Cambridge, l'humaniste fit le pèlerinage de Walsingham en accomplissement d'un vœu, et laissa pour offrande un poème de vers grecs.[26] Treize ans plus tard, dans son colloque Peregrinatio religionis ergo (« Le pèlerinage pour la religion », vers 1524), il décrivit la richesse et la magnificence du lieu — non sans une ironie qui annonçait déjà la critique réformée des pèlerinages et des reliques.[27] Sa description de la Sainte Maison enchâssée et de ses trésors demeure l'une des rares que nous ayons avant la Réforme. Voici comment Ogygius — le double d'Érasme dans le dialogue — décrit à Menedemus la chapelle de Walsingham[28] :

« Dans cette église inachevée, il y a une petite chapelle de planches, percée d'une petite porte de chaque côté pour recevoir les visiteurs. Elle n'a guère d'autre lumière que celle des cierges, mais le parfum y est très doux. [...] Mais, Menedemus, si tu en voyais l'intérieur, tu dirais que c'est le séjour des saints, tant tout y étincelle de pierreries, d'or et d'argent. » — Érasme, Le Pèlerinage pour la religion (propos d'Ogygius à Menedemus)

L'ironie d'Érasme — qui mettra en doute l'authenticité du lait de la Vierge et le sens de tant d'offrandes — annonce la tempête qui va, quelques années plus tard, emporter le sanctuaire. La critique humaniste prépare le terrain à la Dissolution. La doctrine catholique répond sans embarras à cette ironie : on ne vénère pas une relique pour la certitude matérielle de son authenticité, mais pour honorer le saint — et Dieu à travers lui (voir Pourquoi vénérer les reliques ?) ; et quant à la fiole de Walsingham, l'Église n'a jamais demandé aux fidèles de tenir son contenu pour certainement authentique : elle n'était que présentée comme du lait de la Vierge.[29]

La destruction (1538)

La Dissolution des monastères et la chute du sanctuaire

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Le tournant vint avec la rupture d'Henri VIII d'avec Rome et la Dissolution des monastères. En juillet 1538, le prieur de Walsingham, Richard Vowell, consentit à la destruction du prieuré et prêta main-forte aux commissaires royaux : on retira la statue de Notre-Dame, on dépouilla le sanctuaire de ses ornements d'or et d'argent, expédiés à Londres.[30] Le site fut vendu par ordre du roi à Thomas Sidney pour 90 livres — somme dérisoire pour ce qui avait été l'un des lieux les plus riches du royaume.[31]

L'image brûlée à Chelsea

Le geste le plus chargé de sens fut la destruction de la statue. L'image de Notre-Dame de Walsingham fut emportée à Londres et brûlée — la tradition situe ce bûcher à Chelsea, dans la résidence de Thomas Cromwell, l'artisan de la Dissolution.[32] La destruction de l'effigie vénérée par des générations de rois et de pèlerins voulait signifier la fin d'un monde : celui des sanctuaires, des reliques et des pèlerinages médiévaux. Une part de la dévotion catholique anglaise mourait avec cette flamme.

Quatre siècles de ruines

Après 1538, le sanctuaire disparut. L'église prieurale tomba en ruine, ne laissant debout que la grande arche orientale ; la Sainte Maison de bois fut anéantie ; la Slipper Chapel, déconsacrée, servit tour à tour de maison des pauvres, de forge, d'étable et de grange.[33] Pendant près de quatre siècles, Walsingham ne fut plus qu'un nom dans les vieux livres et une ruine dans un champ. La « Nazareth de l'Angleterre » semblait morte pour toujours.

La renaissance du sanctuaire (XIXe-XXe siècles)

Charlotte Boyd et le rachat de la Slipper Chapel (1896)

La résurrection du lieu doit beaucoup à une femme : Charlotte Pearson Boyd (1837-1906), une convertie au catholicisme venue de l'anglicanisme, attentive aux ruines monastiques d'Angleterre. Elle avait repéré la Slipper Chapel dès 1863 ; en 1896, elle l'acheta au fermier qui en était propriétaire, la fit restaurer, puis la donna à l'abbaye bénédictine de Downside pour le culte catholique.[34] La restauration fut poursuivie en 1904 sous la direction de l'architecte Thomas Garner.[35] Par rescrit du 6 février 1897, le pape Léon XIII bénit une nouvelle statue pour le sanctuaire restauré et autorisa de nouveau la vénération publique de l'image : placée le 19 août 1897 dans la chapelle de la nouvelle église paroissiale catholique de King's Lynn (dont dépendait Walsingham), elle ne fut translatée à la Slipper Chapel qu'en 1934.[36]

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Charlotte Boyd ne vit pas l'aboutissement de son œuvre : elle mourut en 1906, près de trente ans avant que la Slipper Chapel ne redevienne officiellement un sanctuaire national. Mais c'est son rachat de 1896 qui a rendu un toit catholique à Walsingham.

Le grand pèlerinage de réparation (1934) et le sanctuaire national catholique

Le 15 août 1934, en la fête de l'Assomption, l'évêque Laurence Youens célébra dans la Slipper Chapel la première messe publique depuis quatre cents ans.[37] Quelques jours plus tard, le cardinal Francis Bourne, archevêque de Westminster, conduisit un grand pèlerinage national de réparation rassemblant plus de dix mille fidèles.[38] Ce jour-là, la Slipper Chapel fut officiellement déclarée Sanctuaire national de Notre-Dame pour l'Angleterre — le retour solennel du catholicisme anglais sur le lieu où il avait été chassé en 1538. Vingt ans plus tard, le 15 août 1954, en l'année mariale, le pape Pie XII accorda à l'image un couronnement canonique : la couronne d'or, offerte des bijoux de catholiques de tout le pays, fut posée au nom du pape par le délégué apostolique, Mgr Gerald O'Hara, devant quelque vingt mille pèlerins rassemblés pour l'Assomption.[39]

La Chapelle de la Réconciliation et la basilique mineure

L'affluence croissante des pèlerins rendit nécessaire un édifice plus vaste que la petite Slipper Chapel. La Chapelle de Notre-Dame de la Réconciliation, achevée en 1982, peut accueillir quelque 350 à 400 personnes : elle est devenue le lieu des grandes liturgies du sanctuaire catholique.[40] Reconnaissant l'importance du lieu, le pape François éleva le sanctuaire au rang de basilique mineure le 27 décembre 2015.[41] La « Nazareth de l'Angleterre » retrouvait ainsi un statut ecclésial à la mesure de son histoire.

Le sanctuaire anglican : Hope Patten et la Sainte Maison reconstruite

La renaissance de Walsingham ne fut pas seulement catholique. Du côté de l'Église d'Angleterre, un prêtre du mouvement anglo-catholique, le révérend Alfred Hope Patten, nommé vicaire de Walsingham en 1921, entreprit de raviver la dévotion sur le lieu même de l'ancien prieuré.[42] En 1922, il fit dresser dans l'église paroissiale Saint-Mary une nouvelle statue de Notre-Dame, copiée sur l'image du sceau médiéval du prieuré.[43] En 1931, une Sainte Maison reconstruite fut enchâssée dans une petite église de pèlerinage, où la statue fut transférée ; l'édifice fut agrandi en 1938 (béni le lundi de Pentecôte), puis encore étendu dans les années 1960.[44] À l'intérieur fut redécouvert un puits sacré, où les pèlerins reçoivent l'eau avec imposition des mains et onction.[45]

Le sanctuaire aujourd'hui

Ce que le pèlerin voit : ruines, chapelles, puits

Statue de Notre-Dame de Walsingham dans la Slipper Chapel. Photo : Thorvaldsson — Wikimedia Commons, CC BY 3.0.

Le pèlerin qui arrive aujourd'hui à Walsingham ne découvre pas un seul monument, mais un paysage sacré composite. Dans le parc de l'Abbaye, la grande arche du East Window domine la pelouse, et un marqueur signale, depuis les fouilles archéologiques de 1961, l'emplacement exact de l'ancienne Sainte Maison.[46] À un mille au sud, la Slipper Chapel médiévale et la moderne Chapelle de la Réconciliation forment le sanctuaire national catholique. Au cœur du village, l'église de pèlerinage anglicane abrite sa Sainte Maison reconstruite et son puits. Le musée de la Shirehall, les vestiges du couvent franciscain et les ruelles en damier complètent le tableau.

Deux sanctuaires, un même lieu saint

Walsingham présente une configuration rare : deux sanctuaires distincts, catholique et anglican, séparés d'un mille, honorant la même Notre-Dame sur le même lieu saint. Loin de s'ignorer, les deux sanctuaires sont devenus un point de rencontre œcuménique, où l'on prie pour l'unité des chrétiens précisément là où la division du XVIe siècle avait fait sa blessure la plus spectaculaire. Le lieu qui vit brûler l'image de la Vierge en 1538 est redevenu, en un siècle, le grand pèlerinage marial de l'Angleterre — preuve qu'un sanctuaire peut renaître de ses ruines.

Références photographiques des infographies : arche du prieuré, Richard Humphrey ; Slipper Chapel, Ashley Dace (photographies Wikimedia Commons créditées ci-dessus). Les adaptations dans les infographies des quatre âges, du dernier mille, des pèlerinages royaux, de la dispersion de 1538 et de la renaissance sont diffusées sous CC BY-SA 2.0.

Pour aller plus loin

Articles Ignispedia connexes

Sources principales

  • Walsingham Priory, en.wikipedia.org — fondation, prieuré, Dissolution, ruines.
  • Basilica of Our Lady of Walsingham, en.wikipedia.org — Slipper Chapel, Charlotte Boyd, sanctuaire national, basilique.
  • Anglican Shrine of Our Lady of Walsingham, en.wikipedia.org — Hope Patten, Sainte Maison reconstruite, puits.
  • Walsingham Priory, newadvent.org (Catholic Encyclopedia) — Érasme, pèlerinages royaux, destruction.
  • The History of Our Lady of Walsingham, ewtn.co.uk — récit de fondation et destruction.
  • History of Walsingham, walsinghamvillage.org — site, ruines, couvent franciscain, musée.
  • The Pynson Ballad (Richard Pynson, vers 1495) — plus ancienne source de la légende de fondation.

Notes et références

  1. en.wikipedia.org, « Our Lady of Walsingham » et materamabilis.org, « England's Nazareth » : Walsingham comptait, au Moyen Âge, parmi les quatre grands lieux de pèlerinage de la chrétienté occidentale avec Rome, Jérusalem et Saint-Jacques-de-Compostelle ; tous les rois d'Angleterre, de Henri III à Henri VIII, y vinrent en pèlerinage.

    1
  2. en.wikipedia.org, « Walsingham Priory » : la Sainte Maison de Walsingham était traditionnellement tenue pour une réplique de la maison de Nazareth où vécut la Vierge et où eut lieu l'Annonciation.

    2
  3. walsinghamvillage.org, « History of Walsingham » : le sanctuaire est né d'une dévotion locale dans un petit bourg du Norfolk, sans lien avec un grand siège épiscopal ou un pouvoir politique.

    3
  4. thejournalofantiquities.com, « Walsingham Shrine, Norfolk » : aux XIVe-XVe siècles, Walsingham était connu comme « little Nazareth » et même comme la « Terre sainte d'Angleterre ».

    4
  5. walsinghamvillage.org, « History of Walsingham » : le plan de rues en damier de Walsingham est considéré comme un exemple précoce d'urbanisme conçu pour un village vivant principalement de l'accueil des pèlerins.

    5
  6. walsinghamvillage.org : la Shirehall, ancienne hôtellerie du prieuré, abrite aujourd'hui un musée ; le village conserve des maisons médiévales à pans de bois refaçonnées à l'époque géorgienne.

    6
  7. en.wikipedia.org, « Richeldis de Faverches » et ewtn.co.uk, « The History of Our Lady of Walsingham » : la tradition situe la fondation en 1061, sous le règne de saint Édouard le Confesseur, par la noble veuve anglo-saxonne Richeldis de Faverches, qui aurait reçu plusieurs visions de la Vierge.

    7
  8. Pynson Ballad (Richard Pynson, vers 1495), poème de 21 vers et plus ancien témoignage écrit connu de la légende de fondation : résumé du récit — la Vierge demande à Richeldis de prendre les mesures de la maison de Nazareth et d'en bâtir une réplique à Walsingham, en mémorial de l'Annonciation (sur les 21 vers : A Chronology of Walsingham, catholicfaith.co.uk ; à défaut d'édition primaire vérifiée vers par vers, le corps donne une paraphrase, non une citation).

    8 10
  9. chnetwork.org, « England's Nazareth » et resolve.cambridge.org (chap. 6, « Inhabiting the Annunciation: The Shrine of Our Lady of Walsingham and the Pynson Ballad ») : la Pynson Ballad, imprimée par Richard Pynson vers 1495, est le plus ancien témoignage écrit connu de la légende de fondation de Walsingham.

    9
  10. britishpilgrimage.org et journalofantiquities : la Sainte Maison de bois mesurait environ 23 pieds 6 pouces sur 12 pieds 10 pouces (≈ 7,2 × 3,9 m), avec une porte étroite de chaque côté.

    11
  11. thejournalofantiquities.com, « Walsingham Shrine » : la maison de bois fut enchâssée dans un bâtiment de pierre plus vaste ; l'intérieur restait sombre, éclairé par les cierges, l'or, l'argent et les pierreries brillant dans la pénombre.

    12
  12. ewtn.co.uk, « The History of Our Lady of Walsingham » : selon la tradition, les ouvriers ne parvinrent pas à monter la maison ; après une nuit de prière de Richeldis, elle aurait été achevée durant la nuit sur le second site indiqué, comme par des mains angéliques, avec une source nouvellement apparue.

    13
  13. materamabilis.org et ewtn.co.uk : la Vierge aurait donné pour signe un pré couvert de rosée sauf deux espaces secs ; Richeldis bâtit la Sainte Maison près de deux puits.

    14
  14. thejournalofantiquities.com, « The Healing Wells at Walsingham » : le site conserve deux anciens puits et un grand bassin d'immersion, associés depuis l'origine à la recherche de guérison.

    15
  15. en.wikipedia.org, « Walsingham Priory » : à la mort de Richeldis, son fils Geoffrey de Faverches pourvut à l'établissement religieux ; le prieuré, confié aux chanoines réguliers de saint Augustin, fut établi au XIIe siècle, vers 1153.

    16
  16. journalofantiquities et walsinghamvillage.org : le complexe prieural atteignait environ 250 pieds de long sur 80 de large (≈ 76 × 24 m), bâti en pierre amenée par mer, le Norfolk manquant de bonne pierre de taille.

    17
  17. en.wikipedia.org, « Walsingham Priory » et walsinghamvillage.org : seul subsiste, à ciel ouvert, le grand East Window du XIVe siècle de l'église prieurale, témoin de l'échelle de l'édifice ; une maison privée, « Walsingham Abbey », occupe l'ancien logis du prieur.

    18
  18. walsinghamvillage.org, « History of Walsingham » : un couvent de Frères mineurs franciscains fut fondé vers 1347 sous le patronage d'Élisabeth de Burgh, comtesse de Clare ; ses vestiges subsistent dans le village.

    19
  19. en.wikipedia.org et newadvent.org : parmi les reliques de Walsingham figurait une fiole présentée comme du lait de la Vierge, dont Érasme se moquera dans son colloque sur les pèlerinages.

    20 29
  20. ewtn.co.uk : au début du XVIe siècle, Walsingham passait pour l'un des sanctuaires les plus riches d'Angleterre, surnommé « la demeure des saints ».

    21
  21. en.wikipedia.org, « Basilica of Our Lady of Walsingham » : la Slipper Chapel (chapelle Sainte-Catherine d'Alexandrie) fut bâtie vers 1340, à une époque où Walsingham n'était dépassé, parmi les pèlerinages anglais, que par Cantorbéry.

    22
  22. en.wikipedia.org, « Basilica of Our Lady of Walsingham » : le nom de « Slipper Chapel » viendrait de l'usage des pèlerins d'y ôter leurs chaussures pour parcourir pieds nus le dernier « mille sacré » ; une autre étymologie le rattache au vieil anglais slype, « passage ».

    23
  23. newadvent.org, Catholic Encyclopedia, « Walsingham Priory » : pèlerinages royaux attestés de Henri III, Édouard Ier (1280, 1296), Édouard II (1315), Henri VI (1455), Henri VII (1487) et Henri VIII.

    24
  24. en.wikipedia.org, « Our Lady of Walsingham » et thehistorydrop.com : en 1511, Henri VIII vint à Walsingham, parcourut pieds nus le dernier mille et offrit un cierge devant l'image de Notre-Dame, moins de trente ans avant d'ordonner la destruction du sanctuaire.

    25
  25. newadvent.org, Catholic Encyclopedia : Érasme fit un pèlerinage à Walsingham depuis Cambridge en 1511, en accomplissement d'un vœu, et y laissa pour offrande un poème de vers grecs.

    26
  26. newadvent.org : treize ans après sa visite, Érasme rédigea son colloque sur les pèlerinages (Peregrinatio religionis ergo, vers 1524), où la richesse et la magnificence de Walsingham sont décrites avec ironie.

    27
  27. Érasme, Peregrinatio religionis ergo (« Le pèlerinage pour la religion », dialogue composé vers 1524), récit d'Ogygius à Menedemus : « In that unfinish'd Church, that I spoke of, there is a little boarded Chapel, with a little Door on each Side to receive Visitors. There's but a little Light to it, but what comes from the Tapers; but the Scent is very grateful. [...] Nay, Menedemus, if you saw the Inside of it, you would say it was the Seat of the Saints, it is all so glittering with Jewels, Gold and Silver. » (trad. angl. Nathan Bailey, The Colloquies of Erasmus, éd. Rev. E. Johnson, Londres, Reeves & Turner, 1878, t. II, « The Religious Pilgrimage », p. 9 ; texte vérifié sur l'exemplaire numérisé d'archive.org). Traduction française dans le corps d'après Bailey.

    28
  28. en.wikipedia.org, « Walsingham Priory » et catholic.com (« Walsingham Priory ») : en juillet 1538, le prieur Richard Vowell consentit à la destruction du prieuré et aida les commissaires royaux à retirer la statue de Notre-Dame et à dépouiller le sanctuaire de ses ornements d'or et d'argent, envoyés à Londres.

    30
  29. en.wikipedia.org, « Walsingham Priory » : le site fut vendu, par ordre d'Henri VIII, à Thomas Sidney pour 90 livres.

    31
  30. en.wikipedia.org et ewtn.co.uk : la statue de Notre-Dame de Walsingham fut emportée à Londres et brûlée, la tradition situant le bûcher à Chelsea, dans la résidence de Thomas Cromwell (d'autres récits évoquent Smithfield).

    32
  31. en.wikipedia.org, « Basilica of Our Lady of Walsingham » : après la Réforme, la Slipper Chapel déconsacrée servit successivement de maison des pauvres, de forge, d'étable et de grange ; l'église prieurale tomba en ruine.

    33
  32. ewtn.co.uk (« Restoring Walsingham: Charlotte Boyd's Faithful Journey ») et en.wikipedia.org : Charlotte Pearson Boyd (1837-1906), convertie au catholicisme, repéra la Slipper Chapel dès 1863, l'acheta en 1896 au fermier propriétaire, la restaura et la donna à l'abbaye bénédictine de Downside.

    34
  33. en.wikipedia.org, « Basilica of Our Lady of Walsingham » : la chapelle fut restaurée en 1904 sous la direction de l'architecte Thomas Garner.

    35
  34. en.wikipedia.org (« Basilica of Our Lady of Walsingham » et « Our Lady of Walsingham ») et A Chronology of Walsingham (catholicfaith.co.uk) : par rescrit du 6 février 1897, Léon XIII bénit une nouvelle statue et restaura le sanctuaire à King's Lynn — image placée le 19 août 1897 dans la chapelle de la nouvelle église paroissiale catholique de King's Lynn, translatée à la Slipper Chapel en 1934.

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  35. en.wikipedia.org, « Basilica of Our Lady of Walsingham » : le 15 août 1934, en la fête de l'Assomption, l'évêque Laurence Youens célébra dans la Slipper Chapel la première messe publique depuis quatre cents ans.

    37
  36. en.wikipedia.org et walsingham.org.uk : peu après, le cardinal Francis Bourne, archevêque de Westminster, conduisit un grand pèlerinage national de réparation rassemblant plus de dix mille fidèles (jusqu'à douze mille selon certaines sources) ; la Slipper Chapel fut déclarée sanctuaire national de Notre-Dame pour l'Angleterre.

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  37. walsingham.org.uk (« Our Story » et « Blessed Queenship of Mary »), en.wikipedia.org (« Basilica of Our Lady of Walsingham ») et A Chronology of Walsingham (catholicfaith.co.uk) : le 15 août 1954, l'image de Notre-Dame de Walsingham fut solennellement et canoniquement couronnée au nom de Pie XII par le délégué apostolique Mgr Gerald O'Hara, devant quelque vingt mille pèlerins ; la couronne fut offerte des dons des fidèles.

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  38. en.wikipedia.org, « Basilica of Our Lady of Walsingham » : la Chapelle de Notre-Dame de la Réconciliation, achevée en 1982, peut accueillir jusqu'à 400 personnes.

    40
  39. en.wikipedia.org : le 27 décembre 2015, le pape François éleva le sanctuaire au rang de basilique mineure par décret pontifical.

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  40. en.wikipedia.org, « Anglican Shrine of Our Lady of Walsingham » : le révérend Alfred Hope Patten, prêtre anglo-catholique nommé vicaire de Walsingham en 1921, entreprit de raviver la dévotion mariale sur le lieu.

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  41. en.wikipedia.org, « Anglican Shrine of Our Lady of Walsingham » : en 1922, Hope Patten fit installer dans l'église paroissiale Saint-Mary une nouvelle statue de Notre-Dame, copiée sur l'image du sceau médiéval du prieuré de Walsingham.

    43
  42. en.wikipedia.org : en 1931, une Sainte Maison reconstruite fut enchâssée dans une église de pèlerinage où la statue fut transférée ; l'édifice fut agrandi en 1938 (béni le lundi de Pentecôte) puis étendu dans les années 1960.

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  43. en.wikipedia.org, « Anglican Shrine of Our Lady of Walsingham » : un puits sacré, réputé pour ses guérisons, fut redécouvert à l'intérieur du sanctuaire anglican ; les pèlerins y reçoivent l'eau avec imposition des mains et onction.

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  44. en.wikipedia.org, « Walsingham Priory » : à la suite des fouilles archéologiques de 1961, un marqueur signale dans le parc de l'Abbaye l'emplacement de l'ancienne Sainte Maison ; la maison privée « Walsingham Abbey » occupe l'ancien logis du prieur.

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