Sur une presqu'île du lac Titicaca, à près de 3 840 mètres d'altitude, se dresse l'un des plus anciens sanctuaires mariaux d'Amérique du Sud : la basilique blanche de Copacabana, dont les coupoles mauresques et les tourelles couvertes d'azulejos brillent au-dessus du grand lac andin.[1] Ce n'est pas une cathédrale d'Europe transplantée, mais un temple né au cœur du monde aymara, à l'endroit même où, avant les Espagnols, les peuples du Titicaca vénéraient leurs divinités et d'où partait, selon la tradition historiographique locale, la route de pèlerinage vers l'Isla del Sol.[2]
Cet article traite du lieu : la presqu'île sacrée et son passé préchrétien, le grand temple morisque bâti sur près d'un demi-siècle par l'architecte Francisco Jiménez de Sigüenza, son atrium et ses chapelles d'angle, son camarín et sa chapelle des cierges, les religieux qui en furent les gardiens, et les foules qui montent encore vers le Titicaca. L'histoire de l'image elle-même — la statue de bois de maguey taillée par l'indigène Tito Yupanqui, sa dévotion et ses miracles — relève d'un dossier distinct, vers lequel renvoient les liens de cet article.[3]
Copacabana n'est pas un sanctuaire d'apparition comme Lourdes ou Fatima : c'est un sanctuaire d'image, un de ces lieux andins où, depuis la fin du XVIᵉ siècle, des peuples entiers viennent prier devant une statue jugée prodigieuse. Le sanctuaire, devenu basilique mineure et monument national de la Bolivie, accueille chaque année des dizaines de milliers de pèlerins, et son nom a essaimé à travers tout le continent — jusqu'à la célèbre plage de Rio de Janeiro.[4]
Où se trouve le sanctuaire de Copacabana ?
Une presqu'île au bord du lac Titicaca
Copacabana est une petite ville du département de La Paz, en Bolivie, posée sur une presqu'île qui s'avance dans le lac Titicaca, le plus haut lac navigable du monde, à environ 3 840 mètres d'altitude, tout près de la frontière péruvienne.[5] Bâtie entre deux collines au bord d'une baie, elle commande l'accès aux îles sacrées du lac, au premier rang desquelles l'Isla del Sol, que la mythologie inca tenait pour le berceau du soleil et de la dynastie impériale.[6]
Son nom même dit le paysage : Copacabana est couramment expliqué par l'expression aymara « kota kahuana », que l'on traduit par « vue sur le lac » ou « mirador du lac ».[7] La ville ne s'est pas développée autour d'un fort ou d'un marché, mais autour de son sanctuaire ; aujourd'hui encore, elle vit largement du pèlerinage et du tourisme du Titicaca.
Un haut lieu sacré avant le christianisme
Avant l'évangélisation, la presqu'île était déjà un sanctuaire. Les populations aymaras puis l'Empire inca y entretenaient un culte : la tradition recueillie par les chroniqueurs augustins du sanctuaire rapporte qu'on y vénérait une idole de pierre appelée Copacati, et que le lieu servait de porte d'entrée au pèlerinage vers l'Isla del Sol et l'Isla de la Luna — sans que le passage exact de ces chroniqueurs soit vérifiable à la page.[8] Copacabana était donc, bien avant la basilique, un nœud de la géographie sacrée andine.
Cette épaisseur religieuse du lieu n'est pas un détail : l'implantation d'un sanctuaire chrétien sur un ancien haut lieu indigène est caractéristique de l'évangélisation des Andes. Loin d'effacer la mémoire du site, le christianisme y a substitué le culte de la Mère de Dieu à celui des anciennes divinités du lac, faisant de Copacabana un point de bascule entre deux mondes religieux.[9]
Pourquoi un sanctuaire chrétien ici ?
L'acte de fondation du sanctuaire chrétien est l'installation, le 2 février 1583 — jour de la Chandeleur —, d'une statue de la Vierge sculptée par un indigène du lieu, Francisco Tito Yupanqui, descendant de la noblesse inca.[10] La petite communauté indienne de Copacabana, partagée entre deux factions, avait fini par choisir comme patronne Notre-Dame de la Chandeleur ; la statue, longtemps refusée puis acceptée, fut intronisée ce jour-là dans la modeste église du village.[11]
Ce qui importe ici, c'est que cette intronisation fonda un lieu de culte appelé à un rayonnement immense. Autour de la statue jugée miraculeuse s'organisèrent bientôt une confrérie, puis un grand sanctuaire, puis un flux continu de pèlerins venus de tout le haut plateau. L'histoire de la statue elle-même, de sa fabrication et de ses prodiges, forme un récit propre. Voir l'article détaillé : Notre-Dame de Copacabana.
Le temple morisque
Le sanctuaire actuel n'est pas la chapelle de 1583, mais un grand temple bâti à partir du tournant du XVIIᵉ siècle, lorsque l'afflux des pèlerins rendit nécessaire un édifice à la mesure de la dévotion. C'est l'un des plus beaux ensembles de l'architecture coloniale de l'Altiplano.[12]
Un sanctuaire construit sur près d'un demi-siècle
Telle est du moins la datation classique, reprise de l'historiographie locale (Mesa et Gisbert) : la construction du temple fut confiée à l'architecte Francisco Jiménez de Sigüenza, qui éleva la nef entre 1601 et 1619.[13] L'atrium et les chapelles qui l'entourent furent achevés vers 1640, puis la Capilla Mayor fut agrandie en 1651 pour former la nef actuelle, dotée de sa sacristie, de son atrium et de ses tours.[14] La longueur même du chantier — plus d'un demi-siècle — explique l'évolution du style : commencé dans un esprit Renaissance, l'édifice prit au fil des décennies l'allure morisque qui le caractérise aujourd'hui.[15] Une autre tradition historiographique donne toutefois une chronologie plus tardive : première chapelle des augustins entre 1614 et 1618, construction de la basilique actuelle soutenue par le vice-roi de Lima à partir de 1668, inauguration en 1678 et achèvement en 1805.[16]
Le style morisque blanchi à la chaux
Le temple de Copacabana est un édifice de style morisque (morisco), entièrement blanchi à la chaux, dont la silhouette de coupoles et de tourelles se détache sur le bleu du lac et du ciel andin.[17] La façade et les chapelles sont rehaussées de colonnes, de coupoles et d'azulejos — ces carreaux de céramique vernissée d'origine hispano-mauresque — qui donnent à l'ensemble blanc des éclats de couleur.[18]
« Le jeu de ses coupoles et de ses tourelles lui donne un aspect imposant. » — Description historique du sanctuaire de Copacabana[19]
Cette blancheur éclatante, ces dômes et ces clochetons font de la basilique l'un des monuments les plus reconnaissables de Bolivie, et un cas remarquable d'art mauresque transposé au cœur des Andes, à près de quatre mille mètres d'altitude.
L'atrium et les quatre chapelles d'angle
Le temple est précédé d'un vaste atrium (atrio) clos d'un mur, comme beaucoup d'églises de mission andines. À chacun de ses quatre angles se dresse une chapelle d'angle (capilla posa), petit édicule où s'arrêtaient les processions et reposait le Saint-Sacrement le temps d'une station.[20] Cet atrium à chapelles d'angle, hérité des premières missions du XVIᵉ siècle, témoigne d'une liturgie pensée pour de grandes foules en plein air, à une époque où les églises ne pouvaient contenir tous les fidèles indiens.
La chapelle ouverte des indiens
L'un des éléments les plus précieux de l'ensemble est la capilla abierta, ou « chapelle des indiens » : une chapelle ouverte sur l'atrium, depuis laquelle le prêtre pouvait célébrer et prêcher devant la multitude rassemblée au-dehors.[21] Ce dispositif, typique de l'évangélisation hispano-américaine, dit la vocation missionnaire du lieu : Copacabana fut conçu non comme une simple église paroissiale, mais comme un grand centre où l'on catéchisait et baptisait les populations du lac.
Le camarín de la Vierge
Au cœur du sanctuaire, derrière le maître-autel, se trouve le camarín — la chambre-reliquaire surélevée où l'image vénérée est exposée, accessible par un escalier dérobé pour la vêtir et l'orner.[22] Le camarín actuel, richement doré, fut aménagé sous l'administration franciscaine au début du XXᵉ siècle, entre 1910 et 1913.[23] C'est là que la Virgen Morena, parée d'or et de riches manteaux, domine la nef ; selon une tradition vénérable, la statue originale ne quitte jamais le sanctuaire, des copies étant portées en procession à sa place.[24]
La Capilla de Velas et le Cerro Calvario
Le sanctuaire ne se limite pas au temple. Sur l'esplanade et aux abords, la dévotion populaire a sa topographie propre. La Capilla de Velas — la chapelle des cierges — est le lieu où les pèlerins font brûler leurs cierges et tracent à la cire fondue leurs intentions sur les murs, geste devenu l'un des plus caractéristiques du sanctuaire.[25] Au-dessus de la ville, le Cerro Calvario dresse son chemin de croix : les fidèles gravissent la colline jusqu'aux croix du sommet, d'où le regard embrasse tout le lac, prolongeant à ciel ouvert la prière commencée dans la basilique.[26]
- Avant 1532Un haut lieu préhispanique
La presqu'île de Copacabana, porte de l'Isla del Sol sur le Titicaca, est un sanctuaire aymara et inca où l'on vénère notamment l'idole Copacati.
- 2 février 1583L'intronisation de l'image
La statue de la Vierge sculptée par Tito Yupanqui est installée le jour de la Chandeleur dans l'église du village : acte de fondation du sanctuaire chrétien.
- 1587L'arrivée des augustins
Selon la datation habituellement retenue (16 janvier 1587), les ermites de Saint-Augustin prennent en charge le sanctuaire, qu'ils administreront jusqu'en 1826 (la notice anglophone donne 1589).
- 1601-1619La construction du temple
L'architecte Francisco Jiménez de Sigüenza élève la nef du grand temple morisque.
- 1640L'atrium et les chapelles d'angle
Achèvement de l'atrium et des quatre capillas posas qui entourent le temple.
- 1651L'agrandissement
Agrandissement de la Capilla Mayor, qui donne à la nef sa forme actuelle (datation classique).
- 1668-1805L'autre datation du chantier
Selon une autre tradition historiographique, la basilique actuelle aurait été entreprise en 1668, inaugurée en 1678 et achevée en 1805.
- 1910-1913Le camarín doré
Sous les franciscains, aménagement du camarín richement doré qui abrite l'image.
- 1er août 1925Le couronnement canonique
L'image est couronnée Reine de la Nation par bref de Pie XI, lors du premier Congrès eucharistique national.
Les gardiens du sanctuaire
Comme tout grand sanctuaire, Copacabana a été porté par des communautés religieuses qui en ont assuré le service, le rayonnement et la mémoire écrite.
Les augustins (1587-1826)
En 1587 — le 16 janvier selon la datation habituellement retenue, dont l'acte n'est pas publié à la page exacte —, le sanctuaire fut confié aux Ermites de Saint-Augustin, qui en firent un centre missionnaire et dévotionnel de premier plan pour tout le haut Pérou.[27] Ce sont les augustins qui développèrent la dévotion, accueillirent les pèlerins, bâtirent et embellirent le grand temple. Le sculpteur de l'image, Tito Yupanqui, mourut pour sa part à Cuzco en 1616 ; la tradition locale le rattache à l'ordre augustin.[28] Les augustins demeurèrent gardiens du lieu jusqu'en 1826, au lendemain de l'indépendance de la Bolivie.[29]
Les chroniqueurs du sanctuaire
Le rayonnement de Copacabana doit beaucoup à deux chroniqueurs augustins du XVIIᵉ siècle, qui en fixèrent l'histoire et les merveilles. Le premier est Alonso Ramos Gavilán, auteur de l'Historia del célebre santuario de Nuestra Señora de Copacabana (Lima, 1621), première grande histoire du sanctuaire et de ses miracles, source de toute l'historiographie ultérieure.[30] Le second est Antonio de la Calancha, dont la Crónica Moralizada (1638-1653) consacre de longues pages au sanctuaire du Titicaca.[31]
« Copacabana fut, dès le premier siècle de l'évangélisation, l'un des sanctuaires mariaux les plus célèbres du Nouveau Monde, comparé par les chroniqueurs à Guadalupe pour son ancienneté et son rayonnement. » — d'après l'historiographie augustinienne du sanctuaire[32]
Ces chroniques font de Copacabana l'un des sanctuaires américains les mieux documentés dès le XVIIᵉ siècle : on connaît son origine, ses gardiens, ses prodiges et la diffusion de ses copies grâce à des récits contemporains, et non par simple tradition orale tardive.
Les franciscains (depuis 1842)
Après le départ des augustins, le sanctuaire connut une période de transition, avant d'être confié aux Pères franciscains, qui en ont la garde depuis 1842 et l'administrent jusqu'à aujourd'hui.[33] Ce sont eux qui, au début du XXᵉ siècle, aménagèrent le camarín doré et accompagnèrent le grand essor dévotionnel qui conduisit au couronnement de 1925.
Le sanctuaire reconnu et couronné
Au XXᵉ siècle, le sanctuaire reçut les plus hautes distinctions ecclésiales et civiles, qui consacrèrent son rang de premier sanctuaire national de la Bolivie.
Le couronnement canonique de 1925
Le moment décisif fut le couronnement canonique de l'image. Par un bref apostolique daté du 29 juillet 1925, le pape Pie XI autorisa le couronnement solennel ; le rite fut accompli le 1er août 1925, lors du premier Congrès eucharistique national de Bolivie, qui coïncidait avec le centenaire de l'indépendance du pays.[34] La Vierge de Copacabana y fut proclamée Reine de la Nation, scellant pour un siècle le lien entre la foi mariale et l'identité bolivienne.[35]
Basilique mineure et patronne de la Bolivie
L'élévation en basilique mineure est postérieure au couronnement : c'est le pape Pie XII qui, par le décret Bolivianæ Ditionis Intra du 2 juillet 1940, accorda au sanctuaire le titre et les prérogatives de basilique mineure, consacrant son rang parmi les grandes églises du continent.[36] Notre-Dame de Copacabana est, depuis lors, vénérée comme patronne de la Bolivie, et son sanctuaire est le terme des grands pèlerinages nationaux.[37] En 2025, l'Église de Bolivie a célébré le centenaire de ce couronnement, rassemblant des dizaines de milliers de fidèles autour du Titicaca.[38]
Monument national (1940)
L'État bolivien reconnut à son tour la valeur du lieu : le 7 novembre 1940, le temple de Copacabana fut déclaré Monument national par décret.[39] Cette reconnaissance civile, distincte de la reconnaissance romaine, faisait du sanctuaire un élément du patrimoine officiel de la nation. (La notice espagnole du sanctuaire fait remonter le titre de basilique au bref de Pie XI de 1925 ; les notices anglophones et la liste des basiliques catholiques le datent du décret de Pie XII du 2 juillet 1940 : l'article retient cette dernière date, dissociée du couronnement de 1925.)[40]
Un sanctuaire vivant
Plus encore que par son architecture, Copacabana vaut par la ferveur qu'il rassemble. C'est l'un des grands foyers de piété populaire andine, où la dévotion catholique accueille un héritage indigène encore vivace (voir plus bas la bénédiction des véhicules).
Les grandes fêtes du sanctuaire
Deux dates concentrent les foules. Le 2 février, fête de la Chandeleur (Candelaria), célèbre l'intronisation de l'image et le vocable même de la Vierge ; c'est la grande fête patronale, avec danses, fraternités et processions.[41] Du 5 au 6 août, le sanctuaire connaît un second grand rassemblement, qui réunit chaque année plusieurs dizaines de milliers de pèlerins venus de Bolivie, du Pérou et d'ailleurs ; une copie de l'image est alors portée en procession.[42]
« Copacabana est un lieu de purification, au sceau missionnaire, où le peuple croyant vient déposer ses fatigues et repartir renouvelé. » — d'après une présentation pastorale du sanctuaire (Conférence épiscopale de Bolivie)[43]
La bénédiction des véhicules
La tradition la plus singulière du lieu est la bénédiction des véhicules (bendición de movilidades), aussi appelée ch'alla des autos.[44] Des fidèles de toute la Bolivie, du Pérou et d'ailleurs montent à Copacabana pour faire bénir leur automobile par la Vierge : les voitures, ornées de fleurs et de guirlandes, sont aspergées d'eau bénite par les prêtres devant la basilique, après quoi les propriétaires répandent à terre des libations en hommage à la Pachamama, la Terre-Mère.[45] Ce rite reste l'une des images les plus connues du sanctuaire. Les plans n'y sont pas confondus : la bénédiction — l'eau bénite aspergée par les prêtres devant la basilique — est un sacramental de l'Église ; les libations à la Pachamama sont un geste populaire accompli par les fidèles eux-mêmes. Les prêtres accueillent ces foules sans confondre les deux gestes, et accompagnent les pèlerins vers la Vierge.[46]
De Copacabana à Rio : le rayonnement d'un nom
La renommée du sanctuaire a fait essaimer son nom et son image à travers tout le continent. Le cas le plus célèbre est la plage de Copacabana, à Rio de Janeiro : le quartier doit son nom à une chapelle de Nossa Senhora de Copacabana, élevée autour d'une copie de l'image bolivienne apportée au XVIIᵉ siècle par des marchands péruviens dans ce qui n'était alors qu'un village de pêcheurs.[47] D'autres localités d'Argentine, du Brésil ou de Colombie portent également le nom de Copacabana, signe de la diffusion exceptionnelle d'une dévotion née sur les rives du Titicaca.[48]
Le sanctuaire aujourd'hui
Au total, la basilique de Copacabana demeure le cœur spirituel de la Bolivie catholique et l'un des grands sanctuaires marials d'Amérique du Sud. Quelques repères pour situer le lieu :
| Aspect | Information |
|---|---|
| Localisation | Ville de Copacabana, dép. de La Paz, presqu'île du lac Titicaca (~3 840 m), près de la frontière péruvienne |
| Style | Temple morisque blanchi, coupoles et tourelles à azulejos |
| Architecte | Francisco Jiménez de Sigüenza (nef, 1601-1619 selon la datation classique) |
| Gardiens | Augustins (1587-1826), puis franciscains (depuis 1842) |
| Image | Notre-Dame de la Chandeleur de Copacabana, par Tito Yupanqui (1583) |
| Statut | Couronnement canonique (1925) ; basilique mineure (1940) ; Monument national (1940) |
| Fêtes | 2 février (Chandeleur) ; 5-6 août |
| Patronage | Patronne de la Bolivie |
Plus qu'un monument, Copacabana est un lieu vivant : un sanctuaire d'altitude où, depuis plus de quatre siècles, des peuples andins gravissent les rives du plus haut des lacs pour déposer leurs peines et leurs espérances devant une petite image brune, sous les coupoles blanches qui veillent sur le Titicaca.
Pour aller plus loin
- Notre-Dame de Copacabana — l'image de bois sculptée par Tito Yupanqui, la légende fondatrice et la dévotion mariale bolivienne
- Sanctuaire de Luján — l'autre grand sanctuaire marial national du cône sud, en Argentine
- L'Église en Amérique latine — le cadre du catholicisme populaire latino-américain
- Sanctuaire de Zapopan — un sanctuaire d'image mexicain, autre Vierge patronne nationale
- Sanctuaire de Akita — un sanctuaire d'image, comme Copacabana, mais à l'autre bout du monde
- Les apparitions mariales depuis le XIXᵉ siècle — le panorama d'ensemble et les statuts canoniques
Notes et références
Basílica de Nuestra Señora de Copacabana et Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org ; Copacabana, Bolivia, en.wikipedia.org : la ville est située dans le département de La Paz, sur une presqu'île du lac Titicaca, à environ 3 840 m d'altitude, près de la frontière péruvienne ; coordonnées approximatives 16°10′S, 69°05′O.
1 5Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : la dévotion s'est implantée vers 1583 sur un site situé à plus de 3 800 m d'altitude, sur une presqu'île du Titicaca déjà tenue pour sacré par les Aymaras et les Incas.
2L'image elle-même (statue de bois de maguey représentant Notre-Dame de la Chandeleur, dorée à l'or fin, œuvre de Francisco Tito Yupanqui) et la dévotion font l'objet d'un dossier distinct ; le présent article porte sur le lieu et ses édifices.
3Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org ; Copacabana (Río de Janeiro), es.wikipedia.org : la dévotion s'est diffusée en Argentine, au Brésil, au Chili, en Colombie et au Pérou, de nombreuses localités portant le nom de Copacabana, dont le quartier-plage de Rio de Janeiro.
4Copacabana, Bolivia et Isla del Sol, en.wikipedia.org : la presqu'île de Copacabana commande l'accès à l'Isla del Sol, île du Titicaca tenue par la mythologie inca pour le lieu d'origine du soleil et de la dynastie impériale.
6Explication courante, non adossée à une source primaire : lanacion.com.ar (La Copacabana de Bolivia, la antigua ciudad de los incas que dio nombre a una de las playas más famosas de Brasil, 2024) ; Copacabana, Bolivia, en.wikipedia.org : le toponyme dériverait de l'aymara kota kahuana, « vue sur le lac » / « mirador du lac ».
7Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : le lieu aurait été un sanctuaire indigène, associé à une idole appelée Copacati, et porte d'entrée du pèlerinage vers l'Isla del Sol et l'Isla de la Luna. Attribué à la tradition recueillie par les chroniqueurs augustins (Ramos Gavilán, Historia, Lima, 1621 ; Calancha, Crónica Moralizada, t. 1, 1638, t. 2, 1653) : aucun livre, chapitre ou page exact n'ayant pu être vérifié, l'article ne leur attribue pas de passage précis (voir notes ramos-gavilan et calancha).
8Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : le sanctuaire chrétien s'est implanté sur un ancien haut lieu sacré aymara et inca, substituant le culte marial aux anciennes dévotions du lac — schéma classique de l'évangélisation andine.
9Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : l'image fut installée à Copacabana le 2 février 1583, jour de la Chandeleur ; le détail de l'histoire de la statue et de Tito Yupanqui relève du dossier dédié.
10 11Basílica de Nuestra Señora de Copacabana, es.wikipedia.org ; ecured.cu (Basílica de Nuestra Señora de Copacabana) : le temple est l'un des grands ensembles de l'architecture coloniale de l'Altiplano bolivien.
12Basílica de Nuestra Señora de Copacabana, es.wikipedia.org (datation classique, d'après les historiens José de Mesa et Teresa Gisbert) ; urbipedia.org (Archivo de Arquitectura) : la nef fut construite entre 1601 et 1619 par l'architecte Francisco Jiménez de Sigüenza.
13Basílica de Nuestra Señora de Copacabana, es.wikipedia.org (même datation classique) : l'atrium et les chapelles d'angle furent achevés en 1640 ; la Capilla Mayor fut agrandie en 1651, donnant à la nef sa forme actuelle, avec sacristie, atrium et tours.
14Basílica de Nuestra Señora de Copacabana, es.wikipedia.org ; ecured.cu : édifice de style morisque, originellement Renaissance ; le style mauresque s'est imposé en raison de la durée du chantier (plus de soixante ans).
15 17Autre chronologie : Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org, section « Construcción del Templo Mayor » — première chapelle des augustins entre 1614 et 1618, construction soutenue par le vice-roi de Lima (comte de Lemos) dès 1668, inauguration en 1678, basilique datée de 1805. Même datation tardive sur Basilica of Our Lady of Copacabana, en.wikipedia.org (édifice actuel élevé entre 1669 et 1679) ; notice de la basilique sur MAVCOR (Yale) : ca. 1668-1684.
16ecured.cu (Basílica de Nuestra Señora de Copacabana) ; boliviaentusmanos.com : la façade et les chapelles emploient colonnes, coupoles et azulejos décoratifs ; l'ensemble est blanchi à la chaux (morisco encalado).
18ecured.cu (Basílica de Nuestra Señora de Copacabana) : description historique — « el conjunto de sus cúpulas y torreoncitos le dan un aspecto imponente » (le jeu de ses coupoles et de ses tourelles lui donne un aspect imposant). Traduction française dans le corps, original espagnol ici.
19ecured.cu : le temple est entouré d'un atrium dont chaque angle porte une chapelle (capilla posa) ; ces chapelles d'angle servaient de stations aux processions.
20ecured.cu (Basílica de Nuestra Señora de Copacabana ; Iglesia de Copacabana) : l'ensemble conserve une capilla abierta ou capilla de indios, chapelle ouverte d'où l'on prêchait à la foule rassemblée dans l'atrium.
21Basílica de Nuestra Señora de Copacabana, es.wikipedia.org : le camarín, derrière le maître-autel, abrite l'image vénérée, accessible pour la vêtir et la parer.
22Basílica de Nuestra Señora de Copacabana, es.wikipedia.org ; en.wikipedia.org (Our Lady of Copacabana) : le camarín actuel, richement doré, fut aménagé sous administration franciscaine entre 1910 et 1913.
23Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : selon la tradition, l'image originale ne quitte jamais le sanctuaire ; des copies sont portées en procession à sa place.
24boliviaentusmanos.com (Basílica de Copacabana) : parmi les attraits du sanctuaire figure la Capilla de Velas (chapelle des cierges), lieu de la dévotion des pèlerins.
25ecured.cu ; boliviaturismo.com.bo (Copacabana y Lago Titicaca) : au-dessus de la ville, le Cerro Calvario porte un chemin de croix gravi par les pèlerins, d'où l'on domine le lac Titicaca.
26Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : les ermites de Saint-Augustin s'établirent à Copacabana en 1587 (le 16 janvier selon la datation habituellement retenue, dont l'acte n'est pas publié à la page exacte) et y demeurèrent jusqu'en 1826. Variante : Basilica of Our Lady of Copacabana, en.wikipedia.org, confie la gestion aux augustins en 1589.
27Agence Fides (The cause of beatification of Tito Yupanqui has begun, 2011) : l'aymara Francisco Tito Yupanqui, né vers 1540-1550 à Copacabana, mourut à Cuzco (Pérou) en 1616 ; Francisco Tito Yupanqui, en.wikipedia.org (1550, Copacabana – 1616, Cuzco). Le rattachement à l'ordre augustin relève de la tradition locale ; la date de 1608, parfois avancée, est abandonnée ici au profit de 1616.
28Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : les augustins administrèrent le sanctuaire jusqu'en 1826, au lendemain de l'indépendance de la Bolivie (1825).
29Alonso Ramos Gavilán, Historia del célebre santuario de Nuestra Señora de Copacabana, Lima, 1621 (rééditions ultérieures ; cf. Historia del santuario de Nuestra Señora de Copacabana, scielo.org.bo) : première grande histoire du sanctuaire et de ses miracles, source de l'historiographie postérieure. Ouvrage cité en bloc : aucun livre, chapitre ou page exact n'ayant pu être vérifié, l'article ne lui attribue pas de passage précis.
30Antonio de la Calancha, Corónica moralizada de la Orden de San Agustín en el Perú, tome 1 paru en 1638, tome 2 en 1653 (complété et publié par son disciple Bernardo de Torres en 1655 comme Chronique des sanctuaires de Notre-Dame de Copacabana et du Prado) : le chroniqueur augustin consacre d'amples développements au sanctuaire de Copacabana. Ouvrage cité en bloc : aucun livre, chapitre ou page exact n'ayant pu être vérifié, l'article ne lui attribue pas de passage précis.
31Synthèse d'après l'historiographie augustinienne (Ramos Gavilán, 1621) et les présentations contemporaines (es.wikipedia.org, Virgen de Copacabana) : Copacabana compte parmi les plus anciens et célèbres sanctuaires marials d'Amérique, souvent rapproché de Guadalupe. Formulation de synthèse, non citation verbatim.
32ecured.cu (Basílica de Nuestra Señora de Copacabana) : le sanctuaire est administré par les Pères franciscains depuis 1842.
33Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org ; aciprensa.com (Bolivia prepara el corazón hacia los 100 años de la coronación de la Virgen de Copacabana) : par bref apostolique du 29 juillet 1925, Pie XI autorisa le couronnement, accompli le 1er août 1925 lors du premier Congrès eucharistique national, coïncidant avec le centenaire de l'indépendance.
34Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : l'image fut couronnée et proclamée Reine de la Nation lors du couronnement de 1925.
35Basilica of Our Lady of Copacabana et Our Lady of Copacabana, en.wikipedia.org : Pie XII éleva le sanctuaire au rang de basilique mineure par le décret Bolivianæ Ditionis Intra du 2 juillet 1940 ; List of Catholic basilicas (Copacabana, 1940). La page espagnole du sanctuaire est seule à rattacher le titre au bref de Pie XI de 1925 (« En 1925 por el Breve Apostólico de Pío XI se otorgó al Santuario de Copacabana el título y las prerrogativas de Basílica Menor »).
36Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org ; misionerosdigitales.com (Nuestra Señora de Copacabana Patrona de Bolivia) : Notre-Dame de Copacabana est la patronne de la Bolivie.
37aciprensa.com (Miles de fieles celebran a la Virgen de Copacabana en su centenario de coronación, 2025) : en août 2025, l'Église de Bolivie a célébré le centenaire du couronnement canonique, rassemblant des dizaines de milliers de fidèles.
38ecured.cu (Basílica de Nuestra Señora de Copacabana) ; Basílica de Nuestra Señora de Copacabana, es.wikipedia.org : le temple fut déclaré Monument national le 7 novembre 1940.
39Distinction tranchée dans le corps : le couronnement canonique (bref de Pie XI du 29 juillet 1925, rite du 1er août 1925) et l'élévation en basilique mineure (décret Bolivianæ Ditionis Intra de Pie XII du 2 juillet 1940) sont deux actes distincts. La page espagnole du sanctuaire les confond en un seul bref de 1925 ; les notices anglophones et la liste des basiliques attestent 1940, date retenue ici.
40turismo-america.com (Fiesta de la Virgen de Copacabana) ; Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : la fête de la Chandeleur (2 février) est la grande fête patronale du sanctuaire.
41aciprensa.com (Miles de fieles celebran a la Virgen de Copacabana..., 2025) : autour du 5-6 août, plusieurs dizaines de milliers de pèlerins de Bolivie et du Pérou convergent vers le sanctuaire ; une copie de l'image est portée en procession.
42evangelizacion.ceb.bo (Santuario de Copacabana, un lugar de purificación con sello misionero, 2023) : présentation pastorale du sanctuaire comme lieu de purification au sceau missionnaire. Traduction française dans le corps, sens d'après la source espagnole.
43Bendición de autos en Copacabana, es.wikipedia.org ; ecured.cu : la bénédiction des véhicules (bendición de movilidades / ch'alla) consiste à faire bénir les automobiles, ornées de fleurs et aspergées d'eau bénite par les prêtres, après quoi les propriétaires répandent des libations en hommage à la Pachamama. Les prêtres donnent la bénédiction de l'Église (eau bénite) ; les libations relèvent de la piété populaire des fidèles, que l'Église accueille et accompagne sans les confondre avec le sacramental.
44 45 46Copacabana (Río de Janeiro), es.wikipedia.org ; lanacion.com.ar (2024) : le quartier-plage de Copacabana à Rio doit son nom à une chapelle de Nossa Senhora de Copacabana, élevée autour d'une copie de l'image bolivienne apportée au XVIIᵉ siècle par des marchands péruviens.
47Virgen de Copacabana, es.wikipedia.org : de nombreuses localités d'Amérique latine (Argentine, Brésil, Colombie, Pérou) portent le nom de Copacabana, signe de la diffusion de la dévotion.
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