Saint Wilfrid (vers 633 – 709) est l'une des figures les plus puissantes, les plus combattues et les plus décisives de l'Église anglaise à ses commencements. Moine formé à Lindisfarne mais séduit très jeune par Rome, il devint le grand champion des usages romains contre la tradition celtique des moines venus d'Iona, et fit basculer la Northumbrie, puis toute l'Angleterre, dans l'unité liturgique de l'Occident. Au synode de Whitby, en 664, c'est sa parole qui emporta la décision au nom des « clefs de Pierre »[1][2].
Évêque d'York, il connut une vie d'épreuves à la mesure de sa stature : sacré en Gaule, dépossédé de son siège, chassé par les rois, emprisonné, exilé à répétition. Face à l'injustice, il inventa un geste sans précédent en Angleterre : il fit appel au pape, traversa l'Europe deux fois pour plaider sa cause à Rome, et devint ainsi le premier Anglais à en appeler au Siège apostolique[3][4]. Entre deux exils, il évangélisa les Frisons avant Willibrord et convertit les Saxons du Sud, dernier peuple païen de l'île, à qui il apprit aussi à pêcher pour survivre à la famine[5].
Cet article présente l'homme et le saint : l'enfant noble donné à Dieu, le pèlerin ébloui par Rome, le débatteur de Whitby, l'évêque bâtisseur des grandes églises de Ripon et de Hexham, le missionnaire, le prisonnier fidèle, et le vieil homme qui mourut en distribuant ses biens à ses moines. Nous le connaissons par deux témoins de premier ordre : son disciple Étienne de Ripon, qui écrivit sa Vie peu après sa mort, et saint Bède le Vénérable, qui lui consacra tout un long chapitre de son Histoire ecclésiastique[6][7]. Pour le monde qui l'a formé, voir saint Aidan, sainte Hilda de Whitby et saint Columba d'Iona.
Qui est saint Wilfrid ?
Le champion de Rome dans l'Angleterre des origines
Au VIIᵉ siècle, l'Angleterre chrétienne n'était pas une, mais double. Deux courants missionnaires y avaient porté l'Évangile : au sud, la mission romaine de saint Augustin de Cantorbéry, envoyée par saint Grégoire le Grand en 597 ; au nord, la mission irlandaise des moines d'Iona, installés à Lindisfarne autour de saint Aidan. Les deux traditions étaient également saintes et également catholiques dans la foi ; mais elles différaient sur des points sensibles de discipline, surtout sur le calcul de la date de Pâques et sur la forme de la tonsure monastique[8][9].
Dans ce partage, Wilfrid choisit Rome — non par mépris de la sainteté celtique qui l'avait nourri, mais par conviction que l'unité de l'Église universelle valait mieux qu'une coutume locale, si vénérable fût-elle. Toute sa vie fut le déploiement de ce choix : rattacher l'Angleterre au centre romain, à la discipline commune, à la Règle bénédictine, à l'architecture et au chant de Rome. Il fut, selon le mot de la tradition, « le grand défenseur des droits du Siège apostolique » dans l'île[10].
Un saint de combat
Wilfrid n'est pas un saint de la douceur silencieuse, comme le fut Aidan ou comme le sera Bède. C'est un saint de combat : grand seigneur devenu grand évêque, homme d'action, bâtisseur magnifique, voyageur infatigable, plaideur tenace, entouré d'une suite nombreuse, riche en fondations et en ennemis. Sa sainteté n'a rien d'aseptisé : elle passe par les prisons, les procès, les traversées périlleuses, les rois hostiles et trois voyages à Rome.
Cette âpreté même fait sa grandeur. Là où d'autres auraient plié, Wilfrid tint bon sur un principe : on ne dépouille pas un évêque de son droit sans recours à Rome. En refusant de se soumettre à une injustice ecclésiastique et en portant sa cause devant le pape, il a, sans le savoir, fixé pour l'Angleterre le réflexe de l'appel au Siège de Pierre comme ultime instance. Sa ténacité, souvent reprochée, est aussi ce par quoi il a servi l'Église bien au-delà de son diocèse.
Le monde de Wilfrid : la Northumbrie du VIIᵉ siècle
Une chrétienté neuve et divisée
Pour comprendre Wilfrid, il faut se représenter la Northumbrie de son enfance : un vaste royaume du nord de l'Angleterre, chrétien depuis moins d'une génération, encore au contact du paganisme, et traversé par la rencontre — parfois la tension — de deux familles spirituelles. Le roi Oswald, puis son frère Oswiu, avaient appelé de l'île d'Iona les moines irlandais ; c'est ainsi qu'Aidan avait fondé Lindisfarne et évangélisé le Nord avec une douceur restée légendaire[11].
Mais la reine Eanflæd, épouse d'Oswiu, avait été élevée dans le Kent selon l'usage romain. Il arrivait donc, dans une même cour, que le roi célébrât déjà Pâques quand la reine jeûnait encore au Carême : le décalage des comput mettait la fête de la Résurrection à contretemps au sein même de la famille royale[12]. Ce scandale visible d'une Église à deux calendriers rendait tôt ou tard une décision inévitable. Wilfrid grandit dans ce monde-là.
La querelle pascale et la tonsure
L'objet du conflit peut sembler mince à un lecteur moderne : quelques jours d'écart dans le calcul de Pâques, et une manière de raser le sommet du crâne. Mais au VIIᵉ siècle, ces différences touchaient au cœur visible de l'unité chrétienne. Pâques est la fête des fêtes ; la célébrer à des dates différentes, c'est afficher une division de l'Église devant les païens qu'on veut convertir. Quant à la tonsure, elle était le signe même de l'appartenance monastique et cléricale.
Les Irlandais suivaient un ancien cycle de 84 ans et une tonsure « d'oreille à oreille » ; Rome et la presque totalité de la chrétienté suivaient un cycle plus exact de 19 ans, hérité d'Alexandrie et confirmé dans l'esprit du concile de Nicée, et la tonsure « en couronne » dite de saint Pierre[13][14]. Pour Wilfrid, la question n'était pas seulement technique : suivre Rome, c'était rejoindre l'Église universelle ; s'en écarter, c'était s'enfermer, comme il le dira à Whitby, avec « une poignée de gens dans un coin de la plus lointaine des îles »[15].
La vie de saint Wilfrid
L'enfant noble et le page de la reine (vers 633-648)
Wilfrid naît vers 633 ou 634, en Northumbrie, dans une famille de la noblesse. Sa mère meurt tôt ; il supporte mal une belle-mère, et, vers quatorze ans, quitte la maison paternelle. Doué, distingué, il est présenté à la cour du roi Oswiu et gagne la faveur de la reine Eanflæd, qui devient sa protectrice[16][17]. C'est elle qui l'oriente vers la vie religieuse et l'envoie se former à Lindisfarne, le grand monastère insulaire fondé par Aidan.
Le jeune Wilfrid y apprend le psautier et la vie monastique dans la tradition irlandaise. Mais très vite, une aspiration plus vaste le travaille : il veut connaître l'Église « telle qu'on la garde à Rome et en Gaule », remonter aux sources, voir de ses yeux le tombeau des Apôtres. Cette soif de Rome, née à Lindisfarne même, décidera de toute sa vie.
Lindisfarne, puis l'appel de Rome (653-658)
Vers 653, Wilfrid part pour le Sud. À Cantorbéry, il complète sa formation dans l'usage romain, puis s'embarque pour Rome — l'un des premiers Anglais à entreprendre ce pèlerinage. Il fait route un temps avec Benoît Biscop, autre jeune noble northumbrien épris de Rome, futur fondateur des monastères de Bède[18].
À Rome, il prie sur les tombeaux des Apôtres et se met à l'école de l'archidiacre Boniface, qui l'initie au comput romain, au droit canonique et à la discipline de l'Église universelle. Sur le chemin du retour, il s'arrête à Lyon, où l'évêque Annemund (que les sources anglaises nomment aussi Dalfinus) le retient trois ans, l'aime comme un fils et lui confère la tonsure romaine, celle de saint Pierre[19][20]. Wilfrid manque d'y périr : Annemund est massacré dans une émeute politique, et Wilfrid, dit-on, s'offrit à mourir avec lui, mais fut épargné parce qu'il était étranger. Ces années latines font de lui, à son retour vers 658, l'homme le mieux au fait des usages de Rome dans toute l'Angleterre du Nord.
Abbé de Ripon et la Règle de saint Benoît
De retour en Northumbrie, Wilfrid se lie au jeune roi Alhfrith, fils d'Oswiu, gagné lui aussi à la cause romaine. Alhfrith lui donne le monastère de Ripon, dont les moines irlandais viennent d'être écartés pour avoir refusé de se conformer à Rome[21][22]. Wilfrid y établit pleinement la Règle de saint Benoît — geste capital, car il fait de Ripon l'un des premiers foyers du monachisme bénédictin dans le Nord de l'Angleterre[23].
Ce n'est qu'après cinq ans passés comme abbé qu'il reçoit la prêtrise, des mains d'Agilbert, évêque franc de passage. Wilfrid est désormais un chef spirituel reconnu, jeune encore, mais déjà porté par une vision claire : faire entrer l'Église anglaise, dans sa liturgie, sa discipline et son architecture, dans la grande communion romaine. L'occasion de faire triompher cette vision va lui être donnée à Whitby.
Le synode de Whitby (664)
L'enjeu
En 664, le roi Oswiu convoque un synode au monastère double de Streanæshalch — le futur Whitby —, gouverné par l'abbesse sainte Hilda. L'objet : trancher, pour la Northumbrie, la question de la date de Pâques et de la tonsure[24][25]. L'enjeu dépasse la liturgie : c'est l'orientation de toute l'Église du Nord — vers Iona ou vers Rome — qui se joue là.
Deux partis s'affrontent. Pour la tradition irlandaise et ionienne, l'évêque Colmán de Lindisfarne, appuyé sur l'autorité de saint Columba et de l'apôtre saint Jean. Pour la tradition romaine, un jeune abbé au verbe assuré : Wilfrid, choisi comme porte-parole parce qu'il connaît Rome, la Gaule et le comput mieux que quiconque[26].
Le débat : Colmán et Wilfrid
Colmán parle le premier. Il défend la Pâque de ses pères avec une noble simplicité : c'est celle qu'il a reçue de ses aînés, celle que célébrait Columba et ses successeurs, celle qui remonte, dit-il, à l'apôtre saint Jean[27]. Argument du respect, de la fidélité, de la sainteté éprouvée.
Wilfrid répond. Son plaidoyer, tel que le rapporte Bède, repose sur l'universalité : la Pâque qu'il défend est celle qu'on observe à Rome, où enseignèrent et souffrirent les apôtres Pierre et Paul, mais aussi en Italie, en Gaule, en Afrique, en Asie, en Égypte — partout où l'Église est répandue. Seuls, dit-il, quelques Bretons et Irlandais s'entêtent à un autre calcul, dans un coin reculé du monde, contre le concile de Nicée et contre l'usage de la terre entière[28] :
« La Pâque que nous observons, nous l'avons vue célébrer par tous à Rome, où les bienheureux apôtres Pierre et Paul ont vécu, enseigné, souffert et sont ensevelis. Nous l'avons vue observée de même en Italie et en Gaule […]. Nous savons qu'elle l'est en Afrique, en Asie, en Égypte, en Grèce, dans tout l'univers où l'Église du Christ est répandue. Seuls font exception ces gens-ci et leurs complices dans l'obstination, les Pictes et les Bretons, avec qui, de deux îles perdues aux confins de l'océan, et de la plus lointaine partie encore, ils s'efforcent stupidement de lutter contre le monde entier. » — Wilfrid au synode de Whitby, rapporté par Bède, Histoire ecclésiastique, III, 25[29]
Sur le point de saint Jean, Wilfrid réplique que les usages de Jean valaient pour son temps et son milieu judéo-chrétien, mais que l'Église les a précisés et unifiés depuis Nicée ; s'attacher à la lettre d'une coutume ancienne contre l'unité présente de l'Église, c'est se tromper de fidélité.
« Pierre est le portier » : la décision d'Oswiu
Vient alors l'argument décisif. Wilfrid oppose à l'autorité de Columba celle de Pierre, à qui le Christ lui-même a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux » (Matthieu 16, 18-19)[30]. Le roi Oswiu, saisissant l'enjeu, interroge les deux parties : est-il vrai que le Seigneur a dit ces paroles à Pierre ? Les deux camps en conviennent. A-t-il jamais donné pareil pouvoir à Columba ? Colmán doit reconnaître que non.
Alors Oswiu tranche, avec une simplicité qui a traversé les siècles :
« Puisque Pierre est le portier, je ne le contredirai pas ; je veux au contraire obéir en tout, autant que je le peux, à ses décrets — de peur que, lorsque je me présenterai aux portes du royaume des cieux, il n'y ait personne pour m'ouvrir, celui qui, de votre propre aveu, en tient les clefs m'ayant tourné le dos. » — Oswiu, roi de Northumbrie, concluant le synode de Whitby, rapporté par Bède, III, 25[31][32]
La cause romaine l'emporte. La Northumbrie adopte la Pâque et la tonsure de Rome ; le siège épiscopal du Nord passera de Lindisfarne à York. Wilfrid, à trente ans à peine, vient de remporter la bataille de sa vie.
Les suites
Colmán, ne pouvant se résoudre à changer, se retire avec ses moines fidèles vers Iona, puis en Irlande[33]. Loin d'être un triomphe amer, ce départ se fait dans le respect : Bède garde pour Colmán et pour les saints irlandais une admiration intacte. Whitby n'est pas la défaite de la sainteté celtique — Aidan, Cuthbert, Hilda demeurent honorés — mais la fin d'une anomalie disciplinaire et l'entrée de l'Angleterre du Nord dans la pleine communion visible de l'Occident. C'est le fruit historique le plus durable de la vie de Wilfrid.
L'évêque et ses épreuves
Évêque d'York, sacré en Gaule
Peu après Whitby, Wilfrid est choisi comme évêque pour la Northumbrie, avec siège à York. Mais il refuse de se faire sacrer par les évêques bretons ou par ceux qui, à ses yeux, ne sont pas en pleine communion romaine : il tient à recevoir la consécration de mains parfaitement légitimes. Il repart donc en Gaule, où il est sacré à Compiègne par une assemblée d'évêques francs, avec une magnificence dont sa Vie garde le souvenir — porté, selon la coutume, sur un trône par les évêques[34][35].
Cette exigence, très caractéristique, tourne à son désavantage. Wilfrid s'attarde en Gaule ; son absence se prolonge. Pendant ce temps, en Northumbrie, le roi, impatient, fait pourvoir le siège autrement.
L'intrus Chad et la restauration par Théodore
À son retour, Wilfrid trouve Chad (Ceadda) installé sur le siège d'York. Il ne dispute pas ; il se retire humblement à Ripon, attendant son heure, exerçant son ministère sans éclat pendant plusieurs années[36]. Sa patience sera récompensée par un homme providentiel : Théodore de Tarse, le nouvel archevêque de Cantorbéry envoyé par Rome, grand organisateur de l'Église anglaise.
Vers 669, Théodore constate l'irrégularité de la consécration de Chad, la corrige, et rétablit Wilfrid sur le siège d'York[37][38]. Chad, avec une humilité admirable, se soumet aussitôt et deviendra lui-même un grand saint évêque à Lichfield. Pendant près de dix ans, Wilfrid gouverne alors le plus vaste diocèse d'Angleterre, bâtit, réforme, et déploie un train quasi princier. C'est l'apogée de sa puissance — et le prélude de sa plus grande épreuve.
La division du diocèse et le premier appel à Rome (679)
Le diocèse de Northumbrie est immense, trop vaste pour un seul homme. L'archevêque Théodore, dans un souci pastoral d'organisation, décide de le diviser en plusieurs évêchés — mais il le fait sans le consentement de Wilfrid, et avec l'appui du roi Ecgfrith, désormais hostile[39][40]. Wilfrid voit dans cette partition une spoliation : on démembre son diocèse et on y installe d'autres évêques à sa place.
Il prend alors une décision inouïe pour un Anglais de son temps : plutôt que de se plaindre au roi ou à l'archevêque, il en appelle directement au pape, à Rome. C'est le premier appel d'un ecclésiastique anglais au Siège apostolique — un précédent d'une portée immense[41][42]. Il gagne Rome (non sans dériver en Frise en chemin, voir plus bas), et le pape Agathon réunit un synode au Latran en 679 qui lui donne raison sur le principe : Wilfrid doit être rétabli, la division ne peut se faire contre lui[43].
La prison d'Ecgfrith et l'exil
Muni de la décision pontificale, Wilfrid rentre en Northumbrie — et se heurte à un mur. Le roi Ecgfrith, furieux qu'un de ses sujets soit allé chercher justice hors du royaume, refuse d'obéir au pape, accuse Wilfrid d'avoir acheté le décret, le fait jeter en prison (à Dunbar ou Bamburgh), puis le bannit de Northumbrie[44][45]. La Vie rapporte qu'en prison, Wilfrid chantait les psaumes, et que sa geôle fut, dit-on, illuminée d'une lumière surnaturelle.
Commence alors une longue errance : chassé du Nord, Wilfrid trouve refuge tantôt en Mercie, tantôt chez les Saxons du Sud, tantôt encore sur les routes de Rome. Loin d'être des années perdues, ces exils seront les plus fécondes de sa vie apostolique.
Le missionnaire
Les Frisons (hiver 677-678)
En route pour Rome lors de son premier appel, Wilfrid est détourné par les vents et aborde la Frise (actuels Pays-Bas). Le roi Aldgisl l'accueille avec bienveillance et le laisse prêcher tout l'hiver 677-678[46]. Selon Étienne de Ripon, la plupart des chefs et des milliers de gens du peuple reçoivent le baptême de ses mains. Wilfrid devient ainsi le premier missionnaire anglo-saxon des Frisons, précédant de plusieurs années saint Willibrord, le futur « apôtre de la Frise »[47].
Son passage n'aura pas d'effet durable immédiat, mais il ouvre la voie : c'est de Wilfrid et de Ripon que naîtra l'élan missionnaire anglo-saxon vers le continent, celui qui portera bientôt Willibrord en Frise et Boniface en Germanie. Le combattant de Whitby est aussi, discrètement, l'un des pères des grandes missions anglo-saxonnes.
Les Saxons du Sud : l'évangile et les filets (681-686)
L'épisode le plus touchant de sa vie missionnaire est la conversion des Saxons du Sud (Sussex), dernier royaume encore païen de l'Angleterre. Exilé, Wilfrid s'y établit vers 681 et y fonde le monastère de Selsey, don du roi Æthelwealh, qui deviendra le premier siège épiscopal des Saxons du Sud[48][49]. Il y arrive en pleine famine : le peuple, ignorant tout de la pêche, mourait de faim au bord d'une mer et de rivières pleines de poissons.
Bède raconte comment Wilfrid, avant même de baptiser, sauva ce peuple de la mort. La scène est restée célèbre :
« L'évêque, arrivant dans la province, y trouva une si grande misère due à la famine qu'il leur apprit à se nourrir par la pêche ; car la mer et les rivières abondaient en poissons, mais le peuple n'avait aucun art de les prendre, sinon les seules anguilles. Les gens de l'évêque, ayant rassemblé de toutes parts des filets à anguilles, les jetèrent à la mer, et par la bénédiction de Dieu prirent trois cents poissons de diverses sortes. » — Bède, Histoire ecclésiastique, IV, 13[50]
Ces trois cents poissons furent partagés en trois : cent pour les pauvres, cent pour ceux qui avaient prêté les filets, cent pour les pêcheurs eux-mêmes[51]. Nourri d'abord dans son corps, le peuple s'ouvrit à la Parole ; et Bède note que, tandis que Wilfrid baptisait, une pluie bienfaisante mit fin à la sécheresse — signe, aux yeux des convertis, que le Dieu du baptême donnait aussi la vie de la terre. Le charme de cet épisode dit tout de la mission bien comprise : l'amour du prochain ouvre la porte à l'annonce de l'Évangile.
Le bâtisseur et le liturge
Les églises de Ripon et de Hexham
Wilfrid fut aussi l'un des plus grands bâtisseurs de l'Angleterre du VIIᵉ siècle. Contre la modestie des constructions de bois de la tradition celtique, il voulut pour Dieu des églises de pierre à la manière de Rome et de la Gaule. À Ripon, il éleva une église dédiée à saint Pierre ; à Hexham, sur des terres données par la reine Æthelthryth (Etheldrède), il bâtit une basilique dédiée à saint André, ornée de colonnes, d'escaliers en spirale, de multiples chapelles[52][53].
Son biographe Étienne, ébloui, écrit que l'église d'Hexham n'avait pas d'équivalent de ce côté-ci des Alpes :
« De la profondeur de la terre jusqu'au sommet, avec ses cryptes de pierres admirablement taillées, son édifice porté par diverses colonnes et ses nombreux collatéraux, ses murs d'une longueur et d'une hauteur remarquables, entouré de galeries tournantes et d'escaliers en spirale… nous n'avons entendu parler d'aucune autre maison semblable de ce côté-ci des Alpes. » — Étienne de Ripon, Vie de saint Wilfrid, à propos de l'église d'Hexham[54]
Ces cryptes de pierre, à Hexham comme à Ripon, subsistent encore aujourd'hui : ce sont les plus anciens vestiges bâtis conservés d'une cathédrale anglaise, réemployant les pierres taillées des ruines romaines voisines. La crypte de Ripon, connue sous le nom de « l'aiguille de Wilfrid » (Wilfrid's Needle), demeure un lieu de pèlerinage[55].
La Règle bénédictine et le chant romain
Wilfrid ne rapporta pas seulement de Rome des plans d'église, mais une manière chrétienne de vivre. Il diffusa largement la Règle de saint Benoît dans les monastères qu'il fonda ou réforma, contribuant plus que tout autre à faire du monachisme anglais un monachisme bénédictin[56][57]. Il introduisit aussi le chant romain dans le culte du Nord : selon Bède, il fut l'un des premiers à faire venir des maîtres de chant de Cantorbéry — dont un certain Æddi (Eddi) — pour enseigner aux Anglais la manière romaine de chanter l'office[58].
Par là, Wilfrid a modelé durablement le visage liturgique de l'Église anglaise : pierre romaine, Règle bénédictine, chant romain, Pâque romaine. Là où d'autres saints ont rayonné par la douceur ou la science, lui a marqué son Église par une architecture visible de l'unité catholique.
Les dernières années et le second appel à Rome (703-705)
Austerfield et l'appel à Jean VI
Rappelé en Northumbrie après la mort d'Ecgfrith (685), rétabli un temps, Wilfrid se heurta de nouveau, sous le roi Aldfrith et l'archevêque Berhtwald, à la vieille question de son diocèse. Un concile réuni à Austerfield vers 702-703 lui demanda de renoncer à ses prétentions et faillit le dépouiller de tout[59][60]. Fidèle à lui-même, le vieil évêque — il a près de soixante-dix ans — refuse de céder sur le principe et repart pour Rome une seconde fois.
Le pape Jean VI réunit un synode en 704 qui, à nouveau, lui donne largement raison et ordonne que justice lui soit rendue[61]. Muni de cette décision, Wilfrid rentre en Angleterre.
Le règlement final
Cette fois, un compromis durable est trouvé. Wilfrid renonce au grand siège d'York, mais il est rétabli dans ses monastères de Ripon et de Hexham et confirmé comme évêque de Hexham par le roi Osred, vers 705-706[62][63]. Après une vie de combats, le vieil homme obtient enfin la paix : ni triomphe total, ni défaite, mais la reconnaissance de son droit essentiel. Ses dernières années s'écoulent entre ses chères fondations, dans la prière et le gouvernement de ses moines.
La spiritualité de saint Wilfrid
Fidélité au Siège de Pierre
Le cœur de la sainteté de Wilfrid est une fidélité absolue à Rome, au Siège de Pierre comme centre visible de l'unité. Ce n'est pas chez lui affaire de politique, mais de foi : il croit fermement que le Christ a bâti son Église sur Pierre et lui a donné les clefs, et il en tire toutes les conséquences pratiques, jusqu'à traverser deux fois l'Europe pour faire appel au pape. Sa vie est la démonstration existentielle de l'argument même qu'il fit valoir à Whitby : c'est à Pierre, et à ses successeurs, que le Seigneur a confié les clefs.
La magnificence pour Dieu
Wilfrid a une conception royale du service de Dieu. Grand seigneur, il met sa richesse, son goût, son énergie au service du culte : des églises de pierre somptueuses, des ornements précieux — dont, dit sa Vie, un évangéliaire écrit en lettres d'or sur pourpre —, une liturgie soignée, une suite nombreuse. Certains le lui ont reproché comme un faste mondain. Mais chez lui, cette magnificence est une théologie en actes : rien n'est trop beau pour Dieu, et la beauté du culte est déjà une évangélisation. Il rejoint en cela l'intuition qui fera plus tard les cathédrales.
Ténacité, souffrance et pardon
Enfin, la sainteté de Wilfrid est faite de ténacité dans l'épreuve. Emprisonné, banni, calomnié, dépossédé, il n'a jamais renié son droit ni cédé à l'amertume au point de rompre la communion. Il souffrit beaucoup des mains de rois et parfois de frères évêques ; et pourtant, à la fin, il fit la paix, pardonna, régla sa succession et distribua ses biens en homme réconcilié. Sa persévérance n'est pas de l'entêtement : c'est la fermeté d'une âme convaincue de servir, à travers ses propres intérêts contestés, une cause qui la dépasse — l'ordre de l'Église et les droits du Siège apostolique.
La mort de saint Wilfrid (709)
Sentant sa fin proche, Wilfrid entreprit un dernier voyage vers ses monastères. C'est à Oundle (In-Undalum, dans l'actuel Northamptonshire), l'une de ses fondations, qu'il tomba malade et rendit l'âme, en 709 (certains disent 710), âgé d'environ soixante-seize ans, après quelque quarante-cinq ans d'épiscopat[64][65]. Avant de mourir, en homme d'ordre jusqu'au bout, il régla le partage de ses biens entre les pauvres, ses monastères et ses fidèles, et pourvut à sa succession.
Son corps fut porté à son cher monastère de Ripon et enseveli dans l'église de l'apôtre saint Pierre qu'il avait bâtie[66]. Ainsi le combattant de Whitby reposa-t-il sous le patronage de ce Pierre dont il avait, toute sa vie, défendu les clefs. Bède, qui n'était encore qu'un jeune moine à la mort de Wilfrid, résume sobrement une vie hors du commun : un homme qui gouverna l'épiscopat pendant quarante-cinq années au milieu des tempêtes, et fit tant pour l'Église des Anglais[67].
- vers 633-634Naissance en NorthumbrieFamille noble
Wilfrid naît dans une Angleterre du Nord chrétienne depuis moins d'une génération.[68]
- vers 648Page de la reine, puis LindisfarneSous la protection d'Eanflæd
Formé au monastère d'Aidan, il rêve déjà de Rome.[69]
- 653-658Rome et LyonAvec Benoît Biscop ; tonsure romaine
Trois ans à Lyon auprès de l'évêque Annemund ; formation au comput romain.[70]
- vers 660Abbé de RiponLa Règle de saint Benoît
Il établit pleinement le monachisme bénédictin à Ripon.[71]
- 664Synode de WhitbyLa victoire de la Pâque romaine
Porte-parole de Rome, il emporte la décision au nom des clefs de Pierre.[72]
- vers 665Évêque d'York, sacré à CompiègneEn Gaule
Absent trop longtemps, il trouve Chad installé à sa place à son retour.[73]
- vers 669Rétabli par Théodore de CantorbéryApogée de son épiscopat
Il gouverne le plus vaste diocèse d'Angleterre et bâtit Ripon et Hexham.[74]
- 677-678Mission en FriseAvant Willibrord
Premier missionnaire anglo-saxon des Frisons, chez le roi Aldgisl.[75]
- 679Premier appel à RomeSynode du pape Agathon
Premier Anglais à en appeler au pape ; Rome lui donne raison.[76]
- vers 680Prison et exilLe roi Ecgfrith refuse d'obéir à Rome
Emprisonné puis banni de Northumbrie.[77]
- 681-686Les Saxons du SudDernier royaume païen d'Angleterre
Il fonde Selsey, apprend au peuple à pêcher et le baptise.[78]
- 704Second appel à RomeSynode du pape Jean VI
Après Austerfield, Rome lui rend de nouveau justice.[79]
- vers 705-706Règlement finalRétabli à Ripon et Hexham
Évêque de Hexham, il obtient enfin la paix.[80]
- 709Mort à OundleEnseveli à Ripon
Après 45 ans d'épiscopat, il meurt vers 76 ans et repose sous le patronage de saint Pierre.[81]
Culte et héritage
Les reliques et « l'aiguille de Wilfrid »
Vénéré comme saint dès après sa mort, Wilfrid reposa d'abord à Ripon. Au Xᵉ siècle, en des temps troublés par les invasions vikings, l'archevêque saint Oda de Cantorbéry fit transférer une partie de ses reliques à Cantorbéry ; d'autres traditions rattachent une translation à Worcester sous saint Oswald[82]. La crypte qu'il avait bâtie à Ripon, « l'aiguille de Wilfrid », demeure jusqu'à aujourd'hui un lieu de pèlerinage, et l'une des plus anciennes structures chrétiennes debout d'Angleterre[83].
Son culte se répandit largement : de nombreuses églises anglaises lui furent dédiées, et sa mémoire resta particulièrement vive dans le Nord, à Ripon et à Hexham, dont les cathédrales gardent son nom et sa trace de pierre. L'Église le fête le 12 octobre, jour de sa mort ; une seconde mémoire, au 24 avril, rappelle la translation de ses reliques[84].
Une figure débattue, une œuvre durable
Wilfrid est, parmi les saints anglo-saxons, l'un des plus discutés. Les historiens relèvent son caractère entier, son goût du faste, son intransigeance, ses conflits à répétition avec presque tous les rois et plusieurs évêques de son temps. Sa Vie par Étienne de Ripon, écrite par un fidèle, le peint en héros persécuté ; les décisions de Théodore et des conciles montrent qu'il eut aussi de sérieux contradicteurs de bonne foi, soucieux d'organiser l'Église.
Mais par-delà ces débats, son œuvre demeure : c'est en grande partie grâce à lui que l'Angleterre entra dans l'unité pascale et disciplinaire de Rome ; qu'elle reçut largement la Règle bénédictine et le chant romain ; que naquit le réflexe de l'appel au Siège apostolique ; et que s'amorça le grand élan missionnaire anglo-saxon vers le continent. Peu de saints ont laissé une empreinte aussi structurante sur l'Église d'un pays.
Pourquoi lire saint Wilfrid aujourd'hui ?
À treize siècles de distance, Wilfrid parle encore. Il rappelle d'abord que l'unité de l'Église est un bien précieux, qui vaut qu'on lui sacrifie des attachements légitimes. À Whitby, des hommes saints des deux bords ont dû trancher : Wilfrid a montré que préférer la communion universelle à une coutume locale, si vénérable soit-elle, n'est pas trahir ses pères, mais servir le Corps entier du Christ.
Il rappelle ensuite que la fidélité au Siège de Pierre peut coûter cher, et qu'elle mérite pourtant qu'on tienne bon. Emprisonné, exilé, calomnié, Wilfrid n'a jamais renoncé au recours à Rome ; sa ténacité, souvent mal comprise, a fondé un droit dont toute l'Église anglaise a profité.
« Puisque Pierre est le portier, je ne le contredirai pas. » — Cette parole du roi Oswiu, arrachée par la plaidoirie de Wilfrid, résume toute une vie. Un enfant de Lindisfarne, ébloui par Rome, qui fit de la défense des clefs de Pierre le combat de son existence, et repose aujourd'hui sous le patronage de celui dont il avait défendu l'autorité.
Pour aller plus loin
- Saint Bède le Vénérable — le grand historien qui, une génération plus tard, a fixé la mémoire de Wilfrid et du synode de Whitby dans son Histoire ecclésiastique.
- Saint Aidan de Lindisfarne — l'apôtre irlandais du Nord, dont Wilfrid reçut la formation avant de choisir Rome.
- Sainte Hilda de Whitby — l'abbesse qui accueillit dans son monastère le synode décisif de 664.
- Saint Columba d'Iona — le père de la tradition monastique celtique à laquelle Wilfrid opposa l'usage romain.
- Saint Grégoire le Grand et saint Augustin de Cantorbéry — le pape et l'apôtre qui portèrent Rome jusqu'en Angleterre.
- Saint Benoît de Nursie — le père du monachisme occidental, dont Wilfrid répandit la Règle en Northumbrie.
- Saint Willibrord et saint Boniface — les grands missionnaires anglo-saxons du continent, héritiers de l'élan que Wilfrid ouvrit en Frise.
Notes et références
Bède, Historia ecclesiastica gentis Anglorum, livre III, chap. 25 : récit détaillé du synode de Streanæshalch (Whitby), en 664, convoqué par le roi Oswiu au monastère de l'abbesse Hilda ; débat sur la date de Pâques et la tonsure entre Colmán (usage ionien/irlandais, invoquant Columba et l'apôtre Jean) et Wilfrid (usage romain, invoquant l'universalité de l'Église, Pierre et Paul, et le concile de Nicée) ; argument décisif des « clefs du royaume » données à Pierre (Matthieu 16, 18-19) ; décision d'Oswiu en faveur de Rome ; retrait de Colmán vers Iona. Trad. françaises et anglaises de référence ; texte latin dans les éditions Plummer et Colgrave-Mynors.
1 8 12 13 15 24 26 27 28 29 30 31 33 72Catholic Encyclopedia, article « St. Wilfrid » (newadvent.org/cathen/15621c.htm) : né vers 634, fils d'un thegn northumbrien ; envoyé à la cour d'Oswiu à quatorze ans, puis à Lindisfarne par la faveur de la reine Eanflæd ; voyage à Rome avec Benoît Biscop, étude sous l'archidiacre Boniface, trois ans à Lyon avec tonsure reçue de l'évêque Annemund ; reçoit Ripon d'Alhfrith et y établit la Règle bénédictine ; porte-parole du parti romain à Whitby (664) ; sacré évêque à Compiègne ; Chad intronisé à sa place, puis Wilfrid rétabli par Théodore ; division du diocèse par Théodore et Ecgfrith ; trois appels à Rome ; emprisonné par Ecgfrith ; mission au Sussex (Selsey) et en Frise ; églises de Ripon et Hexham ; appel à Jean VI (704) et restauration à Hexham et Ripon ; mort à Oundle en 709 ; « grand défenseur des droits du Siège apostolique » ; fête le 12 octobre.
2 3 10 16 18 20 21 34 36 37 39 41 44 53 59 62 65 68 73 80 82Encyclopædia Britannica, « Saint Wilfrid » : évêque et champion des usages romains, acteur décisif du synode de Whitby ; premier ecclésiastique anglais à faire appel à la papauté ; introducteur de la Règle bénédictine ; bâtisseur de Hexham et Ripon ; missionnaire du Sussex et de la Frise ; conflits avec les rois Ecgfrith et Aldfrith et l'archevêque Théodore ; mort en 709 ; fête le 12 octobre.
4 22 38 40 42 60Bède, Historia ecclesiastica, livre IV, chap. 13 : conversion des Saxons du Sud (Sussex) par Wilfrid exilé, vers 681 ; fondation de Selsey ; famine à son arrivée ; le peuple ne savait prendre que des anguilles ; les gens de l'évêque rassemblent des filets, prennent « trois cents poissons de diverses sortes » partagés en trois (pauvres, prêteurs de filets, pêcheurs) ; le peuple, nourri, se convertit, et une pluie bienfaisante accompagne les baptêmes. Texte intégral sur CCEL (ccel.org/ccel/bede/history) et Project Gutenberg.
5 48 50 51 78Étienne de Ripon (autrefois appelé « Eddius Stephanus » ou « Æddi Stephanus », attribution aujourd'hui abandonnée par les historiens), Vita Sancti Wilfrithi (« Vie de saint Wilfrid »), écrite peu après la mort de Wilfrid (v. 710-720) à la demande d'Acca de Hexham, successeur de Wilfrid : source primaire principale et seule biographie contemporaine, complémentaire de Bède. Récit favorable, centré sur la politique de l'Église northumbrienne et l'histoire des monastères de Ripon et Hexham ; peu de miracles.
6 17 35 45 69 77Bède, Historia ecclesiastica, livre V, chap. 19 : vie et mort de l'évêque Wilfrid ; il fut évêque environ quarante-cinq ans et mourut âgé d'environ soixante-seize ans au monastère d'Oundle (In-Undalum) ; son corps fut porté à Ripon et enseveli dans l'église de l'apôtre saint Pierre ; Bède rappelle son rôle dans l'introduction des usages romains et du chant (avec le chantre Æddi/Eddi venu de Cantorbéry).
7 57 58 64 66 67 81Contexte de la querelle pascale et de la tonsure au VIIᵉ siècle : coexistence en Northumbrie de l'usage romain (apporté par la mission de Grégoire le Grand et Augustin de Cantorbéry, 597) et de l'usage irlandais/ionien (apporté par les moines d'Iona et Aidan de Lindisfarne) ; les Irlandais suivaient un cycle pascal de 84 ans et une tonsure « d'oreille à oreille », Rome un cycle de 19 ans d'origine alexandrine et la tonsure « en couronne » de saint Pierre ; le décalage se manifestait jusque dans la famille royale, la reine Eanflæd (élevée dans le Kent) et le roi Oswiu ne célébrant pas Pâques le même jour (Bède, HE III, 25).
9 11 14 25Séjour lyonnais de Wilfrid (v. 654-658) : trois années à Lyon auprès de l'évêque Annemund (nommé Dalfinus dans les sources anglaises), qui l'aime comme un fils et lui confère la tonsure romaine ; Annemund est ensuite tué dans des troubles politiques, et Wilfrid, selon sa Vie, se serait offert à mourir avec lui mais fut épargné comme étranger. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Wilfrid », et Étienne de Ripon, Vita.
19 70Wilfrid et la Règle de saint Benoît : à Ripon, puis dans ses autres fondations, Wilfrid établit pleinement l'observance bénédictine, contribuant plus que tout autre à faire du monachisme anglais un monachisme bénédictin ; il fut l'un des grands agents de la diffusion de la Règle de saint Benoît dans le Nord de l'Angleterre (Catholic Encyclopedia ; Bède, HE V, 19).
23 56 71Bède, Historia ecclesiastica, III, 25 : paroles conclusives du roi Oswiu — puisque Pierre est le portier (ostiarius) qui tient les clefs du royaume des cieux, le roi ne veut pas le contredire, de peur que, se présentant aux portes du Ciel, il ne trouve personne pour lui ouvrir. Formule restée emblématique de l'adhésion de la Northumbrie à l'autorité pétrinienne.
32Premier appel à Rome (v. 679) : dépossédé après la division de son diocèse par Théodore et Ecgfrith, Wilfrid fait appel au pape ; le pape Agathon réunit un synode au Latran (679) qui statue en sa faveur et ordonne son rétablissement. C'est le premier appel connu d'un ecclésiastique anglais au Siège apostolique (Catholic Encyclopedia ; Étienne de Ripon, Vita).
43 76Mission en Frise (hiver 677-678) : détourné vers la Frise en route pour Rome, Wilfrid est accueilli par le roi Aldgisl et prêche tout l'hiver ; selon Étienne de Ripon, la plupart des chefs et des milliers de gens du peuple sont baptisés. Wilfrid est ainsi le premier missionnaire anglo-saxon des Frisons, avant Willibrord ; son passage, sans effet durable immédiat, ouvre la voie aux grandes missions anglo-saxonnes vers le continent.
46 47 75Selsey : monastère fondé par Wilfrid vers 681 chez les Saxons du Sud, sur des terres données par le roi Æthelwealh ; il devint le premier siège épiscopal du Sussex. Bède (HE IV, 13) rapporte la fondation dans le cadre de la conversion des Saxons du Sud, dernier peuple païen d'Angleterre.
49Étienne de Ripon, Vita Sancti Wilfrithi, sur l'église d'Hexham (dédiée à saint André, sur des terres données par la reine Æthelthryth/Etheldrède) : l'auteur décrit avec émerveillement ses cryptes de pierre, ses colonnes, ses multiples collatéraux, ses murs d'une hauteur remarquable, ses galeries et escaliers en spirale, et affirme n'avoir « entendu parler d'aucune autre maison semblable de ce côté-ci des Alpes ». Église bâtie en réemployant des pierres romaines de Corbridge.
52 54 74Cryptes de Wilfrid : les cryptes de pierre bâties par Wilfrid à Hexham et à Ripon subsistent aujourd'hui, comptant parmi les plus anciens vestiges bâtis d'une cathédrale anglaise, en continuité d'usage depuis le VIIᵉ siècle. La crypte de Ripon est connue sous le nom de « l'aiguille de Wilfrid » (Wilfrid's Needle) et demeure un lieu de pèlerinage.
55 83Second appel à Rome (704) : après le concile d'Austerfield (v. 702-703) sous le roi Aldfrith et l'archevêque Berhtwald, Wilfrid repart pour Rome ; le pape Jean VI tient un synode (704) qui lui donne à nouveau raison. De retour en Angleterre, un compromis le rétablit dans ses monastères de Ripon et Hexham et le confirme évêque de Hexham sous le roi Osred (v. 705-706).
61 63 79Fête liturgique de saint Wilfrid : célébrée le 12 octobre, jour de sa mort (709/710), dans l'Église catholique comme dans la Communion anglicane ; une mémoire secondaire au 24 avril commémore la translation de ses reliques. Cf. Catholic Encyclopedia, « St. Wilfrid », et Encyclopædia Britannica, « Saint Wilfrid ».
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