À une trentaine de kilomètres à l'ouest de la mégalopole de Shanghai, une colline boisée d'à peine cent mètres porte à son sommet une église de brique rouge que l'on aperçoit de loin : la basilique Sainte-Marie Auxiliatrice des chrétiens, plus connue sous le nom de sanctuaire de Notre-Dame de Sheshan.[1] C'est le plus grand lieu de pèlerinage catholique de Chine, et la première église d'Extrême-Orient à avoir reçu du pape le titre de basilique.[2]
Au fil des sections : la colline de Sheshan et son nom missionnaire de Zô-sè, l'installation des jésuites du Jiangnan à partir de 1844, la chapelle et la statue d'Auxiliatrice de 1868, le vœu fondateur prononcé pendant la menace Taiping, la première église du sommet (1871-1873), la naissance du pèlerinage de mai, l'aménagement de la « montagne sainte » (chemin de croix, chapelle du milieu, Trois Pavillons), l'observatoire jésuite voisin, la grande basilique de 1925-1935 « sans clou ni bois ni acier ni poutre », son clocher et sa statue de bronze, l'élévation en basilique mineure (1942), le couronnement de 1946, la Révolution culturelle, la restauration et la situation contemporaine.
La dévotion à Notre-Dame de Sheshan et la situation de l'Église catholique en Chine sont traitées dans des dossiers voisins. Voir aussi : L'Église en Chine contemporaine, Les missions jésuites en Chine et La controverse des rites chinois.
Où se trouve Sheshan ?
La colline de Sheshan, à l'ouest de Shanghai
Le sanctuaire occupe le sommet de la colline de Sheshan (佘山), une éminence boisée d'une centaine de mètres qui domine la plaine, dans le district de Songjiang, à une trentaine de kilomètres à l'ouest du cœur de Shanghai.[3] Dans une région d'estuaire aussi plate, ce relief modeste mais bien visible a très tôt attiré l'attention : on l'aperçoit de loin, et la basilique qui le couronne aujourd'hui se détache nettement au-dessus des arbres.[4] La colline se divise en deux mamelons, Sheshan-Ouest et Sheshan-Est ; le sanctuaire couronne le sommet ouest, et l'observatoire astronomique fondé par les jésuites se trouve sur le même versant occidental, un peu à l'ouest de la basilique (voir plus bas).[5]
Zô-sè : le nom missionnaire du lieu
Dans les archives jésuites du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, le lieu n'apparaît presque jamais sous la forme mandarine moderne « Sheshan », mais sous la transcription du dialecte de Shanghai : Zô-sè (parfois écrit Zose ou Zô-Sè).[6] C'est sous ce nom que la statue sommitale fut longtemps désignée — Notre-Dame de Zô-sè — et que l'observatoire voisin fut connu de la communauté scientifique internationale.[7] Le vocable marial du lieu est Marie Auxiliatrice des chrétiens (en chinois jìn jiào zhī yòu, 进教之佑), titre traditionnel de la Vierge secourant l'Église, particulièrement cher aux jésuites de la mission du Jiangnan.[8]
Aux origines : les jésuites du Jiangnan sur la colline (1844-1868)
L'achat de la colline et la maison de repos des missionnaires
L'histoire chrétienne de la colline commence au milieu du XIXᵉ siècle, peu après que l'édit de tolérance de 1844-1846 eut de nouveau autorisé le culte catholique en Chine.[9] Selon la tradition de la mission, c'est le jésuite Claude Gotteland (南格禄, Nán Gélù), premier supérieur de la mission rétablie du Jiangnan, qui repère la colline de Sheshan vers 1844 et juge l'endroit idéal pour y établir une maison de repos destinée aux missionnaires âgés ou malades.[10] Les jésuites achètent progressivement des terrains sur la colline et, en 1863, le P. Orbi y fait bâtir quelques pavillons et une chapelle ; l'année suivante, en 1864, le P. Du Ruolan élève un pavillon hexagonal abritant une statue de la Vierge.[11]
La chapelle et la statue d'Auxiliatrice (1868)
Le 1ᵉʳ mars 1868, l'évêque du Jiangnan, Mgr Adrien Languillat (郎怀仁, Láng Huáirén), jésuite, bénit la chapelle et la statue, et place le lieu sous le vocable de Marie Auxiliatrice des chrétiens.[12] La statue avait été peinte par le frère convers Lu Shengsan à l'imitation de la célèbre Vierge de Notre-Dame des Victoires de Paris, foyer de l'archiconfrérie du Cœur Immaculé de Marie : c'est ce modèle parisien qui fixe l'iconographie de l'Auxiliatrice de Sheshan.[13] Dès ce moment, la colline n'est plus seulement une maison de convalescence : elle devient un petit sanctuaire marial vers lequel commencent à monter des fidèles de la région.
Le vœu et la première église du sommet (1870-1873)
Le vœu du P. Gu pendant la menace Taiping
La grande église de Sheshan naît d'un vœu. Dans les années 1860, la révolte des Taiping — vaste insurrection qui ravage le sud de la Chine et menace plusieurs fois Shanghai — fait peser une grave menace sur la mission du Jiangnan.[14] Le supérieur jésuite Gu Zhensheng (谷振声) gravit la colline de Sheshan et promet à la Vierge d'élever en son honneur une église d'action de grâces si la mission est épargnée :
« Si le diocèse est sauvé de l'attaque des rebelles, nous bâtirons une église en remerciement de la protection particulière de Notre-Dame. » — Vœu attribué au P. Gu Zhensheng, vers 1864[15]
Les hostilités prennent fin et Shanghai est préservée. En septembre 1870, le P. Gu rend public son vœu, rappelle aux fidèles la protection reçue et lance un appel aux dons pour bâtir l'église promise.[16]
La pose de la première pierre (24 mai 1871)
Le 24 mai 1871, jour de la fête de Marie Auxiliatrice des chrétiens, Mgr Languillat préside la pose de la première pierre de l'église du sommet, en présence d'environ six mille fidèles — chiffre considérable pour la chrétienté chinoise de l'époque.[17] L'édifice est dessiné par le frère jésuite Léon Mariot (1830-1902). Tous les matériaux — bois venu de Shanghai, pierre achetée au Fujian — doivent être hissés à la main jusqu'au sommet, par le chemin en lacets qui servira ensuite de voie de pèlerinage.[18]
L'église « du sommet », consacrée le 15 avril 1873
Le 15 avril 1873, l'église — de plan cruciforme et de style dit « grec », mêlant éléments occidentaux et chinois, avec une véranda à dix colonnes et huit lions de pierre — est consacrée par Mgr Languillat.[19] C'est la première grande église du sommet, celle qui fera de Sheshan un sanctuaire à part entière, avant d'être à son tour jugée trop petite et démolie un demi-siècle plus tard pour laisser place à la basilique actuelle.
La naissance du pèlerinage de mai
L'indulgence de Pie IX (1874)
Dès l'année qui suit la consécration, en 1874, le pape Pie IX accorde une indulgence plénière aux pèlerins qui montent à Sheshan durant le mois de mai, mois traditionnellement consacré à la Vierge.[20] Cette faveur fixe le rythme du sanctuaire : chaque année, au mois de Marie, des fidèles affluent de tout le pays. Le pèlerinage de mai de Sheshan devient ainsi l'un des grands rendez-vous de la catholicité chinoise, et il l'est resté jusqu'aux restrictions contemporaines.[21]
La « montagne sainte » : chemin de croix, chapelle du milieu et Trois Pavillons
Pour accueillir les pèlerins, la colline est peu à peu aménagée en montagne sainte. Le chemin en lacets qui avait servi à monter les matériaux devient un chemin de croix (苦路) : les quatorze stations, d'abord coulées en fer en 1873, jalonnent la montée jusqu'au sanctuaire.[22] À mi-pente, en 1894, est édifiée la chapelle du milieu (中山堂, Zhongshan), dédiée à Marie Médiatrice, étape obligée de la procession.[23] Juste à côté s'élèvent les Trois Pavillons (三圣亭), consacrés au Sacré-Cœur de Jésus, à la Vierge et à saint Joseph, où les pèlerins font halte pour prier avant d'atteindre le sommet.[24] Cet étagement — chemin de croix, chapelle intermédiaire, sanctuaire sommital — donne à Sheshan la structure d'un véritable parcours spirituel ascendant.
L'observatoire jésuite de Zô-sè (1900)
La colline de Sheshan n'est pas seulement un sanctuaire : elle abrite aussi l'un des hauts lieux de la science jésuite en Chine. Prolongeant le travail de l'observatoire de Xujiahui (Zikawei), le P. Stanislas Chevalier (1852-1930) fait construire vers 1899-1900 un véritable observatoire astronomique sur le même versant occidental, non loin de la basilique.[25] On y installe une lunette double de 40 cm fabriquée à Paris en 1899 et une coupole rotative d'une dizaine de mètres de diamètre ; l'observatoire de Zô-sè devient alors le plus grand d'Extrême-Orient, voué à l'étude des taches solaires, de la spectroscopie, de la pesanteur et des microséismes.[26] Cette double vocation — la prière au sommet, la science un peu plus bas sur le même versant — restera l'une des singularités du lieu, et l'observatoire jouera plus tard un rôle inattendu dans l'épisode dit du « rayonnement de la Sainte Vierge » de 1979 (voir plus bas).
La grande basilique (1925-1935)
Pourquoi rebâtir ? Le concile de Shanghai (1924)
Au début des années 1920, l'église de 1873 est jugée trop petite et dépassée par les grandes églises de Shanghai ; le projet d'une basilique monumentale prend forme.[27] L'élan décisif vient du premier concile plénier de Chine, réuni à Shanghai en 1924 sous la présidence du délégué apostolique Mgr Celso Costantini (créé cardinal en 1953). Le 14 juin 1924, le délégué apostolique et vingt-cinq évêques consacrent solennellement la Chine à la Vierge Marie — geste qui fait de Sheshan le sanctuaire marial national et justifie l'ambition du nouvel édifice.[28]
Les architectes : De Moerloose et le frère Diniz
Les plans de la nouvelle basilique sont confiés au missionnaire-architecte belge Alphonse De Moerloose (1858-1932), spécialiste de l'architecture religieuse en Chine.[29] La direction quotidienne du chantier revient au jésuite portugais François-Xavier Diniz (1869-1943), connu en chinois sous le nom de Ye Zhaochang (叶肇昌).[30] Sa réputation d'exigence est restée proverbiale : les fondations sont enfoncées jusqu'à la roche, les briques sont posées selon des quotas stricts, et tout ouvrage non conforme est démoli puis refait. C'est cette rigueur qui explique que la construction ait duré dix ans.[31]
« Ni clou, ni bois, ni acier, ni poutre »
La prouesse technique de Sheshan tient en une formule consacrée par les Chinois : la basilique est dite « sans clou, sans bois, sans acier, sans poutre » (无钉无木无钢无梁).[32] L'édifice repose entièrement sur la maçonnerie : voûtes et arcs de brique et de pierre portent l'ensemble sans charpente de bois ni ossature métallique, exploit d'autant plus remarquable qu'il a fallu monter chaque matériau à dos d'homme jusqu'au sommet de la colline.[33]
Plan, dimensions et matériaux
L'ancienne église est démolie en 1923 et la reconstruction se déroule de 1925 à 1935.[34] La basilique adopte un plan en croix latine d'environ 56 mètres d'est en ouest sur 25 mètres du nord au sud (jusqu'à 35 m au transept), pour une hauteur de voûte d'environ 16 mètres et une capacité de quelque trois mille fidèles.[35] Les murs extérieurs sont en brique rouge et en granit ; une partie de la toiture est couverte de tuiles vernissées polychromes de tradition chinoise, et le maître-autel est de marbre rehaussé d'or et incrusté de jade.[36] Le style général est roman, avec des éléments néogothiques, et de hautes verrières colorées.[37]
| Élément | Caractéristique |
|---|---|
| Plan | Croix latine |
| Longueur (E-O) | ≈ 56 m |
| Largeur (N-S) | ≈ 25 m (35 m au transept) |
| Capacité | ≈ 3 000 fidèles |
| Murs | Brique rouge et granit |
| Toiture | Tuiles vernissées polychromes (en partie) |
| Clocher | 38 m, dôme « en olive » sur 16 colonnes |
| Structure | « Sans clou, ni bois, ni acier, ni poutre » |
| Style | Roman, éléments néogothiques |
Le clocher et la statue de bronze d'Auxiliatrice
À l'angle de la basilique s'élève un clocher carré de 38 mètres, coiffé d'un dôme « en forme d'olive » porté par seize colonnes.[38] À son sommet veille une statue de bronze de Marie Auxiliatrice : haute de 4,8 mètres et pesant environ 1,8 tonne, elle représente la Vierge élevant l'Enfant Jésus, dont les bras écartés dessinent une croix ; sous les pieds de Marie est figuré un dragon, image du démon vaincu.[39] Vue de loin, toute la silhouette de bronze évoque une grande croix dressée au-dessus de la plaine de Shanghai — symbole devenu l'emblème du sanctuaire.[40]
La consécration (16 novembre 1935)
La basilique est achevée et consacrée le 16 novembre 1935 par Mgr Auguste Haouisée (惠济良), jésuite, vicaire apostolique de Shanghai.[41] Dix ans de chantier au sommet d'une colline avaient ainsi donné à la Chine catholique son plus grand sanctuaire marial.
Basilique mineure et couronnement (1942-1946)
Le décret Compertum Habemus de Pie XII (1942)
Le 12 septembre 1942 — le décret ayant été rédigé le 24 juillet précédent — le pape Pie XII, par la bulle Compertum Habemus, élève le sanctuaire de Sheshan au rang de basilique mineure.[42] Sheshan devient ainsi la première basilique d'Extrême-Orient, distinction qui scelle son statut de sanctuaire national chinois.[43]
Le couronnement de la statue (8 mai 1946)
Le 8 mai 1946, Mgr Paul Yu Pin (于斌), archevêque de Nankin (créé cardinal en 1969), couronne solennellement l'image de Notre-Dame de Sheshan devant plus de dix mille catholiques.[44] Le sanctuaire est alors à son apogée : basilique mineure, image couronnée, pèlerinage national de mai. Les épreuves du demi-siècle suivant n'allaient pas tarder.
Épreuves et survie (1949-2000)
La Révolution culturelle
Après 1949, le sanctuaire passe sous le contrôle de l'Association patriotique des catholiques chinois, tandis que l'évêque légitime de Shanghai, Mgr Ignace Kung Pin-Mei, est emprisonné plus de trente ans.[45] Pendant la Révolution culturelle (1966-1976), Sheshan est durement frappé : les stations du chemin de croix sont détruites, les vitraux brisés, la statue de bronze déboulonnée du clocher et remplacée par une simple croix de fer ; la chapelle du milieu est saccagée et l'observatoire transformé en salle de sport.[46]
Le « rayonnement de la Sainte Vierge » de 1979
En octobre 1979, des catholiques rapportent avoir vu un « rayonnement de la Sainte Vierge » (圣母发光) au sommet de la colline.[47] L'épisode est examiné et, dès janvier 1980, expliqué par des reflets du soleil sur les vitres de l'observatoire voisin et sur les tuiles vernissées de la basilique.[48] L'événement, sans portée surnaturelle reconnue, illustre la ferveur populaire qui entourait le lieu au sortir de la Révolution culturelle, et la proximité singulière du sanctuaire et de l'observatoire scientifique.
La restauration et la nouvelle statue (2000)
À partir des années 1980, la basilique est restaurée et le pèlerinage reprend. La statue de bronze déboulonnée n'ayant pu être retrouvée, une nouvelle statue de Marie Auxiliatrice est fondue et installée au sommet du clocher en l'an 2000, rendant au sanctuaire sa silhouette emblématique.[49]
Sheshan aujourd'hui : un sanctuaire surveillé
Benoît XVI et la Journée mondiale de prière (24 mai)
En 2007, dans sa Lettre aux catholiques de Chine, Benoît XVI institue une Journée mondiale de prière pour l'Église en Chine fixée au 24 mai, mémoire de Marie Auxiliatrice, jour du grand pèlerinage de Sheshan.[50] Pour l'occasion, il compose une Prière à Notre-Dame de Sheshan :
« Notre-Dame de Sheshan, soutiens l'engagement de tous ceux qui, en Chine, au milieu des difficultés quotidiennes, continuent à croire, à espérer, à aimer, afin qu'ils ne craignent jamais de parler de Jésus au monde et du monde à Jésus. » — Benoît XVI, Prière à Notre-Dame de Sheshan, 2008[51]
Le contenu politique et ecclésial de cette lettre, et la situation de l'Église catholique en Chine, sont traités dans le dossier L'Église en Chine contemporaine.
Les restrictions contemporaines
Depuis 2008, premier anniversaire de la lettre de Benoît XVI, les autorités de Shanghai restreignent l'accès au sanctuaire pendant le mois de mai, en particulier pour les pèlerins venus de Hong Kong et de la diaspora : interdiction des pèlerinages diocésains organisés, contrôles d'identité, fermeture du parc adjacent.[52] La pandémie de Covid-19 sert à partir de 2020 de motif à une fermeture quasi totale lors du grand rassemblement du 24 mai. La date instituée par Benoît XVI comme Journée mondiale de prière reste néanmoins célébrée à travers le monde, là où le pèlerinage physique au sommet de Sheshan demeure entravé.[53]
Pour aller plus loin
Le sanctuaire de Sheshan s'inscrit dans la grande famille des sanctuaires mariaux d'Asie et des hauts lieux de la mission catholique en Chine. Pour replacer ce lieu dans son contexte, on pourra lire :
- L'Église en Chine contemporaine — la situation des catholiques chinois, la lettre de Benoît XVI et la Journée mondiale de prière du 24 mai.
- Les missions jésuites en Chine — de Matteo Ricci aux jésuites du Jiangnan, dont sont issus les fondateurs de Sheshan et de son observatoire.
- La controverse des rites chinois — l'arrière-plan historique de l'inculturation catholique en Chine.
- Le sanctuaire de La Vang et le sanctuaire de Velankanni — deux autres grands sanctuaires mariaux d'Asie.
Notes et références
Sheshan Basilica, en.wikipedia.org : la basilique Sainte-Marie Auxiliatrice des chrétiens, aussi appelée sanctuaire national de Notre-Dame de Sheshan, est un sanctuaire marial catholique situé sur la colline de Sheshan, district de Songjiang, à l'ouest de la zone métropolitaine de Shanghai (coordonnées 31°05′47″N 121°11′16″E).
1 3佘山进教之佑圣母大殿, zh.wikipedia.org : « 远东第一座受到教宗敕封的圣殿 » (la première basilique d'Extrême-Orient à avoir reçu un titre pontifical) ; voir aussi aleteia.org, East Asia's 1st basilica was constructed when Our Lady fended off an invasion.
2tripstoshanghai.com et catholicshrinebasilica.com : la colline de Sheshan, modeste relief boisé dans une région d'estuaire très plate, est visible de loin, et la basilique de brique rouge couronne son sommet.
4Materiality, Experience and the Body: The Catholic Pilgrimage of Sheshan (MDPI, Religions 14/1, 2023) : la basilique occupe le pic occidental de Sheshan ; l'observatoire historique de Zô-sè se trouve lui aussi sur la colline de l'Ouest (Sheshan-Ouest), à l'ouest de la basilique.
5Sheshan Basilica et Sheshan Observatory, en.wikipedia.org : la statue sommitale est intitulée « Our Lady of Zosé » ; Zô-sè (Zose) est la transcription, dans le dialecte de Shanghai, du nom de la colline employée par les missionnaires.
6web.astronomicalheritage.net (UNESCO Portal to the Heritage of Astronomy) : l'observatoire est désigné « Zô-sè » dans la littérature scientifique internationale et fut le plus grand d'Extrême-Orient.
7佘山进教之佑圣母大殿, zh.wikipedia.org : le nom chinois du sanctuaire, jìn jiào zhī yòu (进教之佑), correspond au vocable de Marie « Auxiliatrice des chrétiens ».
8catholicshrinebasilica.com : c'est après la nouvelle légalisation du catholicisme en Chine (édits de tolérance de 1844-1846) que les jésuites du Jiangnan s'intéressent à la colline de Sheshan.
9catholicshrinebasilica.com : en 1844, le jésuite « Nan Gelu » (南格禄, Claude Gotteland), supérieur du vicariat du Jiangnan, se rend à Sheshan et juge la colline idéale pour y bâtir une maison de prière destinée aux missionnaires âgés et malades.
10catholicshrinebasilica.com : le successeur de Gotteland, le P. Orbi, construit cinq pavillons avec une chapelle en 1863 ; le P. Du Ruolan élève en 1864 un pavillon hexagonal abritant une statue de la Vierge. Cf. Sheshan Basilica, en.wikipedia.org (les jésuites achètent des terrains dès le début des années 1860 et y bâtissent un sanatorium, une petite église et un pavillon avec statue de Marie).
11catholicshrinebasilica.com : le 1ᵉʳ mars 1868, Mgr Lang Huairen (郎怀仁, Adrien Languillat), jésuite, évêque du vicariat du Jiangnan, consacre la chapelle et la statue, placées sous le vocable de Marie Auxiliatrice des chrétiens.
12catholicshrinebasilica.com : la statue, peinte par le frère Lu Shengsan à l'imitation de la Vierge de Notre-Dame des Victoires de Paris, prit le nom d'« Auxiliatrice des chrétiens ».
13aleteia.org, East Asia's 1st basilica… : la menace venait de la révolte des Taiping, encore active en 1863, qui mit Shanghai en danger à plusieurs reprises.
14aleteia.org : le P. Gu Zhensheng, supérieur jésuite à Shanghai, gravit la colline de Sheshan et fit le vœu : « If the diocese is saved from the attack of the rebels, we will build a basilica in thanksgiving for Our Lady's special protection » (traduction française dans le corps ; original anglais cité par Aleteia d'après la tradition de la mission).
15catholicshrinebasilica.com et aleteia.org : les hostilités ayant cessé l'année suivant le vœu, le P. Gu rendit public son vœu en septembre 1870 et sollicita les dons des fidèles pour bâtir l'église.
16catholicshrinebasilica.com : la première pierre fut posée le 24 mai 1871 (fête de Marie Auxiliatrice) en présence de quelque 6 000 fidèles.
17Sheshan Basilica, en.wikipedia.org : la première église fut dessinée par le frère jésuite français Léon Mariot (1830-1902) ; le bois venait de Shanghai, la pierre du Fujian, et tous les matériaux devaient être portés à la main jusqu'au sommet.
18catholicshrinebasilica.com et en.wikipedia.org : l'église « du sommet », de plan cruciforme et de style « grec » mêlant éléments occidentaux et chinois (véranda à dix colonnes, huit lions de pierre), fut consacrée le 15 avril 1873 par Mgr Languillat.
19catholicshrinebasilica.com : en 1874, le pape Pie IX accorda une indulgence plénière aux pèlerins se rendant à Sheshan au mois de mai, faisant naître le pèlerinage annuel.
20en.wikipedia.org et mdpi.com (Materiality, Experience and the Body: The Catholic Pilgrimage of Sheshan, Religions 14/1, 2023) : à partir de cette indulgence, des pèlerins de toute la Chine commencent à converger vers Sheshan en mai, pratique qui se perpétue.
21en.wikipedia.org : le chemin en lacets, d'abord créé pour monter les matériaux, devient un chemin de croix ; les quatorze stations, coulées en fer en 1873, furent détruites pendant la Révolution culturelle et sont aujourd'hui en bois sculpté.
22en.wikipedia.org : en 1894 fut bâtie l'église du milieu (中山堂, Zhongshan, « au milieu de la montagne »), dédiée à Marie Médiatrice, étape de la voie de pèlerinage.
23en.wikipedia.org et zh.wikipedia.org : les Trois Pavillons (三圣亭), à l'ouest de la chapelle du milieu, sont dédiés au Sacré-Cœur de Jésus, à la Vierge et à saint Joseph ; la prière devant ces pavillons fait partie du pèlerinage.
24web.astronomicalheritage.net et Sheshan Observatory, en.wikipedia.org : l'observatoire astronomique de Sheshan fut construit par les jésuites français vers 1899-1900, sur l'initiative du P. Stanislas Chevalier (1852-1930), pour compléter le travail de l'observatoire de Zikawei (Xujiahui).
25web.astronomicalheritage.net : on y installa une lunette double de 40 cm fabriquée à Paris en 1899 et une coupole rotative d'environ 10 m ; l'observatoire de Zô-sè devint le plus grand d'Extrême-Orient, voué aux taches solaires, à la spectroscopie, à la mesure de la pesanteur et aux microséismes.
26Sheshan Basilica, en.wikipedia.org : vers 1920, l'église de 1873 était jugée inadéquate et en retard sur les autres églises de Shanghai, d'où le projet d'une nouvelle basilique monumentale.
27en.wikipedia.org : le 14 juin 1924, Mgr Celso Costantini, délégué apostolique en Chine (1922-1933, créé cardinal en 1953), et vingt-cinq évêques consacrèrent solennellement la Chine à la Vierge Marie ; ce premier concile plénier de Chine, réuni à Shanghai, donna l'impulsion à la reconstruction.
28en.wikipedia.org : les plans de la nouvelle basilique furent demandés au missionnaire-architecte belge Alphonse De Moerloose (1858-1932).
29en.wikipedia.org et zh.wikipedia.org : la supervision quotidienne du chantier revint au jésuite portugais François-Xavier Diniz (1869-1943), nommé en chinois Ye Zhaochang (叶肇昌).
30zh.wikipedia.org : Ye Zhaochang gérait le chantier avec une grande rigueur — fondations enfoncées jusqu'à la roche, briques posées en quantité et qualité définies, tout ouvrage non conforme étant démoli puis refait ; d'où une construction étalée sur dix ans.
31zh.wikipedia.org : la basilique est dite « 无钉无木无钢无梁 » (sans clou, sans bois, sans acier, sans poutre), reposant entièrement sur la maçonnerie.
32zh.wikipedia.org et en.wikipedia.org : l'édifice est porté par des voûtes et arcs de brique et de pierre, sans charpente de bois ni ossature métallique, prouesse accentuée par le portage manuel des matériaux jusqu'au sommet.
33en.wikipedia.org : l'ancienne église fut démolie en 1923 et la nouvelle basilique construite de 1924/1925 à 1935.
34en.wikipedia.org et zh.wikipedia.org : plan en croix latine d'environ 56 m (est-ouest) sur 25 m (nord-sud, jusqu'à 35 m au transept) ; nef de 55,81 m × 24,68 m, hauteur de voûte 16,46 m, capacité d'environ 3 000 fidèles, emprise d'environ un hectare.
35en.wikipedia.org : l'extérieur est principalement en granit (et brique rouge), une partie de la toiture en tuiles vernissées polychromes de style chinois, et le maître-autel en marbre rehaussé d'or et incrusté de jade.
36en.wikipedia.org et fsspx.news (The Shrine of Our Lady of Sheshan in China) : le style mêle des formes romanes et néogothiques, avec de hautes verrières colorées.
37en.wikipedia.org et zh.wikipedia.org : le clocher carré, à l'angle de la basilique, mesure 38 m de haut et est coiffé d'un dôme « en forme d'olive » porté par seize colonnes.
38zh.wikipedia.org : au sommet du clocher se dresse une statue de bronze de Marie Auxiliatrice portant l'Enfant Jésus, haute de 4,8 m et pesant environ 1,8 tonne ; l'Enfant a les bras écartés en forme de croix, et un dragon (le démon) est figuré sous les pieds de la Vierge. Cf. en.wikipedia.org : statue de 4,8 m intitulée « Our Lady of Zosé ».
39zh.wikipedia.org : « 从远处看,整尊铜像就像是一个巨大的十字架 » (vue de loin, toute la statue de bronze ressemble à une immense croix).
40zh.wikipedia.org : la basilique fut achevée le 16 novembre 1935 et la messe de consécration présidée par Mgr Auguste Haouisée (惠济良), jésuite, vicaire apostolique de Shanghai.
41en.wikipedia.org : par le décret pontifical Compertum Habemus, rédigé le 24 juillet 1942 et signé/notarié le 12 septembre 1942, Pie XII éleva le sanctuaire au rang de basilique mineure.
42catholicshrinebasilica.com et zh.wikipedia.org : Sheshan devint ainsi la première basilique d'Extrême-Orient reconnue par le pape.
43en.wikipedia.org et catholicshrinebasilica.com : le 8 mai 1946, Mgr Paul Yu Pin, archevêque de Nankin (1901-1978, élevé au cardinalat en 1969), couronna solennellement l'image mariale ; la cérémonie rassembla plus de 10 000 catholiques.
44en.wikipedia.org : après les années 1950, le gouvernement chinois transféra la basilique à l'Association patriotique des catholiques, tandis que l'évêque Mgr Ignace Kung Pin-Mei fut emprisonné plus de trente ans.
45en.wikipedia.org : pendant la Révolution culturelle, la chapelle du milieu fut endommagée, les stations du chemin de croix détruites, les vitraux brisés et la statue déboulonnée ; l'observatoire de Sheshan fut utilisé comme salle de sport.
46en.wikipedia.org : en octobre 1979, des catholiques rapportèrent un « rayonnement de la Sainte Mère » (圣母发光) au sommet de la colline.
47en.wikipedia.org : dès janvier 1980, le phénomène fut expliqué comme des reflets du soleil sur les vitres de l'observatoire voisin et sur les tuiles vernissées de la basilique.
48en.wikipedia.org : la statue déboulonnée fut d'abord remplacée par une croix de fer ; une nouvelle statue fut installée en 2000.
49Benoît XVI, Lettre aux catholiques de Chine, 27 mai 2007, § 19 : institution d'une Journée mondiale de prière pour l'Église en Chine fixée au 24 mai, mémoire de Marie Auxiliatrice et jour du pèlerinage de Sheshan. Voir le dossier L'Église en Chine contemporaine.
50Benoît XVI, Prière à Notre-Dame de Sheshan, 2008, à l'occasion de la première Journée mondiale de prière pour l'Église en Chine. Texte officiel sur le site du Saint-Siège.
51Dossier Ignispedia L'Église en Chine contemporaine : depuis 2008, les autorités de Shanghai limitent l'accès à Sheshan pendant le mois de mai (interdiction des pèlerinages diocésains depuis Hong Kong, contrôles d'identité, fermeture du parc) ; à partir de 2020, la pandémie sert de motif à une fermeture quasi totale lors du grand rassemblement du 24 mai.
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