Saint Paulin d'York (mort le 10 octobre 644 à Rochester) est un missionnaire romain du début du VIIᵉ siècle et le premier évêque d'York. Membre de la mission envoyée par le pape Grégoire le Grand pour convertir les Anglo-Saxons, il débarque en Angleterre en 604. Sacré évêque, probablement le 21 juillet 625, il accompagne la princesse Æthelburg de Kent en Northumbrie, où elle épouse le roi païen Edwin. Il réussit à convertir Edwin et un certain nombre de ses sujets, fait bâtir plusieurs églises en Northumbrie, puis, après la mort d'Edwin en 633, se replie dans le Kent et termine sa vie comme évêque de Rochester, jusqu'à sa mort le 10 octobre 644.[1][2][3]
Grégoire le Grand avait conçu pour la jeune Église anglo-saxonne un plan métropolitain : deux archevêchés, à Cantorbéry et à York, chargés d'organiser la conversion du pays. Paulin est l'homme qui porte ce projet jusqu'en Northumbrie. L'ampleur réelle de sa mission reste débattue : après la mort d'Edwin, son successeur retourne au paganisme, et la conversion durable de la région devra beaucoup plus tard aux missionnaires irlandais appelés par le roi Oswald. Mais deux résultats demeurent : l'Église d'York est fondée, et des fidèles formés par Paulin, comme Hilda, future abbesse de l'abbaye de Whitby, porteront la suite.[4][5]
Un moine romain envoyé vers les Anglo-Saxons (601-625)
Paulin est un moine romain, probablement d'origine italienne. Le pape Grégoire le Grand l'envoie au royaume de Kent en 601, dans le second groupe de missionnaires chargé de convertir les Anglo-Saxons. Il arrive en Angleterre en 604.[6][7] Jusqu'en 625, il reste dans le Kent ; les sources ne précisent pas bien ce qu'il y fait pendant ces années.
Bède le Vénérable, qui écrit au début du VIIIᵉ siècle, dresse de Paulin un portrait physique resté célèbre, qu'il tient probablement de Jacques le Diacre, un proche de Paulin encore vivant à l'époque :
« Un homme de grande taille, un peu courbé, aux cheveux noirs et au visage fin, avec un nez fin et crochu, d'allure à la fois vénérable et imposante. » — Bède le Vénérable, Histoire ecclésiastique du peuple anglais, v. 731[8][9]
Le 21 juillet 625 (date de Bède, que les historiens discutent), Paulin est sacré évêque par l'archevêque Juste de Cantorbéry. Il accompagne alors la princesse Æthelburg, sœur du roi Eadbald de Kent, qui va épouser le souverain païen de Northumbrie, Edwin. L'une des conditions du mariage est qu'Æthelburg puisse rester chrétienne et pratiquer librement son culte : Paulin est chargé de célébrer l'office pour la nouvelle reine.[10][11]
La chronologie de Bède pose cependant quelques problèmes : certaines lettres papales adressées à Edwin, qui nous sont parvenues, laissent supposer qu'Eadbald ne s'était converti que peu auparavant, ce qui contredit Bède. Les historiens David Peter Kirby et Henry Mayr-Harting estiment que Paulin et Æthelburg seraient partis pour la Northumbrie avant 624, et que Paulin serait retourné au Kent pour y être sacré.[12] L'essentiel demeure : Paulin est envoyé en Northumbrie comme évêque de la reine, et il cherche à convertir les sujets du roi.
Évêque d'York et conversion de la Northumbrie (625-633)
Selon Bède, lorsque Paulin annonce au roi Edwin que la naissance de sa fille Eanflæd, le jour de Pâques 626, est une réponse divine à ses prières, Edwin promet de se convertir et d'autoriser le baptême de sa fille s'il vainc le royaume du Wessex, dont le souverain venait de commanditer une tentative d'assassinat contre lui. Victorieux, Edwin tarde néanmoins à tenir sa promesse. Ce sont les révélations de Paulin sur un rêve fait jadis par Edwin à la cour du roi Rædwald d'Est-Anglie qui finissent par le décider : dans ce rêve, un étranger aurait prophétisé que le pouvoir reviendrait à Edwin dès lors qu'une personne lui poserait la main sur la tête. Alors que Paulin expliquait le rêve au roi, il aurait posé sa main sur la tête d'Edwin, preuve dont celui-ci avait besoin.[13][14]
Il est peu probable qu'un événement surnaturel et la seule persuasion de Paulin aient suffi à convertir Edwin. L'attitude de l'aristocratie, convaincue par Paulin, et les lettres du pape Boniface V exhortant Edwin à se convertir ont joué un rôle décisif. Edwin et nombre de ses suivants sont baptisés à York en 627.[15][16]
L'activité de Paulin s'étend jusqu'au royaume voisin de Lindsey. Une légende relate le séjour de Paulin avec Edwin et Æthelburg à Yeavering, où il aurait passé trente-six jours à baptiser les nouveaux convertis.[17] Paulin établit son église à York, ville que le plan de Grégoire le Grand destinait à accueillir le deuxième évêché métropolitain d'Angleterre. Bâtie en pierre, cette église n'a jamais été retrouvée. Paulin fonde aussi plusieurs églises sur les terres royales, dont celle de Lincoln, correspondant à l'actuelle église Saint-Paul-dans-le-Bail.[18][19]
Deux personnages marquants passent par le baptême de Paulin : Hilda, future fondatrice de l'abbaye de Whitby, et Eanflæd, la fille d'Edwin, qui succédera à Hilda comme abbesse de Whitby. En tant que seul évêque romain en Angleterre à cette date, Paulin sacre aussi archevêque de Cantorbéry Honorius, un autre membre de la mission grégorienne, après la mort de Juste, entre 628 et 631.[20][21]
Évêque de Rochester et mort (633-644)
Le 12 octobre 633, Edwin est vaincu et tué par les Gallois à la bataille de Hatfield Chase. La date exacte de cette bataille reste sujette à caution : dans une lettre datée de juin 634, le pape Honorius Ier écrit à Paulin et à l'archevêque Honorius pour les informer qu'il va leur envoyer un pallium à chacun, sans faire aucune allusion à la mort d'Edwin, neuf mois après la date supposée de la bataille. Pour l'historien David Peter Kirby, ce silence tend à prouver que la bataille s'est déroulée en 634.[22][23]
La défaite et la mort d'Edwin entraînent la division de son royaume. Sa veuve Æthelburg décide de retourner dans le Kent en emmenant son fils, sa fille et l'un des petits-fils d'Edwin. Paulin l'accompagne, mais laisse derrière lui son diacre, Jacques (Jacques le Diacre), qui tente de poursuivre l'évangélisation de la région alors que les successeurs d'Edwin choisissent de retourner au paganisme. Pour plus de sécurité, les deux garçons sont envoyés sur le continent, à la cour du roi des Francs Dagobert.[24][25]
Paulin reçoit l'évêché de Rochester, qu'il dirige jusqu'à sa mort. Le pallium envoyé par le pape ne lui parvient qu'après son départ d'York, et s'avère donc inutile.[26] Il meurt à Rochester le 10 octobre 644 et est inhumé dans la sacristie de l'église de Rochester. Ithamar lui succède : premier évêque d'origine anglo-saxonne à accéder à un évêché issu de la mission grégorienne.[27][28]
Fête, reliques et iconographie
Après sa mort, Paulin est vénéré comme saint, reconnu par l'Église catholique et par l'Église d'Angleterre, qui le fêtent toutes deux le 10 octobre.[29][30] Ses reliques sont translatées après la construction d'une nouvelle église à Rochester en 1080. Plusieurs sanctuaires lui sont dédiés à Cantorbéry, et au moins cinq églises lui sont consacrées. Son culte à Rochester ne semble avoir pris son essor qu'après la conquête normande de l'Angleterre.[31]
L'iconographie de saint Paulin le montre le plus souvent en évêque : mitre, crosse et habit pontifical. Le vitrail de la cathédrale de Rochester, où il est mort et enterré, le représente ainsi. La grande fenêtre est de la cathédrale d'York le montre aux côtés du pape Grégoire le Grand, fondateur de la mission, et de saint Wilfrid, autre grand évêque anglo-saxon d'York. La scène du baptême du roi Edwin est parfois illustrée, en référence à l'événement fondateur de l'Église d'York en 627.[32]
L'ampleur des efforts missionnaires de Paulin reste difficile à évaluer. Si l'on suit Bède, sa mission en Northumbrie a été un succès ; mais peu d'éléments vont dans ce sens, et il est plus probable que ses efforts soient restés en grande partie inefficaces sur le long terme. Néanmoins Hilda reste chrétienne, et c'est grâce aux missionnaires irlandais invités par le roi Oswald, quelques années plus tard, que la Northumbrie est convertie pour de bon.[33][34] Paulin n'en reste pas moins le premier évêque d'York, celui qui a planté l'Église que ses successeurs feraient grandir.
Pour aller plus loin
- Saint Grégoire le Grand (540-604) : le pape qui envoya la mission grégorienne et conçut le plan métropolitain d'York.
- Le monachisme bénédictin : le cadre monastique d'où sortent les missionnaires romains du VIIᵉ siècle.
- Saint Antoine de Padoue (1195-1231) : autre grand évangélisateur, dont la vocation franciscaine s'éveilla devant le convoi des martyrs de Ceuta.
Notes et références
Bède le Vénérable, Histoire ecclésiastique du peuple anglais (Historia ecclesiastica gentis Anglorum), rédigée vers 731. Source primaire de toute la biographie de Paulin : l'arrivée de la mission grégorienne, le portrait physique de Paulin (« un homme de grande taille, un peu courbé, aux cheveux noirs et au visage fin, avec un nez fin et crochu, d'allure à la fois vénérable et imposante »), le sacre du 21 juillet 625 par l'archevêque Juste, le voyage avec Æthelburg en Northumbrie, le rêve d'Edwin à la cour de Rædwald, la naissance d'Eanflæd à Pâques 626, le baptême d'Edwin à York en 627, les trente-six jours de baptêmes à Yeavering, la construction de l'église d'York et des églises royales, les baptêmes d'Hilda et d'Eanflæd, le sacre d'Honorius comme archevêque de Cantorbéry, la bataille de Hatfield Chase, le départ pour le Kent, le diacre Jacques laissé en Northumbrie et la mort de Paulin le 10 octobre 644. Le portrait physique vient probablement de Jacques le Diacre, proche de Paulin encore vivant à l'époque de Bède.
1 4 8 10 13 15 20 24Wikipédia (FR), « Paulin d'York » : fr.wikipedia.org. Notice encyclopédique détaillée : moine romain probablement d'origine italienne, envoyé en 601 par Grégoire le Grand, arrivée en 604 dans le Kent ; sacre probable le 21 juillet 625 ; chronologie discutée par Kirby et Mayr-Harting (départ possible avant 624) et par Peter Hunter Blair (mariage avant 625) ; baptême d'Edwin à York en 627 ; église de Lincoln (Saint-Paul-dans-le-Bail) ; bataille de Hatfield Chase le 12 octobre 633, date peut-être plutôt 634 selon Kirby (lettre du pape Honorius Ier de juin 634 sans allusion à la mort d'Edwin) ; évêché de Rochester jusqu'à la mort ; inhumation dans la sacristie de Rochester ; translation des reliques en 1080 ; cinq églises au moins consacrées ; culte à Rochester développé après la conquête normande ; difficultés d'évaluation de la mission northumbrienne, le successeur d'Edwin retournant au paganisme et la conversion durable venant plus tard des Irlandais d'Oswald. Catégorie Wikipédia : « Saint catholique fêté le 10 octobre ».
2 5 6 9 11 12 14 16 17 18 21 22 25 26 27 29 31 33Wikipédia (EN), "Paulinus of York" : en.wikipedia.org. Notice de référence (article de qualité en anglais) : missionnaire romain, premier évêque d'York ; mort le 10 octobre 644 à Rochester ; vénéré par les catholiques et les anglicans, fêté le 10 octobre ; détails sur les églises de Northumbrie, la succession à Rochester (Ithamar) et la postérité du culte.
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