Bienheureux Stanley Rother (1935-1981)

Le bienheureux Stanley Rother (1935-1981), fils de fermiers de l'Oklahoma recalé au séminaire, devint missionnaire chez les Mayas tz'utujiles du Guatemala. Menacé de mort pendant la guerre civile, il refusa de fuir son peuple et fut assassiné le 28 juillet 1981 : premier prêtre martyr né aux États-Unis.

Ignispedia

Stanley Francis Rother — né à Okarche (Oklahoma) le 27 mars 1935, assassiné à Santiago Atitlán (Guatemala) le 28 juillet 1981 — est un prêtre missionnaire américain, tué par un escadron de la mort au cœur de la guerre civile guatémaltèque. Fils de fermiers, recalé au séminaire pour son incapacité à apprendre le latin, il devint pourtant l'un des visages les plus lumineux de la sainteté nord-américaine du XXᵉ siècle.[1][2]

Envoyé en 1968 dans la mission que son diocèse entretenait chez les Mayas tz'utujiles, sur les rives du lac Atitlán, il y apprit l'espagnol puis le tz'utujil, une langue maya sans écriture avant l'arrivée des missionnaires, célébra la messe dans cette langue et participa à la traduction collective du Nouveau Testament en tz'utujil, achevée et publiée après sa mort. Fermier de formation, il conduisait le bulldozer de la mission, entretenait la coopérative agricole, le dispensaire et la première radio catholique de la région : les Indiens l'appelaient Padre A'plas, « père François ».[3][4][5]

Quand la répression s'abattit sur l'Église du Guatemala et que son nom apparut sur une liste de mort, il refusa de déserter. Dans sa dernière lettre de Noël 1980, il écrivit cette phrase devenue célèbre : « Le berger ne peut pas fuir au premier signe de danger. »[6][7] Abattu de deux balles dans la tête dans son presbytère le 28 juillet 1981, il fut rapatrié en Oklahoma, mais son cœur fut enseveli sous l'autel de son église guatémaltèque, à la demande de son peuple. Le pape François le reconnut martyr le 1er décembre 2016, et il fut béatifié le 23 septembre 2017 — premier prêtre né aux États-Unis élevé à cet honneur.[8][9]

L'enfant d'Okarche : un fermier de l'Oklahoma (1935-1957)

Naissance dans une famille de fermiers allemands

Stanley Francis Rother naît le 27 mars 1935 dans une ferme des environs d'Okarche, minuscule bourgade de l'Oklahoma (à peine 1 300 habitants) fondée par des colons catholiques d'origine allemande.[10] Il est baptisé deux jours plus tard, le 29 mars 1935, en l'église de la Sainte-Trinité d'Okarche.[11] Ses parents, Franz Rother et Gertrude Smith, cultivent la terre ; Stanley est l'aîné des cinq enfants de Franz et Gertrude : sa sœur Betty — future religieuse sous le nom de sœur Marita —, ses frères Jim et Tom, et la petite Caroline, morte peu après sa naissance.[12][13][14]

La maison Rother est celle d'un catholicisme rural, laborieux et sans emphase : le travail des champs, la messe dominicale, le chapelet en famille. C'est dans ce terreau ordinaire — la piété des campagnes et l'exigence du travail bien fait — que se forme le caractère du futur martyr : tenace, silencieux, fidèle.

« Future Farmer of America » : la terre avant l'autel

Rien, chez le jeune Stanley, ne laisse deviner d'abord un prêtre. C'est un garçon de la terre, doué de ses mains, habitué aux moteurs, aux récoltes et au bétail. À l'école secondaire de la Sainte-Trinité, il est élu président du chapitre local des Future Farmers of America — l'association des jeunes agriculteurs américains.[15] Il sait réparer une machine, conduire un tracteur, bâtir, semer et moissonner : ce savoir-faire paysan, apparemment sans rapport avec le sacerdoce, se révélera plus tard décisif dans les montagnes du Guatemala.

Mais au fond de ce fils de fermier travaille un appel plus grand. Contre toute attente — et à la surprise de son entourage —, l'adolescent demande à entrer au séminaire pour devenir prêtre.

L'échec au séminaire : recalé pour le latin

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Envoyé étudier au séminaire de l'Assomption, à San Antonio (Texas), Stanley s'y débat pendant environ six ans avec les matières classiques — et échoue lamentablement en latin, langue alors indispensable à la théologie et à la liturgie.[16][17] Il rate sa première année de théologie, et le recteur, découragé, le renvoie chez lui en lui suggérant de renoncer au sacerdoce.[18]

C'est l'un des paradoxes les plus saisissants de sa vie : celui qui sera plus tard capable de maîtriser deux langues à l'âge adulte — l'espagnol, puis l'ardu tz'utujil, une langue maya alors sans forme écrite avant le travail des missionnaires — fut d'abord jugé incapable d'apprendre le latin d'écolier. La faiblesse scolaire n'était pas une faiblesse de l'âme.

La deuxième chance et l'ordination (1963)

Le jeune homme ne se résigne pas ; il s'ouvre de sa détresse à son évêque, Mgr Victor Reed, d'Oklahoma City–Tulsa. Le prélat, discernant sous les échecs scolaires une vocation authentique, lui offre une seconde chance dans un autre établissement : le séminaire du Mont-Sainte-Marie (Mount St. Mary's) d'Emmitsburg, dans le Maryland.[19][20] Cette fois, Stanley réussit. Le recteur du Mont-Sainte-Marie note même : « Monsieur Rother a fait d'excellents progrès dans ce séminaire et il devrait faire un très bon prêtre de paroisse. »[21]

Le 25 mai 1963, Stanley Rother est ordonné prêtre pour le diocèse d'Oklahoma City–Tulsa par Mgr Victor Reed.[22] Le fils de fermier recalé pour son latin est devenu prêtre du Christ.

D'un curé de l'Oklahoma à un missionnaire du Guatemala (1963-1968)

Les premières paroisses

Pendant cinq ans, le jeune père Rother exerce son ministère dans les paroisses de son diocèse : Saint-William à Durant, Saint-François-Xavier et la cathédrale de la Sainte-Famille à Tulsa, puis Corpus Christi à Oklahoma City.[23] Prêtre consciencieux et effacé, il n'a rien d'un orateur brillant ; sa force est ailleurs — dans la présence, la disponibilité, la constance. Un ancien condisciple de séminaire, le père Tom Connery, le résumera d'un mot : « Stanley était travailleur, dévoué, fidèle. »[24]

L'appel du Guatemala

À la même époque, l'Église des États-Unis répond à l'appel du pape Jean XXIII, qui avait demandé aux diocèses nord-américains d'envoyer des missionnaires en Amérique latine. Le diocèse d'Oklahoma ouvre alors une mission au Guatemala, à Santiago Atitlán. En 1968, à sa propre demande, le père Rother y est envoyé.[25][26]

De la ferme d'Okarche à Santiago Atitlán : les étapes majeures de la vie de Stanley Rother. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Le missionnaire qui débarque sur les rives du lac Atitlán est un homme mûr de trente-trois ans, sans éclat apparent, mais porteur d'un capital rare pour une mission de montagne : des mains de paysan et un cœur de curé.

Le Padre A'plas de Santiago Atitlán (1968-1981)

Un peuple maya : les Tz'utujiles

L'église de Santiago Atitlán, sur les rives du lac Atitlán : c'est ici que Rother servit les Tz'utujiles et que son cœur fut conservé près de l'autel. Source : Wikimedia Commons.

Santiago Atitlán est une bourgade indigène blottie au pied de volcans, sur les bords du splendide lac Atitlán, dans le département de Sololá. Ses habitants, les Tz'utujiles, sont un peuple maya pauvre, profondément marqué par sa culture et sa langue propres, et longtemps tenu à l'écart de la société ladino (métisse) dominante.[27] C'est à ce peuple que le père Rother va se donner tout entier pendant treize ans.

Apprendre l'impossible : la langue tz'utujil

Le prêtre qui n'avait jamais pu retenir le latin se met alors à apprendre, à l'âge adulte, deux langues successives : d'abord l'espagnol, puis le tz'utujil, une langue maya d'une grande difficulté, sans écriture avant l'arrivée des missionnaires : les premiers relevés en avaient été posés dès 1966 par le missionnaire Ramón Carlín, aidé de deux paroissiens, et Rother poursuivit ce travail avec énergie.[28][29] Rother s'y attelle avec l'obstination du fermier : il apprend, transcrit, systématise, jusqu'à pouvoir prêcher et célébrer la messe en tz'utujil, dans la langue même de ses paroissiens.[30]

Comme il n'existait aucun équivalent tz'utujil du prénom « Stanley », les Indiens l'appelèrent du nom de son second prénom, Francis : il devint pour eux le Padre A'plas (Apla's), « père François ».[31]

Le prêtre-fermier : coopérative, dispensaire, radio

Chez les Tz'utujiles, l'ancien président des Future Farmers of America retrouve enfin son élément. Rother n'est pas seulement l'homme de l'autel : c'est un prêtre aux mains calleuses qui conduit lui-même le bulldozer de la mission, travaillant certains jours de sept heures du matin à seize heures trente, ne s'arrêtant que pour la messe.[32] Autour de la paroisse, il fait naître tout un réseau d'entraide : une coopérative agricole, un centre de nutrition, une école, un dispensaire — le petit hôpital de Panabaj, le « Hospitalito » — et la première station de radio catholique de la région, qui diffuse la catéchèse et des leçons de langue et de calcul.[33][34]

Les œuvres pastorales et sociales du Padre A'plas à Santiago Atitlán. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Ce christianisme incarné — la foi qui laboure, soigne, nourrit et instruit — enracine l'Évangile dans le concret. Rother ne « civilise » pas les Indiens de haut : il s'abaisse jusqu'à leur langue et leur travail, et c'est de là que rayonne son ministère.

Traduire le Nouveau Testament

Son œuvre la plus durable est spirituelle : sa participation à la traduction du Nouveau Testament en tz'utujil, afin que ce peuple puisse enfin entendre et lire la Parole de Dieu dans sa langue maternelle. Loin d'être une œuvre solitaire, ce chantier avait été ouvert dès 1966 par son prédécesseur le missionnaire Ramón Carlín, aidé de deux paroissiens ; Rother s'y attela avec énergie et, quand la violence s'abattit, il protégea le traducteur Diego Mendoza Lacán en le mettant à l'abri — l'ouvrage fut achevé et publié après sa mort.[35][36][37][38] Pour un homme jadis renvoyé du séminaire à cause des langues, cette entreprise tient du prodige de la grâce : le recalé du latin aida à donner à tout un peuple les Évangiles dans sa propre langue.

Le Guatemala dans le sang : l'Église persécutée

La guerre civile et la répression

Les années 1970 et 1980 sont, pour le Guatemala, celles d'une guerre civile atroce. Face à la guérilla, l'armée et des escadrons de la mort liés au pouvoir mènent une répression aveugle, dont les populations indigènes et l'Église — soupçonnée de « subversion » parce qu'elle défend les pauvres — font massivement les frais. Rother décrit lui-même les racines du drame dans ses lettres :

1980-1981 : destruction de la radio, assassinats, liste de mort, retour forcé puis retour volontaire au Guatemala. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

« Le pays est ici en rébellion, et le gouvernement s'en prend à l'Église. Les bas salaires versés, le très petit nombre de gens excessivement riches, la mauvaise répartition des terres — voilà quelques-unes des causes de ce mécontentement généralisé. » — père Stanley Rother, lettre depuis Santiago Atitlán[39]

Les catéchistes qui disparaissent

La violence frappe bientôt la porte même de la mission. Fin 1980, la station de radio est détruite et son directeur assassiné ; des catéchistes et des paroissiens de Rother disparaissent, retrouvés plus tard morts, portant des marques de torture.[40][41] Le prêtre, brisé de douleur, enterre les siens et continue. Contre la terreur, il choisit obstinément une autre voie :

« Et que faire face à tout cela ? Que pouvons-nous faire, sinon accomplir notre travail, garder la tête basse et prêcher l'Évangile de l'amour et de la non-violence ? » — père Stanley Rother, lettre de sa dernière année[42]

La liste de mort

Au début de l'année 1981, l'inévitable survient : Rother est prévenu que son nom figure sur une liste noire des escadrons de la mort — à la huitième place.[43][44] Les avertissements sont clairs : il doit quitter le Guatemala immédiatement s'il veut rester en vie.

« Le berger ne peut pas fuir » : le choix de rester

La lettre de Noël 1980

Bien avant que la menace ne se précise, Rother avait déjà tranché en conscience. Dès mai 1980, il écrivait avec une lucidité désarmante :

« Si je reçois une menace directe ou si l'on m'ordonne de partir, alors je partirai. Mais si mon destin est de donner ma vie ici, eh bien, qu'il en soit ainsi. » — père Stanley Rother, lettre de mai 1980[45]

Puis, dans sa lettre de Noël 1980 adressée aux fidèles de l'Oklahoma, il livra la phrase qui résume toute sa vie et qui donnera son titre à sa biographie de référence, The Shepherd Who Didn't Run :[46]

« Le berger ne peut pas fuir au premier signe de danger. Priez pour nous, afin que nous soyons un signe de l'amour du Christ pour notre peuple. » — père Stanley Rother, lettre de Noël 1980[47][48]

Il refuse d'abandonner les siens, quoi qu'il en coûte : « Je ne veux pas déserter ces gens, et c'est pourtant ce qu'on dira, même après toutes ces années. »[49]

Le retour en Oklahoma et la décision de repartir

En janvier 1981, cédant aux pressions de son évêque et de sa famille, Rother rentre — à contrecœur — en Oklahoma, échappant provisoirement à la mort.[50] Mais l'exil lui est insupportable : il ne pense qu'à son peuple menacé. Après avoir célébré Pâques en Oklahoma, il prend la décision qui scelle son destin et repart au Guatemala dès le mois d'avril 1981, sachant pertinemment qu'il est surveillé.[51] À son frère Tom qui le mettait en garde, il répond simplement :

« Un berger ne peut pas fuir son troupeau. » — père Stanley Rother, à son frère Tom[52]

Le choix pastoral de Rother en trois temps : menace, discernement, offrande. Infographie originale Ignispedia créée par IA.

Son père, le vieux Franz Rother, dira plus tard, sans une plainte : « Nous sommes vraiment fiers de lui. Il sentait que son peuple avait besoin de lui, et il y est retourné. »[53]

Le martyre du 28 juillet 1981

La nuit du 28 juillet

Dans la nuit du 28 juillet 1981, peu après minuit, trois hommes masqués pénètrent dans le presbytère de Santiago Atitlán.[54][55] Ils s'emparent d'un adolescent, Francisco Bocel, présent dans les lieux, et le contraignent sous la menace de mort à les conduire à la chambre du prêtre. Rother ouvre sa porte ; il ne veut pas être enlevé et disparaître comme les autres. Une lutte s'ensuit, tandis que le jeune Bocel parvient à s'enfuir. Le père Rother est abattu de deux balles dans la tête.[56][57] Il a quarante-six ans.

Il ne fut pas la seule victime : Stanley Rother fut l'un des dix prêtres assassinés au Guatemala cette seule année 1981.[58] Ses assassins — trois hommes masqués — n'ont jamais été identifiés ni traduits en justice : les hommes arrêtés par la police ne correspondaient pas au signalement donné par Francisco Bocel.[59]

Le corps en Oklahoma, le cœur à Santiago Atitlán

La dépouille du missionnaire fut rapatriée en Oklahoma et inhumée le 3 août 1981 au cimetière de la Sainte-Trinité d'Okarche, sa terre natale.[60] Mais ses paroissiens tz'utujiles, inconsolables, ne voulurent pas être séparés tout entiers de leur père. À leur demande, son cœur fut prélevé et enseveli sous l'autel de l'église de Santiago Atitlán, là même où il avait tant de fois célébré l'Eucharistie.[61][62]

Ce geste dit mieux que tout discours ce qu'il avait été pour eux. Un membre de l'ambassade américaine, témoin du deuil de tout un peuple, résuma : « C'était comme si leur Dieu était mort. »[63]

De serviteur de Dieu à bienheureux

La cause et la déclaration de martyre (2016)

La réputation de sainteté et de martyre de Stanley Rother ne fit que grandir. Sa cause fut ouverte au niveau diocésain, transférée à l'archidiocèse d'Oklahoma City ; il fut déclaré Serviteur de Dieu le 25 novembre 2009.[64] Après l'examen de sa vie et de sa mort, le pape François confirma le 1er décembre 2016 que le père Rother avait bien été tué in odium fidei — « en haine de la foi » —, c'est-à-dire qu'il était un authentique martyr.[65][66] La reconnaissance du martyre dispensait de l'exigence d'un miracle pour la béatification.[67]

La béatification du 23 septembre 2017

Le 23 septembre 2017, devant environ vingt mille fidèles rassemblés au Cox Convention Center d'Oklahoma City, le cardinal Angelo Amato, envoyé du pape François, proclama bienheureux le père Stanley Rother.[68] L'événement était historique : Rother devenait le premier prêtre né aux États-Unis et le premier martyr américain élevé aux honneurs des autels.[69][70]

Le sanctuaire du bienheureux Stanley Rother à Oklahoma City, dédié en 2023 et devenu la plus grande église catholique de l'Oklahoma. Source : Wikimedia Commons.

Dans son homélie, le cardinal Amato appliqua au missionnaire la parole du Christ sur le grain de blé et le résuma d'une formule qui reprenait ses propres mots :

« Le bon berger ne peut pas abandonner son troupeau. » — cardinal Angelo Amato, homélie de béatification, 23 septembre 2017[71]

Le sanctuaire d'Oklahoma City

Pour honorer le nouveau bienheureux, l'archidiocèse édifia le sanctuaire du bienheureux Stanley Rother à Oklahoma City, dédié le 17 février 2023 par l'archevêque Paul S. Coakley, devant environ 3 000 fidèles venus du monde entier.[72][73] Bâti dans un style colonial espagnol qui évoque l'église de Santiago Atitlán, financé sans dette par des donateurs catholiques pour un coût d'environ 50 millions de dollars, il offre un sanctuaire de 2 000 places et est devenu la plus grande église catholique de l'Oklahoma.[74] Sa fête liturgique est fixée au 28 juillet, jour de son martyre.

À l'occasion de cette dédicace, le corps du bienheureux fut transféré du cimetière de la Sainte-Trinité d'Okarche vers une chapelle du sanctuaire, où il repose désormais sous l'autel ; son cœur demeure sous l'autel de l'église de Santiago Atitlán.[75][76] Sa biographe, María Ruiz Scaperlanda, salua ce nouveau lieu de pèlerinage :

« Des gens du monde entier peuvent venir et le connaître davantage, et vraiment demander son intercession. » — María Ruiz Scaperlanda, biographe du bienheureux Stanley Rother[77]

L'archevêque Coakley, lui, résuma le sens du lieu :

« Nous nous rassemblons ici pour honorer le Dieu qui a créé tout cela, et le Dieu qui est glorifié dans ses saints. » — Mgr Paul S. Coakley, archevêque d'Oklahoma City, homélie de dédicace, 17 février 2023[78]

Le tableau suivant récapitule les grandes étapes de la vie du bienheureux, de la ferme d'Okarche aux autels.

ÉtapeDateFait
Naissance à Okarche27 mars 1935Aîné d'une famille de fermiers allemands de l'Oklahoma
Renvoi du séminairevers 1959-1960Échec en latin et en théologie à l'Assomption (San Antonio)
Ordination sacerdotale25 mai 1963Par Mgr Victor Reed, après une seconde chance au Mont-Sainte-Marie
Départ en mission1968Santiago Atitlán (Guatemala), chez les Tz'utujiles, à sa demande
Nom sur la liste de mortdébut 1981Huitième place d'une liste d'escadron de la mort
Retour forcé en Oklahomajanvier 1981Puis retour volontaire au Guatemala en avril 1981
Martyre28 juillet 1981Abattu dans son presbytère de Santiago Atitlán
Cœur enseveli à Atitlánaoût 1981Corps inhumé à Okarche, cœur sous l'autel guatémaltèque
Martyre reconnu1er décembre 2016Par le pape François, in odium fidei
Béatification23 septembre 2017À Oklahoma City, par le cardinal Angelo Amato
Transfert au sanctuaire17 février 2023Corps réinhumé à Oklahoma City ; cœur toujours à Santiago Atitlán

La spiritualité de Stanley Rother : la fidélité ordinaire

La sainteté de Stanley Rother n'a rien de spectaculaire. Pas de visions, pas de stigmates, pas d'éloquence : seulement une fidélité obstinée, celle du paysan qui reste au champ jusqu'au bout. C'est précisément là que réside sa grandeur.

« Pour moi, je suis chrétien ; pour les autres, je suis prêtre » (saint Augustin)

Une parole de saint Augustin, que le jeune ordinand avait choisie pour son image d'ordination, résume l'esprit qui l'animait, à la fois humble et brûlant :

« Pour moi-même, je suis chrétien ; pour le service des autres, je suis prêtre. » — saint Augustin (formule adaptée par Rother pour son image d'ordination, 1963)[79]

Toute sa vie tient dans cette phrase : le sacerdoce vécu non comme un statut, mais comme un don total au service du peuple. Le prêtre n'existe pas pour lui-même — il est tout entier tourné vers ceux qu'il doit conduire au Christ. Ce n'est d'ailleurs pas une formule de son cru : c'est une parole de saint Augustin, que le jeune ordinand choisit lui-même pour orner son image-souvenir d'ordination en 1963 — signe qu'il avait, dès le premier jour de son sacerdoce, fait sienne cette hiérarchie augustinienne entre l'être chrétien et la charge sacerdotale.[80]

Le berger et l'Eucharistie

Le cœur de Rother enseveli sous l'autel de Santiago Atitlán n'est pas qu'un symbole touchant : c'est l'image exacte de sa vie. Il fut un prêtre de l'Eucharistie, arrêtant son bulldozer pour célébrer la messe, refusant de quitter l'autel où il rassemblait son peuple. Son martyre prolonge et scelle l'offrande eucharistique : comme le grain de blé de l'Évangile, il est tombé en terre pour porter du fruit.[81]

Une sainteté sans éclat

Ce qui frappe les témoins, c'est l'absence de tout héroïsme théâtral. Rother n'a pas cherché la mort ; il n'a fait que rester, jour après jour, quand tout lui commandait de partir. Sa sainteté est celle de la vertu ordinaire poussée jusqu'au bout : la constance d'un homme qui aime son devoir plus que sa vie. C'est ce que le cardinal Amato souligna en le donnant en modèle non des exploits extraordinaires, mais de la fidélité quotidienne au poste reçu.

Ce que le bienheureux Stanley Rother enseigne aujourd'hui

L'histoire de Stanley Rother est celle d'un contraste évangélique : un fils de fermier recalé au séminaire devenu apôtre d'un peuple maya, un homme sans éclat devenu martyr, un prêtre « incapable d'apprendre le latin » qui aida à donner les Évangiles à tout un peuple dans sa langue. Trois leçons demeurent.

  • La faiblesse n'empêche pas la sainteté. Recalé, renvoyé, jugé inapte, Rother rappelle que Dieu appelle et se sert des faibles : ses lacunes scolaires n'ont pas entravé sa vocation, elles l'ont rendue plus éclatante encore.
  • Le pasteur reste. Face au danger, il n'a pas fui. Sa phrase — « Le berger ne peut pas fuir au premier signe de danger » — est un examen de conscience pour tout responsable, prêtre, parent ou éducateur : aime-t-on son devoir plus que sa sécurité ?
  • La sainteté est ordinaire. Rother ne fut ni mystique ni orateur : il fut fidèle. Sa vie prouve qu'on devient saint non par des prodiges, mais en accomplissant humblement, jusqu'au bout, la tâche que Dieu confie.

« Un berger ne peut pas fuir son troupeau. » — Bienheureux Stanley Rother[82]

Pour aller plus loin

Notes et références

  1. Wikipedia (EN), "Stanley Rother" : en.wikipedia.org/wiki/Stanley_Rother. Stanley Francis Rother, né le 27 mars 1935 à Okarche (Oklahoma), baptisé le 29 mars 1935 à l'église de la Sainte-Trinité ; fils de Franz Rother et Gertrude Smith, fermiers ; fratrie : Betty (sœur Marita), Jim et Tom — et une petite Caroline, morte peu après sa naissance, selon le témoignage de sa sœur Marita ; difficultés au séminaire de l'Assomption (San Antonio), échec en latin et en théologie, renvoi ; seconde chance à Mount St. Mary's (Emmitsburg, Maryland) grâce à Mgr Victor Reed ; ordination le 25 mai 1963 ; paroisses de l'Oklahoma (Durant, Tulsa, Oklahoma City) ; mission à Santiago Atitlán (Sololá, Guatemala) à partir de 1968, à sa demande ; peuple tz'utujil ; apprentissage de l'espagnol et du tz'utujil (langue maya sans écriture avant les missionnaires, premiers relevés dès 1966 par Ramón Carlín) ; surnom « Padre Apla's / A'plas » (Francis) ; traduction du Nouveau Testament en tz'utujil ; œuvres (coopérative, dispensaire/Hospitalito de Panabaj, école, radio) ; guerre civile, destruction de la radio et meurtre de son directeur, disparitions de catéchistes ; nom sur une liste de mort (8ᵉ place) début 1981 ; retour en Oklahoma en janvier 1981, retour au Guatemala en avril 1981 ; assassinat le 28 juillet 1981 (trois hommes masqués, Francisco Bocel contraint, deux balles dans la tête) ; l'un des 10 prêtres tués au Guatemala en 1981 ; corps inhumé à Okarche le 3 août 1981, cœur enseveli sous l'autel de Santiago Atitlán ; Serviteur de Dieu le 25 novembre 2009 ; martyre reconnu par le pape François le 1er décembre 2016 (in odium fidei) ; béatification le 23 septembre 2017 à Oklahoma City par le cardinal Angelo Amato ; premier prêtre et martyr né aux États-Unis béatifié ; fête le 28 juillet ; sanctuaire d'Oklahoma City (style colonial espagnol, plus grande église catholique de l'État, dédié le 17 février 2023).

    1 3 8 11 12 16 19 22 23 25 27 28 31 34 35 40 43 50 51 54 56 58 60 61 64 65 69 76
  2. Franciscan Media / St. Anthony Messenger, "Blessed Stanley Rother" : franciscanmedia.org. Né dans une ferme d'Okarche (env. 1 300 habitants), communauté catholique allemande ; président du chapitre local des Future Farmers of America au lycée ; difficultés scolaires au séminaire, échec en latin, échec de la première année de théologie et renvoi par le recteur ; seconde chance offerte par Mgr Victor Reed à Mount St. Mary's (Maryland) ; treize ans de mission à Santiago Atitlán, surnom « Padre Apla's » (Francis) ; coopérative agricole, centre de nutrition, école, dispensaire, première radio catholique ; devenu fluent en tz'utujil malgré son échec en latin, traduction du Nouveau Testament ; jugements du père Tom Connery (« Stanley était travailleur, dévoué, fidèle ») et de sœur Bernice Kita (« don de présence ») ; assassiné le 28 juillet 1981, trois hommes, deux balles dans la tête, cœur enseveli à Santiago Atitlán ; mot du père Franz Rother (« Nous sommes vraiment fiers de lui. Il sentait que son peuple avait besoin de lui, et il y est retourné ») ; béatifié le 23 septembre 2017, premier martyr et premier prêtre diocésain nés aux États-Unis à être béatifiés, aucun miracle requis du fait du martyre.

    2 4 10 13 15 17 18 20 24 26 30 33 36 49 53 55 67 70
  3. America Magazine, "Father Stanley Rother knew 'a shepherd cannot run from his flock'" (28 juin 2017) : americamagazine.org. Compétences de fermier et de mécanicien mises au service de la mission : conduite du bulldozer de 7 h à 16 h 30, ne s'arrêtant que pour la messe ; maîtrise de l'espagnol et du tz'utujil, traduction du Nouveau Testament ; lettre sur les causes de la violence (« Le pays est ici en rébellion, et le gouvernement s'en prend à l'Église. Les bas salaires… la mauvaise répartition des terres… ») ; « La réalité est que nous sommes en danger » ; à son frère Tom : « Un berger ne peut pas fuir son troupeau » ; appréciation du recteur du séminaire (« Monsieur Rother a fait d'excellents progrès… il devrait faire un très bon prêtre de paroisse ») ; témoignage d'un membre de l'ambassade américaine (« C'était comme si leur Dieu était mort »).

    5 21 32 39 52 63 82
  4. Blessed Stanley Rother Shrine (Oklahoma City), "About Blessed Stanley Rother" : rothershrine.org. Site officiel du sanctuaire ; biographie du bienheureux, contexte de la guerre civile et de la répression (destruction de la radio, disparitions de catéchistes et de paroissiens), lettre de Noël 1980 (« Le berger ne peut pas fuir au premier signe de danger »), martyre du 28 juillet 1981 et cœur enseveli à Santiago Atitlán.

    6 41 47
  5. National Eucharistic Revival, "American Eucharistic Witnesses: Blessed Stanley Rother — The Shepherd Who Didn't Run" : eucharisticrevival.org. Citations de Rother : lettre de mai 1980 (« Si je reçois une menace directe ou si l'on m'ordonne de partir, alors je partirai. Mais si mon destin est de donner ma vie ici, eh bien, qu'il en soit ainsi ») ; lettre de sa dernière année (« Que pouvons-nous faire, sinon accomplir notre travail, garder la tête basse et prêcher l'Évangile de l'amour et de la non-violence ? ») ; lettre de Noël 1980 (« Le berger ne peut pas fuir au premier signe de danger. Priez pour nous, afin que nous soyons un signe de l'amour du Christ pour notre peuple ») ; mort le 28 juillet 1981 vers 1 h 30, deux balles dans la tête ; cœur enseveli dans l'autel de Santiago Atitlán ; béatification le 23 septembre 2017.

    7 42 45 48 57 62
  6. Catholic News Agency / EWTN News, "Faithful martyr and missionary Father Stanley Rother beatified in Oklahoma" (23 septembre 2017) : catholicnewsagency.com. Béatification du 23 septembre 2017 au Cox Convention Center d'Oklahoma City devant plus de 20 000 personnes, présidée par le cardinal Angelo Amato au nom du pape François ; homélie appliquant à Rother la parole du grain de blé (« Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit ») et la formule « le bon berger ne peut pas abandonner son troupeau » ; Rother décrit comme ayant fait le bien et répandu la paix et la réconciliation dans un temps de persécution sanglante de l'Église, continuant à prêcher l'Évangile de l'amour et de la non-violence.

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  7. Diocèse de Dodge City, "Blessed Father Rother's sister recalls his goodness" (témoignage de sœur Marita Rother, sœur du bienheureux) : dcdio.solutiosoftware.com. Le père Stan avait 14 mois de plus que sa sœur ; un frère, Jim, naquit après sœur Marita, suivi de Caroline (morte peu après sa naissance), puis de Tom, né trois ans plus tard — soit cinq enfants de Franz et Gertrude Rother.

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  8. National Catholic Reporter, "Guatemalan people celebrate Fr. Stanley Rother's beatification" : ncronline.org. La langue ancienne n'avait pas d'écriture jusqu'en 1966, quand le père Ramon Carlin, prédécesseur de Rother dans la mission de l'Oklahoma, commença avec deux paroissiens à en fixer les sons par écrit — chantier poursuivi avec énergie par Rother ; Rother prit de grands risques pour que la traduction du Nouveau Testament continue malgré la violence, en mettant à l'abri le traducteur menacé, Diego Mendoza Lacán, dans une maison sûre.

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  9. Denver Catholic, "Stanley Francis Rother, a shepherd who didn't run" : denvercatholic.org. Le père Rother œuvra pour que le lectionnaire de la messe et le Nouveau Testament soient traduits en tz'utujil — projet achevé et publié après sa mort.

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  10. National Catholic Register, "American Martyr Fr. Stanley Rother: 'A Shepherd Cannot Leave His Flock'" : ncregister.com. Début 1981, Rother averti que son nom figure à la huitième place d'une liste noire des escadrons de la mort et qu'il doit quitter le Guatemala immédiatement ; retour à contrecœur en Oklahoma en janvier, puis décision de repartir ; « le berger ne peut pas fuir au premier signe de danger » comme motif de son retour.

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  11. María Ruiz Scaperlanda, The Shepherd Who Didn't Run: Blessed Stanley Rother, Martyr from Oklahoma, Our Sunday Visitor (édition révisée), ISBN 978-1-68192-456-4. Biographie de référence du bienheureux Stanley Rother, dont le titre reprend sa phrase de la lettre de Noël 1980 ; retrace l'enfance à Okarche, les échecs au séminaire, la mission de Santiago Atitlán, la guerre civile, les menaces de mort et le martyre.

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  12. National Catholic Reporter, "Fr. Stanley Rother beatified in Oklahoma City" : ncronline.org. Rother fut tué par trois hommes masqués qui n'ont jamais été identifiés ; Franciscan Media (John Rosengren, "Father Stan Rother: American Martyr in Guatemala") : la police arrêta trois hommes de Santiago Atitlán et les inculpa du meurtre au cours d'un prétendu cambriolage — alors qu'ils ne correspondaient pas à la description donnée par Francisco Bocel ; les tueurs de Stan ne furent jamais traduits en justice.

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  13. Mount St. Mary's University (Emmitsburg, Maryland), "He Was a Good Shepherd: Blessed Stanley Rother Shrine Dedicated in Oklahoma City" (février 2023) : news.msmary.edu. Rother fut ordonné depuis le séminaire de Mount St. Mary's en 1963 ; dédicace du sanctuaire du bienheureux Stanley Rother à Oklahoma City le 17 février 2023, sanctuaire de 2 000 places, messe de dédicace présidée par l'archevêque Paul S. Coakley ; le bienheureux fut réinhumé dans une chapelle du sanctuaire lors du week-end de la dédicace ; citation de Mgr Coakley : « We gather here to honor the God who created all of this and the God who is glorified in his saints » (« Nous nous rassemblons ici pour honorer le Dieu qui a créé tout cela, et le Dieu qui est glorifié dans ses saints »).

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  14. America Magazine, "A $50 million shrine will honor Blessed Stanley Rother, the first American martyr" (14 février 2023) : americamagazine.org. Dédicace du sanctuaire le vendredi 17 février 2023 ; coût d'environ 50 millions de dollars, financement entièrement par des dons catholiques et sans dette ; style architectural colonial espagnol ; sanctuaire de 2 000 places avec centre d'accueil, boutique, musée et chapelle destinée à être le lieu de sépulture définitif de Rother ; citation de la biographe María Ruiz Scaperlanda : « People from all over the world can come and know more about him and really ask for his intercession » (« Des gens du monde entier peuvent venir et le connaître davantage, et vraiment demander son intercession ») ; citation de Mgr Paul S. Coakley sur l'espérance suscitée par le sanctuaire.

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  15. Saint-Siège, portail du Mois missionnaire extraordinaire (octobre 2019), notice « P. Stanley Rother » : october2019.va/en/testimoni/i-testimoni/p-stanley-rother.html. Ordonné en mai 1963 ; arrivé à la mission d'Oklahoma au Guatemala en juin 1968 ; paroisse de Santiago Atitlán, diocèse de Sololá ; apprentissage de l'espagnol et du tz'utujil ; fondation d'une coopérative agricole, d'une école, d'un dispensaire et d'une station de radio catholique ; départ du Guatemala en 1981 sous la menace, retour trois mois plus tard ; tué le 28 juillet 1981 à 46 ans par trois hommes masqués non identifiés ; précise que la citation « Pour moi-même je suis chrétien, pour le bien des autres je suis prêtre » est une parole de saint Augustin que Rother choisit lui-même pour son image-souvenir d'ordination ; cite aussi sa lettre de décembre 1980 à l'archidiocèse d'Oklahoma City : « C'est l'une des raisons pour lesquelles je dois résister à la violence : le pasteur ne peut pas fuir au premier signe de danger. »

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